XVIII
. Des Concurrents et des Lettres Dominicales.
Les années communes, comme on vient de le dire, sont composées de cinquante-deux semaines et un jour , et les années bissextiles sont composées de cinquante-deux semaines et deux jours. Ce jour, ou ces deux jours surnuméraires, sont appelés co/h currentSj parce qu'ils concourent avec le cycle solaire, ou qu'ils en suivent le cours , ainsi qu'on va le voir.
(1) Il paraît qu'au lieu de retrancher trois années bissextiles sur quatre années séculaires , il eût été plus exact d'en supprimer une tous les 128 ans. Par ce moyen , non-seulement les années auraient répondu plus exactement au mouvement du soleil ; mais encore le calcul aurait été plus précis, que par notre manière de compter , en ce que Tannée commune serait alors , de 385 jours , 5 heures , 48 minutes et 4$ secondes ; telle à-peu-près que la donnent les observations les plus précises ; tandis que par notre calendrier elle est de 365 jours , 5 heures, 49 minutes et 12 secondes; plus longue, par conséquent, qu'elle ne devrait être , d'environ 27 secondes. Cette remarque est de M. Bonne , premier hydrographe de la marine.
(2) En 1 761 , tous les almanachs et calendriers ont donné 7, pour le p ombre du cycle solaire, au lieu de 6; ce qui est une faute considérable.
l£ première année de ce cycle , on compte un concurrent ^ la seconde deux , la troisième trois, la quatrième quatre, la cinquième six au lie» de cinq, parce que cette année est bissextile, la sixième sept, la septième un, la huitième deux, la neuvième quatre au lieu de trois, par la raison que cette année est encore bissextile ; et ainsi des autres années , en ajoutant toujours un dansées années communes, et deux dans les bissextiles, et en recommençant toujours par un , après avoir compté sept , parce qu'il n'y a que sept concurrents , autant qu'il y a de jours jans la semaine , et autant qu'il y a de lettres dominicales (i).
Ces lettres dominicales sont A, B, C, D, E, F, G, e% servent , comme personne ne l'ignore , à marquer lesisept jours de la semaine. A désigne le premier jour de 1 année , B le second , C le troisième , et ainsi des autres , par un cercle perpétuel, jusqu'à la fin de l'année. Comme l'année cAnmune Unit par le même jour de la semaine qu'elle commence , et l'année Bissextile unjour après, ainsi qu'on l'a dit plus haut, les lettres dominicales, qui marquent le jour de la semaine, changent chaque année en rétrogradant ; de sorte que si la lettre G , par
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(i) « L'usage des concurrents» dit M. de Marra , fut introduit pour » trouver, par leur moyen et des réguliers des calendes de* chaque » mois, le propre jour de la semaine: ce que les Chrétiens inventèrent, » dès le teins du concile de Nicée , pour savoir délerminémenl le jour 9 de Pâques, lequel devant être célébré le dimanche, en l'honneur de » la Résurrection, et non le vendredi, suivant l'opinion condamnée de » quelques Quartodécimains, qui célébraient la Pâque du Crucifie— » ment et non celle de la Résurrection, il était nécessaire d'inventer un » ordre perpétuel , pour indiquer avec assurance la première ferie. En ■» Occident , on y a pourvu fort aisément par le moyen des lettres do— » minicales , ainsi que Bëde l'a expliqué il y a plus de mille ans. Mais » les chrétiens orientaux , qui n'ont point la méthode des sept lettres » alphabétiques, pour marquer les sept jours de la semaine, sont obliges » d'avoir recours à un moyen plus subtil, qui est celui des concurrents » et des réguliers. Les vieux calendriers latins conservent celte inven— » vent ion , non pas comme nécessaire , mais à cause de sa gentillesse. » C'est pour cela que Scaliger dit fort bien qu'il faut retenir la science » des concurrents, et en rejeter l'usage. Maximus Monachus, en son » Compost Ecclésiastique, publié par le P. Pétau, explique fort distinc- 9 tement ces concurrents , qu'il nomme épactes du soleil , et les régu— » liers , qu'il nomme jours ajoutés. Paul Alexandrin , qui écrivait l'an » 377. et Vettius Valens, antiochenus, donnent des règles pour trouver » le plinthe, ou les concurrents et réguliers, dans le calendrier égyp- » tiaque et l'éthiopique. JoannesChrysococcès fait la même chose pour » les années arabique et persique. Qui voudra savoir la méthode parli- » culière de ces concurrents, pourra lire Bède, Scaliger et leP.Pétau^ » dans ses notes sur le Compost de Maxime. » (Ifïsf. de Bcam, p. 461)
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exemple , marque les dimanches d'une année commune , la lettre F marquera les dimanches de Tannée suivante, si cette année est commune ; mais s*i elle est bissextile , la lettre F ne marquera les dimanches que jusqu'au 24 février inclusivement ; et la lettre E les marquera depuis ce jour jusqu'à la fin de l'année. Cela se fait ainsi dans les années bissextiles , à cause du jour intercalaire ajouté au mois de février, en ces années-là. Les sept lettres, qui marquent également tous les jours de la semaine , sont apelées dominicales , parce que le dimanche est le premier jour e la semaine , et celui qu'on cherche principalement par l'usage de ces lettres A, B, etc. (1)
Le concurrent I répond à la lettre dominicale F , le 2 à E , le 3 à D, le4àC, le 5 à B , le 6 à A , le 7 à G. Cest ce qu'on peut remarquer dans notre Table chronologique, où nous avons placé les concurrents à côté des lettres dominicales du calendrier julien , parce qu'on trouve un grand nombre de chartes qui sont datées de ces concurrents , appelés quelquefois epactée solis, ou tpactœ majores , pour les distinguer des épactes de la»iune, appelées simplement épactes , comme bous le verrons plus* bas.
On avait supprimé, dans la première édition de la Table chronologique de cet ouvrage, les concurrents, ainsi que les lettres dominicales de l'ancien calendrier , depuis l'an i582. Nous avons cru devoir les conserver, les uns et les autres , dans nos Tables, parce qu'ils servent , comme on le voifc, à régler les dimanches ile ceux qui n'ont pas encore adopté le nouveau style,
§. XIX
Du Terme Pascal.
Outre le terme pascal , dont nous avons parlé, en traitant des clefs des fêtés mobdes , qui était constamment le 1 1 mars , les anciens se servaient d'un autre moyen pour connaître le jour
(1) Dans les chartes, la lettre dominicale de l'année est souvent employée parmi les notes chronologiques; mais quelquefois , au lieu de la •nommer, on se contente de la désigner par le rang qu'elle tient dans V alphabet. Ainsi au lieu de marquer Littera h y on met Littera 1 ; au lien, de Littera B , on met Littera 11 ; et de même des autres : témoin cette charte de Raoul , comte d'Evreux : Actum est hoc . Rodomo civitate % •anno ab Incarnatione Demini nostri Jesit~CAristi M XI , InJict. IX , iittera VII, luna XIV ', XVII kalend octobrium , régnante Roberto rege Francorum . et procurante Normanniam Richardo II , in sede Rotomagensi \ archiprœsule Roberto. (Pommeraye , Histoire de l'abbaye de $ainM)uen de Rouen , Part. I , pag. 4*a.)
que Pâques tombait. Ce moyen était le i4 e . de la lune , cfui précédait le dimanche auquel cette solennité devait se célébrer. Hs appelaient ce 14 e . de la Lune , le terme pascal ; et on le trouve assez souvent, sous le nom de terminus paschalis, parmi les dates des chartes , comme on Paura déjà remarqué dans quelques exemples de ceux que nous avons cités de tems en tcms. En voici deux nouveaux. Parmi les preuves de la nouvelle histoire de Bretagne par D. Morice , tome I , col. 566 , nous trouvons une charte datée : Anno MCXXXI1 indiclione X , epactâ I , concurrentibus v , terminus paschalis II nonas aprilis , dies ipsius paschalis diei IV idus ( ejusdem aprilis) luna ipsius diei (Paschœ) XX. Toutes ces dates sont bonnes , et en particulier le terminus pas— cas lis secundo nonas aprilis , qui est le 4 de ce mois ; puisque nous voyons en effet , dans notre Table chronologique et dans notre Calendrier lunaire , qu'en 1 i32 , le terme pascal tombait le 4 avril. Dans le même tome de D. Morice , on trouve f coL 6i3 : Hac autem facta sunt, annoMCLII, epactâ Xll .indkûont XV y concurrent^ vcum Z?., circulas lunaris XIII, terminus paschalis VII II. kal. aprilis , dies paschalis III kal. aprilis , luna ipsius diei XX. Le nui kal. aprilis marque le 24 mars , et nous trouvons encore , dans les mêmes tables , qu'en 1 1 52 , le terme pascal tombait en effet le 24 mars. La seule faute qu'il y ait dans toutes les dates de cette dernière charte , est concurrente v pour concurrente il ; mais cette faute est sans^doute du copiste. 11 n'y a rien de plus aisé que de lire v pour H, et 11 pour v , lorsque les deux chiffres ne sont pas bien écartés , ou que les deux jambages du v ne sont pas men unis par en bas. Le B de la charte est pour bissextili.
Il est inutile de nous étendre sur ce terme pascal, qui ne souffre aucune difficulté. Si l'on veut se convaincre qu'il est bien indiqué dans notre Table chronologique et dans notre Calendrier lunaire , il n'y a qu'à comparer l'une avec Paître, ou , plus simplement, il n'y a qu'à compter sur ses doigts , depuis le premier de la lune pascale , marquée dans le Calendrier lunaire; et l'on verra qu'il est toujours indiqué au jour du mois solaire qu'il tombe réellement , tant pour l'ancien , que pour le nouvean calendrier.