XX
Des Pâques.
Après ce qui a été dit jusqu'à présent touchant la Pâque , et en y joignant ce que nous dirons dans le paragraphe suivant, nous croyons devoir nous borner ici à traiter historiquement de la
DES Cn\RTES ET DES CHRONIQUES. 8l
tonfection du calendrier grégorien, dont cette solennité était le principal objet , et des différentes époques de sa réception dans les différents pays.
Lorsque Jules-César fit travailler à la réformation du calendrier , Sosigène , le principal astronome qu'il chargea de cette entreprise , fixa l'équinoxe du printems au 25 mars. Mais , comme sur l'espace de 365 jours et 6 heures qu'il donnait au cours annuel du soleil, il y avait , dans le calcul astronomique, îi minutes et 12 secondes , ou environ * à rabattre ; il arrivait de là, qu'en 129 années, l'équinoxe précédait d'un jour le 2S mars : de sorte qu'au tems du premier concile de Nicée , tenu , comme Ton sait , en l'an '62S y l'équinoxe ne tombait plus le 25 mars : mais le 21 de ce mois. Ce tut à ce jour que les pères de Nicée le fixèrent , sans chercher de remède à la cause de la précession , qu'ils ignoraient. Le mal continuant donc , ainsi que parle passé , l'équinoxe, en 34i ans, se trouva devancer le 21 mars de 3 jours ; et en 1 2$j ans , c'est-à-dire , depuis l'an 325 jusqu'à l'an i5#2 , la précession était de 1 1 jours , quoique, selon les tables alfonsines, que les auteurs du calendrier grégorien ont suivies , elle n'aille qu'à dix jours. Long-tems avant le pape Grégoire XIII , on s'était aperçu de ce défaut du calendrier julien. Jean de Sacrobosco , savant astronome anglais, en fit la remarque en 1260 ; et après lui, Jean de Saxe et Robert Grosse- Tête , évêque de Lincoln , tracèrent quelques règles pour la réformation du calendrier. Pierre Philuména , Nicolas Grégoras et Isaac Argyre , au quatorzième siècle , proposèrent aussi leurs vues sur le même sujet. Il en fut traité, mais sans succès , au concile de Constance, en i4i4 » sur les représentations du cardinal d'Ailli, et dans le concile de Baie, en i436 et 1439, sur celles du cardinal Cusa. Le pape Sixte IV voulut efficacement travailler à la réformation du calendrier ; et , dans ce dessein , il fit venir à Rome le célèbre Jean Régiomontanus ; mais ce mathématicien y mourut en 1476 , ayant à peine ébauché son ouvrage. Dans le siècle suivant , les erreurs du calendrier julien furent déférées au pape Léon X et au concile de Latran , fini Tan i5i7. On fit la même démarche auprès du pape Pie IV et du concile de Trente. Elle ne fut pas vaine cette fois. La réformation du calendrier fut» ordonnée parle concile; ce qui occasionna divers écrits , où chacun proposa son plan pour réussir dans cette opération. Enfin Grégoire XIII , ayant appelé à Rome les hommes les plus versés dans cette matière , employa dix années à discuter toutes les formules qui lui furent présentées ; donna la préférence à celle des deux frères Aftoysio et Antonio Lilio, et en envoya des copies, l'an 1577, à tous les princes, républiques et académies catholiques. Assuré de leur consente- I. «
oa DISSERTATION SUR LES DATES
ment , il publia , Tan 1 582 , son nouveau calendrier , dans lequel on retrancha dix jours sur cette année , en comptant le i5 octobre au lieu du 5.
En Espagne , en Portugal et dans une partie de l'Italie , le retranchement se fit au même jour qu'à Rome : mais, en France , il n'eut lieu qu'au mois de décembre suivant. Le io de ce mois y fut compté pour le 20 , conformément aux lettres-patentes du roi Henri III, datées du 3 novembre précédent. • La même année , François de France , duc d'Alençon , puis duc d'Anjou , en sa qualité de souverain des Pays-Bas , adressa , le 10 décembre, aux conseils de Brabant ,de Gueldre, de Flandre, de Malines , de Hollande et de Frise , un placard pour la réception du calendrier grégorien , par lequel il était ordonné que, dans ces provinces, après quelle 14 futur de décembre seroit passé , le jour suivant , qu'on comptait pour le i5 e . , selon l'an— cien calcul, ne se compterait plus pour le i5*/, mais pour le 25 e . , et ainsi serait tenu pour le jour de Noël; et que l 'année présente finirait, six jours après ledit jour de Noël. Le Brabant, la Flandre, l'Artois, le Hainaut , la Hollande se conformèrent à cet édit. Mais la Gueldre, le Zutphen , la province d'Utrecht , la Frise , le pays de Groninguc, l'Ovcr-Yssel s'y opposèrent , et continuèrent de suivre l'ancien style. L'année suivante , après la retraite du duc d'Anjou , Philippe II , roi d'Espagne , étant à Tournai, donna , le 10 janvier, un nouvel édit , portant ordre aux dix-sept provinces des Pays-Bas de recevoir le nouveau calendrier ; réglant en conséquence que le 12 février futur serait compté pour le 22, et le lendemain serait tenu le jour des Cendres. Réformons en cela , ajoute-l-il , la lettre F en B , tellement qu 'en effet , le susdit mois de février , pour cette année , n'aura que 18 jours , en place de 28 , quoiqu 'on compte jusqu 'au 28 inclusivement. Celles des sept Provinces Unies, qui avaient refusé d'obéir au placard du duc d'Anjou , ne tinrent compte de l'édit de Philippe II , dont elles ne reconnaissaient plus l'autorité. Mais nous voyons qu'en 1700 , les états de la province d'Utrecht publièrent un placard , le 24 juillet , portant que le calendrier nouveau y serait reçu , à commencer le 1 décembre, que l'on compterait pour le 12. La province d'Over-Yssel suivit, la même année, cet exemple, ainsi que la Gueldre, le Zutphen, la Frise et Gronîngue. C'est donc de cette époque que le nouveau style est uniforme dans tous les Pays-Bas.
« L'an i58^ , le 24 de novembre , dit Meurisse, ( Hist, des » Eo. de Metz, p. 643) , les nouvelles de la réformation du ca- » lendricr étant arrivées en cette ville (de Metz), ceux qui *» avoient l'autorité spirituelle, au nom de l'évêque , Charles de •» Lorraine , donnèrent ordre, avec le reste du clergé, qu'au • lieu de compter le 10 dè décembre , on comptât le 20 ; le
* lendemain, lé 21 , auquel jour fut solcnnisée la fête de saint » Thomas ; et ainsi consécutivement. >»
En Allemagne, l'empereur Rodolphe II proposa, dans une des dernières séances de la diète d'Ausbourg , ouverte le 27 juin i56*2 , d'introduire dans l'Empire le calendrier grégorien ; et ce projet très-raisonnable , dit M. Pfeffel, eût sans doute été agréé sur le- champ, si les états ne se fussent pas trouvés offensés par le ton absolu avec lequel le Pape leur avait enjoint de suivre son calendrier. L'on s'y opposa tout d'une voix ; mais, Tan l'Empereur, par les soins d'Ernest de Bavière, électeur de Cologne , engagea les états catholiques de l'Empire, à recevoir le nouveau calendrier. Les Protestants continuèrent de suivre l'ancien. Mais la ville de Strasbourg, étant tombée sous la domination de la France , adopta le grégorien , le 5 février 1682 , parles soins de M. de la Grange, intendant d'Alsace. Le retranchement de dix jours se fit dans ce mois, et l'on commença le i« r . mars, suivant le nouveau style, (Pontier, Cabinet des Grands ♦ p. a5-, et Schœpflin , Aïs. Ùlusir. t. II , p. 343. ) Enfin, l'an 1698 , les Protestants de l'Empire commencèrent à travailler à un nouveau calendrier. Le 14 octobre (v. st. ) de cette année, Echart Weigel , savant mathématicien d'Iéne , proposai la diète de Ratisbonne la manière d'opérer cette réforme. On agita l'affaire dans le corps des états soi-disant évangéliques ; on consulta en même tems d'autres mathématiciens ; et , le i3 septembre 1699, le corps des Protestants conclut et arrêta qu'on retrancherait, de l'année 1700, les 1 1 derniers jours du mois de février: et que la féte de Pànues serait célébrée , non suivant le cycle dionysien , reçu 'dans le calendrier julien , mais suivant le calcul astronomique. En conformité de cette décision , il parut , en 1700 , un nôuveau calendrier , sous le titre de Calendrier corrigé , que Weigel prétendit être plus exact que le grégorien , avec lequel il s'accorde , à la vérité , pour la quantité des jours de l'année , et la disposition des semaines, mais dont il diffère , pour la manière de déterminer la Pâque et les fêtes mobiles qui en dépendent. Car, au lieu de fixer invariablement l'équinoxè du printems au 21 mars , comme fait le calendrier grégorien , on le détermine, dans celui des Protestants, par un calcul fondé sur les tables rudolfincs ou képlcrif nues des mouvements célestes , et cela , sans le secours des nombres d'or, épactes et lettres dominicales. Dans ce calcul , 1 equinoxe est mobile , et peut tomber les 19, 20, 21, 22 et 23 mars ; d'où iLarrive que les Protestants ne se rencontrent pas toujours avec nous, pour le jour de la Pâque. Ils peuvent la faire avant nous ; car leur equinoxe, tombant le 19 ou le 20 mars ; alors , si la pleine lune arrive l'un de ces deux jours, un samedi , ils feront la Pâque le lendemain. C'est cet
qu'on a déjà vu Tan 1724, où nous fîmes la Pâque le 16 avril, et les Protestants le 9 du même mois ; et en 1 744» où les Protestants célébrèrent cette fé*te le 29 mars , et nous le 5 avril (1). Ils peuvent la faire après nous ; car si la pleine lune arrive le ai mars , nous pouvons faire la Pâque le 22 ou le a3 , au cas que ces quantièmes tombent un dimanche. Mais, pour lors, il est pos-* sible que Péquinoxe n'arrive, dans le calendrier des Protestants, que le 22 ou le a3 mars ; ce qui les obligera de remettre la Pâque au dimanche suivant , sept jours après nous. Une observation que nous ne devons pas omettre , c*est que ce calendrier corrigé n'a pas été adopté à perpétuité , mais seulement parpro-
(1) Cela devait encore arriver en 1778, et en 1798. Mais comme alors la Pâque des Chrétiens se rencontrait arec celle des Juifs, les Protestants , après avoir délibéré sur cela , dès 1724* on * en ^n arrêté , dans la diète de Ratisbonne , le 3o janvier 1733 , qu'ils ne célébreraient ces deux Pâques que huit jours après les Juifs ; savoir, celle de 1778 , le 19 avril , et celJe de 1798, le 8 avril, Tune et l'autre avec les Catholiques. (Cette remarque est de M. Raillard , bibliothécaire de la ville de Baie. ) Néanmoins, ce règlement ne fut pas adopté par tous les états protestants d'Allemagne. Car, en 1774» 1 e ministre du roi de Prusse , présenta , de la part de son maître, à la diète de Ratisbonne, un r esc rit portant que « S. M. prussienne, prévoyant qu'en 1778 , la Pâque des » Protestants n'arrivera pas le même jour que celle des catholiques rosi» mains, et qu'il pourroit survenir quelques troubles, parce qu'elle se ren- 3» contre avec les azymes des Juifs, elle désire que les états de l'Empire » prennent des mesures convenables pour que les deux communions chré- » tiennes célèbrent la Pâque le même jour, surtout dans les états où » les deux cultes sont également autorisés par les lois. » En conséquence, le Roi déclarait que la fête de Pâques, en 1778. devant tomber,, suivant le calendrier corrigé , au 12 avril , il l'avait fixée, dans ses états, au 19 du même mois, pour ne pas la célébreravec les Juifs, dont le calendrier la plaçait au même jour que celui des Protestants. La Diète , frappée de ce mémoire , fit , sur la fin de novembre 1774 » un conctusatn , par lequel il fut unanimement réglé qu'on se conformerait, dorénavant, au calendrier grégorien, pour fixer la fête de Pâques. On donna acte parla , aux Catholiques, de l'inconvénient qu'il y a de s'écarter de leur calendrier , sous prétexte d'une plus grande exactitude astronomique.
Parmi les Œuvres de Jean Bcmoulli, tom. IV, pag. 494 * on trouve un mémoire, adressé, l'an 1724, sénat de Bâle, dans lequel if prouve que souvent, malgré le calcul le plus exact de l'équinoxe et de la pleine lune, les Pâques des Chrétiens ne se rencontreraient pas, à cause de la grande distance des liettx et de la grande variation du lever du soleil, qui change d'un méridien à l'autre, de manière que, si la pleine lune tombait un samedi dans un endroit , caserait déjà le dimanche dans un autre; et par cette raison, il conseillait d'en faire une fête fixe et immobile, et que l'on s'accordât sur ce jour dans tout la jnonde chrétien :"mais son uvis ue lut point suivi.
vîsîon , en attendant que les défauts du calendrier grégorien fussent réformés (i).
(i) L'état actuel du calendrier suppose l'année solaire de 365 jours, 5 heures, 49 minutes, i a secondes; elle n'est cependant, suivant M. de la Lande, que de 365 jours, 5 heures , 48 minutes, 45 secondes.
Les rédacteurs du calendrier, comme on l'a déjà remarque' ci-dessus, eussent donc fait une correction plus, exacte, s'ils eussent fixé la suppression du bissexte à chaque époque de iad ans ; car alors l'année eût été supposée de 365 jours, 5 heures, 48 minutes, secondes, ce qui est précisément la durée de Tannée astronomique. Mais alors, il eût fallu renoncer à l'uniformité des intercalations à faire du bissexte tous les 4 ans, excepté les 3 années séculaires, et de l'intcrcalation à faire du même bissexte tous les 4oo ans.
Autre défaut de notre calendrier. Les calculs relatifs aux mouvements de la lune ont été faits sur la durée moyenne de ses révolutions. 11 n'est donc pas étonnant que les nouvelles lunes du calendrier s'écartent quelquefois d'un jour ou deux, et même jusqu'à près de 3 jours, des nouvelles lunes astronomiques, qui sont toutes calculées sur le mouvement vrai dé cette planète. D'ailleurs le calendrier marque seulement la nouvelle lune aux jours où l'on est censé apercevoir le premier filet de sa lumière. Les éphémérides, au contraire*, la marquent au moment même de sa conjonction avec le soleil. Or, les observateurs s'accordent à dire que ce mouvement précède, d'environ deux jours, celui où l'on commence à distinguer son croissant : et telle est la source de la différence qui règne entre les lunes civiles et les lunes astronomiques.
Troisième défaut. C'est que tel dimanche, qui devait être consacré à la célébration de la Pâque, suivant le concile do Nicée, ne l'est quelquefois pas, par la iaufce du calendrier. On l'a déjà vu, en 1724; car l'équinoxe du printems arriva , cette année-là , entre 9 et 10 heures du matin, le ao mars; et la pleine lune pascale astronomique tomba un samedi 8 avril, vers les quatre heures du soir. Les Chrétiens devaient donc célébrer la Pâque le lendemain 9 avril. Mais, par le calendrier, la pleine lune n'arrivait que le dimanche de cette même année. L'Eglise devait donc différer de huit jours la célébration de la Pâque , ce qui était contre l'intention primitive du concile de Nicée. Le même inconvénient arriva en 1744» en x 77& et en I 79^ : chacun a pu aisément reconnaître l'erreur dont nous parlons. On trouva que la pleine lune pascale devait arriver, suivant les éphémérides, le 3i mars, vers 9 Jieures du soir; par conséquent, ce jour étant un samedi, la Pâque devait être célébrée le lendemain I er . avril. Parle calendrier, au contraire , on trouva que l'épacte répondait au 19 mars, et que, par conséquent , la pleine lune arrivait le i« r . avril, nui était un dimanche. On attendit donc le dimanche suivant pour céléb rer la Pâque. Aussi le calendrier n'annonçait-t-il que pour le 8 avril, la célébration de cette fête, en 1798.
Au reste , ce troisième défaut , qui résulte évidemment du second , est inévitable, tant qu'on n'aura pas recours au calcul pour fixer en par» tiçujiei chaque nouvelle lune. Ou le diminuerait pourtant beaucoup â
Kn Suisse , le calendrier grégorien fut successivement adopté par les Cantons et états catholiques. Les cantons de Lucerne ,
9i. aux ppartes des nouvelles lunes, on substituait celles des pleines lunes, comme le P. ÎVJéliton l'a proposé, dans un ouvrage publie sous le titre de Gregoriana correctio illustruta, ampliata , et à conviciis vindicata , m— 4-
Quatrième défaut. C'est qu'en ordonnant une parfaite conformité, dans tous les états catholiques, pour le jour auquel on doit célébrer la Pâ que, Grégoire XIII semble n'avoir point eu égard aux pays qui comptent un jour de plus ou de moins que nous, suivant qu'ilssont à l'Orient ott à l'Occident. Cependant, cette différence peut faire que 1rs Chrétiens qui habitent ces contrées, célèbrent la Pâque le même jour que les Juifs. Il est vrai que ce n'est plus un inconvénient, depuis qu'on ne parle plus, dans l'Église, des QuaHodccimanSy ainsi appelés . parce qu'ils célébraient toujours la Pâque le quatorzième jour de la lune, comme les Juifs. On sait que leur opiniâtreté causa de grands troubles, et que, sans le sage conseil de saint Irenée, le pape Victor eût fulminé contre eux un anathême solennel. Les Protestants ont eu aussi leurs débats, pour savoir à quelle méthode ils s'attacheraient dans la recherche des lunes pascales : mais, comme le célèbre Jean Bernoulli le disait aux magistrats de Basle, qui le consultèrent à ce sujet, en iya3:« Il serait bien à souhaiter, que » les Chrétiens ne parussent pas si inquiets du choix qu'ils doivent faire » du jour de Pâques, et qu'ils témoignassent plus de rèle , après l'avoir » une fois choisi , pour le célébrer d'une manière convenable à leur » foi , en l'honneur de Dieu . et en l'honneur de la glorieuse Réssurec- » lion de Notre-Seigneur Jésus-Christ » Bernoulli désirait beaucoup que l'on fixât à jamais le jour de Pâques au premier dimanche après l'équinoxe du printems. Par-là les gens, même du peuple, auraient toujours su à quoi s'en tenir ; au lieu qu'ils ne comprennent rien aux variations continuelles qu'entraine l'ancien usage. Combien même de gens instruits qui ne se sont pas donnés la peine d'en approfondir les raisons^ Ce n'est pourtant pas faute d'auteurs qui ont écrit sur le calendrier : le nombre en est considérable. Mais on distinguera toujours» parmi tous ces Traités , celui que l'on trouve dans le cinquième volume des Œuvres de Gassendi , in-folio. II est plein de clarté, comme tous les ouvrages de ce grand homme , dont le mérite n'est pas assez connu.
Cinquième défaut. Il est prouvé, par une grande suite d'observations modernes , comparées avec beaucoup d'observations anciennes , que l'année solaire an minutes iS secondes de moins que Sosi— eène ne l'avait cru : ces n minutes i5 secondes, réduites en parties de jour, équivalent à 1/128» de jour; donc la preeession des équinoxes doit être de 7 jours au bout de 900 ans , et par conséquent, de 28 jours au bout de 36oo ans. Il faut donc supprimer 28 jours sur 36 années séculaires, si l'on veut conserver l'équinoxe du printems au même point. Et comme 36oo années de 365 jours 5 h. 49', 12", forment 1,314,873 jours, et que l'année tropique n'est que de 365 jours 5 h. 48', 4^'*» il s'ensuit que 36oo de ces années ne valent que i,3i4»87i jours, 21 heures; par conséquent , 36oo années , suivant le calendrier, excèdent
Tri, Schwitz , Fribourget Soleure le reçurent en i583; celui d'Underwalden en i584- Mais dans les bailliages que les Catholiques possèdent en commun avec les Protestants, l'introduction de ce calendrier souffrit de grandes difficultés, de la part de cet derniers, oui ne le rejetèrent que parce qu'ils en firent une affaire de religion, à cause du Pape qui Pavait oublié. Les deux parties firent là-dessus, en février i . r >85 , un règlement à l'amiafcle , pour leurs sujets des deux religions. Les cantons de Zurich, Berne, Glaritz, Bâle , Schaffhousc, la ville de Saint-Gall , les Ligues-Grises , Rienne, Mulhausen, Genève et Neuchàtel conservèrent le calendrier julien dans leurs territoires respectifs. Le cantond'Appenzel,où la religion étaitmixte, avait d'abord adopté le calendrier grégorien, en 1 584 î niais, bientôt après, ce canton fut agité de troubles si véhéments, à l'occasion de ce calendrier, entre les habitants des deux religions, qu'on fut près d'en venir a une guerre civile. Ces troubles enfin ayant été calmés, parla médiation des autres cantons, il fut stipulé, l'an 1590, que les Protestants pourraient célébrer de nouveau leurs fêtes, suivant l'ancien calendrier ; et le canton d'Appenzel , ayant été depuis partagé en deux divisions , entièrement distinctes , l'une catholique, l'autre protestante, le calendrier julien fut réintégré dans la dernière. Le règlement que les cantons avaient fait , en février i585, pour leurs bailliages communs, où s'exerçaient les deux religions, portait que les Protestans pourraient y conserver
36oo années tropiques d'un jour trois heures. Ainsi, au bout de trentesix siècles , si on n'y reme'die , on comptera, non pas un jour, mais 27 heures de trop ; et ces 27 heures , en huit fois trente - six siècles t formeront 9 jours en 28.800 ans. Les trente-six siècles, dont il est question ici, se termineront, l'an 5aoo de Jésus-Christ. Cependant les rédacteurs du calendrier grégorien , n'ayant prescrit de supprimer que trois bissextes à chaque époque de 400 ans, nous ont mis, ainsi que ceux qui viendront après nous, dans le cas de ne supprimer que 27 jour» sur trente-six siècles. Ceux donc qui se trouveront à la fin de <:ette longue période, verront l'équinone remonter d'un jour.
Rien, au reste , ne serait plus aisé que de remédier a ce défaut. II n'y aurait qu'à supprimer sept bissextes sur neuf siècles, au lieu d« n'en supprimer que trois sur quatre. Et si, au Heu d'employé» l'équation lunaire, tous les 3i2 ans et demi, on l'employait cinq fois, en onze siècles, il ne serait pas difficile de prouver, que la révolution svnodique de la lune serait alors , suivant le calendrier même , d une telle exactitude, qu'elle ne dilférerait pas d'un dixième de seconde de celle que donnent les meilleures observations. Il faudrait donc 146,700 ans. pour que cette différence produisit un jour d'erreur dans l'indication des nouvelles lunes d'un calendrier réformé sur ces principes : ce qui le rendrait beaucoup plus parfait.
leurs fêtes sur le pied d*l'ancien calendrier, et que ces jours-là leurs compatriotes catholiques seraient tenus de cesser leurs travaux jusqu'à l'heure de midi; que, réciproquement , les Catholiques pourraient célébrer leurs fêtes , suivant le nouveau calen-» drier, et que ces jours-là, il serait pareillement défendu aux Protestants de travailler avant l'heure de midi.
En 1700, sur les représentations des états protestants d'Allemagne , assemblés à Ratisbonne , les quatre cantons de Zurich , de Berne, de Baie et de SchafThouse, adoptèrent le nouveau calendrier corrigé par Weigel ; et > en conséquence , ils commencèrent l'année 170 1 au 12 janvier de l'ancien style , sur le même ied que les Catholiques. Les villes de Genève, Bienne, Mulausen , le comté de Neuchâtel , et les bailliages communs de Badcn , de Turgovie , de Sargans , de Rheinthal adoptèrent le même changement. Mais il ne put s'introduire dans le canton de Glaritz , où la religion était mixte , ni dans la partie protestante du canton d'Appenzel ; en sorte qu'encore aujourd'hui , l'ancien calendrier y est observé. Ce ne fut qu'en 1724 que le nouveau fut reçu dans la ville de Saint-Gai!. Les protestants des trois Ligues-Grises ont persisté jusqu'à ce jour à le rejeter. Il n'y a que les catholiques de ces Ligues qui en fassent usage. Ainsi , dans les décrets généraux des trois Ligues , on a soin de marquer la double date du jour du mois , et suivant l'ancien , et suivant le nouveau calendrier. ( Ceci est tiré d'un Mémoire qui nous a été fourni par M. le baron de Zurlauben. ) On nous anprend d'ailleurs que, dansleTockenbourg, au pays de Saint- Ga 11, les Protestants suivent actuellement l'ancien style , et les Catholiques le nouveau.
En Hongrie , la diète de Presbourg , tenue en présence de l'archiduc Ernest, l'an 1 587, admit, après de grands débats, la réformation grégorienne ( de Sacy, Ilist. de Hongrie, tom. 11 , pag- 9*- )
En Pologne , le roi Etienne Battori ayant voulu établir , l'an i586, le calendrier grégorien, les habitants de Riga s'y opposèrent, et en vinrent à une sédition. Mais ils furent réprimés, «t le calendrier nouveau prévalut.
En Suède , il fut introduit par un édit du roi , rendu sur une délibération du sénat, le 24 février 1752 ; et commença d'avoir cours le i er . de mars de l'année 1753.
En.Danemarck , il fut adopté dès l'an i582:maisen 1699,0m le réforma , par édit du roi, donné le 20 décembre, sur les corrections de Weigel ; et depuis ce tems, le calcul des Danois s'accorde parfaitement avec celui des protestants d'Allemagne. Cette remarque nous a été communiquée par M. Screiber , conseilleraumônier de l'ambassade de Danemarck à la cour de France.
Ç*est donc une méprise , dans quelques-uns de nos écrivains , d'avancer que le nouveau calendrier ne fût reçu en Dahemarck Ijue Tan 174.S.
En Angleterre , par un acte du parlement tenu à Westminster, l'an 1 75 1 , il fut ordonné que Tannée iy5a et les suivantes commenceraient au i cr . janvier ; ce qui doit s'entendre du I er . janvier, suivant l'ancien style. Le même acte ordonna de plus , afin de réduire la chronologie anglaise au nouveau style , que le 3 septembre fjS2 serait compté pour le 14 du même mois. Ainsi , Tannée anglaise et Tannée française ne commencèrent à s'accorder parfaitement que le 14 septembre 1762 ; et Tannée 1753 fut la première oui commença précisément au même jour dans les deux chronologies.
Enfin, il ne reste plus, ep. Occident, que la Russie, et quelques endroitfcdes pays helvétiques , où Ton suive le calendrier julien. 1M05, en Orient, le calendrier grégorien est universellement rejeté. Les Grecs , quoi qu'en dise un moderne , suivent encore aujourd'hui leur ancien style. Il est vrai que Jérémie II* patriarche de Constantinople , s'était engagé, avec le pape Grégoire XIU , à introduire le nouveau calendrier dans son église ; mais Thédlèpte , métropolitain de Philippopoli , le fit déposer et mettre en prison pour ce sujet, comme nous le dirons à Tarticle de ce patriarche.
Des Épacies.
L^anwée solaire commune , ainsi qu'il a été dit plus haut * ^contient 365 jours, et Tannée lunaire commune 354- Il y a donc, dans la première, onze jours de plus que dans la seconde. Aiffsi, pour égaler Tannée lunaire a la solaire , il faut ajouter onze jours à la première ; et ces orize jours sont ce qu'on appelle épacte. Elles augmentent d'un pareil nombre chaque année Commune , parce que le cours de la lune avance d'autant sur celui du soleil. £.es années bissextiles étant de 366 jours , la lune avance de 1 3 jours sur le soleil, ces années-là. Mais les calendriers, tant Tantien que le nouveau , sont arrangés de manière qu'on n'y fait aucune attention aux années bissextiles , et qu'on se contente d'augmenter les épactes du nombre 1 1 , comme dans les années communes. Il n'y a que deux exceptions ; pour Tannée du cycle de 19 ans , qui concourt avec Tépacte 29 * jusqu'à la réformation du calendrier ; et pour Tannée qui précède celle dont le nombre d'or est 1 , depuis 1696 jusqu'en 1900 exclusivement : dansTun et l'autre cas, les computistes augmentent les épactes de 12, au
go DISSERTATION SUE LfcS DATES
lieu de 1 1 ; et cela, afin qu'au bout de 19 ans, les é pactes, commé les nouvelles lunes , recommencent à marcher dans le même ordre que le cycle précédent. Oh peut remarquer cet ordre dans notre Table, en comparant un cycle avec l'autre. On y verra aussi que les épactes augmentent de 12, au lieu de n , dans les années qui concourent avec la dernière du cycle de 19 ans.
Pour y découvrir cet usage plus aisément, il faut savoir comment les compulistes font leur addition d'épactes, chaque année. S'ils en comptent 1 1 , cette année, ils en compteront 22, Tannée d'après, en ajoutant 1 1 ; Tannée suivante, en ajoutant encore 11, ils en compteront 33, /ou plutôt ils en compteront 3; parce qu'étant arrivés, par leur addition, à un nombre au-dessus de 3o, ils retranchent le nombre 3o, et ce qui reste est Tepacle qu'ils cherchent Cela supposé, il est aisé de comprendre, qu'au lieu de 1 1, ils ajoutent 12, pour Tannée qui suit l'épacte 24L depuis Jésus-Christ jusqu'en i582; pour Tannée qui suit Tepacte 19, depuis 1696 jusqu'en 1700, et encore pour l'année qui suit Tépacte 18, depuis 1700 jusqu'à Tan 1900 exclusivement. Si t Tannée qui suitl'épacte 29, on n'ajoutait que 1 1 , on ne compterait cette année que 10 d'épacte : 29 et 1 1 font 40; retranchez 3o,
11 reste io; et par conséquent, en n'ajoutant que n, il ne faudrait compter que 10 d'épacte. Cependant on compte «1 après 29, comme on le voit dans notçe Table chronologique, depuis Jésus- Christ jusqu'en i582. Il faut donc que les compulistes ajoutent
12 a 29, pour Tannée qui suit celle qui est marquée de Tépacte 29. Il en est de même depuis 1700, pour l'année qui suit Tépacte 18. Cette année est ainsi marquée * dans notre Table chronologique, où cet astérisque tient lieu de 3o ; or, 1 8 et 11 ne font que 29; il faut donc ajouter 12 d'épacte au lieu de 1 1 , pour les atinées qui sont marquées de cette petite étoile, que nous nommons astérisque. On voit que les anciens et les nouveaux computistes s'accordent parfaitement, en ajoutant 12 d'épacte, au lieu de 1 1 , pour une certaine année du cycle de dix-neuf ans. Mais il s'en faut bien que les uns et les autres conviennent sur la manière tic compter les épactes.
Les nouveaux compulistes comptent autant d'épactes, chaque année, que la lune avait de jours le dernier décembre qui a précédé. Par exemple, on comptait, en Tannée 1760, 12 d'épacte, , parce que, selon le comput ecclésiastique , le 3i décembre 1769 était le 12 de la lune. Cependant il y a une exception , qui est que, depuis 1596, la première année du cycle de 19 ans, on ajoute une unité au nombre des jours que la lune avait le dernier jour de décembre précédent. Exemple : en 1785, la lune a eu 29 jours, le 3i décembre, et néanmoins, le i er . janvier suivant, on compta 3o, ou * d'épacte, parce que Tan 1786 concourait avec
la i re . année du cycle de 19 ans, qui avait 1 pour nombre d'or. C'est au fond la même raison pourquoi l'on ajoute 12 aux épactes 18, 19 et 29. 11 n'en est point ainsi des anciens computistes. Ils comptaient autant d'épactes, chaque année, que la lune avait de jours, le 22 mars. Omni <wmo, dit le vénérable Bède, quota lunà in undecimo calendarum aprilis eveneril^ tota eodem anno epacta ait. Ce sont ces épactes anciennes , dont les chartes sont datées , que nous marquons, dans notre Table chronologique, depuis la remière année de notre ère chrétienne , jusqu'à la réformation u calendrier, faite en i58a ; sur quoi nous remarquerons que les anciens computistes ne donnaient pas tous le même commencement à leurs épactes. Quelques-uns, en effet, commençaient à les compter dès le mois de septembre, avec les Egyptiens, quatre mois pleins avant ceux qui , suivant l'usage des Romains, ne commençaient à les compter qu'avec le mois de janvier. Epactœ, dit encore le vénérable Bède, incipiunt, secunditm JEgyptios, à c.a/cndis septembris', secundùm Romanos, à calendis januwil. Nous trouvons, dans nos chartes, des notaires oui ont suivi l'usage des Egyptiens, et d'autres qui ont suivi celui des Romains. Commençons par les premiers. Dans le i cr . tome des Anecdotes de D. Martenne, col. 264, on voit une charte ainsi datée : Acta sunlhœc.» anno ab Incarna tione Domini MX CI II , indienne /, epactâ I; parce* que cette charte n'a point été donnée avant le mois de septembre , epacta 1 est bon , suivant l'usage des Egyptiens. Si elle avait été donnée avant le mois de septembre , ou si celui qui l'a écrite avait suivi l'usage des Romains, il l'aurait âaiêeepactâ xx, comme on la voit marquée, en iog3, dans notre Table chronologique, où nous suivons les Romains, dans notre manière de compter les épactes, sans aucun égard a celle des Egyptiens, parce qu il n'est pas possible de tout marquer dans une table qui doit être claire et sans confusion. Le même tome des Anecdotes, qui vient d'être cité, présente , col. 346, une charte de Louis-le-Gros , ainsi datée : Anno Domini MCXVII.... Epactâ XXVI, concurrentibus nu Cette date, epactâ xxvi, est bonne, en suivant la manière de compter des Egyptiens ; mais en suivant celle des Romains, il faudrait epactâ xv, comme elle est indiquée dans notre Table chronologique, pour l'an 1 1 1 7. Il en est encore de mêmed'une autrecharte, rapportée par D. Vaissete, tom. H , fol. 5i 1 , des preuves de son histoire de Languedoc. Telles sont les dates de cet acte : Facta charta ista, mense novembno ,fenâ y II , epacta VI , tuna VI , anno çidêlicelab Incarnation Domini MCXLUII. Il faut lire MCXLV, selon D. Vaisssete. En effet , toutes les dates de cette charte conviennent à l'an 1 1 45, et le feriâ VII, mense novembrio réuni avec luna f7 t prouve qu'elle a été "donnée cette année 1 1 45 , le 24 novembre r qui était un samedi , comme on peut le voir dans nos deux calcn-
c)3 DISSERTATION SUR LES DATES
driers lunaire et solaire. Pour Yepactâ vt , au lieu de xxv, elle ru* peut plus faire de difficulté, après que nous avons prouvé qu'il y avait des notaires qui Changeaient les épactes, dès le mois de septembre, avec les Egyptiens. En voici une preuve bien claire, tirée de celles de la dernière Histoire de Bretagne, tom. 1, col. 612 ; Hœc... . confirmatio jacta est:.» anno ab Incarnatione Domim MCLII, jpicnse septembre , in exaltatione Sanclœ Crucis^ lunà II, ferîà /, cyclus solaris x/ll , epacta xx/lf, concurrentes II , claves temiino— rvrn Xiv, indictione xr. Selon les Romains, il faudrait epacta xii ; mais epacta xxm est bon, suivant les Egyptiens, dans une charte donnée, comme est celle-ci, au mois de septembre ; donc toutes les dates sont exactes, à l'exception de lunà //, qui paraît être une faute de copiste pour hinâ xi»
H peut se faire que cet usage des Egyptiens ait été très- suivi par nos anciens; mais, pour le prouver, il faudrait un grand nombre de chartes qui eussent été faites dans les quatre derniers mois de Vannée ; et c'est ce qui nous manque. A l'égard de celles qui ont été données dans le mois de janvier, et les sept mois suivants, quoique les épactes y soient souvent marquées , elles ne peuvent être apportées en preuve, ni de l'usage des Romains, ni de celui des Egyptiens. La raison en est bien sensible ; ce sont les mêmes épactes dans les huit premiers mois de l'année, selon l'un et l'autre usages. Ainsi , en rapportant, comme nous allons faire , un certain nombre de ces chartes, données, depuis le mois de janvier jusqu'au mois d'août inclusivement , notre but est moins de démontrer l'usage particulier des Romains, que de prouver l'usage général de nos anciens. En effet, la manière dont ceux-ci comptaient les épactes est si différente de la nôtre , qu'elle mérite d'être attestée par des autorités assez nombreuses, pour ne laisser aucun doute sur ce que nous avons dit.
Le premier exemple que nous trouvons des épactes ajoutées aux dates des lettres ou des chartes, est tiré d'une lettre insérée dans la Vie de saint Benoît d' A nia ne, où les moines de l'abbaye d'Inde rapportent la mort de ce saint abbé en ces termes . Obiit autem septuagenarius , tertio idus februarii, anno ab Incarnatione Vomini octingentesimo vigesimo primo, indictione Xir, concurrente /, epacta decimà quartâ.
Un autre exemple, du même siècle, est de Rodradc, prêtre de la ville d'Amiens , qui date ainsi son ordination : Ego Rodradus.... IUI nonas martii, sacerdotalis minisferii trepidus suscepi officium anno Incarnation^ Dominicœ DCCCLlll, indictione /, epaclA vu, çoncurrente n, /. vu (il faut lunà Xlx), Urmino paschali IV, fal. aprilis.
Le premier tome des Anecdotes de D. Martenne va nous four-, pir ^'autres exemples pour les siècles suivants. Une charte d'riu-
î>ert, évoque deThérouenne, pour l'abbaye de Fécamp (col. 214), est ainsi datée : Actum, Fiscanni, in capitula, anrio ab Incarnations Domini mlxxx, epactâ xxri, indictione III. Et col. 2K0, charte de l'empereur Henri III , data il idus augusti.... anno Dominicœ Incarnalionis uxcii, indictione xr, epactâ ix. Et col. 584, charte de Berthe, duchesse de Lorraine , ainsi datée : Acta sunt hœc, anno ab Incarnatione Domini xcixxri, indictione /jr, epactâ m f con~ currente IP (1).
Dans ces chartes de différents pays, les épactes sont toujours marquées, suivant le calcul de nosanciens computistes, qui comptaient, ainsi qu'on l'a dit, autant d'épactes, chaque année, que la lune avait de jours le 22 mars. Il n'y a qu'à jeter les yeux sur notre Table chronologique, et notre Calendrier lunaire, pour se con vaincre de la vérité de ce que nous disons. 11 n'y a point ici de variété dans nos chartes ; elles s'accordent toutes sur cet article, et toutes les épactes y sont marquées de la même manière, excepté celle qui répond à la première année du cycle de dix-neuf ans, qui est tantôt epactâ XXfX, tantôt epactâ nullâ. Il est bon de se souvenir de ces deux manières de marquer y ne même épaetc, pour n'y être point embarrassé, quand on rencontrera epactâ nullâ , que nous n'avons point marquée dans notre Table chronologique.
Mais pourquoi les anciens computistes comptaient-ils autant d'épactes, chaque année, que la lune avait de jours le 22 mars? Et quel usage pouvaient-ils faire de ces épactes? Le voici : la Pâque ne pouvant arriver plutôt que le 22 mars , il importait de savoir quel était le quantième de la lune ce vingt-deuxième jour, parce qu'en étant instruit, on savait, en même tems, si cette lune, qui courait le 22 mars, étaitla lune pascale, ou ne Tétait point; et voici comment on le savait. Si le nombre des épactes était audessus de 16, ce nombre au-dessus marquait que la lune, qui courait le 22 mars, n'était point la lune pascale ; mais que c'était la lune suivante. Au contraire, si le nombre des épactes était au-dessous de 16, il marquait que la lune qui, cette année là,
(1) Une charte du cartulaire de Saint-Michel de Tonnerre, fol. i5g, donne'e par le chevalier Hugues de Maltalent , Elisabeth , sa femme ; Agnès sa fille , et le chevalier Hildebald , oncle de Hugues , est datée : Anno Ckristi MCXVlll , mense septembri , qui apud Hcbrœos FII S W npud Borna nos verb IX s , III hal. octobris , epactâ VJ1 concurrente II , lunâ XXI II , in cathedra Romana sedis apostoticœ résidente papa GelasiOy Joanne scihcet Gaeiano, anno ordinationis suce I, monarchimm regni sua fit ter gubernanie Ludopico cum Adélaïde uxore sua. anno regni jui Xl°, reginœ perd IF°^ Jocerani, episcopi Lingonensis IV*, Hugonis % tiurgund/arducïs, Xril°, Willelmi, Nirern e nsis comilis, XXIX 0 \
courait le aa mars , était la lune pascale, et qu'il n'en fallait point chercher d'autre.
Ceci deviendra clair, par l'application de cette règle aux deux premières années du nombre d or, ou cycle de dix-neuf ans. La première année de ce cycle, nos anciens comptaient 29 d'épacte. Ce nombre est au-dessus de 16; par conséquent, la lune qui Courait le 22 mars, cette année là , n'était point la lune pascale : c'était la suivante , dont le premier jour tombait le a3 du même mois. Voyons maintenant la seconde année du même cycle. Nos anciens, cette année, comptaient 11 épactes. Onze est au-dessous de 16 ; donc , la deuxième année du cycle de dix-neuf ans, la lune, qui courait le 22 mars, était la lune pascale. Tout cela
5 eut se vérifier sur notre Table chronologique, et notre Calenrier lunaire. Tel est l'usage que les anciens faisaient de leurs épactes, outre celui dont nous avons parlé plus haut. Observons encore qu'il n'était pas rare, dans le onzième siècle, de dater les chartes de deux épactes différentes, la majeure et la mineure. La première est la solaire, qui se confond avec les concurrents; la seconde est la lunaire , dont on vient de parler.
Nous nous servons aujourd'hui de nos épactes pour connaître les nouvelles lunes de chaque mois, pendant tout le cours de l'année, comme nous l'expliquerons d'une manière plus étendue dans l'avertissement qui est à la téte de notre Calendrier lunaire, où nos nouvelles épactes sont marquées, comme dans tous les calendriers. Nous remarquerons seulement ici, d'avance, que ces nouvelles épactes, comme il a déjà été dit plus haut, quoique plus exactes que les anciennes , n'indiquent pas, néanmoins, avec foute la précision astronomique , le commencement de la nouvelle lune ; que souvent elle les anticipe d'un jour, de deux , et même de trois, et que rarement elles 1 indiquent au jour qui lui est propre. Ainsi l'on distingue le commencement de la lune, suivant l'usage ordinaire, de ce même commencement, suivant l'exactitude astronomique.
Pour remplir toute cette exactitude , M. Carouge a proposé , dans le Journal des Savants (août, 1775, p. 56i, in-4 ), la méthode que nous allons transcrire.
« Si on appelle épacte, le tenu écoulé , depuis la nouvelle » lune de décembre jusqu'à l'instant où commence le mois de >» janvier suivant, il est certain que la méthode ordinaire de trou- » ver l'épacte est très-défectueuse ; c'est ce que montre la table » suivante, qui contient l'âge de la lune, au commencement de * chaque année, depuis 1760 jusqu'à 1785, comparé avec l'é- » pacte ordinaire.
gle
Années.
Epactes jrclinair
iS
Epactes calculées.
Années.
Epactes ordinai r
Epactes calculées
» On voit , par cette Table, que répacte ordinaire est presque toujours en erreur d'un jour , et souvent de deux. Il ne faudrait donc jamais s'en servir pour trouver la pleine lune pascale , mais laisser aux astronomes a la calculer , et à déterminer le jour où la fête de Pâques doit être célébrée ; encore faudroit-il, comme le remarque M. Bernoulli , convenir d'un méridien fixe.
» L'intercalation de 97 , sur 4 rt <> années complettes, a donné au calendrier une perfection aussi grande qu'on pouvait le désirer, fcn effet, si Von suppose, avec M. de la Lande, la longueur de l'année de 365 jours, 5 heures, 48 minutes, Ifi secondes, il s'écoulera 3200 ans, avant que nous comptions un jour de trop. Si on la fait , avec M. de la Caille, de 365 jours, b heures , 48 minutes , 48 secondes , ce ne sera qu'après 36oo ans, que. nous compterons un jour de trop. Si on la suppose, avec M. la Hire, de 365 jours 5 heures, 49 minutes, il s écoulera 7 200 ans, avant que nous comptions un jour de trop. Enfin, si l'année étoit au juste de 365 jours, 5 heures, 49 minutes , 12 secondes , jamais il n'y aurait d'erreur.
» Si le calendrier a, de ce côté là, toute la perfection qu'on peut désirer, il semble que, d'un autre côté, on aurait pu lui en donner une plus grande. Pour cela, il aurait fallu fixer l'équinoxe au premier avril, et composer chaque mois d'un nombre de jours plus conforme au tems que le soleil reste' en chaque signe : or le soleil emploie,
gG DISSERTATION SUR IES DATES
» 89 j. 1 h. 4-5' à parcourir les signes d'hiver ,
» 92 ]. 22 h. 12' à parcourir les signes du printems f
» q3 j. i3 h. 3^' à parcourir les signes de l'été ,
» 89 j. 16 h. 20' à parcourir les signes d'automne*,
» On auroit donc fait janvier de trente jours , février de trente y
m mars de trente f avril de trente-un , mai de trente-un , juin
j» de trente-un , juillet de trente-un , août dé trente -un , sep-
» tembre de trente-un , octobre de trente , novembre de trenve,
» décembre de vingt-neuf et trente.
» Voici les avantages qui seroient résultés de cette carrée-» » tion : 1 °. l'année auroit commencé, lorsque le soleil commence » à se rapprocher de nous, et que les jours commencent à croître; » 2°. le soleil seroit entré dans chaque signe, presque toujours le j» premier jour de chaque mois ; o°. chaque saison auroit corn- » mencé le premier jour d'un mois, et auroit duré exactement, » trois mois; 4°* TïCn n 'auroit été plus aisé que de retenir quels » sont les mois de trente jours , et quels sont ceux de trente— un » jours; 5°. le jour intercalaire, placé à la fin de décembre, au- » roit servi de complément à Tannée bissextile , et auroit été
• mieux placé qu'il ne l'est aujourd'hui , sans raison , après la » féte de saint Matthias , etc.
» En fixant , comme on l'a fait , l'équinoxe au 21 mars , on a » perdu tous ces avantages. 11 est vrai qu'il falloit fixer l'équi- » noxe , sans quoi , comme le remarque M. Bernoulli , souvent » la fête de Pâques ne se célébrerait pas le même jour, à cause de j» la grande distance des lieux et de la grande variation du lever » et du coucher du soleil , qui change d'un méridien à Tautre ; » mais la raison que l'on a eue de le fixer au 21 mars, raison » que tout le monde connoît , étoit-elle donc assez forte pour » sacrifier tant d'avantages , et ne pas procurer au calendrier » toute la simplicité et La justesse qu'il auroit reçues , en fixant
* l'équinoxe au premier avril ? 11 ne m'appartient pas ( ni à nous 9 non plus ) de prononcer ».
Conclusion de la première partie.
Avons-nous rempli le dessein que nous nous sommes proposes, et avons-nous suffisamment éclairci cet amas de dates obscures , qui sont renfermées dans notre f able chronologique? Cette Table sera-t-elle aussi utile , et d'un usage aussi étendu que nous l'avons dit au commencement de notre Dissertation ? C'est au lecteur attentif et judicieux que nous prenons la liberté de faire cette question. Il est maintenant en état d'y répondre , et de nous apprendre , par sa réponse , quel succès nous pouvons espérer de notre ouvrage. Pour nous, qui ayons déjà la-dcssus le suf*
DES CHARTES ET DES CHRONIQUES. Cft
{rage des personnes les plus capables d'en juger , nous nous flattons toujours qu'il seragtrès-utile , à tous ceux qui s'en serviront^ non-seulement pour vérifier toutes les dates renfermées dans notre Table chronologique , comme nous l'avons déjà dit , mais encore , i°. pour corriger plusieurs dates visiblement fausses , sans>cratnte de se tromper en les corrigeant; a 0 , pour empêcher les copistes, qui seront en état de se servir de notre Table, de commettre de nouvelles erreurs, en. écrivant une date pour une autre, lorsqu'ils ont de la peine à lire les chiffres qui marquent ces dates dans les actes originaux; 3°. pour fixer l'année, le mois et le jour de certaines chartes , datées d'une manière , qui parait si vague, qu'il n'est point possible d'en marquer le teins au juste , sans le secours de notre Table chronologique , et de nos Calendriers lunaire et molaire, qui en sont une dépendance ; ou sans une connaissance équivalente , qui ne se trouve dans aucun livre , ni ancien , ni moderne. Prouvons toujours ce que nous avançons.
Nous disons, d'abord, que notre Table et nos Calendriers peuvent servir à corriger plusieurs dates visiblement fausses , sans crainte de se tromper, en les corrigeant. C'est ainsi que, par leurs secours, nous avons corrigé plusieurs dates fausses, dans le* cours de notre Dissertation.
Faut-il encore d'autres preuves ? En voici quelques-unes des plus claires. La charte de fondation de l'abbaye de Savigni , que D. Martene et D. Durand ont fait imprimer, au premier tome de leurs Anecdotes, col. 333, est ainsi datée: Hœc donatio confir— mata est,.... anno ab Incarnat tone Domini MCXll , indictionc y , epactâ XXI. Il faut certainement lire epactâ xx, comme nous le voyons par notre Table chronologique , à l'an ma. La preuve en est évidente : les anciens computistes n'avaient point d'épactexxi; elle n'a été en usage qu'en iS8y, P our k première fois. * ■
Les mêmes computistes ne comptaient que sept concurrents , et ils s'en servaient, comme nous l avons dit, §. xvin, pour marquer les sept jours de la semaine : ainsi , quand nous trouvons des chartes , comme nous nous 'souvenons très- bien d'en avoir vu quelques-unes, qui sont datées, de concurrente Ml, ou concurrente rim, ce sont des fautes manifestes, que Ton corrigera toujours, par notre Table, où les concurrents de chaque année sont marqués. Il en est de même des réguliers annuels , qui ne sont aussi que sept en tout. S'il s'en trouve un plus grand nombre dans certaines chartes mal copiées , ce sont des méprises visibles , qu'il<«era aisé de corriger par notre Table, où ces réguliers sont encore marqués. 11 en est de même des lunes ; quand 1. i3
98 DISSERTATION StR LES DATES
les jours en sont mal marqués , par une faule de copiste. Nous lisons, dans le 2 e . tome de la nouvelle Histoire de Languedoc, col. 3o3, une charte, qui est ainsi datée : Facta est autem caria, ridus augusti, mediante die veneiis , lunâ ni in scorpione; soie verà in leone : anno verà ab Incarnatione iDomini MLXX1X, epactâ xr, concurrente /, et indictione il. Au lieu de luna m, il faut lire luna rill ; et il n'est pas difficile de le prouver par notre Table chronologique , en y Joignant notre Calendrier lunaire. Nous y voyons, par le chiffre 16 du nombre d'or, ou cycle de dix-neuf ans, propre à cette année, qu'en 1070, la nouvelle lune, qui commençait au mois d'août , tombait le deux ; le r idus augusti, marque le neuf du même mois. Commencez à compter un, le deux du mois , et comptez jusqu'à neuf inclusivement ; vous trouverez qu'il faut lire dans la charte que nous examinons, lunâ nil , au lieu ,de lunâ ni. Nous pouvons assurer la même chose de toutes les dates renfermées dans notre Table chronologique. S'il s'en trouve de fausses dans des charte? , il n'y en a aucune qu'on ne puisse corriger avec cette Table. Donnons-en encore un exemple. Dans l'Histoire de Languedoc, que nous venons de citer, nous trouvons, tome II, col. 34o, Habitum est hoc Placiium , Magalone, anno Dominkœ Incamationis MXCV , ( mxcvi , en commençant l'année avant Pâques), indictione ////, concurr. 11 , epactâ xxi m. (Il faut lire epactâ xxin, comme dans notre Table chronologique , a l'an 1096 ; les anciens computistes ne connaissaient point tfepacta xxilil), r feria, 1111 idusaprilis, lunâ XUi, ( H faut lire lunâ xu, comme il est encore aisé de le pfouverpar le nombre d'or), Erâ mxxxiiii, (Lisez erâ mcxxxiiii). Notre Table chronologique, rapprochée de notre Calendrier lunaire, nous fournit le moyen de corriger toutes ces fausses dates, avec une pleine assurance de ne nous être point mépris.
Mais, si toutes ces fausses dates , qui ne viennent que des copistes qui les ont mal lues dans les originaux ,* peuvent se corriger avec le secours de cette Table et des Calendriers qui en dé-
Î>endent , ne s'ensuit-il pas, qu'en les consultant dans le besoin , es copistes éviteront infailliblement ces Sortes de méprises ? Nul d'entr'eux n'ignore, et généralement tous ceux qui lisent les chartes et les autres actes originaux, savent qu'il n'y a rien de plus épineux , ni de plus difficile à lire que les dates, ou les chiffres qui marquent ces dates dans ces anciens monuments. On n'y voit pas bienj s'il faut lire 1, n , 111 , iv , etc. On y confond le v avec le 11 , parce que les deux jambages du v ne sont point assez unis par le bas , ou «que ceux du nombre 11 le sont trop. On y confond de même le iv et le vi avec le 111 ; et le lit avec l'un et l'autre. On y confond encore le vu avec le 1111 ; et ainsi tfe
/ EtS CHARTES ET DES CHRONIQUES. 93
plusieurs autres chiffres. Il y en à Quelquefois de si mal formés, ou qui le sont d'une manière si équivoque , qu'il faut deviner en les lisant , et souvent le copiste devine mal. Presque dans tous ces, cas, notre Table et nos Calendriers peuvent servir infiniment : l'usage en fera la preuve.
Ils serviront encore , comme nous l'avons dit , à déterminer l'année , le mois et le jour de certaines chartes , dont les dates paraissent si vagues, qu'il semble n'être pas possible de les fixer. Donnons-en des exemples. Nous lisons, parmi les preuves de la nouvelle Histoire de Languedoc, T. Il, col. 3ig, une charte qui est ainsi datée : Facia sont autem hœe % y kal. januarii, die Sabbali, lund xxvu , régnante Philippo Francorum rege. C'est Philippe I. Ce prince a régné depuis 1060 jusnu'en 1108. Comment connaître, en quelle année d'un règne si lonç, notre charte a été donnée ? La chose est facile, avec notre Table chronologique et nos Calendriers. Nous en allons fournir la preuve, aprrs avoir examiné nos dates, avec attention. Entre ces dates , nous trouvons le 28 décembre marqué par y kal. januarii; et nous trouvons encore que ce sA décembre était le 2.7 de la lune, luna xxvu. Pour que le 28 décembre concourre avec le 27 de la lune , il faut nécessairement c^ue le premier de la lune tombe le 2 du même mois. Ceci est si clair , .que ce serait faire injure au lecteur de vouloir le prouver. Prenons maintenant les nombres d'or de toutes les années *lu règne de Philippe 1 er , et Voyons, sur notre Calendrier lunaire, si nous trouvons plusieurs de ces années où le premier de la lune tombe le second de décembre. En parcourant , depuis 1060 jusqu'en 1 108, nous trouvons trois de ces années, qui sont io65, 1084 et no3, où le premier de la lune tombe en effet le second de décembre. Notre charte a été donnée certainement en l'une de ces trois années ; mais laquelle est-ce des trois ? Retournons à nos dates. Le die Sabbaii no'is apprend <jue c'était l'année où le 28 décembre était un samedi. Pour que le 28 décembre tombe un samedi , il faut que la lettre dominicale soit F. Nous le voyons dans notre Calendrier solaire perpétuel, à celui de la lettre F. Reprenons notre Table chronologique , et jetons les yeux sur nos trois années io65 , 1084 et 1 io3; nous remarquerons , qu'il n'y a que l'année 1084 , dont la lettre dominicale, soit F ; et de tout ceci , nous conclurons, avec la certitude la plus parfaite , que cette charte, dont les dates nous paraissaient d abord si vagues , a été donnée en 1084. Tels peuvent être l'usage et l'avantage de notre Table et de nos Calendriers, en bien des occasions.
Ajoutons encore quelques preuves. Parmi celles qui servent à la * fcQUYelle Histoire de Bretagne , nous trouvons une charte , tom. 1 %
col. 3oo, qui est ainsi datée : Factura est hoc.... ir kal augustt, die Snbbati, lunâ vigesimâ , régnante Carolo rege, Salomone in Brttannia. Par le règne de Charles-le-Chauve en France , et par celui de Salomon en Bretagne, nous voyons; que cette charte a été certainement donnée, vers 860, ou 070; mais nous voulons en savoir Tannée précise, et nous pouvons la savoir, par notre Table chronologique, aidée de notre Calendrier lunaire. La charte en question a été donnée, iy kal. augusti^ c'est-à-dire le 29 juillet. Ce 29 juillet était le 20 de la lune, luna rigesima. Pour que le 20 de la lune tombe le 29 juillet , il faut que la nouvelle lune tombe le 10 du même mois. Or, nous voyons, dans les nombres d'or, marqués dans notre Table chronologique , et rapportés à notre Calendrier lunaire, que, depuis l'an #46, jusqu'en 883, il n'y a que la seule année 064 , dont la nouvelle lune de juillet tombe le 10 de ce mois; ainsi la charte, que nous examinons, a été certainement donnée en 864. Pour le démontrer, nous n'avons point ici besoin du samedi, qui est encore une date de notre charte ; mais, si cette date, dieSabbati, nous était nécessaire, nous pourrions l'ajouter aux deux antres ; parce qu'en 864 le 29 juillet était un samedi, comme on peut le voir, par la lettre dominicale A, et par notre Calendrier solaire perpétuel, sur lequel il n'y a qu'à jeter les yeux pour se convaincre de ce que nous disons.
. Rapportons un troisième exemple, encore tiré des mêmes preuves de la nouvelle Histoire de Bretagne, col. 3o2. Farta est i'sïa iraditio, die Sabbat i y secundo nonas martii, luna XII , anno sexto principatus ejusdem Salomonis in Britannia. Nous avons choisi exprès cet exemple, où l'année de la principauté de Salomon est marquée , parce que les mêmes dates , dont nous nous servons pour fixer Vannée d'une charte, peuvent aussi servir pour fixer le commencement du règne d'un prince : ainsi, si nous doutions du commencement du règne de Salomon en Bretagne, nous prouverions, par les dates de la charte que nous examinons, que ce prince a commencé de régner en 857 ; parce que toutes ces dates nous marquent l'an 863, qui, étant la 6 e . d'un règne , montre qu'il commence en 857. Nous ne prouvons point ici, que toutes ces dates marquent l'année 863; attendu que, maintenant, le lecteur doit être en, état de s'en convaincre sans nous , par un calcul semblable aux deux que nous avons faits pour fixer l'année , le mois et le jour des deux chartes que nous avons examinées en prenfier lieu.
Nous pourrions rapporter un plus grand nombre d'exemples f!c chartes embarrassantes, dont on peut fixer le tems par le moyen de notre Table chronologique. Nous pourrions aussi faire;
voir combien il est utile , pour l'histoire , de fixer le tems de ces chartes, qui sont presque toujours données par des personnes qu'il est avantageux de connaître , et quelquefois signées par un grand nombre de témoins d'un rang distingué , sur lesquels il y a souvent des contestations qui regardent le tems de leur vie et de leur mort , et qu'on ne peut décider qu'en fixant celui des chartes qu'ils ont signées , ou comme approbateurs, ou comme témoins ; mais nous ne touchons cet article qu'en passant. Avec des lecteurs instruits, un mot suffît, et il est tems de finir cette partie. Nous croyons y avoir suffisamment éclairci les dates renfermées dans notre Table chronologique, et avoir prouvé, assez au long, l'usage qu'on peut en faire, pour véri6er toutes ces dates , quand elles se trouvent dans nos chartes ou dans nos chroniques ; pour les corriger, quand elles sont visiblement fausses ; pour empêcher qu'on ne fasse de nouvelles fautes en les copiant ; et enfin,
Sour faire voir l'usage qu'on peut faire de la connaissance de ces ates, pour fixer le tems de plusieurs chartes qu'il est bon de déterminer. Ce sont les avantages que nous nous sommes proposés, en donnant au public notre Taole, précédée d'un Traité, qui en explique toutes les parrfcs, et suivie de deux Calendriers, qui servent à en faire l'application et la vérification. Si le public les y trouve , nous l'aurons servi selon nos vœux.