‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 6 sur 102 · DES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

DES ÉDITEURS

Barons de Donzi ;

■Comtes de Bar-sur-Seine ;

Comtes de Sens, et Comtes de Joigni;

Sires , ensuite Princes de Joinville ;

Comtes de Champagne et de Blois ;

Comtes , puis Ducs de Réthel ;

Comtes de Grand-Pré;

Comtes de Corbeil;

Barons , puis Ducs de Montmorenci ;

Sires ou Châtelains de Montlhéri;

Comtes de Dammartin;

Barons, Comtes, puis Ducs d'Etampes ;

Comtes de Dreux;

Barons, puis Comtes de Montfort-1'Amauri ;

Comtes de Vexin ;

Comtes de Meulent ;

Vicomtes héréditaires de Meulent ;

Comtes de Clermont , en Bcauvaisis ;

Comtes de Vermandois :

Comtes, puis Ducs de Valois; Sires ou Barons de Couci ; Comtes de Soissonnais ; Comtes de Roup ;

Princes de Sédan , puis Ducs de Bouillon •

Comtes de Ponthieu ;

Comtes de Boulogne ;

Comtes d'Artois ;

Comtes de Hesdin;

Comtes de Saint-Pol ;

Comtes de Guines ;

Comtes, puis Ducs d'Aumale ;

Comtes d'Eu ;

Comtes d'Evreux ;

Comtes , puis Ducs de Vendôme;

Sires de Baugenci ;

Ducs de Normandie ;

Comtes d'Anjou ;

Comtes du Maine ; '

ii) AVERTISSEMENT.

Ducs de Touraine; ♦

Sires , puis Comtes de Laval ;

Comtes d' Alençon et du Perche ;

Comtes et Ducs de Bretagne;

Barons de Fougères; ♦

Comtes, puis Ducs de Penthièvre-;

Comtes de Flandre ;

Comtes de Hainaut ;

Rois et Ducs de Lorraine ;

Comtes , puis Ducs de Bar ;

Comtes et Vicomtes de Verdun;

Comtes de Vaudémont ;

Anciens Ducs d'Alsace et de Suabe ;

Landvogts d'Alsace ;

Comtes de Sundgaw , et Landgraves de la Hautes Alsace ;

Comtes de Morgaw , et Landgraves de la Basse- Alsace ;

Comtes d'Urach et de Fribourg;

Ducs de Lothier, ou Basse-Lorraine , et de Brabant <

Comtes de Louvain ou de Bruxelles;

Comtes et Marquis de Namur;

Comtes, puis Ducs de Luxembourg;

Comtes , puis Ducs de Limbourg ;

Evêques et Princes de Liège ; v

Comtes de Loss * K

Comtes de Chini;

Pre'fets, Comtes et Ducs de Gueldre; Coûtes de Juliers ; Seigneurs de Heinsberg; Seigneurs de Fauquemont; Comtes , puis Ducs de Berg ; Comtes et ducs de Clèves ; Comtes de la Marck; Comtes de Hollande ; Evëques d'Utrecht;

Gouverneurs et Gouvernantes <Jes Pays-Bas, et Pro* yinces-Unies;

DES ÉDITEURS. xiij

Comtes et Princes d'Ost-Frise ; Seigneurs et Comtes, d'Egmond ; Comtes (TEgmond-Buzeo.

Eveques , puis Archevêques et Electeurs de Maiehce ;

Archevêques et Electeurs de Cologne;

Archevêques et Electeurs de Trêves;

Ducs de la France rhénane et de Franconie;

Comtes Palatins du Rhin;

Ducs de Simmeren ;

Ducs de Deux- Ponts ;

Ducs de Neubourg;

Ducs de Birkenfeldt;

Ducs de Bischweiler ;

Comtes de Lutzelstein :

Ducs de Sultzbach ;

Ducs de TDeux-Ponts-Clébourg ;

Comtes de Ravensberg;

Ducs de Zeringen, et Margraves de Bade;

Landgrave| de Thuringe et de Hesse ;

Comtes de Waldeck;

Comtes , puis Ducs de Wurtemberg ;

Ducs de Bavière ;

Ducs de Saxe;

Ducs de Saxe-Lawenbourg ;

Margraves de Misnie;

Comtes, puis Ducs de Brunswick;

Ducs de Brunswick - Lunebourg , Electeurs d'Ha-; novre',

Ducs de Brunswick- Grubenhagen ; Ducs de Bruflswick-Gottingen ;

Branche de Brunswick -Bevern.

Comtes et Princes d'Anhalt ; Ducs , puis Rois de Bohême ; Ducs de Silésie ; Comtes et Ducs de'Holstein; Ducs de Mecklenbourg ; Ducs de Poméranie ;

ïÎt AVERTISSEMENT

Princes de Rugen ; Ducs de la Poméranie ultérieure; Burgraves de Nuremberg ; Margraves de Brandebourg , puis Rois de Prusse; Archevêques de Magdebburg; Grands-Maîtres de Tordre Teu tonique ; Maîtres de Tordre de Christ , et Maîtres des Chevaliers Teutoniques , en Livonie ; Evëques et Archevêques de Riga; Margraves , Ducs , Archiducs d'Autriche ;

Comtes de Tyrol;

Comtes de Goritz ; Ducs de Carinthie;

Comtes d'Andechs et Ducs de Méranie ; Suisses et leurs alliés; • Evêques et Princes de Genève ; Comtes de Maurienne , ensuite Comtes , puis Ducs

de «Savoie, et enfin Rois dé Sardaigne ; Marquis , puis Ducs de Montferrat ; • Seigneurs , puis Ducs de Milan ; Ducs de Parme et de Plaisance; Capitaines , puis Marquis et ensuite Ducs de Mantoue ; Comtes , puis Ducs de Guastalle ;

Comtes de Montechiarugolo.

Seigneurs , puis Ducs de Ferrare , de Modène et

de Reggio ; Seigneurs , puis Ducs de la Mirandole ; Doges de Venise; Doges de Gênes ; Princes de Monaco;

Ducs, Marquis, Gouverneurs et Grands -Dues de

Toscane ; Comtes et Ducs d'Urbin ,

Ducs de Frioul; m

Ducs de Spolette ;

Princes ou Ducs de Bénévent;

DES ÉDITEURS. v * T

Comtes et Princes de Capoue , Princes de Salerne ; Ducs de Naples ,

Comtes , puis Ducs de la Pouille et de Calabre ;

Comtes de Sicile; Rois de Naples et de Sicile,

depuis l'arrivée des Normands en Italie.

Table générale des Articles contenusdans la première

partie de l'Art de vérifier les Dates. * Table alphabétique des Noms propres, contenus

dans cette même partie.

Il nous est presqu'impossible de fixer positivement le nombre des volumes : nous avons présumé qu'il irait à douze, peut-être à quatorze. Mais ce dont le Public nous saura gré , sans doute , c'est ^d'avoir employé une justification et un caractère qui , tout en satisfaisant l'œil, renferment beaucoup de matière en peu d'espace, et nous évitent le reproche de vouloir prolonger l'Ouvrage. Nos intérêts ne sont comptés pour rien dans cette entreprisé ; ceux çlu Public et des Lettres sont les seuls que nous ayions eus en vue en la formant ; et la justice qui nous sera rendue à cet égard , sera ijne des plus douces récompenses que nous puissions espérer. Lorsque* la première partie sera publiée , c'est-à-dire celle qui contiendra tout le texte de l'ancienne Edition, les Souscripteurs seront affranchis de leur engagement, et parfaitement libres ou d'en demeurer là , ou de continuer pour la seconde, parce qu'il serait au-dessous de nous de profiter du désir qu'ils ont de

xvj AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS*

posséder cette première partie pour les contraindre à prendre l'autre ; et si cette dernière leur convient , par l'importance des matières , et l'ordre que nous aurons mis dans notre travail, alors ils se completteront, en déclarant qu'ils continuent leur souscription , et qfl'ils veulent jouir du même bénéfice qui leur a été offert pour la première.

Plusieurs savants, qui jouissent d'une réputation bien méritée , tels que M. Langlès et autres membres de l'Institut, M. l'abbé de Lespine, de la Bibliothèque Royale, et M. le vicomte le Prévost dlray^ ont bien voulu noms promettre de donner quelques soins à la seconde partie , qui leur sera soumise avant sa publication. On ne peut que nous applaudir d'invoquer leurs lumières , et de prendre leur attache avant que d'émettre notre travail.

Nous recevrons avec une extrême reconnaissance, les avis et renseignements qu'on voudra bientious donner, et nous en ferons un usage convenable.

Les épreuves sont revues, et corrigées avec tout le soin possible; cette tâche importante est remplie par deux hommes distingués dan»

les Lettres , messieurs Billy et de Saint-Pont.

L'imprimeur a voulu aussi concourir de tous ses moyens , à la beauté et la perfection de cette nouvelle Edition , et nous croyons que le Public n'aura qu'à se louer des efforts qu'il a faits pour remplir ce but.

PREFACE

L'importance de cet Art, qui apprend à fixer Tordre des tems et des événements , est si généralement reconnue , qu'il est inutile d'en relever ici les avan^pges. Personne n'ignore que la Chronologie et la Géographie sont comme les deux yeux de l'Histoire; que, guidée par leurs lumières, elle met dans ses récits l'arrangement et la clarté convenables, et que sans elles l'ensemble des faits, dont la connaissance est venue jusqu'à nous, n'est qu'un chaos ténébreux qui surcharge la mémoire, sans éclairer l'esprit. Combien d'erreurs , en effet , par la privation de ces deux sciences , se sont introduites dans l'Histoire, tant ecclésiastique que profane! Elles sont innombrables. Mais grâce aux travaux des chronologistes (il faut en dire autant de ceux'des géographes) qui, depuis plus d'un siècle, se sont appliqués a puiser l'Histoire dans les sources , grand nombre de ces erreurs ont été corrigées, ou du moins reconnues. 11 s'en faut bien cependant que leurs savantes et

* On doit prévenir le Lecteur qu'en conservant Pesprit de

plement détaillé dans V Avertissement.

ij PRÉFACE.

pénibles recherches aient dissipe tous les nuages et aplani toutes les difficultés. Elles ont laissé en souffrance quantité de questions épineuses , dont la solution dépend moins de la sagacité de l'esprit que du secours de l'art... C'est donc rendre un service essentiel à la République des Lettres , que d'établir des règles générales et sûres , pour vérifier les dates . des monuments historiques , marquer les époques des événements , et concilier entre eux, lorsqu'ils peuvent l'être , les auteurs qui ne sont point d'accord les uns avec les autres , et qui quelquefois aussi semblent ne l'être pas avec eux-mêmes. Tel est le but principal de l'ouvragfe, dont on présente au Public la troisième édition. La marche qu'on suit dans celle-ci, est à peu près la même que dans les dejjx précédentes.

Tous les principes sur lesquels est fondé l'Art de vérifier les Dates , se trouvant rassemblés , discutés et éclaircis dans la Dissertation préliminaire. Elle ne laisse rien , comme on le présume , à désirer sur cette matière. Après les olympiades , qui sont la plus ancienne des époques employées dans l'Histoire profane , on y examine les divers commencements qui ont été assignés aux années de l'ère chrétienne ; on y apprend aux lecteurs à les discerner dans les chartes , tes chroniques , les annales , etc. Vient ensuite la discussion des autres ères qui ont eu cours parmi les différents peuples , depuis Jésus-Christ , et

la fixation de la Pâque. On a pris soin d'expliquer les différentes méthodes qui ont été mises en usage pour déterminer le jour de chaque année auquel tombe cette grande solennité , jour dont la connaissance est d'autant plus importante , que de là dépend celle de toutes les fêtes mobiles. Parmi ces méthodes , les unes ont rapport à l'ancien Calen-

PREFACE

drier, les autres au nouveau. On rend sensibles les avantages de celui-ci sur le premier , on indique , dans une courte note , le moyen le plus simple de le perfectionner, et on marque les diverses époques de sa réception, autant qu'on a pu les découvrir, dans les divers états de la Chrétienté. L'ignorance de ces choses , en tout ou en partie , est la véritable source et 1 origine des difficultés que les Dates présentent dans les anciens monuments del 'Histoire. Mais elles s'évanouiront ces difficultés, on ose l'assurer, à la lumière de la Dissertation destinée à les dissiper.

La Table chronologique qui la suit , rectifiée par M. Wels , en est comme le résultat , ou , si l'on veut , c est le texte dont la Dissertation est le commentaire. On y voit rangées sur des colonnes parallèles , et marcher de front , toutes les ères qui ont été en usage depuis Jésus- Christ, les cycles, dans le même ordre , naître , parcourir chacun l'espace de leurs révolutions finir et se renouveller ; les Pâques ; enchaînées par ces cycles, se succéder annuellement aux jours qu'ils leur assignent : sur quoi l'on doit avertir ici que pour faire quadrer parfaitement entre elles et avec les années de Jésus-Christ, toutes les ères employées dans cette table, il faut avoir sous . les yeuwine autre table qui tient à la page 55 de •la Dissertation, et quon a, pour cette raison, fait sortir hors du volume.

La connaissance des éclipses du soleil et de la lune , est encore d'une importance essentielle pour assurer la position de plusieurs faits dans l'ordre chronologique. Souvent un historien , se bornant à marquer Tannée d'un événement , n'indiqué le jour où il est arrivé , que par un de ces phénomènes. C'est donc alors une nécessité d'avoir sous les yeux une table où ils soient rangés astronomiquement , surtout lorsqu'il s'agit cTun point d'histoire intéressant » qu'on ne pourrait transporter du jour auquel il ap-

iv PRÉFACE.

partient, sans jeter de la confusion dans le corps du récit. On ne peut rien désirer de plus achevé sur cette matière que la Table des éclipses qu'avait dressée, pour la précédente édition (i), M. Pingré, chanoine régulier, bibliothécaire de l'abbaye de Sainte - Geneviève et membre de l'Académie des sciences dont il est un des principaux ornements. Elle reparaît ici avec l'addition d'un siècle , que M. du Vaucel, habile astronome, y a faite. .

Aux éclipses succède le Calendrier lunaire , dont les avantages sont expliqués dans l'avertissement qui est à la tète.

Trente-cinq Calendriers particuliers, dressés suivant le nombre et l'ordre des Pâques , formaient le Calendrier solaire perpétuel dans la première édition de cet ouvrage. Mais dans celle-ci , comme dans la seconde, on a changé ce mécanisme, en réduisant les Calendriers particuliers au nombre de sept, adaptés aux sept lettrés dominicales. L'utilité de cette réforme n'a pas besoin d'être démontrée : l'usage la fait mieux sentir que le raisonnement.

Le Glossaire des Dates , qui vient ensuite , comprend non-seulement les noms latins et gaulois ou de vieux français, mais aussi les noms grecs que l'antiquité a donnés à certains jours du u*>is et de la semaine. Malgré les augmentations qu'on y a* faites, on ne peut nier qu'il ne soit encore susceptible de nouveaux mots, que la lecture des chartes non imprimées pourra faire découvrir.

Le Catalogue des Saints , est aussi un article qui appartient à l'Art de vérifier les Dates. On sait que les anciens ne marquaient souvent , dans leurs actes et dans leurs histoires, la date du jour que par le nom du Saint dont la fête était attachée à ce jour. Il est donc nécessaire de connaître le mois et le

(i) La seconde. ( Note de l'Editeur. ) •

PRÉFACE. '

quantième du mois auxquels tombe la fête de chaque Saint. C'est ce qu'on a recherché avec soin; mais il n'a pas été possible de rassembler dans cet article tous les Saints dont la féte, célébrée en certains lieux , a pu être employée pour la date des actes que des habitants ou des forains y ont passés ces jours-là.

S'il est permis de le dire, les Consuls ont encore plus de droit que les Saints de figurer dans cet ouvrage. L'empire romain n'a point employé dans ses actes publics d'autre date que 4e consulat. 11 en est de même de presque tous les historiens latins , jusquau sixième siècle , et de la plupart des historiens grecs. Il était par conséquent indispensable de tracer une Chronologie "des Consuls , depuis l'Incarnation jusqu'au tems où ils ont cessé. C'est ce qu'on a tâché de faire avec tout le soin possible. Mais au lieu de placer cet article à la suite du Catalogue des Saints, on a cru devoir le mettre immédiatement avant les empereurs romains , parce qu'ils ont toujours disposé du consulat en maîtres , et qu'ils l'ont souvent réuni à leurs autres titres.

C'est amsi qu'on a rempli le principal objet de cet ouvrage , qui était de fournir des moyens faciles et sûrs pour éclaircir la Chronologie depuis Jésus- Christ , découvrir et fixer les véritables époques des chartes et des faits historiques. Mais on n'en est point demeuré là. Ce n'est pas assez d'établir des règles , il faut en faire l'application, joindre la pratique à la théorie, et montrer, par l'usage , la solidité des principes qu'on a posés. D'après ces considérations mûrement pesées , on s'est déterminé , sans être enrayé par l'étendue et la difficulté du travail , à donner la Chronologie historique depuis Jésus-Christ jusqu'à nous , la plus ample et la plus détaillée qui ait encore paru. Mais on ne s'est point proposé de lui donner la forme d'un discours suivi, tel que celui du grand Bossuct sur l'Histoire univer-

vj PRÉFACE.

sëïlc. L'entreprise eût été trop hasardeuse. II no fallait pas moins , en effet, qu'un génie aussi vaste que celui de cet incomparable prélat , pour ranger, sous le même coup -d'oeil une multitude presque infinie de fails , mettre chacun à la place qui lui convient , et en former ce riche tableau qui charme les yeux et ravit lesprit de tous les connaisseurs.' L'Histoire , traitée de cette manière , selon la remarque du même auteur, ressemble à une carte générale qui apprend à placer les différentes parties du monde dans leur tout, et où Ton voit, par leur réunion, le rapport qu'elles ont les unes avec les autres. Le plan qu'on s'est tracé ne permettait pas de suivra cette route impraticable aux génies médiocres. Mais on en a pris une autre qui la côtoie , pour ainsi dire, en quelque sorte , et dont les avantages Tie paraissent nullement équivoquesr En partageant , comme on a fait , les événements en différentes classes , on a tâché de rapprocher , autant qu'il a été possible , celles qui ont plus de liaison entre elles , de les présenter, quoique distinguées , sous un même point de vue , d'en former un tableau dans son genre , et de réunir des parties correspondantes , qui perdraient trop à n'être vues que séparément (i). Venons au détail.

La Chronologie historique de la religion chrétienne , depuis son établissement jusqu à l'entière abolition du culte mosaïque par la ruine du Temple , est la première qu'on a entrepris de traiter. Celle des Juifs, qui lui est contemporaine, et la lumière qu'elles se prêtent mutuellement, dissipe tous les nuages que l'incrédulité pourrait leur opposer. Les préliminaires de cet article , auxquels M. Wels a eu bonne part , présentent la forme de l'année des Juifs -, le plan de leur Calendrier , la liste de leurs grands prêtres, depuis le commencement

(i) Voyez Y Avertissement qui précède.

PRÉFACE. vij

île l'ère chrétienne , et celle des Gouverneurs que les Romains établirent en Judée , après avoir réduit ce pays en province de l'Empire.

La Chronologie des Conciles , qui suit , donne les époques des triomphes que l'Eglise a remportés sur les hérésies , et celles des changements qu'elle a faits dans sa discipline.

A la suite des Papes, on a placé successivement les quatre Patriarches d'Orient. On voit, par là,' rassemblé sous un point de vue , tout ce qui s'est passé , dans le même tems , de plus mémorable , par rapport à la religion , d'un bout du monde à l'autre. ' Les vertus et les vices des évêques qui ont occupé les cinq premiers sièges de 1 église ; leurs liaisons et leurs divisions deviennent plus sensibles par ce rapprochement, et font plus d'impression sur l'esprit du lecteur, Mais ce qui doit le frapper davantage f c'est la succession non interrompue des évêques de Rome , depuis saint Pierre jusqu'à nos jours ; la prééminence dont ils ont constamment joui dans l'église universelle ; l'autorité qu'ils y ont exercée dans tous les tems , pour la réformation des mœurs , le maintien de la Foi, l'extirpation des hérésies » l'extinction des schismes ; leur fermeté constante à réprimer l'ambition des évêques de Constantinople , qui voulaient s'égaler à eux ; les démarches si souvent réitérées, mais malheureusement si infructueuses, qu'ils ont faites pour ramener l'église d'Orient à l'unité , depuis le déplorable schisme qui l'en a séparée ; leurs démêlés avec les empereurs d'Allemagne et les autres souverains de l'Europe ; les suites funestes de ces combats des deux puissances ; la paix, enfin , rétablie entre le Sacerdoce et l'Empire , par la distinction bien établie de leurs droite respectifs : tout cela , joint à la Chronologie du ISouveau Testament et à celle des Conciles, forme un abrogé complet de l'Histoire ecclésiastique.

viij PRÉFACE.

De-là on passe à l'Histoire civile. Les Empereurs romains ouvrent la scène, et à mesure qu ils s'avancent, on voit paraître , chacun dans son rangs les tyrans qui leur ont disputé l'empire , et les rois barbares qui Font démembré. Au spectacle des progrès de cette vaste monarchie , de sa décadence et de sa ruine entière , succède celui d'un autre colosse de puissance , qui doit causer encore plus d'étonnement. C'est la monarchie des Califes , enfantée* par le fanatisme, et dont les accroissements rapides jusqu'au prodige /n'ont pas été moins funestes au Christianisme , qu'à la liberté des peuples. Le califat réunissait les droits du glaive et de l'autel* Rois et pontifes à la fois, les successeurs de Mahomet décidaient les matières de la religion , avec la même autorité qu'ils réglaient les affaires de l'état. Tant que ce double pouvoir fut en des mains habiles et vigoureuses, l'empire des Arabes se soutint avec gloire. Mais dès qu'on vit sur le trône du Prophète , des hommes indolents et voluptueux , leur despotisme , fondé sur la superstition des peuples , diminua en raison du mépris qu'ils attiraient sur leur personne. Des sujets ambitieux et vaillants s'élevèrent contre ces maîtres indignes de régner , leur arrachèrent , chacun suivant sa convenance , les différentes portions de leurs états , et les réduisirent enfin au vain titre de chefs de la Religion. Les principales dynasties que ces usurpateurs fondèrent se trouvent placées successivement et dans l'ordre chronologique des tems. A la suite de ceux-ci , on a mis une autre classe de rebelles qui, non contents de leur avoir enlevé l'Afrique et l'Egypte , osèrent encore leur disputer leur autorité spirituelle , et comme eux , se décorèrent du titre de Califes. Les Tartares genghizeanides , qui achevèrent de détruire la monarchie des Arabes , établirent un nouvel empire en Asie , conquirent la Chine, et portèrent la

PRÉFACÉ; * i*

désolation jusques dans l'Europe, se montrent à leur tour, et remplissent d effroi le Lecteur par le récit abrégé qu'on fait de leurs exploits. Dans le même tems , un autre essaim de barbares jetait les fondements d'une nouvelle monarchie, plus durable et non moins terrible , au sein de l'Asie mineure Ce sont les Ottomans , dont les successeurs , assis sur le trône du grand Constantin, étendent leur domination sur les trois parties de notre hémisphère. Après eux , sont placés leurs rivaux, les Schabs, ou Shahs de Perse, sectateurs comme eux de la loi de Mahomet , et néanmoins leurs ennemis irréconciliables en matière de religion. La chronologie des Grands- Maîtres des Chevaliers, dits aujourd'hui 4e Malte et des Templiers, ces deux ordres célèbres , destinés par état à* combattre les infidèles, suit immédiatement celle des Rois de Perse ; et l'on y marque les époques de leur Magistère , et les principales actions qui les ont signalés»

De l'Orient, dont on s est principalement occupé jusqu'ici, et où? l'on reviendra encore par la suite* on passe dans l'Occident dont on parcourt successivement , d'abord toutes les monarchies , ensuite les principautés subalternes qui en relèvent. La France est , parmi les monarchies occidentales , le premier objet que l'on traite, et celui sur lequel, on s'arrête avec le plus de complaisance. L intérêt que la patrie inspire n'est pas le seul motif de cette prédilection, et l'on conviendra que*, tout préjugé misa part, il n'est aucun royaume de l'Europe qui mérite plus que la France l'attention et la curiosité du Lecteur* Aussi ancien que la chute de l'empire romain en Occident , et ibrmé de ses débris , ce royaume subsiste avec gloire depuis plus de treize siècles ; et , semblable aux grands fleuves qui l'arrosent, il s'a-"

frandit à mesure qu'il s'éloigne de sa source. La rance est la seule monarchie dont le sceptre ne 6oit I. U

x ' PRÉFACE.

point tombé en des mains étrangères (i). En vain les Anglais ont fait les derniers efforts pour le ravir. Us ont été maîtres, il faut l'avouer, de la capitale pendant dix-huit ans , moins toutefois par leur valeur que par l'effet des funestes divisions qui armaient le Français contre le Français ; ils ont même fait déclarer héritier du trône de France un de leurs rois , par des actes surpris à la faiblesse d'un monarque en démence. Mais lorsque la nation , revenue de son délire, s'est réunie contre ses ennemis, ils ont été ignominieusement chassés et relégués dans leur île , sans retour. D'ailleurs l'étendue et la fertilité de la France , la bonté de son climat , les richesses que la nature et l'industrie lui prodiguent, le nombre prodigieux des grands hommes dans tous les genres qui l'ont illustrée, lui assurent une prééminence que nulle autre nation n'est en droit de lui disputer. 11 était donc naturel de s'étendre sur une monarchie si privilégiée , et dont un grand roi de nos jours, a dit, avec autant de désintéressement \jue de vérité : Le plus beau rêve que puisse faire un prince, c'est de rêver qu'il est roi de France.

Immédiatement après la France , se trouve placée l'Espagne , dont les premiers souverains établirent leur trône dans nos provinces méridionales. Partagée, comme elle la été, en plusieurs royaumes depuis qu'elle tomba., pour ia plus grande partie , sous la puissance des Arabes, on a cru devoir en distribuer les souverains par paragraphes , chacun dans celui de l'état qu'ils ont possédé Les Gouverneurs de rhspagnc pour les Califes, les Rois mahométansde tordoue, et les Rois chrétiens de Majorque marchent

(1) Comme on n'a rien voulu changer au texte de la dernière Edition, le Lecteur, pour J'interprélation de ce passage, ainsi que de plusieurs autres à peu près semblables, voudra bien se reporter à l'époque de 1789. ÇSote de l'Editeur.)

PRÉFACE. xj

successivement au bas des pages , dans Tordre qui leur convient.

La Chronologie historique des Rois de Portugal suit celle des Rois d'Espagne ; ensuite vient celle des Rois d'Angleterre , des Rois d' Ecosse , des Empereurs d'Allemagne , suivie des Rois de Hongrie , à la suite desquels on voit les Princes deTransylvanie.Dc la Hongrie , l'ordre géographique conduit en l'olog it\ donl on passe en revue les Souverains , que suit la Chronologie des Ducs de Curlaode et des Rois de Suède. Après eux paraissent les Rois de Danemarck. Les Tsars, ou Czars de Russie leur succèdent. Leur article a été rédigé d'après les histoires qui viennent d être publiées de cette grande monarchie. •

On n'avait osé, dans les précédentes éditions, traiter la Chronologie historique des Empereurs de la Chine , parce qu'on ne croyait pas cette matière encore suffisamment éclaircie. Les savants ouvrages qui ont paru depuis, ayant dissipé les nuages qui la couvraient , on s'est fait un devoir de lui donner place dans celte troisième édition. Des observations sur les cycles des Chinois, lui servent -de préliminaires et lèvent d'avance les difficultés chronologiques qui pourraient arrêter le Lecteur.

La Chronologie des Empereurs du Japon suit immédiatement celle des Empereurs de la Chine. C'est par-là que l'on termine l'histoire chronologique des souverains qui ont régné dans notre hémisphère , et qui , dès l'établissement de leur monarchie, ou du moins, depuis très-long-tems, n'ont prétendu relever d'aucune autre puissance.

On a fait comme une classe à part , de tous les grands feudataires de France, d'Allemagne et d'Italie , dont quelques-uns ont fait ériger leurs fiefk en royaumes , tels que les Ducs de Rohême , les Margraves de Rrandebourg, les Ducs de Naples , les Comtes de Sicile , etc. On commence aux Pyrénées

*ij PRÉFACE.

leur dénombrement, que Ton conduit géographiqucment jusqu'à la Vistule. Ensuite , revenant aux Alpes, on fait la même opération sur toute l'Italie. Parmi ces fiefs, on a compris les républiques, quoique quelques unes prétendent avoir toujours joui d'une parfaite indépendance.

Par le moyen de toutes ces chronologies historiques renfermées dans un même ouvrage, on aura l'agrément d'apprendre ce qu'il y a de plus intéressant dans l'histoire de chaque nation. Les personnes peu instruites trouveront rangés, dans un ordre facile et méthodique , la plupart des faits qui entrent dans la composition de l'histoire universelle, depuis le commencement de 1ère chrétienne. Celles qui sont plus versées dans cette étude, jouiront de la commodité d'avoir sous la main des époques et des indications échappées à la fidélité de leur mémoire.

Mais cette variété d'événements offre de plus au lecteur chrétien et religieux , un spectacle non moins propre à nourrir sa piété qu'à satisfaire sa curiosité. Dans ces mouvements qui agitant Jes nations, et semblent ébranler l'univers , dans le bouleversement et la chute des empires, son attention ne s'arrête pas aux causes secondes ; il remonte à celui dont la volonté suprême est la cause universelle de tout ce qui arrive ici bas , de tout , dis je , à l'exception du péché, qu'elle fait néanmoins servir, en le permettant , à l'exécution de ses desseins. En considérant la monarchie des Romains, renversée par les Hérules , les Turcilinges, et autres peuples, sous la conduite d'Odoacre , et les maîtres du monde soumis à des barbares ; ces barbares ensuite vaincus par les Goths , leurs semblables ; ceux-ci , remplacés par les Lombards après leur ruine ; les Lombards subjugués par les Français : il aperçoit la main de Dieu qui se sert d'un peuple pour punir un autre peuple , çt qui, dispensateur souverain des royaumes, les

£R É*FÀ C E. xiif donne à qui il lui plaît, sans déroger à sa justice, lorsqu'aux anciens possesseurs , il substitue de nouveaux maîtres , selon cet oracle du saint Esprit : Un royaume est transporté d'une nation à une autre, à cause des injustices , des violences , des outrages et des différentes tromperies (i\ Cest sous ce point de vue que la Foi ^supérieure à l' impression des sens, fait envisager 'au chrétien toutes ces révolutions , toutes ces invasions des peuples armés les uns contre les autres , et ces guerres cruelles qui ont fait répandre le sang de tant de victimes immolées à la vengeance divine. 11 reconnaît par tout les jugements de Dieu , toujours justes , toujours adorables , et ne voit dans les hommes que les instruments dont il se sert pour les exécuter.

Afin de rendre cet ouvrage vraiment utile et parfaitement conforme au titre qu'il porte , on ne s'est pas contenté de marquer les années , on ajoute encore , autant qu'il est possible , les mois et les jours, soit des événements , soit du commencement et de la fin des règnes. Car , ce n'est pas assez , pour fixer l'époque d une charte , datée d'une année d'un roi , de savoir que ce roi a commencé de' régner telle année ; il faut savoir eu quel tems de l'année son règne a commencé , si c'est au mois de janvier, de février, de mars, ou tel autre mois. Cette précaution nest point encore suffisante pour donner à la chronologie le dernier degré de précision ; il faut être instruit des divers commencements du règne du même prince, et savoir les distinguer ; sans quoi l'on se jette dans de grands embarras, qui exposent à de lourdes méprises. Ceci peut être rendu sensible par un exemple. Nous avons des chartes de Charles-le-Chauve

(i) Regnum à gente in gentem transfertur propler injustitias t tt injurias , et coatumelias , et diverses do/os, Eccl. x. 8,

xiv P IV É F»A C E.

datées des années 83y, 838, 83g. À la seule inspection , ces dates paraîtront suspectes à un homme qui n'a pas assez approfondi 1 histoire de ce prince. Dans les Tables chronologiques , le commencement de son règne est ordinairement fixé au 20 juin 840 , lorsqu'il succéda à Louis^le- Débonnaire , son père. C'en est assez pour se livrer à des conjectures hasardées , pour soupçonner de faux , les' chartes de ce prince, antérieures à l'an 840, et pour déclamer contre le faussaire qui les a fabriquées. 11 est cependant facile de concilier ces contrariétés apparentes , quand on sait qu'en 837 Charles-le-Chauve fut déclaré roi de Neustrie par son père, qu'en 838, il le fut d'Aquitaine, après la mort de Pépin I er ., et qu'en 83g, il reçut le serment des seigneurs aquitains. Cet éclaircissement constate la justesse des dates dont il s'agit, dissipe les nuages répandus sur l'authenticité des chartes, et fait disparaître le prétendu faussaire. Combien d'autres exemples ne pourrait-on pas citer pour justifier cette remarque ! Aux années de leur règne, les souverains joignaient, dans leurs diplômes , d'autres notes chronologiques telles que 1 année civile , 1 indiction qu'ils ne commençaient pas vtous en même tems ; ce qui est encore pour les esprits inattentifs , une source d'illusions. Voilà pourquoi sur chaque pape , sur chaque empereur d'Allemagne , sur chaque roi de France, et quelquefois sur d'autres princes , antérieurs à ces derniers tems , on a eu soin de marquer et d'expliquer la manière de dater qui leur était propre. •

Pour mettre à présent le Lecteur à portée de juger si les fondements sur lesquels sont appuyés les faits et les époques renfermés dans cet ouvrage sont solides, il est nécessaire de lui faire connaître les sources où Ton a puisé pour dresser les différentes chonologies dont il est composé. Cette précaution aurait été inutile , si la forme typographique , qu'on a cru de~

PRÉFACE. «r

voir préférer, eût permis de citer. les garants à la marge. On peut d'abord assurer qu'on a pris soin de n'avancer aucun fait ni de fixer aucune date qu'on ne soit en état de justifier par l'autorité de quelque écrivain accrédité. Ainsi, ceux qui entreprendront de les critiquer, ne doivent pas se contenter de citer quelque historien qui rapporterait les événements à d'autres époques que celles où ils se trouvent ici placés ; il faut encore qu'ils prouvent que les autorités qu'ils opposent doivent l'emporter sur pelles qu'on a pu suivre. Dans le choix des auteurs, on ne s'est laissé entraîner ni par la prévention , ni par la grande réputation que plusieurs se sont justement acquise. On a par-tout cherché la vérité; et par-tout, où l'on a cru l'apercevoir, on s'est fait un devoir indispensable de la suivre. Avec celte circonspection t néanmoins , fût-elle plus grande encore , il y aurait plus que de la témérité à prétendre qu'on ne s'est jamais trompé. C'est un privilège réservé, comme personne ne l'ignore , aux seuls écrivains sacrés. Tous les autres , quelques habiles qu'ils soient , ont payé le tribut plus ou moins grand à l'humanité, par les erreurs où ils sont tombés. L'abbé Fleuri , cet historien si sage et si judicieux, manque souvent d'exactitude dans les dates. Le critique célèbre qui a relevé tant de fautes dans^Baronius, en fait luimême d'assez considérables : on en trouve dans le liationariurn, du P. Petau, quelque excellent que soit cet ouvrage : enfin , M. de Tillemont , et D. Mabillon , ces deux savants, l'honneur et la gloire de leur siècle, et M. Muratori, qui n'a guère moins illustré le nôtre , n'en sont pas entièrement exempts. Ce dernier nous prémunit lui-même contre le prestige que peuvent causer les grands noms , entre lesquels doit être placé le sien , en déclarant qu'il n'y a point d'écrivain , quelque habile qu'il soit , qui ne soit sujet à se méprendre, et même à se tromper lourde-

xvj PRÉFACE.

ment (i). Pour traiter avec fidélité V Histoire , c'est donc à la vérité, tout préjugé mis à part, qu'il faut s'attacher.; et c'est avec le flambeau de la critique t qu'on doit la rechercher. Telle est la règle qu'on s'est proposé de suivre. Si l'on parait quelquefois s'en écarter, en marquant une déférence particulière pour certains auteurs modernes , en des points qui sont obscurs , la grande autorité dont ils jouissent dans le monde littéraire, tient lieu de justification. On marche* avec confiance à la suite d'un guide qu'on sait instruit de la route qu'il faut tenir, et peu sujet à s'égarer.

Dans la Chronologie des Conciles , on ne s'en est point tenu aux deux collections générales, qui en ont été publiées en France, par le P. Labbc, et par le P. Hardouin. On a de plus consulté l'édition donnée à Venise par Coleti , le supplément du ^.Mansi , et les éditions des conciles nationaux d'Espagne, d'Angleterre, d'Allemagne, de Hongrie, etc. On a fixé , quand on l'a pu , les dates précises de ces assemblées , et souvent , on a été obligé de changer celles que les éditeurs leur avaient assignées.

Quoique la succession des Papes depuis saint Pierre jusqu'à nos jours soit incontestable, l'arrangement chronologique de ceux des trois premiers siècles , le commencement et la durée de leur pontificat souffrent néanmoins d'assez grandes difficultés. Après les avoir sérieusement examinées, on a pris le parti de s'en rapporter là-dessus , principalement à Eusèbe de Césarée , dont l'autorité sur ces points est d'un très-grand poids, et doit l'emporter sur les conjectures de quelques modernes.

(1) Non v'ha scrittore por grande ciie sia , il quale non sia suggetto a première de i grandi i , cd anche a grossolamente ingannarsi. (Annal, d'ital. T. G, p. 54. )

PREFACE. ivï) ÏMiir la suite des Papes , on Ta tirée des écrivains qui en ont traité avec le plus de soin et de critique , et spécialement de M. de Tillemont, des deux Pagi , de MM. Bianchini, Muratori, Marengoni, le Fèvrd de Saint-Marc , et du P. Mansi.

A l'égard des Chronologies historiques des Empe-» reurs, des Rois, des autres Souverains, des Grande Feudataires de France, d'Allemagne et d'Italie, et des Républiques , on ne finirait pas si Ton voulait marquer en détail toutes les sources où Ton a puisé pour les dresser. Il suffit de dire qu'on n'a rien laissé; a l'écart de ce qui peut servir à faire connaître les véritables époques des règnes et des événements ; histoires générales et particulières de chaque monarchie et de chaque province ; vies séparées des princes^ chartes, chroniques, et autres monuments historiques manuscrits et imprimés , tout ce qu on a pu découvrir a été mis à contribution et soigneusement examiné. Ceci ne doit point être regardé comme; une vaine et fausse jactance. La continuation du grand Recueil des Historiens de France , dont oa est chargé depuis quinze ans , a mis danb la nécessité de compulser et d'extraire tous les originaux qui ont rapport à cet objet , et par là , on a eu l'avantage de travailler en même tems pour deux fins. Or, qui ne sent qu'il a fallu , pour remplir cette tâche , parcourir et dépecer presque tous les monuments historiques de l'Eurppc? Entre les dépôts de chartes manuscrites , où Ton a eu la liberté de pénétrer ,r l'un des plus utiles est celui qui , ayant commencé à se former dans les dernières années du précédent règne(i), par les soins de M. Bertin, ministre et secré-

(i) De Louis XV. (Note âe l'Editeur.)

PREFACE

lairc d'état , s'accroît de jour en jour (1787) sous les auspices de M* f . de Miroménil , garde des sceaux, pes comités qui se tiennent régulièrement en présence de cet illustre chef de la magistrature , ont eu pour objet déclaircir, par des notes topographiques, chronologiques et historiques , les pièces que ce dépôt renferme, pour être mises ensuite entre les mains du public par la voie de l'impression. Un acadé~ jmicien , dont le mérite est universellement reconnu (M. de Brcquigni), a bien voulu se charger de la rédaction de ce travail, malgré la multiplicité de ses occupations.

Quelque grandes que soient les ressources qu'on .vient d'indiquer, elles n'auraient cependant pas suffi

}>our donner à Y Art de Vérifier les Dates toute 'exactitude qu'il exige , sans le secours des savants rcgnicoles et étrangers , qu'on s'est fait un devoir dé consulter, et qu'on n'a jamais consultés en vain. Il en .est même plusieurs qui ont bien voulu prendre la peine de refaire en entier les articles qu'on leur avait fait passer. On n'a pas manqué dans ces mêmes articles de les faire connaître , et de leur payer le tribut de reconnaissance qui leur est du. Ôn ne peut se dispenser néanmoins de s'acquitter ici de ce devoir envers les coopérateurs que la mort nous a ravis. Le premier est M. le Jeune , chanoine prémontré de l'abbaye d'Estival , décédé l'an 1769, sur les mémoires duquel avait été rectifiée la Chronologie très-einbrouillée des Grands-Maîtres du Temple, dans la précédente édition , article auquel on a fait encore dans celle-ci, plusieurs changements qu'exigeait une plus grande exactitude. Le second est de M. Lier d'Andilli, fils d'un conseiller de la cour impériale de WeUlar , et mort président du grand - conseil de France en 1778. Ce magistrat, non moins recom-

PREFACE. xîx

mandable par la bonté de son caractère que par l'étendue et la variété de ses connaissances , s'est toujours prêté de la meilleure grâce à tout ce que nous avons pris la liberté de hii demander. C'est ert partie des mémoires qu'il nous a fournis que nous avons tiré , après les avoir vérifiés , les Chronologie» dessix Electeurs laïques de l'Empire. Sa complaisance l'avait porté encore à revoir quelques-uns de nos articles des souverains du Nord, Nous Pavons de plus consulté sur plusieurs difficultés qui nous arrêtaient f j et il nous a toujours satisfaits avec autant de politesse que de sagacité. Dom Jean Colomb , mort à l'abbaye de Saint -Vincent du Mans en 1774 , n'a pas moins de droit à notre reconnaissance et à nos regrets. Tant qu'il a joui de la vue , dont il a été privé dans les sept dernières années de sa vie , il n a cessé de faire pour nous des recherches; et nouslui sommes redevables d'une partie de nos articles des Comtes de Poitiers , de Périgord , d' Angoulême ,' de la Marche , des Vicointes de Limoges, des Comtes d'Anjou et du Maine. Pour ne rien omettre de ce que la gratitude exige , on déclare qu'on est redevable du Calendrier lunaire à feu M. le chevalier Nau.

Malgré les secours abondants qu'on a reçus, et les longues et pénibles recherches qu'on a faites, malgré 1 toutes les précautions qu'on a prises , et l'attention qu'on a eue d'éviter les méprises , soit dans la composition de l'ouvrage, soit dans la correction des épreuves , il est difficile , pour ne pas dire impossible , <jue dans un si grand nombre de faits et de dates, il ne soit échappé des fautes. Nous en avons déjà remarqué plusieurs , même dans le cours de rimpression ; et après les avoir corrigées dans le corps du volume , lorsque l'occasion s'en est présentée , nous les avons rassemblées à la suite de cette

sx PRÉFACE.

Préface ; avec d'autres qu'une nouvelle révision non** a fait découvrir, et les additions que certains endroits obscurs nous ont paru exiger. Ainsi placées , elles» s'offriront d'abord aux yeux du lecteur , afin qu'il puisse les corriger lui-même sur son "exemplaire t avant que de commencer la lecture du volume. C'est par là en effet qu'on doit commencer, pour lire avec fruit un ouvrage élémentaire tel que celui-ci , dans lequel il serait à souhaiter qu'il ne se rencontrât , s'il était possible, ni erreur, ni obscurité. On ne doute point que les savants n'y aperçoivent d'autres mé^ prises que celles dont on leur présente la liste. Il est de leur générosité , comme nous les en prions , de nous les faire connaître. Quoique les hommes , suivant la remarque de saint Augustin (i), soient plus disposés à chercher des réponses à ce qu'on objecte ccmtre leurs • erreurs qu'à faire attention combien il leur est avantageux d'en être délivrés > nous espérons néanmoins que les personnes éclairées trouveront en nous plus de docilité à profiter de leurs lumières , que d'opiniâtreté à défendre les fautes qu'ils auront la bonté de nous découvrir.

Après avoir donne une idée de l'ouvrage que l'on présente au Public, il est juste de lui faire connaître celui qui «il est le premier auteur, quoiqu'il soit déjà connu des savants, par le rang que ses travaux littéraires lui ont mérité dans la république des, lettres.

D. Maur-François d'Antine, religieux, prêtre de la Congrégation de Saint -Maur , naquit le i cr . avril î688 à Gonrieux, dans le diocèse de Liège. L'innocence de ses mœurs , sa religion , sa politesse , et

(i) Proclioiores sumus quarere potius , quid contra ca respon^ àeamus, quœ nostro ohjichmtur errori , quàm iniendere quam salu-r fria sint ut careamus errore. De nat. et grat. c. a5 , n. 38,

PRÉFACE. xxj

fea douceur dans le commerce de la vie ; nous font juger qu'il reçût de ses parents une excellente éducation. Nous en ignorons le détail ; nous savons seulement qu'il fût envoyé à Douai , pour y faire son cours de philosophie , qu'il commença par ce qu'on appelle dans le pays , la Dialectique. Cette route ne semblait pas le conduire au genre d'étude qu'il embrassa dans la suite. Nous l'avons entendu plusieurs fois relever, par plaisanterie , les avantages de la Dialectique, et se féliciter néamoins d'être venu asscs tôt en France pour y puiser , dans des sources plus pures , le goût des bonnes études et de la vraie Htté-* rature.

JDégoûté du monde à l'âge de 23 ans , il y renonça pour se consacrer à Dieu , sous la régie de saint Benoît, dans la Congrégation de Saint -Maur, et fit ses vœux solennels le 14 d'août 17 12, dans l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais. La piété et la régularité qu'il avait fait paraître durant son noviciat , ne se démentirent point après sa profession. Les progrès qu'il fit dans ses études furent tels que les supérieurs le chargèrent au&itôt qu'il eût fini son cours, d'enseigner la philosophie dans l'abbaye de Saint-Nicaise de Reims. 11 s'acquitta de cet emploi d'une manière qui le fit également respecter et chérir de ses élèves. Mais ils n'eurent pas long tems l'avantage de profiter de ses leçons. Dès l'année suivante , il fut obligé de quitter Reims pour un sujet qui fera toujours honneur à sa mémoire , et se rendit à Paris, par ordre des supérieurs qui, connaissant ses talents, avaient dessein de l'occuper à quelque ouvrage important. Celui des Décré taies, interrompu par la mort de D. Coustant et de D. Mopinot , lui ayant été proposé , il l'accepta ; mais quelques difficultés étant survenues, il quitta celui- ci pour s'appliquer à un autrç,

xxij' PREFACE.

Depuis long-tems on avait entrepris, dans la Con-^ grégation de Saint-Maur , une nouvelle édition du Glossaire latin de M. du Cange , avec beaucoup d 1 augmentations. Plusieurs religieux y avaient travaillé successivement. Après la mort de D. Guenié , qui en avait seulement conçu le dessein , D. Nicolas Toustain fut chargé en chef de son exécution. Celui» ci portant ses vues bien plus loin qu'on n'avait fait jusqu'alors , forma le plan sur lequel ses successeurs dirigèrent leurs travaux : il avança considérablement l'ouvrage des premiers volumes , et laissa d'excellents matériaux pour les suivants. Dom le Pelletier lui fut associé pendant une ou deux années : la connaissance des langues , surtout de l'ancien Celtique dont celuici croyait avoir découvert les racines dans les dialectes du Bas-Breton , le rendait très-propre à concourir à une entreprise qui demandait une érudition si diversifiée. Mais l'amour de la retraite lui ayant fait quitter Paris pour retourner dans la Basse- Bretagne, doù il était venu, et quelque tcms après r dom Toustain ayant été déchargé de l'édition du Glossaire , la gloire de le faire paraître sembla réservée à dom Maur d'Àntine. 11 s'y livra avec tant d'application et de succès, que dès l'année iy33, les quatre premiers volumes parurent. Ils furent reçus , avec un applaudissement général du Public qui fit le même accueil l'année suivante au cinquième Cette même année dom Maur fut obligé de quitter Paris, et de se retirer à Poatoise.

Il restait encore un sixième volume du Glossaire de du Cange à donner ; mais il l'avait entièrement fini, et en partant, il le laissa prêt à être mis sous la presse, entre les mains d'un religieux, alors son associé à cet ouvrage, qui veilla sur l'impression* pendant son absence.

Î>RÊFACE; *xiij

Maître de tout son tems , dom Maur ; dans sa retraite de Pontoise , s'appliqua à un autre genre d'étude plus conforme à son inclination , et s'y donna tout entier. Ce fut la méditation des livres saints, surtout de cette partie de l'Ecriture , que l'Eglise a consacrée dans ses offices pour chanter les louanges du Seigneur. L'étude qu'il fit de ces saints cantiques, lui inspira le dessein d'en faire une traduction sur la langue originale , et il l'exécuta. Ayant été rappelé de Pontoise à Paris l'an 1737 , pour travailler , avec dom Bouquet , au grand ouvrage de la collection des Historiens de France , il fit imprimer 9 en 1738, sa traduction des Pseaumcs sur l'Hébreu, avec des notes tirées de l'Ecriture et des Pères, pour en faciliter l'intelligence. La rapidité avec laquelle cette traduction fut enlevée aussi-tôt qu'elle parut,] l'obligea d en donner une seconde édition l'an i73q. Le succès de celle-ci ayant été pareil à celui de la première , il en donna une troisième Pan 1740. Enfin , ces trois éditions ne suffisant point pour satisfaire Y avidité du Public , il en méditait encore une quatrième , sous une nouvelle forme , lorsque la mort l'enleva.

Le goût que domMaur avait pris à ce genre d'étude; ne lui permit presque plus de s'appliquer à autre chose , et priva dom Bouquet du secours qu'il en attendait. Ce n'est pas cependant que dom Maur regardât cette occupation comme contraire à l'esprit de son état ; il n'ignorait point que , de tout tems ; T étude de THistore avait été cultivée dans l'ordre de saint Benoit; les Bède , les Mathieu Paris, les Lambert A'Assac h afe mbour g , les Hugues de Flavigni, les Sigeber.t , les Orderic Vital, les Trithème , et tant d'autres de différentes nations, en sont la preuve. Quelle est en effet la nation , comme le

w iv PREFACE.

remarque le père Mabillon , qui riait de granâcÊ obligations aux Moines , pour ce qui regarde ? Histoire ? Un célèbre anglais protestant avoue de bonne foi que, sans le secours des Moines, on ne connaîtrait rien dans I Histoire d'Angleterre (i). C'était même la coutume dans ce royaume , comme nous l'apprenons de Mathieu Paris, que dans chaque abbaye de Tordre de Saint-Benoît, on donnât commission à un religieux habile et exact, de remarquer tout ce qui se passait de considérable dans le royaume , et après la mort de chaque roi , on apportait tous ces différents mémoires au chapitre général, pour les réduire en corps d'histoire. Dom Maur ne régarda jamais d'un autre œil l'étude de l'Histoire ; et s'il ne s'appliqua pas à la Collection des Historiens de France; comme il aurait pu, c'est que son goût l'entraînait ailleurs. Il ne renonça pas même entièrement à ce travail , et il se chargea de l'article des Croisades. Il a laissé sur cet important morceau de l'Histoire de France , plusieurs porte-feuilles de Collections , qui 9 néanmoins, sont encore plus le fruit du travail de ses amis , que le sien propre.

Les découvertes et les remarques que dom Maur fit sur les Chartes , dans ses occupations f jointes aux connaissances qu'il avait déjà acquises par ses études précédentes , lui firent concevoir le projet d'une méthode, pour aplanir les difficultés qui se rencontrent dans la Chronologie et dans les dates des anciens monuments. 11 forma ce projet vers l'an 1 74-3 f et dressa pour son usage particulier, une Tatye chronologique, à laquelle il joignit ensuite un Calendrier

(i) Ahsqur. Monachis nos sanè in historia patriœ semper essemus puai. Ainsi parle Marshan, in propylœo Monxist, Anght.

PRÉFACE. *xv

perpétuel. Telle est l'origine de l'ouvrage que nous donnons aujourd'hui pour la troisième fois au Public. L'auteur ne se proposait point alors de lui donner une plus vaste étendue. Mais, dans la suite , il résolut d'y ajouter des Tables chronologiques et historiques des Conciles , des Papes , etc. , et de puiser dans ies sources mêmes, pour former une Chronologie depuis Jésus - Christ jusqu'à nous , la plus exacte qu'il serait possible. Mais la mort l'empêcha d'exécuter cette entreprise. Dès l'an iy43, dom Maur avait été frappé , le 28 décembre, d'une attaque d'apoplexie, genre de maladie qui ne pardonne point , et n'en fut jamais bien guéri ; il traîna toujours depuis une vie languissante , ce qui ne l'empêcha pas néanmoins de travailler au pénible ouvrage qu'il avait commencé à mettre sous presse. Déjà la Table chronologique et le Calendrier perpétuel étaient achevés, lorsqu'une seconde ^ttaque d'apoplexie nous l'enleva, le 3 novembre 1746,' dans la cinquante-neuvième année de son âge.

Ce que nous venons de dire des travaux littéraires dt dom Maur, suffit pour se former une idée de ses talents et de son esprit : il l'avait juste , solide , judicieux. Un goût heureux«pour le vrai, le lui faisait démêler , peut-être autant que la pénétration de son esprit. S'il n'avait pas reçu de la nature les qualités brillantes de ces génies supérieurs , à qui rien n échappe dans les sciences , une étude sérieuse et soutenue le dédommagea abondamment. Par cette application constante , il acquit une grande connaisr. sance de 1 antiquité , et ies langues savantes lui devinrent même familières. •

Mais ce n'est point assez d'avoir fait connaître dom Maur par les talents de l'esprit : borncr-là ce qu'il y avait d'estimable en lui, ce serait faire tort

xx rj PRÉFACE, à sa mémoire , et retrancher de son éloge la partie la plus intéressante , en dérobant au Public la connaissance des qualités de son cœur. Tous ceux qui Font fréquenté , conviennent qu?il avait reçu du Père des lumières , les dons les plus parfaits , et tout ce qui forme un homme de bien, un bon chrétien, un prêtre édifiant et un vrai religieux.

Un esprit doux , aimable , prévenant en toutes choses ; une candeur et une droiture de cœur admirables ; une simplicité vraiment évangélique formaient le fonds de son caractère. Un air toujours gai et affable , qui semblait annoncer ses qualités , selon cette parole du sage : Sapienlia hominis lucet m vultu ejus ( Ecclcs. 8 , i ) lui gagnait le cœur de tous ceux qui le pratiquaient. Jamais il ne sortait de sa bouche que des paroles obligeantes et édifiantes. Nombre de passages de l'Ecriture et des Pères , qu'il s'était fendus familiers, lui servaient à propos, soit dans les conversations , pour les rendre chrétiennes soit auprès des affligés , pour les consoler , soit auprès de9 malades , pour les exhorter à souffrir leurs maux avec patience ,* et à faire à Dieu le sacrificeMe leur vie. H avait reçu de Dieu, un don- particulier pour remplir cette sorte d'oeuvre de charité, à laquelle il se pré tait volontiers. Toujours disposé à rendre service, on ne lui proposait aucune bonne œuvre dans laquelle il n'entrât volontiers. Sa charité lui faisait tout entreprendre , et sa patience , qui ne se rebutait de rien , le faisait venir à bout de tout. Lorsqu'il s'agissait d être utile à l'innocent , au pauvre,, au malheureux, à la veuve, à l'orphelin, les obstacles inultipliés ne l'arrêtaient point, et il en triomphait , pour l'ordinaire , par ses soins , ses peines et ses pressantes sollicitations , auxquelles il était difficile de résister.

PRÉFACE. wvif

Un zèle ardent pour la vérité , la lui faisait préférer à toutes choses ; et la regardant , avec saint Bernard , comme la patrie des exilés , et la fin de leur exil : O veritas exulum patria, et exilil finis! sans cesse il soupirait après cette céleste vérité.

Un amour tendre pour l'Eglise , amour qui , selon saint Augustin , est la marque qu'on a , en soi , l'esprit de Jésus-Christ , le rendait extrêmement sensible a tout ce qui la regardait : il ne se réjouissait que des biens , et ne s'affligeait que des maux de cette sainte épouse de Jésus-Christ. Dans ses études , il ne se proposait que d'employer le tems utile pour elle, pour lui-même et pour le prochain. De cette manière , l'étude et la science ne furent point pour lui un écueil. Ayant appris de saint Paul , que la science enfle , et que la chanté édifie (i ) , et de saint Augustin (2), que si la science est plus grande que la charité, ette n'édifie point, mais quelle enfle , il s'appliqua toujours , avec le secours de la grâce , à croître plus en charité qu'en science. Ainsi ^ il évita les deux écueils opposés , celui de Pignorance par l'étude , et celui de l'étude par la charité , qui fut toujours plus grande en lui, que la science.

Plein de foi et de religion , il n'envisageait , dans tous les événements, de la vie , que la volonté de Dieu , qui les ordonne ou les permet , selon les desseins d une Providence toujours adorable. Lorsque des ordres supérieurs l'obligèrent de quitter Paris , pour se rendre à Pontoise , il les regarda comme une faveur du Ciel , qui le rendait à lui-même , et qui

(1) Scientia inflat , caritas verà (fdificat,

(2) Si magnitudifie sua prœcedit scientia magniiudinem caritatî^ non solum non adificat t sed inflat. Conc. 17 in Ps. nS.

vm iij V RÉ C E.'

le mettait en état de méditer plas sérieusement les vérités éternelles. Pénétré de reconnaissance , il remerciait Dieu de lui avoir procuré les moyens.de s'instruire plus à fond de la religion, et de faire ses délices de la méditation des Pseaumes. Depuis cette heureuse époque , il ne cessa plus de les méditer , et de s'en nourrir cliaque jour, jusqua sa mort. L'attaque d'apoplexie , dont il fut frappé en 174^, servit encore à faire croître en lui des dispositions si chrétiennes. A mesure que 1 homme extérieur se détruisait , l'homme intérieur se fortifiait ; la mort lui était toujours présente, et il voyait avec plaisir • sa fin arriver ; il le disait avec complaisance à ses amis : Je m[en vais , leur disait-il. Cest un langage qu'il nous tenait sans cesse. Envisageant ainsi , toujours , son dernier moment,* il s'y préparait, en veillant continuellement pour aller au-devant dé- 1 époux ; il offrait au Seigneur, chaque jour et chaque moment du jour, le sacrifice de sa vie, en l'unissant à celui de notre adorable Sauveur, par cette belle prière ,* tirée du prophète Daniel, que l'Eglise a consacrée dans la célébration de ses redoutables mystères, et à laquelle il avait une dévotion particulière (1). « Nous nous présentons à Vous , Seigneur, -» avec un esprit humilié et un cœur contrit ; re- » cevez nous favorablement , et que notre sacrifice » soit tel, qu'il puisse vous être agréable ». Telles étaient les dispositions de dom Maur, lorsque son dernier moment est arrivé : nous en avons été témoins , et elles nous donnent une juste confiance , que lé souverain Juge , qui les avait lui-même for-

(0 In spiritu humililatis , et in animo contrito suscipiamur à te ^ Domine , et sic fiât sacrificium nostrum in conspectu tno hodiè ut placent tibi, Domine Deus*

PRÉFACE. xxix

îmces dans son cœur , a couronné ses dons ; en lui faisait miséricorde.

Dam Maur d'Anline n'ayant pu achever son entreprise , dom Charles Clémencet fut chargé d'y •mettre la dernière main. Il s'associa dom Ursin Durand dans ce travail , et, conjointement, ils firent tous les articles qui manquaient encore pour comjxléter l'ouvrage, Dès qu'il parut , l'accueil que lui fit le public, en prouva l'utilité, et. excita aussi la censure de certains écrivains, jaloux, peut-être , des applaudissements qu'il recevait.

Un Jésuite dans une lettre anonyme , accusa les .auteurs de l'Art de vérifier les Dates , de s'être livrés à un esprit de parti , et pour le favoriser , d'avoir forgé un texte d'Eusèbe, qu'on ne trouvait, disait-il, nulle part. Les Journalistes de Trévoux , venant à lappui de ce déclamateur , soutinrent que la fabrication était manifeste et palpable ., et que « si la » substitution d'un texte à un autre est toujours » un crime, dans cette occasion, c'était une sorte » de sacrifice*. {Journal de Trèv. Noœmb. i75o f p. 2661 1662).

Ce te$téT, prétendu fabriqué , regarde la dispute des Asiatiques avec le pape Victor, sur la célébration de la Pâque , et il est ainsi conçu : Irenœus Victorern papam argirit quod non rectè fecerit , abscindere à corpore unitatis tôt et iantas Ëcclesias J)ei. On sent par quel motif ces jésuites s'élevaient avec tant de vivacité contre un pareil texte , et contre ceux qui le produisaient.

Dom Clémencet n'eut pas de peine à justifier la vérité de* sa citation , et à confondre les calomniateurs. 11 leur répondit par une Lettre 'adressée à un *imi de province , dans laquelle il leur montra que

xxx PRÉFACE.

le texte qu'ils arguaient de faux 7 se touvait ; eri propres termes , dans tous les exemplaires imprimés ou manuscrits de 1' Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe,; traduite par Rufin.

Les journalistes de Trévoux cherchèrent à couvrir la honte de leur procédé, par une critique singulière; qui leur était, disaient -ils, venue depuis en pensée; et qu'ils insérèrent dans leur Journal du 4 décembre 1750 (ibid. p. 2833).

Rien de plus ridicule, ou de plus misérable, que la manière dont ils éludèrent leurs torts , en feignant de diminuer ceux des auteurs de l'Art de vérifier les Dates , et de blâmer , en partie , le censeur qui les avait traduits comme des faussaires. C'est ainsi, cependant , qu'ils prétendaient maintenir leurs Mémoires dans t impartialité constante dont ils faisaient profession (ibid. p. à835).

Mais dom Clémencct , par une Seconde Lettre à un ami de province, dévoila l'artifice de ces écrivains , et leur donna lieu de rougir de leur peuple sincérité.

Toujours appliqué à servir la Religion et les Lettres ^ dom Clémencet a composé grand nombre d'autres ouvrages, qui lui ont mérité un rang distingué parmi les savants de son ordre.

A peine fut-il fixé dans le monastère des Blancs- Manteaux, que dom Ursin Durand rengagea à travailler, avec lui, à la Collection de^ Décrétâtes des Papes. Le public en possédait déjà le premier volume f qui faisait justement désirer la suite de cet important Recueil. Dom Clémencet s'occupa , avec zèle , de cette continuation. Il mit deux volumes en état de paraîtra, et composa une très-grande Préface , qui comprenait la vie des habiles éditeurs qui avaient fj

PRÉFACE. „,j

les premiers ; commencé l'ouvrage ,~ dom Constant et dom Mopinot Mais les difficultés qui se rencontrent pour l'impression de ces volumes , déterminèrent dom Clémencet à prendre un autre travail.

Dès auparavant , dom Sabbatier , qui avait préparc une édition de l'ancienne version italique de la Bible; étant mort, dom Clémencet fit les Préfaces qui ont été mises à cette édition , et composa la belle Epitre dédicatoire qui est en tête , adressée à S. A. M 8r . le duc d'Orléans , que son zèle pour la Religion avait engagé à procurer , par ses bienfaits , l'impression de cette Bible.

On voit , par ces différentes pièces ; que doih. Clémencet avait un goût particulier pour la langue latine , dont il possédait singulièrement le génie , les tours et les expressions , qu'il avait puisés dans la lecture des anciens auteurs.

Chargé , depuis , delà continuation de l'Histoire Littéraire, il en publia le dixième tome , en 1 756,' et l'onzième, en 17^9, conjointement avec un de ses confrères. 11 avait composé une histoire particulière àes écrits et de la vie de saint Bernard et de Pierre le Vénérable, les deux plus grands hommes du douzième siècle , qui a été imprimée séparément en un" seul volume.

Le zèle dont il était animé pour les intérêts de # l'Eglise le porta souvent à prendre la plume contre ceux qui les blessaient. #

François Morenàs , gazetier d'Avignon , oû les Jésuites, sous son nom, avaient publié un Abrégé de l'Histoire Ecclésiastique de M. Fleuri , plein d'erreurs et de faussetés r voulait opposer cet puvrage à

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celui de M. l'abbé Racine , composé dans un goût bien différent. •

Dom Clémencet, justement indigné de tant ^impostures dont l'ouvrage de Morenas fourmillait , le^ dévoila , et les réfuta dans une suite de Lettres à cet auteur, où Ton trouve autant de force et dô solide* critique , que d'érudition : aussi eurent-elles un très-grand succès; car il s'en est fiait trois éditions consécutives.

Vers le même tems , les Jésuites s'efforcèrent de faire revivre la trop fameuse fable de BouVgfontaine. Pour cet effet , ils répandirent un libelle intitulé : ha réalité du projet de Bourgfontaine , très-propre à en imposer par le ton de confiance avec lequel on y soutenait les plus horribles calomnies, Mais le parlement , pour réprimer une si grande audace , condamna le libelle à être lacéré et brûlé.

L'indignation qu'une entreprise aussi révoltante excita dans la magistrature , fut commune à tous le$ honnêtes gens; et, pour seconder leurs vœux, dom Clémencet prit la plume , et pulvérisa cette misérable production par une réfutation en deux volu^ mes in- 13 , qui a pour titre : La F ériié et F Innocence victorieuses de l'Erreur et de la Calomnie,. Il repoussa , par une nouvelle brochure , les» vaim> efforts que firent les Jésuites , pour justifier les atten- 1 . tats de leur premier écrit.

Dom Clémencet» a fait nombre d'opuscules du même genre, dont on trouve la liste dans Y Histoire Littéraire de la Congrégation de Saint-Maur.

Mais, quoique son zèle , pour le bien de l'Eglise, saisit toutes les occasions de se produire, son attachement à la sainte maison de Port-Royal et aux

PRÉFACE. xxxiij illustres solitaires qui lui étaient unis , s'est supérieurement distingué par les différents ouvrages qu'il lui a feit entreprendre: II» donna , en 17 55 et 1757 , une Histoire Gétérate de Port- Royal, depuis ià réforme de eette abbaye , jusqu'à son* entière destruction,, en dix volumes in-i>2. Cette histoire curiedsç et intéressante par son objet et par les détails qu'elle renferme , est très-propre en même tems à donner une haute idée des sentiment» de Jbi et de religion dont Fauteur était animé. Aussi a-t-elle produit des effets merveilleux sur l'esprit et le cœur d'un grand nombre de personnes , et même sur plusieurs qui n'avaient entrepris de la lire que pour satisfaire leur curiosité.

fiom Géhiencet, en 1760, publia, en trois volumes ift-i^, les. Conférences de la mère Angélique de Saint Ntaur Arnauld , abbesse de Port-Ro-yal, sur les Constitutions de ce Monastère. L'éloge qu'il fait des talents et de la piété de la digne abbesse dans la Préface , est justifié par les lumières , l'onction et Theureuse simplicité qui régnent dans ces discours prononcés la plupart sans préparation. Enfin, il a laissé, en manuscrit, une Histoire Littéraire des écrivains, connus sous le nom de Messieurs de Port- Royal , qui pourrait composer quatre volumes in-4°. • Elle serait (nous n'en doutons point) très-instructive, et, par-là, très-bien reçue du Public , si l'on s'occupait à la perfectionner.

Dom Prudent' Maran , qui travaillait à l'édition des Œuvres dé saint Grégoire de Na/Janze, étant mort en 1762, et ayant laissé son entreprise fort imparfaite, le sein de l'achever fut confié à dom Clémencet. Il s'occupa, dès-lors, à finir la nouvelle traduction des Poésies que dom Maran avait commencée. Il revit le texte des différents ouvrages du I. e

xxxiv PRÉ FA C E.

saint doctfcur , sur les variantes , déjà recueillies dans les anciens manuscrits , lit, choix de celles qu'il convenait de placer , soit dans le corps ; soit en notes , composa la vie du Saint, et les avertissements nécessaires pour les Oraisons ; et fut ainsi en état de donner au Public le premier volume de cette édition si long-tems désirée.

Mais une fausse attaque de paralysie , qui lui survint dans le cours de l'impression de ce; volume, le rendit bientôt incapable d une application suivie. Il ne fit , désormais , que languir pendant près de deux ans, et , s' affaiblissant de jour en jour, il termina sa carrière le 5 avril 1778, âgé de soixante-quatorze ans.

La force de son tempérament promettait assurément une plus longue vie ; et s'il ne l'eût pas ruinée par ses austérités , plus encore que par ses travaux , il eût pu augmenter le nombre des centenaires.

Jamais religieux ne fut plus attaché que lui à ses observances , et ne montra plus de zè)e pour leur maintien, qu'il le fit dans ces jours où elles furent menacées d'une entière subversion. Pour lui, enchérissant beaucoup sur les pràtiques de la règle , il menait une vie extrêmement dure et pénitente ; car sa mortification s'étendait généralement à tous les besoins du corps. Ses veilles étaient continuelles , son abstinente très-étroite : on eût dit qu'il recherchait , par goût , les aliments les plus grossiers. Mais c'était sur-tout dans le carême qu'il se livrait , presque , sans aucune retenue , à cet ardeur pour la pénitence , qui le dévorait. La privation du vin, du poisson , de tout ce qui pouvait flatter ses sens et nourrir sa chair, faisait ses délices en ce saint teins, où son jeûne était encore prolongé au-delà des bornes ordinaires. Attentif à cacher ses macérations, il en pratiquait beaucoup qu'on ignorait ; et n'as-.

PRÉFACE. xxxv

pîrait ,* comme les pénitents de P. R. , qu'il prenait pour ses modèles , qu'à s immoler avec Jésus-Christ.

Quelque sévère qu'il fut à lui-même , son caractère n'en était pas moins doux, ni moins social. D'une humeur égale et agréable , il se faisait aimer et rechercher de tous ceux qui le connaissaient. On s'attachait d'autant plus à sa personne que l'on trouvait dans sa conversation , solide et intéressante , de quoi s'instruire et s'édifier. *

Nul ne fut plus humain et plus compatissant : toujours prêt à obliger, son cœur sensible était ému sur tous les besoins du prochain ; et se trouver dans quelque nécessité , était un titre suffisant pour avoir droit à ses bienfaits ou à sa recommandation : aussi , combien de personnes ont reconnu devoir à ses soins et ses sollicitations , les succès qu elles avaient eus dans les conjonctures critiques où elles s'étaient trouvées ?

Ami tendre et sincère , il portait une affection vraiment cordiale à ceux auxquels il était uni. Leurs biens et leurs maux lui devenaient propres ; mais il ressentait, surtout, si vivement leurs peines, qu'il eût moins souffert s'il eût» pu les endurer seul. La perte qu'il fit successivement, sur la fin de sa vie, d un nombre de ces amis précieux , pénétra son ame d'une douleur si amère, que désormais, absorbé dans la tristesse la plus profonde , il se regardait déjà comme enseveli avec eux.

Parmi toutes les vicissitudes qu'il a pu éprouver, sa foi et sa piété , toujours égales, dirigèrent sa conduite, et sanctifié eut tout le corps de ses actions. Chrétien fid le, religieux humble et fervent , prêtre recominandablc par linnocence de ses mœurs et Véminence de sa doctrine, il ne cessa d'édifier,

ttxvj - PRÉFACE.

d'instruire et de se consumer au service de l'Eglise et à la gloire de son Dieu , vraiment prêtre selon l'esprit avec son chef, et victime selon Je corps.

L'amour de la vérité fut sa vertu dominante, et forma comme le fonds de son caractère. Persuadé qu'il ne vivait que pour elle , et n'était honoré dit. sacerdoce que pour lui rendre témoignage ; toute sa vie il s'appliqua à la servir aux dépens de son repos , et de tout de qu'il avait de plus cher : jaloux de se sacrifier , en toutes manières , pour conserver à l'Eglise ce précieux patrimoine , dont le sang de tant de martyrs et les travaux de tous ses défenseurs , lui ont assuré la possession.

C'est par cette longue suite de vertus et d'œuvre& dignes de tous les éloges , que dom Clémencet a. rendu son. nom cher à tons les gens de bien , et a mérite que sa mémoire fut à jamais en vénération.

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