‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 265 sur 437 · NÉRON · texte numérisé non relu

NÉRON

54. Nero Cla-UDius C;esar Germanicus, fils de Cn. Doïnitius ^.nobardus et d'Agrlppine , fille de Germanlcus , né à Antium le 28 décembre de l'an 87 de Jésus-Christ , adopté par Claude, son beau-père, l'an 5o , lui succéda le ï.3 octobre de l'an 54 , au préjudice de Britannlcus , à qui l'empire appartenait par le droit de sa naissance. Le nom de Néron rappelle à l'esprit l'idée d'un monstre pétri de tous les vices. C'était aussi ce qu'avait prédit son père , lorsqu'on vint lui faire compliment sur sa naissance. D'Agrlppine et de moi , réponditil, il ne peut rien na?tre que de détestable. Cependant il ne négligea rien pour faire bien ékyer ce fils. C'est tout dire

DES EMPEREURS ROMAI?^S. l'^l

qu'il \e mit entre les mains ele Séncque et de Burrluis : deux hommes les plus capables de le former aux lettres et à la vertu. Kéron parut avoir profité de leurs leçons au commencement de son régne. Modeste, affable, humain, il rejetait les louanges , disant qu'il n'en voulait recevoir qu'après les avoir méritées ;. son cœur était si sensible à la pitié, qu'un jour, obligé de signer un arrêt de mort, rendu par le sénat, il dit: Je cuiidrais ne pas saimr écrire. Mais on vit bientôt ces belles cjualltés disparaitre et faire place aux vices les plus affreux. Après avoir secoué le joug de ses instituteurs, Il lâcha la bride à ses passions,et se jeta, à corps perdu, dans tous les excès où elles peuvent entraîner. Le premier trait de sa cruauté fui la mort de Britannicus, son fr(?re , qu'il fit empoisonner l'an 55 , et le vit , sans émotion, expirer dans un festin où ils étaient ensemble. Cet attentat le conduisit à un autre plus affreux. L'an 5t) , après avoir tenté, sans succès, différentes voies pour ôler la vie à sa mère, il réussit à la faire poignarder. L'empoisonnement de Domitla, sa tante, commis par ses ordres, suivit de près ce parricide. Afranlus Burrhus, son gouverneur, dont les leçons et les exemples le faisaient rougir, reçut de lui , au ra|)port d« Suétone et de Dion, le même traitement en 62. Ce fut aussi Tepoque de la mort violente d'OcTAViA., fdle de l'empereur Claude, qu'il avait épouSée l'an 53 : princesse vertueuse dont il n'était pas digne , et qu'il contraignit, le 9 ou le 11 de juin, à s'ouvrir les veines. L'an 64, nouvelles atrocités. Le i<^ juillet, il fait mettre le feu à la ville de Rome, et accuse les Chrétiens de cet incendie qui dura neuf jours, et consuma dix quartiers , pour avoir occasion de les persécu er. Il était réservé à sa méchanceté d'imaginer le supplice qu'il leur fît subir. Après les avoir enduits de cli'e et de résine , il les fit attacher à des pieux rangés en forme d'allées dans ses jardins; puis y ayant fait mettre le feu pendant la nuit , il se donna le barbare plaisir de promener son char à la lueur de ces flambeaux animés. Le dessein de ^«éron , en faisant brûler Rome , était de la rebâtir sur un plan plus régulier, d'en aligner et d'en élargir les rues. C'est ce qu'il exécuta, au moyen des impôts dont il accabla les provinces , dea extorsions et des consfiscatlons qu il fit sur les particuliers. Ces voies odieuses lui servirent également pour la construction d'un palais , dont l'étendue valait une ville, et la magnificenca surpassait tout ce qui avait existé jusqu'alors en ce genre. Cha^ que année de Néron était marquée par quelque trait de cruauté. L'an 65, avant découvert , le 1:2 avril, une conjuration formée contre lui par Calp. Pison , fameux débauché , il en prit occasion de faire mourir un grand nombre de personnes distinguées, dont plusieurs n'avalent aucune part à ce crime. Entre les prc-

iS-J. CHRONOLOGIE HISTORIQUE

miers on compte le célèbre Lucaln , dont il était le rival en poésie. Parmi les derniers fut compris le philosophe Sénèque , son précepteur, qu'il récompensa des soins de son éducation en l'obligeant à se faire ouvrir les veines PoPPtiA , sa seconde femme, ou plutôt sa concubine , qu'il avait ôtee à son époux Othon, périt, peu de tems après, d'un coup de pied qu'elle reçut de lui étant enceinte La mollosse de cette impératrice est mémorable. Cinq cents ânesses lui fournissaient cha(|ue jour un bain de leur lait. L'an 6b , la haine de la vertu porta Néron , sans autre motil, à faire mourir Pœtus Thras;"a et Barea Soranus : deux hommes les plus estimables de leur tems. Corbulon. célèbre par ses victoires sur les Parthes , n'avait pareillement d'autre crime à ses yeux que son mérite. Apprenant, l an 67 , à Corlnthe , l'ordre qu'il a donne de l'assassiner, il prévient le coup par une mort volontaire. Une inBuité tl'autres personnes fuient les victimes de ses fureurs. Jamais béte féroce ne fut plus altérée de sang que cet abominable prince. La pudeur se refuse au récit de .ses débauches qui oulrageaient la nature eu toutes manières. S(^s folies et ses extravagances ne révoltaient

f)as moins la droite raison. On vit dans sa personne le chef de 'empire, le maiire du monde, sur le théâtre, jouer avec les histrions, ou disputer le prix du chant aux musiciens, sans avoir ni le talent de la déclamation , ni'les agréments de la voix. On le vit dans le cirque d^'fier , avec aussi ])eu de succès , les cochers pour l'adresse à conduire un char. On le vit se lamenter puVdiquement à la mort de son singe, et faire une dépense énorme pour ses ridicules funérailles. La justice divine éclala enfin sur ce monstre , le pius affreux que l'enfer eut vomi. Déclare , tout d'un coup , par le sénat , ennemi de la patrie , et dès ce moment abandonné de tout le monde, il se trouva réduit à se poignarder lui-même; ou, selon d'autres, à se faire égorger par son secrétaire , pour se dérober au supplice infâme qui lui était destiné. ÎSous i^xceptuns cependant de la joie co}Vi— niune la populace , à qui il ne lldlait , pour la contenter , que du pain et des jeux, paneni et circeiises ^ que Néron lui fournissjit abondamment, et les gens perdus de dettes et de débauches, qui menaient en lui toute leur rfssource. Le 9 juin de Tan 6y , fut le terme de sa funeste vie , après un régne de treize ans , sept mois et vingt-sept jours. Il était alors dans la trente et unième année de son âge.

Quoique Néron n'ait régné que quatorze ans, cependant on conserve deux de ses médailles frappées en Egypte, dont l'une porte l'an 18 et l'autre l'an 21. Cela s'explique, en disant que, dans les médailles qu'on frappait en Orient à l'honneur des empereurs, on marquait j non rannée de leur régne, mai.s celle du

DES EMPEBECRS ROMAINS. l8î

règne de leur famille , en partant de Tépoque où l'empire y était entré. Ainsi 1 empire étant passé dans la famille Claudia, Tan 4i 1 dans la personne de Claude, la première des deux médailles dont il s'agit , se rapporte à la cinquième année da règne de Néron , et la seconde à la huitième.

C'est à la quatrième année du règne de Néron, cinquanteseptième de Jésus-Christ , que la valeur du denarius impérial romain fut réduite, suivant les modernes , à la quatre-vingtseizième partie de la livre romaine d'argent , ou à celle du soixante-cmquième de nos grains et cinq huitièmes ; ainsi le quart de ce denarius impérial , appelé sestertius^ ne pesa plus que seize de nos grains et treize trente-deuxièmes. Plusieurs auteurs néanmoins font remonter cet affaiblissement à la deuxième année du triumvirat d'O'tavien, d Antoine et de Lepldus , yii de Rome, (^uoi qu'il en soit , ce denarius impérial resta sur le mcrne pied jusqu'au règne de Seplime Sévère , igS de Jésus- Christ.

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