ADRIEN
117. P. iffiLius Adrianus, né à Rome le 24 janvier de l'an 76, adopté par Trajan, dont il était allié, dans les derniers jours de sa vie, prit le titre d'empereur à Antioche, le II d'août de l'an 117. Il se rendit, l'année suivante, à Rome, après avoir abandonné tout le pays conquis par Trajan sur les perses. Une perte de sang , à laquelle ce prince était sujet, lui ayant causé une hydiopisie, il en mourut à Rayes, le lo juillet de l'an i38, âgé de soixante deux ans, cinq mois et dix-sept jours, après avoir régné vingt ans et onze mois moins un jour. Ses cendres furent apportées à Rome dans une urne de porphyre, et placées dans un superbe et vaste mausolée de marbre de Paros . qu'il avait fait construire de son vivant; on l'appela le Mate /idrien. Dans le tcms des incursions des barbares, ce monument fut converti en forteresse ; c'est aujourd hui le châ-
BES EMPEREURS ROMAINS. tgS
teau Saint-Ange. Le cours du règne de ce prince fut presqu'uii voyage continuel. Il employa treize années à visiter les pro^ vinces , marchant, pour l'ordinaire, à pied, et la tête découverte. De retour'à Rome, il se livra à tous les genres de littérature, d'arts et de sciences , conversant avec les savants et les artistes , exerçant leurs talents, mais, par une basse jalousie, ne souffrant pas qu'ils eussent raison contre lui. Il bannit l'architecte Apol— lodore, et quelque tems après, il le fit mourir sous un faux prétexte, pour avoir osé bl^,mer le dessin qu'il avait fait lui-même cl un temple, et sur lequel il lui avait demandé son avis. Oa juge bien qu'il eut peu de semblables contradicteurs. Comment^ disait le philosophe Favorin , résister à un homme qui a trente légions armées? Adrien eut un autre défaut qui fut d'être défiant et ombrageux envers les grands. Mais il traita constamment le peuple avec la plus grande humanité. Toutes les villes qu'il parcourut dans ses voyages, se ressentirent de ses libéralités. Il fit rebâtir Jérusalem et lui donna le nom d'AElia. Les Juifs, s'étant révoltés à cette occasion, l'an i34» sous les étendards d'un prétendu Messie, nommé Barchochebas , attirèrent de nouveau sur eux les armes romaines, qui, pendant une guerre de trois années, en massacrèrent cinq cent quatre-vingt mille; après quoi il leur fut défendu d'entrer dans cette ville, et même de la regarder de loin. On mit , pour leur ôter l'envie d'en appro-cher, un pourceau de marbre sur la porte qui regardait Bethléem. Adrien confondit , en cette occasion , la religion chrétienne avec la juive , en faisant dresser une idole de Jupiter à l'endroit de la résurrection de Jésus-Christ, et une de Vénus au Calvaire. Il n'en demeura pas là; il fit planter un bois à l'honneur d'Adonis à Bethléem, et lui consacra la caverne où le Sauveur était né. Ce prince s'abstint néanmoins de persécuter les Chrétiens. Eusèbe nous a conservé un rescrit célèbre d'xVdrien, adressé, l'an i:i6, à iMinutius Fundanus, proconsul d'Asie, et donné sur les sages remontrances de Serenius Granianus , prédécesseur de Mlnutius. Serenius avait représenté, dans une lettre à l'empereur, combien il y avait d'injustice à condamner les Chrétiens sur des délations et des accusations vagues, sans les avoir jugés dans les formes, ni convaincus d'aucun crime. Adrien, par son rescrit, défend de faire mourir personne qu'après une accusation et une conviction juridiques. Mais cela n'empêcha pas qu'il n'y eût des m.artyrs , même à -Rome, sous ce règne, ainsi qu'on le voit par les Actes de sainte Symphorose ; tant la haine qu'on portait aux Chrétiens prévalait sur les bonnes dispositions de l'empereur à leur égard. Si Ton en croit Lampride, ce prince avait même eu dessein d'établir publiquement le culte de Jésus-Christ. « C'était ])our cela.v IV "
IÇ)-f CHRONOLOGIE HISTORIQUE
M dit-il, qu'il avait fait construire en divers lieux des lemplejî, » sans y placer aucune idole. » Mais, avec ce louable zèle, ses mœurs n'en étaient pas moins corrompues. On connaît S3i passion pour Antinous , attestée par les médailles , les statues , les temples, les villes et la constellation, consacres à ce favori, qu'il ne rougit pas même de placer au rang des dieux. Adrien , l'an i3i, rendit un grand service à l'état, en publiant l'edit perpétuel , dressé par Salvius Julianus , pour servir de règle aux prêteurs, et auquel il ne leur fut plus permis de rien changer. Jusqu'alors chaque préteur, entrant en charge, faisait connaître, par un édit, les formes et les principes qu'il suivrait dans l'administration de la justice. Ainsi la jurisprudence variait d'une année à l'autre, suivant les lumières et l'équité des préteurs qui se succédaient. La dernière maladie d'Adrien , qui fut longue et résista à tout l'art des médecins, le rendit cruel par désespoir. Ne pouvant se donner la mort faute d'instruments qu'on lui refusait, il ordonna celle de plusieurs personnes distinguées, se plaignant d'être le maître de la vie des autres , et de ne pouvoir disposer de la sienne. Du nombre des victimes de son désespoir fut sa femme , Julie Sabitse, petite-nièce de Trajan , qu'il avait épousée l'an loo, et qu'il fit empoisonner peu de jours avant sa mort.
Quoique Adrien n'ait pas régné vingt et un ans pleins, cependant on voit sa 22^ année marquée sur quelques médailles égyptiennes. C'est c}ue les années des princes, comme on l'a dit ailleurs , ne se comptaient pas en Egypte depuis le jour précis de leur av''nement au trône, mais depuis le mois thoth qui avait précédé ce même avènement. Ce fut Adrien qui introduisit l'usage des rescrits , ou lettres du prince , par lesquelles il décidait l'affaire qu'il avait évoquée à lui, ou la faisait juger par d'autres. Il fut le premier empereur qui prit des chevaliers pour secrétaires et pour intendants de sa maison, ses prédécesseurs ne s'étant servis que de leurs affranchis pour leur personne et leur domestique. Il fut aussi le premier empereur qui laissa croître sa barbe; en quoi il ne fut pas imité par ses successeurs. Sous ce règne fleurirent l'historien Suétone , le philosophe Epictète, çt Plutarque qui fut l'un et l'autre.
ANTOMN.
i38. Titus A^iTO^■I^!US Pius, nommé d'abord Titus AureUus Fiihnis ou Fuh'iiis ^ originaire de Nismes , né à Lavinium le 19 septembre de l'an 86, lutadopté par Adrien le aS février de l'au i38. Il eut dès-lors le titre de césar , et fut proclamé empereur le 10 juillet suivant. Ce prince descendait de Marc Antoine
DÉS EMPERF.URS ROMAINS. ir)'>
par Antonia, sa bisaïeule, fille de Marc Antoine €t d'Octavla , sœur d'Auguste. Antouinrégna vingt-deux ans, septmois elviiiglsix jours, depuis la mort d'Adrien jusqu'à la sienne, arrivée ley mars i6i.Ce prince a porté la vertu aussi loinque lepeimetlait la philosophie stoïcienne , dont il faisait profession. Elle ne le rendit pas néanmoins plus équitable envers les Chrétiens. Avant do parvenir à Tempire , et n'étant encore que proconsul d'Asie, il en avait condamné plusieurs à mort. Placé sur le trône, il parut d'abord incliner vers la douceur à leur égard. On connaît cotte fameuse lettre par laquelle il ordonnait de les absoudre lorsqu'ils seraient déférés, et même de punir leurs accusateurs. Mais avant dans la suite changé de dispositions, il devint leur persécuteur , et en fit tourmenter plusieurs sur la fin de son règne, comme le P. Berli le prouve contre Dodwell. Tel fut l'effet de la superstition sur l'esprit de ce prince phdosophe , d'ailleurs le plus humain des hommes, qui ne cessait de répéter cette maxime de Scipion , (pje la conservation d'un citoyen est préférable à la deslmction de mille ennemis. Il aimait tellement son peuple, qu'il évita les guerres , et préféra le titre de pacifique à celui de conquérant. Il n'en fut pas moins respecté des nations barbares , dont aucune, sous son régne , n'osa toucher aux frontières de l'empire. Quelques-unes même voulurent avoir des souverains de sa main. Plusieurs le prirent pour arbitre de.* différents qu'elles avaient entre elles. Sa mort, occasionnée par ime indigestion, causa un deuil universel 11 avait épousé Faus- TINE , d'une naissance illustre, mais d'une vie déréglée. Celteprincesse mourut l'an 141 , laissant de son mariage Galère Antonin, mort avant son père, et Faustine, mariée à Maïc Aurèle. Antonin fit décerner à sa femme les honneurs divins, après sa mort, comme il les avait fait décerner à son prédécesseur. Qu'elle idée ce princeavait il donc deladivinité, en l'attribuautà des personnages si pervers? L'empereur Julien, quoique son adrriirateur, n'a pu s'empêcher de le blâmer et de le tourner en ridicule sur ce point» Les historiens lui ont aussi reproché son asservissement ignominieux à des concubines qui disposaient à leur gré des honneurs et des charges de l'état en faveur des sujets , même les plus indignes. Ce fut sous son règne que commença de s'abolir , parmi les Romains, l'usage de brûler les corps morts ,. et que l'on revint à l'ancien usage de les enterrer, comme firent toujouis les Juifs et les Chrétiens Macrobe , qui florissait au commencement du cinquième siècle, assure (6V//z/r«. , L. vji) que de soa tems la crématioa des cadavres était tombée en désuétude.