‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 336 sur 437 · THEOPHILE · texte numérisé non relu

THEOPHILE

829. Théophile, fils de Michel le Bègue, né, comme son père , dans la ville d'Amorium, en Phrygie, lui succéda le i«'. octobre. Il avait eu pour précepteur Jean Lécanomante, (et non pas Léronomante , comme nous l'avons marqué ci-dessus aux patriarches de Constantinople, n^. LVIII, d'après M. Fleuri), ainsi surnommé , parce qu'adonné à la plus noire magie , il se piquait de deviner en se servant d'un bassin rempli d'eau. (Je méchant homme , qu'il plaça dans la suite sur le siège de Constantinople , avait gâté l'esprit de son élève par son fanatisme hérétique, et continua de le tenir enchaîné par ses impostures. Théophile montra cependant, au commencement de son règne, assez de zèle pour la justice et d'amour pour ses peuples, il fit fleurir le commerce, favorisa les sciences, embellit sa capitale de nouveaux édifices. Mais excité par Lécanomante, il se déclara toutii-coup conîreles saintes Images, persécuta les Catholiques, et fil plusieurs mailY!';- Son extravagance en ce point alia même ;;i loin, qu'en 802, il chassa tous les peintres de ses étals. Théophile mourut le 20 janvier 842, après un règne de douze .ans, trois mois cl dix-huit jours. 11 avait entrepris jusqu'à dix-

DES EMPEREURS d'ûRIEMF. 29$

huit expéditions mllilaires , dont aucune ne lui procura des lauriers dignes de la majesté de Tempire. La perte de la ville d'Amoriurn, sa patrie, conquise et détruite par les Sarrasins eu 1S41 , mit le comble à ses chagrins. Piésolu de ne point survivre à ce malheur, il s'abstint de toute nourriture, et ne consentit à boire que de l'eau de neige. Cette boisson lui causa une dyssenlerie qui l'emporta. Etant à l'extrémité, il fit mettre à mort Théophobe, son beau-frère, qui lui avait rendu de grands services, se fit apporter sa tête; et la prenant par les cheveux, il dit : Je ne serai plus Théophile', niais tu n'es plus Théoph'be. Ce qui le porta à cette barbarie, c'est qu'on avait accusé Théophobe d'attendre sa mort pour lui succéder. De TuÉODORA, qu'il avait épousée l'an 83o, il eut Michel , qui suit, Constantin, mort avant son père, et quatre filles. Ce prince est le premier empereur qu'on sache, sur le rapport de Cédrénus , avoir buUé ou scellé en or.

MICHEL III , DIT l'Ivrogne.

842. Michel , fils de Théophile, né l'an 83(3 , lui succéda le 20 janvier 842 , sous la régence de ïhéndora , sa mère , et d'un conseil que Théophile lui avait laissé. Théodora consacra les prémices de son gouvernement par le rétablissement des saintes Images. Elle s'y prit de manière que l'hérésie des Iconoclastes fut entièrement éteinte en 842, après avoir troublé les églises d Orient et causé des maux infinis dans l'empire, pendant plus de cent vingt ans. Théodora sut également se faire respecter audehors et au-dedans. Bogoris , roi des Bulgares, étonné de la fermeté qu'elle opposait à ses menaces, fit, en 844 1 un traité de paix avec l'empire. Ce traité , par occasion , procura la conversion des Bulgares. ( Voyei Bogoris, rui des Bulgares.) Théodora, l'année suivante, entreprit celle des Pauliciens , espèce, de Manichéens cantonnés dans l'Arménie. N'ayant pu y réussir par la voie de la persuasion , elle employa la contrainte, et fit mourir plus de cent mille de ces hérétiques dans les supplices. J>es autres se réfugièrent sur les terres des Musulmans , d'où ils firent des courses sur celles de l'empire , pour se venger des cruautés qu'on avait exercées contre leur secte. L'an SSy, l'empereur Michel , par le conseil du césar Bardas , son oncle , fait renfermer sa mère dans un couvent avec ses filles. Alors 11 laisse le soin du gouvernement à Bardas, pour se livrer entièrement à ses passions. A la débauche , ce prince mêlait l'impiété , en contrefaisant, avec les jeuiies gens de sa cour, les cérémonies les plus augustes de la religion. Bardas , irrité contre le patriarche Ignace qui lui avait rchisf, ia communion pour cause d'iuceste ,

commence rexcrcice de son ministère parle chasser de son siège , et mettre Photlus à sa place, (^o/. les Patriarches de Constanllnople. ) L'an 8B6, sur l'accusa tion secrète de Symbace , gendre de Bardas et Intendant des postes , homme violent et ambitieux , Michel persuadé que son oncle cherche à s'emparer du trône, le fait assassiner, le 21 avril, par les mains de Basile le Macédonien , qui l'avait porté à cette violence, et qu'il associa , le 26 mai suivant , à l'empire. L'an 8B7 , Basile , averti que Michel veut attenter à sa vie , le prévient , et le fait poignarder le 24 septembre , comme il était plongé dans l'ivresse. Michel avait régné vingt-cinq ans, huit mois et quelques jours. Il n'eut point d'enfants de sa femme Eudocia. L'impératrice Théodora, sa mère, était morte peu de jours avant lui. Au milieu de ses débauches et de ses divertissements sacrilèges, Michel fit construire quelques églises , et enrichit de nouveaux ornements celle de Sainte-Sophie. Il crut faire preuve de sa haine contre l'hérésie des Iconoclastes, par une action barbare, dont le récit fait horreur. L'an 865 , ayant fait tirer de leurs tombeaux les cadavres de Constantin Copronyme et du patriarche Jean Lécanomante , il les fit apporter dans le cirque. Là , exposés aux yeux du peuple assemble pour les jeux, ils furent battus de verges, et ensuite jetés au feu. Après cet affreux spectacle, on scia le tombeau de Constantin, qui était du plus beau marbre verd, et l'on en forma le balustre d'une église que l'empereur faisait bâtir. (Le Beau.)

BASILE LE MACEDONIEN.

867. Basile , né de parents très -pauvres dans un village de ]\Iacédoine, mais originaire d'Arménie, succéda, le :24 septembre S^n , à Michel. Il avait d'abord été soldat ; et s'étant introduit à la cour de l'empereur Michel , il était parvenu par degrés à l'honneur suprême d'être associé au trône par ce prince. Ce n'était point , comme le prétendent les écrivains du tems, à une conduite irréprochable, à une probité soutenue, à une piété exemplaire qu'il était redevable de son élévation. Les faits avoués, par ces mêmes écrivains, prousent au contraire qu'il n'épargna ni les bassesses, ni les parjures, ni les meurtres , ni d'autres forfaits pour son avancement. Donnons quelques exemples de sa «''^retendue probité. Nous avons dit qu'il avait été l'instigateur et l'exécuteur de l'assassinat de Bardas. Ajoutons que c'était lui qui avait porté Symbace , gendre de ce prince , à le déférer à l'empereur comme avant de mauvais desseins contre sa personne ; que pour calmer les craintes du césar, qui commençait à se défier de lui, il avait juré avec l'empereur dans un écrit dressé par

SJÏÏS empereurs b'ORIEW. b0

îrtiotius et signé avec une plume trempée dans le sang de J. C. , qu'on n'avait aucune intenlion de lui nuire , et cela peu de jours avant que de le mettre à mort. Michel , s'ennuyaut du com-« mcrce qu'il entretenait depuis long-teins avec Eudocie Ingérine, avait proposé, l'année précédente, à Jîaslle de la prendre pour épouse. Celui-ci, peu délicat sur le p>inl d'honneur, y consentit, répudia en conséquence Marie , sa femme, dont il avait un fils, nommé Tonstantin , et livra en échange Thèc'e, sa sœur, aussi ambitieuse et plus dissolue que son Irère. Basile, devenu seul possesseur du trône par la mort de Michel, se montra digne de le remplir. Dès qu'il ne lui en coûta plus rien pour être \ertueux , il ne conserva que ses bonnes qualités. Peu de jours après son couronnement, il chassa Photius de son siège, et rappela saint Ignace. Tout occupé du bien de l'empire, il réforma les abus qui s'étaient introduits dans la judicature et les finances sous le rc'gne précédent , soulagea les peuples opprimés , et rétablit la discipline dans les armées. Mais le patriarche Ignace étant iTiort l'an Syy , Photius , dont la retraite n'avait pas amorti l'ambition , se donna des mouvements pour remonter sur le siège dont on l'avait fait descendre -, et il ne travailla pas en vain. L'empereur, flatté d'une généalogie que cet imposteur avait fabriquée pour le faire descendre des Arsacides , lui donna un asile dans le palais de Magnaure , l'admit dans ses conseils , lui confia l'éducation de ses fils , et liai laissa reprendre les fonctions éplscopales. L'an 880 , Basile , après avoir vaincu les Sarrasins en Orient et en Italie , ne peut les empêcher de dévaster le Péloponèse , et d'achever la conquête de la Sicile par la prise de Syracuse qui fut défendue par les habitants au milieu détentes les horreurs qu'une ville assié-» gée peut éprouver. Un accident, arrivé à ce prince à la chasse et qu'on raconte diveisement , lui causa une fièvre qui l'em-» porta le i mars 886 , à la fin d'un règne de dix-huit ans , cinq mois et six jours depuis la mort de Michel III, De sa seconda femme il laissa trois fils , léon et Alexandre , ses successeurs, et Etienne qui fut patriarche de Constantlnople. A l'exemple de Justinien , Basile avait fait, l'an 8jy , une compilation des lois en quarante livres. Son successeur y en ajouta vingt autres. Ces soixante livres , connus sous le nom de Basllisques , ont servi de règle à la jurisprudence de l'empire grec jusqu'à sa destruction. On a de plus de ce prince un petit ouvrage qui subsiste encore , sous le titre d'y/m au prince Léon.

LÉON VI , DIT LE Philosophe*

886. Léon VI , tils de Basile et d'Ingérine , né le premier IV. 38

5q,^ CllROKOÎ.OGlF. mSTORlQtJE

septembre 866 (If iieau ) , fait auguste l'an 870, succéda J le premier mars 8«6 , à sou père. Dès la première année de sou règne, il chassa Photius du siège de Constantinople , et y plaça Etienne, son frère. Léon, assez habile en politique , fut très-malheureux à la guerre. Les Musulmans, après avoir battu ses troupes , lui enlevèrent Tile de Samos. Les ducs lombards s'emparèrent de presque tout ce qui restait aux Grecs en Italie. Les Bulgares remportèrent sur Léon d'autres avantages. Pour leur résister , il appela les Turcs qui défendirent avec succès l'empire , dont ils devaient être un jour les destructeurs. La crainte lui fit admettre d'autres barbares dans l'empire. Deux nomades de scylhes, les Serviens et les Croates, étant venus lui demander des terres , obtinrent de lui celles qui portent aujourd'hui leurs noms. Léon eut les surnoms de Philosophe et de Sage, non à cause de ses mœurs qui étaient corrompues , mais par rapport à son amour pour les lettres. Il se mêlait de coiiiposer des sermons, au lieu de s'occuper de la défense de l'empire. Le tems nous a conservé trente-cinq de ces pièces qui sentent plus le déclamateur que l'orateur chrétien. Son Traite de la Tactique sert à faire connaître l'ordre des batailles de son tems , et la manière de combattre non seulement des Grecs , mais des barbares auxquels ils avaient affaire. Ce prince mourut à quarante-cinq ans le 11 mai 911 , après vingt-cinq ans , deux mois et dix jours de règne. Il eut successivement quatre femmes , Théophanon , ZoÉ , Eu- DociE et ZoÉ-CARBONOPSmi-; , mère de Constantin , dit Porphyrogénète, non parce qu'il était ne sous la pourpre , mais parce qu'il était né dans le palais de Porphyre , où, dans la suite, les impératrices firent ordinairement leurs couches. Ce dernier mariage , contraire aux lois civiles et canoniques des Grecs, qu'il avait lui-même confirmées, occasionna de grands troubles dans l'église et dans l'état.

ALEXANDRE, CONSTANTIN VI , dit PorphyrogénètE, ROMAIN Lecapèî^e , CHRISTOPHE , ETIENNE Et CONSTANTIN YH , dit Porphygénète , empereurs.

Qîi. Alexandre, né vers Tan 870, succéda, le xi mai qii, àLéon son frère, avec Constantin PoRPHYROGÉNÈTE,soa neveu. Mais le 6 juin de l'année suivante, les débauches, auxquelles il était livré , le conduisirent au tombeau. Le jeune Constantin , né au mois de septembre goS , commença de ce jour à régner seul. Zoé, sa mère, étant revenue de l'exd , où Alexandre l'avait envoyée, se mit à la tète des affaires. Elle foulint pendant sept ans , par la valeur du général Léon Phoeas,

BES EMPEREURS D'ORIEiNT. ag^^

îa guerre contre Siméon , roi des Bulgares. L'an 919^ Romain- Lecapène , arménien de naissance et drungaire , ou grand amiral de Fempire , s'étant emparé de l'esprit de Constantin , l'engagea épouser, le i5 avril, Hélène, sa fille. Bientôt après, il persuade à ce prince de reléguer sa mère dans un couvent, et enfin il vient à bout de se faire déclarer par lui-même son collègue. Romain reçut îa couronne impériale le 17 ou le 24 décembre de la même année 919. Depuis ce tems , il fiit chareé du gouvernement, pendant que Constantin s'appliquait à l'étude. L'an 920 , le 20 mai , Romain associe à l'empire son fils aîné Christophe ; et , l'an 928 , ses deux autres fils , Etienne et Contantin ; de celte sorte, il y eut alors cinqempereurs à la fols. Christophe mourut au mois d'août 98 1. L'an 944» Romain fut enlevé du palais , le 20 décembre , par ordre d'Etienne , son fils , et conduit dans l'île de Proté : il y mourut dans l'état monastique le i5 juillet 948. Ce prince avait de la valeur et de la piété. L'an 927 , il avait obligé les Bulgares à lui demander la paix ; et pour la cimenter , il avait donné en mariage sa petite-fille à Pierre , leur roi. L'an 941 , il avait gagné contre les Russes , par ses généraux , une grande bataille navale sur le Pont-Euxin. Il avait remporté de semblables avantages sur les Turcs qui étaient venus l'attaquer à deux reprises, et les avait forcés à laisser l'empire en'repos. Il avait enrichi les temples d'ornements , et avait fait beaucoup de biei>> aux ecclésiastiques pour lesquels il avait un grand respect. De Theodora , son épouse , décédée le 20 février 922 , il eut , outre les enfants qu'on vient de nommer, Théophylacfe , patriarche de Constantlnople. L'an 945 , les deux empereurs , fils de Romain , convaincus d avoir conspiré contre Porphyrogénele , sont arrêtés le 27 janvier, et envoyés en exil. L'imératrlce Hélène , de l'aveu de son époux, j>rit alors en main es rênes de l'état. Cette princesse avare mit tout à prix d'argent , le sacré comme le profane , et accabla les peuples d'impôts. L'an 9^9, Constantm Porphyrogénète mourut à Tage decinquante-quatre ans , le 9 ou le 1 5 novembre , du poison que Romain, son fils, à l'insligahon de Théopli^inon , sa femme, lui avait donné plusieurs mois auparavant. H emporta dans letombeau la réputation d'un prince au-dessous du médiocre , et d'un savant du premier ordre. On a de lui une Histoire d«- Basile le IMacédonien, son aïeul, un Traité de l'Art de gouver^ ner , adressé à Romain , son fils , et quelques autres ouvrages. Avec son successeur , il laissa quatre filles , dont l'aînée , Théo-» dora, fut mariée à l'empereur Jean Zimisquès.

Le père Pagl se trompe lorsqu'il dit que les années de Constsnllrj Porphyrogénète se prennent de l'an 91a, ï)lles commeu-

3oO CHRONOLOGIE HISTORIQUE

cent en gn à la mort de son père , comme le prouve Mura tort. ( Annal. d'Ital. , t. Y, p. 274. )

Page 1