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n4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
une sortie pour enlever le drapeau . Plusieurs femmes françaises en profitèrent pour s'échapper, abandonnant leurs enfants dont quelques-uns étaient à la mamelle. Ces malheureux exposés à toutes les intempéries de l'air, étaient enrhumés : leurs toux et leurs cris importunaient les sauvages qui , pour se venger de la fuite de leur mères, en empaillèrent quelques-uns, mirent les autres en pièces ou les jetèrent du haut de leurs palissades.
Après avoir fait tirer pendant six heures contre le fort sans faire une brèche, de Loubois fit ouvrir, le 20, une tranchée à 280 toises; et le lendemain, on recommença le feu. Le 22, les assiégés firent une seconde sortie, au nombre de 3oo, et surprirent un poste dans la tranchée , mais ils furent bientôt repousses par l'activité de M. d'Artaguette. Le 24, le commandant fit établir une batterie de quatre pièces de canon à la distance de 180 toises et menaça de les pulvériser s'ils ne rendaient les prisonniers. Voyant les Français s'approcher, le grand chef se décida à capituler et envoya madame Desnoyers au général pour demander la paix. 11 y consentit à condition que tous les prisonniers seraient rendus. Le grand chef y acquiesça , demandant seulement que l'on n'entrât dans le fort que le lendemain. Alors le commandant français détacha, le 25, un corps deChactas pour recevoir les prisonniers, et les Natchez profitèrent de la nuit du 29 pour abandonner le fort. Il n'y eut que i5 Français tués ou blessés pendant le siège. M. de Loubois établit une garnison à Natchez pour protéger la navigation du Mississipi et en donna le commandement au chevalier d'Artaguette.
ML de Loubois, ayant été blâmé de ne pas avoir continué le siège , afin de détruire les Natchez , répondit que les Chactas s'impatientaient, et qu'il redoutait une trahison ; qu'il ne pouvait compter sur ses troupes qui, le 22 , craignant être attaquées à la fois par les Natchez et les Chactas , avaient abandonné la tranchée, et que les ennemis avaient fait courir le bruit que les Anglais et les Chicachas marchaient à leur secours. D 'après ces circonstances, il s'était cru obligé de se contenter de la délivrance des prisonniers. Les auxiliaires, en possession de leurs captifs, voulurent les garder. Une contestation eut lieu à ce sujet entre leur chef et le commandant français , qui se termina par la médiation du grand chef des ïonicas qui les engagea à accepter des marchandises en échange de ces prisonniers. Le commandant les fit embarquer, pendant la nuit, à bord d'une barque qui fesait voile pour la capitale. Les Natchez avaient gardé en ôtages quelques esclaves noirs et un seul Français.
DE L' AMÉRIQUE. n5
Ils se retirèrent sor les bords de la rivière Noire, affinent des Naquitoches , où ils construisirent un fort en palissades , et établirent un village ; ensuite ils bâtirent un autre fort à la distance de trois lieues de cette première rivière.
Le général français se rendit au site de l'ancien fort Rosalie, où il en lit construire un nouveau, des logements pour les ofiiciers et des casernes pour les soldats. 11 y laissa cent vingt hommes sous les ordres du baron de Cresnay^ avec des munitions et des vivres , et se rembarqua pour la capitale , avec le reste de ses troupes. La plupart des Français des deux sexes qui avaient échappe au massacre ou qui avaient été faits prisonniers , furent dans la suite établis à la Pointe-Coupée , située à 5o lieues de la Nouvelle-Orléans et autant des Natchez.
Quelques noirs esclaves avaient pris parti contre les Français : trois des plus coupables furent livrés aux Tchactas qui les firent mourir par le feu de la manière la plus cruelle.
Bientôt après la retraite des Natchez, les Arkansas attaquèrent, avec succès, les petites peuplades des Yazouz, des Corrois et de Tioux qui furent presque détruites : des deux premières, il ne resta que i5 individus qui se réunirent aux Natchez. Les Tioux furent exterminés. Malgré la paix, cette nation continua ses hostilités contre les Français. Un détachement de 20 soldats fut envoyé à une ci prière ou bois de cyprès, située à la distance d'une lieue et demie, pour ramasser l'écorce de cet arbre, afin d'en couvrir les cabanes du nouveau fort. Au bout de quelques jours, ils furent surpris par un parti des Natchez qui les massacrèrent et enlevèrent leurs chevelures. Un seul parvint à s'échapper en se cachant dans un creux d'arbre : c'était le même qui s'était sauvé lors du premier massacre , en se renfermant dans un four*
Encouragés par ces succès , dix de ces sauvages , peu de jours après, formèrent le projet de surprendre la garnison composée de 100 hommes. Ils se présentèrent comme Chactas à l'entrée du fort. On les crut sur leur parole et on les laissa entrer avec leurs armes. D'abord ils s'y promenèrent, caressant les soldats comme leurs amis ; mais au bout d'une demi-heure, ils égorgèrent la sentinelle et plusieurs autres qui n'étaient pas sur leurs gardes. La garnison ferma la porte et courut aux armes. Les Natchez devenus maîtres du corps-de-garde, se défendirent plus de deux heures, jusqu'à ce qu'il n'en resta qu'un qui fut brûlé au cadre. Dans ce combat , cinq Français furent tués et plusieurs blessés.
Sur ces entrefaites , quelques Tonicas arrivèrent à la Nou-
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velle-Orléans , avec une femme des Natchez , captive , qu'ils présentèrent au commandant. Il la leur rendit , disant qu'ils pouvaient la traiter comme ils voudraient. Ils décidèrent de donner aux Français le spectacle horrible de leurs cruautés envers les prisonniers. Ils élevèrent près du fleuve une plateforme, attachèrent cette malheureuse sur un cadre, et mirent Je feu à différentes parties de son corps . Pas une larme ne trahit les douleurs de la victime pendant ce cruel supplice , mais elle accabla les bourreaux d'injures , leur prédisant que sa mort serait vengée par sa nation.
Cette prédiction ne tarda pas à s'accomplir. Une bandé des Natchez se présente chez les Tonicas et demande à faire la paix avec le grand chef des Français. Ce chef des Tonicas refuse de les admettre sans le consentement du commandant ^ général. Celui-ci y consent et lui ordonne, en même tems, de tomber sur eux. Mais, dès qu'ils furent entrés dans la cabane du grand chef, ils l'assommèrent, ainsi que plusieurs de ses gens. Ils s'en retournèrent triomphant , amenant captifs un Français et sa femme. Ce chef des Tonicas, qui s'était fait chrétien, avait reçu une médaille du roi à cause de son attachement pour les Français.
En même tems, ils surprirent dix Français et vingt nègres ; tous furent tués , excepté un des premiers et deux des derniers.
Le général , craignant une alliance entre les Natchez et les Tchactas , invita les chefs de ces derniers à venir le trouver à la Mobile. Ils s'y rendirent, le 26 octobre, au nombre de 800. Deux jours après , M. Perrier commença sa négociation qui . dura huit jours , pendant lesquels il lui fallut écouter i5o discours. Tous déclarèrent leur fidélité au roi qui les avait rendus redoutables, disaient-ils, aux autres nations. Le général, s étant aperçu que les Tchactas occidentaux étaient jaloux des orientaux , et n'étant pas sûr des derniers leur proposa un grand chef qu'ils acceptèrent : c'était un chef des Cas tachas , tribu des Tchactas, qui se déclara dévoué aux Français.
Une autre circonstance favorable était celle de la fidélité des Illinois qui envoyèrent à la Nouvelle-Orléans deux bandes de Mitchigamias et de Raskasquias, sous la conduite de deux des principaux chefs , pour offrir leurs services au général , et pleurer les missionnaires qui avaient été massacrés.
La Cour de France, informée du massacre de ses sujets, avait expédié la Somme, flûte duror, commandée par P$r-
DE lVmÉRIOTIE. ip;
ritr de SaUtrt, frère du commandant-général , ayant à bord des soldats de marine et des provisions.
Ce navire, tirant près de quinze pieds d'eau, mouilla devant la Nouvelle-Orléans, le 1 5 août.
De Perrier retourna à cette ville et profita de ce renfort pour aller attaquer les Natchez dans leur nouvel établisse-
L'expédition était composée : i° de deux cents hommes, y compris trois compagnies de marine, sous les ordres du capitaine S al vert , qui s'embarqua le g décembre ; 20 du même nombre de grenadiers, fusiliers et volontaires , sous le commandement de M. Perrier, qui partit le n ; 3° de cent cinquante milices sous celui du capitaine de Benac. Le 20, toutes ces troupes se trouvèrent réunies aux Bayagoulas où elles furent jointes par quarante guerriers de la nation colapissa : deux jours après, l'expédition partit, mais la navigation fut lente à cause des brouillards et de la grande rapidité
naient de toi
dien, et de Beaulieu, qui avaient été expédiés avec vingt-quatre hommes dans un bateau , pour reconnaître la position des JVatchez , avaient été attaqués par une bande de cette nation. Seize furent tués ou blessés , parmi lesquels se trouvaient les deux officiers. En même teins, on apprit que les Arkansas, impatients d'attendre les Français, étaient retournés chez eux.
ij3i. Le 4 janvier, le général rejoignit l'armée à l'entrée de la rivière Rouge où il trouva cent cinquante Indiens de différentes nations. Le 11, il remonta cette rivière dans des pirogues et des bateaux, et, le lendemain, entra dans la rivière Noire. Il fit débarquer deux soldats pour chercher des légumes : ils rencontrèrent un petit Indien qui péchait dans un lac et ramenèrent au général qui le caressa , lui fit à manger, et promit d'épargner sa vie s'il voulait lui rer le chemin pour arriver au fort des Natchez. L'enccepta, et le conduisit au village qui était situé à un quart de lieue.
Le général gagna la plaine, le 20 janvier, fit marcher ses troupes contre le fort qu'il investit sur-le-champ, et commença l'ouverture de la tranchée. Les assiégés se défendirent courageusement pendant trois jours , mais le quatrième , tourmentés par la soif et effrayés par les bombes qui tombèrent dans le fort , ils demandèrent à capituler, en offrant
de rendre tous les nègres qui s'y trouvaient : dix-huit et une négresse furent remis au général.
Le 25, le Soleil , grand chef, chercha à parlementer, afin de se retirer du fort secrètement , mais le général alla lui déclarer qu'il donnerait l'ordre de l'attaquer s'il ne voulait pas en faire sortir tous ses guerriers avec leurs femmes et leurs enfants. Il promit de ne les point faire mourir ni de permettre aux Indiens alliés de les maltraiter. Alors le chef fit sortir environ trente-cinq hommes et deux cents femmes. Il restait encore dans le fort soixante-dix guerriers qui s'échappèrent en se glissant le long d'un bayou ou petite 1 rivière sans être aperçus. Le lendemain, le général voulut engager les Indiens alliés à les poursuivre , mais ils refusèrent, disant que les Français devraient le faire eux-mêmes , puisqu'ils les avaient laissé évader. Le 27, l'expédition mit à la voile pour la Nouvelle-Orléans où elle arriva le 5 février, amenant le Soleil et tous ceux de sa famille, quarante guerriers, les femmes et les enfants, au nombre de trois cent quatre-vingt-sept personnes.
Le 14 juin, après cette défaite, les Natchez comptaient encore deux cents guerriers. Au mois d'avril, plusieurs de ces Indiens s'adressèrent au chef des Tonicas pour exprimer leur désir de s'établir auprès de lui. Celui-ci ayant communiqué cette proposition à M. Perrier, ils obtinrent la permission de se fixer à la distance de deux lieues du village de ce chef qui les y reçut au nombre de cent cinquante, leur accordant la permission de garder leurs armes , afin que leurs femmes ne se crussent point prisonnières. On dansa jusqu'après minuit, et à la pointe du jour, lorsque les Tonicas se trouvèrent endormis, les Natchez tombèrent sur eux, en massacrèrent une vingtaine et en blessèrent autant, y compris le chef ; mais ces guerriers restèrent maîtres du village. Trente-trois Natchez furent tués et trois brûlés vifs. Ces derniers avaient été aidés dans ce massacre par cinquante Chicachas etCorrois qui s'étaient cachés dans des cannes autour du village.
Les Natchez formèrent ensuite le projet d'attaquer le fort de Natchitoches, où il y avait une garnison de quarante' hommes, sous les ordres du chevalier Saint-Denys. lis arrivèrent près du fort , au nombre de i5o , traînant à leur suite une femme française qu'ils avaient prise. Une députation de trois d'entre eux' se rendit auprès du gouverneur pour solliciter la permission de lui présenter le calumet, en lui remettant la prisonnière. Saint-Denys , qui parlait leur langue ,
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répondit qu'il en recevrait jusqu'à dix , s'ils Voulaient lui amener la captive. Ils retournèrent pour rendre compte de leur mission aux Natchez. Enragés d'avoir manqué leur coup, ils tournèrent leur fureur contre leur malheureuse prisonnière, en la faisant brûler à la vue du fort. Espérant obliger la garnison à se rendre en lui coupant les vivres , les Indiens se fortifièrent dans la plaine , en creusant une espèce de retranchement. Saint-Denys fit tirer, de te m s en teins , quelques coups de canon, pendant qu'il faisait prier le grand chef des JYatchitoches de lui envoyer quarante de ses plus braves guerriers. Ils furent introduits dans le fort pendant la nuit , et reçurent des armes. Le lendemain, à la pointe du jour, le commandant sortit avec ses troupes , tomba sur les Natchez le sabre en main. Il en prit soixante les autres s'enfuirent. Saint-Denys rentra victorieux dans le fort , sans avoir perdu un seul homme. Après cette défaite, les Natchez se trouvèrent réduits à environ 100 guerriers.
x^Zi.Complot des esclaves. Acette époque, les Chicachas qui comptaient mille guerriers , encourageaient les noirs esclaves à se révolter et à se mettre sous leur protection. Ceux-ci, espérant retrouver leur liberté, formèrent le projet de massacrer leurs maîtres dans la nuit, et, en s'emparant de leurs armes, détruire la garnison. Ils expédièrent un messager à la Nouvelle-Orléans pour engager ceux de leur caste à coopérer à cette conjuration. Le commandant-général en étant averti par une négresse domestique , appartenant à M. Brosset, chirurgien de la ville , fit arrêter les principaux, chefs , quatre hommes et une femme , et les condamna à mort : les premiers furent rompus vifs ; la dernière fut pendue.
Les Chicachas , trompés dans leur attente , cherchaient à gagner les Illinois , les Arkansas et les Chactas , mais tous refusèrent de se liguer avec eux. Les premiers livrèrent à M. Perrier, trois messagers des ennemis, qui furent brûlés par les Chactas à la Nouvelle-Orléans.
Le commandant, craignant l'influence des Indiens sur l'esprit des esclaves , imagina un moyen de les rendre ennemis pour toujours. Il fit comparaître devant lui la plupart de ces derniers qu'il accusa d'être ligués avec les premiers, pour exterminer les Français. Les esclaves se déclarèrent innocents , et offrirent même de s'armer pour détruire les Indiens. Le général, profitant de cette offre, leur fit donner des armes, en les engageant à attaquer la petite nation des Chaouchas , en épargnant les femmes. Les noirs marchèrent contre ces In-
diens, arrivèrent à leur village, en tuèrent sept ou huit; les autres se trouvaient à la chasse. Cet assassinat excita une haine mortelle entre les Indiens et les noirs.
1731, 22 janv. La Louisiane rentre dans les domaines du roi. Les hostilités des Natehez et les fréquents changements de situation firent perdre aux colons leur tems et le fruit de leurs travaux. La compagnie , déçue dans ses espérances , abandonna son privilège et rétrocéda la Louisiane au roi , à condition d'accorder aux négociants français la permission d'y faire le commerce. En vertu des lettres-patentes du 10 avril suivant, M. de Salmon^ commissaire-ordonnateur, prit possession du pays au nom de Sa Majesté. M. Perrier en fut nommé gouverneur. Il fut relevé, en 1733, par M. de Bienville, chargé de poursuivre la guerre contre les Chicachas (1).
À cette époque , la population de la province était composée d'environ 5, 000 blancs et plus de 20,000 noirs esclaves. Quelques mois après l'arrivée du nouveau commandant , les
encore d'être attaqués par les Français, abandonnèrent leur établissement sur la rivière Noire pour s'établir plus haut, dans le pays des Chicachas, qui les reçurent comme frères. Les Chicachas étaient le peuple le plus brave de la Louisiane et le plus redoutable à cause de ses liaisons avec les Anglais. M. de Bienville, informé de cette migration , demanda la reddition des Natehez comme ennemis de sa nation , mais les Chicachas refusèrent de les rendre, sous prétexte qu'ils formaient une partie de leur peuple. Le général résolut alors d'aller les chercher lui-même , et commença des préparatifs qui durèrent plus de deux ans.
Pendant cet intervalle , le commandant fit partir pour les Illinois , cinq bateaux chargés de poudre et de marchandises, sous la conduite du capitaine Le Blanc > qui , attaqué sur la route, débarqua ses poudres à Ârkansas, et poursuivit son chemin. Etant arrivé à sa destination, il expédia un bateau pour chercher ses poudres. Il fut attaqué , et ceux qui s'y trouvaient furent massacrés, excepté duTisné, lieutenant, qui le commandait, et M. de Rosalie j fils naturel de M. de La Loire.
M. d'Artaguette , qui commandait aux Illinois , reçut l'ordre du commandant -général d'assembler toutes les forces
(1) Charleveix, Nouvelle-France, t. II, Uv. 2a. M. Martin place cet acte en 17S2.
DE l'àMÉRÏÔTO. ni
disponibles , troupes, habitants, Français et Illinois, et de se
rendre le 10 mai de Tannée suivante, 1736, au pays des Chicachas, où il devait le joindre avec ses troupes pour attaquer ce peuple. En même tems , il se rendit par mer au fort de la Mobile, pour engager le grand chef des Chaetas à le seconder, lui promettant des marchandises pour ce service. M. de Bien ville, revenant à la Nouvelle -Orléans, y fit embarquer ses troupes , composées de Français, de milices bourgeoises et de nègres esclaves. . Il se rendit au rendez-vous général , au fort de Ja Mobile. Le 10 mars, toutes les forces s'y trouvaient réunies. Le ier avril, partit l'expédition composée de plus de trente pirogues et de trente bateaux qui remontèrent la rivière, à la nie. Elle débarqua le 19 pour passer la nuit, et le 20, elle arriva kTonibecbéej où l'on [s'occupait à construire un fort et une cabane pour servir d'entrepôt à l'armée jusqu'à ce que les travaux fussent achevés. Elle campa dans une belle plaine. Le chef des Chaetas y vint pour présenter le calumet au général , lui offrir ses guerriers et recevoir ses marchandises. Le commandant trouva dans le fort quatre soldats accusés d'avoir formé le projet de passer aux Chicachas, après avoir tué le commandant et le garde-magasin , et enlevé du Tisné et de Rosalie qui s'étaient échappés des ennemis. Ces conjurés, un Français, deux Suisses et un sergent furent jugés et condamnés à passer par les armes.
Le 4 mai > l'armée se rembarqua , et remontant le fleuve , passa par un affluent nommé Tibia, qui présente avec le principal courant la forme d'un Y. Le 24, elle arriva à un endroit où elle débarqua. On dressa des tentes, et on construisit un fort de palissades, et un hangar pour protéger les marchandises. Le général y laissa les malades et quelques soldats , et marcha sur deux colonnes à travers le bois, vers le village des Chicachas, situé à sept lieues de ce poste. Les Chaetas, au nombre de douze cents, commandés par leur grand chef , protégeaient les ailes. Le jour suivant, on traversa une rivière, ensuite un petit bois et une belle plaine au bout de laquelle s'apercevaient le fort et le village ennemis situés sur une éminence. L'armée s'avança en bataillons carrés à travers une prairie et fît halte. Le général ordonna de former un gros détachement pour enlever le fort où se trouvait arboré le pavillon anglais. On marcha par bataillons ; on traversa un ruisseau qui coulait au pied de la colline, et ayant gagné le haut , on mit le feu à quelques cabanes. On commença alors l'attaque, le 26 mai. Les Chicachas, ren-
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fermés dans leur fort, se défendirent courageusement. Ce fort était entouré de palissades de plus d'une brasse d'épaisseur et couvert de gros madriers chargés de terre qui rendaient la grenade inutile. Les Français étaient accables d'une grêle de balles de fusil ; plusieurs officiers et soldats furent blessés sans avoir fait la moindre brèche. Le général fit battre la retraite. Dans cette attaque, qui dura trois heures et demie , trente-deux soldats ou bourgeois furent tués et environ soixante blessés. Les corps des premiers restèrent sur le champ de bataille. Le commandant fut obligé de se retrancher et de palissader son camp. Sur ces entrefaites, quelques habitants d'un autre village vinrent pour lui présenter le calumet et une lettre. Ils furent chargés par les troupes, et quatre furent tués. Trouvant les cadavres des Français sur le champ de bataille, ces barbares les coupèrent par quartiers pour les exposer sur leurs palissades.
Le corps d'Artaguette n'arrivant pas , le général fit sa retraite, se rembarqua et regagna Tibia. Il y apprit , par un sergent qui avait été esclave chez les Chicachas , et mis en liberté par son maître, que d'Artaguette était arrivé chez ces peuples, le 9 mai, avec quinze cents hommes et avait campé jusqu'au 20, à la vue de l'ennemi , sans avoir eu aucune nouvelle du général ; que ces Indiens auxiliaires voulant attaquer ou retourner chez eux , il s'était décidé à livrer la bataille ; qu'après avoir pris deux villages, il avait reçu deux blessures , ce qui effraya les Indiens qui l'abandonnèrent avec un jésuite et quarante-huit soldats ; que d'Artaguette fut forcé de se rendre, et conduit au village des ennemis. Il y fut gardé prisonnier avec le reste de sa troupe jusqu'à ce qu'on apprit que les Français s'étaient retirés sur leurs terres. Alors, ces barbares conduisirent leurs prisonniers dans une plaine où ils furent attachés quatre à quatre à des poteaux et brûlés à petit feu.
1736. Nouvelle expédition contre les Chicachas. Le commandant ayant pris la résolution de venger la mort de ses compatriotes, écrivit à la Cour pour demander des secours. En conséquence, elle expédia trois vaisseaux commandés par le chevalier de Kerloret, du chevalier de Noailles, sous ses ordres , ayant à bord quelques troupes de la marine. M. de Beauharnais (1), gouverneur du Canada, reçut l'ordre de fournir des secours.
(1) Beau-père de l'impératrice Joséphine.
DE 1/àMÉRIQUE.
En même tems, le commandant fît partir un fort détachement pour la rivière Saint-François, où il construisit un fort.
Au mois de mai 1739, l'escadre arriva derant la Nouvelle- Orléans ; et bientôt après, un convoi fut expédié pour ce fort, par le Mississipi , sous la conduite de M. de Noyan. Le commandant s'y rendit lui-même vers la fin de juin. Laissant un petit détachement, il se rembarqua et remonta jusqu'à la petite rivière de Margot où il débarqua , et fit construire un fort nommé fort de l'Assomption * à cause du jour de débarquement. Il y reçut un renfort considérable des provinces supérieures, et un grand nombre d'Iroquois, de Hurons et autres indigènes se réunirent à lui.
Les troupes demeurèrent dans ce poste , depuis le mois d'août jusqu'au mois de mars de l'année suivante, sans rien faire. Les provisions manquaient ; on fut obligé de manger les chevaux. Une maladie éclata dans le camp et enleva beaucoup de monde. La plupart de ceux qui restaient n'étaient pas en état de marcher; il était à craindre que les alliés seuls, remportant la victoire, n'en profitassent à leur avantage. Dans ces circonstances, le commandant résolut d'engager les Chicacbas à faire la paix. Il envoya, vers la fin de mars, le capitaine Celeron > avec les trente cadets de Québec qu'il commandait, et les Indiens de ce pays : lorsqu'ils furent arrivés en vue du fort, l'ennemi croyant que c'était l'avant-earde, baissa pavillon et demanda la paix , déclarant qu'ils n avaient pas de Français chez eux, mais seulement deux Anglais. Ils invitèrent le capitaine à envoyer quelqu'un pour vérifier ce fait. Le lieutenant Saint- Laurent fut chargé de cette commission. Après quelques délibérations, les chefs vinrent à sa rencontre en chantant et dansant poar présenter le calumet : après quoi, ils l'accompagnèrent chez Celeron avec les mêmes cérémonies, et déclarèrent qu'à l'avenir ils regarderaient les Français comme leurs frères. Une députation nombreuse se rendit au camp du général pour y faire la même déclaration, et lui remettre les deux Anglais qu'ils avaient faits esclaves. Cet arrangement eut lieu au mois d'avril 1740. Bientôt après, le général congédia les auxiliaires, en leur donnant des marchandises. 11 rasa le fort de l'Assomption, et se rembarquant avec ses troupes, il arriva à la capitale, après une absence de dix mois. Le fort Saint-Vincent, n'étant plus utile, fut aussi détruit.
Malgré cette paix, les Natchez, qui menaient une vie vagabonde dans le pays de Chicachas, attaquèrent, deux mois
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après , on bateau de la Nouvelle-Orléans , près des Illinois, et tuèrent tous ceux qui s'y trouvaient, à l'exception d'une jeune fille de quinze à seize ans qui avait quitté le couvent des Ursulines à la Nouvelle-Orléans pour aller chez sa sœur, femme du garde-magasin au port des Illinois. Ayant échappé à ces sauvages, elle se glissa dans les hois , et fit le reste de la route par terre, n'ayant que des herbes pour toute nourriture (i).
Une petite colonie française se fixa dans un endroit appelé Vincmnes , sur le bord oriental de la Wabash , dans l'Etat aetuel d'Indiana. Latit. 38° 4*', long. io° 35' ouest de Washington (2).
La même année, les Français établirent le fort de Tbwthecbée (3), à 140 lieues au-dessus du fort Louis, afin d'arrêter les incursions des Anglais du côté des Chicachas.
1742. Jean Howard Sallé et d'autres personnes furent envoyés, par le gouvernement de Virginie, pour examiner le* parties occidentales de la Louisiane, et ils s'avancèrent jusqu'à la Nouvelle-Orléans par l'Ohio et le Mississipi. A leur retour, ils présentèrent un rapport à la chambre de commerce, d'après lequel ils certifièrent qu'ils avaient vu plus de bonnes terres sur les bords de ce fleuve et de plusieurs de ses grands affluents, qu'il n'y en avait dans toutes les colonies anglaises, aussi loin qu'elles fussent habitées.
i749*5o. Les Français du Canada avaient défendu une grande partie de la vallée de l'Ohio par une ligne de forts et forcé les Anglais à se retirer. Ils avaient même envoyé un corps de troupes par le canal de TOhio, pour secourir leurs frères de la Louisiane, alors menacés par les Indiens.
Le gouvernement anglais, jaloux de s emparer d'une communication si importante , accorda six cent mille acres de terre sur les bords de l'Ohio, à une compagnie dont l'établissement éprouva de l'opposition de la part des Français.
Le marquis de La Jonquitre, gouverneur de la Nouvelle-France, réclama ce pays comme appartenant au territoire de son souverain, et écrivit à ce sujet aux gouverneurs des provinces de New- York et de Pensylvanie pour donner
(i)Charlevoix, t. II, ch. aa. Mémoires sur la Louisiane, par M. Dumont, a vol in-ia. Paris, 1753.
(a)Populationen i83o, i,5oo individus.
(3) Nommé par du Pratz, Tombecbce, actuellement Timbigbee.
avis qu'il était de son devoir de faire arrêter les arpenteurs et les trafiquants, et confisquer les marchandises de ces derniers.
Le 3o septembre , par un e'dit du Conseil du roi , il fut décidé d'entretenir huit cent cinquante soldats pour le service de la Louisiane. L'année suivante (le 17 avril), un vais seau du roi arriva, ayant à bord deux cents hommes pour compléter ce nombre, ainsi que soixante filles pauvres pour être mariées avec des soldats dont la bonne conduite fut récompensée par la retraite du service militaire. On leur accorda quelques acres de terre, une vache, un veau , un coq et des poules , une petite quantité de grains pour semer, un fusil, une demi-livre de poudre et deux livres de plomb par mois et des provisions pour l'espace de trois ans (1).
En 1752, les forces françaises dans la Louisiane consistaient en 37 compagnies de 5o hommes chacune , et en deux compagnies suisses de *j5 hommes. Elles étaient distribuées ainsi qu'il suit : garnison de la Nouvelle-Orléans , 975 hommes ; de la Mobile, ; des Illinois , 3oo ; d'Arkansas, 5o ; de Natchez, 5o ; de Natchitocbes , 5o; de la Pointe-Coupée , 5o ; de la plantation des Allemands , 5o 5 en tout , 2,000 (2).
En 1754* le baron de Porneuf, officier canadien qui commandait au fort Français au pays des Missouris, avait formé le dessein d'aller à la découverte de la partie de l'ouest de la Louisiane , en remontant le Mississipi et la rivière des Missouris dont les sources étaient inconnues ; mais la guerre qui s'éleva à l'occasion des limites de ce continent entre l'Angleterre et la France , mit obstacle à l'exécution de son projet (3).
1759. Marigni de Mandeville officier de distinction, parcourut , à ses frais, le pays inconnu et situé vers l'île de Barataria : il travailla en même tems à une carte générale de la colonie (4).
En 1 759, les finances de la colonie se trouvèrent dans un grand désordre par suite de la cessation du paiement des traites affectées aux dépenses publiques pour lesquelles on
(1) Bossu, Nouveau Voyages aux Indes occidentales, t. I, p. a3. Paris, 1768.
(2) Lettre de M. de Vaudrcuil, gouverneur du Canada , adressée à la Cour de France.
(3) Bossu, Nouveau Voyage, t. II, p. n3.
(4) Bossu, Nouveau Voyage aux îles occidentales, t. H, p. i5i.'
n'avait reçu aucune ordonnance. Ces traites, montant à sept millions de livres , avaient été tirées par le gouverneur Kerlerac.
1762. Le 3 novembre , cession de la Louisiane par la France à la Cour d'Espagne. Le cabinet de Versailles, craignant que la perte de ses possessions du Canada n'entraînât celle de la Louisiane , cède , par un acte particulier, ce dernier pays situé à l'ouest du Mississipi, en y comprenant la ville et lile de la Nouvelle-Orléans , à Sa Majesté catholique , comme une indemnité pour les dépenses qu elle avait supportées pendant la guerre» Cet acte est signé le 3 novembre 1^62, et accepté par un autre acte passé à l'Escurial , le 1 3e jour du même mois. La cession de la Louisiane fut rendue pu* blique par une lettre du 2 1 avril 1 764 5 adressée par Louis XV àd'Ahhadie, directeur-général et commandant, qui remit cette province à Sa Majesté catholique.
1763. 10 février. Par la paix de Paris, les limites entre les possessions de la France et de l'Angleterre furent irrévocablement fixées par une ligne suivant le milieu du Mississipi , depuis sa source jusqu'à Ibcrville , et le long de ce canal et des lacs Maurepas et Pontchartrain jusqu'à la mer. La rivière et le port de Mobile avec tout ce que la France possédait ou devait posséder du côté gauche du Mississipi , excepté l'île et la ville de la Nouvelle-Orléans, furent aussi garantis à l'Angleterre, moyennant que la navigation de ce fleuve serait commune aux deux nations. (Art. 7.)
La Havane , que les Anglais avaient prise , est restituée à l'Espagne , qui de son côté, cède et garantit à l'Angleterre les Florides , le fort d'Augusta , la baie de Pensacola et toutes les possessions à l'est ou au sud-est du Mississipi , de telle manière que l'empire britannique s'étend de l'embouchure de cette rivière jusqu'à la baie d'Hudson.
1764. Fondation de la ville de Saint-Louis (1) dans la haute Louisiane , sur la rive droite du Mississipi , par Pierre Laclade et autres individus. Les principaux habitants étaient Canadiens. Latit. 38° 36' nord , long. i3° i4' ouest de Washington. Elle est située à la distance de dix-huit milles audessous du confluent du Missouri et du Mississipi, et environ
(1) Cette ville, nommée actuellement cité, se trouve dans l'État du Missouri , dont elle est la capitale. D'après le recensement de i83o , clic renfermait une population de 6,69} habitants, dont 1 ,668 esclaves et 287 gens de couleur libres.
DE L'AMÉRIQOE. ,27
à deux cents milles au-dessus de celui de ce fleure et de l'Ohio.
1766-68. Le io juillet 1766, don Antonio de Ulloa adressa une lettre de la Havane au conseil supérieur de la Louisiane, pour Pavertir de sa nomination comme gouverneur de cette province. Dans l'automne suivant , il entra dans le Mississipi avec une frégate de vingt canons , ayant à bord quatre-vingts hommes de troupes, pour prendre possession de la colonie au nom de son roi Charles III. Il débarqua à la Nouvelle-Orléans avec des capucins espagnols et des employés de l'administration. Voyant les habitants très-disposés à demeurer sous la domination française, et trouvant aussi que les dépenses du gouvernement excédaient les revenus, il écrivit à sa Cour pour l'en avertir. En même tems, il employa ses hommes, sous les ordres de M. Pumas, à construire des forts ( 1 ), et resta dans le pays pendant deux ans sans en prendre possession d'une manière définitive et sans exiger le serment de fidélité des habitants.
Les colons avaient envoyé Jean Milhet en France en 1765, pourprésenter au roi une pétition contre la cession de la colonie, et il revint pour annoncer le mauvais succès de sa mission. Alors tous les premiers planteurs se formèrent en assemblée et rédigèrent une lettre qu'ils adressèrent au conseil supérieur pour l'engager à faire retirer du pays don Ulloa , ses officiers et ses troupes, comme perturbateurs de la paix de la province. Cette demande fut appuyée par cinq cent cinquante habitants, parmi lesquels se trouvait l'ordonnateur Foucault. Mais Aubry, qui avait sous ses ordres six compagnies de troupes , s'opposait à cette demande. Alors le conseil demanda à don Ulloa qu'il montrât ses pouvoirs afin de les faire enregistrer et de les publier ; et, à défaut, de quitter la province dans un mois à dater de ce jour. En même tems, environ six cents colons de la ville de la Nouvelle-Orléans et de la cote allemande s'enrôlèrent pour appuyer cette demande. Ulloa, informé de cette circonstance, se décida à partir, et profitant d'un vaisseau espagnol qui venait d'arriver, il s'embarqua pour la Havane et ensuite pour Cadix où il arriva après une traversée de quarante jours (2).
(1} Piernas fit établir cinq forls, savoir : un sur la rive gauche du Mississipi , un peu au-dessous du bayo Manchac ; deux autres sur la rive opposée, près des Natchez, et autant sur la rive gauche de la rivière Rouge.
(a) Don Ulloa, célèbre amiral et mathématicien, avait accompagné
iaft CHRONÔIjOCOT; HISTORIQUE
Peu de iems après soit départ , des députes de toutes- les paroisses s'assemblèrent à la Nouvelle-Orléans, afin de concerter des moyens pour empêcher l'exécution du traité de cession. M. Saint - Lette, négociant de Natchitoches , et M. Lessasier* membre du conseil supérieur, furent chargés de porter en France les réclamations de la colonie. Ils s'embarquèrent ; mais pendant leur traversée, qui dura trois mois, le roi d'Espagne s'était concerté avec le gouvernement français pour maintenir le traité, et avait préparé une expédition espagnole assez forte pour mettre fin à toute opposition de la part des colons.
1 766. À cette époque, la population de la Louisiane montait , d'après le dénombrement officiel , à 1 1 ,496 individus , dont 5,g4o esclaves.
Le 6 septembre, d'après un édit du roi publié par don Ulloa, à la Nouvelle-Orléans, le commerce de la Louisiane s'étendait seulement à six ports de la Péninsule, et ne pouvait se faire que par des navires espagnols et commandés par des sujets de la même nation.
1 768. Le 23 mars, par un autre édit publié par le même gouverneur, le commerce de la province fut exempté de droits à l'égard des marchandises étrangères ou espagnoles, mais une taxe de quatre pour cent mt imposée sur l'exportation de l'argent et des produits du pays.
1769. Nouvelle expédition espagnole pour prendre possession de la Louisiane. Cette expédition était composée d'une frégate et de vingt-huit bâtiments de transport , ayant à bord quatre mille cinq cents hommes de troupes régulières, un bon train d'artillerie et beaucoup de provisions et de munitions. Elle arriva à la Balize, le a3 juillet , et le lendemain, le commandant de ces forces , don Alexan dre O'Reilly, lieutenant-général des armées espagnoles, écrivit à M. Aubry pour l'informer dô sa nomination comme capitaine-général de la Louisiane, avec pouvoir d'établir la forme de gouvernement qui pourrait le mieux Punir à la mère-patrie et assurer le bonheur des colons ; que si ces derniers s'opposaient à son autorité, il emploierait tous moyens en son pouvoir pour exécuter ses instructions.
La Condamine et d'autres savants, pour déterminer la figure de la terre sous l'étfuateur.
Pendant son séjour à la Nouvelle-Orléans, il se maria, à l?âge de cinquante-et-un ans, avec la marquise d'Abrado, du Pérou, Il est mort à Cadix, en 1795, à l'âge de 80 ans.
M. Aubry se hâta de communiquer cette nouvelle au Conseil de la Nouvelle-Orléans, qui en convoqua une assemblée des habitants.
M. de La Frenière y prononça un discours dont nous donnons ici quelques fragments :
« Nous sommes arrivés à un moment de crise où il faut agir avec vigueur. Dans les grands maux, il faut souvent remédier par des mesures désespérées. Eh! quel plus grand malheur pouvons-nous éprouver que celui de n'être plus Français ! QuelJe honte d'être vendus en esclaves à une nation étrangère dont nous ne connaissons pas la langue. Nos propriétés, c'est peu... mais notre vie, notre honneur se seront soumis à des lois que nous ignorons! N'en doutez pas, nous finirons par nous trouver étrangers sur le sol même de la patrie. Nos moeurs, nos manières, notre caractère, tout en nous est différent de l'Espagnol. Oui, dis- je, les Espagnols nous repoussent comme n'étant pas de leur sang , et les Français nous rejettent comme n'étant plus leurs frères ; alors, nous serons placés dans une situation vraiment unique. Dans le monde, nous serons des hommes qui n'appartiendront à aucune nation. Evitons , croyez-moi , le sort funeste qui nous attend. Courons aux armes, s'il le faut, et quoique peu nombreux , nous pourrons encore intimider ceux qui veulent devenir nos seigneurs et maîtres. Suivons le noble exemple du peuple de la Bourgogne, lorsque François Ier, que la fortune abandonna aux plaines de Pavie, consentit à acheter sa liberté au prix d'une des plus belles provinces de la France, la noblesse de la Bourgogne répondit d'une voix unanime à Lannoy qui yint pour prendre possession de leur territoire au nom du roi d'Espagne : Le sol français est inaliénable ; par conséquent , )e roi ne peut pas nous transférer à une puissance étrangère. Français par la naissance et par le cœur, nous saurons vivre et mourir Français ; mais si le roi persiste à nous abandonner, venez nous prendre, vous aurez du fer pour vous exercer à la fatigue, et du sang pour vous désaltérer. Messieurs, prenons une attitude aussi ferme, et Louis XV, qui ainsi que François Ier, a été obligé d'acheter la paix par de grands sacrifices, sera bien aise d'avoir un prétexte pour rompre un traité déshonorant. Cependant , si la France , perdant tout sentiment de sa dignité, repoussait en marâtre des enfants dévoués, ne soyons ni Français, ni Espagnols, ni Anglais ; mais soyons Loutsianais , soyons Américains. Un cri de liberté s'est fait entendre sur le continent que nous habitons. t. xvii. 9
l3o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Au moment où je vous parle, le sang coule peut-être chez nos voisins de la Virginie et de la Caroline. Ils ont jure de fouler aux pieds l'oppression anglaise qui les fatigue depuis long-tems. Ils ont jure de briser le joug européen; et sans doute, l'événement justifiera leur généreux courage. J'implorais leur secours ; invoquons, s'il le faut, l'assistance des Indiens , ces premiers habitants du sol de la Louisiane. Sans doute, ils nous seront fidèles, car ils ont entendu parler des mines du Pérou et des bûchers de l'Inquisition. Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que les vastes prairies de la Louisiane, où la pensée s'étend avec l'horizon , ne recevront jamais aucune institution gothique , et encore moins l'esclavage féodal. Non, osons, et n'oublions pas que la fortune seconde souvent l'audace ( i ). »
Une commission de trois membres (2) fut nommée pour prévenir le nouveau gouverneur que les colons avaient pris la résolution d'abandonner la Louisiane, et demandaient comme une faveur qu'il leur accordât deux ans pour faire les préparatifs nécessaires.
O'Reilly accueillit les députés avec beaucoup de bonté, en leur promettant de consulter leurs intérêts et d'oublier tout ce qui s'était passé depuis l'arrivée de son prédécesseur. Ces députés revinrent à la Nouvelle-Orléans, le Ier août, et firent connaître publiquement les promesses du gouverneur. Un nombre considérable de planteurs des côtes allemandes et acadiennes, commandés par M. Filière j, avaient pris les armes et arrivèrent à la ville, mais les députés réussirent à les calmer, et ils retournèrent chez eux.
L'expédition remonta le Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans où elle arriva , le 16, et deux jours après , les troupes furent débarquées. O'Reilly les conduisit à la place publique, au milieu de la ville, où il fut accueilli par Aubry, à la tête de ses troupes. On arbora le pavillon espagnol. Les soldats des deux nations se rendirent dans l'église où on chanta le Te Deum y et après ces cérémonies , les soldats se saluèrent réciproquement par un feu de mousqueterie. Alors le nouveau gouverneur se trouva en paisible possession de la colonie qui était restée sous le gouvernement de France pendant soixante-
(1) Essai historique sur la Louisiane, par Charles Gayaré, t. I, ch. 8, d'après l'ouvrage de M. Martin.
(a) M. Granclmaison, major \ La Frenière, avocat-général, etMazent, planteur.
DE i/AMÉRÎQUE.
dix ans, depuis l'arrivée d'Iberville, en qualité de commandant.
Vers la fin d'août, O'Reilly commença son administration, et malgré ses promesses, il publia une ordonnance pour empêcher tout commerce, excepté avec l'Espagne et ses îles ; il chassa les protestants anglais et les juifs. Il fit arrêter et mettre en prison plusieurs membres du dernier gouvernement, accusés d'avoir exciter à la révolte contre le Roi et l'Etat. Parmi eux, on cite Foucault, commissaire-général et ordonnateur, de Noyant et Boisblanc , membres du conseil supérieur, La Frenière, avocat-général, Braud, l'imprimeur du gouvernement , Marquis et de Noyant, officiers, Doucet , avocat , Tillère, Mazentet Petit, planteurs ; Jean et Joseph Milhet, Caresse et Poupet, négociants.
Les prisonniers furent traduits devant les assesseurs, et invités à se défendre. La poursuite était fondée sur le statut (i) d'Alphonse , qui punit de mort et de confiscation des biens tout sujet coupable d'insurrection contre le Roi et l'Etat, ou qui a pris les armes sous prétexte de défendre sa liberté et ses droits. Foucault ayant montré qu'il n'avait rien fait, excepté dans sa qualité de commissaire dû roi auquel il devait seul compte de sa conduite, fut acquitté, mais il fut néanmoins transporté en France. Braud, accusé d'avoir imprimé les pétitions adressées par les planteurs et négociants au conseil supérieur, produisit l'ordre de l'ordonnateur à cet effet , et fut acquitté. Villère fut aussitôt après son arrestation conduit à bora d'une frégate en rade devant la ville. Sa femme, petite-fille de La Chaise, l'ancien commissaire-général, se rendit à bord d'une barque pour le voir, mais ne put en obtenir la permission. Ayant entendu sa voix, il insista pour la voir : une lutte s'ensuivit dans laquelle il tomba percé par les baïonnettes de ses gardes. Cinq des autres prisonniers , de Noyant, La Frenière, Marquis , Joseph Milhet et Caresse furent condamnés à être pendus et leurs biens confisqués. Plusieurs des habitants supplièrent O'Reilly de suspendre l'exécution de ce jugement jusqu'à ce que l'on put implorer la clémence du roi , mais tout ce que 1 on en obtint fut que les condamnés seraient fusillés au lieu d'être pendus; et le 28 septembre, ils subirent leur sort en face des barraques. Quelques semaines après, les six prisonniers qui restaient furent jugés. Boisblanc fut condamné à l'emprisonnement perpétuel , et les autres
(1) Première loi du 7e titre du i«r partido*
ï32 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Ïx>ur an certain nombre d'années ; tous furent conduits à a Havane et renfermés au château de Moro.
Le 21 novembre, O'Reilly abolit le conseil supérieur et établit un cabildo composé de six regidors perpétuels, deux alcades ordinaires, un avocat-général et un syndic. Les offices des premiers devaient s'acheter avec la faculté de les transmettre.
Le cabildo tint sa première session le 1 1 décembre, sous la présidence d'O'Reilly ; mais les fonctions du gouverneur furent remplies par le colonel don Louis de Unsago FamésugOj nommé pour lui succéder. En même tems, le premier fit de nouvelles ordonnances pour la colonie, suivant la loi de Castille et des Indes. Les officiers publics devaient parler et écrire l'espagnol dans les actes judiciaires et nationaux sans exception.
1769. A cette époque, la population de la province montait à 1 3,538 individus; celle de la Nouvelle - Orléans à 3,190, dont 1.902 personnes libres, i,225 esclaves et 63 Indiens. Parmi les libres se trouvaient 3i noirs et 68 gens de couleur ou métis (1).
1770. Le 8 janvier, il annonça <jue le gouverneur seul avait le droit de disposer des terres inoccupées , et , le 8 février, il publia à cet effet une ordonnance accordant à chaque famille qui s'établirait dans la colonie , un terrain sur les bords du Mississipi , de six à huit arpents de face sur quarante de profondeur.
Le 22 février, il assigna un revenu à la ville de la Nouvelle- Orléans , consistant : i° en taxe annuelle de 4<> dollars sur chaque taverne, billard et café ; 20 de 20 dollars sur chaque pension bourgeoise ; 3° d'un dollar sur chaque baril d'eaude-vie ; 4° de 370 dollars sur les viandes de boucheries dont le prix ne devait jamais varier ; 5° de 6 dollars sur chaque navire de deux cents tonneaux et au-dessus , et la moitié de cette somme sur les plus petits pour couvrir les dépenses des réparations de la levée.
Il mit ensuite en vigueur le Code noir établi dans la province par Louis XV, lequel permet que les Indiens faits prisonniers par les Indiens, fussent achetés par les colons , quoique les lois d'Espagne défendissent qu'ils fussent réduits en esclavage. Aucun étranger ne pouvait entrer dans
(1) Martins' Louisiana, vol. II, ch. 1.
DE i/ÀMÉRIQUE.
la province sans être muni d'un passeport. Aucun article ne pouvait être acheté des personnes naviguant sur le Mississipi ou sur les lacs, excepté des volailles et autres provisions pour les bateaux qui devaient se rendre sur les bords du fleuve, pour de l'argent comptant. L'amende , en cas de contravention, était de 100 dollars avec la confiscation des objets dont un tiers revenait au dénonciateur. Plusieurs des négociants de la Nouvelle-Orléans s'étant réfugiés à Saint-Domingue, O'Reilly empêcha cette émigration en refusant des passeports pour cet objet (i).
O'Reilly se trouvant sans considération et entouré d'ennemis, s'embarqua pour l'Espagne, laissant douze cents hommes chargés du service de la province. A son débarquement à Cadix , il reçut la défense de paraître à la Cour de Charles III.
A son arrivée à Paris, Foucault, déporté de la Nouvelle- Orléans, fut confiné à la Bastille , où il resta dix-huit mois : il fut ensuite envoyé à l'île Bourbon en qualité de commissaire-çénéral. La Cour de France ayant intercédé en faveur des prisonniers du château de Moro, ils furent mis en liberté et ils s'établirent au cap Français de Saint-Domingue.
Le navire dans lequel Aubry et plusieurs colons s'embarquèrent à la Nouvelle-Orléans pour quitter la Louisiane, fit naufrage sur la cote de France, et tous périrent, excepté le capitaine, le médecin, un sergent et deux matelots.
Un autre navire qui fit voile de la Balize pour le cap Français périt, et jamais l'on n'en entendit parler. Il y avait à bord Desclozeaux, Amelot , ingénieur, Garderat , major d'infanterie, et plusieurs autres officiers, la veuve de Carlier, ancien contrôleur de la marine , et les deux filles de cette dame. Desclozeaux avait été chargé du rachat des billets de crédit par le gouvernement français.
1772. Le marquis de la Torre est nommé capitaine-général de Vile de Cuba et de la province de la Louisiane. Le colonel Estecheria arrive pour prendre le commandement du régiment de cette province. La plupart des soldats qui restaient à la Nouvelle-Orléans après le départ d'O'Reilly furent envoyés à la Havane.
Cette année, un ouragan affreux qui commença le 3i août, et dura trois jours, dévasta tout le pays jusqu'à la distance de
(1) Mémoire des habitants et des négociants de la Louisiane sur cet événement, et placet des habitants et négociants au roi. Etat présent de la Louisiane , par le colonel chevalier de Champigny. A La Haye,
l34 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
trente milles de la mer. Les arbres furent brisés ou déracinés, les îles furent inondées. Les navires qui se trouvaient à la Balize furent chassés dans les marais : une goélette espagnole sombra , et tout l'équipage périt. Une autre, appartenant au gouvernement anglais, et ayant à bord un détachement du 16e régiment, fut emportée jusqu'à Yîle des Chats, laquelle fut bientôt après couverte d'eau. A la Mobile , les rues se trouvèrent remplies de navires, bateaux et troncs d'arbres. Une chose digne de remarque , c'est que les mûriers produisirent du fruit nouveau un mois après cet ouragan.
L'hiver suivant fut si rude, que les orangers périrent.
Le nouveau gouverneur tâcha d'introduire dans la province l'usage de la, langue espagnole qui fut enseignée par un prêtre et deux assistants , ainsi que par quatre jeunes femmes de la Havane , novices du couvent des Ursulines à la Nouvelle-Orléans.
1773. Le général Lyman> accompagné de plusieurs officiers militaires, se rendit aux Natchez, et forma en district une grande étendue de pays. Pendant les six semaines qui précédèrent le 12 juillet, environ quatre cents familles descendirent de l'Ohio pour s'y établir (1).
1775. Unzaga fut nommé brigadier-général , et en sa qualité de gouverneur, fut aussi chargé des fonctions d'intendant. L année suivante, il fut nommé capitaine-général des Caracas, au grand regret des colons qui avaient été trèscontents de son administration. Il eut pour successeur don Bernard de Galvez, colonel du régiment de la Louisiane , qui commença les fonctions de sa charge le 1" janvier 1777.
La même année, don Diego Joseph Navarroîxxl nommé capitaine-général de l'île de Cuba et de la Louisiane.
Pour encourager le commerce de cette province, le gouvernement permit aux navires venant sur lest , des îles occidentales au Mississipi , de se charger des produits de la Louisiane, sous condition d'en payer la valeur en espèces, en lettres de change ou en esclaves. Les navires louisianais pourraient aussi importer de l'île de Cuba ou deCampêche leurs produits, ainsi que des marchandises européennes. Pour favoriser les agriculteurs , les administrateurs furent autorisés à acheter pour le compte du roi , tout le tabac de la colonie.
1778. Cette année, la population de la Louisiane fut consi-
(1) Holmes American annals, jrear 1773.
durablement augmentée par l'introduction , aux frais du roi, de plusieurs familles des îles Canaries. Elles formèrent trt>is nouveaux établissements, savoir : i° Terre-aux-Bœufs, audessus de la Nouvelle-Orléans; 20 Galveztown, sur les bords de l'Âmite ; 3° Valenzuela, sur le bayou Lafourche. On bâtit une maison pour chaque famille et une église dans chaque établissement. On leur accorda des bœufs , des poules et des instruments pour l'agriculture, ainsi que des provisions des magasins du roi, pendant quatre ans, et des secours pécuniaires.
Par un édit du 4 m*h les propriétaires d'esclaves condamnés à mort , aux travaux perpétuels ou à la transportation, reçurent une indemnité de 200 dollars.
Le 20 avril, les colons ne trouvant pas les moyens de vendre leurs produits , obtinrent la permission du gouverneur de les exporter aux ports de France et des Etats-Unis.
Le 18 octobre , d'après de nouveaux règlements du roi pour la Louisiane, les navires de cette province pourraient commercer avec tous les ports d'Espagne qui étaient ouverts aux navires des Indes ; et l'exportation de fourrures et de pelleteries fut déclarée exempte de droits pendant l'espace de dix ans.
Par un édit du roi , l'introduction dans la province d'un ouvrage de Mercier * intitulé L'an deux, mille quatre cent quarante y fut prohibée et sa lecture défendue. Le gouverneur eut ordre d'en faire saisir tous les exemplaires et de les détraire. Un autre édit condamna, de la même manière, Y Histoire de V Amérique > par le docteur Robertson.
1779. Le 8 mai , le roi d'Espagne ayant déclaré la guerre contre l'Angleterre, Galvez, nommé gouverneur et intendant, se décida, malgré l'opposition du conseil de guerre , d'attaquer les établissements anglais dans la Louisiane. Pour cet objet , il rassembla un corps de quatorze cents hommes, composé de troupes réglées , de gens de couleur, de miliciens et de plusieurs habitants des Etats-Unis. Avec cette force , il marcha vers la fin de l'été, au fort Bute, situé sur le bayou Manchac, et le prit d'assaut, le 7 septembre. De là, il se rendit à celui de Bâton-Rouge qu'il investit, et après deux heures et demie de canonnade, le gouverneur, le colonel Dickson, proposa une capitulation qui fut acceptée le 21 septembre. La garnison fut faite prisonnière , avec les honneurs de la guerre. Elle était composée de plus de quatre cents soldats anglais et d'une centaine de miliciens ; mais la plupart se trou-
l3Ç CHRONOLOGIE HISTORIQUE
▼aient malades et le fort ne pouvait résister à l'attaque de l'ennemi.
Dans cette capitulation furent compris le fort de Panmure à Natchez et deux postes dont l'un était situé sur la rivière Amite, l'autre sur la crique de Thompson. Galvez y laissa des garnisons et revint à la Nouvelle-Orléans où sa victoire fut célébrée dans un poème français (i) qui fut imprimé et distribué aux frais du roi.
Encouragés par les colons anglais, plusieurs tribus indiennes formèrent le projet de détruire tous les villages français des deux côtés du fleuve Mississipi , mais ils furent repoussés par une force américaine sous les ordres du colonel Clark. Ils réussirent cependant à massacrer les habitants d'un petit village près de Saint-Louis, ainsi que ceux de cette ville qui étaient absents. Plus de quatre-vingts personnes en furent victimes (2).
Dans l'automne de l'année 1779, la Louisiane fut encore dévastée par un ouragan, et la petite vérole fit en même tems de grands ravages parmi les habitants de la Nouvelle-Orléans.
1780. Janvier. Galvez fut promu au rang de brigadier, et ayant reçu un renfort de la Havane, il résolut d'attaquer le fort Charlotte, situé sur la rivière Mobile. Il s'embarqua au mois de janvier, et ayant éprouvé une tempête dans le golfe du Mexique, l'un de ses navires fut jeté sur la cote, une partie de ses munitions et provisions fut mouillée, et elles ne purent plus servir pour cette occasion.
U débarqua à la pointe orientale de la rivière de la Mobile, et s'avançant près du fort, le i4 mars, il établit six batteries de canons qui y firent une brèche, et le commandant capitula. Ce fort était le seul qui restait encore aux Anglais sur le Mississipi. Quelques jours après, le général Campbell y arriva de Pensacola avec une force qui aurait pu empêcher la reddition du fort. m
Dans l'automne, l'officier anglais qui commandait à Missilimakinac, vint avec cent quarante soldats et environ quatorze cents Indiens pour attaquer le poste espagnol à Saint- Louis, mais le colonel Clark arriva avec un détachement de Kaskaskia, et le commandant anglais se retira.
1 78 1 . Galvez, étant nommé maréchal-de-camp, commença
(1) Par Julien Poydras.
(a) Breckenridges' Views ofLowsiana. Book II, ch. 5.
de l'Amérique. . , % 137
ensuite l'expédition qui s'empara de Pensacola, le 9 mai 1 781 . L'année suivante, il fut récompensé par la commission de# lieutenant-général des armées du roi et de capitaine-général* des provinces de la Louisiane et des Florides.
1782. Le 24 août, un ouragan ravagea encore une partie de la Louisiane , et les eaux du Mississipi s'élevèrent à une hauteur si grande, qu'elles inondèrent les districts des Atakapas et des Opelousas, à l'exception de quelques parties élevées où quantité de daims s'étaient réfugiés.
Les colons, privés des avantages d'un commerce illicite avec les Anglais, s'adressèrent à don Galvez pour demander au roi de nouveaux privilèges. En conséquence, il fut permis aux navires de la colonie d'y importer, pendant dix ans, des marchandises embarquées aux ports de France où résiderait un consul espagnol , et d'y exporter des pelleteries et des produits de la Louisiane et de la Floride occidentale. En cas de ' nécessité , il fut aussi permis de faire le commerce avec les îles occidentales françaises. L'importation des esclaves fut déclarée libre. Les colons obtinrent la permission d'acheter des navires étrangers qui seraient considérés comme espagnols . L'exportation des douves pour les ports d'Espagne fut libre. Un droit de 6 pour 100 fut imposé sur toutes les marchandises importées ou exportées par les sujets de Sa Majesté, de la Péninsule, de la Louisiane et de la Floride occidentale. On établit des douanes à la Nouvelle-Orléans et à Pensacola.
1 785. Galvez fut nommé capitaine-général de la Louisiane, des Florides et de l'île de Cuba. ,
Lèpre. Plusieurs colons étant atteints de cette maladie, on établit pour eux un hôpital sur un terrain élevé , situé entre la Nouvelle-Orléans et le bayou Saint- Jean.
Dans la même année, la population de la Louisiane et de la Floride occidentale s'élevait à 3a , 1 1 4 individus, dont 1 4,2 1 7 blancs , 1 ,2o3 gens de couleur libres, et 16,594 esclaves.
La Louisiane renfermait 27,584 habitants, sans y comprendre i,o53 individus importés des îles Canaries et de Malaga.
La même année, la population de cette province fut augmentée de plusieurs familles de l'Acadie qui y furent transportées par ordre du roi de France.
Les dépenses du gouvernement de la Louisiane et de la Floride occidentale montaient à 537,285 dollars, ce qui donne par tête 16 dollars 55 cent. A la même époque , les dépenses .
i38 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
publiques de la Caroline du nord n'étaient que d'environ i5 centimes pour chaque habitant (i).
1787. Etablissement de la ville de la Nouvelle-Madrid. . Long.910 47%lat. 36° 34' N. Bon Diego deGuardoqid, ministre d'Espagne auprès des Etats-Unis, avait formé le projet de peupler le pays situé entre les rivières Arkansas et Missouri , par des habitants de Kentncky et de la partie occidentale de la Caroline du nord. Pour cet objet , il accorda une grande étendue de terrain, dans ledit pays, à George Morgan de Pensylvanie , qui jeta , sur la rive droite du Mississipi, les fondements de la ville de New- Madrid (2).
Le général américain TVilkinson proposa au même ministre d'Espagne de faire peupler les paroisses de Féliciana , de Washita et les bords de la rivière Blanche, de plusieurs milliers de citoyens des Etats-Unis , sous condition d'introduire tous les ans, dans le Mexique , une certaine quantité de tabac. Il en chargea une barque qu'il expédia par le Mississipi pour la Nouvelle- Orléans. Il s'y rendit lui-même et obtint la permission de le vendre sans payer aucun droit. Il retourna à Philadelphie, au mois de septembre, et bientôt après son départ, plusieurs autres barques américaines, chargées de tabac et de provisions, arrivèrent au même port où elles
en prison et condamnés aux travaux des mines pour un certain nombre d'années ; mais cette sentence ne fut pas exécutée : la plupart furent bientôt élargis, et on leur restitua leurs propriétés.
1786. Le gouverneur publia plusieurs décrets pour l'amélioration de la société. Il était défendu de travailler les dimanches et jours de fêtes, excepté en cas de nécessité, et avec une licence du vicaire. Les portes et fenêtres des magasins et boutiques devaient être fermées pendant le service divin : les esclaves ne pouvaient danser sur la place publique avant qu'il ne fut terminé. Il était défendu de vivre en concubinage et aux femmes de couleur de faire dépendre leur existence de leur libertinage, sous peine d'être bannies de la province.
(1) Martins' Louisiana, vol. II, ch. 5.
(2) Population en i83o, 2,35o individus. Le lieu sur lequel la Nouvel lo-Madrid est située éprouva des secousses d'un tremblement de terre , une fois tous les quinze jours , depuis décembre 181 1 , jusqu'au mois de février 1812. Ce tremblement se fit sentir jusqu'à Raskaskias, dans l'Etas des Illinois , éloigné de i5o milles.
DE L' AMÉRIQUE. l3g
Elles ne pouvaient porter ni plumes ni bijoux : leur tête devait être coiffée d'un mouchoir, afin de se conformer à la distinction établie entre elles et les femmes blanches. Le duel et le jeu étaient également défendus, ainsi que le port d'armes quelconques. Défense aux noirs de se rassembler la nuit, aux habitants de la cité de la quitter, soitjpar terre ou par eau , sans être munis d'un passeport et sans avoir fourni caution pour leurs dettes. Toute personne arrivant devait se présenter chez le gouverneur. Seraient punis ceux qui cacheraient des déserteurs du service militaire de terre ou de mer. Les rassemblements étaient défendus,, ainsi que les promenades la nuit, sans une urgente nécessité. Aucun esclave ne pouvait louer un appartement ou une maison. Les cabaretiers devaient fermer à des heures régulières et ne pas vendre des liqueurs spiritueuses aux Indiens , aux soldats ou esclaves desquels on ne pouvait rien acheter.
On rendit des ordonnances pour empêcher l'accaparement des vivres , les cochons de courir dans les rues , d'avoir un trop grand nombre de chiens , et pour faire enlever les animaux morts.
Des mesures furent prises contre les incendies et pour l'entretien des rues et de la levée.
La vente verbale des esclaves était défendue : chaque esclave devait recevoir pour nourriture un baril de maïs par mois. Il ne pouvait être forcé de travailler les dimanches pour son maître, excepté dans les cas urgents , et alors il devait être indemnisé. Son travail ne devait ni commencer ni continuer dans la nuit. Une demi-heure lui serait accordée pour déjeuner et deux heures pour dîner.
Chaque esclave mâle devait recevoir par an, deux chemises de brun, une veste et un pantalon de laine, un de toile et deux mouchoirs. La femme, un habillement complet. Aucun ne devait être puni de plus de cinquante coups de fouet dans les vingt-quatre heures. Le délinquant pouvait être condamné à une amende de 100 dollars, et dans les cas graves, l'esclave pouvait être vendu.
A la sollicitation du cabildo, le gouverneur fit une proclamation pour empêcher l'introduction des esclaves des colonies françaises et anglaises à cause de la perte de la monnaie de la province que cette importation entraînait et par crainte d'une insurrection de cette classe d'hommes (i).
(i) Martins' Louisiana, vol. II, ch. 5.
i4o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
1788. Le 2i mars, il éclata , à la Nouvelle-Orléans , un incendie qui détruisît neuf cents maisons et beaucoup d'autres
Propriétés. Les habitants se trouvant dans la plus grande étresse , les autorités furent obligées , malgré le système de monopole, de s'adresser aux négociants des Etats-Unis, pour se procurer de là* farine et d'autres provisions, en payant les droits établis. Bientôt un commerce s'ouvrit entre Philadelphie et la Nouvelle-Orléans, auquel le ministre Guardocrai ne fit aucune opposition. Le 8 août, l'agent du général Wilkinson à la Nouvelle-Orléans , obtint , du gouvernement colonial, la permission d'y introduire une ou plusieurs barques chargées de tabac.
1788. D'après un nouveau dénombrement des habitants delà Louisiane, ils s'élevaient à t\i ,6 1 1 , savoir : blancs, 1 9,445 ; gens de couleur libres, 1,701 ; esclaves, 21, 465.
1788. L'intendant , don Martin, Navarro, quitta la province pour aller en Espagne, et le colonel don Estivan Miro fut chargé des mêmes fonctions réunies à celles de gouverneur. L'année suivante, il informa le général Wilkinson , alors à la Nouvelle-Orléans, qu'il avait reçu des instructions pour accorder aux habitants de la partie occidentale des Etats-Unis, la permission de s'établir dans la Louisiane ; mais qu'elles ne contenaient aucun renseignement concernant l'étendue de terrain que les colons devraient posséder, ni sur l'introduction du tabac dans la vice-royauté du Mexique. En conséquence de cette communication, un grand nombre d'habitants des Etats-Unis se transportèrent dans la Louisiane avec les produits de leur industrie qui furent reçus exempts de droits. Plusieurs personnes, sous prétexte de retourner pour chercher leurs familles, firent de nouvelles expéditions ; d'autres amenaient des esclaves et des bestiaux. Ceux qui restèrent dans le pays s'établirent dans les districts de Natchez et de Feliciana.
1791. Le gouverneur Miro, étant nommé maréchal-decamp, quitta la Louisiane pour retourner en Espagne. Les colons , fort contents de son administration, lui témoignèrent leur reconnaissance, et plus tard, les habitants de Tennessee imitèrent cet exemple en donnant son nom à un district de cet Etat, à cause des facilités qu'il avait accordées au commerce américain par le canal de l'Obio.
1792. Don Francisco -Louis -Hector j baron de Carondeletj colonel des armées royales, natif de France, succéda à
Miro en qualité de gouverneur et d'intendant des provinces delà Louisiane et de la Floride occidentale.
1793. Suivant les instructions du roi du icr juin 1793, le baron de Carondelet prohiba l'importation des esclaves des colonies anglaises et des Indes occidentales et encouragea leur importation des côtes d'Afrique par des sujets espagnols , pourvu que l'armateur et la moitié de l'équipage fussent espagnols. Toutes les marchandises et tous les navires étrangers achetés pour cet objet devaient être exempts de droits.
Par un édit royal du mois de février, le roi accorda de plus amples privilèges au commerce de la Louisiane : il était permis de trafiquer en Europe et en Amérique avec toutes les nations alliées à l'Espagne par un traité de commerce, moyennant un droit de i5 pour cent sur les marchandises importées et de six sur celles exportées. Le commerce entre l'Espagne, la Louisiane et la Floride fut de même déclaré libre, et l'importation du riz et des autres productions de cette province fut prohibée des pays étrangers, lorsqu'elle en fournissait assez pour la consommation des habitants. Les marchandises importées de l'Espagne dans la province, comme celles exportées dans les ports d'Espagne, étaient exemptes de droits.
1793. Après la fin tragique de l'infortuné Louis XVI, l'Espagne déclara la guerre à la République française à laquelle beaucoup d'habitants de la Louisiane avaient manifesté leur approbation. Le gouverneur fut obligé de comprimer les élans de cette sympathie et d'arrêter les démonstrations des actions martiales, ainsi que les danses et airs révolutionnaires exécutes sur le théâtre. Six des habitants de la Nouvelle-Orléans qui s'étaient déclarés en faveur de la révolution française et l'adoption de ses principes à la Louisiane, furent arrêtés , renfermés au fort et envoyés à la Havane où ils furent détenus plus d'un an.
Pour engager les habitants à déclarer leur attachement au roi et à son gouvernement, le gouverneur prépara une adresse qu'il les invita à signer. En même tems, il s'occupa démettre la colonie en état de défense au moyen de nouvelles fortifications près de la cité de la Nouvelle-Orléans et de deux forts sur laiivière Plaquemines. La milice, qu'il fit exercer, montait de 5 à 6,000 hommes, et 3, 000 pouvaient marcher sur-le-champ à un point quelconque de la province.
1794. M. Genêt, ministre de la République française, auprès du gouvernement des Etats-Unis, forma le projet d'at-
i4* CHRONOLOGIE HISTORIQUE
taquer les possessions espagnoles de la Louisiane et de la Floride au moyen d'une expédition composée de citoyens américains. Plusieurs de ceux des Etats de l'ouest furent favorables à cette entreprise, pensant que si les Français réussisaient à prendre possession de la Nouvelle-Orléans, ils obtiendraient facilement la navigation libre du Mississipi. Ses agents dans les différents Etats enrôlèrent proinptement un nombre considérable de volontaires, et ils s'étaient assurés d'un corps d'Indiens Creeks et Cherokées.
Le gouvernement, informé de ces enrôlements par le ministre espagnol à Philadelphie, adopta des mesures pour prévenir l'invasion en poussant les travaux des fortifications, organisant la milice et visitant les différentes Afin d encourager les habitants du Rentucky à se séparer de l'union et à s'allier à la Louisiane, il y envoya un agent secret pour sonder la disposition des habitants les plus influent» , sous prétexte de rassembler des matériaux pour l'histoire naturelle de ce pays et se procurer des armes, des munitions et de l'argent.
1794. En même tems, le gouverneur s'occupa de travaux très-importants pour la Nouvelle-Orléans. Il fit creuser un canal qui prit son nom et qui s'étendait de la ville jusqu'à un affluent du bayou Saint-Jean, pour donner un écoulement aux eaux stagnantes qui occasionnaient des maladies et faisaient pulluler des essaims de mosquites. Cet ouvrage fut exécuté deux ans après et donna passage aux goélettes.
Il fit ouvrir un autre canal pour former une communication entre la même ville et la Mobile et Pensacola.
1 795, ier juin. Les principes de la révolution française ayant gagné l'esprit des colons, le gouverneur chercha à en arrêter les progrès par rétablissement de syndics à la distance de neuf milles l'un de l'autre. Ces agents étaient choisis parmi les planteurs les plus respectables et subordonnés au commandant auquel ils rendaient , chaque semaine , un compte exact de tout ce qui concernait la sûreté publique. La réunion de pins de huit personnes pour discuter les alFaires du gouvernement fut défendue. Tout voyageur sans passeport devait être arrêté, amené devant le syndic et ensuite envoyé au commandant. Les colons furent invités à dénoncer tous ceux qui feraient entendre des paroles séditieuses.
La culture de l'indigo fut abandonnée à cause d'un insecte qui en dévorait les feuilles ; celle de la canne à sucre fut en-
DE L'AMÉRIQUE- i$3
conragée par le gouvernement et réassit au-delà de toute espérance.
Cette année, un journal périodique , intitulé Moniteur de la Louisiane, fut publié à la Nouvelle-Orléans.
La cathédrale de cette ville fut achevée aux frais de don André Almonaster, regidor, et à? AlferezReal qui l'avait fait commencer deux ans auparavant. Cet homme généreux y avait déjà établi un hôpital.
Une grande partie de la ville de la Nouvelle-Orléans fut encore la proie des flammes.
Le cabildo fit une adresse au roi pour le prier de créer six nouveaux regidors à cause de Y accroissement de la population: en même tems, il exprimait le désir que les importants services du gouverneur fussent récompensés par sa nomination de capitaine-général .
1795, 27 octobre. Traité conclu à San-Lorenzo, entre l'Espagne et les Etats-Unis. D'après ce traite , la navigation du Mississipi est déclarée libre pour les habitants des deux nations, depuis sa source jusqu'à son embouchure ; et il est permis aux derniers de mettre en dépôt, à la Nouvelle-Orléans, leurs marchandises et leurs effets et de les exporter, sans payer de droits, pendant l'espace de dix ans.
En vertu de ce traité , une nouvelle ligne de positions fut déterminée, en 1 798, par des commissaires des deux puissances (1), excepté sur les bords de la Floride orientale où ils ne pouvaient opérer à cause des hostilités des indigènes.
Tous les ports espagnols au-dessus de 3i dégrés de latitude furent évacués.
1795. Complot des esclaves dans la paroisse de la Pointe- Coupée. Ces esclaves, ayant appris le succès de la révolution de Saint-Domingue , formèrent le projet de s'affranchir en massacrant tous les blancs. Mais n'ayant pu tomber d'accord pour la fixation du jour le plus propre de l'exécution , le complot fut révélé. Le gouverneur se hâta de faire rassembler la milice bourgeoise et d'envoyer un détachement de troupes dans ce district. Les esclaves firent quelque résistance et i5 furent tués. Plus de 5o autres furent arrêtés et jugés par l'assesseur et l'intendant civil. D'après leur sentence, plusieurs subirent la flagellation, 16 furent pendus dans différents en-
(i) Andrew Ellicot pour les États-Unis , et Guillaume Dunbar, puis ensuite le major Minor pour l'Espagne.
l44 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
droits de la paroisse , et 9 près des églises qui se trouvaient sur les bords du Mississipi, entre la Pointe-Coupée et la Nouvelle-Orléans. On laissa ces derniers suspendus aux arbres qui servaient de potences, afin de répandre la terreur parmi les esclaves. L'année suivante, le gouverneur en défendit l'importation.
1795. Plusieurs royalistes français arrivaient, cette année, à la Nouvelle-Orléans , parmi lesquels se trouvait le marquis de Maison-Rouee, chevalier de Saint-Louis, qui proposa au gouverneur de faire établir sur les bords de la Washita trente familles françaises qui avaient débarqué dans l'Etat de l'Ohio. Cette proposition étant acceptée, il accorda à chacun d'eux 4oo acres de terrain, pourvu qu'il y ait deux blancs mécaniciens ou propres aux travaux de l'agriculture. On donna 400 dollars à chaque concessionnaire ayant quatre laboureurs. Une certaine quantité de provisions, et ses bagages et les instruments d'agriculture furent transportés , aux frais du roi , de la Nouvelle- Madrid à Washita. Il fut pei 'mis aux émigrés d'y emmener des domestiques blancs européens, lesquels, après avoir servi pendant six ans au plus, pourraient obtenir des concessions de terrain dans la même proportion.
1796. Le baron de Carondelet accorda, cette année, une grande étendue de terrain à plusieurs royalistes français qui s'établirent dans la Louisiane. La concession du marquis de Maison-Rouge sur les bords de la Washita comprenait 3o,ooo acres ; celles du baron de Bastrop, sur la même rivière, 12 milles carrés. Les colons devaient s'occuper de la culture du blé et de la préparation de sa farine. Le gouvernement s'engagea à transporter, à ses frais, les arrivants de la Nouvelle- Madrid jusqu'à leur établissement , de pourvoir à leur subsistance pendant six mois , à ne pas les inquiéter pour cause de religion, déclarant néanmoins qu'aucune autre que celle de l'Église romaine et catholique ne serait tolérée.
Une troisième concession de terrain accordée à Jacques- Ceran Delassus de Saint- Urain, ancien officier de la marine royale de France, renfermait 10,000 arpents carrés dans un district qui abondait en mines de plomb. Il s'engageait à faire exploiter ces mines sans être obligé de s'occuper d'agriculture.
Une quatrième concession de terrain fut celle de Julien Dubuc qui s'étendait à la distance de six lieues de longueur et huit de profondeur sur le bord occidental du Mississipi. Le concessionnaire y avait déjà fait l'acquisition des Indiens des mines de plomb auxquelles il donna le nom des mines d'Espagne.
DE L,' AMÉRIQUE. l45
1797. D'après le traité conclu entre les Etats-Unis etl 'Espagne, jindré Ellicot et don Manuel Gayoso de Lemos furent nommés commissaires pour établir la ligne de communication entre les deux pays. Ce dernier commandait à Natchez en qualité de brigadier-général.
Le baron de Carondelet ayant reçu le brevet de président de l'audience royale de Quito, don Manuel de Gayoso lui succéda dans le gouvernement des provinces de la Louisiane et de la Floride occidentale.
1798, Ier janvier. Ce gouverneur publia des instructions aux commandants , relatives aux concessions de terrain. Un étranger non marié, sans argent , ni esclaves ou autres propriétés, ne pouvait obtenir une concession de terrain qu'après quatre ans de résidence, et là où il avait exercé quelque art ou industrie utile. Les mécaniciens étaient protégés, mais ils ne pouvaient devenir propriétaires qu'après avoir exercé leur métier pendant trois ans. Cependant en cas de mariage avec la fille d'un honnête fermier et avec son consentement , Immigrant pouvait devenir propriétaire d'un lot de terrain après une résidence de douze ans.
La liberté de commercer n'était accordée qu'à la première génération : les enfants d'un émigré devaient être catholiques, autrement le père serait forcé de sortir de la province. Aucun prédicateur n'y devait être admis, sinon de l'église catholique.
Les trafiquants n'avaient pas le privilège des concessions, et dans la Haute-Louisiane, il fallait être ou fermier ou mécanicien. Les commandants pouvaient accorder 200 arpents à chaque émigré qui possédait les qualités requises , 5o pour chaque enfant de sa là mi 11c, et 20 pour chaque esclave noir ; mais aucun émigré ne pouvait obtenir plus de 800 arpents.
Immédiatement après son arrivée dans le pays, l'émigré était obligé de prêter serment d'allégeance, et, s'il était marié, d'en fournir preuves.
Le concessionnaire était déchu de son droit s'il n'avait pas créé un établissement dans l'espace d'un an depuis la date de la concession , ou cultivé une dixième partie de terre avant l'expiration de deux ans. Il ne pouvait les vendre qu'après huit récoltes de la dixième partie de leur étendue. En cas de mort, la propriété appartenait à ses héritiers, mais sous condition d'habiter la province et de solder les dettes du défunt sur les quatre premières récoltes (1).
(1) Marims* Louisiana, vol. II, ch. 9.
T. XVH. IO
i46 CHRONOLOGIE HtSTORÏQTO
1 798. Les ducs d'Orléans et de Montpensier, petits-fils du régent de France, firent un voyage dans la partie occidentale des Etats-Unis , et après un séjour de quelques semaines à la Nouvelle-Orléans, ils s'embarquèrent pour la Havane, afin d'y prendre passage pour l'Europe.
Les 1 3 et 29 mars, un renfort de troupes des Etats-Unis, sous la conduite du capitaine Guion, arriva à Natcbez et prit
{>ossession des forts de fValnut-Hills et de Panmure après eur évacuation par les troupes d'Espagne.
Le général Wilkinson établit son quartier-général sur un terrain élevé nommé par les Français, Roche à Daviotij et par les Anglais, Lqftus-HeightSj ou hauteurs de Loftus. Il y commença le fort qui ensuite prit le nom de Fort- A dams (\).
1 798, 2 1 oct. Par un édit royal, le droit d'accorder des concessions de terre fut confié à 1 intendance des provinces. D'après l'ordre royal du 24 août 1770, il appartenait au gouvernement civil et militaire. Le 17 juillet de l'année suivante , Moralès publia des règlements sur ce sujet, divisés en 38 articles.
1799. Moralès, croyant qu'il n'était plus autorisé à accorder aux citoyens des Etats-Unis un entrepôt à la Nouvelle-Orléans, publia un ordre qui excita beaucoup de mécontentement dans lesdits Etats, particulièrement dans ceux de Kentucky et de Tennessee.
1799. Le baron de Carondelet fut accusé d'avoir excédé ses pouvoirs en condamnant à mort un esclave qui avait tué son inspecteur. Vidal , assesseur du gouvernement, avait recommandé une punition moins sévère ; mais le propriétaire de l'esclave et plusieurs colons respectables croyaient qu'il fallait un exemple, et le baron avait cédé à leurs avis. D'après le principe que la vie, même d'un esclave, ne devait pas dépendre de 1 opinion d'un seul individu , le baron fut condamné à payer une amende de 5oo dollars.
1799. Le refus d'un entrepôt à la Nouvelle-Orléans fut considéré par le gouvernement des Etats-Unis comme une violation du traité de 1795, et il fit des préparatifs pour
5 rendre possession de ce port par une augmentation de l'armée ont trois régiments furent envoyés à l'entrée del'Ohio; mais ce projet fut bientôt abandonné.
(1) Situé sur la rive gauche du Mmissipi, dans l'Etat du même nom, à 41 milles au sud de Natcbez.
1 799. D'après le rapport de don Carlos Dehault Driassus , commandant-général de la Haute-Louisiane, la population de ce district montait à 6,028 individus, dont 4->94& blancs, 197 gens de couleur libres et 883 esclaves.
Le produit de la récolte consistait en 88,349 m^no^s de blé , 84,534 de maïs et 28,627 livres de tabac.
Les produits des exportations s'élevaient à 73,176 dollars , savoir :
1,754 paquets de peaux de daim à 4o doll. chacun 70,160 8 id. d ours à 32 id. 256
18 id. de buffles à 3o id. 54o
36o quintaux de plomb à 6 le quintal id. 2,160 20 id. de farine à 3 id. 60
La manufacture du sel produisait mille boisseaux annuellement.
1800, Ier octobre. Traité entre le roi d'Espagne et le premier consul de la République française * d'après lequel la province et la colonie de la Louisiane sont cédées à la France.
Par l'article 3 de ce traité conclu à Saint-Ildephonse , sa majesté catholique s'engage , de son côté , à rétrocéder à la République française, six mois après l'exécution pleine et entière des conditions et stipulations relatives à son altesse royale le duc de Parme, la colonie ou province de la Louisiane avec la même étendue qu'elle a actuellement entre les mains de l'Espagne et qu'elle avait lorsque la France la possédait , et telle qu elle doit être d'après les traités passés subséquemment entre l'Espagne et d'autres Etats.
i8o3. Dans le courant de février, M. Ross , sénateur de la Pcnsylvanie, prononça le discours suivant pour engager à s'emparer de la Nouvelle-Orléans: «N'attendons pas, disait-il, l'arrivée des Français, et puisqu'un traité solennel est violé, n'hésitons pas à occuper des lieux qui doivent nous appartenir. Les gens de l'ouest sont tout prêts, et il y aurait une excessive simplicité à compter que cette ville nous sera cédée spontanément, même en vertu d'un traité par le premier consul. Il ne faut pas attendre plus long-tems l'effet incertain des correspondances ; la Louisiane ne doit appartenir qu'aux Etats- Unis ; les peuplades de l'ouest sont impatientes de se faire justice , et si l'on donnait aux Français le tems d'arriver, les Américains de ces contrées refuseraient de payer les taxes à un gouvernement trop faible pour les protéger. Jamais l'occasion
ne sera aussi favorable pour annexer à Punion fédérale un pays sans lequel une moi tic de nos Etats ne pourrait exister ; il sera facile de s'en emparer, puisque la France est à la veille d'entrer en guerre avec l'Angleterre ; les Anglais eux-mêmes ne négligeront rien pour gagner l'amitié des Etats-Unis : les avances qu'ils font pour obtenir notre alliance prouvent qu'ils y mettent le pins liaut prix et la croyent indispensable au succès des nouvelles mesures qu'ils sont forcés de prendre. Il est tems d'apprendre au monde que la balance de l'Amérique est dans nos mains , que nous sommes dans cette partie du globe la puissance dominante, comme d'autres le sont en Europe ; que nous n'en craignons aucune, que notre adolescence est finie, que nous entrons dans l'âge de la force, et que nous sommes prêts à en faire usage. »
Il conclut en proposant de mettre cinq mille dollars à la disposition du président et de lever 5,ooo hommes pour s'emparer de la Louisiane.
i8o3, 18 mai. Les commissaires espagnols firent connaître aux colons que la colonie venait d'être cédée à la France de la même manière qu'elle l'avait été à celle d'Espagne , et qu'ainsi ses limites des deux côtés du Mississipi seraient les mêmes que celles qui avaient été établies par le 5e article du traité de paix conclu à Paris, le 10 décembre 1763.
Tout officier public pourrait entrer au service de la Réue française ou se retirer à la Havane ou dans toute autre possession espagnole.
Le roi promit de continuer les pensions qu'il avait accordées aux veuves et aux indigents.
D'après l'amitié et l'alliance qui existaient entre les deux nations, il espérait que le clergé serait maintenu dans ses fonctions avec ses émoluments , privilèges et exemptions ; que les tribunaux établis pour l'administration de la justice et les juges ordinaires seraient aussi reconnus, et que les habitants resteraient en paisible possession de leurs propriétés , jouissant de la même protection qui leur avait été accordée par le gouvernement d Espagne.
Le 26 mars, Laussat, préfet colonial, débarqua à la Nouvelle-Orléans, où il fut bien accueilli par les autorités civiles et militaires. Il leur annonça la prochaine arrivée de l'expédition française ayant à bord le capitaine-général de la colonie et des troupes pour sa protection.
Le 3o novembre , le même préfet fit , au nom de la république, la proclamation suivante , dans laquelle il félicita les
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colons sur le changement du gouvernement après trente-quatre ans de domination étrangère.
« La mission qui m'avait amené' au milieu de vous, à travers 2,5oo lieues de mer, cette mission dans laquelle j'avais longtems placé tant d'honorables espérances, et tant de vœux pour votre bonheur, est aujourd'hui changée. Celle dont Je suis maintenant le ministre et l'exécuteur, moins douce quoiqu'également flatteuse pour moi, m'offre une consolation : c'est qu'en général, elle vous est encore plus avantageuse.
En vertu des pouvoirs et des ordres respectifs, les commissaires de sa majesté catholique viennent de me remettre ce pays, et vous voyez les étendarts flottants de la République française : vous entendez le bruit répété de ses canons vous annoncer en ce jour de toutes parts, le retour de sa domination sur ces plages. Elle n'y sera, Louisianais, que d'un instant, et je suis à la veille de les transmettre aux commissaires des Etats-Unis chargés d'en prendre possession au nom de leur gouvernement fédéral. Ils sont près d'arriver. Je les attends.
Les approches d'une guerre commencée sous de sanglants et terribles auspices et menaçante pour les quatre parties du monde, ont conduit le gouvernement français à reporter son attention et ses réflexions sur ces contrées. Des vues de pru-
cette heure même de si grandes destinées parmi les nations , ont alors donné une direction nouvelle aux intentions bienfaisantes de la France sur la Louisiane. Elle l'a cédée aux Etats- Unis d'Amérique.
L'article 3 du traité de cession ne vous échappera pas : les habitants, y est-il dit, des territoires cédés seront incorporés daus l'union des Etats-Unis, et admis aussitôt qu'il sera possible d'après les principes de la constitution fédérale, à la jouissance de tous les droits des citoyens des Etats-Unis , et , en attendant , ils seront maintenus et protégés dans la jouissance de leur liberté , de leurs propriétés et dans l'exercice des religions qu'ils professent.
Vous voilà, Louisianais, investis tout d'un coup d'un droit acquis aux métropolitains d'une constitution et d un gouvernement libre, élevé par la force, cimenté par les traités, et éprouvé par les années et l'expérience.
Par la nature du gouvernement des Etats-Unis , et des garanties dans la jouissance desquelles yous entrez sur-le-
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,5o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
champ, vous atirez sous un régime même provisoire, des chefs populaires impunément soumis à vos réclamations et à votre censure, et qui auront un besoin permanent de votre estime, de vos suffrages et de votre affection.
L'époque arrivera promptement où vous vous donnerez une forme de gouvernement particulière qui, en même tems qu'elle stipulera les maximes sacrées consignées dans le pacte social de l'union fédérale, sera adaptée à vos mœurs, à vos usages, à votre élément, à votre sol, à vos localités.
Ses principes, sa législation, ses encouragements pour les intérêts de l'agriculture et du commerce, et les progrès qu'ils y ont faits sont bien connus de vous tous, Louisianais, et le sont par ia part même que vous en avez tirée avec tant de fruit dans ces dernières années.
Il n'y a poiat et ne peut y avoir de métrooole sans monopole colonial plus ou moins exclusif . Au contraire, de la part des Etats-Unis, vous êtes assurés d'avoir une liberté sans limites à l'exportation et des droits à l'importation fixés , combinés seulement au gré de vos besoins publics ou de votre industrie intérieure : par l'extrême concurrence , vous assisterez aux marchés, vous vendrez cher, et vous rassemblerez en ordre les bénéfices d'un immense entrepôt sur le Nil de l'Amérique, ce Mississipi qui baigne, non des déserts d'un sable brûlant, mais les plaines les plus fertiles.
Bonaparte , en stipulant par l'article 7 du traité que les Français seraient admis, pendant douze ans, à commercer sur vos rivages, aux mêmes conditions, et sans payer d'autres droits que les citoyens même des Etats-Unis, a eu pour l'un de ses principaux motifs, celui de donner aux anciennes liaisons entre les Français de la Louisiane et les Français de 1 Europe, l'occasion et le tems de se reformer, de 6e resserrer, de se perpétuer.
A la Nouvelle-Orléans, le 6 frimaire an 12 de la République française, et le 3o novembre i8o3.
Laussàt. »
i8o3. Une expédition française préparée dans les ports de la Hollande pour aller prendre possession de la Louisiane, s'y irouVait bloquée par une escadre anglaise, et le premier consul de France n'ayant plus d'espoir de conserver cette colonie* se décida à la vendre aux Etats-Unis.
Les incertitudes, disait à M. Marbois le premier consul, ne sont plus de saison. Je renonce à la Louisiane ; ce n'est point seulement la Nouvetle-Orteans que je'veax céder, c'est toute
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la colonie, sans en rien réserver. Je connais le prix de ce que
vif déplaisir. Nous obstiner à sa conservation serait folie. Je vous charge de négocier cette affaire ; n'attendez pas même l'arrivée de M. Monroe ; abouchez-vous dès aujourd'hui avec M. Livingston. Mais j'ai besoin de beaucoup d'argent pour cette guerre, et je ne voudrais pas la commencer par de nouvelles contributions. Il y a cent ans que la France et l'Espagne font pour la Louisiane des dépenses d'amélioration dont le commerce ne les a jamais indemnisées ; des sommes considérables ont été prêtées aux compagnies, aux agriculteurs, et elles ne rentrent jamais au trésor. Le prix de tous ces sacrifices nous est bien dû. Si je réglais mes prétentions sur ce uue ces vastes territoires vaudront aux Etats-Unis , les indemnités n'auraient pas de bornes. Je serai modéré en raison même de l'obligation où je suis de vendre. Mais retenez bien ceci: Je veux cinquante millions, et à moins de cette somme, je ne traiterai pas. Je ferais plutôt quelques tentatives désespérées pour garder ces belles contrées. Peut-être m'objecterat-on que les Américains pourront être trouvés trop puissants pour l'Europe dans deux ou trois siècles ; mais ma prévoyance n'embrasse pas ces craintes éloignées. D'ailleurs, on peut s'attendre pour l'avenir à des rivalités dans le sein de ion. Les confédérations que l'on appelle perpétuelles ne irent qu'autant qu'un des contractants ne trouve pas son compte à les rompre, et c'est aux dangers présents auxquels nous expose la puissance colossale de l'Angleterre que je veux porter remède.
Il ne faut pas hésiter, répondit Marbois, à faire le sacrifice de ce qui va nous échapper. La guerre contre l'Angleterre est inévitable ; pourrons-nous défendre la Louisiane contre cette puissance avec des forces navales très-inférieures ? Les Etats- Unis, justement mécontents de nos procédés, ne nous offrent pas un seul havre, pas un asile en cas de revers. Us viennent, il est vrai, de se réconcilier avec nous; mais ils sont en querelle avec le gouvernement espagnol, et ils menacent la Nouvelle- Orléans, dont nous n'aurons qu'un moment la possession. Au tems de la découverte de la Louisiane , elle n'eut que des voisins aussi faibles qu'elle ; aujourd'hui, ils sont puissants, et elle est encore dans l'enfance. Le pays est à peine habité ; vous
ta
voyer des garnisons ? Pourrons-nous relever les fortifications épuisées, construire une large chaîne de forts sur une frontière de 4oo lieues ? Si l'Angleterre vous laisse faire ces entreprises, c'est parce qu'elles tariront vos ressources, et elle vous verra, avec une joie secrète, vous épuiser par des efforts qui ne profiteront qu'à elle. Vous enverrez une escadre; mais pendant au'elle traversera les mers, la colonie aura succombé, et l'escadre à son tour sera en péril. La Louisiane est ouverte aux Anglais, du côté du nord , par les grands lacs ; et si, au midi , ils se montrent aux embouchures du fleuve , la Nouvelle-Orléans tombera aussitôt en leur pouvoir. Qu'importe aux habitants à *jui ils resteront soumis, si leur pays ne doit pas cesser d'être une colonie ? Cette conquête sera encore plus facile aux Américains. Ils arrivent au Mississipi par plusieurs rivières navigables, et pour être maîtres du pays, il leur suffira d'y entrer. L'un de ces deux voisins croît chaque jour en industrie et en population , et l'autre a des moyens maritimes suffisants pour s'emparer de tout ce qui peut agrandir son commerce. La colonie existe depuis plus d'un siècle, et malgré des efforts et des sacrifices de tout genre, les derniers recensements attestent sa faiblesse. Si devenue colonie française, elle prend des accroissements et de l'importance, il y aura dans sa prospérité même un genre d'indépendance qui ne tardera pas à se développer. Plus elle fleurira, moins nous aurons de chances de la conserver ; rien n'est plus incertain que le sort à venir des colonies européennes en Amérique. Le droit exclusif que les métropoles exerçaient sur ces établissements éloignés est de jour en jour plus précaire. Les peuples sont comme humiliés d'être dans la dépendance d'un petit pays d'Europe, et s'en affranchissent aussitôt qu'ils ont le sentiment de leurs forces.
Les Français ont tenté d'établir des colonies dans diverses parties des continents de l'Amérique. Partout leurs essais ont avorté. Les Anglais sont patients, laborieux; ils ne redoutent pas la solitude et le silence des pays nouvellement défrichés. Le Français spirituel, actif, veut de la société. Il aime à s'entretenir avec ses voisins. Il se livre volontiers à des essais ; au premier contre-tems, il quitte la hache ou la bêche pour devenir chasseur (i).
M, Monroe, qui avait, en 1786, écrit un mémoire pour
(1) Histoire de la Louisiane, par M. Barbé Marbois, a« partie. Paris> 18*9.
DE Lf AMÉRIQUE.
prouver que les Etats-Unis avaient droit à la navigation du Mississipi , fut envoyé en France comme négociateur pour cet objet. '
Le président Jefferson , dans la lettre qu'il lui adresse à ce sujet , observe que : la suspension du aroit d'entrepôt à la Nouvelle-Orléans avait stimulé les intérêts mercantiles du pays, au point de troubler la paix publique parmi les citoyens de la partie occidentale des Etats-Unis, dont les motifs étaient naturels et justes; que pour calmer cette agitation, il devenait nécessaire d'acquérir la Nouvelle-Orléans et la Floride, et que de la réussite de cette mission dépendaient les destinées de la république ; que si vous ne réussissez pas, disait i) , à faire cette acquisition, nous devons nous préparer à la guerre qui devra avoir bientôt lieu. M. Monroe fut autorisé, par acte du congrès, à offrir la somme de i millions de dollars , ou ïo,333,ooofr., ou la cession de la ville de la Nouvelle-Orléans, située sur le bord oriental du Mississipi. Il s'embarqua à New-York, le 8 mars i8o3.
Avant son arrivée, l'empereur avait ordonné à M. Marbois de négocier cette affaire avec M. Livingston, ministre américain à Paris, mais l'envoyé n'avait pas de pouvoirs pour cet objet. Le seul but de sa mission était de réclamer une indemnité pour les bâtiments et cargaisons capturés par les Français pendant la paix. , demande qu'il poursuivit pendant deux ans sans succès, ce qui lui fit soupçonner que le projet relatif à la Louisiane était une ruse pour gagner dutems. Néanmoins, après avoir entendu la proposition de M. Marbois , il proposa la somme de trente millions, sans y comprendre l'indemnité pour les prises, qui devait être payée après la ratification du contrat par le congrès des Etats-Unis.
Dans le même tems, M. Monroe débarquait au Havre , et M. Livingston s'empressait de lui proposer de déclarer que déjà les Etats-Unis étaient en possession de la Nouvelle-Orléans , comme le seul moyen de réussir dans la négociation. M. Monroe arriva, le 11 avril, à Paris, et dans une conférence avec son collègue, il lui répéta que, d'après son opinion, la Nouvelle-Orléans ne pouvait pas être obtenue par négociation.
Les négociateurs américains furent agréablement surpris quand M. Marbois leur apprit que l'empereur avait décidé de céder la Louisiane aux Etats-Unis, avec tous ses droits et appartenances, ainsi et de la manière qu'elle a été acquise par la République française , en vertu de L art. 3 du traité conclu avec le roi d'Espagne, à Saint-Udepbonse , le Ier oct. 1800.
i54 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
L'empereur avait évalué la Louisiane à cinquante millions; ses ministres à quatre-vingts millions. Les plénipotentiaires américains en offrirent trente, à condition de réserver un quart de cette somme en déduction des réclamations faites par les Américains.
i8o3. Par un traité conclu à Paris, le 3o avril, le premier consul de France, avec le consentement du Directoire, céda la province de la Louisiane aux Etats-Unis, avec tous les droits et les privilèges qu'elle possédait sous le gouvernement d'Espagne, pour la somme de 1 5, 000,000 dollars, dont 1 i,25o,ooo furent soldés au moyen d'un emprunt à 6 pour 100, et les 3,75o,ooo restant employés à payer les réclamations des négociants américains (1).
i8o3. Par ledit traité, le premier consul , au nom de la République, céda aux Etats-Unis pour toujours et en toute propriété, la province de la Louisiane, avec tous ses droits et dépendances et de la même manière qu'elle avait été acquise par fa république du roi catholique.
Dans la cession sont comprises toutes les places, fortifications casernes, et tous les édifices qui ne sont pas des propriétés particulières. Les archives, papiers et documents relatifs au domaine et à la souveraineté de la province, doivent être laissés en possession des commissaires des Etats-Unis , et copies délivrées ensuite en due forme, aux magistrats et principaux officiers, des papiers qui pourront leur être nécessaires.
Il est stipulé que les habitants du territoire cédé seront incorporés dans les Etats-Unis et admis aussitôt que possible, suivant les principes de la constitution fédérale, à jouir de tous les bénéfices et avantages des citoyens des Etats-Unis , et, en même teins, seront protégés dans la libre jouissance de leur liberté, propriété et religion.
Le gouvernement de France enverra un commissaire à la Louisiane, muni des pouvoirs pour faire tous les actes nécessaires , recevoir la possession du pays des officiers d'Espagne et le délivrer aux commissaires des Etats-Unis.
Immédiatement après la ratification du traité par le président desdits Etats, les commissaires français rendront tous les postes militaires de la Nouvelle-Orléans et des autres parties du territoire cédé aux commissaires américains , et les troupes françaises devront se retirer.
(1) Voy. Histoire de la Louisiane, par M. Barbé Marbois, ae partie, où Ton trouve beaucoup de détails sur ce sujet.;
Les Etats-Unis s'engagent à exécuter tons les traités conclus par l'Espagne avec les Indiens.
Les bâtiments français venant directement de la France ou de ses colonies, chargés seulement des produits des manufactures françaises ou de ses colonies , et ceux d'Espagne venant directement de la Péninsule ou de ses colonies, seront admis, pendant douze ans, dans le port du territoire cédé de la même manière que ceux des Etats-Unis venant directement de France, de l'Espagne ou de leurs colonies, sans payer plus de droits sur le tonnage ou sur les marchandises que les citoyens des Etats- Unis. Aucune autre nation ne jouira des mêmes avantages.
A l'avenir et pour toujours, les navires français seront traités sur le pied des nations les plus favorisées.
Par deux conventions ( i ) de différentes dates , les Etats- Unis s'engagent à payer soixante millions à la France et à la décharger de certains droits de leurs citoyens. Un fonds de onze millions deux cent cinquante mille dollars fut créé , portant intérêt à 6 pour 100, payable à Londres, Amsterdam ou Paris. Le principal devait être remboursé à leur trésor en paiements annuels de non moins de trois millions, et le premier quinze ans après la ratification du traité. Le gouvernement français promit, en cas qu'il voulût vendre les actions, d'en disposer en faveur des Etats-Unis dans les meilleurs termes. La valeur du dollar fut fixée à cinq livres huit sols.
Le roi d'Espagne protesta solennellement contre la vente de la Louisiane par le premier consul , et chargea son ministre à Washington de protester contre cet acte en faisant connaître que la France avait promis de ne jamais aliéner ce territoire.
Dans le mois de juin, les rtones espagnoles du couvent des UrsulineSj ne voulant pas vivre sous les lois de la République française, firent voile pour la Havane, où le gouvernement leur accorda une maison : elles y établirent un couvent de leur ordre.
i8o3. Le dernier jour d'octobre, le congrès des Etats-Unis autorisa le président à prendre possession de la Louisiane , et afin d'y établir leur autorité, d'employer, pour cet objet, un détachement de la marine, de l'armée et de la milice desdits Etatsetdes districts voisins. En conséquence, le président nomma M. Claiborne* gouverneur du Mississipi, et le général TVilkinson^ commissaires pour prendre possession de la province qui venait d'être cédée , et il accorda au premier une
(1) Pièces justificatives, par extrait, à la fln de l'article.
i56 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
commission pour y exercer provisoirement tons les pouvoirs qui avaient été confiés au gouverneur espagnol et à l'intendant,
ïT
, M. Laussat, commissaire français , et ceux d'Espagne se rendirent à rhôtel-de-ville où les derniers présentèrent à cet officier les clefs de la cité de la Nouvelle-Orléans, déclarant, au nom de leur roi, que tous ses sujets , qui voulaient se soumettre au gouvernement de la République française, étaient dégagés de leur serment de fidélité et d'allégeance à la couronne d'Espagne.
1804, 26 mars. Le congrès des États-Unis passa un acte pour ériger la Louisiane en deux territoires et pour organiser son gouvernement provisoire.
181 1. Le 16 juin, ledit congrès passa un autre acte pour rendre le peuple du territoire- d'Orléans habile à former une constitution et un gouvernement d'Etat , ainsi que pour l'admission dudit Etat dans l'union sur le même pied que les Etats primitifs et pour d'autres objets. D'après cet acte, tous les citoyens mâles blancs des Etats-Unis qui auront atteint l'âge de 21 ans, résidé dans ledit territoire au moins une année avant le jour de l'élection, et payé une taxe territoriale, étaient autorisés à choisir, pour cet objet, des représentants dont le nombre n'excédera pas soixante.
18 12, 14 avril. Acte dudit congrès pour l'admission de l'Etat de la Louisiane dans l'union et pour y mettre en vigueur les lois des Etats-Unis.
Constitution. Le 22 janvier 18 12, une assemblée des représentants du peuple réunis à la Nouvelle-Orléans rédigea et signa une constitution qui fut ensuite soumise au congrès des Etats-Unis, dont elle obtint la sanction. Cette organisation ressemble à celle des autres Etats de l'union, quoique paraissant contenir plus de précautions pour prévenir la corruption et les abus du pouvoir. Le pouvoir législatif réside dans deux corps distincts, la Chambre des Représentants et le Sénat.
Electeurs. Le droit d'élection appartient à tout homme blanc, libre et citoyen, âgé de 21 ans, résidant dans le pays où il veut voter, depuis un an avant l'élection, et payant une contribution foncière depuis les six derniers mois de cette année. Tout homme blanc, libre et citoyen qui a obtenu, aux Etats-Unis , des concessions de terre, a le droit de voter, s'il réunit les conditions de l'âge et de la résidence prescrites ci-dessus.
DE L' AMÉRIQUE. ifiy
Représentants, Les conditions sont : i° d'être homme blanc, libre et citoyen, d'avoir 21 ans; 20 posséder une propriété au moins de la valeur de 5oo dollars ; 3° avoir habité l'Etat les deux années qui précèdent l'élection , et la dernière dans le comté pour lequel on se porte candidat.
Les représentants sont élus tous les deux ans , le premier lundi de juillet, et s'assemblent le premier lundi de janvier. Afin de maintenir une représentation égale et uniforme , le nombre des électeurs remplissant les fonctions exigées doit être vérifié tous les quatre ans.
Les sénateurs sont élus pour quatre ans, et tous les deux ans, la moitié de leur nombre doit être renouvelée. Pour être sénateur, il faut avoir été citoyen des Etats-Unis à l'époque de l'élection, avoir résidé dans l'Etat pendant les quatre années qui précèdent l'élection, et un an dans le district où se fait l'élection ; posséder un bien foncier de la valeur de 1,000 dollars, d'après le rôle des contributions.
L'Etat est partagé en quatorze districts de sénatorerie qui doivent rester indivisibles. Les appointements des membres de l'assemblée générale sont de cjuatre dollars par jour pendant \a session ; rétribution que la loi peut augmenter ou diminuer. Le clergé, les prêtres, les membres de l'instruction publique sont exclus de l'assemblée générale , et des emplois lucratifs et de confiance dépendant du gouvernement. Le pouvoir exécutif est confié à un gouverneur clu par les citoyens tous les ans , et qui est inéligible pour les quatre années suivantes.
Pour être gouverneur, il faut avoir 25 ans au moins, avoir été citoyen des Etats-Unis les six années précédant l'élection , et propriétaire foncier d'une valeur de 5, 000 dollars. Aucun membre du congrès des Etats-Unis, aucun fonctionnaire ou membre d'une société religieuse n'est éligible à cet emploi. Le gouverneur est commandant en chef de l'armée , de la marine, delà milice de l'Etat, excepté quand elles sont appelées pour le service des Etats-Unis, à la guerre. Il ne peut commander en personne , à moins d'une décision de 1 assemblée générale. Du consentement et de l'avis du sénat , le gouverneur nomme les juges, les shérifs et tous autres officiers dont les charges sont établies par la constitution, et pourvoit aussi aux emplois qui ne sont pas déterminés par la loi. Il peut encore pourvoir aux vacances dans l'intervalle des sessions , remettre les amendes et les confiscations, et avec l'approbation du sénat, accorder des sursis et des grâces, excepté dans le cas où l'accusation est présentée par l'une des chambres.
l58 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
En cas d'accusation, de démission, d'absence ou die mort, les fonctions sont dévolues au président du sénat.
Le droit d'accusation est entre les mains de la chambre des représentants, et personne ne peut être condamné sans le concours des deux tiers des membres présents. Le gouverneur et les principaux officiers peuvent être accusés pour mauvaise administration; mais la condamnation ne peut porter que sur leur renvoi de leurs places, ou à les faire déclarer incapables de remplir aucune charge dans l'Etat.
La trahison consiste à porter les armes contre l'État , à se joindre à ses ennemis, à leur donner secours. Personne ne peut être convaincu de trahison, si ce n'est par un acte manifeste sur la déclaration de deux témoins, ou par le propre aveu de l'accusé en audience publique.
Toute personne convaincue d'avoir donné ou offert des présents à des fonctionnaires, est déclarée incapable de servir comme gouverneur, sénateur ou représentant. On doit pro-
5 oser des lois dont le but sera d'exclure des places , et de priver es suffrages toute personne qui, à l'avenir, sera convaincue de trahison, de corruption, de parjure, de faux et d'autres grands crimes et délits.
Les principes ou dispositions générales de la constitution sont ainsi arrêtés :
Aucune somme d'argent ne peut sortir du trésor, si ce n'est pour la destination rmi en a été faite par la loi. Les fonds pour l'entretien de l'armée ne doivent pas être faits pour un terme plus long <jue l'année ; et un état régulier de recettes et de dépenses doit être publié tous les ans ; un prompt jugement par jurés. La liberté sous caution, excepté dans les crimes capitaux. On ne peut donner à la loi un effet rétroactif.
Aucune loi ne peut détruire les stipulations particulières. Chaque citoyen peut écrire et imprimer ses pensées sur toute matière , sous la responsabilité cependant des abus de cette liberté. La libre émigration de l'Etat est autorisée. Toutes les lois contraires à la constitution sont nulles et de nul effet. La constitution est susceptible de révision suivant un mode prescrit par les membres de rassemblée générale
PIÈGES JUSTIFICATIVES (par extrait).
No I.
Traité entre la République française et les États-Unis d'Amérique, concernant la cession de la Louisiane j signé à Paris, le 3o avril i8o3.
Par l'article 3 du traité conclu à Saint-Ildefonse, le 9 vendémiaire an 9 (ier octobre 1800), entre le premier consul delà République française et sa majesté catholique, cette dernière promet et s'engage de son coté à céder à la République française, six mois anrès l'exécution pleine et entière des conditions et stipulations cUdessus , relatives à son altesse royale le duc de Parme, la colonie ou province de la Louisiane avec la même étendue qu'elle a actuellement entre les mains de l'Espagne , et qu'elle avait lorsque la France la possédait, et telle qu'elle doit être d'après les traités passés subséquemment entre l'Espagne et d'autres États.
Et comme par suite dudit traité et spécialement dudit article 3 , la République française a un titre incontestable au domaine et à la possession dudit territoire, le premier consul de la République désirant donner un témoignage remarquable de son amitié auxdits États-Unis, il leur fait, au nom de la République française, cession , à toujours et en pleine souveraineté, audit territoire, avec tous ses droits et appartenances, ainsi et de la manière qu'ils ont été acquis par la République française en vertu du traité susdit , conclu par sa majesté catholique.
Art. 2. Dans la cession faite par l'article précédent, sont compris les îles adjacentes dépendantes de la Louisiane , les emplacements et places publiques, les terrains vacants, tous les bâtiments publics, fortifications, casernes et autres édifices qui ne sont la propriété d'aucun individu. Les archives, papiers et documents directement relatifs au domaine et à la souveraineté de la Louisiane et dépendances seront laissés en possession des commissaires des Etats-Unis, et il sera ensuite remis des expéditions en bonne forme aux magistrats et administrateurs locaux , ceux desdits papiers et documents qui leur seraient nécessaires.
Art. 3. Les habitants des territoires cédés seront incorporés dans l'union des États-Unis, et admis aussitôt qu'il sera possible , d'après les principes de la constitution fédérale , à la
i6b CHRONOLOGIE HISTORIQUE
jouissance de tous les droits , avantages et immunités des citoyens des Etats-Unis, et en attendant, ils seront maintenus et protèges dans la jouissance de leurs libertés , propriétés , et dans l'exercice des religions qu'ils professent.
Art. 4» Il sera envoyé de la part du gouvernement français un commissaire à la Louisiane à l'effet de faire tous les actes nécessaires tant pour recevoir des officiers de sa majesté catholique , lesdits pays , contrées et dépendances au nom de la République française , si la chose n'est pas encore faite, que pour les transmettre audit nom, aux commissaires ou agents des Etats-Unis.
Art. 5. Immédiatement après la ratification du présent traité par le président des Etats-Unis, et dans le cas où celle du premier consul aurait eu préalablement lieu, le commissaire de la République française remettra tous les postes militaires de la Nouvelle-Orléans, et autres parties du territoire cédé, aux commissaires nommés par le président pour la Drise de possession. Les troupes françaises ou espagnoles qui s'y trouveront cesseront d'occuper les postes militaires du moment de la prise de possession, et seront embarquées aussitôt que faire se pourra, dans le courant des trois mois qui suivront la ratification du traité.
Art. 6. Les États-Unis promettent d'exécuter les traités et articles qui pourraient avoir été convenus entre l'Espagne et les tribus et nations indigènes (indiennes) jusqu'à ce que, du consentement mutuel des Etats-Unis d'une part, et des indigènes de l'autre, il y ait été substitué tels autres articles jugés convenables.
Art. 7. Il a été arrêté entre les parties contractantes, que les navires français, venant directement de france, ou d'aucune de ses colonies, uniquement chargés des produits des manufactures de la France et de ses colonies, et les navires espagnols venant directement des ports d'Espagne, ou de ceux de ses colonies, uniquement chargés des produits des manufactures de l'Espagne ou de ses colonies, seront admis, pendant l'espace de douze années , dans le port de la Nouvelle-Orléans, et dans tous les autres ports légalement ouverts en quelque lieu que ce soit des territoires cédés ; ainsi et de la même manière que les navires des Etats-Unis venant de France ou d'Espagne, ou d'aucune de leurs colonies, sans être sujets à d'autres ou plus grands droits sur les marchandises, ou d'autres et plus grands droits de tonnage que ceux qui sont payés par les citoyens des États-Unis. Pendant l'espace de tems ci-dessus mentionné ,
DE i/ AMÉRIQUE. 161
aucune nation n'aura droit aux mêmes privilèges dans les ports des territoires cédés. Les douze années commenceront trois mois après l'échange des ratifications, s'il a lieu en France, ou trois niois^rès qu'il aura été notifié à Paris, au gouvernement français, s'il a lieu aux Etats-Unis.
Il est bien entendu que le but du présent article est de favoriser les manufactures, le commerce, le fret et la navigation delà France et de l'Espagne en ce qui regarde les importations qui seront faites par les Français et par les Espagnols dans lesdits ports des Etats-Unis, sans qu'il soit innové aux règlements concernant l'exportation des produits et marchandises des Etats-Unis, ou aux droits qu'ils ont de faire lesdits règlements.
Art. 8. A l'avenir et pour toujours, après l'expiration des douze années susdites, les navires français seront traités sur le pied de la nation la plus favorisée dans les ports ci-dessus mentionnés.
Fait à Paris, le dixième jour de floréal de l'an 1 1 de la République française, ou le 3o avril i8o3.
Signé : Barbe Marbois, Robert R. Livingstq*, James Monroe.
Convention entre les États-Unis d'Amérique et la République française > de la même date que le traité»
Art. i*tr. Le gouvernement des États-Unis s'engage à payer au gouvernement français, de la manière qui sera spécifiée en l'article suivant, la somme de 60 millions de francs, indépendamment de ce qui sera fixé par une autre convention pour le paiement des sommes dues par la France à des citoyens des Etats-Unis.
Art. 2. Le paiement des 60 millions de francs mentionnés au précédent article sera effectué par les États-Unis au moyen d'un fonds de onze millions deux cent cinquante mille piastres, portant un intérêt de six pour cent par an, payable tous les six mois à Londres, Amsterdam ou Paris.
Art. 3. La piastre sera invariablement fixée à cinq francs, ou cinq livres huit sols tournois.
Fait à Paris, le 10 floréal de Tan 1 1 de la République, on le 3o avril i8o3.
Signé : Barbé Marbois, Robert R. Livwgstoït, James Monroe.
XYUr I»
Convention entre la République française et les États- Unis
d'Amérique.
Art. ier. Les dettes dues par la France aux citoyens des États-Unis, contractées avant le 8 vendémiaire an g (3o septembre 1800), seront payées conformément aux dispositions suivantes, avec les intérêts à six pour cent à compter de l'époque où la réclamation et les pièces à l'appui ont été remises au gouvernement français.
Art. 2. Les dettes qui font l'objet du présent article sont celles dont le résultat par aperçu est compris dans la note annexée à la présente convention et qui ne pourront, y compris les intérêts, excéder la somme de vingt millions.
Art. 3. Le principal et les intérêts seront acquittés par les États-Unis d'Amérique sur les mandats tirés par les ministres plénipotentiaires desdits États-Unis sur ce trésor. Ces mandats seront payables soixante jours après l'échéance des ratifications du traité et des conventions signées ce jour, et après la remise qui doit être faite de la Louisiane par le commissaire de France à ceux des États-Unis.
Fait à Paris, le dixième jour de floréal de l'an 11 de la République française, ou le 3o avril i8o3.
Signé : Barbé Marbois, Robert R. Livivgston, James Moïiroe.
La suite de cette Histoire se trouvera dans celle des Etats- Unis , dont la Louisiane a fait partie depuis cette époque.
DE L AMÉRIQUE. l£3
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VIROINIE.
l/tm de Virginie ési situé entre lé 36° 3o' et le $o° fa9 de latitude nord, et entre le i° 4o' de longitude est et le 6° 20' de longitude ouest de la cite de Washington.
Il est borné en partie au nord, au nord-est et à Test par le Pôtomac, la baie de Chésàpeak et l'Océan Atlantique ; au nord, au nord-ouest et à l'ouest par la ligne qui le sépare de la Pensylvanie; par la rivière Ohio, un de ses affluents appelé le Big-Sandy et les montagnes du Cumberland ; au sud, par une ligne t}rée de lest à l'ouest qui le sépare du Tennessee et de la Caroline du nord.
Il renferme une superficie de 63,624 milles carrés (1).
Aborigènes. Selon lècapitaine Smith, il y avait 5,oôo iW hatans datas un rayon d'environ 60 milles à l'entour de James-Town. Dans ce nombre, on comptait i,5oo guerriers. Leur confédération générale, composée de 3o tribus et 2,400 guerriers, occupait Un territoire de 8,000 milles carrés et consistait en autant d'individu* ^ en donnant un mill# carré à chacun (2).
Lés Mdhriàkottcs, divisé* en huit tribus , occupaient lè pay* situé entre lés fleuves Jfotdraac et Rappahanoc et entre cé dernier et celui de York.
Les iïtànacdhs; composés de cinq tribus, demeuraient entre les fleuves Jahies et la province dé la Caroline.
Lés Jtoltowdys occupaient les bords de la rivière du même nom. Vers l'anneé 1786, cette tribu était réduite à quelques
femmes.
* Ves Chichàhomihies se trànsbortei:ent , en 1 66 1 , sur les bords de la rivière Mattapony. En i685, ûs envoyèrent un chef pour
rir%n*' ^ '1Séà^m dë* Été^tW&^arD.B. Wàrden,t. Hï, art.
.W Srmths' Virsmia.booW I. Of the naturel inh alitant s ofVirei* nia. - Jeffersonk' mîtes <m Virg inia , article population. 5
i64 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
assister au traité d'Albany. Cet événement , dit M. Jefferson , est le dernier de l'histoire de ce peuple. A partir de l'année 1705, ils se confondirent avec les Pamaunkees et les Mattapones.
Pamaunkees. Vers Tannée 1786, cette tribu était réduite à dix ou douze hommes, non compris ceux qui s'étaient mêlés avec la race noire.
Les Massawomecksj qui demeuraient au-delà des montagnes et faisaient la guerre aux Powhatans et aux Mannahoacs, venaient probablement des tribus connues sous le nom de Mohawks ou six nations.
Les Susqutsahanocks; qui comptaient six cents guerriers, étaient robustes et remarquables par une taille élevée.
Les fVighcocomocos étaient beaucoup plus petits , mais bien proportionnés.
En 1 822 , de la formidable confédération de Powhatan , il n'existait qu'un petit nombre des Nottaways , des Pamaunkies et des Mattapones. Les premiers consistaient en vingt-sept personnes vivant sur les bords occidentaux de la rivière qui porte leur nom, où ils possédaient 27,000 acres de bonnes terres ; le nombre des autres tribus était moindre(i).
Les femmes , en générai , avaient la taille fine et délicate , les cheveux et les yeux noirs. Les enfants naissaient blancs , mais brunissaient en grandissant. On les plongeait dans la rivière, même dans les jours les plus froids. Les deux sexes se peignaient le corps, particulièrement la tête et les épaules avec la racine d'une plante nommée pocone, réduite en poudre et mêlée avec de l'huile, dans le but de se préserver du froid dans l'hiver et de la chaleur dans 1 été. Les hommes coupaient leur chevelure de différentes manières ; les femmes portaient les cheveux fort longs ou réunis en une seule tresse, les individus des deux sexes s'enveloppaient d'un manteau attaché autour du corps avec une ceinture. Quand ils étaient ce vêtement, ils se mettaient autour des reins une pièce de peau ou de toile. Quelques chefs avaient des manteaux de plumes de dindon sauvage, travaillés avec beaucoup d'art. Leur chaussure consistait en des espèces de souliers , appelés mocassins j qui étaient faits d'une seule pièce de peau de daim. Les femmes avaient chaque oreille percée de trois trous pour y suspendre des chaînes, des bracelets ou des morceaux de cuivre. Quelques
(1) t>x Morses* report to the secretary of war in 1822.
de l'Amérique. . i65
hommes attachaient aux cartilages de l'oreille un petit serpent d'une couleur verte et jaune qui s'entortillait autour du cou : d'autres un rat mort et pendu par le haut du corps $ d'autres, l'aile d'un oiseau ou une grande plume avec la sonnette d'un serpent à sonnette ; d'autres enfin un grand morceau de cuivre ou la main desséchée d'un ennemi.
Les cabanes étaient faites de jeunes arbres fichés en terre , recourbés au sommet , et attachés ensemble par des ligaments provenant de racines de végétaux. On laissait une ouverture pour le passage de la fumée.
Ces Indiens dormaient sur des nattes pouvant recevoir de six à vingt personnes par cabane. Ces huttes étaient situées au milieu de leurs champs ou de leurs jardins qui contenaient de 20 à 200 acres.
Les hommes ne s'occupaient que de chasse, de pêche ou de combats. Les femmes semaient et récoltaient le maïs et s'adonnaient à tous les autres ouvrages domestiques (1).
i665 - 66. Lois concernant les Indiens. Le roi de Potomac, les Werowances^ Monnaies ou principaux chefs dont la conduite était suspecte, étaient obligés de livrer leurs enfants en otage , sous peine d'être déclarés ennemis et traites comme tels.
S'il arrivait qu'un Anglais fût tué par un Indien, la nation la plus voisiné était obligée de livrer le coupable, ou était considérée comme complice du crime.
Le roi de Potomac ne pouvait pas tenir le matchacomoco ou Conseil avec une nation étrangère sans le consentement des officiers de la milice.
Le gouverneur de la province nommait le werowance ou chef, commandant de différents villages indiens.
Toute personne qui employait un Indien ou entretenait des relations avec lui, sans la permission du gouverneur, était passible d'une amende de 5, 000 livres de tabac, ou d'un emprisonnement d'une année.
1705. Aucun chef indien tributaire ne pouvait vendre ou aliéner des terres qu'aux seuls individus de sa nation.
Les Indiens tributaires devaient être protégés dans leurs personnes et dans leurs propriétés.
Tous les Indiens qui étaient sous la protection du gouvernement étaient obligés de se joindre aux Anglais quand il fallait punir un Indien étranger.
(0 SiœW Virginia , book II.
GHRQNQW»» HISTORIQUE
Quiconque avait découvert , à ses frais, une ,vi)ie ou ^tion indfeimeàYoïœstdesmonUApal^^ chines, pouvait demander et obtenir du gouverneur, le cfroit et l'entière liberté de trafiquer avec ladite nation.
1722, septembre. Après la ratification du .traité, qui eut lieu à Albany, avec les Indiens des cinq nations, il fut arrêté qu'aucun Indien tributaire du gouvernement de laVirginie ne passerait le fleuve Potomac ou ne traverserait à l'ouest de la grande chaîne de montagnes, sans être muni d'un permis soit du gouverneur, soit du commandant en chef, sous peine de mort ou de bannissement aux Indes occidentales , suivant la décision de la Cour.
Aucun des Indiens des cinq nations ne pouvait chasser ni passer au sud du Potomac, sans la permission du gouverneur ou du commandant en chef de New- York , sous les mêmes peines que les Indiens tributaires.
L'individu qui arrêtait un Indien condamné à la peine de mort , obtenait mille livres de tabac, et si le coupable 3 tait déporté, le prix de la vente (1).
M. jjefferson, dans ses observations sur l'État de Virginie, parlant des contrats des terres faits avec des Indiens, dit « que ce n'est pas aussi généralement vrai qu'on }e suppose , que les terres de ce pays aient été enlevées aux aborigènes par la vyoie 4e conquête. I?os registres et nos histoires renferment beaucoup d'actes de vente qui comprennent une étendue considérable, de la partie inférieure de l'Etat; et on pajt que la partie supérieure a été achetée entièrement de la ,inanière l& plus légale ».
Quelques auteurs ont accusé ces Indiens 4e stupidité ppur avoir vendu leurs terres aux étrangers ; m,ais leur conduite 3 démontré qu'ils n'y auraient jamais consenti s'ils avaient pu les défendre.