PRÉCIS DE L HISTOIRE DE L£ VIRGINIE
j584- Le chevalier Walter Rahigh ayant forme le projet de tenter une expédition sur la cote du Nouveau-Monde, obtint d'Elisabeth, réine d'Angleterre, des lettres-patentes (2) qui
(1) Abrégé des actes publics de rassemblée de la Virginie 9 article Indiens. VViLLiamsburg , 1737.
(a) Les patentes accordées par cette rejne s^t ^i pars
l'autorisaient à faire des découvertes en Amérique, en lui donnant la possession de tout le territoire situé entre les 33e et 40e degrés de latitude nord, et non possédé par aucun prince
le nom de Floride, équipa deux navires dont il donna le commandement aux capitaines Philippe Amidas et Arthur Barlow. Partis de la Tamise, le 27 avril, et prenant la route des Canaries le 10 mai , et des îles occidentales le 10 juin , ils abordèrent, le 2 juillet , à l'île de fVokokm (1) sur la cote Amérique.
Cette île, ayant environ 20 milles de longueur sur six de largeur, était couverte de beaux cèdres (2) et d'autres arbres entrelacés de vignes.
GranganimtOj, frère du principal chef de cette île, accompagné de quarante à cinquante hommes, vint en canots pour visiter les navires. Il fit comprendre que cette côte était nommée Wingdndacoa , et que le roi TVingina se trouvait à la distance de six journées de marche, ayant été blessé dans un combat avec un prince ennemi son voisin. Granganimeo accueillit les étrangers d'une manière très-hospitalière.
Il avait amené ses enfants et sa femme ; cette dernière était petite, mais bien faite et d'une timidité remarquable. Elle portait une longue robe de peau , retenue autour des reins par une ceinture ; son front était orné d'un bandeau de corail ; à ses oreilles étaient suspendues des boucles en perles de la grosseur de gros pois, et qui tombaient jusqu'au milieu du corps ; les pendants d'oreilles des autres femmes étaient en cuivre. Les nobles en portaient jusqu'à cinq ou six. Le costume des hommes était semblable à celui des femmes ; mais celles-ci avaient les cheveux longs d'un côté seulement, tandis que les hommes les tenaient également longs des deux côtés. Leur peau était d'une couleur cuivrée et leur chevelure noire. Cependant les cheveux de quelques enfants étaient d'un beau châtain.
Les naturels vinrent en quantité apporter des peaux , du corail et plusieurs sortes de bois de teinture ; mais quand
i584. Voy. HakluyU' Voyages , vol. III, p. o43-5. London, 1600. — Hazards' Collection , vol. I, p. 33-38.
(1) Quelques auteurs écrivent Wocoken. Cette île est située au sud ✓ de 1 entrée d'Ocracock.
(a) Juniperus Virginiana , genévrier de Virginie.
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Granganimeo était présent, personne n'osaitfaire lecommerce, qui semblaitlui être exclusivement réservé, ainsi qu'à quelques chefs qui se distinguaient par une plaque de cuivre rouge fixée sur la tête. Il faisait connaître chaque fois son arrivée par autant de feux qu'il avait de bateaux , et envoyait presque tous les jours aux Anglais une paire de daims, des lièvres, des lapins et du poisson , quelquefois des melons , des concombres , des petits pois et des racines alimentaires. En faisant le trafic , il accordait les peaux de daims delà valeur de 20 écus chaque, pour de la vaisselle d'étain, et 5o autres qui valaient autant d'écus pour une bouilloire de cuivre.
Parmi les productions naturelles du pays, se trouvait le tabac (nicotiana tabaeum), qui bientôt après passa en Angleterre comme remède universel.
Les deux capitaines visitèrent ensuite l'île de Roanoak ou Roanoke ( 1 ), située près de l'entrée de la source d? Albtmarlz. Passant au nord de cette île, ils aperçurent un petit village de neuf cabanes construites en cèdre , et entouré d'une palissade. C'était l'habitation de Granganimeo. En son absence , sa femme invita les étrangers à entrer chez elle. Ils acceptèrent cette invitation, et furent traités avec la plus franche hospitalité. Elle fit laver leurs pieds et leurs vêtements, et leur présenta un repas qui consistait en venaison, poissons grillés, racines et fruits.
Deux ou trois Indiens qui entrèrent dans la cabane , avec leurs arcs et leurs flèches, inspirèrent de la crainte aux Anglais qui reprirent immédiatement leurs armes ; mais la reine fit sortir ces guerriers pour rassurer ses hôtes, et les engager à rester chez elle ; à son grand regret , ils retournèrent à leurs navires et furent bien étonnés en voyant sur la plage plusieurs hommes et une trentaine de femmes qui y avaient été envoyés pour y passer la nuit, avec des nattes destinées à garantir les étrangers contre la pluie.
Les capitaines Amidas et Barlow retournèrent en Angleterre, le i5 septembre suivant , amenant avec eux deux natifs du
{>ays, nommés tVanochese et Manteo. Ils furent présentés à a reine Elisabeth à qui ils plurent d'abord à cause de leur belle figure : ces officiers lui dépeignirent la côte et les îles qu'ils avaient visitées comme un paradis terrestre, peuplé par des habitants doux et affables ; et d'après ces renseignements, elle
(1} Nommée alors Moratuck. Les premiers historiens écrivent Roanoak,
DE i/ AMÉRIQUE. 169
donna aa pays de Wingandacao le nom de Virginie (1). Les uns prétendent que la reine voulut qu'il portât ce nom comme allusion à la première découverte faite sous son règne ; d'autres, parce qu'elle resta toujours fille ; d'autres enfin, parce que cette région avait encore sa pureté et sa fertilité natives, et que les habitants avaient conservé leur première innocence.
La reine Elisabeth étant alors en guerre avec les Espagnols, ne pouvait entrer dans le projet qu on lui avait proposé d'établir des colonies dans le Nouveau-Monde, mais elle pensait que la providence lui avait conservé la gloire de cette découverte, afin de porter les lumières de l'Evangile parmi les infidèles.
1 585.' Deuxième voyage j première colonie. L'année suivante, le chevalier Richard Grenaille* un des associés du chevalier "Walter Raleigh , partit de Plymouth , le 9 avril , avec une flottille de sept petits navires, ayant à bord cent huit émigrants, parmi lesquels se trouvaient Ralph Lane, Thomas Hariotj Thomas Cavendish et JViih (2). Grenville passa par les îles Canaries le 14 suivant; le 7 mai, par celle de Dominica ; et , le 1 2 , il relâcha à Porto-Rico et s'y fortifia pour construire une pinasse. Les Espagnols de cette île lui ayant refusé des provisions, il s'empara de deux de leurs frégates. Il toucha ensuite à Hispaniola où il fut mieux accueilli, et, le 26 juin , arriva à Wokoken , de là il passa au continent et découvrit, vers le milieu de juillet, plusieurs villages indiens nommés Aguascogoc y Pomeiok et Secotan , ainsi que le grand lac de Paquipe.ljes habitants du premier lui ayant volé une tasse d'argent, le chevalier eut l'imprudence, le 25 août, de brûler leurs cabanes et de détruire leur récolte de maïs. Grenville se rendit ensuite au cap Hatterasx>xi\\ fut visité par le prince Granganimeo.
Retournant à l'île de Roanoke, il y laissa cent huit hommes sous les ordres de Ralph Lane, pour former un établissement et reconnaître le pays. U partit, le 25 août, pour retourner en Angleterre, et arriva à Plymouth , le 18 septembre suivant ,
(1 ) Cette partie du continent fut ensuite nommée Caroline du Nord, Les limites de la Virginie n'étaient point alors déterminées.— Smiths' Virginia, book l.—Hakluyts' Voyages, vol. III, p. a46-5o. The Jirst voyage made to ihe coasts of America , etc.
(2) Hariot fut chargé d'écrire l'histoire de l'expédition ; With de peindre les naturels du pays, leurs coutumes, etc. Cavendish se rendit ensuite célèbre par ses voyages autour du monde.
avec un navire richement chargé qu'il avait capturé pendant
son voyage (1).
1 585-6. Les colons s'établirent à Roanoke, le 17 août i585, et y restèrent jusqu'au 18 juin de Tannée suivante. Pendant cet intervalle, ils reconnurent le pays vers le sud jusqu'à une ville des Indiens Chésapeaksj éloignée de près de 1 3o milles, et vers le nord-ouest, jusqu'à Chawonock^ située à la même distance de Roanoke. Près les bords de la mer se trouvaient les villes de Passaquenock(oxi ville des pommes), Chepanock, Weapomeiok et Ohanock. Cette dernière comptait sept cents guerriers. On reconnut que la rivière de Ghawonock était aussi large que la Tamise à Lambeth , et que celle de MoratoCj plus grande encore, se déchargeait dans la sonde de Weapomeiok.
Pendant les recherches des colons pour reconnaître ce pays, Granganimeo mourut, et son frère "VVingina, changeant son nom en celui de Pemisapan, fit un complot pour chasser les étrangers, malgré l'opposition de son père Ensenore.
1 586. A la mort de ce dernier,qui arriva le 20 avril, son fils ayant gagné les principaux chefs du pays, assemblés pour célébrer les funérailles du défunt, les engagea à tomber à l'improviste sur les Anglais ; mais ceux-ci étant avertis de ce projet , trouvèrent moyen de parer le coup. Une escarmouche eut lieu, dans laquelle Pemisapan fut tué avec huit de ses gens.
Sept jours après cette affaire, la flotte du chevalier Francis Drake, composée de 23 voiles, arriva sur la côte. Le gouverneur Ralph Lane, découragé par les hostilités des naturels et désespérant de l'arrivée du chevalier Richard Grenville, résolut, d'après l'avis de son Conseil, d'abandonner le pays. Drake lui donna un navire de 170 tonneaux, avec les provisions nécessaires pour retourner en Angleterre. Le gouverneur mit à la voile, le 18 juin i586, et arriva à Portsmouth, le 27 juillet suivant (2).
Quelques jours après le départ de Grenville , un petit navire de 100 tonneaux qui avait été expédié par le chevalier Raleigh, arriva au cap Hatteras, au sud de Roanoke, et ne trouvant plus aucune trace des colons, revint en Angleterre (3).
(1) Les premiers historiens écrivent cap Hasterask; il est situé par la latitude nord de 35° i4' et 770 blf ouest de Paris. Voy. de Bry, Nist. noviorbis, part. I ; Hakluyt, vol. III , p. 25i-2Ô4 > où se trouvent les noms des colons ; SniilJis' Virginia, book I.
(a) Hakluyt, vol. III, p. 355-264.
(3) Smith*' Virginia, part, I.— Hakluyt, vol. III, p, a65. Quelques
de t'AJHtmm*' 171
i5Ç6. Troisième voyage du chevalier Gr$nville. Quinze jours après le départ de ce navire, sir Richard GrenvUle arriva sur la côte de la Virginie, avec trois navires ; et ne trouvant pas la colonie qu'il y avait laissée, Tannée précédente, il débarqua quinze hommes (1) dans l'île de Roanojœ pour en garder possession, avec des provisions pour deux ans, et revint en Angleterre*
1587. Quatrième voyage^ deuxième colonie. Le chevalier Raleigh équipa un navire de 120 tonneaux, une barque et une pinasse, sous le commandement de Jean Whiie, ayant à bord cent cinquante colons pour faire un établissement permanent. Çe capitaine fut nommé chef de la colonie, portant le titre de gouverneur, avec un Conseil de douze membres nommés assesseurs de la ville de Raleigh en Virginie.
White partit de Plyraouth , le 26 avril, et aborda , le 22 juillet, au cap Hatteras, où il apprit la perte de ses compatriotes qui y avaient été laissés par le chevalier Richard Grenville. Manteo, qui était à bord, s'étant procuré des renseignements, apprit que quelques-uns avaient p'té tués par une bande de trois cents Indiens (2), et que le reste s était enfui. Le terrain où ils s'étaient établis à Roanoke était déjà couvert de plantes sauvages. Les nouveaux colons en prirent possession et commencèrent leurs plantations.
En reconnaissance de la fidélité de Jfanteo qui avait été en Angleterre, il fut baptisé, le 1 3 août, sous le nom de seigneur Dassamonpeakj d'après les ordres de Raleigh. Ce fut le
auteurs prétendent que Raleigh lui-même se trouvait à bord de ce navire. Voy. Short account of me first seulement* in Virginia. Loiidon.
Dans le mémoire des commissaires du roi, 1. 1, p. 18, il est dit que, peu de tems après cet abandon ( de la colonie en i586 ) , le chevalier Raleigh y arriva en personne , et n'y trouvant aucun habitant, il retourna en Angleterre.
L'auteur de Y Histoire générale des voyages dit que les associés ayant équipé quatre gros navires ( en 1687) , Te chevalier Raleigh prit la résolution de les commander lui-même ; que le navire qu'il devait monter s'étant trouvé prêt avant les autres, il mit seul à la voile, etc., vol. XIV, art. Virginie.
Lediard , dans son Histoire navale a* Angleterre , dit aussi que Raleigh partit avec un seul navire , toucha au cap Hatteras , peu de jours après le départ des colons , et retourna en Angleterre avec les provisions qu'il leur avait destinées. Vol. I, liv. 2, ch. 22.
(1) Quinze hommes, selon Hakluyt. Smith dit çipquante ; mais c'est probablement une faute typographique.
(2) Nommés Secotan, Aquascogoc et Va^samonpeak,
premier Indien qui embrassa le christianisme dans cette partie de l'Amérique.
Le 18, Ellenorj fille du gouverneur et femme à'Aananias Dare, étant accouchée d'une fille , on donna le nom de Virginie à son enfant comme le premier-né en cette contrée.
La colonie était alors composée de quatre-vingt-onze hommes, dix-sept femmes et neuf enfants. On fortifia la ville et on fit la paix avec les tribus indiennes.
D'après la demande du Conseil, le gouverneur partit pour l'Angleterre, le 27 août, afin d'y chercher des provisions et de nouveaux colons. Touchant aux îles Açores , une flûte (1) ayant quinze hommes à bord, fut séparée de lui et chassée par le vent jusqu'à Smerwickj ville située sur la côte occidentale d'Irlande (2).
1588. Le gouverneur White, d'après la permission de Raleigh et de Grenville, fit partir, pour la Virginie, deux pinasses ayant à bord quinze colons et des provisions. Les commandants, voulant faire des prises pendant le voyage, furent rencontrés par deux vaisseaux de guerre de La Rochelle qui les pillèrent et les forcèrent à retourner en Angleterre (3).
1589. ^e 7 mars, le chevalier Raleigh, ayant dépensé 4o,ooo livres sterling dans ses tentatives pour la colonisation de la Virginie, sans en tirer aucun profit, la céda, par lettres-
atentes . à Thomas Smith et à vingt- neuf autres gentilsommes et négociants , en accordant une donation de 1 00 livres sterling pour l'intérêt de la colonie et la propagation de la religion chrétienne parmi les naturels du pays (4).
i5<)0. Cinquième voyage en Virginie. Le gouverneur Jean White, qui était retourné en Angleterre en 1 587 , pour chercher <^es vivres, partit encore de Plymouth, le 20 mars i5oyO, avec trois navires. En passant par les îles Caraïbes, il poursuivit des navires espagnols et n'arriva pas, avant le i5 août, au cap Hatteras. Il y débarqua et se mit à la recherche de la colonie de Roanoke. Bientôt il apprit par les trois lettres romaines , C. R. O. gravées sur un arbre, qu'elle s'était retirée dans
(1) En anglais , Fly boat.
(2) Hakluyts' Voyages , vol. III, p. 280-7.
(3) Oldys' life of Raleigh, p. 41.
(4) Hazards' State papers , vol. I. An assignent from sir Walter Raleigh, etc. Ce pays est désigné sous le nom d'Asamacomock, aliàs JVingandacoia , aliàs Virginia.
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l'île de Croatan ( i ), située à environ 20 lieues dans le détroit, au sud de Roanoke. Il expédia , pour chercher les colons, une chaloupe qui fut renversée par les courants, avec perte de sept marins. En même tems, s'éleva subitement une tempête qui rompit les câbles des navires et les chassa en pleine mer. Manquant d'eau et de provisions, le commandant fit voile'pour les Indes occidentales , et de là pour Plymouth en Angleterre où il arriva le 24 octobre (2):
Les malheureux colons, abandonnés de leurs compatriotes pendant seize ans, périrent sans doute par la famine, ou furent massacrés par les Indiens, car on n'a jamais pu rien apprendre sur leur sort.
On croit qu'ils avaient abordé au même endroit où le capitaine Hawkins demanda et obtint , en i564 , des Français qui s'y trouvaient, la permission de faire de l'eau, et qu'ils avaient débarqué ensuite à l'île de Wokoken dont ils prirent possession et s y établirent.
Raleigh, à son retour de la Guiane, en i5g5, proposa d'aller à la recherche de la colonie de la Virginie, mais le mauvais tems l'empêcha d'approcher cette cote (3).
1602. Le chevalier Raleigh expédia une autre barque sous le commandement de Samuel Mact, pour chercher les colons qui avaient été laissés en Virginie en 1587. ^ marin fit voile de Plymouth au mois de mars, aborda à la cote de l'Amérique, vers le 34e degré de latitude, qu'il longea pendant un mois , et revint en Angleterre sans avoir obtenu aucun renseignement (4).
1603. L'année suivante, le capitaine Bartholomew Gilbert fut expédié dans le même but. Partant de Plymouth, le 10 mai, il arriva, le 23 juillet, près du continent, vers le 4o* degré de latitude. Le 29, il jeta l'ancre à la distance d'un mille de la cote, et débarqua avec quatre de ses gens qui tombèrent à l'instant sous les haches des Indiens. Le reste de l'équipage, effrayé de ce massacre, retourna en Angleterre (5).
A cette époque, plusieurs hommes d'état et négociants dis-
(1) Cette île est située sur la côte septentrionale du cap L
(2) Smith? Virginia, book I. — Hakluyt, vol. III, p. 288-294. The fifth voyage to Virginia.
(3) Smiths* Virginia, book I.
(4) Purchas, vol. IV, lib. 8, ch. a.
(5) Purchas , vol. IV, lib. 8, ch. 12. A brief note ofsending another bark, this présent year 1602, etc.
tirtgués de Londres, prévoyaient les grands avantagés <juè l'Angleterre pourrait retirer du commerce colonial. Avant l'établissement des plantations, le sucre du Brésil coûtait de 7 à 8 livres sterling le baril ; le tabac, de 4 à S schellings la livre ; la potasse et le goudron étaient fournis par la Suède ; l'indigo par les Français et les Espagnols ; le tout à un prix très-élevé. Les colonies pouvaient produire tous ces articles, ainsi que le riz, le coton et le bois de construction. En échange, on pouvait donner des marchandises anglaises exportées sur les navires de la même nation (i).
1606, le 1 6 avril. Formation de deux Compagnies en Angleterre, pour fonder des établissements dans la rirginie. Les renseignements sur l'Amérique septentrionale avaient donné naissante à une association coloniale, dans le but d'y créer des établissements. La charte qui avait été accordée à Raleigh, fut annulée par prescription , et des lettres-patentes furent signées par Jacques Ier, pour deux compagnies , Tune dans la Virginie méridionale, entre les 34e et 4ie degrés de latitude nord; l'autre dans la Virginie septentrionale, entre les 38e et 45e degrés. Les associés avaient droit de commencer leur établissement dans l'endroit qu'ils jugeraient convenable entre lesdites limites, et de s'étendre sur la côte, à droite et à gauche, l'espace de 5o milles anglais et à la distance de ioo milles dans l'intérieur du pays. La colonie qui serait établie la dernière ne pourrait s'approcher plus de ioo milles de l'autre, et personne ne pouvait s'établir dans leur voisinage sans la permission de leur Conseil.
Le district du Sud , nommé la première colonie* fut accordé à la Compagnie de Londres , et le district du Nord , nommé la seconde colonie, à la Compagnie de Plymouth (a).
La charte des colons renfermait des privilèges considérables. Les émigrés qui passaient dans les établissements de la Compagnie et leur postérité devaient être toujours considérés comme sujets d'Angleterre avec les mêmes libertés, franchises et immunités, et gouvernés selon les lois et ordonnances transmises
(i) Canipbells political survey of great Britain, vol. II, book. V. London 1774.
(a) Les associés de la Compagnie de Londres étaient les chevaliers Thomas Gates , George Summers , Richard Hakhiyt , chanoine-clerc de Westminster, Edouard-Marie "VVingfield , et tels autres qui se joindraient à eux. Ceux de la Compagnie de Plymouth étaient : Thomas Hanham , Raleigh Gilbert , Guillaume Parker et George Popham. Voy. l'art. Massachusetts.
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par sa majesté. La Compagnie était autorisée à y transporter des vivres et des armes sans payer aucun droit pendant .sept ans. Les colons étaient autorisés à chercher et à ouvrir des mines d'or, d'argent et de cuivre, moyennant un tribut du cinquième du produit des deux premières espèces, et seulement du quinzième pour la dernière de ces redevances.
Un Conseil composé de treize personnes désignées par le roi et siégeant en Angleterre, était chargé de la direction supérieure des affaires de la colonie. Un autre Conseil, également composé de treize membres nommés par le roi et révocables par lui, devait gouverner les établissements d'après les règlements signés de sa main. Le président et le Conseil avaient droit de repousser tout individu qui voudrait s'établir ou commercer dans les limites de leur territoire sans leur permission ; de s'emparer de sa personne et de ses effets, et d imposer une taxe de 1 1 1/2 p. 0/0 sur la valeur de se» biens en cas que le propriétaire fût natif, et de 5 p. 0/0 s'il était e'trauger. La Compagnie avait droit à ces taxes pendant it ans, et après ce terme, elles appartenaient à l'échiquier. Il était permis de frapper une monnaie qui aurait cours dans la colonie et parmi les Indiens. Manie de pouvoirs législatifs et exécutifs , la société pouvait faire des règlements commerciaux sans le vote ni les Conseils des colons et en opposition directe avec leurs privilèges.
Un code de lois fut rédigé par le roi même et signé le 10 novembre 1606, sous le titre & ordres et instructions pour les colonies. Un Conseil composé de 14 membres et siégeant en Angleterre, eut la direction générale de la colonie. Les pouvoirs législatifs et exécutifs furent confiés au président et' à son Conseil, sans en accorder aucune participation aux représentants. L'établissement de l'église anglicane fut ordonné , ainsi que l'observance du serment d'allégeance et la douceur envers les idolâtres. Les individus accusés de tumulte , de sédition , de révolte, de meurtre, d'inceste et autres crimes crai entraînaient la peine capitale, étaient jugés par dès jures. La i délits moins eraves fut remise à la discrétiof
«Mil
ntion de* délits moins graves fut remise à la discrétion du président et de son Conseil. Ils avaient pouvoir de faire des lois, pourvu qu'elles ne contrariassent point celles d 'Angleterre, et de nommer des officiers publics ; mais le roi se réservâlt le droit de les révoquer et de promulgue^ de nodvelles'lois qui devaient toujours être en harmonie avec les maximes de la jurisprudence anglaise (1).
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(0 La charte se trouve dans l'appendice de l'Histoire de la Virginie,
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1606-7- Établissement de la première colonie permanente de la Virginie. La Compagnie de Londres équipa trois petits navires ( 1 ) dont elle confia le commandement au capitaine Christophe Newport (2), avec ordre de débarquer à l'île de Roanoke. Il partit de la Tamise, le 19 déc, et après un pénible voyage de quatre mois par l'ancienne route des iles Caraïbes , il fut poussé par une tempête à l'embouchure de la baie de Cbésapeak, le 26 avril 1607. Ayant reconnu les deux promontoires decette baie, il donna le nom de cap Henri à celui du Sud en l'honneur du prince de Galles, et le promontoire Nord fut nommé cap Charles en l'honneur du duc d'York , depuis le roi Charles II. Une trentaine d'hommes débarqués au premier endroit furent attaqués par cinq Indiens qui en blessèrent deux grièvement.
1607. Le même jour, les instructions furent décachetées. Le gouvernement se trouva composé d'un président qu'on devait choisir tous les ans, et d'un Conseil de six membres (3), revêtu d'une autorité purement aristocratique.
Le 1 3 mai , Edouard Wingfîeld fut nommé président par le Conseil, qui, par motifs de jalousie , exclut de son sein Jean Smith j si célèbre après cette époque dans l'histoire de la Virginie. Pendant la traversée, il avait été mis en prison comme accusé du projet de se déclarer roi de ce pays , par l'influence du chapelain , M. Hunt : Smith fut ensuite admis membre du Conseil après avoir été jugé et acquitté.
Ayant doublé les deux caps, les Anglais arrivèrent à l'embouchure d'un grand fleuve appelé par les naturels Powhatan, et qu'ils nommèrent Jacques en l'honneur de leur souverain. Ils le remontèrent environ 5o milles , et, le i3 mai, choisirent un lieu pour l'établissement de la colonie auquel ils donnèrent le nom de James -Town ou ville de Jacques.
par Stith , n« 1 ; les instructions données par le roi dans l'histoire même , p. a5 et 3o.
Voyez aussi Ifazard$* Collection, vol. I, p. 5 1-7, et R/mers' Fœdtm, vol. XVIII, p. 890-1.
On a remarqué que cette charte ne fut établie ni par droit de découverte , ni p ir droit de conquête, d'héritage ou achat.
(1) Un de 100 tonneaux , un de 40 et une pinasse de 20.
(2) Eu 1592, cet officier commanda une expédition contre les tles occidentales espagnoles où il prit trois navires et une barque , brûla quelques villes , et retourna en Angleterre chargé de butin.
(3) Edouard-Marie Wingticld et les capitaines Bartholomew Gosnold, John Smith , Jean Ratclifle , Jean Martin , George Kendall et Christophe Newport.
DE L.' AMÉRIQUE. i77
Les colons, par leur condition et leurs habitudes, n'étaient pas nés pour les travaux et les fatigues qu'ils eurent à endurer. Outre les sept membres du Conseil, cinquante -quatre étaient gentilshommes (i), et il n'y avait que douze laboureurs et quatre charpentiers. Le président, se méfiant de ses subordonnés , ne voulut point de fortifications pour se protéger contre les naturels ; le seul ouvrage de défense qu'il fit construire fut une espèce d'estacade formée de branches d'arbres.
Newport et Smith partirent avec vingt hommes, pour découvrir les sources du Powhatan, et après six jours de marche, ils arrivèrent au village du même nom, composé d environ douze cabanes ; c'était le siège de Powhatan , empereur du pays (a).
Après un séjour de six semaines devant la place de James- Town, l'amiral Newport, selon ses instructions, partit le i5 juin 1607, pour l'Angleterre, laissant une centaine d'hommes destinés a former, au milieu des bois, le noyau d'un puissant empire (3).
1607. 1^es colons, n'osant plus s'aventurer à la chasse, ne vécurent , depuis le mois de mai jusqu'au mois de septembre , que d'esturgeons et d'écrevisses de mer.
Le président Winefield ayant été accusé d'avoir monopolisé les meilleures provisions, fut arrêté et déposé, et Ratcliffe choisi pour le remplacer ; mais ensuite, par un commun accord, l'autorité fut déposée entre les mains de Smith, qui s'occupa alors à fortifier James-Town (ville de Jaques) contre les attaques des Indiens.
La chaleur extrême et des aliments malsains firent périr, avant le mois de septembre, cinquante colons, parmi lesquels se trouvait Barthelemi Gosnold, un des plus zélés et qui avait formé le plan de l'expédition.
Smith, étant allé à la recherche de provisions, descendit le fleuve à Kecoughtan (4), en attaqua les habitants et les effraya
(1) Parmi ce nombre se trouvaient l'honorable George Percy, frère da comte de Northumberland ; Antoine Gosnold, et plusieurs autres gens de distinction. Thomas Studley fut nommé cape merchant , ou trésorier de la colonie.
(a) Ce village était situé sur une colline près de la ville actuelle de Bichraond.
(3) SnuOny Virginia y book. II, and 1 1 1.— Purchas, vol. IV, book IX, ch. 4,
(4) Ce village était situé près de la ville de Hampton.
T. xvii* 12
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tellement , qu'ils Tinrent remplir sa chaloupe de daims , de dindons sauvages et de pains de maïs. En retournant à James- Town, il découvrit le pays et^e village de Warrascoyacfo.
Pendant l'absence de Smith, quelques troubles éclatèrent parmi les colons. Plusieurs ( i ) avaient formé le projet de s'emparer de la barque pour retourner en Angleterre. Smith parvint à les empêcher d'exécuter ce projet ; et remettant à la voile, il descendit la rivière Chickahamania (2) où plusieurs centaines d'Indiens lui apportèrent du maïs en abondance.
L'hiver commença , et l'on trouva du gibier en grande quantité , mais les colons éprouvèrent un nouveau malheur. Smith, étant reparti pour découvrir la source de cette même rivière, tomba dans les mains des Pamaunkees, sauvages puissants et cruels : sa barque y fut perdue par la négligence de ses hommes, et lui fut emmené à Werowocomoco (3).
Smith présenta au roi des Pamaunkees et à ses guerriers un petit compas dont il leur expliqua l'usage. Il essaya aussi de leur donner quelques idées de la forme de la terre, des mouvements du soleil, de l'étendue de la terre et de la mer, et de la diversité des nations et de leurs couleurs. Ces détails excitaient leur admiration. Néanmoins une heure après, ils l'avaient attaché à un arbre, et allaient le mettre à mort quand ils en furent empêchés par le roi, présentant le compas qu'il tenait dans ses mains. Les guerriers laissèrent tomber leurs arcs et leurs flèches, et conduisirent le prisonnier à Orapake où il fut bien traité.
Pendant ce tems , les Indiens , se préparant à attaquer James-Town, prièrent Smith de leur indiquer la manière de réussir, lui offrant sa liberté, des terres et des femmes. Il leur fit voir la difficulté de l'entreprise ; et ayant obtenu la permission d'écrire au gouverneur, il l'informa de leur plan. Le messager, en arrivant devant la ville, fut effrayé du bruit du canon et de l'appareil de guerre qu'il vit déployé ; il se retira ; mais dans la nuit étant retourné à l'endroit qui lui avait été indiqué, il y trouva une réponse. Trois jours après,
(1) Particulièrement Wîngfield et Kendall qui avaient été déposés. Ce dernier fut tué dans cette tentative.
(a) Plusieurs auteurs modernes disent ChtckaJiominy
(3) Sur le bord septentrional de la rivière York , dans le comte* de Glocester.
il était de retour avec ce papier, s étonnant comment il pouvait parler ou comment Smith pouvait deviner.
Smith fut ensuite conduit dans différentes villes (i) situées sur les bords duRapahannoc et duPotomac, ramené au roi à l'aman n k ee et de là à Werowocomoco où l'empereur le reçut en présence de plus de deux cents hommes de sa suite, qui le saluèrent par des acclamations et le regardaient comme un prodige.
Powhatan était assis devant le feu. Il portait une robe faite de peaux de raton-laveur (2), préparées avec les queues qui étaient pendantes. De chaque côté était assise une jeune fille de 16 à 18 ans, et derrière eux on voyait deux rangées d'hommes et autant de femmes ayant la tête et les épaules peintes en rouge, et portant autour du cou une chaîne de perles blanches. La reine d'Appamatuck lui présenta de l'eau pour laver ses mains, une autre un paquet de plumes pour les essayer.
Powhatan ayant décidé que le prisonnier serait misa mort, les guerriers se jetèrent sur Smith, l'en traînèrent vers la pierre qui devait servir de billot, le forcèrent à y poser la tête ; déjà leurs massues étaient levées pour lui briser le crâne, quand la. fille chérie du roi, Pocahontas, âgée dei3 ans, accourut se jeter aux pieds de son père , le suppliant de lui faire grâce ; mais voyant ses prières sans effet, elle se précipite entre Smith et ses bourreaux, pose sa tête sur celle du prisonnier pour recevoir la mort ou le sauver.
Alorsi'empereur , espérant en obtenir des présents, lui pardonna. Deux jours après, Smith fut amené dans une grande maison au milieu des bois : Powhatan vint l'y trouver, accompagne de deux cents hommes de sa suite, tous peints en noir, et ressemblant plus à des démons qu'à des hommes. Powhatan lui dit qu'à présent ils étaient amis, qu'il le laisserait aller à James - Tow n , mais à condition de lui procurer deux grands canons et une pierre à moulin. Smith, échappé à tant de dangers, se mit en route avec douze guides, et, le lendemain matin, arriva au fort. Il présenta aux Indiens deux petites pièces de canon et la pierre qui avait été demandée, mais ils la trouvèrent trop lourde pour la transporter. Smith , voulant lçux donner une idée de sa puissance, fit charger les pièces ayaç <Jes pierres, et tira contre un arbre. Ils furent si terrifiés
(1) Douthtanunds, Mattapanients, Payankatanks , Nantanghtacunds et Onawmanients.
(2) Ursus lotor.
ï8o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
qu'ils prirent la fuite; mais ils revinrent. Après quelques conférences, ils furent renvoyés à Powhatan avec des présents, pour lui, ses femmes et ses enfants, ce dont il tut trèssatisfait (i).
Profitant de l'absence de Smith qui avait -duré sept semaines, plusieurs esprits mécontents avaient l'intention de se retirer à bord du navire qu'il avait laissé pour l'usage de la colonie. Smith trouva encore moyen de les retenir dans le devoir, en leur partageant les provisions qu'il tenait de l'amitié de Pocahontas et de sa suite.
1607. Au mois de mars, le roi d'Angleterre publia une ordonnance pour augmenter le nombre des commissaires des colonies et leur pouvoir, en les autorisant à nommer et révoquer les officiers coloniaux , à établir des lois pour mieux gouverner les plantations, et passer tous les actes qui ne seraient pas contraires à la charte de la Virginie, ni aux lois d'Angleterre, ni aux prérogatives royales (2).
Encouragés par cette ordonnance, le trésorier et le Conseil en Angleterre firent partir deux navires ayant à bord cent vingt passagers, et une bonne quantité de provisions, sous le commandement du capitaine Newport et de Francis Nelson. Ils arrivèrent à leur destination vers la fin de Tannée. Malheureusement pour la colonie, la plupart des émigrés étaient des rainneurs, des orfèvres et joailliers peu propres aux travaux de la terre.
1608. Les mêmes navires furent expédiés pour l'Angleterre, avec les premières productions de ce pays, consistant en bois de cèdre, en planches préparées pour les futailles et une substance terreuse brillante (talc) que l'on supposait contenir de l'or.
Les colons s'occupaient à recueillir cette richesse imaginaire au lieu de pourvoir à leur subsistance.
L'auteur d'un ouvrage intitulé : Bien public sans intérêts particuliers j s'étonne que la colonie de Virginie ait fait aussi peu de progrès. Il attribue cette circonstance aux causes suivantes : 1 0 les erreurs commises par ceux qui y ont été envoyés par les colons ; 20 la mauvaise conduite des planteurs envers les Indiens ; 3° le manque de foi des trafiquants ; 4° la grande négligence du service divin et des devoirs religieux dans toutes les plantations. Les erreurs commises sont principalement, dit-il, dans le choix des gouverneurs, qui ordinaire-
(1) Smiths' Virginia , boot III.
(3) Chalmtrs Jnnals, «t. Virginie, book I, cb. a.
ment ne sont pas des hommes habiles; dans celui des ministres de la religion, qui n'ont pas toujours les qualités requises ; dans les personnes envoyées pour peupler la colonie, qui sont souvent choisies dans la classe la plus abjecte de la société ou parmi des domestiques et des enfants qui ont été violemment arrachés à leurs parents et vendus , à leur arrivée , comme esclaves.
Il est à remarquer, ajoute l'auteur, que les planteurs ne gardent pas leur parole envers les Indiens , tandis que ceuxci n'y manquent jamais ou très-rarement. Ils viennent sous la foi des traités pour faire le commerce, et quelquefois les planteurs s'emparent, par la force, de leurs propriétés. En voici un exemple. Une nombreuse peuplade dindiens arriva avec une quantité de peaux de castors, pour trafiquer avec quelques planteurs ; cinq de leurs chefs furent massacrés.
Pour justifier ces actes de cruauté et d'injustice, des prédicateurs ont déclaré publiquement que les planteurs avaient le droit de chasser les Indiens de leurs propriétés, afin de s'en emparer.
Les établissements se trouvaient à une grande distance l'on de l'autre, et les propriétaires réclamaient plus de terres qu'ils ne pouvaient en cultiver. Ainsi dispersés, ils étaient plus exposés à être attaqués par les Indiens quand ceux-ci trouvaient une occasion de se venger.
D'autres circonstances fâcheuses sont encore rapportées dans cet écrit. Les planteurs s'étaient emparés de tous les bords des rivières, ce qui empêcha les nouveaux venus de s'établir convenablement. Ils ne cultivaient que le tabac , et ils avaient commis une grande faute en négligeant d'établir des villes dans chaque comté.
Pour remédier à ces maux, l'auteur proposait : i° d'envoyer des ministres de mœurs exemplaires , et des gouverneurs capables de remplir leurs fonctions ; 2° de fournir une barque pour reconnaître la côte méridionale de la Virginie ; 3° d établir des forts pour la sûreté du pays, contre les Indiens ou une invasion étrangère ; 4° de faire frapper monnaie pour remplacer le tabac qui la représentait dans la colonie (i).
(i) Public good without private interest. Bien public sans intérêt particulier, ou représentation de la triste situation actuelle de la colonie anglaise dans la Virginie , avec un exposé des différentes causes qui , jusqu'ici, l'ont empêchée de mieux prospérer ; par Lionel Gatford, présenté au lord protecteur de l'Angleterre. London, 1607.
1608. Voyage et découverte du capitaine Smith ' dans la baie de Chésapeak. Il partit le 2 juin dans une barqoe1 non pontée, avec six gentilshommes, sept soldats et un médecin, le docteur Russel.
Traversant la baie jusqu'au bord oriental, ils découtrirént les îles qui prirent son nom. Au cap Charles, il rencontra deux Indiens qui le conduisirent à Àccomak, demeure de leur
weromance; ce chef le reçut avec cordialité, et lui donna des
renseignements sur la baie, les îles et les rivières. Continuant sa route, il passa par une terre élevée, qu'il nomma colline de Keale, et par quelques îles désertes qu'il appela îles Russel ( 1 ). Suivant le canal Oriental , il arriva à l'embouchure de la rivière Wighcocomoco (2) où les naturels , qui d'abord montrèrent quelques dispositions hostiles, ne tardèrent pas à témoigner leur amitié par des chants et des danses. En se dirigeant de là vers une autre rivière nommée Cuskardwaok, les naturels lancèrent une volée de flèches contre la barque ; une décharge de mousqueterie les mit en fuite. Smith alla à terre, et y trouva deux ou trois petites maisons dans lesquelles il laissa quelques pièces de cuivre, des chapelets, des sonnettes èt des petits miroirs. Le lendemain matin, quatre Indiens vinrent dans un canot pour le visiter, et après être retournés à terre, revinrent accompagnés de vingt autres , qui furent eux-mêmes suivis par deux ou trois mille hommes, femmes et enfants, portant chacun quelques présents. Ces Indiens avaient nom de Sarapinagh, Nause Arsetk et Nantaquak. Ils fournirent des renseignements sur une grande nation nommée Massawomekes que Smith résolut de découvrir. Après avoir franchi plusieurs criques, il arriva à une rivière navigable appelée Bolus (3) à cause de la nature du sol de ses rives.
Les matelots étaient fatigués, les vivres étaient gâtés par l'humidité; tous se plaignaient amèrement et voulaient forcer Smith à retourner ; mais il parvint à les calmer ; et poursuivant sa route, il découvrit, le 16 juin, le Patawomec (Potomac).
Il remonta ce grand fleuve à la distance de 3o milles, sans apercevoir une figare humaine; niais arrivé à une crique, vers Onâwmanientj on aperçut 3 ou 4>ooo Indiens en em-
(1) Ainsi nommées à cause du médecin qui accompagnait l'expédition, et ensuite appelées tles de Tanger.
(2) Ensuite nommée Pokomoke.
(3) Le PaUpsco dans l'ÉUt de MaryUnd.
DE Ii' AMÉRIQUE.
buscade dans les bois, hurlant et chantant, dit Smith, comme autant de démons échappés des enfers. Une décharge de mousqueterie les eut bientôt dispersés, et ils revinrent peu de tems après avec des présents, disant pour s'excuser, qu'ils s'étaient conduits en ennemis par les conseils de Powhatan.
Les Patoxvomekes j les Ctcocawonees et d'autres agirent de la même manière ; mais les Moy aortes, les Nacotchants et les Toags se montrèrent amis tout d'abord, et apportèrent des provisions de chair d'ours, de daims et d'autres animaux.
Smith passa 1 entrée des rivières de Payankatank et de Pamaunkét, sans les reconnaître, et revint à James-Town le 21 juillet.
La mauvaise administration du président Ratcliffe fut cause que la discorde se mit encore parmi les colons ; mais le calme s'y rétablit quand Smith, d'après les renseignements qu'il avait recueillis chez les Indiens , leur apprit que la baie de Chésapeak s'étendait jusque près de l'Océan Pacifique.
Le président, accusé d imprévoyance et de lâcheté, fut déposé. Smith lui succéda provisoirement, d'après la décision du Conseil : ayant établi un lieutenant, M. Scrivener, il entreprit un second voyage pour continuer ses découvertes jusqu'à l 'extrémité du golfe ( i ) .
Pendant que Smith s'occupait à faire décharger le navire , Newport et 120 hommes partirent pour découvrir le pays de Monacan* Il navigua jusqu'à la première chute du fleuve, et ensuite s'avança par terre pendant deux jours et demi, à la distance d'environ 4° milles. Il arriva à deux villes nommées Tune Massinacak et l'autre Mowhemenchouch où il chercha du mais sans en trouver : les habitants l'avaient caché dans les bois. Il revint à James-Town sans éprouver aucune hostilité de la part des Indiens (2).
Le président , espérant trouver des provisions à Chickahamania, s'y rendit avec deux barques ayant dix-huit hommes à bord. Les habitants se montrèrent d'abord très-arrogants, refusant d'accepter son offre de trafiquer. Il les avertit alors qu'il était venu dans le but de venger son emprisonnement et la mort de ses gens. Il fit débarquer ses hommes et se prépara à les attaquer. Us prirent alors la fuite, mais bientôt après envoyèrent des ambassadeurs avec un présent de poissons ,
(1) Smiths' Virginia, book HT, ch. 5. The accidents that happened in the discovery of tlte bay of Chesapeake.
(a) Ils sont nommés Manakins par quelques auteurs.
du gibier et 100 boisseaux de maïs: Smith fut satisfait de ce succès, et revint à James-Town. Peu de tems après, il expédia M. Scriveneravecun détachement de soldats à bord de fa pinasse, et des barques pour chercher du mais àWerowocomoco . Les habitants paraissaient plus disposés à se battre qu'à faire le commerce ; toutefois , par l'influence de Namontack , il se procura deux ou trois barils de grains et autant de la racine rouge de pocone, alors estimée comme une excellente teinture.
Le capitaine Newport mit à la voile pour retourner en Angleterre avec une cargaison de planches, goudron , poix, potasse et gomme.
Après le départ de ce capitaine, le président retourna à Nandsamund pour recevoir 4<>o paniers de maïs que les habitants s'étaient engagés à lui remettre ; mais d'après les ordres de Powhatan, ils ne voulurent pas même permettre à Smith d'entrer dans leur rivière. Il fit alors une décharge de mous* queterie contre eux, et brûla une cabane, ce qui les détermina à revenirpour offrir la moitié des grains qu'ils possédaient ; et dont, avant la nuit , ils remplirent trois chaloupes ; mais cette contribution excita leur haine.
Le président fit un nouveau voyage pour découvrir la rivière et le peuple d'Apamatuck, et y reçut quelques provisions en échange de morceaux de cuivre (i).
1608. Second voyage du capitaine Smith dans la baie de Chésapeah. Il partit le juillet , avec douze hommes , dont moitié composée de gentilshommes , et l'autre de soldats. Ayant passé l'embouchure du Potomac , il se rendit à celle de Bolusj et s'avançant un peu plus loin, il reconnut que la baie se divise en deux branches , et un peu plus haut, en quatre. En la traversant, il rencontra sept ou huit canots montés par des Massawomeks (2) qui s'enfuirent à terre ; mais leur ayant fait des signes d'amitié, ils approchèrent de la barque , et firent présent de venaison , de chair d'ours , de poissons, d'arcs et de flèches. Il entra ensuite dans la rivière de Tochwogh (3), dont les habitants qui portaient le même nom, étaient les mortels ennemis des Massawomeks. En reconnaissant les armes de ces derniers, ils furent effrayés, ne pensèrent pas à se montrer hostiles, et reçurent Smith avec
(1) Snriths' Virginia, lib. III, ch. 7.
(2) On croit que ces Indiens étaient ceux qui furent ensuite connus sous le nom de oénecast ou six nations.
(3) Depuis nommée Sassafras.
DE 1/ AMÉRIQUE. i85
la plus grande distinction» Il est à remarquer que ces peuples possédaient déjà des haches, des couteaux, des morceaux de fer et de cuivre, qu'ils disaient avoir obtenus des Susquesahanocksj nation puissante qui habitait la principale branche du grand golfe, à deux journées de marche au-dessus des cataractes et bas-fonds qui interrompent la navigation des bateaux. Smith leur expédia un de ses gens pour les inviter à descendre vers lui ; soixante d'entr'eux qui ressemblaient à des géants , arrivèrent apportant de la venaison , des pipes à fumer de trois pieds de longueur, des espèces de boucliers ou rondacbes, des arcs, des flèches et des corbeilles.
Les Susquesahanocks comptaient environ six cents guerriers, et leur village était palissade. Dans cette entrevue, ils embrassèrent Smith en chantant ses louanges et élevant leurs mains vers le soleil ; ils le couvrirent ensuite d'une peau d'ours peinte, passèrent à son cou une grande chaîne de perles blanches, déposèrent à ses pieds 18 manteaux de différentes peaux cousues ensemble , le prièrent de vouloir bien être leur chef et leur protecteur, en les défendant contre leurs ennemis les Massawomcks . Le capitaine les quitta en leur promettant de revenir l'année d'après.
Smith donna des noms à tous les points de terre, baies, rivières et entrées qu'il découvrit. Les plus hautes terres du nord furent appelées monts Poregrine^ une rivière rocailleuse que remontèrent les Massawomeks, rivière Willowby* en l'honneur du lord de ce nom, ami de Smith. La rivière de Susquesahanok fut appelée Smith' s Falls ou chute de Smith. Les autres îles, pointes, baies, etc., reçurent les noms de ceux qui les avaient découvertes. Il fit des marques sur les arbres, creusa des trous dans lesquels il plaça des notes écrites ; dans d'autres endroits, il planta des croix en cuivre pour laisser des traces de son passage.
Smith retourna alors sur ses pas pour visiter la rivière de Pawtuxentj où il fut bien traité par les Moraughtacund qui habitaient ses bords. Là , il rencontra un nommé Mosco <le TVighcocomocOj qui portait une barbe noire très-touffue. On le supposait fils d'un Français. Fier d'être traite comme un compatriote, il offrit ses services, et conseilla aux Anglais de ne pas visiter les Rapahanocks qui étaient ennemis des Moraughtacund. Cependant Smith persista dans son projet , désirant les connaître : à peine avait-il traversé la rivière, qu'il fut attaqué par deux cents ou trois cents guerriers cachés derrière les arbres , et qui s'enfuirent dans lés bois, après avoir
décoché plus de 1,000 flèches. Les Anglais furent protégés dans leurs barques par les boucliers des Massawomtks qu'aucune flèche ne pouvait traverser.
LesPîssassacksj, les Moraughtacund et les Cuttatwwomtn se montrèrent hospitaliers ; mais les Manakoacks ou Manahocks témoignèrent leur hostilité par une décharge de flèches qu'ils lancèrent du milieu des arbres qui les pro- ' tégaient.
Avec l'aide de Mosco, et d'un captif nommé Amorohch^ qui servirent d'interprète, Smith parvint à conclure la paix avec les quatre nations deMonahoke, et après avoir rendu les prisonniers, il prit congé des Indiens qui fêtèrent cet événement par des chants et des danses.
Smith étant retourné kMoraughtacund, fit, par l'intervention de cepeuple, la paix avec les Rapahanocks; de là il continua jusqu'à la rivière Pavankatank qu'il explora aussi loin qu'elle se trouva navigable, et en pénétrant ensuite dans une rivière étroite, il fut attaqué par deux, ou trois cents Chésapeaks (i) et Nandsamund, près de l'entrée de cette dernière rivière ; ils décochèrent leurs flèches contre les boucliers qui protégaient la barque et sans blesser un seul homme. On riposta par une décharge de mousqueterie qui les mit en fuite. Smith s'empara de leur canot et menaça de brûler leurs maisons et leurs provisions. Cette menace les engagea à faire la paix ; elle leur fut accordée à condition qu'ils livreraient leurs arcs et leurs flèches, et fourniraient 4°° boisseaux de maïs ; ils s'y soumirent, et Smith les laissant en de bonnes dispositions, partit pour James-Town , où il arriva le 7 septembre 1608 , après avoir fait environ 3, 000 lieues dans une petite embarcation (2). Trois jours après son arrivée, il fut nommé président, d'après la demande des colons et la décision du Conseil.
1608. Afin de protéger les colons contre les attaques des Indiens, le président fit entourer le fort d'une palissade, et y plaça des canons. Il obligea tous les hommes à s'exercer, une fois -par semaine, au maniement des armes , dans une plaine située à l'ouest de la ville, et qui prit le nom deSmith-Field^ exercice qui excitait l'admiration des Indiens : ils accouraient par centaines pour les voir.
(0 Ces Indiens habitaient les bords delà rivière de leur nom^appelëe aujourd'hui Elisabeth.
(a) Smiths' Virginia , book III, ch. 6 . What, happmed the second Voyage i*di$co9ering Ht* bay.
Sur ces entrefaites, le capitaine Néwport était revenu en Virginie, avec un nouveau renfort composé de soixante-dix personnes, parmi lesquelles ôn distinguait M.m*Forest et sa servante Anm Barras ; ce furent les premières femmes d'Europe qui abordèrent cette cote ; on y comptait les capitaines Pierre Wynm^X Richard Waldo, nommes membres du Conseil ; Francis JVtst, frère du lord Délawarre , et six. autres personnages de distinction. On remarquait aussi parmi ces émigrants buit Allemands et Polonais envoyés par la Compagnie, pour apprendre aux colons à construire des moulins, faire du goudron, du verre et de la potasse ( 1).
Les instructions apportées par le capitaine Newport ordonnaient de pénétrer dans l'intérieur du pays pour tâcher de découvrir 1 Océan Pacifique ; d'aller à la recherche des hommes laisses par Raleigh, et de rapporter en Angleterre une certaine quantité d'or. La dépense nécessitée par cette expédition était estimée 2,000 livres sterling ; et dans le cas où les navires reviendraient sans un chargement d'une valeur au moins égale, les colons étaient menacés d'être abandonnés comme des bannis.
Le premier mariage contracté par les colons , eut lieu à cette époque entre Anne Burras et Jean Laydon.
Le capitaine Smith partit de nouveau, avec quatre hommes, pour visiter Powhatan et lui annoncer l'arrivée de présents royaux pour la fête de son couronnement. Il se rendit par terre à 11 milles de Werowocomoco, et traversa la rivière de Pamaunkée pour attendre ce prince qui était à 3o milles de là. ^Pendant ce tems, Pocahontas et ses femmes donnèrent à Smith le divertissement suivant. Trente jeunes femmes sortirent du bois dans un état de nudité presque complet, n'ayant que le milieu du corps couvert seulement par des feuilles, et la peau peinte de différentes couleurs. Celle qui les guidait portait sur la tête une paire de cornes de daims, une peau de loutre à sa ceinture, une autre à son bras, un carquois sur rëpaule et un arc et des flèches à la main. Toutes portaient des cornes semblables, quelques-unes une épée, d'autres une massue ou un bâton. Se rangeant en cercle autour du feu, elles chantèrent et dansèrent près d'une heure, ensuite se retirèrent à leurs cabanes où se rendit le capitaine Smith d'après leur invitation pressante. Là, elles l'entourèrent en criant : Ne
(1) Suivant Smith, on comptait *8 gentilshommes, ï4artisam ettu- Untdc'kbourears, Smith? rirgitùa, fcook. III, ch. 7.
m'aimez- vous pas? Cette fête se termina par un repas pendant lequel elles dansèrent et chantèrent gaiement. Smith ayant exprimé sa reconnaissance de cette réception amicale, se retira, et les femmes raccompagnèrent jusqu'à son logement , portant chacune à la main un morceau de bois résineux allumé et brûlant comme une torche. Le jour suivant , Powhatan arriva. Smith lui remit Namontack qu'il avait ramené d'Angleterre , le priant de venir chez le pire Newport , afin de recevoir des présents pour son couronnement et faciliter les moyens de punir les Monacans. Powhatan répondit : « Si votre roi m'a envoyé des présents, moi aussi je suis roi et cette terre m'appartient ; j'attendrai huit jours pour les recevoir ; votre père doit venir me trouver, et ce n'est pas à moi à me rendre près de lui. Quant aux Monacans, je saurai venger mes propres injures ».
Le capitaine alla porter cette réponse à Newport ; et prenant avec lui cinquante hommes, se rendit par terre à JVerowocomoco. Les présents dont il était chargé furent expédiés par eau à la distance de 100 milles ; ils consistaient en un manteau écarlate, des habits , un lit , une cuvette , un pot et d'autres articles.
Revêtu de ce manteau écarlate, Powhatan fut couronné avec une grande pompe, et , en retour, offrit à Newport son manteau, ses vieux mocassins et sept ou huit boisseaux d'épis de mais ; ce capitaine en acheta une quantité semblable, et retourna au fort.
1608 , le 28 décembre. Smith, ayant résolu de faire une nouvelle visite à Powhatan , mit à la voile avec la barque et lapinasse ayant à bord quinze gentilshommes et douze soldats. En même tems, il expédia par terre dix hommes, dont quatre Hollandais, afin de bâtir une maison pour Powhatan, avant l'arrivée des navires. Smith s'arrêta à Warrascoyack où il fut très-bien accueilli par le roi , qui liii conseilla de ne pas visiter Powhatan. Poursuivant sa route jusqu'à Kecoughtan, il y fut retenu sept jours par une tempête, et pendant ce tems , les habitants lui fournirent des huîtres, du poisson, du gibier et du bon pain. Les pigeons étaient si nombreux que lui et deux de ses hommes en tuèrent 148 en tirant chacun trois coups. S'avançant jusqu'à Kiskiack^ il y fat encore retenu trois jours à cause de la gelée et des vents contraires. Il n'arriva à Werowocomoco que le 12 janvier 1609. Il y trouva le fleuve gelé jusqu'à la distance d'un demi-mille du rivage. Powhatan lui fournit des vivres, du pain, de la chair et des dindons ;
mais le jour suivant, il informa Smith qu'il n'avait pas de maïs , ajoutant néanmoins, que pour quarante épées il lui en donnerait autant de paniers. Le président ayant exprimé son étonnement de ce refus, le roi répondit , savoir positivement qu'il ne venait pas pour faire le commerce, mais pour envahir et prendre possession de son pays. Il l'invita à laisser ses armes à bord de ses barques , puisqu'elles étaient inutiles , étant tous amis et pour toujours. Powhatan fit alors un long discours dans lequel il dit , qu'il avait vu passer trois générations, dont pas un individu n'avait survécu que lui seul ; qu'il connaissait bien la différence entre la paix et la guerre ; qu'il était vieux et devait bientôt mourir ; il ajouta : « Mes frères Opitchapanij Opechancanough et Kekataush^ mes deux sœurs et leurs deux filles sont mes successeurs légitimes. Je souhaite que votre attachement pour eux ne soit pas moindre que le mien pour vous : mais je suis effrayé du bruit que font courir les habitants de Nandsamund, qui disent que vous êtes venus pour détruire mon pays. Mon peuple n'ose pas vous visiter . Que pouvez- vous gagner par la guerre, quand nous pouvons cacher nos provisions et fuir dans les bois ? Vous périrez de faim en faisant tort à vos amis. Je ne suis pas assez simple pour ne pas savoir qu'il vaut mieux être bien nourri, dormir avec mes femmes et mes enfants , rire et être heureux avec vous, avec des haches, du cuivre et tout ce dont j'ai besoin , que d'être forcé de fuir, d'avoir froid dans les bois , de me nourrir de racines et de fruits de chênes, et d'être tellement poursuivi par vous , que je ne puisse ni reposer, ni manger, ni dormir. Venez donc sans epées et sans armes. Soyez amis et faites le commerce avec nous, et nous vous fournirons du mais ».
Smith répondit qu'il avait tenu ses engagements, mais que les promesses de Powhatan avaient été chaque jour violées par qfuelques-uns de ses sujets ; qu'ils venaient à James-Town avec leurs arcs et leurs flèches ; que les Anglais portaient leurs armes comme leurs vêtements.
Smith étant convaincu que Powhatan voulait l'attaquer, tâcha de l'amuser, afin de le surprendre ; mais il s'enfuit dans les bois avec ses femmes, ses enfants et ses effets, ne laissant que deux ou trois des premières pour retenir le capitaine en conversation, pendant que les Indiens envahissaient la maison de Smith. Celui-ci avec dix-huit hommes les attaqua avec tant de vigueur qu'ils se retirèrent aussitôt. Powhatan voulut s'excuser en envoyant un député pour faire savoir que les
igo CHRONOtOWE fflSTOMOtJE
hommes étaient .chargés de garder son, maïs ; et il offrît à Smith un, grand bracelet et une chaîne en perles. En même teras, Powhatan poussé par les Hollandais , résolut de surprendre le. président pendant une. fête , mais celui*ci et* fat averti par Pocahontas qui; se glissa à travers les bots pour le, prévenir de ce complots.
Smith, qui ne doutait pas de la mauvaise foi des Hollandais, les avait laissés pour achever sa, maison, ainsi qui un Anglais nommé Edouard Brynton pour lui tuer du gibier.
Smith mit à la voile pour Pamaunkée , et deux des Hollandais, profitant de son départ , se rendirent à James-Town où ils obtinrent du commandant des armes de différentes espèces, qu'ils portèrent à Powhatan. A son arrivée à Pamaunkée , Smith fut fêté par Opechancanough qui avait rassemblé sept cents hommes dans l'intention de le surprendre. Smith, informé de ce projet par M. Russel., saisit le roi par les cheveux, et aidé par ses gardes au nombre de quinze, il effraya tellement les lndieps qu'ils jetèrent bas les armes, et, le lendemain, lui apportèrent des vivres en présents •
t. Une troisième tentative pour s'emparer dé Smith fut encore déjouée. Le roi, craignant le résultat , se retira en hâte , et envoya à Smith une chaîne de perles ; et pendant cinq ou six jours , les Indiens lui apportèrent des vivres de différents endroits. En même tems , PVecuttanoWj fils du premier chef après Powhatan, acoonipaçné d'environ cinquante de ses compagnons, vint offrir des mets contenant du poison dont le président et ses gens eussent étc victimes s'ils n'eussent été sauvés par des vomissements. Le coupable fut battu et renvoyé comme un chien.
Bientôt après, plusieurs Indiens apportèrent des présents de maïs et tâchèrent d'excuser leur chef. Smith les reçut amicalement dans l'espoir de surprendre Powhatan, mais cehii-ci avait quitté son habitation avec son 61s, sans y laisser aucune provision .
Smith, ne pouvant exécuter son projet, retourna à James- Town avec des vivres suffisants pour quarante-six hommes • pendant six semaines. Il remit au trésorier 479 boisseaux de maïs, et 200 livres de graisse de daim aux directeurs dn magasin public : tout cela avait été donné en échange de 5o livres de fer> a6 de cuivre et d'une petite quantité de chapelets.
Bendant l'absence de Smith de James-Town, M* Scrivencr reçut des lettres d'Angleterre qui l'encourageaient à prendre
DE L'AMÉMW®. ,g,
la direction de la colonie; et pour renuir, il résolut d-'empécher lïarrestation de Powhatan. Ver* le même tems il s'embar^ à W d'une chaloupe, a*ec le capifc line JValdot Antoine Gosnold et huit autres , pour visiter l'île des chons (i). Dans le trajet, ils furent tous noyés, et leurs corps trouvés par les Indiens. \ Les Hollandais qui étaient restés chez Powhatan formèrent le projét de massacrer Smith, au moyen de quarante hommes places en embuscade ; mais le complot fut encore découvert Smith réussit à prendre le roi de Paspahegh, après un lone combat sur 1 eau. Dans une rencontre qui eut lieu ensuite avec les mêmes Indiens , six ou sept furent tues et autant faits pmonniers. Intimides par cette défaite , ils firent la paix
Lacolonie se trouvant bien approvisionnée, fit, dans le cours de trois mois, trois ou quatre lasts (2) de goudron et de potasse , hatit vingt maisons , une estacade dans l'île et un fort sur la colline voisine , et défricha de 3o à 4o acres.de terre Irois cochons , en dix-huit mois, en produisirent 60 et les
volailles se multiplièrent jusqu'à 5oo.
La colonie commençait à fleurir quand elle éprouva un nouveau malheur. Les provisions de blé furent mangées par les insectes ou dévorées par une multitude de rats importés uans les navires. Pendant seize jours, les Indiens fournirent quotidiennement cent daims , des écureuils et des dindons ; mais cette ressource étant venue à manquer, la seule nourriture de la colonie ne consista plus qu'en esturgeons Jacipenser) et en fruits sauvages. 5 1
i/ansce moment de détresse, le capitaine Argall arrivj du vin et d'autres denrées, pour trafiquer et prendre de* esturgeons. Les colons s'emparèrent de son navire, qu'ils cardèrent jusqu'à l'arrivée de l'expédition de lord Délawarre dont Argall avait annoncé la prochaine arrivée (3).
1609. On publia cette année, à Londres, un petit volume intitule : Good speed to Virginia, dont le but était d'encourager lescolons à continuer leurs efforts pour la civilisation des Indiens et l'établissement d'un gouvernement solide, par des arguments et des exemples tirés de la Bible et de Vïàstwe de ditterentes nations.
Les établissements situés près des chutes étant exposés à des
(1) Située dans l'Océan près de la côte , par la lat. de 3?» 3o' nord*
(2) Douze barils anglais.
{i)Slhitks> rïrginiu, book Hf, ch. 8-1 1.
inondations, furent abandonnés. Smith acheta alors de Powhatan l'endroit qui porte son nom , et qui prit depuis celui de Nonsuch ou sans pareil, à cause des avantages qu'il présentait. Voici les principales conditions du contrat : les Anglais seront tenus de défendre Powhatan contre les Monakans ; ils prendront possession des forts et maisons, et de près de 200 acres de terre défrichées. Chaque maison paiera au président un boisseau de maïs par an , pour un pied carré de cuivre, et une certaine quantité de raton-laveur au roi Jacques pour sa protection.
La colonie du capitaine West ayant entendu parler de la nouvelle commission de lord Délawarre, et imaginant que le pays de Monakan s'étendait jusqu'à la mer du Sud , où se trouvait beaucoup d'or, décida que personne ne pourrait y aller sans une permission expresse. Dans ce but, les colons traitèrent le président avec mépris, et l'obligèrent a se retirer ; mais aidé de ses marins qui lui étaient restés fidèles, il parvint à se soustraire à leur fureur, et s'étant emparé d'une de leurs chaloupes, il retourna à son bâtiment.
Pendant ce teins , les mutins pillaient les Indiens , les battaient , et en amenaient plusieurs prisonniers. Ces malheureux se plaignirent amèrement de ce traitement , disant qu'au lieu des protecteurs qu'ils avaient espérés, ils n'avaient trouvé que des ennemis, pires que les Monakans eux-mêmes.
Smith ayant en vain, pendant neuf jours, cherché à calmer les insurgés, retourna à James-Town. Le bâtiment avait à peine mis à la voile, qu'ils furent attaqués par les Indiens qui en tuèrent plusieurs, et effrayèrent tellement les autres qu ils se soumirent à Smith dont le navire avait touché à un banc de sable, à une demi-lieue environ. Les chefs rebelles furent mis en prison, et les autres s'établirent à Nonsuch.
West étant retourné parmi eux , et ayant sympathisé avec les prisonniers , ils déclarèrent que ce qu'ils avaient fait était en sa faveur. Smith ne voulant pas avoir affaire à lui, retourna à James-Town, et la Compagnie revint à son premier établissement, au fort West.
Pendant ces troubles, et au moment où le capitaine Smith se préparait à poursuivre ses découvertes, il eut le malheur d'être blessé, dans sa chaloupe, par une explosion accidentelle de la poudre à canon renfermée dans une giberne. La nécessité de se guérir l'obligea à s'embarquer sur un navire qui partait pour l'Angleterre, vers le commencement d'octobre. Smith laissa en Virginie quatre cent quatre-vingt-dix colons,
des provisions pour dix semaines, trois navires, sept chaloupes, vingt-quatre canons, trois cents mousquets, des munitions de guerre, toutes sortes d'ustensiles, des filets pour la pèche, six juments, un cheval ,• cinq ou six cents cochons, autant de poules, quelques brebis et chèvres. James-Town consistait en cinquante ou soixante maisons , et était environné de palissades (1).
1609, le 23 mai. Nouvelle charte. La Compagnie de la Virginie , mécontente de l'administration de la colonie, demanda et obtint une nouvelle charte (2) avec des pleins pouvoirs pour gouverner, rendre des ordonnances, et même en cas de besoin , établir des lois militaires , et accueillir les émigrés , excepté ceux qui se refuseraient à prêter le serment de suprématie. La Compagnie fut exemptée de tout droit et subsides en Virginie pendant vingt-un ans , et de toute taxe sur des marchandises importées ou exportées autre que celle de cinq pour cent qui devait être payée à la douane.
Un nouveau Conseil sous le titre de trésorerie et Compagnie de la cité de Londres, eut le droit de faire remplir les places vacantes par des membres de son choix.
Parmi les membres de ce Conseil , se trouvaient beaucoup d'hommes distingués, Robert , comte àeSalisbury^ le comte de Southampton* Pembroke et autres, qui obtinrent des titres de propriété sur toutes les terres situées le long de la côte à la distance de 200 milles du cap Comfortj vers le sud ; à la même distance vers le nord et de l'Atlantique dans une direction occidentale jusqu'à la mer Pacifique , y compris les îles qui n'étaient pas à plus de 100 milles du rivage.
La Compagnie équipa neuf navires epi mirent à la voile vers la fin de mai, bien pourvus de munitions de toute espèce, sous la conduite du capitaine Newport. Lord Délawarre fut nommé capitaine- général à vie, avec une grande autorité, sir Thomas Gates, son lieutenant, le chevalier George Somers, amiral, Christophe Newport, vice-amiral, le chevalier Thomas Dahj grand-maréchal j et le chevalier Ferdinand TVainman, général de cavalerie.
1609. Les trois premiers officiers devaient avoir l'adminis-
(1) Smîths Virginia y book. III , ch. 12. Smith, si courageux et si désintéressé, est mort à Londres en 1 63 1, oublié, dit Chalmers, par tout le monde. Political annals, book II, ch. a.
(i\ Cette charte se trouve dans l'histoire de la Virginie par Smith, appendice, n<> a, et dans le recueil de Hazard, I, 58-72.
T. XYII. l3
ig4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tratlon des affaires de la colonie jusqu'à l'arrivée de lord Délawarre ; mais avant de partir, ils se disputèrent le droit de préséance, et ne pouvant s'accorder, ils s'embarquèrent à bord du même navire nommé Sea f^enture, avec cent cinquante hommes , et une partie considérable dé munitions de bouche destinées pour la colonie. Un ouragan sépara le navire de la flotte , et il fut jeté, le 24 juillet, sur la côte d'une des îles Bermudes (1).
Sept navires de l'expédition arrivèrent en Virginie. Une grande partie des nouveaux colons était composée de jeunes gens de famille qui avaient mené une vie déréglée, et qui furent entraînés facilement par les chefs séditieux dans des projets de révolte . Plusieurs colons réclamèrent le privilège d'être élus membres du Conseil et s'arrosèrent une sorte d'indépendance.
Smith résolut de continuer l'exercice de ses fonctions jusqu'à l'arrivée de la nouvelle commission, et voulant contenir les séditieux et former de nouveaux établissements, il envoya cent personnes sous la conduite du capitaine West, aux chutes du neuve James , et autant à Nandsamundj sous les ordres de M. Martin j afin de s'y établir.
Les Indiens , réduits à l'obéissance , reçurent le capitaine Martin avec hospitalité ; néanmoins il les surprit, fit leur roi prisonnier, prit possession de leur village et s y fortifia. Mais bientôt après, les Indiens l'attaquèrent, tuèrent plusieurs de ses hommes , délivrèrent leur roi , et emportèrent un millier de boisseaux de maïs.
1609. Smith ayant refusé de nommer tm président, le capitaine Percy fut choisi par les colons en qualité de chef ; mais étant tombé malade , il se trouva hors d'état d'exercer ses fonctions. Ceux qui avaient des prétentions à ce commandement encouragèrent une insubordination qui conduisit à une anarchie complète. Les Indiens, apprenant le départ de Smith qu'ils redoutaient , montrèrent des dispositions trèshostiles. Les capitaines West et Martin furent chassés de leurs positions, avec perte de la moitié de leurs gens et celle de leurs chaloupes. Powhatan en fit tuer une trentaine qui étaient venus chercher des vivres. Les Indiens attaquèrent partout
(1) Petites îles situées entre le 3 Ie et le 32e degré de latitude nord, et nommées Bermudes d'après Jean Bermudas, Espagnol qui les découvrit en i522 : elles sont aussi connues sous le nom des îles de Sommer* d'après l'Anglais de ce nom qui y fat jeté en 1609.
Dp L'AMERIQUE. ig5
les cplons qui furent bientôt réduits à une telle extrémité', qu'ils dévoraient les peaux des chevaux et même le corps de leurs compatriotes qu'ils avaient enterrés. Pressé par la faim, un malheureux tua sa femme pour la manger. Dans l'espace de six mois, depuis le départ du capitaine Smith, la colonie fut réduite de 5oo à 60 personnes qui n'auraient pas vécu dix jours de plus s'ils n'eussent reçu des secours. Cette époque lut ensuite désignée par le tems de la famine (1).
1610, le 24 mai. Le chevalier Thomas Gates, lieutenantgouverneur, le capitaine Ncwport et le chevalier George Sommers arrivèrent à James-Town avec cent cinquante individus, à bord de deux navires construits aux Bermudes, et trouvèrent les colons dans cet état déplorable ; tous furent embarqués pour retourner en Angleterre. Les navires mirent à la voile , et étant arrivés à la pointe de Mulberry * à 3o milles environ de l'embouchure du fleuve, rencontrèrent, le 9 juin, une barque envoyée par lord Dé la Avarre , capitainegénéral, annonçant qu'il arrivait avec trois navires chargés de provisions et de nouveaux colons. Cette circonstance engagea les habitants à retourner à James-Town.
Afin de protéger la colonie contre l'attaque des Indiens , lord Délawarre fit construire dans une plaine, à Kecoughtan (2) , près de la petite rivière de Southampton , deux forts, dont l'un fut appelé le fort Henri* et l'autre le fort Charles* en l'honneur des deux princes anglais.
Pour punir les Paspahegs, ennemis des colons, le gouverneur envoya contre eux cinquante hommes sous la conduite du capitaine Percy qui lit brûler leurs cabanes et emmener leur reine et ses enfants prisonniers : ils furent ensuite massacrés.
Le gouverneur nomma six personnes pour l'aider dans l'administration : il fit commencer les travaux d'agriculture et des plantations de vigne par des Français envoyés à cet effet. En même tems , il expédia ie chevalier Gates en Angleterre, pour rendre compte de l'état des affaires et solliciter des secours.
Le t5 juin , il fit partir Sommerset le capitaine Argall aux îles Bermudes , pour y chercher des provisions. Le premier étant chassé, par une tempête, vers les parties septentrionales du continent , sur une côte inconnue, y rafraîchit ses hommes, et ensuite gagna les Bermudes où il mourut.
(1) Smiths' Virginia, book.IV.
(1) Nommé, par Smith, Hicquotan.
Le navire d'Argall fut poussé par le gros tems vers le cap Cod , ce qui le força de retourner au port de départ. Il rut ensuite expédié au fleuve Patawomeke (Potomac ) , pour chercher du maïs dont il trouva un chargement par l'influence d'un jeune Anglais , nommé Henri Spilman, qui avait été accueilli par les Indiens (1).
161 1, 28 mars. Après huit mois de résidence dans le pays, le gouverneur Délawarre fut obligé, à cause de sa mauvaise santé, de passer aux îles occidentales. Il s'embarqua avec le capitaine Argall , pour l'île de Nevis, alors célèbre pour ses bains, mais il fut chassé par les vents aux îles Açores, d'où il passa en Angleterre. Il avait laissé dans la colonie environ 200 personnes sous la direction du capitaine Percy (2).
161 1. Avant l'arrivée de lord Délawarre en Angleterre, la Compagnie de Londres avait expédié le chevalier Thomas Dale pour remplacer Percy en qualité de grand- maréchal de la Virginie. Il y arriva le 10 mai , après une traversée de deux mois , avec trois navires portant 3oo personnes, des provisions pour une année, 12 vaches et 20 chèvres.
Bientôt le gouverneur découvrit quelques complots, et pour vaincre l'esprit d'insubordination , il introduisit un système d'ordonnances militaires qu'il fit imprimer, et qui devinrent ensuite les lois communes du pays. Ce Code, qui avait été envoyé par le chevalier Thomas Smithj était, en grande partie, une traduction des lois militaires des Pays-Bas. La promulgation de* cette loi fut suivie de l'exécution des principaux coupables (3).
Par l'influence de Dale, les colons s'adonnèrent à l'agriculture, et eurent une bonne récolte dont ils avaient grand besoin ; car à son arrivée, il n'y avait de denrées en magasin que pour trois mois. Ce gouverneur bâtit , à ses frais, une ville appelée Dales-Gift* dans l'île de Ferrar.
161 1. Mettant à exécution le plan de son prédécesseur, Dale fit voile de James-Town , au commencement de sep* tembre , avec 35 o hommes pour jeter les fondements dé la ville à' Henri co ( 4 ) > a Arrahatuck , située à la dis-
(1) Smîths' Virginia, book, IV.— Purchas, vol. IV, book IX, ch. 7.
The voyage oj captain Samuel Argall.
(1) Smiths* Virginia, book IV .—Purchas, vol. IV, book IX, ch. 8. Short relation made by lord Délawarre.
(3) Purchas, vol IV, book IX, ch. 10.— Smith, book III, year 161 1.
(4) Henricopolis ainsi nommé en l'honneur du prince Henri de Galles.
tance de 5o milles au-dessus de James-Town , et sur une langue de terre qui s'étendait à plus de deux milles , entre deux affluents du fleuve. Il y établit des forts (i) et des guérites. En même tems, il entoura d'une palissade un endroit à Coxendale (2), de l'autre côté du fleuve, pour y mettre les cochons.
Ces travaux étant achevés, le gouverneur marcha contre les Indiens Appamatucks, prit possession de leur ville située à l'embouchure du fleuve de leur nom, à la distance de cinq milles par terre de Henrico, et y fonda un autre établissement sous le nom de Nouvelle-Bermude.
1611-12, 12 mars. La Compagnie de la Virginie, frappée des récits qu'on lui faisait sur la beauté et la fertilité des îles des Bermudes, obtint un nouvel acte de concession d'après lequel toutes les îles situées dans l'Océan Atlantique , à la distance de 3oo lieues de la côte américaine, lui étaient concédées ; et ses privilèges furent confirmés avec des pouvoirs plus étendus. Par ce même acte, le roi Jacques se démit de toute autorité législative et executive sur la colonie. Un corps de représentants, assemblé quatre fois par an , avait le droit de nommer les quatre pouvoirs administratifs. Les officiers du gouvernement pouvaient faire des lois et des ordonnances, pourvu qu'elles ne fussent pas contraires aux lois et statuts du royaume. Les marchandises introduites dans la colonie étaient exemptes de droits pendant sept ans. Afin d'encourager les colons ,1a permission fut accordée d'établir des loteries en Angleterre. Les premières rapportèrent à la Compagnie la somme de 29,000 livres sterling ; mais le peuple ayant réclamé contre ce monopole, il fut suspendu par un ordre du Conseil du mois de mars 1620 (3).
161 2. Au commencement de cette année, deux navires ayant à bord quatre-vingts hommes et des munitions, arrivèrent à la colonie. Le capitaine Argall , qui commandait un de ces navires , fut envoyé à Potomac pour acheter du maïs.
Il y rencontra Iapasaws^ ancien ami du capitaine Smith, et qui avait toute la confiance de Pocahontas. Argall lui offrit un chaudron de cuivre pour l'engager à attirer cette princesse à
(1) Les fort* portaient le nom de Charité, Elizabeth, Patience et Maladie.
(2) En anglais, Hope in faith and Coxendale:
(3) Stith, appendice, n© 3, Hazard* Collection, I, 72-81, The ihird charter of Virginia.
Îg8 CHRONOLOGIE Ml M Ôl il ni JE
son bord. Iapasaws, feignant de céder au désir de sa femme qili voulait visiter le navire , décida Pocahontas à l'y accompagner. Argall la retint , et l'emmena à James-Tbwn , espe'rant obtenir la paix par la délivrance de sa captive.
Le gouverneur envoya un messager à Powhatan pour lui proposer de lui rendre Pocahontas^ à condition qu'il renverrait les colons qu'il avait gardés comme otages, ainsi que les différentes espèces d'armes qu'il avait dérobées. Indigné de cette trahison et de cette demande, Powhatan ne fit aucune réponse ; mais trois mois après, il mit en liberté sept hommes, portant de mauvais fusils, s'engageant à fournir $00 boisseaux de maïs, à faire la paix , à rester toujours ami, si le président voulait lui rendre sa fille chérie. Le gouverneur ne voulait pas y consentir ; il demandait le renvoi des armes, et Powhatan les trouvait d'une trop grande utilité pour s'en défaire.
Au commencement de l'année suivante, le cheval ierThomas Dale se présenta avec i5o hommes bien armés et montés sur plusieurs bâtiments devant l'habitation de Powhatan à Werowocomoco , pour lui faire savoir qu'il amenait sa fille, et qu'il attendait sa rançon, et qu'en cas de refus, il s'en emparerait de force.
Les Indiens l'invitèrent à se retirer, croyant l'effrayer en le menaçant du même sort que le capitaine Ratcliffe. Mais ï)ale s'approcha du rivage , malgré les volées de flèches
qui étaient lancées contre son bâtiment; il fit débarquer ses gens qui brûlèrent les cabanes, et tout ce qu'ils rencontrèrent.
Le lendemain , le chevalier remonta le fleuve un peu plus haut ; les naturels venaient au-devant de lui , demandant la paix, et disant que c'étaient quelques individus sans aveu qui avaient tiré sur lui. Ils promirent de remettre les armes le lendemain. Dale s'apercevant qu'ils voulaient gagner du tems, remonta plus haut jusque vers l'une des maisons de Powhatan , nommée Matchet, où se trouvaient 4oo hommes armés qui lui demandèrent pourquoi il venait chez eux, déclarant qu'ils étaient prêts à se défendre , mais qu'ils attendaient les ordres de leur prince.
En même tems, deux des fils de Powhatan arrivèrent pour voir leur sœur Pocahontas. Flattés de l'accueil que leur fit Dale, ils promirent d'engager leur père à donner la rançon et à faire la paix.
Par suite de cette entrevue, Jean Ralfe et Sjîarks furent dépêchés à Powhatan , qui refusa de les voir, mais ils forent
DE L? AMÉRIQUE. 1Cj9
bien accueil is par Opechacanough , son frère et successeur, qui promit d'employer son influence pour faire cesser les hostilités entre ses gens et les colons, ce qu'il parvint à faire. D'un autre cote, Jean Ralfe, épris des charmes dePocahontas, lui proposa de l'épouser. Elle accepta, après avoir obtenu le consentement de son père, qui envoya deux de ses fils et leur vieil oncle Opachisco pour assister au mariage, qui eut lieu au commencement du mois d'avril i6i3.
Cet important événement donna lieu à un traité entre le» colons et la nation guerrière de Chicahamanias* et rétablit l'amitié avec les autres naturels du pays. Par ce traité, les Indiens s'engageaient :
i° A prendre le nom de Tassentessus ou Anglais, et à abandonner celui de Chikahamania> à devenir sujets fidèles du roi Jaccmes, et à obéir à ses députés ;
2° A ne jamais attenter aux jours des colons, à ne pas tuer leurs bestiaux , et à ne pas retenir chez eux ni les uns ni les autres;
3° A fournir trois cents guerriers, pour agir en cas de besoin contre les Espagnols ou autres peuples ennemis ;
4° A ne pas entrer dans les villes avant d'avoir fait savoir aux habitants qu'ils étaient devenus Anglais ;
5° A obliger chaque guerrier, au commencement ^de la récolte, à porter un tribut de deux boisseaux de maïs, pour lesquels ils devaient recevoir autant de haches.
Il fut en outre convenu que les Indiens continueraient à être gouvernés par leurs propres lois, sous la direction de huit chefs chargés de veiller à l'exécution du traité , et qui auraient pour distinction un habit rouge, ainsi qu'une chaîne en cuivre et le portrait du roi Jacques ; ils auraient le titre de noble (i).
i6i3. Par les ordonnances <lu roi , il avait été statué que les travaux et la nourriture des colons devaient être en commun pendant cinq ans ; et ce terme étant expiré, trois acres de terre défrichés furent accordés, par le gouverneur, à chacun d'eux, avec l'obligation de travailler onze mois pour le trésor public dans le district de James-Town , et dans les Bermudes un mois seulement , en fournissant de plus deux barils et demi de maïs (2).
161 3. Le ministre de l'église de Henrico donne les détails
(1) Smiths' Virginia^ book.IV, jezx i6i2-i3.
(2) Smith*9 Virginia, book IV . — Purchas, vol. IV. lib. IX, ch. 10.
suivants concernant ce pays. La rivière (fleuve) que nous habitons est nommée Powhatan, La marée y monte jusqu'à i4o milles de son embouchure. Deux forts ont été établis sous les noms de Henrico et Charles, James -Town est située sur ladite rivière à fyi milles de ces forts ; et à 70 plus haut est la nouvelle ville de Henrico, ainsi nommée en l'honneur du prince Henri, A dix milles au-delà de cette ville se trouve la chute de cette rivière ; et à 12 milles plus loin, il y a un rocher de cristal dont les Indiens se servent pour faire la pointe de leurs flèches. A trois jours de marche de là se trouve une montagne rocailleuse qui renferme une mine d'argent. Plus loin s'élève une autre chaîne au-delà de laquelle les Indiens disent qu'il y a une grande mer, que nous appelons mer du Sud, mais par rapport à notre habitation, c'est une mer occidentale relativement au coucher du soleil.
Quant aux naturels du pays , il ny a qu'un ou deux de leurs petits rois qui, par crainte, ont recherché notre amitié : ils nous sont très-utiles , particulièrement Pepsco et Choapoke, à James-Town , et fVeremance à rétablissement de Cbésapeak où dernièrement ils trafiquèrent paisiblement avec nous.
L'objet principal de cet auteur était d'encourager des donations pour l'établissement de la colonie. Il avait pris pour épigraphe ces mots de la Bible ( 1 ) : Jetez votre pain sur les eaux et vous en trouverez quelques jours après. Cette brochure est dédiée à l'honorable Ralph, lord Urc, président du pays de Galles (2).
16 16. Le manque de femmes et de propriétés était la principale cause des désordres qui régnaient parmi les colons. Pour y remédier, le gouverneur Dale accorda 5o acres de terre à chaque colon et à ses héritiers, et la même quantité à chaque individu qui viendrait s'établir. Cette distribution de propriété fut un grand stimulantpour l'industrie des colons (3); mais la culture du tabac ayant été introduite, au lieu de semer du blé, ils s'en occupèrent presque exclusivement.
16 16. Administration du capitaine George Yeardley, Le chevalier Thomas Dale s'embarqua pour l'Angleterre , avec
(1) Ecclesiastes, II, ch. 4*
(a) Good newes from Virginia sent to the Counsell and Company of Virginia résident in England from Alexander fVhitaker, the minister of Henrico in Virginia,
(3) StMks' Virginia, book III, year 1616.
M. Ralphe, Pocahotitas et quelques Indiens des deux sexes , laissant la direction des affaires au capitaine George Ytardlty, en qualité de sous-gouverneur.
Les Indiens Chickahamania ayant refusé leur tribut de maïs , ce capitaine marcha contre eux à la tête d'une centaine d'bommes. Un combat eut lieu dans lequel douze Indiens furent tués et autant faits prisonniers ; parmi ces derniers se trouvaient deux chefs. Ils furent tous renvoyés moyennant une centaine de boisseaux de mais (i).
1616. Pocahontas étant débarquée à Plymouth le 12 juin, fut traitée comme fille d'un prince, sous le titre de lady Rebtcca, et présentée à la Cour de ia reine Anne, par lady Délawarre. Elle y fut très-bien accueille par suite d'une lettre ou requête du capitaine Smith , dans laquelle il exprimait toute la reconnaissance qu'il portait à cette princesse pour avoir risqué sa vie afin de le sauver. « Ni les ténèbres de la nuit, dit-il, ni l'épaisseur des bois ne l'empêchèrent de me venir* trouver et de me conseiller les larmes aux yeux, de ne point me livrer à la fureur de son père, qui l'aurait tuée s'il avait eu le moindre soupçon de sa démarche. » Durant l'espace de deux ou trois années, ce fut elle qui , après Dieu, garantit cette colonie de la famine et d'une entière désolation. « Je n'ai jamais demandé aucune faveur à l'Etat , et je me trouve incapable de la secourir, mais sa naissance, son grand mérite, ses besoins, votre élévation et votre pouvoir m'engagent à supplier votre majesté de tourner ses regards vers cette illustre Indienne (2). »
Pour éviter les brouillards de Londres , elle se retira à Brantford où elle accoucha d'un Bis. La Compagnie de la Virginie eut grand soin d'elle et de son enfant. Elle apprit l'anglais et s'instruisit dans la religion chrétienne.
Smith, avant de s'embarquer pour la Nouvelle-Angleterre, chercha l'occasion de voir Pocahontas pour la remercier de lui avoir sauvé la vie. Elle s'y refusa d abord; mais y ayant consenti plus tard , elle lui reprocha d'abord son peu de reconnaissance, et après s être réconciliée, elle promit d'user de son influence pour lui et ses compatriotes.
Cette intéressante personne se préparait à retourner, avec son mari, dans la Virginie. Elle s'était rendue à Gravesend
(1) Smiihs' rirgïnUt, book IV, year 1616.
(2) Cette requête de Smith se trouve dans son Histoire de la Virginie, part. IV.
pour s'embarquer à bord du navire nommé le George j commandé par le capitaine Argall, lorsqu'elle mourut subitement à l'âge seulement de 22 ans. Son enfant , Thomas Ralfe, fut laissé à Plymouth, chez le chevalier Stuckly qui, plus tard, l'envoya dans le pays de sa mère, où leurs descendants, par droit de succession, sont devenus grands propriétaires (1).
161 7. Le capitaine Samuel Argall, qui avait été envoyé, en 1614, pour détruire les établissements français dans le nord de la Virginie (2), succéda à M. Yeardley dans la charge de gouverneur et à? amiral* et Ralph Hamer fut nommé vice-amiral. Ils s'embarquèrent au commencement de Tannée et arrivèrent à James-Town , au mois de mai, après une traversée de cinq mois.
A cette époque, les colons étaient réduits à environ quatre cents, dont moitié seulement étaient propres aux travaux d'agriculture. Les domestiques de la Compagnie étaient réduits à cinquante-quatre individus ; les tenanciers à quatre-vingt-un.
Les colons ne s'occupaient d'autre culture que de celle du tabac. Les forts et les maisons tombaient en ruines. Les Indiens avaient appris l'usage des armes à feu , et venaient librement dans la colonie. Argall s'attacha à rétablir l'ordre.
1618. Le 1 1 mai de l'année suivante, la récolte fut presque détruite par une grande sécheresse et par une grêle aont les grains avaient huit à neuf nouées de circonférence. Les provisions apportées par les navires étaient gâtées. Les tenanciers et les Indiens tributaires n'avaient fourni, pour le magasin public, qu'environ ^00 boisseaux de maïs, ou environ le tiers de ce qu'ils devaient fournir annuellement. Pour se procurer des provisions , Argall envoya un navire et une barque qui rapportèrent plus de 600 boisseaux du même grain.
1618. Les colons, convaincus par une fâcheuse expérience que l'agriculture est la véritable base de toute prospérité, avaient sollicité de la Compagnie des laboureurs et des instruments aratoires. Elle accéda à cette demande, et envoya un renfort de 200 hommes , avec quantité de provisions , à bord d'un navire de 25o tonneaux , sur lequel lord Délawarre s'embarqua en qualité de capitaine-général de la Virginie. Le bâtiment partit de l'Angleterre au mois d'avril, et prenant la route des Indes occidentales, aborda à l'île Saint- Michel où sa seigneurie fut bien accueillie par le gouverneur.
(1) Smidts' Virginia, book III, year 1617. (a) Voy. l'article Canada.
DE L'AMÉRIQUE. 2o3
La suite du voyagé fut troublée par les vents contraires. Le gouverneur tomba malade et mourut , ainsi qu'une trentaine de ses hommes, près de l'embouchure de la baie qui depuis porte son nom. Le navire arriva à la Virginie après une traversée de seize semaines. Il fut bientôt suivi d'un autre, nommé le Trésorier, amenant quarante passagers, et qui avait été expédié par le comte de PVarwick.
Le capitaine Argall continua ses ibnctions et administra arbitrairement. Il fixa le prix des articles de consommation, et renouvela la loi militaire en tems de paix. Il lut ordonné de vendre toutes sortes de marchandises à i5 pour ioo d'avance , et d'accepter des paiements en tabac à 3 schellings la livre, sous peine de travailler trois ans pour la Compagnie. Tout habitant devait aller à l'église les jours de dimanche et de fêtes , sous peine de huit jours de servitude pour la première infraction, de trente joui s pour la seconde, d'une année et un jour pour la troisième.
La chasse fut interdite, et on ne pouvait se servir d'armes à feu, excepté pour se défendre, sans encourir la peine d'une année de service personnel jusqu'à l'arrivée de nouvelles munitions. Tout individu convaincu de trafiquer en particulier avec les Indiens ou de leur enseigner l'usage des armes à feu, était puni de mort. Enfin les colons ne pouvaient, sans une permission expresse, descendre à bord des navires mouillés dans le port.
Edouard Brewsterj colon respectable, se croyant mal jugé par la Cour martiale, pour avoir médit du gouverneur, fit le premier appel à la Compagnie d'Angleterre qui annula la décision de cette Cour.
1618. Le 23 août, sir Thomas Smith et d'autres membres du Conseil écrivirent à Argall, l'accusant de concussion et d'oppression, d'avoir converti à son usage ce qui appartenait au public, de s'être approprié le monopole du commerce avec les Indiens, d'avoir employé les domestiques de la Compagnie et des anciens planteurs à son propre service, et de n'avoir eu en vue que son avantage et ses intérêts personnels.
Les mçmes membres adressèrent une lettre au gouverneur, dans laquelle ils demandaient qu' Argall fut mandé en Angleterre , pour répondre aux accusations portées contre lui ; qu'on saisît ses tabacs, ses, fourrures, ses peaux et autres articles, et que le tout fût envoyé à Londres pour servir de caution ; enfin que l'on restituât aux propriétaires les bestiaux et autres denrées publiques dont il s'était emparé.
2o4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
« Quoique d'an caractère hautain et tyran nique, dit Bererley 9 Argall pourvut aux besoins de la colonie, qui fleurit et s'accrut beaucoup sous son gouvernement (i). »
1618. Cette année, Richard Killingbech et quatre autres colons qui allaient trafiquer avec les Chickahamanias, furent massacrés par ces Indiens, ainsi que deux garçons et trois enfants d'un autre colon nommé Torraf.
Powhatan mourut cette année, au mois d'avril , laissant pour successeur son second frère Opitchapan, nommé aussi Itopatin , qui renouvela la paix avec les colons.
16 19. Dans le commencement de cette année, sir George Yeardley fut nommé gouverneur, avec des instructions pour agir contre le capitaine Argall ; niais le comte de Warwick , ami de ce dernier, fit partir une petite barque de Plymouth pour le ramener en Angleterre ; elle arriva à la Virginie au commencement du mois d'avril, et Argall s'y embarqua avec tous ses effets, dix ou douze jours avant l'arrivée de Yeardley (1).
1619. A cette époque, la colonie ne renfermait que 600 personnes, hommes, femmes et enfants, 3oo têtes de bétail et 88 chèvres. Il y avait beaucoup de cochons.
La Compagnie avait dépensé 00,000 livres sterling , et la colonie lui devait environ 5oo livres. Les seules productions exportées étaient le tabac et le sassafras [laurus sassafras) (3).
1910, le 29 juin. Administration du chevalier George Feardley. Première assemblée générale de la Virginie. Le chevalier George Yeardley, ayant titre de capitaine-général , arriva le 18 avril, avec des instructions conçues dans un esprit favorable à la justice et à la liberté des colons. Les pouvoirs de ce gouverneur étaient balancés par une législation provinciale. L'assemblée, composée du gouverneur, du Conseil et des députés, se réunit à James-Town, le 29 juin, pour délibérer sur les affaires de la colonie et établir des lois qui avaient été passées en Angleterre ; la loi martiale fut modifiée d'après les instructions royales, et la liberté de commerce accordée aux colons (4)«
1619. Etablissement d'un collège à HenricOj pour l'é-
(1) Beverleys' Virginia, lib I, ch. 3.
(a) Smiths' Virginia, book III, year 1619.
(3) Idem.
(4) Smiths9 Virginia, book IV, yetr 1619.
DE l'àMËRIQUK
docation des colons et des enfants des Indiens. D'après les lettres du roi adressées à ce sujet aux évêques d'Angleterre, ils recueillirent par souscription la somme de i ,5oo livres sterling pour ce collège, et la Compagnie lui accorda 10,000 acres de terre (1).
1619. Donations faites à la colonie. Madame Mary Robinson légua 200 livres sterling pour fonder une église dans la Virginie. Un anonyme envoya au trésorier 55o livres en or pour l'éducation des jeunes Indiens auxquels on devait apprendre des métiers. Maître Nicolas Ferrar accorda par testament 3oo livres sterling au collège de Virginie , dont le paiement devait être effectué lorsqu'il s'y trouverait dix jeunes Indiens. Il affecta, en outre, une somme de 24 livres sterling pour être distribuée, chaque année, entre trois hommes de bonne mœurs et de piété, qui se chargeraient d'enseigner la religion chrétienne et un métier à trois enfants naturels du pays.
16 19. Par l'influence du trésorier, le chevalier Edwin Sandys, la Compagnie de la Virginie expédia cette année, pour cette colonie, huit navires ayant à bord 87 1 émigrés, et en outre 390 y furent envoyés par des particuliers. En tout , 1,261 individus, dont 611 étaient destinés aux plantations particulières et 65o aux emplois publics et aux œuvres pies (publicke and othei pious uses) savoir :
Tenanciers pour cultiver les terres du gouverneur (outre
5o envoyés Tannée dernière) 80
Tenanciers pour les terres de la Compagnie. . i3o Tenanciers pour les terrains des collèges. .100 Tenanciers pour la glèbe des pasteurs. . . . 5o Jeunes Jilles pour devenir les épouses de ces tenanciers 90
Garçons apprentis des tenanciers loo
Domestiques pour le service public 5o
Hommes chargés de l'éducation morale et religieuse de 3o jeunes Indiens 5o
(1) Stiths' Virginia^ book III,year 1619. (a) Purchas, vol. IV, book IX, ch. 12.
Selon l'histoire de la Virginie par Smith, le nombre des bâtiments était de 1 1 , et celui des personnes 1,216.
2o6 CHRONOLOGIE, mSTftWOUE
1610. Cette alliée, la mortalité fat si grande, qtfU pftU 3oo colons (1).
16 19. Vers la tin d'août de cette année , an y^tsseaa de gaerre hollandais aborda à Jan^es-Town et y débarqua vingt Africains, qui furent achetés comme esclaves p#r les colons. Ce fut l'origine, dans ce pays, de l'esclavage d$s npirs (2).
1620, 22 juin. Le Conseil royal pour la direction de la colonie en Virginie publia un rapport sur ce pays ppur encourager les émigrés à s'y fixer; en voici l'analyse : Cette immense contrée est très-fertile , entrecoupée de belles rivières et couverte de bois magnifiques qui sont remplis de daims et d'autres animaux utiles à l'homme. Les rivières et les cotes de la mer abondent en excellents poissons. On n'éprouve dans ce climat ni les rigueurs du froid, ni une chaleur excessive. On jouit des avantages d'une saison tempérée. Par une bonne culture, le sol peut produire les plus riches denrées des antres pays , savoir : les fourrures , le caviar (3) et le cordage que nous tirons de la Russie ; les mâts, planches, goudron, poix, potasse, chanvre et lin que nous importons de Norwège, Danemarck, Pologne et Allemagne ; le vin, les fruits et le sel que nous fournissent la France et l'Espagne. On trouvera aussi dans la Virginie les soieries de la Perse et d'Italie. Le maïs, d'une excellente qualité, est le nroduit naturel du pays. Les grains d'Angleterre y réussisent bien. Les bêtes à cornes, actuel le ment au nombre de 5oo, sont plus fortes que celles de la merç-patrie. La race de chevaux y est aussi améliorée. Les daims ont deux, quelquefois trois petits dans une portée. Les pêcheries du cap Cod, situées dans les limites delà colonie, égalent celles deTerre-Neuve. Enfin c'est un pays trop bon pour les gens de mauvaise vie , et réservé , nous l'espérons , par la providence de Dieu , pour ceux qui l'adorent et qui honorent le roi et la nation.
Parlant de l'état actuel de la colonie , le Conseil fait
(1) S tiths' Virginia, book. III, year 1619.
(2) Smiths' Virginia , year 1619, p. 126. a J bout tlie lasl 0/ Augusl came in a Dutch man of war ihut sold us 20 ne gars. »
Beverley (book I, ch. 3) et tous les écrivains après lui, ont placé cet événement en 1620, mais cet auteur se trompait, car Jean Ralfe, qui a signé l'article dans l'ouvrage de Smith, raconte plusieurs circonstances avec leurs dates, qui curent lieu la même année. Au reste, Beverley donne peu de dates.
(S) Préparation des œufs des poissons acépensères , de l'esturgeon et autres congénères.
DE L'aMÉRIQDE. 2o7
connaître que 1,300 ëmigrants ont passé, cette année, dans ta Virginie , et qu'il en restait près de i ,090 avant leur arrivée. Dans la première répartition des terres, on a accordé à chaque colon une centaine d'acres, s'il avait souscrit pour la somme de 12 livres sterling et 10 schellings. Dans la seconde répartition , il avait droit à la même étendue de terrain, si la première était déjà peuplée ; et à 5o acres pour chaque personne qu'il y introduirait à ses frais, avant le i\ juin 1625, et qui y résiderait pendant trois ans consécutifs ou par intervalle (1).
Le Conseil voulait engager les colons à s'appliquer à manufacturer le fer, les cordages, la potasse, la poix et le goudron ; à établir des moulins à scie, des salines, et il leur recommandait particulièrement l'éducation des vers à soie et la culture de la vigne. Il envoya i5o personnes pour monter trois manufactures de fer, le minerai étant d une excellente qualité. Chaque chef de famille devait cultiver une centaine de plants de silk grass, periploque [periploca) d'où on tire les cordages et la toile, les meilleurs connus. Le gouverneur lui-même en élevait 5, 000 plants. Le mûrier, les vers à soie et la vigne sont naturels à ce pays (2).
1620, 18 juillet. Secours pour la colonie. La Compagnie^ assemblée en Cour générale sous l'invocation de Dieu, se décida à envoyer à la Virginie 800 hommes choisis, savoir : r° quatre cents pour être tenanciers des terres de la Compagnie, afin que leur nombre fût porté à cinq cents , dont deux cents pour la cité Elisabeth, auprès du député de la Compagnie ; une centaine à Henrico et autant à la cité de Charles ; à celle de James, il y avait déjà une centaine de ces tenanciers ; 20 un pareil nombre était accordé aux officiers publies, savoir : dix pour le député du collège, quarante pour celui de la campagne, vingt pour le secrétaire, autant pour le médecin et dix de plus pour les ministres des églises qui en avaient déjà cinquante ; 3° une centaine de jeunes filles pour devenir les femmes de ces tenanciers , comme les quatre-vingt-dix déjà envoyées ; 4° autant de garçons pour être les apprentis de ces tenanciers ; 5° le même nombre de domestiques pour être distribués parmi les vieux planteurs.
Tout individu qui s'engagera à s'établir enVirginie, comme
(1) Déclaration qf the state of the colony and affaires o£ Virginia with tfie names of the adventurers and summes adyenturedin thai action by his majesties counsel for Virginia, M junii. London, 1620.
(2) Smithï Virginia, book. IV, year 1620.
2o8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tenancier des terres de la Compagnie ou de terres publiques, sera fourni de provisions pour une année après son arrivée, ainsi que du bétail, des vêtements, outils et instruments nécessaires. Il aura la moitié de tous les produits de la terre, y compris le bétail ; mais il est tenu d'occuper ces terres pendant sept ans, après lesquels il sera libre de les quitter et d'aller où il voudra.
Le Conseil proposa de faire embarquer cent vingt de ces é migrants pour la colonie, vers le milieu d'août , et le reste au mois de janvier ou février suivant ; de leur envoyer 100 hèles à cornes et autant pour les terres de la Compagnie, afin de pouvoir les prêter aux nouveaux planteurs, comme il avait été déjà ordonné. Le Conseil se décida aussi à se procurer de France, 4°° chèvres, 20 juments et 80 ânes pour être distribués, par les comités généraux, parmi les colons.
Le Conseil engagea des Polonais à s'établir dans la colonie, pour y cultiver le chanvre et le lin, et fabriquer la potasse, le goudron et la poix ; des Français, pour cultiver la vigne et extraire l'huile du noyer (1) qui croissaient en abondance dans la colonie ; et des Hambourgeois, pour construire des moulins à scie. Le Conseil ajouta une liste de 34 différentes espèces de métiers qu'il se proposait d'établir et d'encourager, ainsi que les noms des émigrants (2) et des sommes souscrites par eux.
Quatre-vingt-dix jeunes filles arrivèrent à la colonie en 1620 ; et l'année suivante, soixante de plus recommandables par leur bonne conduite. Le prix d'une femme était de 100 livres de tabac, qui valait alors trois schellings la livre ; mais le prix augmenta à mesure que les demandes s'élevaient , et il fut enfin fixé à i5o livres. D'après une loi de l'assemblée, la dette contractée pour l'achat d'une femme devait passer avant toute autre dette, cette marchandise étant la plus estimée (3).
1620. Par une ordonnance du 25 juillet , la direction des affaires de la Virginie était confiée au trésorier j au Conseil et à la Compagnie qui s'assemblaient, en Cour générale, quatre fois par an, les quatre derniers mercredis de chaque trimestre. Ils avaient le pouvoir de choisir les conseillers et les officiers , tant pour la Compagnie que pour la colonie et les planteurs. Tous les officiers, excepté ceux du Conseil , étaient élus pour
(1) Juglans, en anglais, JValnut.
(a) En anglais, Adventurers.
m StUhs' Virginia, booklV, year 1621 ,—CWmtrs' AnnaU> booKU, ch. i.
seulement. Le gouverneur d'une autre Compagnie ne pouvait être trésorier de celle de la Virginie, excepté pour les îles Sommer. Personne ne pouvait remplir les fonctions de trésorier ou député plus de trois ans consécutivement. Il y avait sept auditeurs pour examiner les recettes et les dépenses de la Compagnie, et seize comités, dont les membres étaient choisis tous les ans et chargés d'acheter le matériel et les provisions, de diriger les expéditions à la colonie , et d'avoir soin des denrées qui y seraient importées.
Le secrétaire était , chargé de la tenue des registres de la Compagnie, qui étaient au nombre de six . Le premier contenait la copie des lettres-patentes du roi, adressées à la Compagnie, ainsi que de toutes lettres, ordres, direction de sa majesté, des Lords du Conseil et autres grands officiers, concernant la Compagnie ou les affaires de la Virginie, avec les réponses y relatives ; le second renfermait les lois et règlements établis par la Cour 5 le troisième, les patentes, chartes et contrats ; le quatrième, les actes des Cours générales; le cinquième, ceux des comités; le sixième contenait les noms de tous les ë migrants , leurs actes , ceux des membres du Conseil et de tous les planteurs dans la Virginie.
Le secrétaire n'avait que 20 livres sterling d'appointement ; le trésorier (1) chargé de tenir compte des frais des voyages, avait le double de cette somme, ainsi que le bedel ou messager.
Tous les principaux officiers de la Virginie étaient nommés par la Cour et au scrutin, savoir : les gouverneurs, lieutenantgouverneur, amiral, maréchal, premier juge et trésorier. Ils ne restaient en fonctions que pendant trois ans, à moins d'une décision de la Compagnie. Le gouverneur ne pouvait présider plus de six ans (2).
1620. Pendant cette même année , on fit divers partages de territoires sur les fleuves J aines et York ; des dotations de terres furent appliquées à la construction d'une église où les enfants des Indiens devaient être élevés. On créa une saline au cap Charles et une forge pour le fer à Falling-Creekj affluent du fleuve James ; des moulins à scie furent construits ; on cultiva le mûrier pour nourrir les vers à soie. Il s'éleva des manufactures de goudron et dépotasse. De ce moment datent
(1) Husbanden anglais.
(1) Déclaration of the state of the country and affairs of Virginia by his majestys* counseL j'or Virginia. London, iôao. Cet ouvrage contient les ordres et constitutions des années 1619-uo.
T. xvii, i4
les progrès de la colonie, qui devinrent considérables, et que les colons voulurent accroître en s'y fixant pour toujours ( i).
162 1 . Le capitaine Newport arriva au mois de novembre, avec 5o hommes , transportés à ses frais , et des passagers. Il forma un établissement nommé Newports-News : d'autres s'étendirent jusqu'au fleuve Potomac où les Indiens les accueillirent favorablement. Dans le courant de cette année, il entra 21 navires qui introduisirent i,3oo hommes, femmes et enfants. Parmi ce nombre se trouvaient 57 jeunes demoiselles pour être mariées avec les colons. Gookin amena d'Irlande 5o hommes à ses frais , 3o passagers, du bétail et des provisions qui furent débarqués le 22 novembre.
Dans cette même année , 5o patentes, pour des portions considérables de terrain , furent accordées , et le nombre des personnes qui s'établirent en 16 19, 1620 et 1621, monta à 3,570. Quarante-deux navires furent employés pour cet objet, ayant à bord 1,200 marins (2).
Seize personnes étaient occupées à faire des verroteries et des chapelets, pour trafiquer avec les naturels 3 vingt-cinq à construire des navires et bateaux, pour l'usage de la colonie , et sept laboureurs à cultiver les 1 ,000 acres de terres qui avaient été accordés pour l'entretien de l'école des Indes- Orientales.
Un navire, nommé Discovery* fut employé au commerce des fourrures. Lecbton, dont la graine avait été importée des Indes-Occidentales et de l'empire du Mogol, réussissait bien, ainsi que Y indigo ; mais la manière d'en préparer la teinture n'était pas bien connue.
Au mois de décembre, un petit navire arriva des îles de Sommer avec des plants de vigne , des orangers , des citronniers , des cannes à sucre , du manioc , des bananes , des racines de patates qui promettaient de prospérer (3).
Quelques colons français avaient planté la vigne avec succès; ils envoyèrent en Angleterre un échantillon du vin, qui fut trouvé assez bon.
1621. Le capitaine Guillaume Newce proposa à la Compagnie de Virginie de transporter et établir mille personnes,
(0 Purchas, vol. IV, lib. IX, ch. i5. Lettre du roi du 9 juillet, adressée au comte de Southampton, trésorier de la Compagnie de la Virginie, pour établir des manufactures de soie, planter la vigne, etc.
(a) Purchas, vol. IV, lib. IX, cap. i5. — Beverley, book I, ch. 3.
(3) Purchas, vol. IV, book IX, ch. i5.
avant l'été de 1625, à condition qu'il prendrait le titre de général et qu'il aurait la portion ordinaire de terres accordées anx autres colons, ainsi que tous les privilèges y annexés. La Compagnie refusa le titre, mais accorda une concession de terrain. Il demanda alors et obtint la nomination de maréchal de cette province, s'engaçeant à maintenir la discipline militaire parmi les colons et à bien surveiller les fortifications et les armes. La Compagnie lui donna pour récompense i,5oo acres de terres et 5o tenanciers. Le roi, content de cette nomination, le créa cbevalier, mais il mourut deux jours après la publication de sa commission (i).
162 1. Le docteur Lawrens Bohun^qm, en 1 611, avait accompagné lord Delawarre à son retour en Angleterre , obtint une grande concession de terres dans la Virginie pour y établir 3oo personnes ; il fut en même tems nommé premier médecin de la colonie, par la Compagnie, cjui, en cette qualité, lui concéda 5oo acres de terre et 20 tenanciers , sous condition d'y laisser, en cas de mort ou de destitution, le même nombre d'hommes et de bestiaux qui s'y trouvaient à son arrivée.
Le docteur s'embarqua au commencement de février, à bord d'un navire de 100 tonneaux, monté de huit pièces de canon et commandé par le capitaine Antoine Chester. Etant arrivé près de l'île de Nevis , il fut attaqué par deux navires espagnols ; et après un combat très-sanglant , il réussit à s'échapper, et continuant sa route, il arriva à sa destination. Le docteur Bobun ayant été blessé mortellement dans cette affaire, Jean Pot fut nommé pour lui succéder, et autorisé à acheter, pour l'usage de la colonie, une boîte de médicaments de la valeur de 10 livres sterling, et des livres pour la même somme.
162 1 . Une école libre fut établie à la ville de Charles, sous le titre d'Ecole des Indes-Orientales (East Jndia Sckool). Elle fut ainsi nommée à cause d'un don de 70 livres sterling fait, pour cet objet, par l'équipage du navire le Royal- James^ qui arrivait en Angleterre des Grandes-Indes. Plusieurs individus firent aussi des donations en argent et en livres , et la Compagnie accorda 1 ,000 acres de terre pour l'entretien des professeurs.
1621. La Compagnie fixa le traitement des ministres de l'église à 1,600 livres de tabac et 16 barriques de maïs qui
(1) Sùths' Virginia, book IV, year ifai. M Sfftfcf, book IV.
valaient ensemble environ 200 livres sterling. Il y avait alors cinq ministres dans la colonie (1).
162 1 . Dans ce tems, la colonie devait 1 ,000 livres sterling à la Compagnie , pour des rentes et des taxes. Et afin d'en obtenir le paiement , un officier particulier fut nommé pour veiller à ce que les ordres et instructions fussent fidèlement exécutés. George SandySj connu comme poète et voyageur, obtint cette place avec i,5oo acres de terre et 5o tenanciers. On lui accorda i5o livres sterling pour le voyage, et le passage libre pour sa famille, qui ne devait pas excéder dix personnes. La Compagnie nomma en même tems le maréchal et le trésorier membres du Conseil de sa majesté et de celui de la Virginie..
1621. La Compagnie, trouvant que les navires étaient souvent retenus dans les poils par la négligence des agents, nomma un officier avec le titre de vice-amiral, pour veiller à ce qu'ils fussent régulièrement expédiés. John Pountis* un des conseillers, eut cette place avec 3oo acres de terre et 12 tenanciers.
162 t. Richard Norwood, mathématicien, fut nommé arpenteur de la Virginie ; cet office , peu de tems après , fut donné à William Claiborne, à qui il fut accordé annuellement 3o livres sterling , une maison , et 20 livres sterling pour acheter des instruments et des livres, à la charge de les laisser à son successeur.
1621. Les Anglais reconnurent, à cette époque, le grand principe concernant l'émigration et Inoccupation des nouveaux pays. Le partage de l'Amérique , approuvé par le pape Alexandre VI, entre le Portugal et l'Espagne, en tirant une ligne d'un pôle à l'autre, fit craindre que céttre dernière puissance ne réclamât la Virginie et les Bermudes, ce qui engagea le Parlement à reconnaître le principe que, selon les droits de la nature et des nations, l'occupation confère un titre véritable.
1621. Administration du chevalier Francis JVyatt* Établissement d'un Conseil et d'une assemblée générale. Le chevalier Francis Wyatt mit à la voile vers le commencement d'août ; il arriva au mois d'octobre en qualité de gouverneur de la Virginie, amenant 700 émigrés à bord de neuf navires. Muni d'une ordonnance de la Compagnie , du 24 juillet , il établit une assemblée générale et un Conseil d'as-
(1) Purchas, vol. IV. ch. i5. — StitW Firginia, book IV, year 1621 .
DE L'AMÉRIQUE. 2i3
sesseurs, composé de ao membres, pour l'aider dans l'exécution de ses fonctions. D'après cette nouvelle constitution , toutes questions devaient être décidées par la majorité de l'assemblée, mais en accordant une voix négative au gouverneur. Nulle loi , ni ordonnance ne pouvait être établie, quoique approuvée par les trois branches de la législature , sans être confirmée par la Cour générale de la Compagnie en Angleterre. D'autre part , aucun ordre de cette Cour n'était valide sans l'assentiment de l'assemblée ( i).
1621. Le 18 novembre ,Wyatt prit possession de son gouvernement , et envoya M. Thorpe à Opitchapan et à Opechancanough pour confirmer les anciens traites faits entr'eux et les Anglais. Tous les deux exprimèrent une grande satisfaction de son arrivée, et aussi de la résidence des Anglais dans leur pays. Ils demandèrent d'être instruits dans la foi chrétienne, confessant que Dieu aimait mieux les Anglais que les Indiens. Ils exprimèrent le désir de recevoir quelques familles anglaises parmi eux , et d'envoyer à leur place un nombre égal de naturels. Ils renouvelèrent aussi leur promesse d'expédier un guide aux Anglais pour les conduire à quelques mines au-dessous des chutes du fleuve. Un de ces chefs montrait quelques connaissances astronomiques : il appelait la grande ourse Manguahaiarij qui a la même signification dans la langue indienne.
1621. Wyatt apporta de la part du Conseil en Angleterre, des instructions pour celui de la Virginie, consistant en 47 articles, parmi lesquels il était recommandé : i° de maintenir les formes et la discipline de l'Eglise anglicane ; 20 d'entretenir la paix et l'amitié avec les naturels ; 3° de supprimer les jeux, l'ivrognerie , le luxe des vêtements ; d'ordonner que les membres du Conseil, les principaux propriétaires, le urs femmes et leurs enfants pourraient seuls porter des habillements brodés en or ou des étoffes de soie ; 4° de punir la contrebande et la piraterie ; 5° d'obliger chaque district à élever un certain nombre d'enfants indiens, et de préparer les plus intelligents pour être admis au collège ; 6° d'encourager la culture du maïs, de la vigne, du mûrier, la préparation de l'huile de noix , et de chercher des minéraux, des bois de teinture , de
(1) Hazards' Collection, I, i3i-3, où se trouve cette ordonnance sous le titre de: Ordonnance and Constitutions ofthe treasurer, counsel and Company in Englandfor a counsel ofstate and gênerai assembljr. — Stithï Pirginia, appendice, n° IV.
la gomme, et des plantes médicinales ; 70 de borner la culture du tabac à 100 livres par tête ; 8° en cas que le gouverneur fut destitué 9 suspendu de ses fonctions , ou qu'il vînt à mourir, le Conseil devait Rassembler dans 14 jours ou moins, pour nommer provisoirement son successeur (1).
1622. Etablissement des Cours des comtés. Vers le commencement de cette année, rassemblée générale établit des Cours inférieures sous le nom de County courts ou Cours des comtés pour la décision des affaires de peu d'importance (2), ce qui encouragea les colons à s'agrandir, à chercher de nouvelles habitations , et par suite , à s'emparer des terres des Indiens.
1622, 22 mars. Massacre de 347 colons par les Indiens. Les colons ayant pris un accroissement considérable en nombre et en force et n'étant plus inquiétés par les Indiens , s'abandonnèrent à une tranquillité qui leur devint fatale. Le guerrier Nemattow ou Nemattanowj, pour s'emparer de quelques ornements d'un colon nommé Morgan j le tua et emporta son bonnet. Le bonnet fut reconnu par deux de ses domestiques, qui voulaient mener l'Indien devant le juge de paix : il résista et fut tué. Ce guerrier avait échappé dans tant de combats que ses camarades le croyaient invulnérable. Pour entretenir cette opinion, il avait employé beaucoup de ruses , et entre autres , il se décorait de plumes d'une manière si fantastique, qu'il avait été nommé par les Anglais, Jack of the feather, ou Jacques de la plume. En mourant, il pria les Anglais de ne pas dire comment il était mort , et de le faire enterrer parmi eux, pour ne pas détruire l'admiration qu'il avait obtenue.
Afin de venger sa mort, Opechancanough^ roi de Chickahominy , devenu chef du territoire de Pocahontas , forma le cruel projet de massacrer tous les colons. Pour mieux réussir, les Indiens portèrent la veille un cadeau de gibier, de poisson et de fruit qu'ils mangèrent avec eux. Ils conduisirent leur complot avec tant de secret, que les colons ne se doutant de rien, furent surpris au moment où ils se livraient à leurs travaux. Dans une seule matinée, ils perdirent 347 hommes, femmes et enfants, parmi lesquels se trouvèrent six membres du Conseil.
Ce massacre excita une haine profonde entre les blancs et
(1) Stiths* Virginia, book. IV.
{*)Suths' Virginia, book. IV, year i6m.
DE L'AMÉRIOTJE.
les Indiens. Depuis cette époque, les premiers s'emparèrent , sans autorisation, des terres des derniers qui exprimaient leur haine en les appelant les longs couteaux. Les habitants de James-Town et des environs furent avertis assez à tems par un Indien converti , nommé ChancOj pour se mettre sur la défensive (i).
Les plantations se trouvaient situées à différentes distances l'une de l'autre, des deux cotés du fleuve et les plus éloignées à i5o milles de son embouchure. De 80, huit seulement restaient ; et le nombre des colons fut réduit à 1 ,800 individus.
Exaspérés contre les Indiens qui se retiraient dans les bois, les colons les engagèrent à revenir pour planter leur mais ; et par cet artifice, ils en tuèrent un grand nombre (2).
1622. Vers cette époque, M. Pory pénétra, par terre, jusqu'à la rivière Chawanok, à 5o milles au sud de la rivière James et à 80 milles par mer. Là , il fut informé par le roi de ce district , que le peuple qui vivait à dix journées de distance vers l'ouest , ramassait d'une rivière un sable qu'ils lavaient et faisaient fondre au feu, après quoi U venait comme du cuivre ; il offrit à Pory de l'y accompagner ; mais celui-ci n'ayant pas avec lui un nombre suffisant d' Anglais pour sa protection , retourna afin d'instruire sir George Yeardley de cette découverte. Ce gouverneur devait envoyer des gens pour vérifier ce fait ; mais il en fut empêché par le massacre (3).
1622. Suivant un contrat signé le jour de Saint-Michel (29 septefhbre) de cette année , et qui devait être en vigueur pendant sept ans à compter de ce jour, i° la Compagnie de la Virginie et des îles de Sommer avait droit à l'entière importation des tabacs en Angleterre et en Irlande ; 20 le roi devait, par une proclamation, défendre la culture du tabac dans ces deux pays pendant le terme dudit contrat , sous peine de fortes amendes, et celui qui était déjà planté devait être confisqué; 3° le tiers de tout le tabac annuellement importé appartiendrait au roi en ne payant d'autres droits que six pences par livre pour le tabac en carotte et quatre pences pour celui en feuilles ; 4° la consignation et la surveillance de cet article
(1) Stiths' Virginia, year 162a. On y voit les noms des colons qui furent massacrés. — Purchas, vol. IV, book. IX, ch. i5.
(2) Purchas, vol. IV, book IX, ch. i5. — StMis* Virginia, book IV, year 162:1.
(3) A perfect description of Virginia. London, 1649, in the IX, vol, of Hist. coll. of Massachusetts*
2l6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
devait être confiée à des agents nommés par ladite Compagnie ; £>° la Compagnie ne serait pas tenue d'importer plus de 60,000 pesant, m moins de 40,000 de tabac espagnol.
Malgré les peines imposées par ce contrat, quelques navires chargés de tabac allèrent en Hollande , ce qui fit que les membres de la Compagnie de la Virginie furent fortement réprimandés et menacés (le 4 mars) par le Conseil du roi, qui insista sur ce que tout le tabac fût porté en Angleterre ( i ).
En 1622, le tabac exporté, pendant les sept dernières années, de la Virginie en Angleterre , montait, terme moyen , à 142,085 livres pesant par an (2).
A la même époque, la quantité de tabac consommée journellement en Angleterre était de 1 ,000 livres pesant.
1622. Le meilleur tabac espagnol se vendait alors de 18 à 20 schillings la livre ; celui des plantations à deux schellines et six pences ; par conséquent, le profit était pour le roi et la perte pour la nation. Cette circonstance occasionna de grandes plaintes, et les conditions du contrat et la nomination des officiers avec des appointements fixes causèrent de vives altercations parmi les membres des deux Conseils. L'année suivante, le roi annula le contrat (3).
La Compagnie, craignant l'abolition de sa charte, présenta une pétition à la Chambre des communes pour faire connaître l'importance de la colonie de la Virginie. Les avantages pour l'Angleterre furent ainsi présentés : i° la conversion des indigènes au christianisme et l'établissement de la première colonie de la religion reformée ; 20 l'éloignement d'une partie de la classe pauvre, toujours prête à se joindre à de dangereuses insurrections ; 3° l'acquisition d'un grand territoire favorisé par le sol et le climat ; 4° la pêche sur les côtes, qui augmenterait le commerce et la navigation ; 5° la grande quantité de bois et de matériaux propres à la construction des navires, si rares en Europe ; 6° la certitude de l'établissement de plusieurs riches branches d'industrie, et l'espérance d'un court passage à la mer du Sud, soit par terre, soit par mer ; 70 l'inappréciable avantage d'attaquer, en cas de guerre, les colonies espagnoles et de fournir des secours aux vaisseaux anglais. La Compagnie terminait son adresse en suppliant la Chambre des
(1) Stith, book lV, year 1722.
(a) Idem.
(3) Stiths' Virginia, book IV.
communes de prendre en considération la malheureuse colonie et la Compagnie opprimée ( 1 ). ,
Après le désastre causé par la révolte des Indiens, les colons furent secourus par le produit d'une contribution levée en Angleterre et par des armes tirées de la Tour de Londres et remises à la Compagnie, qui les fit passer en Virginie.
Malgré ces événements , le nombre des colons continua d'augmenter et atteignit bientôt 2,5oo ; on comptait jusqu'à 1 ,000 têtes de bétail. La dette envers la Compagnie fut complètement acquittée. Enfin , dans différentes escarmouches avec les Indiens , ceux-ci eurent constamment le dessous et perdirent un grand nombre d'hommes.
1623. Henri Briggs, mathématicien anglais, et professeur au collège d'Oxford, présenta au comte de Southarapton, gouverneur de la Compagnie de la Virginie à Londres , un mémoire pour démontrer la probabilité de découvrir un passage à la Chine , et aux Indes-Occidentales par l'ouest , ou le sud de la Virginie. Cette idée fut ensuite fortifiée par le rapport des Indiens, qui, eni648, informèrent le gouverneur Berkeley, qu'à cinq jours de marche, vers l'ouest, se trouvait une haute montagne , de laquelle une grande rivière se jetait dans une grande mer, où des bâtiments arrivaient ayant à bord des nommes avec des bonnets rouges > et qui montaient des animaux (2) ressemblant à des chevaux, mais ayant de longues oreilles (3).
i6a3. En réponse au rapport fait par le chevalier Thomas Smith y l'assemblée de la Virginie déclara que durant, douze années de son administration , la colonie avait souffert de l'exécution de lois sévères et cruelles, souvent appliquées sans procès ni jugement et en opposition directe avec la charte \ que la portion journalière d'un homme n'était que de huit onces de farine et d'une demi-pinte de pois , l'une et l'autre si gâtés ; que plusieurs colons, pressés par la faim, allaient chercher des secours chez les Indiens ; que quand ils étaient repris , ils étaient pendus, fusillés ou brisés sur la roue; qu'un colon, forcé par la famine de dérober deux ou trois pintes de farine d'avoine, fut condamné à avoir la langue percée, et ensuite attaché à un arbre jusqu'à ce qu'il périt d'inanition ; que plu-
(1) Stiths' Virginia, book V.
(2) Sans doute des mulets.
(3) Aperfect description oj Virginia, etc.
sieurs creusaient des fossés pour s'y ensevelir et s'y laisser mourir ; que les provisions en général étaient si rares que les colons étaient forcés de se nourrir de chiens , de chats , de rats , de serpents et de peaux de chevaux , et quelques-uns même réduits à dévorer des cadavres ; que l'un d'eux ayant tué sa femme pour la manger, fut exécuté ( i y
1624. Au mois de février de cette année, une nouvelle assemblée générale fut convoquée dans la Virginie qui adopta comme lois les divers ordres et proclamations qui avaient été publiés par le gouverneur et par son Conseil. Pour garantir ces droits, il fut déclaré qu'aucune taxe ne pourrait être levée sur la colonie qu'en vertu d'une autorisation de l'assemblée générale, et on prit des mesures pour prévenir les abus d'autorité de la part du gouverneur. Les habitants avaient été forcés de travailler à son service, et le prix des articles de consommation était alors énorme. On payait 10 livres sterling pour une barrique de farine ; 3 livres sterling pour une poule et huit petits , 16 schellings pour un galon de vin d'Alicante et toute autre chose en proportion (2).
1624* La pétition que la Compagnie avait adressée à la Chambre des communes ayant été bien accueillie , le roi en fut vivement offensé. En même tems, le capitaine Harvey et M. Pory, commissaires du Conseil privé , qui avaient été envoyés à la Virginie, vers le commencement de cette année , pour faire un rapport concernant l'état de la colonie, revinrent en Angleterre; et le 1 5 juillet, le roi ordonna, par une proclamation, que les affaires en seraient provisoirement placées sous la direction du lord-président et des membres du Conseil privé (3).
1624* Révocation de la charte, La nouvelle de la guerre avec les Indiens et les calamités qui désolèrent la Virginie, furent attribuées par le comte de Warwick et ses partisans, a la mauvaise conduite du trésorier et de la Compagnie ; et, au mois d'avril, des témoignages, à cet effet, furent entendus parle Conseil privé. Ensuite une commission d'enquête fut nommée pour examiner la charte , les livres et la correspondance de Smith, fondateur de la colonie. Après une longue délibération, la réponse de la commission fut , que la Virginie était un
(0 Stiths' Virginia, book V, year i6a3. (a) Purchaj, vol. IV, book IX, ch. 19. (3) Stiths' Virginia , book V, year i6a3.
pays fertile , capable de fournir des productions précieuses , mais que les habitants vivaient continuellement dans le besoin et exposés aux dangers ; que si les plantations étaient bien dirigées , elles resteraient comme un monument de ce règne heureux. D'après ce rapport, le Conseil privé informa le trésorier et la Compagnie , au mois d'octobre , que le roi ayant pris en considération l'état malheureux de la colonie , avait résolu de révoquer l'ancienne charte et d'en accorder une nouvelle. La Compagnie refusa d'y consentir, et se décida à défendre ses droits. Cette mesure excita l'alarme , ce qui engagea le Conseil à déclarer que l'intention du roi était seulement de changer le gouvernement sans attaquer les droits individuels ou de propriété. L'esprit dont la Compagnie de la Virginie était animé, avait tellement offensé le roi Jacques ,
2ue rien ne put changer sa détermination. D'après un ordre u Conseil privé du 24 octobre et du 10 novembre suivant, un quo warrante fut signifié contre la charte ; et au terme de la Trinité 1624, un jugement fut rendu contre le trésorier et la Compagnie , dont les privilèges retournèrent à la couronne (1).
1624* Par une ordonnance du 26 août, la direction des affaires de la Virginie fut confiée au chevalier Francis JVyatt et onze conseillers (2).
Lors de la dissolution de la société, elle était composée de 1 ,000 associés, dont plusieurs personnages du premier rang. LechevalierWalterRaleighavaitdépense4o,ooolivres sterling pour établir cette colonie, et la Compagnie plus de 100,000 livres sterling sans recevoir aucun secours du gouvernement. Elle y avait envoyé plus de 7 ,000 personnes, dont à peine 2 ,000 survivaient. Telle fut, dit Stith, la fin de cette Compagnie de la Virginie, une des plus nobles, des plus illustrées et des plus patriotiques qui ait jamais entrepris une tâche semblable (3).
1624. Le 29 septembre , le roi, faisant droit à la demande du Parlement , interdit , par une nouvelle proclamation, la culture du tabac dans le royaume, et en défendit l'importation d'autre part que de la Virginie et des îles de Sommer (4).
(i) Chalmers9 Annals, book. I, ch. 5.
(a) Rymer, vol. XVII, p. 618. De commi&sione speciali concernente gubernationem in Virginia. — Hazards' Collection, vol. I, 189-192 ; vol. II, 189-193.
(3) Stiths* Virginia, book V, year 1624* Ici finit son histoire.
(4) Bymers' Fœdcra , vol. XVII, 6a 1-8. - Hazards' Collection, I, 193-8.
i6a5. Par une autre ordonnance du 2 mars de l'année suivante, il permit de prendre le tabac de Virginie à un prix stipulé pour l'usage de la couronne ; mais sa mort, qui arriva le 27 du même mois, empêcha de donner suite à ce projet.
1625. Charles Ier, ayant adopté le système de son père pour le gouvernement de la Virginie , plaça ce pays sous la direction immédiate d'un nouveau gouverneur et d'un Conseil qu'il investit du pouvoir législatif et exécutif, sans référer ni aux lois d'Angleterre, ni aux actes de rassemblée provinciale. Il voulut que tous les procès fussent jugés en son nom (1).
1625, le 4 mars. Administration du chevalier George Yeardley. Le gouverneur Wyatt retourna en Ecosse , et le chevalier George Yeardley fut nommé à sa place, pour mettre à exécution les ordonnances du roi (2).
Le 9 avril, le roi Charles publia une proclamation prohibant l'importation et l'usage du tabac qui ne serait pas le produit de la Virginie et des îles de Sommer, et ordonnant que tous les tabacs étrangers seraient transportés hors de ses domaines (3).
Le i3 mai , le roi publia une nouvelle proclamation pour se réserver le produit du tabac, afin d'éviter toute différence d'opinion entre les planteurs et les émigrants. « Nous nous sommes décidés, dit-il, à le prendre entre nos mains, par nos serviteurs ou agents, et d'accorder aux planteurs et émigrants tel prix qui sera raisonnable et pourra leur donner satisfaction et encouragement (4). »
1627. Yeardley mourut le 12 novembre, et deux jours après, le chevalier Francis TVest fut nommé, par le Conseil, gouverneur provisoire.
1627, le 26 mars. Le roi ayant appris la mort de Yeardley, nomma pour lui succéder, Jean Harvey (5), avec la même commission et des instructions semblables. Profitant de ces
(1) A proclamation for settling the plantation of Virginia, Rymers* Fœdera, XVII, p. 72. — Hazards' Collection, vol. I, ao3-5.
(2) Rymer, vol. XVII, p. 3i 1. De commissione dire c ta Georgio Yar~ deley militi etaliis. — Hazards' Collection, I, 23o~4>
(3) Proclamatio de Herba Nicotiana. Rymer , vol. XVIII, p. 19. — Hazards* Collection, I, 202 -3.
(4) Rymer, vol. XVIII, p. 72.
(5) Rymers* Fœdera, vol. XVIII, p. 38o. De concessione commissiotus specialîs pro concilio in Virginia. — Hazards* Collection, I , 234-9. Chalmers dit que Harvey fut nommé gouverneur au mois de mari 1629, mais c'eit évidemment une faute typographique.
pouvoirs pour ses intérêts personnels, il établit un octroi sur le tabac , afin d'en tirer de l'argent. Il punissait ceux qui s'y opposaient , et même disposait de leurs terres et de leurs établissements. Ses décisions devinrent si arbitraires, sa hauteur etsa tyrannie si insupportables, que le Conseil , en i635, l'envoya prisonnier à Londres, accompagné de deux députés pour représenter sa conduite et leurs souffrances. Le roi refusa de recevoir ces agents, et renvoya Harvey avec une nouvelle commission, au mois d'avril 1037; mais ensuite les plaintes des colons devinrent trop fortes pour être négligées , et la commission fut révoquée au mois de janvier 1638-9 (')•
i63a, le 20 juin. Une grande étendue du pays de la Virginie fut détachée pour créer la province de Mary 1 and , en faveur de George Calvertj seigneur de Baltimore en Irlande. L'année suivante , les colons réclamèrent contre cette concession (2).
1634. année, laVirginie fut divisée en huit comtes (3), savoir : i# cité de James ; 20 Henrico ; 20 cité de Charles ; 4° cité d'Elisabeth ; 5° rivière de Warwick ; 6° Warrosquoyoke ; 70 rivière de Charles ; 8° Accomack.
1641, le 9 août. Le chevalier Guillaume Berkeley est nommé gouverneur de la Virginie avec une commission (4) semblable à celle de ses prédécesseurs ; mais avec l'ordre d'introduire de la justice et une représentation provinciale. Il arriva dans la colonie au mois de février 1042, et prit les rênes du gouvernement.
D'après les instructions du roi , le gouverneur devait faire observer les rites établis dans l'église anglicane et ne souffrir aucune innovation en religion. Le ministre de chaque paroisse avait droit à une maison et à un traitement. Le serment de suprématie religieuse et d'allégeance devait être prêté par les résidents, et ceux qui s'y refusaient devaient être renvoyés en Angleterre. Tout commerce par des navires étrangers était interdit , excepté dans le cas de nécessité expresse. Plusieurs règlements municipaux étaient recommandés ; mais nos limites ne nous permettent pas d'en faire mention (5).
(1) Chalmers' Annals, book I, ch. 5.
(a) Voyez l'article Maryland.
(3) En anglais, Shire* Il y a actuellement Ii3 comtés.
(4) Rymeri Fœdera, vol. XX , p. 484-6- — Hazards' Collection, I, 477-60.
(5) Chalmers' Annals, I, ch. 5, note 20.
i64^« Le Ier avril, Berkeley convoqua rassemblée coloniale, qui parut satisfaite de son administration , car elle protesta contre une pétition présentée à la Chambre des communes,
Sar George Sandys, agent de la colonie , dont l'objet était e demander le rétablissement de l'ancienne charte. En réponse à sa réclamation , le roi déclara , le 5 juillet , qu'il ne voulait pas changer une forme de gouvernement qui leur donnait tant de satisfaction (i).
1642. L'exercice de tout culte, excepté celui de l'église anglicane, fut défendu par une loi. Une église congrégationelle qu avaient fondée, enVirginie, quelques membres du clergé de la Nouvelle-Angleterre, fut dissoute par ordre (2).
i644- Nouveau massacre des colons. Les Indiens considérant l'octroi comme une chose très-injuste, Opechancanough résolut de se venger par un nouveau massacre. Le 18 avril , à un signal donné , tous les Indiens , jusqu'à la distance de 600 milles de la colonie, prirent les armes pour exterminer les étrangers. Cinq cents colons qui habitaient principalement sur la cote méridionale du fleuve James en furent victimes.
Berkeley, ayant résolu de s'emparer de ce formidable chef, marcha vers son quartier avec un détachement de cavalerie, le surprit et l'amena prisonnier à James-Town. Il était si âgé et si épuisé qu'il ne pouvait plus marcher seul ; mais il conserva sa grandeur d'âme et ne témoigna pas la moindre faiblesse pendant 1 5 jours qu'il resta prisonnier.
Le gouverneur avait 1 intention de l'envoyer en Angleterre pour être présenté au roi , mais un soldat anglais, posé en sentinelle pour le garder, le tua en lui tirant un coup de fusil dans le dos (3).
1645. Le chevalier Guillaume Berkeley, qui avait passé en Angleterre, revint, au mois de juin, pour reprendre les renés du gouvernement.
1646. Le i5 octobre de l'année suivante , Necotowance* qui avait succédé à Opechancanough, reconnut, par un traité, 1 autorité du roi Charles, dont il devint tributaire. Ce chef se rendit à la ville de James , accompagné de cinq petits rois et portant vingt peaux de castor pour être envoyées en présent au
(1) Chalmers' Jnnals, book I, ch. 5, note 24.
(a) Laws o) Virginia in force and use in 1720. London, 1728. fronder working providence, book III, ch. u.
(3) Beverly* Virginia, book II, ch. 4.
bb l'Amérique* 223
monarque anglais* Après an long discours , il termina par cette protestation , qae le soleil et la lune perdraient leur glorieuse lumière ayant que lui ou son peuple cherchassent à faire tort aux Anglais ; qu il voulait à jamais entretenir l'union et l'amitié avec eux. Pour donner une meilleure garantie de la fidélité de son peuple, il avait décrété que si un Indien passait les limites de la colonie anglaise, excepté comme messager de sa part , on pouvait le tuer immédiatement , tandis que les Anglais seraient libres, en tout tems, de traverser son pays.
i64S. Voici quel était l'état de la colonie à cette époque. La population montait à i59ooo Anglais et 3oo noirs esclaves. Uy avait environ 20,000 bêtes à cornes* 200 chevaux, 5o ânes, 3,ooo moutons, 5, 000 chèvres, un grand nombre de cochons privés et sauvages et beaucoup de volaille. La viande se vendait à deux pences et demi la livre ; le porc à trois pences. Le houblon était excellent ; on y comptait six brasseries. Plus de vinçt espèces d'arbres y croissaient , dont quelques-uns excellaient pour la construction , d'autres pour en tirer du goudron et de la potasse. Le mûrier abondait dans les bois , ainsi que la vigne , mais les raisins étaient dévorés par les animaux et les oiseaux avant leur maturité.
Il y avait vingt espèces d'animaux sauvages parmi lesquels le daim figurait en grande quantité ; près de trente espèces de poissons , tant de mer que de rivière. Les forêts étaient couvertes d'abeilles dont le miel était excellent.
On y comptait quatre moulins à vent, cinq à eau et plusieurs autres mus par des animaux.
Trente navires y arrivaient annuellement. La plupart des capitaines et des armateurs avaient leurs plantations , leurs maisons et leurs domestiques en Virginie.
La colonie possédait vingt églises desservies comme celles d'Angleterre. Les appointements de chaque ministre , qui montaient à environ 10 livres sterling par an , étaient payés , par les planteurs, en tabac et en maïs.
Une école d'enseignement libre venait d'être fondée par M. Benjamin-Symesj avec 200 acres de terre, une belle maison et quatre vaches laitières. Il y avait aussi plusieurs autres petites écoles ( 1 ).
(1) Virginia impartially examined , etc., ou la Virginie examinée sans partialité, par William Bullock, in London, 1649. L'auteur profita de l'expérience de son père et d'une foule d'observations d'Heriot, de Lane, de Smith, de Clayton et de Willoughby.
En i65o, Edouard William publia un ouvrage intitjulé : Virginia*
De nouveaux colons furent attirés dans ce pays par la lecture de l'ouvrage de BuUock. La Virginie y est décrite comme bien supérieure à la Nouvelle- Angleterre , ayant son climat plus tempéré , un sol donnant deux moissons par an , et susceptible de produire le sucre, le coton, l'indigo ; et offrant, en outre , des moyens avantageux de commerce avec l'Océan Pacifique.
1649* ^ gouvernement anglais accorda une grande étendue de terrain située entre les fleuves Rapahanock et Potomac, aux lords Hopton* Berkeley,, Culpepper, Jermyn et autres royalistes crai voulaient y chercher un asile. Les colons de la Virginie reclamèrent contre la validité de cette concession, et elle fut annulée au mois de mai 1666.
i65o. Le chevalier D avenant > poète anglais , auteur de Gondibert, et d'autres pièces , forma le projet d'établir une nouvelle plantation dans la Virginie , composée d'artisans français. Ce projet fut encouragé par la reine-mère Henriette- Marie > qui obtint , à cet effet , le secours du gouvernement français. Le navire, partant d'un port de Normandie, fut pris par un navire anglais et conduit à l'île deWight. Ses émigrants furent faits prisonniers, et Davenant envoyé à Londres pour y être jugé, aurait probablement perdu la vie sans l'influence du célèbre poète Milton , qui sollicita en sa faveur.
i65o. Une chose à remarquer, c'est que Charles II conservait encore sa juridiction sur la province de Virginie , lorsque, exilé, il n'avait aucun pouvoir en Angleterre. D'après une commission datée de Breda , au mois de juin i65o, et adressée au gouverneur, il y déclarait son intention de gouverner la Virginie d'après les lois et statuts d'Angleterre qui devaient y être établis (1).
1650, 3 octobre. Bientôt après, le Parlement de Cromwell publia un édit pour interdire le commerce des navires étrangers avec la Virginie, les Barbades, les Bermudes et Antigoa, dans le but de soumettre les colonies qui restaient attachées à la cause royale.
1651, le 9 octobre. Pour retenir les planteurs dans la dépendance absolue, le Parlement de Cromwell passa le
Silh worms , etc. , ou Découvertes de vers à soie en Virginie , avec leurs produits ; des détails sur la culture des mûriers , ainsi que sur la manière de faire venir la vigne. L'auteur adressa cette brochure aux négociants propriétaires de la Virginie.
(1) Statut*, la , Car. 2, cap. 18, S 16*.
fameux acte de navigation qui défendit tout commerce ^excepte par des bâtiments anglais. Cet acte restreignait beaucoup celui des colonies anglaises : il défendait aux habitants d'expédier leurs produits à d'autres ports que ceux de l'Angleterre et il fallait que ce fut dans des navires du même pays dont le maître et les trois quarts de l'équipage fussent Anglais. Le but principal de cet acte était d'augmenter la marine anglaise au détriment de celle de la Hollande. De nouvelles instructions furent ensuite ajoutées , et les procédures violentes qu'il occasionna disposèrent les esprits à l'insurrection. Le gouverneur fut change trois fois en peu de tems ( i ).
1650. Suivant cette ordonnance , les colonies établies par v l'autorité, et aux frais de la nation, devaient être subordonnées au gouvernement et sujettes aux lois et règlements du Parlement j plusieurs actes de rébellion avaient été commis par des personnes habitant laVirginic, usurpant le pouvoir en opposition au gouvernement. Ces personnes étaient dénoncées comme -voleurs it traîtres avec lesquelles toute relation était défendue. Les capitaines des bâtiments anglais étaient autorisés à s'emparer de ceux emi faisaient le commerce avec les planteurs , et le Conseil d état à y envoyer une flotte, pour faire respecter l'autorité du Parlement (2).
1651. Cromwell , ayant résolu de les soumettre par force, donna des ordres à cet effet au chevalier George Ayscue qui commandait la flotte pour la réduction de l'île de Barbade. Cet officier était autorisé à employer les domestiques et les esclaves contre leurs maîtres dans le cas où ceux-ci ne reconnaîtraient pas le gouvernement actuel. Ayscue envoya une escadre, sous les ordres du capitaine Denis * pour attaquer la colonie , qui , ne pouvant résister à cette force , fut obligée de se soumettre au nouveau gouvernement.
Selon l'historien Clarendon, Berkeley avait décidé plusieurs personnes de condition et des officiers à venir s'établir dans la colonie , et il voulait même engager le roi à s'y rendre ; mais les colons., à cette époque, étaient bien loin de se trouver en état de défense ; car ayant employé tous leurs soins à faire fleurir leurs plantations, ils avaient entièrement négligé leurs forts et les moyens de repousser l'ennemi , de sorte qu'à la
(1) Les trois gouverneurs étaient Digg$y Benne t et Mathews.
lx\Thmjoes' State papers, vol. I, p. 197-8. — Chalmerï Annals, vol. 1, ch. 5.
T. XVII. i5
vue de trois ou quatre navires, ils abandonnèrent toute idée de résistance (i)."
Béverley raconte cette affaire d'une manière très-dîfféretite. BerkeWy> dit-il , avec les secours de quelques navires hollandais , fit une vigoureuse résistance , mais le commandant Denis réussit par un stratagème. Il avait à bord de son escadre une quantité d'effets appartenant à deux membres du Conseil : il trouva moyen de les en avertir en déclarant qu'ils prendraient cette propriété s'ils ne se soumettaient à l'autorité de Cromwell. Cette affaire occasionna de si grandes divisions, que les colons s'adressèrent au gouverneur pour l'engager à la reconnaître, et il y consentit à condition que la commission anglaise publierait une amnistie générale pour tous les colons (a).
i65 1 . Avant de se soumettre au Parlement de Cromwell , les colons eurent soin d'assurer leurs droits par les articles suivants , passés entre les co mmissaires du Conseil d'état du Parlement d'Angleterre et la grande assemblée du gouverneur, du Conseil et des bourgeois de la colonie, le 1 1 mars 1 65 1 :
i° Il est convenu que la colonie de Virginie et ses habitants resteront sous la dépendance de la république d'Angleterre selon les lois y établies ; que cette soumission sera reconnue comme un acte volontaire, et que les colons jouiront des mêmes privilèges et franchises que le peuple d'Angleterre.
2° L'assemblée générale continuera à diriger les affaires de la colonie comme auparavant, ne faisant conséquemment rien de contraire au gouvernement de la république et aux lois qui sont observées en Angleterre.
3° Il y aura pleine et entière amnistie pour tous les actes , paroles, écrits cmi ont eu lieu contre ledit Parlement.
4° La Virginie conservera la possession et jouissance des territoires accordés par la charte des rois précédents*
5° Toute concession de terres accordée par les précédents gouverneurs sous le sceau de la colonie sera valable.
6° Le privilège de 5o acres de terre pour chaque personne qui viendra s'établir dans la colonie, demeurera en pleine vigueur.
7° Les habitants auront la même liberté de commerce que les Anglais, et jouiront des mêmes privilèges que les autres colonies de l'Amérique.
(0 Clarendons' histor/ ofthe nbèllion, etc., vol. III, book XIII. (a) Bevtrleys' Virginia, book I, ch. 4.
8° La Virginie sera exempte de toutes taxes, droits de douane et autres ; et aucun impôt ne sera levé sans le consentement de rassemblée générale. Aucun fort ni château ne sera
trait, ni garnison établi sans cette même approl 90 Aucune imposition ne sera exigée pour l'entretien de la flotte.
io° Afin de maintenir pour toujours la soumission légitime de la colonie à la république d'Angleterre, un engagement à cet effet sera dressé, lequel, en vertu d'un acte du Parlement, sera présenté à chaque habitant pour sa signature. Celui qui refusera d'y souscrire aura un an pour se retirer, avec ses biens, hors de l'Etat.
ii° Le livre des prières communes continuera d'être en usage pendant une année , sans réciter publiquement les passages relatifs à la royauté et à la forme du gouvernement actuel. Les ministres de bonne conduite seront continués en fonctions et leurs honoraires conservés.
12° Les armes et munitions de guerre qui ne sont point à l'usage des particaliers, seront délivrées aux commissaires du Parlement, qui seront responsables du paiement.
ou autre nation, ne seront point sujettes à la reprise. i5° Toutes les concessions faites par le dernier roi, sous la condition du paiement d'un cens , sont confirmées pour sept ans.
1 6° Les commissaires du Parlement s'engagent personnellement et engagent l'honneur du Parlement à faire exécuter fidèlement la teneur des présentes ; tous les colons furent invités par le gouverneur, le Conseil et les députés à souscrire ces dispositions.
Signé : Richard Bennet, W. Claiborne, Edmond Çurtis.
Conformément aux articles dudit traité , ces commissaires signèrent un acte d'amnistie applicable à tous les habitants, pour tout ce gui avait été dit, fait ou écrit contre le Parlement ou la république d'Angleterre ou toute autre autorité depuis le commencement du monde jusqu'à ce jour (1).
Pour fournir un témoignage de sa loyauté, le gouverneur fit des lois sévères contre les puritains , quoiqu'alors il n'y en eût pas un seul dans le pays.
M Jeffersons' notes on Virginia , art. Constitutions. — Thurloes* State papers, vol. I, 197-8. — Hazards' Collection, 1 556-8, où se trouvent les instruction* données au capitaine Robert Denis, le a6 septeta-
«Tous les articles de la convention de 1 65 1 , dit M. Jefferson, ont été' violés par le roi et le Parlement d'Angleterre, qui ont fait beaucoup d'autres infractions à la constitution de la colonie.
» L'assemblée générale, composée du Conseil d'état et du Conseil des bourgeois, qui votaient ensemble et décidaient à la pluralité des voix , a été séparée en deux Chambres pour donner au Conseil d'état une négative à part. Les appels de la Cour suprême de judicature qui étaient du ressort de l'assemblée générale ont été renvoyés par devant le Conseil privé du roi d'Angleterre.
» D'après les anciennes chartes, la Virginie possédait environ 4oo milles de côtes, et elle n'en a pas plus de 100,000. »
Le commerce de la colonie avec les nations étrangères a été totalement supprimé, et celui qu'elle entretenait avec la Grande-Bretagne a été chargé d'impôts exorbitants (1).
1658-9. Cromwell mourut le 3 septembre i658 , et au commencement de l'année suivante, lesvirginiens, se trouvant privés de toute sorte de commerce direct avec les autres nations, étaient résolus à se délivrer de l'acte de navigation, lorsqu'une bonne occasion se présenta. Le gouverneur Samuel Mathew mourut , et personne n'étant nommé pour lui succéder, Berkeley fut rétabli dans ses fonctions , au mois de janvier, de l'avis unanime du peuple. Il accepta cette charge, sous condition de ne servir jamais que l'héritier légitime de la couronne ; et que les colons exposeraient leurs biens et leur vie pour le roi. Ils répondirent qu'ils étaient prêts à tout risquer pour son service.
Berkeley profita de cette déclaration pour proclamer Charles II roi d'Angleterre , d'Irlande et de la Virginie, quoiqu'il fût alors en exil. C'est ainsi que Charles fut roi en cette province, avant d'être rétabli sur le trône d'Angleterre (a).
Ce prince envoya une nouvelle commission à Berkeley et lui accorda la permission de retourner en Angleterre , permission dont il profita, laissant à sa place le colonel François Morrison.
Pendant l'absence de Berkeley, Morrison , d'après ses instructions , rédigea un corps de lois qui fut accepté par rassemblée et confirmé après le retour du gouverneur.
Le roi lui avait donné des instructions afin d'encourager
(0 Jeffersons' notes on Virginia, art. Constitution.
la) Beverley, lib. I, ch. 4. — Chalmers' Annals, book II, ch. 5.
DE l'Amérique. 229
les manufactures et ragriculture, et particulièrement la cultare de la vigne et de la soie.
La religion de l'église anelicane fut établie , sans tolérer celle des dissidents. On accorda à chaque ministre jusqu'à la valeur de 80 livres sterling par an, outre des terres et certains privilèges.
Le droit de deux schellings par barrique sur le tabac et d'un schelling par tonneau sur les vaisseaux, fut déclaré perpétuel. Des récompenses furent accordées à ceux qui feraient fabriquer les meilleures pièces de toile et de drap, et, pour chaque livre de soie, Ton donnait 5o livres de tabac. On ordonna de planter des mûriers à proportion de l'étendue de terrain que chacun possédait ; on établit des tanneries aux frais publics, et les navires construits dans la province furent exempts de droits.
A l'époque de la restauration, la Virginie contenait environ 3o,ooo individus.
1661 . Suivant les instructions royales adressées à sir William Berkeley, après la restauration, il devait, sans délai, con voquer une assemblée, et assurer ce corps, qu'un pardon général serait accordé, excepté aux personnes condamnées par un acte du Parlement , pourvu que l'assemblée consentit à abolir tous les actes passés pendant la rébellion, et contraires à l'obéissance que les colons devaient au roi et à son gouvernement. Il devait transmettre un compte exact de tous les tabacs expédiés de la colonie , révoquer toutes les concessions de terres accordées contrairement aux instructions de Charles Ier, donner son opinion sur les moyens praticables pour établir une manufacture de fer aux frais du roi, employer 1,000 livres sterling pour ses appointements, et le reste à des encouragements généraux ( 1 ) .
1662. La législature passa un acte , d'après lequel les capitaines des navires qui introduiraient, dans la province, un quaker (excepté ceux qui avaient été transportés d'Angleterre) , seraient assujétis à une amende de 5, 000 livres de tabac pour la première infraction. D'autres lois fuient mises en vigueur contre les dissidents de toute dénomination, et plusieurs s'enfuirent de la colonie pour former des établissements à Pasouttank et Perquemont, qui furent plus tard compris dans les limites de la Caroline du nord (2).
(1) Chalmcrs* Annals , book II, ch. X.
(a) Williamsons North-Carolina , I, 8i-3. — Beverly sy Virginia , book I, ch. 4? year i663.
33o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
La même année, le gouvernement de la Virginie passa des lois : i° pour y fonder un collège ; a° pour protéger la propriété et les personnes des Indiens , et empêcher les colons d'acheter leurs terres ; 3° pour rétablissement des Cours dans chaque comté ; 4° pour la célébration du 3o janvier, jour de la décapitation de Charles Ier, ainsi que du 29 mai , anniversaire de la naissance de sa majesté et de l'heureuse restauration (1).
1662. Esclaves. Une loi fut rendue pour déclarer que tous les enfants nés dans le pays sont libres ou esclaves , selon la condition de la mère. Cinq ans après, il fut déclaré que ce droit n'était oas chaneé par le baptême. L'enfant né dans l'esclavage suit la condition de ses parents. Partus sequitur ventrem (2).
1663. Charles II fit revivre le règlement sur le commerce, ayant pour titre : acte de navigation. Il fut réglé qu'aucun produit , soit du sol , soit des manufactures de l'Europe , ne pourrait être transporté dans les établissements anglais , en Asie, en Afrique et en Amérique, qu'après avoir été embarqué dans un port du royaume, à bord d'un navire anglais dont le capitaine et les trois quarts de l'équipage seraient régnicoles. Les exceptions étaient le sel nécessaire aux pêcheries , les domestiques, les chevaux, les vivres de l'Ecosse et de l'Irlande, le vin de Madère et des Açores ; mais on imposa des droits sur le sel et sur le poisson sec, importés en Angleterre par d autres navires que ceux des Anglais.
U fut aussi ordonné, par un nouvel acte, que les plantations ne recevraient aucunes denrées ou marchandises étrangères , à moins qu elles n'y fussent transportées directement de l'Angleterre où les navires devaient premièrement aborder. Ces lois firent tomber le prix du tabac et monter celui des marchandises européennes.
i663, i3 septembre. Les restrictions commerciales et les sévérités exercées contre les non-conformistes donnèrent lieu à un grand mécontentement. Plusieurs soldats deCromwell, employés comme domestiques dans la colonie , formèrent, pour massacrer leurs maîtres, un complot qui ne fut découvert que la veille du jour fixé pour son exécution , par un des complices nomme Birkenheadj domestique de M. Smith j de
(1) Public acts of the assembly oj Virginia, year 1661.
(a) Abruiçement ùj the Laws, etc. p. î. — JeJJersonï notes on Virginia.
de l'Amérique. 23i
Pwrion, prpyinçe de Glocester. Les conspirateurs devaient se réunir dans un lieu nomme Poplar Spring ou Fontaine dee Peupliers. Le gouverneur y envoya uu détachement de la milice , avant 1 heure de leur rendez-vous, qui en arrêta un certain nombre , et les autres se retirèrent. Quatre furent pendus , et Birkenhead obtint une récompense de 200 livres sterling (1).
Le roi Charles, étant averti de ce complot, ordonna au gouverneur de faire bâtir un fort à James-Town , pour sa sûreté et celle de la colonie. Les habitants se contentèrent d'y établir quelques pièces de canon.
Anh d'encourager les manufactures , rassemblée défendit la culture du tabac pendant une année ; mais la province de Maryland ne voulant pas adopter ce projet , l'acte fut révoque. On revint à la même culture, qui ne réussit pas, car les marchands anglais fournissaient à peine en échange des habits pour les colons ; en même tems, le gouvernement de la métropole employa tous ses moyens pour empêcher les colons de recevoir des secours des autres pays. Le roi donna des ordres pour construire des forts à l'embouchure des rivières, où les navires devaient mouiller, sans pouvoir trafiquer ailleurs.
1664» Cette année, une petite troupe composée de i4 Anglais et d'un pareil nombre d'Indiens, sous les ordres du capitaine Henri Batt, fut envoyée par le chevalier Berkeley, pour faire des découvertes. Partis d'Appamatox, dans le comté de Charles , ils traversèrent plusieurs chaînes de montagnes et arrivèrent auprès des cabanes de naturels qui faisaient du sel. Les Indiens de l'expédition ne voulurent pas aller plus loin, disant que les habitants de ce pays ne souffraient jamais qu'aucun étranger retournât chez lui , et les colons furent ainsi obligés de reprendre leur même route, sans faire aucune découverte importante.
Beverley semble croire que cette expédition n'avait pas traverse la grande chaîne de montagnes ; qu'elle était descendue seulement sur le bord delà rivière Oakfuskée (2).
Selon Fauteur de Y Empire britannique en Amérique (3), ils parvinrent , après une marche de sept jours , au pied de montagnes qu'ils traversèrent avec beaucoup de difficulté en trois joues ; alors ils descendirent dans des vallées fertiles, où
(ijt Bçyerlx*' Vifgin&f lib* I» .ch*r 4-
{p^Beyerly$\ Virginia, lib. I, ch. 4»i 37-
(3) Oldmixon, British Empire, ejtc., vpl. I, art. Virginie.
ils trouvèrent une grande quantité de daims , d'élans , de buffles et de dindons sauvages si familiers au'ils se laissaient presque attraper. On y vit aussi des raisins dont chaque grain était aussi gros qu'une petite prune.
En 1670, le Parlement passa une loi pour obliger les gouverneurs des provinces d'Amérique à fournir un état annuel des navires expédiés de leurs ports avec les productions du pays, et à confisquer ceux qui débarqueraient toutes marchandises désignées , provenant d'un autre pays que l'Angleterre.
État de la colonie en 1671. D'après le rapport du chevalier Berkeley, la législation et le pouvoir exécutif sont confiés au gouverneur, au Conseil et à une assemblée qui jugent toutes les causes au-dessus de i5 livres sterling. L'assemblée, composée de deux membres de chaque comté , se réunit tous les ans pour imposer les taxes. Dans chacun des vingt comtés, il y a des Cours inférieures pour juger les affaires de moindre valeur.
Une copie des lois passées par l'assemblée est envoyée , tous les ans , au lord-chancelier ou à ceux des principaux secrétaires d'état. Aucune vente de terre n'est légale à moins qu'elle n'ait été enregistrée dans l'espace de trois mois, à dater de l'acte de cession, dans les Cours générales ou dans les Cours de comtés.
Tous les hommes libres, au nombre d'environ 8,000, sont exercés au maniement des armes, une fois par mois, dans leurs comtés respectifs. Les cinq forts sont mal entretenus, n'ayant pas plus de 3o canons en bon état.
Les Indiens sont si complètement subjugués qu'ils ne sont plus à craindre. La colonie qui, autrefois embrassait 10 degrés d'étendue, n'a plus qu'un demi-degré.
La principale production du pays est le tabac dont on a exporté, cette année, i5,ooo boucauts; les droits étant de deux schellings, chacun peut subvenir aux dépenses publiques. Les autres articles ne payent aucun droit, soit qu'ils soient importés ou exportés.
Dernièrement , on a fait nn peu de cire. Quant à la mortalité , la première année , pas une personne sur cinq n'échappait ; à présent, pas un sur dix.
Il y a dix-huit paroisses dans la colonie, renfermant une population d'environ 4° 5 000 individus , dont 2,000 esclaves noirs et 6,000 domestiques blancs.
Les hommes libres étaient au nombre de 8,000. Environ 80 navires anglais et irlandais y arrivent annuellement pour chercher du tabac.
Dans ce rapport , Berkeley remercie Dieu qu'il n'y ait dans la Virginie, ni écoles libres, ni imprimerie, et il espère qu'il n'y en aura pas avant un siècle.
« Car, dit-il, l'instruction amène la désobéissance, l'hérésie et les différentes sectes dans le monde ; et l'imprimerie les a répandus avec des libelles contre les meilleurs gouvernements. Que Dieu nous préserve de ces fléaux ! (1) »
1673, février. Lord Culpepper, ayant acheté les concessions de terres accordées, en 1649 , à ses associés , obtint du roi un bail pour 3i ans ; au mois d'avril 1675, l'assemblée envoya M. Morrison et deux autres agents pour représenter l'injustice de cet acte (2).
1676. Insurrection dirigée par Naihaniel Bacon. Les diverses taxes que le gouvernement britannique avait mises sur le commerce et les pêcheries des colonies ; l'échange du tabac qui n'offrait plus aucun bénéfice aux propriétaires ; les sommes considérables qu'ils étaient obligés de payer pour amortir les donations qui avaient été faites, par le roi, contre la teneur de la charte ; ces causes et la peur ae nouvelles hostilités de la part des Indiens, excitèrent un mécontentement général.
Les Indiens qui demeuraient vers l'extrémité de la baie de Chésapeak, avaient établi un commerce avec les colons de la province de New-York ; ils passaient et repassaient par les frontières de la Virginie pour acheter des peaux et des fourrures des Indiens du sud , dont ils vendaient une partie aux Anglais et le reste aux Hollandais de Manhattan. Les Anglais, étant devenus maîtres de ce port , ne tardèrent pas d'inspirer aux Indiens Chésapeak une haine pour les colons contre lesquels ils commirent des massacres et des brigandages. Par ces hostilités, les Indiens des frontières perdirent une partie de leur commerce sans savoir pourquoi. Soupçonnant que le but de l'expédition du capitaine Batt était de leur enlever le reste, et craignant d'être attaqués par les colons, ils se retirèrent à leurs habitations les plus éloignées, ce qui fit croire qu'ils étaient les auteurs des hostilités commises par les autres Indiens.
(1) Réponse du fameux sir William Berkeley aux questions des lords du Conseil des Colonies. Chalmen' poiitical annals, book I, ch. i3.
(a) Chalmeri Annals, book I, ch. 14.
a34 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Soixante planteurs avaient été massacrés de la manière la plus cruelle. Les colons s'enrôlèrent pour servir, comme volontaires, contre les Indiens de la frontière, et ils s'y rendirent par bandes, jusqu'à ce que Nathaniel Bacon se présenta pour servir de chef . Il avait reçu son éducation QjxTemple de Londres, et trois ans après son arrivée dans la province , il avait été élu membre du Conseil. Jeune, actif et éloquent, il sut se rendre très-populaire ; le peuple se décida à 1 accepter comme général et promit d'obéir à ses ordres. Il les harangua sur les malheurs du pays , en l'assurant qu'il ne déposerait point les armes sans y avoir porté remède.
Les colons des frontières, pour se mettre en sûreté, avaient été obligés d'abandonner leurs demeures et de se retirer dans des lieux plus peuplés. Les forts que le gouverneur avait fait construire sur les limites, pour arrêter les incursions des Indiens, ne furent d'aucune ressource, ceux-ci ayant trouvé un passage hors delà portée du canon. Les habitants s'assemblèrent en grand nombre et prièrent Bacon de se mettre à leur tête. Il les passa en revue , et expédia un messager au gouverneur pour le prier de lui donner une commission de général , afin de marcher contre les Indiens. Le gouverneur repondit qu'il en référerait au Conseil. Bacon ayant renouvelé sa demande inutilement, se mit en marche à la tête d'environ 70 hommes. Alors le gouverneur lui envoya, le 27 mai, Tordre de licencier son monde et de comparaître lui-même devant lui sous peine d'être déclaré rebelle. Il se mit, en même teins, à la tête des troupes pour l'arrêter, mais après une marche inutile, il revint à la capitale pour présider l'assemblée.
Pendant ce tems , Bacon attaqua les Indiens avec succès et détruisit leur magasin d'armes et de poudre. Voulant encore essayer d'obtenir une commission , il s'embarqua dans une chaloupe, avec 4<> hommes armés, et se rendit à Jauies-Town. Berkeley s'y trouvait , avec son Conseil , et lui en défendit l'entrée. Bacon se retira en hâte , mais il fut oris , avec une vingtaine de ses gens, par le capitaine d'un navire, à Sandy- Bayy ou baie sablonneuse , et ramené à James-Town pour être traduit devant le gouverneur et son Conseil. Il fut acquitté et rétabli dans ses fonctions comme membre de l'assemblée ; et le 10 juin, on lui promit une commission de général pour commander les hommes qui devaient marcher contre les Indiens. Trois jours après, le gouverneur refusa de signer cette commission sans expliquer ses motifs.
Sous prétexte d'aller voir sa femme , Bacon s'éloigna ,
parvint à rassembler 600 hommes et revint à leur tête devant la chambre de rassemblée,
Leeouverneur n'avait que 100 soldats qui n'étaient pas tons bien disposés en sa faveur. Le Conseil , effrayé à la vue de tant d'hommes mécontents et armés , engagea le gouverneur à nommer Bacon général des forces de la Virginie. Il y consentit , mais avec répugnance : alors Bacon sortit de la ville, avec ses volontaires, et s'avança vers la source du fleuve York. Pendant qu'il y faisait ses préparatifs de campagne , et sang donner aucune raison plausible, le gouverneur, d après l'avis de son Conseil, proclama de nouveau Bacon rebelle, et ordonna à la milice de l'arrêter. Bacon , instruit de cette résolution, publia une proclamation dans laquelle il accusait le gouverneur de mauvaise administration , et déclarait n'avoir en vue que le bonheur du pays. Il revint à James-Town, mais sans trouver le gouverneur qui avait passé à Accomack ( 1 ), dans le comté de Glocester où il espérait ne pas trouver de révoltés.
1676. Cependant un grand nombre de colons s'enrôlaient sous les bannières de Bacon et s'engageaient à lui rester fidèles. Le 3 août , ils firent une déclaration en faveur de leur général et lui prêtèrent serment d'obéissance.
Le gouverneur, secondé par tous ceux qui approuvaient son administration, attaqua les révoltés avec diverses chances de succès. Bacon envoya contre lui une expédition composée de deux navires ayant des troupes à bord pour l'assiéger, et lni-même s'avança contre les Indiens, d'après une décision de l'assemblée du 4 septembre. Le capitaine Carver, qui était à la tete de l'expédition navale, fut pris et pendu, et les soldats, privés de leur chef, se rendirent au gouverneur. Celui-ci ayant appris que Bacon marchait contre les Indiens , s'embarqua pour la cote occidentale avec cinq navires et deux chaloupes ayant à bord environ 1,000 hommes, et se présenta devant la ville où se trouvaient alors plus de 700 partisans de Bacon , promettant d'accorder le pardon à tous , excepté à deux des
{lus actifs agents de la révolte. Cette proposition fut acceptée, î 7 septembre, par la plupart des habitants. Les Baconiens abandonnèrent la ville , et le gouverneur y rentra le même jour.
Bacon ayant combattu les Indiens et se trouvant sans provisions, se préparait à revenir à James-Town , quand il apprit
(t) Nommé communément Côte orientale.
ce qui venait d'arriver. Il se dirigea vers cette ville avec environ i5o hommes et assiégea le gouverneur qui fit une sortie contre lui , ayant sous ses ordres plus de 700 colons d'Accomack, qui prirent la fuite sans coup férir.
Le gouverneur fut encore obligé d'abandonner la ville et de passer à Accomack avec les principaux, habitants et leurs effets. Bacon, craignant d'être lui-même assiégé, fit brûler la ville, et traversant le fleuve, il s'avança avec ses hommes dans le comté de Glocester, où il établit son quartier-général. Là, il fut informé que le colonel Brent marchait contre lui , à la tête de 1 ,000 nommes. 11 se hâtait d'aller à sa rencontre, lorsque, au bout de deux jours, il reçut la nouvelle que le colonel avait été abandonné de ses troupes.
Il fit aussitôt ses préparatifs pour aller à Accomack , mais il tomba malade et mourut, le Ier octobre, dans la maison de M. Paté (1), située dans le comté de Glocester.
Après la mort de Bacon, un colon nommé Ingram, se proclama général de toutes les forces militaires de la Virginie et de celles qui pourraient y être levées dans la suite. Le gouverneur, toujours retiré à Accomack , envoya au fleuve de James quelques troupes commandées par le major Beverley, oui surprit le colonel Handsford et son parti , ainsi que d'autres insurgés sous les ordres du major Cheiseman. Le premier fut jugé par une Cour martiale et pendu ; l'autre mourut en prison. Le capitaine JFarlow, qui avait agi sous les ordres de Bacon, fut aussi exécuté. Le gouverneur alors se hasarda à se rendre au fleuve York où 11 était protégé par quatre navires et deux ou trois goélettes ayant à bord i5o hommes ; avec cette force, il parvint promptement à soumettre les rebelles, qui se trouvaient dispersés par bandes sans plan et sans chef habile pour diriger leurs mouvements. Plus tard, il fut secondé par l'arrivée crun régiment d'Angleterre.
Le lieutenant-général Ingram et le major-général Walklatt se rendirent sous condition d'une amnistie pour eux et leurs
Î artisans; mais ces deux chefs furent déclarés incapables 'exercer aucun emploi dans le pays.
Cette révolte ayant dure pendant sept mois , les Indiens Susquehannah en avaient profité pour ravager les frontières. La perte , résultant de cette guerre , fut estimée à 100,000 livres sterling (2).
(1) Quelques auteurs disent qu'il mourut chez le docteur Green.
(2) Beverly* Virginia, book I.—Chalmers' Annals, book I, ch. 4.—
La mort subite de Bacon laissa des doutes concernant les motifs de sa conduite. Quelques personnes ont supposé qu'il voulait seulement subjuguer les Indiens ; les autres qu'il espérait devenir le chef d'une république ou d'un gouvernement indépendant.
Dans une courte esquisse de Y histoire de la Virginie, à la fin d'une statistique de cet Etat (1), par M. Martin, l'auteur anonyme , après avoir donné des renseignements sur cette révolte, ajoute, que si Bacon avait vécu un siècle plus tard, il aurait été un des hommes les plus distingués de la révolution, et les historiens se seraient plu alors à louer sa conduite, comme dans les circonstances actuelles , ils ont cher» ché à noircir son caractère. Il ne s'opposa jamais au gouvernement anglais , mais seulement à des ennemis étrangers et aux mauvaises administrations. Il paraît avoir toujours agi d'après le consentement et la voix du peuple et n'avait jamais cherché à s'agrandir. Il lui était impossible de s'élever au pouvoir suprême dans la colonie, sans le consentement du gouvernement anglais et du peuple de la Virginie, et la pensée de leur résister aurait été absurde. « Enfin, nous ne voyons aucune différence,» dit cet auteur, « entre la cause de Berkeley et celle du chevalier Jean Harvey, de lord Dunmore et d'autres gouverneurs qui ont été expulsés du gouvernement au commencement de la révolution. »
1676. Bacon, chef de la dernière révolte, avait été membre du Conseil ; et, par cette raison, le roi donna au gouverneur le pouvoir de suspendre un membre par sa propre volonté, à la charge néanmoins de transmettre ensuite au roi , par écrit, les accusations contre ce membre et sa défense (2) ; une amnistie fut accordée pour les fautes commises dans la dernière insurrection.
1676-7, 24 février. Traité entre la France et la Grande- Bretagne j conclu à Saint-Germain , qui déclare libre la navigation et le commerce avec toutes les puissances neutres, en tems de paix , et les marchandises libres si les navires le sont également.
L'assemblée avait envoyé des députés (3) à Londres , en
Collections of Massachusetts* hisU Society, vol. I, a«l Séries. Boston
(1) Cet ouvrage fut publié à Charlottesviller en i835. (a) Présent state of Virginia, etc., p. a3. London, 1727. (3) Le secrétaire Ludwell et le colonel Park.
1674, pour représenter au roi que les donations qu'il avait faites, dans les parties septentrionales et méridionales de kt Virginie, se trouvaient en opposition avec les chartes et privilèges des colons , et les députés avaient vainement supplié de révoquer ces concessions. A la nouvelle de la révolte, ils conclurent un arrangement avec les propriétaires concessionnaires, d'après lequel les colons s'engagèrent à payer à chacun la somme de 4°o livres sterling. Les députés obtinrent ensuite du roi une nouvelle charte qui confirmait les principes et les privilèges de la première, d'après lesquels les terres ne relèveraient que de la couronne (i). ihi
1677. Après la mort de Bacon, la province envoya des agents en Angleterre pour réclamer contre toute imposition qui serait établie sur les colonies sans le consentement de l'assemblée générale. Cette remontrance donna lieu à une déclaration du roi Charles II, par laquelle il affirma que les taxes ne devaient être levées sur les propriétaires et habitants de la colonie que par le consentement commun de l'assemblée générale , excepté telle imposition que le Parlement pouvait mettre sur les productions importées de la colonie en Angleterre.
1677. Le roi Charles II, informé de l'insurrection dans la Virginie, fit partir une petite flotte sous le commandement du chevalier Jean Berry^ ayant à bord des munitions pour la valeur de plus de 1 1 ,000 livres sterling, et un régiment d'infanterie pour attaquer les rebelles. Ce furent les premières troupes envoyées dans les colonies pour la répression d'une révolte. Elles y restèrent jusqu'en 1681, lorsqu'elles furent congédiées sur la qui ne voulut pas
fournir à leurs dépenses. Une commission nommée par le roi, et composée du chevalier Jean Berry et des colonels Jefftrys et Morrisonj arriva bientôt après celle de la flotte, pour examiner les causes des troubles dans la Virginie et en faire un rapport.
Le gouverneur, le chevalier William Berkeley, fut rappelé après une administration de \o ans. Il retourna en Angleterre où il mourut bientôt après son arrivée. Sa conduite politique avait mérité l'approbation du roi et de l'assemblée qui pria sa majesté d'accorder à sa veuve la somme de 3oo livres ster- , ling, comme récompense pour les services de son mari {1).
(1) Beverlys' Vi rgin ia> book I, ch. 4* (a) Chalmers' JnntUs, book I, ch. 14*
DE i/AMÉRÏQtîE* fc3g
^67 7 . Lorsque sir William Berkeley était sur le point de retourner en Angleterre , il nomma Herbert Jefferys son successeur. Cet omcier réussît à faire la paix avec les Indiens : die fat signée, par les chefs de différentes nations, à Middle- Plantation, le 29 mai , en mémoire de l'anniversaire du jour de la naissance de sa majesté et de son heureuse restauration. D'après les articles de ce traite', le commerce libre avec les Indiens fat permis, mais ils devaient apporter leurs marchandises à certains lieux désignés par l'assemblée , ce qui ne leur plut pas; et ils demandèrent le rétablissement de leurs anciens usages.
Jefferys mourut Tannée suivante , et le chevalier Henri Chicherly fut nommé à sa place , en qualité de lieutenant, vers la fin de Tannée 1678.
Pendant son administration, l'assemblée fit établir des magasins, vers les sources des quatre grands fleuves, et mit des garnisons pour intimider les Indiens ( 1 ).
1680. Au mois de mai , Chicherly fut remplacé par Tlwmas lord Culpepper. Ce gouverneur envoya à l'assemblée le projet d'un acte pour établir un revenu permanent sur le tabac , le tonnage et les émigrés. Il abolit le privilège d'un appel à la Cour générale, et fit passer des actes dans son intérêt personnel. Il finit par créer un revenu public qui fut mis à la disposition du roi, sans qu'il en fut rendu compte à l'assemblée. Par ce moyen, il doubla ses appointements et augmenta les profits de sa charge. Les maîtres des navires , au lieu de petits présents , payèrent à chaque voyage une redevance de 20 à 3o scbellings, suivant la grandeur du navire; et le tems finit par légitimer le droit. L'argent devint rare, et pour en hausser le prix à son avantage, le gouverneur acheta, pour son compte, des pièces de huit (2) légères -, et , par une proclamation , en fit monter la valeur de 5 à 6 scbellings. Il profita de l'occasion pour congédier les soldats qui furent obligés de prendre cette monnaie en paiement, ainsi que les personnes qui avaient fourni à leur subsistance. On vint après payer le droit avec cette même monnaie qu'il réduisit à son ancienne valeur , pour conserver son revenu (3).
Ayant formé le projet de posséder une portion du terrain nommé Isthme du Nord, il sema la division entre les membres
(1) Bevèrlys' Virginia, book I, ch. 4.
(a) Dollar espagnol.
(3) Beverley, boek I, ch. 4»
24o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
de la Cour de justice et les députés de la bourgeoisie , et ensuite il obtint Tordre de casser tous les appels de la Cour de judicature, de rassemblée, et de les évoquer à son Conseil. Les actes publics finirent ainsi par n'avoir plus aucune force.
Pour encourager l'introduction des étrangers, l'assemblée rendit une loi générale qui leur accordait la naturalisation complète moyennant la prestation du serment de fidélité (i ).
L'assemblée passa un autre acte pour l'encouragement des manufactures coloniales, et elle défendit la réunion des noirs esclaves pour la célébration des fêtes et des enterrements.
1680. Le gouverneur Culpepper retourna en Angleterre au mois d'août 1680. Après son départ , les propriétaires , ne pouvant plus vendre leur tabac, prirent la résolution de détruire les jeunes plants, ce qui occasionna une espèce de révolte, au mois de mai 1682. Le roi Charles II, en étant informé, renvoya Culnepper pour punir les coupables. Ceux qui furent convaincus d avoir pris cette mesure si faneste , furent traités comme coupables de félonie et de sédition, et quelquesuns furent pendus.
1684? 28 février. Lord François Howard, qui succéda à lord Culpepper, imita l'exemple de son prédécesseur en extorquant des droits excessifs , sans avoir aucun égard aux lois et règlements. 11 en exigea pour apposer son sceau à toutes les vérifications de testaments et des actes de curatelles ; il
Jtartagea, même avec son clerc, les moindres rétributions qui eur revenaient. Il fallait sa permission pour ouvrir une école ou exercer la profession d'avocat. Afin de se garantir de toutes plaintes , il établit une Cour dont il s'érigea lui-même le chancelier, sans qu'aucun membre du Conseil pût avoir voix délibérative dans les causes plaidées devant eux.
i685, i5 février. Le gouverneur fit proclamer Jacques II, et profita de cet événement et des ordres du nouveau roi
Sour annuler divers actes de l'assemblée , et en rétablir 'autres qu'elle avait abolis. Les bourgeois firent des remontrances, et il prorogea la Chambre, le 10 octobre 1686 ; alors elle se décida à porter ses plaintes au roi , et le colonel Philippe Ludwell fut chargé de cette mission. Lord Howard retourna en Angleterre en janvier 1688.
(1) Public acts of the assembly of Virginia, art. naturalisation. Le premier acte à ce sujet fut passé en septembre 167 1 . Celui de 1680 fut renouvelé en 1 706 et 1 7 4° •
Malgré l'autorité arbitraire de ce gouverneur, l'assemblée, qu'il avait convoquée au mois d'avril 1684 , passa plusieurs lois très-utiles pour l'encouragement des manufactures , la défense du pays et la conservation de la paix (1).
1684, i3 juillet. Les sachems ou cbefs des cinq nations , ayant été invités par lord Howard d'Effingham , gouverneur de la Virginie, à se rendre à Albany, treize de ces Indiens y arrivèrent , savoir : quatre Mohawks , trois Oneidas , trois Onondagos et trois Cayugas. Le gouverneur leur parla en ces ternies : e Vous êtes venus, il y a environ sept ans, enVirginie, pays qui appartient au grand roi d'Angleterre, et, sans provocation, vous y avez commis plusieurs vols et assassinats, emmenant nos femmes et nos enfants prisonniers : nous aurions vengé ces injures ; mais , d'après le désir de sir Edmond Andros , alors gouverneur de cette province , nous avons envoyé nos agents le colonel Guillaume Kendal et le colonel Southley Littleton pour confirmer le traité de paix fait avec vous par le colonel Coursey de Maryland , et dans lequel nous étions compris ».
Cadianne, l'orateur mohawk, répondit : « Nous sommes trèsreconnaissants, grand sac hem de Virginie, dece que vous avez pu vous laisser persuader par Corltar, notre gouverneur, de nous pardonner nos fautes ; nous sommes très-contents de vous voir et d'apprendre que votre cœur s'adoucit. Prenez ces trois castors comme un gage. Nous remercions le grand sachem de Virginie d'avoir dit que la hache sera enterrée. Prenez ces trois castors comme un gage de notre joie. Nous sommes charmés que Assarigoa (2) ait consenti à enterrer ce qui s'est passé ; que la terre se durcisse dessus, ou plutôt qu'un ruisseau y coule pour laver le mal et l'emporter dans son cours , et que jamais il ne puisse être déterré !
N » Assarigoa, vous êtes un homme de savoir et de jugement , vous avez pu maintenir la chaîne d'amitié, et la faire briller comme l'argent ; maintenant elle est renouvelée et rendue plus forte. Ces trois nations là ont rompu cette chaîne : je dépose ceci comme un gage ; que nous , Mohawks , avons préservé la chaîne entière. ( Il présente deux castors et un raton-laveur.)
» L'union doit être maintenue ; car le feu de l'amour de la Virginie et de Maryland brille ici comme chez nous , et
(1) Beverley, lib. I, ch. — Chalmeri Ànnals, ch. 14.
(2) Nom donné par les cinq nations au gouverneur de la Virginie.
cette maison de paix doit être tenue propre. Prenez ces deux castors.
» Nous plantons maintenant un arbre dont la cime ira toucher le soleil ; ses branches s'étendront si loin qu'il sera vu à une grande distance ; nous nous abriterons dessous et y vivrons en paix. » ( Il présente encore deux castors.)
Les Oneidas, les Onondagos et les Çayugas entonnèrent le chant de paix avec les plus grandçs démonstrations de joie et remercièrent le gouverneur de New-York pour sa médiation auprès de celui de la Virginie.
Le 2 avril , les Onondagos et les Cayugas adressèrent aux deux gouverneurs le discours suivant : « Frère Corlear, votre sachem est un grand sachem, et nous ne sommes qu'un petit peuple ; mais quand, pour la première fois, les Anglais vinrent à Manhattan (i) , à Aragiske (2), à Yakokranagary (3), ils n'étaient qu'un petit peuple alors ; parce que nous vous avons trouvés un bon peuple , nous vous avons traités généreusement et nous vous avons donné des terres ; nous espérons par conséquent , qu'à présent que vous êtes grands et nous petits, que vous nous protégerez contre les Français , sinon , nous perdrons toutes nos chasses et nos castors. Les Français prendront tous nos castors, parce que nous les portons à nos frères. Nous nous sommes mis sous la protection du grand duc d'York, frère à votre grand sachem, qui est lui-même un grand sachem. Nous avons réuni à ce gouvernement la rivière de Susquehannah , que nous avons gagnée par nos armes , et nous désirons qu'elle puisse être une branche du grand arbre du pays qui croit dans ce lieu et dont la cime touche le ciel, tandis que les branche nous abritent contre les Français et les autres
nations. Notre feu brûle dansf vos maisons , et le vôtre chez
nous ; puisse-t-il toujours être ainsi ! Mais nous ne voulons pas qu aucun descendant du grand peuple de Penn s'établisse sur la rivière de Susquehannah, parce que nous n'avons pas d'autres terres à laisser à nos enfants.
» Nos jeunes gens sont des soldats-; provoqués f ils ressemblent à des loups dans les bois. Comme vous, sachem de Virginie , le savez bien , nous nous sommes mis sous la protection du grand sachem Charles qui reste de l'autre cote du grand lac* Nous vous présentons ces deux peaux apprêtées
(1) New- York*
(a) Virginie. . . ' . .. • .
de daims blancs, pour les envoyer au grand sachem, afin qu'il
à son frère le duc d'York, et à vous , Corlear, nous donnons ce castor pour qae vous puissiez faire parvenir nos propositions (i). »
membres du Conseil se rendirent chez lui pour renouveler la demande du Conseil , sans trouver les registres qu'il avait soigneusement caches avant son arrestation. Suivant les instructions de l'assemblée , après être resté prisonnier pendant deux ans , le gouverneur commença un procès contre lui. Il fut accusé : i° d'avoir décacheté des dépêches qui avaient été adressées au secrétaire du gouvernement ; 2° d'avoir rédigé le journal de la Chambre des bourgeois et d'y avoir inséré la lettre de sa majesté après la prorogation de ladite Chambre ; 3° d'avoir, en 1682 , refusé de remettre au lieutenant-gouverneur et à son Conseil des copies du registre de la Chambre des bourgeois. Sur ces entrefaites , Chic hely fut rappelé, et son successeur, trouvant que l'assemblée était décidée à ne pas prendre un autre secrétaire et à n'agir en aucune manière, se trouva obligé d'accorder le pardon à Beverley, qui avait cru inutile d'employer un conseiller pour sa défense contre des accusations aussi frivoles.
Le gouverneur Culpepper revint encore en Angleterre sans congé ; il fut mis en prison et condamné par un jury de Mtadlesex , pour avoir touché la somme de 5oo livres du revenu public, quoiqu'elle eût été accordée par l'assemblée. Sa
{1) Coldens' history ofthe Fïve Indian nations, part. I, ch. 3.
commission à vie fat annulée et le montant de ses exactions confisqué au profit de la couronne (i).
1689. Lord Effingham, qui succéda à Howard en qualité de gouverneur, fit une grande innovation dans les Cours de justice, en établissant une nouvelle Cour de chancellerie, dont il était lui-même le chancelier ; mais bientôt il quitta le pays , laissant le colonel Nathaniel Bacon président du Conseil.
1692, 20 septembre. Administration du chevalier Edmond Andros* Andros, qui s'était rendu si impopulaire dans la Nouvelle-Angleterre , fut nommé gouverneur de la Virginie. Il commença son administration en ordonnant de suivre, dans les Cours de justice, tous les statuts d'Angleterre, même ceux d'une date postérieure à la dernière charte, ce qui' occasionna un embarras si grand qu'on ne savait quelles lois appliquer. Il renvoya le clerc de 1 assemblée , cpi avait été choisi par les membres , parce qu'il avait adresse en Angleterre la pétition de cette même assemblée. Il avait à sa disposition une frégate pour faire observer les lois de navigation.
Afin d'étouffer toute réclamation , il obtint un ordre qui défendait de se servir de l'imprimerie dans quelque cas que ce fût (2). «
i6oyO-2. Établissement du collège des rois Guillaume et Marie à Williamsburg. François Nicholson arriva en Virginie en qualité de lieutenant de lord Effingham. Pour se rendre populaire, il institua des espèces de jeux olympiques. Durant l'administration de son prédécesseur, on avait dresse le plan d'un collège qui fut approuvé par le président et le Conseil , ainsi que par Nicholson ; mais ce dernier refusa de convoquer une assemblée pour délibérer sur ce projet. Néanmoins il approuva fort la voie des souscriptions qui fut adoptée. Elles montèrent à 2,5oo pièces (dollars) , y compris ce qu'on avait reçu des négociants de Londres. L'année suivante, l'assemblée dressa une requête au roi Guillaume et à la reine Marie pour les prier d'accorder une charte à ce collège , et Jacques Blair fut envoyé à Londres pour cet objet.
La charte fut accordée, sous le nom de collège de Guil lawne et Marie en Virginie. Nicholson et dix-sept autres personnes furent nommées par l'assemblée, curateurs de cette institution.
(1) Chalmers' An nais, book. I, ch. 14* (1) Présent state oj Virginia, p. 40.
avec le pouvoir de posséder des biens-fonds pour la valeur annuelle de 2,000 livres sterling, ainsi que toutes donations faites pour cet objet. Le roi et la reine accordèrent une pareille somme pour le maintien de ce collège, avec 20,000 acres de bonnes terres et un droit d'un penny par livre sur le montant du tabac exporté aux autres plantations anglaises. D'après cette charte, le président et les régisseurs avaient le droit de nommer un membre pour rassemblée générale (1).
1696. Institution d'un commissariat des lords (2) pour le commerce j composé de huit membres, chacun avec des appointements de 1 ,000 livres sterling.
Les gouverneurs des colonies reçurent Tordre d'entretenir une correspondance suivie avec le Conseil en Angleterre , et il fat établi : i° que tout navire venant des colonies, ou y allant pour commercer, devait être anglais , irlandais, ou bien avoir été construit dans l'une des colonies, et que la cargaison devait être composée de marchandises anglaises , irlandaises ou coloniales ; 20 que nul propriétaire de terres en vertu d'une charte ne pouvait , sans une licence donnée par le roi en Conseil , les vendre aux naturels du pays ou en disposer en leur faveur ; 3° que tout gouverneur nommé par les propriétaires serait astreint au même serment de fidélité que les gouverneurs royaux ; 4° qu'aucune denrée ne pouvait être débarquée en Irlande ou en Ecosse sans avoir payé les droits en Angleterre (3).
1697. L'assemblée de la Virginie fit établir un détachement de douze hommes , nommés Rangers j vers les sources des quatre grands fleuves de la colonie, savoir : ceux de James, York, Rappahanock et Potomac.
1698. novembre. Administration de François Nicholson. François Nicholson passa du gouvernement de Maryland à celui de la Virginie. Selon quelques écrivains , les prédécesseurs de ce chef étaient , comparativement à lui , de bons législateurs. Il débuta par les mesures les plus violentes et les plus arbitraires. Dans un des mémoires qu'il envoya en Angleterre, il exhorta le Parlement à passer un acte pour défendre
(0 Beverly s' Virginia, lib. I, ch. 1, et book. IV, ch. 8. En 1840, ce collège comptait 5 profeseurs et 1 1 1 étudiants. La bibliothèque renfermait 3,600 volumes ; celle des élèves, 65o.
(2) En anglais, Lords? commissionersjbrtrade and plantations»
(3) Andersons* hist. of commerce, vol. II,year 1696.
aux planteurs de faire leurs propres habits. Dans un autre mémoire, il proposa de réunir toutes les colonies dé l'Amérique septentrionale sous le gouvernement d'un seul vice-roi, et d'y entretenir une armée sur pied pour réduire les ennemis de la reine.
M. Fowler, procureur du roi, ayant refusé de faire uwe démarche contre les lois , le gouverneur le saisit au collet et jura « que les colons n'avaient aucunes lois et que ses ordres devaient être exécutés ; qu'ils n'avaient aucun droit aux privilèges dont jouissaient les Anglais, et qu'il ferait pendre , avec la magna charta autour du cou, tous ceux qui s opposeraient
à ses desseins ».
Ayantrecu des remontrances sur quelques injustices, devant l'assemblée des gouverneurs du collège , il leur répondit « Vous êtes des chiens et vos femmes sont des chiennes : je sais comment gouverner les maures ; je vous apprendrai votre devoir à coups de bâton » ( i ) .
1698. Nicholson fonda la ville qu'il appela Williamsburg (2), en mémoire du roi Guillaume , qui devint la ville capitale et siège du gouvernement. Il y fit bâtir un édifice sous le nom magnifique de Capitole. Pour couvrir cette dépense, il mit un droit de 20 scheliings sur chaque nègre et de 1 5 sur chaque domestique, non compris les Anglais qu'on amène-
% rait dans le pays. Contrairement à la décision de l'assemblée, il signa des traites pour la somme de 900 livres, monnaie du pays, pour bâtir un fort à New- York, <jui n'était pas considéré comme utile pour la défense de la Virginie.
1699. Environ 3oo protestants français arrivèrent , cette année, dans la Vireinie et s'établirent sur le bord méridional du fleuve James, à Environ 20 milles au-dessus de ses chutes, où demeurait autrefois la nation guerrière des Monacans. L'année suivante, 200 émigrés, de la même religion, vinrent y chercher un asile. Plus tard, une centaine d'autres y débarquèrent pour s'y établir.
(1) Beverly? Virginia, lib. I, ch. 4«
(a) Williamsburg est situé dans une plaine entre les fleuves York et James, à la distance de 6 milles de chaque, à 7 de James-Townet à 60 de Richmond; lat. 37° i5', long. 70» V ouest de Paris.
En i63a, l'emplacement sur lequel est bâti Williamsburg fut premièrement peuplé sous le nom de MiMle-Plantation. Population actuelle, i,5oo habitants. En 1679,1e siège du gouvernement fut transféré de Williamsburg à Richmond.
1 DE i/ AMÉRIQUE. 247
Tous les Français , réfugiés en Angleterre et envoyés par le roi Guillaume en Virginie, furent naturalisés. Leur nombre , en y comprenant les femmes et les enfants , était de 700 à 800(1).
1700. Sous le règne du roi Guillaume, Edouard Randolph, inspecteur des plantations, fit un rapport aux membres du Conseil de commerce pour représenter l'oppression des colons, par le gouverneur, qui les tenait en prisonsans vouloir accepter leur caution. Il proposa de faire jouir tous les colons d'Amérique du bénéfice de Ykabeas corpus (2) comme en Angleterre, ce qui fut accordé , bientôt après , aux habitants de la Virginie, sous la reine Anne, à laquelle les deux Chambres exprimèrent leur reconnaissance (3).
1701. Quelques chameaux , venant de la Guinée , furent introduits dans la Virginie, pour être employés comme bêtes de charge. Ils pouvaient porter 1,200 livres pesant ; mais ils furent considérés comme iuutiles, et disparurent bientôt.
1703. Le 8 octobre, un violent coup de vent jeta à la côte plusieurs navires qui se trouvaient dans les différents ports, et fit de grands ravages dans les plantations (4).
1 yo3. La Virginie contenait, àcetteépoque, 60,606 individus, dont 25,023 étaient taxés, et 35,583 femmes et enfants. Il y avait 9,522 hommes de milice, dont 2,363 cavaliers. La colonie était divisée en 25 comtés, dont i5 n'étaient pas encore habités, et 49 paroisses. LaVirginie comprenait alors une surface de 2, 164,232 acres de terre, sans y comprendre le terrain nommé Northern-Neck, situé entre les fleuves Potomac et Rappahanock(S).
1704. Le colonel Nicholson retourna en Angleterre, et George, comte d'Orkney, fut nommé à sa place.
L'auteur de l'ouvrage intitulé : Empire britannique en Amérique , dit que Nicholson a mérite une meilleure réputation que ne semble vouloir lui accorder l'auteur de l'histoire de ta Virginie, (Beverley). La réception qu'il eut à la Cour prouve assez, dit-il , que le roi fut content de sa conduite.
Le comte d'Orkney, lieutenant - général des armées du
(1) Beverlys' Virginia, lib. IV, ch. i3.
\i) Ordre d'après lequel le prisonnier est mis en liberté.
{fy Chalmen' Armais, book I,eh. 3.
(4) British empire in America, vol. I, art. Virginia.
(5) Beverley, book I, ch. 4. Table tirée des listes de V ornée x?o3.
roi , nomma Edouard Nott, écuyer, pour le remplacer, en qualité de sous-gouverneur, lui accordant seulement 800 J ivres sterling , de 2,000 d'appointements qu'il recevait annuellement.
1 705. Edouard Nott arriva en Virginie au mois d'août 1 705, et renouvela l'assemblée, qui passa plusieurs actes, entr'autres celui de rendre les esclaves une propriété réelle (1). Il obtint aussi de l'assemblée de passer une loi pour faire bâtir une maison à Williamsburg , pour la résidence du gouverneur.
1705. Par un acte de l'assemblée de Virginie , celui qui a été élevé dans la religion chrétienne et qui nie l'existence de Dieu ou de la Trinité , ou assure qu'il y a plus d'un seul Dieu, ou attaque la vérité de la religion chrétienne, sera déclaré incapable de remplir aucun emploi ecclésiastique, civil ou militaire ; en cas de récidive , il sera déclaré inhabile à recevoir aucun don ou legs , à être tuteur ou curateur, ou administrateur, et en outre condamné à trois ans de prison (2).
1706. Edouard Nott mourut cette année, et le brigadier Robert Hunter lui succéda dans la même qualité de sousgouverneur ; mais il fut pris par un navire français, et amené en France.
Le colonel Alexandre Spotswood fut nommé à sa place. Cet officier avait la réputation d'être à la fois mathématicien et bon soldat. Il convoqua l'assemblée qui établit trois lois : 1 0 pour établir un magasin dans le comté de Williamsburg ; 20 pour régler le commerce avec les Indiens, et, par ce moyen, créer des fonds pour élever leurs enfants dans les principes de la religion chrétienne; 3° pour placer tous les tabacs dans des magasins , afin qu'ils pussent être inspectés avant l'exportation.
Le colonel Spotswood , accompagné d'une garde de pionniers et de quelques habitants distingués , et muni des provisions nécessaires, entreprit la découverte d'un passage à travers les monts Apalaches. Les ayant franchis avec beaucoup de peine , et reconnu les différentes chaînes ; il traça sur la plus élevée le nom du roi , et l'appela mont George. Les personnes de sa suite en firent autant , en nommant la plus haute après celle-ci, mont Alexandre, en l'honneur du gouverneur.
(i) A brièvement oj the public acts of asscmbly of Virginia, article Slaves, WuXiamsburg, 1737.
(a) Jejersons' notes on Virginia.
Pour cette expédition, ils furent obligés défaire ferrer leurs chevaux, chose qui n'est pas pratiquée dans les pays bas de la Virginie , ce qui fit qu au retour, le gouverneur offrit à chacun de ses compagnons un fer à cheval en argent , dont quelques-uns étaient garnis de pierres prérieuses imitant les clous, et portant d'un coté cette inscription : Sic juvat transcendere montes et de l'autre était écrit l'ordre qu'il institua pour encourager à entreprendre des découvertes et faire de nouveaux établissements.
Tout gentilhomme qui pouvait prouver <ju'il avait bu à la santé du roi sur le mont George, avait droit à porter ce fer à cheval en or. Cette découverte fit naître le projet de couper la communication aux Français entre le Saint-Laurent et le Mississipi, par l'établissement de forts et de garnisons.
Ce gouverneur bâtit un fort appelé Christiana^ qui fut d'une grande utilité. Il fit élever, à ses frais, plus de 75 enfants indiens , sous la direction de M. Charles Griffin qui y demeura quelques années. Les élèves pouvaient lire et connaissaient leurs prières et leur catéchisme ; mais ce pieux dessein ayant été abandonné dans des intérêts de commerce, M. Grifïin fut transporté au collège pour enseigner les Indiens qui y étaient admis, d'après le contrat de donation de M. Boyle(i).
1715. Cette année, on commença à manufacturer le fer dans la Virginie (2).
Le gouverneur Spotswood assista au congrès , à Albany, avec le gouverneur de New- York et celui de Pensylvanie et les rois indiens de différentes nations.
L'année suivante , Hugh Drysdale lui succéda.
1728. On établit une ligne de démarcation , latitude 36° 28' nord, entre la Virginie et la Caroline du nord7, par ordre du roi George II; elle traversa le Dismal-Swamp ou marais affreux qui, auparavant, avait été considéré comme impraticable. Ce marais a environ 3o milles de longueur et iode largeur. Cinq rivières navigables y prennent leurs sources.
Cette même année, les lois de la Virginie , depuis 1662, furent publiées à Londres par les lords-commissaires du commerce et des plantations.
1740. Par une loi (3) du gouvernement anglais, toute per-
(1) Présent state of Virginia, by Hugh Jones, ch. 2. London, 1724.
(2) Andersons9 hist. of commerce, III, year 1715.
(3) Statu te i3 George, II, cap. 7, sect. 1.
a5o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
sonne née hors de l'obéissance du roi, qui a résidé sept années dans une des colonies américaines, qui, pendant ce tems, ne se serait pas absentée plus de deux mois à la fois, et qui aurait prêté le serment de fidélité et d'abjuration (i) devant un juge de la colonie , sera reconnue sujette de sa majesté , pourvu , pourtant, qu'elle ait reçu les sacrements dans une église protestante de la Grande-Bretagne ou dans des colonies , trois mois avant de prêter ledit serment.
Par un autre acte de George II, tous les étrangers protestants qui refuseront par conscience de prêter serment , qui seront nés hors des domaines de sa majesté, et <jui auront résidé sept années dans une colonie anglaise, souscrit à la déclaration de fidélité et d'abjuration , et reçu les sacrements , seront considérés comme sujets de sa majesté (2).
1742. Par un acte de l'assemblée de la province, Richmond est érigée en ville municipale. Elle est située sur la rive gauche du fleuve James , à environ 1 5o milles de son embouchure ; latitude 370 3s' nord , longitude 270 ouest de la cité de Washington (3).
1753. Les Français, se trouvant exclus de toute la cote de rAmériquc du nord, formèrent le grand projet d'unir leurs colonies du Canada et de la Louisiane par une ligne de postes établis à différentes distances dans la vallée de l'Ohio, et s'étendant depuis le fleuve Saint-Laurent jusqu'à l'embouchure du Mississipi.
M. delà Galissonilrtj gouverneur du Canada, ayant reçu l'ordre de prendre possession de ce pays pour la couronne de France, avait envoyé M. Lagardier-Saint-Pierrtj commandant de l'Ohio, avec un détachement pour établir un poste sur les bords de la rivière aux Bœufs. Les agents de la Compagnie de l'Ohio avaient ouvert un commerce avec les Indiens Twightees de cette vallée. Trois d'entr'eux furent arrêtés par les Français et conduits à la presqu'île du lac Eric, où ces derniers s'occupaient à établir un fort. Les Indiens, alliés des Anglais , s'assemblèrent au nombre de plus de 5oo, parcoururent les bois et arrêtèrent trois trafiquants français qu'ils envoyèrent en Pensylvanie. Les Français continuèrent leurs
(1) Id. George I, cap. i3, Cayf abridgement of the public statutes, article Naturalisation.
(2) Statuts 10 George II, cap. 44> sect» i.
(3) En 1 779, Richmond devint le siège du gouvernement. Population en i83o, ib,o6o habitants.
travaux, établirent un autre fort à la distance de i5 milles , au sud du premier, sur un affluent de l'Ohio, et un troisième au confluent de cette rivière avec la Wabash.
La Compagnie de l'Ohio s'adressa alors à M. Robert Dinwiddiej gouverneur de Vireinie , le priant de faire cesser les' incursions et les travaux des Français sur leur territoire. Celui-ci , croyant que les projets de ces derniers étaient en contravention aux traités existants entre les deux couronnes , envoya George Washington > âgé alors de 22 ans , pour réclamer contre ces agressions. Cet officier, accompagné de M. Qisty arpenteur, partit de Williamsburg , le 3i octobre , traversa les montagnes Allegany, remonta la rivière de ce nom, et parvint à l'entrée de la crique française* à la distance d'environ ^00 milles du lieu de son départ. Il y trouva le premier fort , dont nous avons parlé , occupé par des troupes françaises. Il remonta cette crique jusqu'à un autre fort où il fut accueilli, le 12 décembre, par M. de Saint -Pierre auquel il présenta la lettre de M. Dinwiddie.Ce commandant, après avoir consulté les officiers, fit une réponse , qu'il remit a Washington, et dans laquelle il dit qu'il avait pris possession du pays d'après les ordres du gouverneur-général du Canada auquel il transmettrait la lettre de M. Dinwiddie.
1 754. Cette réponse excita la Virginie à lever un régiment. Washington en fut nommé lieutenant-colonel, avec ordre de marcher sur l'Ohio. Il partit au mois d'avril, avec deux compagnies : étant arrivé aux Grandes-Prairies , il apprit , par quelques Indiens amis, que les Français avaient interrompu les travaux de quelques hommes employés par la Compagnie de l'Ohio , pour établir un fort sur l'agluent méridional de cette rivière ; qu'ils se fortifiaient au confluent de l'Allegany et de la Menongahela , et qu'ils avaient envoyé un détachement vers les Grandes-Prairies. Washington, accompagné des Indiens, comme guides , et profitant d'une nuit onscure et pluvieuse , surprit le camp français et fit quelques prisonniers. Après avoir établi un petit fort ( 1 ) auxdites Prairies, il marcha, avec 4oo hommes, vers le fort du Quesne ; mais ayant appris qu'une force considérable venait à sa rencontre, et manquant de provisions, il rebroussa chemin et retourna au fort Necessity qu il commença à entourer d'un fossé. En même tems , M. de Villiers arriva avec i,5oo hommes, attaqua le fort
(1) Fort Necessity ou fort de la Nécessité.
avec une grande intrépidité, et , le 4 juillet, Washington fut forcé de capituler. La garnison eut les honneurs de la guerre et la permission de retourner dans les parties habitées de la Virginie. Dans cette affaire, 58 Anglais furent tués ; les Français en eurent environ 200 de tués ou blessés. Dans sa retraite, Washington s'arrêta à Fpllls-Creek (1) où il établit un fort qui fut nommé fort Cumberland.
Le gouvernement anglais résolut alors de faire la euerre contre la France et envoya des ordres aux gouverneurs de différentes colonies pour faire déloger les Français de leurs postes sur POhio , et de tâcher de former une union entre les différentes provinces. Ce projet fut mis à exécution par les commissaires des plantations.
Les délègues de cette convention s'assemblèrent, le 14 jui°? à Albany, dans l'Etat de New- York , et décidèrent , le 19 , qu'il y aurait un gouvernement général avec un président , nommé par la couronne , et un grand Conseil composé de membres choisis par les assemblées coloniales, dont le nombre n'excéderait pas sept et ne serait pas moindre de deux , et qu'il serait réglé d'après les sommes versées dans le trésor par chaque colonie. Le président du Conseil aurait le droit de faire la guerre et la paix, de conclure des traités de paix avec les Indiens, d'établir de nouvelles colonies, de lever des troupes, d'établir des forts et d'équiper des navires pour la de'fense générale. Tous les officiers de terre et de mer devaient être nommés par le président-général, ainsi que le Conseil-général, et les officiers civils par le Conseil , avec le consentement du président. Toutes les lois devaient être envoyées en Angleterre pour y être approuvées par le roi , et s'il ne manifestait pas de l'opposition avant l'expiration de trois ans , elles devaient rester en vigueur.
On envoya des copies de ce projet au Conseil du roi et aux assemblées coloniales, mais il fut rejeté par le premier, parce qu'il accordait trop de pouvoir aux représentants du peuple, et par les dernières à cause des pouvoirs très-étendus confiés aux représentants du roi (2). La seule province qui refusa son consentement à ce projet fut celle de Connecticut, qui craignait le pouvoir d'un président nommé par la couronne.
(1) Affluent du Potomac.
(a) Ce plan du gouvernement et d'alliance défensive fut rédigé par Benjamin Franklin qui devint ensuite un des plus ardents défenseurs de l'indépendance américaine.
DE i/àMÊRIQUE, *53
1758. L'exportation du tabac monta, cette année, à 70,000 boucauts : ordinairement elle n'excédait pas 55,ooo de i?ooo livres chacun (1).
1764. Après le traité de paix de Paris, en 1763, le gouvernement britannique se décida à maintenir des troupes dans l'Amérique, aux frais des colons, en imposant une taxe sur le sucre et la mélasse ; et, le 5 avril, il passa un acte pour établir certains droits dans les colonies et les plantations. Au mois de novembre suivant, la Chambre des représentants delà Virginie, étant informée de cet acte, prépara une adresse au roi, un mémoire à la Chambre des lords et une remontrance à celle des communes (2),
1764. Bans l'un de ces mémoires, M. Richard-Henry Le$ s'exprima de la manière suivante : « Nous ne pouvons pas être privés de notreliberté anglaise, quoique cela puisse paraître convenable ; mais après tout , les décrets du ciel sont impénétrables, et souvent la cause la plus imprévue produit l'événement le plus important. U est possible que cette mesure de la mèrepatrie, qui semble vouloir nous opprimer et nous abaisser pour assurer notre indépendance, puisse produire un effet contraire. La pauvreté et l'oppression , parmi ceux qui sont pleins des idées de liberté anglaise , peuvent faire naître des sentiments nobles et généreux qui seront la source d'une réaction paissante contre une usurpation tyrannique » .
1765, le 11 mars. L'acte pour introduire le papier timbre dans toutes les . possessions américaines fut confirmé par le roi , après une discussion très-animée dans la Chambre des représentants. Dans celle des communes, il y avait î5o voix pour et 5o contre. Dans celle des lords ^ il passa à l'unanimité et sans discussion.
1765 le 29 mai. La création du papier timbré ayant excité une grande alarme dans toutes les colonies, la Chambre des représentants de la Virginie prit des résolutions d'après lesquelles ce droit fut dénonce comme destructif des principes de liberté consacrés par la constitution britannique. Les premiers émigrés , disait-elle , introduisirent dans la Virginie et transmirent à leurs descendants tous les privilèges, libertés et franchises que possèdent les habitants de la Grande-Bretagne.
(0 Jeffersons Virginia, quere, 10.
[0] Ces documents furent rédigés par Richard-Henry Lee, Voy. Life of Henrjr Lee, 1, 29.
a54 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
D'après deux chartes royales , accordées par Jacques I«T, les colons doivent jouir de ces droits et immunités comme s'ils étaient natifs et résidant dans la mère-patrie. Le droit du peuple de se taxer lui-même ou par ses représentants est consacré par la constitution. Ce droit , que réclame son ancienne et loyale colonie, a été toujours reconnu par les rois et le peuple de la Grande-Bretagne. L'assemblée générale de la colonie , ainsi que le roi et ses représentants, ont seuls le droit de taxer les haoitants, et toute tentative pour revêtir d'autres personnes de ce pouvoir est illégale , injuste et arbitraire, et tendrait à détruire la liberté anglaise comme la liberté américaine (i).
iy65, novembre. Les Virginiens résolurent de ne pas se soumettre à l'acte du timbre , et George Mercer* qui avait été nommé directeur du timbre de cette colonie, étant sollicité de se démettre de cet emploi, l'abandonna, à la grande satisfaction des habitants, qui , le même soir, illuminèrent la ville et sonnèrent les cloches pour célébrer cet événement.
1768, 16 mat. Les mesures du ministère anglais ayant reçu la sanction du Parlement , l'assemblée et la Virginie décidèrent ce qui suit : « Que le seul droit d'imposer des taxes sur les habitants de la Virginie est voté légalement dans leurs assemblées, avec le consentement du Conseil , ou du roi ou du gouvernement agissant pour lui ; qae les habitants ont le droit de pétitionner leur souverain, et qu'il est juste que les autres colonies se joignent dans une adresse respectueuse pour demander l'interposition royale en faveur des droits violés de l'Amérique; que tous procès par trahison, félonie, et autres crimes, quels qu'ils soient commis, doivent être portés aux Parlements résidant dans ladite colonie, pour être jugés par les juges de sa majesté dans ladite colonie , et que l'arrestation de personnes résidant dans la colonie ; et soupçonnées de quelques crimes ou injures aux droits des sujets anglais , ainsi que le misérable privilège d'être jugé par un jury du voisinage , aussi bien que la liberté de produire des témoins dans de telles procédures , sera enlevée au parti accusé. » Le jour suivant, lord Botecour, gouverneur de la Virginie, suspendit l'assemblée. Ces membres se réunirent secrètement, nommèrent Peyton Randolph , leur président , et adoptèrent des mesures contre l'importation des marchandises anglaises.
(1) Ces résolutions de rassemblée furent rédigées par Patrick Henry.
Yoy . Wirts, life of Patrick Henry.
1768, octobre. L'assemblée générale de la Virginie proposa d'envoyer un mémoire au Parlement anglais dans lequel elle exprimerait ses plaintes concernant les taxes imposées sur les marchandises anglaises dans la colonie dans le but d'établir un revenu. L'exécution de cet acte et de celui qui suspendait la législature de New-York furent considérées comme trèsalarmantes et tendant à renverser la liberté du peuple.
Dans le même tems , l'assemblée adressa une remontrance à la Chambre des communes qui se terminait ainsi qu'il suit : k II est à espérer que la Chambre des communes ne continuera plus à présenter des mesures qui doivent être considérées par ceux qui en souffrent comme convenant mieux à des exilés qu'aux descendants des Bretons, qui, de tout tems, ont été si désireux de témoigner leur respect et leur affection à leur patrie , en cherchant toutes les occasions de contribuer à sa prospérité et à sa gloire. Les patriotes anglais ne se soumettront jamais à un pouvoir anti-constitutionnel qui, même dans le coin reculé qu'ils habitent, pourrait devenir dangereux en donnant l'exemple aux partis de l'empire britannique».
1773, mars. L'assemblée de la Virginie, ayant résolu de maintenir une correspondance avec les autres colonies, nomma un comité de onze personnes , afin de se procurer des renseignements positifs concernant les actes du gouvernement anglais, relatifs aux colonies.
1774» Ier juin. L'assemblée étant informée de la fermeture du port de Boston, le Ier juin, résolut que les habitants observeraient ce jour par le jeûne et des prières, afin d'obtenir l'interposition divine en faveur de leurs droits , prévenir ainsi les maux d'une guerre civile, et leur inspirer le courage de s'opposer, par tous les moyens justes et convenables, à toute attaque contre leur liberté.
En conséquence decette résolution, le gouverneur Dunmore suspendit l'assemblée ; maïs , avant de se dissoudre, 98 des membres signèrent une déclaration portant : qu'une attaque faite sur une des colonies doit être considérée comme applicable à toute l'Amérique anglaise ; que le but du gouvernement était de la forcer de se soumettre à des taxes arbitraires qui entraîneraient la ruine des habitants.
1 774, le 5 novembre. Le gouverneur Dunmore fit assembler, m fort Gower, les officiers sous ses ordres, pour savoir leurs opinions concernant l'état actuel des choses , et il fut résolu de continuer fidèle allégeance au roi George III, tant qu'il se
contenterait de régner sur un peuple libre et brave ; mais l'amour de la liberté , l'attachement aux intérêts du pays doivent l'emporter sur toute autre considération , et, par conséquent, ils résolurent d'employer tout leur pouvoir pour le maintien de leurs justes droits et privilèges.
1775. Dans la nuit du 19 avril, le gouverneur fit enlever la poudre delà colonie, des magasins de Williamsburg, pour la transporter à bord du vaisseau de guerre la Madeleine. Le peuple, indigné, en demanda la restitution, et força le trésorier de rembourser la valeur de cette propriété. Le gouverneur fit une adresse aux habitants sans réussir à les calmer ; et, pensant qu'il n'était plus en sûreté, il se mit sous la sauvegarde des soldats de la marine. Il convoqua une assemblée, et cette assemblée montra qu'il avait perdu toute sa confiance.
1775, le 10 juin. En se retirant à bord du vaisseau de guerre le Foweyj le gouverneur Dunmore adressa une réponse au Conseil et à la Chambre des représentants. Dans ce manifeste , il accuse cette chambre d'avoir donné protection aux procédés violents et tumultueux du peuple qui avait forcé et pulé les magasins publics ; de lui avoir livré des armes, d'avoir permis à un corps d'hommes assemblés dans la ville deWilliamsburg, d'attaquer et d'insulter un détachement dé troupes du roi sous prétexte qu'il marchait au secours du gouverneur, afin de mettre sa personne , ainsi que sa famille , en sûreté : il invitait les représentants à concourir aux mesures convenables dans la circonstance , en le réintégrant dans ses fonctions comme représentant de sa majesté , en rétablissant l'ordre et les lois, en désarmant un corps d'hommes levé en opposition à l'autorité royale, et en les obligeant à rapporter,
'Enfin,
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cution dirigée contre tous ceux qui sont attachés, par principe et par devoir, au service de leur roi.
Pour parvenir à cette fin, le gouverneur cède à l'invitation faite par la Chambre, pourvu qu'elle accepte l'offre du Parlement d'établir la liberté du pays sur une base fixe, et de s'unir avec les sujets de la Grande-Bretagne dans un lien commun d'intérêt et de secours mutuels. Si les procédés de l'assemblée montraient cette disposition, je m'engage, dit-il, à retourner à Williamsburg, le cœur rempli de joie, et je regarderai cette époque comme la plus heureuse de ma vie.
La Chambre des représentants présenta une adresse au gouverneur-général Dunmore, dont voici le sommaire :
« Noos , obéissants et loyaux sujets de sa majesté , les représentants de la Virginie , réunis en assemblée générale , ayant mûrement examiné l'adresse des deux Chambres du Parlement , la réponse du roi et la résolution des communes, que votre seigneurie a eu la bonté de nous communiquer , nous désirons sincèrement la continuation de cette affection fraternelle que nous portons à nos concitoyens de la Grande- Bretagne, et nous espérons qu'ils n'approuvent pas les mesures sévères dont leurs frères en Amérique ont long-tems souffert. Nous apprenons avec plaisir qu'une proposition a été faite par la Chambre des communes pour amener à un résultat favorable nos malheureuses contestations avec la mère-patrie. Nous considérons cette réconciliation comme un événement heureux. Nous avons soigneusement examiné la résolution à cet effet, et c'est avec peine et regret que nous sommes forcés de déclarer qu'on a changé seulement la forme de l'oppression sans en alléger le poids. Nous ne pouvons, milord , consentir à ces conditions par les raisons suivantes : i° le gouvernement civil de notre colonie a été établi pour nous , et non pour le Parlement de la Grande-Bretagne, qui n'a aucun droit d'intervenir dans nos affaires. Notre corps législatif a établi les officiers nécessaires pour l'administration des affaires publiques, et il n'appartient à aucun autre corps d'en régler le nombre ou les appointements. Cette prétention du Parlement est nouvelle et d une date récente, h' acte pour lever un revenu public et pour le meilleur maintien de la Virginie fut passé dans la trente-deuxième année du roi Charles II , et fut fait au nom du roi et du consentement de l'assemblée générale; 20 le Parlement veut nous imposer une taxe conforme à ses vues et sujette à sa direction , tandis que nous avons le droit de dépenser notre argent lorsque les besoins publics le demandent. Nous sommes les juges de la condition , des circonstances et de la situation de notre pays ; sans cela , il n'y aurait aucun moyen d'arrêter l'abus de la prérogative royale ; 3° les communes proposent de s'abstenir de lever des taxes sur la colonie , à condition que nous accorderons notre argent comme elles le demandent sans révoquer les actes passés pour restreindre le commerce , altérer la forme du gouvernement des colonies de l'Est , étendre le timbre , changer le gouvernement et la religion de Québec, augmenter la juridiction des Cours d'amirautés , nous ôter le droit d'être jugés par nos jurés, et nous transporter dans d'autres pays pour y être juges en matières criminelles ! On prétend aussi tenir
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parmi nous des armées sur pied, et on laisse continuer une infinité d'autres griefs sans vouloir les redresser ; 4° en même tems qu'on nous demande de l'argent , on prépare des forces de terre et de mer pour tomber sur nous , et nous forcer d'accorder de nouvelles contributions ; on continue aussi à laisser en vigueur des actes qui restreignent le commerceetla pèche dans les provinces delà Nouvelle-Angleterre, et qui défendent aux colonies de trafiquer avec d'autres pays que les îles de la Grande-Bretagne, d'Irlande et les Indes- Occidentales ; 5° nous avons fourni notre contingent oour la défense commune, et Ion nous prive d'un commerce libre, en opposition au principe, que ceux qui supportent les charges de l'Etat, doivent participer à ses avantages. Au moyen de contributions et de monopole, on nous fait payer un double impôt. Cependant , lorsque le gouvernement s'est adressé à nous comme à un peuple libre, nous avons libéralement contribué, dans les conjonctures fâcheuses, à la défense commune; 6° la proposition qui nous a été faite par le gouvernement , intéresse toutes les autres colonies ; maintenant , nous sommes représentés dans le congrès général , et nous sommes tenus par honneur aussi bien que par intérêt de faire cause commune avec les autres colonies , et, conséquemment , nous ne pouvons accéder à aucune mesure sans leur participation.»
1775, juillet. On établit une Convention, composée de deux députés de chaque comté , qui devaient demeurer en place pendant une année. Le but de cette assemblée était de résister aux moyens employés par la Grande-Bretagne contre la liberté de la colonie ; mais à cette époque, elle ne pensait point à une séparation de la mère-patrie , ni à l'établissement d'un gouvernement républicain. Un extrait de l'ouvrage de Thomas Paint j intitulé Common sensé ou Sens commun, fut publié en Virginie, au mois de juin 1776 ; mais les électeurs de cette année, dit M. Jefferson, étaient bien loin d'adopter les idées qu'il renfermait (1).
1776, le i5 mai. Séparation de la Virginie de la Grande- Bretagne. La Convention s'exprima de la manière suivante : Malgré tous les efforts des colonies unies pour rétablir en Amérique la paix et la tranquillité à des conditions justes et raisonnables, nous avons éprouvé, au lieu du redressement de nos griefs, un accroissement d'insultes et d'oppression. Lesco-
(i) Jeffenons9 notes on Virginia, art. Constitution.
lonîes ont été déclarées rebelles et, par conséquent, exclues de la protection de la couronne. On a proposé la confiscation de nos biens : nos citoyens, prisonniers de guerre, ont été forcés d'agir contre les intérêts de leurs parents et de leurs compatriotes , et même de concourir à leur mort. On a équipé des flottes, organisé une armée et soudoyé des troupes étrangères pour coopérer à notre ruine. Le représentant du roi , après avoir annulé tout pouvoir de notre gouvernement, s'est retiré à bord d'un vaisseau armé , en invitant nos esclaves à s'y rendre. Toutes ces vexations et injustices dont nous avons été les victimes, ont été déclarées justes et légales. Dans ce grand péril, il faut choisir ou d'une soumission humiliante aux ordres de ces tyrans , ou d'une séparation de la couronne de la Grande-Bretagne.
Forcés de nous en séparer , et de pourvoir à notre propre sûreté , il a été résolu , d'une voix unanime , que nos représentants , dans le congrès général , seront chargés de lui proposer de déclarer les colonies libres et indépendantes de la Grande-Bretagne , et de consentir à toutes les mesures qu'il croira nécessaires à ce sujet , mais en conservant le pouvoir d'établir un gouvernement et une administration particulière dans cbaque colonie, sous la direction du pouvoir législatif de chacune.
Un comité sera nommé pour rédiger une déclaration des droits et un plan de gouvernement.
1776, le Ier juin. Déclaration des droits gui doivent être considérés comme la base fondamentale du gouvernement. Tous les hommes naissent libres et indépendants j ils possèdent des droits naturels etpersonels dont ils ne peuvent être privés : tels sont la vie et la liberté , les moyens d'acquérir des biens et de les posséder, de chercher et de procurer le bonheur et la sécurité.
Toute autorité émane du peuple : les magistrats en sont les dépositaires ; les agents doivent lui rendre compte de leurs opérations.
Les gouvernements sont institués pour la protection et la sûreté du peuple. Le meilleur est celui qui produit la plus grande somme de bonheur et de protection et le moins exposé au danger d'une mauvaise administration. Lorsqu'un gouvernement ne remplit pas ce but , la majorité de la nation a le droit de l'abolir, de le changer ou de le réformer.
Aucun homme , ni aucune classe d'hommes ne peut avoir
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droit à des émoluments ni à des privilèges particuliers , à moins de services publics.
Les trois pouvoirs législatif , exécutif et judiciaire doivent être séparés et distincts. Les membres des deux premiers, doivent, après un tems fixe, retourner à l'état privé , afin que les places vacantes, au moyen d'élections fréquentes , soient remplies par de nouveaux membres.
Les élections doivent être libres. La propriété particulière ne peut être enlevée à personne , ni appliquée à des usages publics , sans le consentement du propriétaire. On ne peut obliger le peuple à obéir à d'autres lois qu'à celles qui ont reçu sa sanction , ni les suspendre , ou en arrêter l'exécution sans le consentement des représentants du peuple.
Toutes lois rétroactives sont injustes et ne doivent jamais avoir cours.
Nul ne peut être privé de sa liberté que par le jugement de ses pairs et en vertu des lois existantes. Chacun a droit de connaître le motif et la nature de l'accusation intentée contre lui, d'être confronté à ses accusateurs et d'exiger une prompte décision des jurés dont l'avis doit être unanime.
On ne doit point exiger de cautionnements excessifs, ni imposer de trop grandes peines pécuniaires, ni condamner à des peines cruelles et inusitées.
L'officier chargé de faire des perquisitions, d'arrêter un ou plusieurs individus, ou de faire des saisies, doit être muni d'un état des lieux , des personnes ou des choses en question : un décret ne doit être décerné que sur preuve suffisante.
Dans tous les procès civils, il faut avoir recours aux jurés : cette institution doit être considérée comme sacrée.
Un des meilleurs boulevards de la liberté publique est la liberté de la presse , <jui ne peut être restreinte que dans les gouvernements despotiques.
La défense naturelle et la plus sûre pour un État libre est une milice bien organisée. En tems de paix , des troupes régulières sont dangereuses pour la liberté ; et, dans tous les cas , le militaire doit être entièrement soumis à l'autorité civile.
Le gouvernement de la Virginie doit être uniforme et indépendant ; et aucun autre ne peut être établi dans ses limites.
Il faut recourir souvent aux principes fondamentaux du gouvernement, afin de le conserver libre et heureux. Tout individu doit jouir de la plus parfaite liberté de
conscience ; et il ne doit être ni troublé ni pnni par aucun magistrat à cause de la forme de son culte, à moins qu'il ne trouble lui-même la tranquillité' de la société.
1776. Le 4 juillet, les représentants des provinces des États-Unis, assemblés en congrès général , déclarèrent leur indépendance , avec liberté pour chaque état de choisir une forme particulière de gouvernement. La Virginie fut la province qui adopta cette mesure. Patrick Henry en fut nommé gouverneur.
Constitution actuelle de la Virginie j établie le 14 janvier i83o. La déclaration des droits faite le 11 juin 1776, par les représentants du peuple de la Virginie assemblés en convention libre, lesquels droits appartiennent à la nation , ainsi qu'à ses descendants, comme n'exigeant dans l'opinion de cette convention aucun amendement, sera annexée à cette constitution, et aura avec elle les mêmes rapports qu'avec l'ancienne constitution de cet Etat.
tes pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire seront séparés et distincts.
La législature se composera de deux branches différentes, qui , réunies , formeront une législature complète , laquelle sera appelée assemblée générale de la Virginie.
Une de ces branches , nommée Chambre des délégués , se composera de i34 membres, annuellement choisis pour et par les différents comtés, villes et bourgs de la province ; l'autre Chambre de l'assemblée générale, nommée le sénat, se composera de 3a membres.
Tous les 10 ans , savoir : l'an 1841 > et tous les 10 ans successivement, la législature devra régler le nombre des représentants de comtés, villes, bourgs de cette province, pour les deux Chambres.
A dater de l'année 1841, et ensuite à des intervalles d'au moins 10 ans, les deux tiers des membres concourant, l'assemblée générale pourra augmenter proportionellement le nombre des délègues et des sénateurs dans la province , de manière que le nombre des premiers n'excède jamais i5o membres, et les derniers 36.
Pour être sénateur, il faudra avoir 3o ans, être un habitant et franc tenancier du district , et qualifié en vertu de sa propriété à voter pour les membres de l'assemblée générale , suivant la constitution ; et pour être membre de la Chambre des délégués , il faut avoir a5 ans , être un habitant et franc tenancier du comté, de la ville ou du bourg et district de l'é-
lection, et qualifié par ses propriétés à voter pour les membres de l'assemblée générale , suivant cette constitution , en exceptant , toutefois, les personnes remplissant des emplois lucratifs, les ministres de l'évangile, ainsi que les prêtres de toute dénomination.
Les membres de l'assemblée seront indemnisés de leurs services suivant qu'il sera arrêté par la loi , et les fonds seront fournis par le trésor.
L'assemblée générale se réunira une fois par an , au plus ; et pendant la session, aucune des Chambres ne pourra, sans le consentement de l'autre, ajourner pour plus de trois jours, et , dans aucun autre endroit que celui où les deux Chambres siègent.
Toutes les lois seront présentées à la Chambre des délégués pour être approuvées ou re jetées par le sénat, ou être amendées avec le consentement des délégués.
Le privilège de Yhabeas corpus ne pourra être suspendu dans aucun cas ; la législature ne pourra passer aucun bill d'attainderj ou loi rétroactive ou qui concerne l'obligation des contrats ; aucune loi par laquelle les propriétés particulières seraient prises pour l'usage public sans de justes compensât ions, ou aucune loi portant atteinte à la liberté de la parole ou de la presse ; personne ne pourra être contraint à fréquenter les églises ou lieux de réunions pieuses , ou être tourmenté pour opinions religieuses ; chacun sera libre de professer sa religion et de maintenir ses croyances sans que cela puisse, en rien, porter atteinte à ses capacités civiles ; la législature ne pourra prescrire aucun serment religieux, ni admettre aucune loi pour établir une société religieuse, ni imposer aucune taxe pour cet objet ; chacun pourra choisir son ministre et contribuer à son entretien.
La législature a le droit de passer une loi pour exclure de tous les emplois civils , militaires , judiciaires et exécutifs de cet Etat , quiconque , à Ta venu-, se battrait en duel , enverrait ou accepterait un cartel , quand l'issue pourrait être la mort d'une des parties , ainsi que celui qui servirait de témoin ou aiderait dans une pareille affaire , ou serait volontairement le porteur d'un cartel ; mais celui qui se serait battu avant , ou qui aurait envoyé ou accepté un cartel , ou qui en aurait été le porteur, ne serait pas pour cela incapable de remplir un emploi.
Les gouverneurs, les juges de la Cour d'appel et des Cours supérieures, et tous les autres coupables de mauvaise adini-
nistration , de négligence , de divers délits , de hauts crimes , seront accusés par les délégués, et ensuite jugés par le sénat, qui aura seul le pouvoir de prononcer sur ces accusations. Il faudra les deux tiers des membres pour prononcer.
Pour avoir droit de voter, il faudra : i 0 être citoyen blanc de l'Etat et habitant, être âgé de 2 1 ans, et de plus être qualifié à voter suivant l'ancienne constitution et loi, posséder un bien fonds de la valeur de i5 dollars, ou être associé dans une propriété de la même valeur, ou avoir le droit de novation pour un terrain de la valeur de 5o dollars et en avoir le titre six mois avant l'élection, ou tenir un bail pour un bien fonds du revenu de 20 dollars , et pour le terme de cinq ans , ou avoir tenu une maison, comme chef de famille, dans le comté ou cité, un an avant l'élection, et payer les taxes.
Les votes se donneront ouvertement ou de vive voix , dans toutes les élections qui auront lieu dans cet Etat , pour les emplois honoraires et lucratifs.
Le pouvoir suprême exécutif de cet État sera confié à un gouverneur élu par les suffrages des deux Chambres de l'assemblée générale ; il conservera son emploi pendant trois ans, à dater du ier janvier, après son élection, ou à d'autres jours qui, de tems à autre, seront prescrits par la loi, et il sera éligible à cet emploi pendant les trois ans qui suivront le terme de ses services.
Nul ne pourra être gouverneur avant d'avoir atteint l'âge de trente ans ; il faudra aussi être né citoyen des Etats-Unis, ou avoir été citoyen de l'adoption de la constitution fédérale et avoir été citoyen de l'Etat pendant les cinq années qui précèdent l'élection.
Le gouverneur veillera à l'exécution des lois : à chaque session, il rendra compte à la législature de la situation de l'Etat, et recommandera les mesures qu'il jugera nécessaires. Il sera commandant en chef des forces de terre et de mer, et assemblera la milice quand la sûreté publique l'exigera. Il pourra convoquer la législature sur l'application d'une ma-
Îorité des membres de la Chambre des délégués , ou quand Intérêt public l'exigera , accorder des grâces ou des répits , excepté quand les poursuites auront été commencées par la Chambre des délégués, ou qu'il sera autrement prescrit par la loi. Il réglera les rapports qui doivent exister avec les nations étrangères, et nommera provisoirement à toutes les places vacantes.
Il y aura un Conseil d'état composé de trois membres, dont
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un au plus pourra agir: ils seront élus par les suffrages réunis des deux Chambres de l'assemblée générale et resteront en place trois ans.
Le pouvoir judiciaire sera confié à une Cour suprême d'appel ou à telles Cours supérieures qu'il plaira à la législature d'établir de tems à autre.
Aucune ordonnance abolissant une Cour ne pourra priver un juge de son emploi, à moins que les deux tiers des membres de chaque Chambre présente ne concourent à la passer.
Les juges de la Cour suprême d'appel et des Cours supérieures seront élus par les votes des deux Chambres de l'assemblée générale.
Les juges pourront être destitués par le concours des deux Chambres de l'assemblée générale ; mais les deux tiers des membres présents devront avoir concouru à ce vote.
L'avocat-général sera nommé par les suffrages réunis des deux Chambres de l'assemblée générale et commissionnés par le gouverneur ; conservera son emploi tant qu'il plaira à l'assemblée générale. Tous les ans, un trésorier sera nommé par les votes réunis des deux Chambres.
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