‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens (volume 2)Chapitre 42 sur 103 · PRINCES DE SALERNE · texte numérisé non relu

PRINCES DE SALERNE

Salehne ( Salemum ), ville maritime, capitale de cette partie du royaume de Naples , qu^on nomme aujourd'hui princi(>aaté citérieure (en' italien Citlàdiguà) , faisait autrefois partie da Picentin, dont Picentia était- la capitale. Les Romains, suivant Tite-Live , y établirent une colonie. Elle fut enlevée à Tem-! pire grec par les Lombards , qui l'érigèrent , avec les conquêtes qu^ils firent aux environs, en principauté. Plusieurs écrivains ont exercé, sans succès, leurs plumes sur la ' suite chronoIcH gique de ceux qui l'ont possédée. Il était réservé à D. Salvador-Marie Blasi , bibliothécaire de l'abbaye de Cave , de mettre cette matière en évidence à la lumière des archives de son mo* nastère , dans un ouvrage publié , l'an 1 78$ , à Naples , sous ce titre : Séries principum qui Langobardorum œtate Salemi mpe* rarurU, Ce sera, par conséquent, lui que nous prendrons pour notre principal guide à cet égard.

Mais avant que d'ehtamer ce sujet , il est â propos de faire

3uel(mes observations sur l'usage où étaient les notaires de ater leurs actes sous les princes lombards de Salerne. L'in* diction était la seule ère qu'ils y exprimassent avec l'année du prince régnant , qu'ils commençaient au jour où il était monté sur le trône , pour la terminer au jour de l'année suivante où elle expirait. Sous les princes normands qui succé-* dèrent aux Lombards à Salerne, on suivait une autre méthode. La première année de leur règne, commençant au jour de leur intronisation , finissait avec celle de notre ère vulgaire , comme le pratiquaient en France plusieurs notaires sous nos rois delà première et de la seconde race. Autre observation : quoique les

CHRON. HIST. DES PRiNCrs ©E SALERNE.' l65

Tiotaires lombards n^expriment point dans leurs actes Tannée de l'ère chrétienne, oh voit cependant quHls suivaient le calcul pisan , qui anticipe de neuf mois et sept jours sur notre ère vulgaire , comme nous TaVons observé dans notre dissertation sur les dates des chroniques et des chartes ; c'est ce qui résulte de la combinaison des années du règne de leurs princes avec celles de rindiction*

Jusqu'à la mort de Sicard, prince de Rénévent^ Salerne avait . fait partie de cette principauté. Mais Siconulfe , son frère , qu^il avait exilé à Taréote , ayant été tiré au bout de sept ans de la

I>rison où il était détenu , se rendit à Salerne, dont les habitants e reconnurent 9 au mois de janvier 840, pour leur prince. Il fut appuyé par Landulfe , comte de Capoue ^ et par tes Napolitains contre Radelgise , nouveau prince de Bénévent ; ce qui ocrasiona une longue guerre , dont l'i^ue né tourna pas k l'avantage de Radelgise. £t ce fut ainsi que la principauté de Salerne fut démembrée de celle de Bénévent. Siconulfe, prince d'un grand courage et sachant bien la guerre, fît tous ses efforts pour réunir dans saimain tous les états de son père ; et peut-être y aurait-il réussi ^ si Louis 11 , fils de l'empereur Lothaire et depuis son successeur , n^eût interposé sa médiation pour engager Siconulfe et Radelgise à conclure , l'an ^4^, un traité de partage .de l'ancien duché de Bénévent. M. de Saint-Marc place, en 65 f, la mort de Siconulfe; mais don Blasi nous paraît mieux fondé à la mettre en 849* £n mourant , il laissa un fik, qui suit. ( Vûy. Radelgise , prince de Bénéifent. )

SiGOU , fils et successeur de Siconulfe , eut pour collègue Pierre, soub la tutelle duquel son père lavait laissé en mourant, AdBmar, fib de 'Pierre, lui fut associé, l'an 854 « du vivant de Sicon,* qui mourut Tan 855, avant le mois d'octobre. Ërkemperl (de Gest Priac. Benei*ent) dit que Pierre et son fils , qui observaient attentivement toutes les aéroarches de Sicun, jaloux de ses liaiswis^ étroite» avec les CapoiianS| parmi lesquels il se plaisait à résider, le 'firent empoisonner par des gens habiles dans ce métier. Pierre , l'an 856 , et Adelgise, prince.de Bénévent, s'étant alliés, entreprirent le siège de Bari pour en chasser les Sarrasins, dont les fréquentes incursions leur causaient de grandes pertes. Mais les Barbares étant venus les attaquer, furent obligés de prendre la fuite. Us fie se rebutèrent point , et ayant rassemblé de nouvelles forces, ils engagèrent une seconde bataille où ils mirent les Chrétiens en déroute, après leur avoir tué beaucoup de monde. Fiers de cette victoire, les Sarrasins coururent les deux principautés enneniies, massacrant toiit ce nui osait leqr rcâisier^

iGG cHao:;QLOGi£ historique

emmenant les femmes captives , et saccageant le pays d^où ih emportèrent de riches dépouilles à Bari. (Jnonym, Salem, Pa-ralipom.^ part. 2.)

Ademar étant resté seul prince de Salerne, après Tan 856, donna un libre essor à ses mauvais penchants et surtout à son avance , en quoi il était parfaitement imité par sa femme Gui- MELTRUDE , ce qui les rendit odieux Tun et l'autre k leurs sujets. Un seigneur du pays , nommé Gaifer, forma, l'an 861, contre Adémar une conjuration qui , ayant arrêté et mis ce prince en prison , proclama Gaifer en sa place. Adémar avait un fiU, nommé Pierre, qu^il avait fait élire évéque de Salerne. Celui-ci voyant le malheur de son père, s'enfuit de peur à Saint-Ange , et peu de tems après , s étant donné de plein gré au nouveau prince , il fut ramené à Salerne , sans qu'on sache ' ce qu'il devint dans la suite. {Anonym, Salem. ^ ibtd,)^Vem^ pereur Louis II désaprouva hautement la conduite de Gaifer envers Adémar. C'est ce qui fit que Louis étant arrivé à Bénévcnt, l'an 806, pour faire la guerre aux Sarrasins, Gaifer n'osa d'abord Taller trouver ni lui envoyer des ambassadeurs à l'exemple des autres seigneurs du pays. Redoutant toutefois le ressentiment de l'empereur , il vint ensuite au-devant de lui jusqu'à Sarno. Ce qu'il avait lieu de craindre arriva. Louis exigea qu'il remît Adémar entre ses mains, dans la vue de le rétablir, à quoi Gaifer répondit : « Que voulez-vous faire ^ seigneur , d'un » homme qui est privé de la vue » ?' Adémar ne l'était pas encore ; mais , sans perdre de tems, Gaifer envoya secrètement des ordres pour lui taire crever les yeux. {Ibîd , part. 2, c. 90.) Adelgise , duc de Bénévent, ayant fait prisonnier, l'an 87 if l'empereur Louis II , jpour se venger des désordres que ses troupes commettaient aans son duché, les Sarrasins, que Louis avait obligés de repasser en Sicile, profitèrent de la retraite de ces troupes, que les Bénéventains avaient chassées, pour rentrer en Italie, et Vînrent débarquer près de Salerne, dans le dessein d'en faire le siège. Mais le prince Gaifer, prévenu de leur résolution par un ami qu'il avait parmi eux , fit entourer la viile de fortes murailles et d'un grand nombre de tours , pour )a mettre à couvert de leurs assauts. Les Capouans , comme vassaux de cette principauté , furent contraints de contribuera la dépense que ces ouvrages occasionèrent^ et construisirent à leurs frais la tour qui était h l'Occident. {Anon. Salem, j c. 119) Gaifer avait un fils nommé Gaimar, qu'il se donna pour collègue en 877. Celui-ci, que nous nommerons GaimâR I, ou Waimairb 9 partagea le trône , en 8q3, avec Gaimar II » son fils , après quoi il disparaît dans l'histpire. Il avait épousé YlOTË I fiUc de Gui , duc de Spolcttc«

DES PRINCES DE SALERNE.^ iC/

Gaimar II était dans la quarante unième année de son règne , . lorsqu^en 933, il s^associa Gisulfe,son fils, qui n^avait alors que quatre ans. Romuald de Salerne, dans sa -chronique , dit (|ue Gaimar termina ses jours la même année , laissant Gîsulfe sous la tutelle de. Priscus. Mais D. Blasî prouve que le père vivait encore en 943. ( Voyez les comtés de Capoue, )

GisuLFE, premier du nom 9 s'acquit une estime universelle pria sagesse de son gouvernement. Grecs, Français, Saxons, et Sarrasins mêmte , tous s'étudiaient à captiver son amitié , et nul n'osait attenter à ses états. Le pape Jean Xll lui ayant fait proposer, par se% ambassadeurs , en 9S9 , une alliance avec lui, il le vint trouver en grand cortège à Terracine. {Anonym. Sa^ îernitJ) Gisulfe était cousin de Landulfe , fils d'Atenu^lfe,. prince deBénévent, qu'il avait adopte et qu'il comblait de bienfaits* Pour sa récompense, l'ingrat forme une conjuration contre lui, et, à Paide de sas fils Landulfe, Indulfe, Landenulfe et. Gaimar, aidés par Risoh, Romuald, et d'autres nobles.de Salerne, étant entrés par une fenêtre dans le pajais , l'arrête prisonnier et le fait enfermer , l'an 974 9 dans^ une prison avec Gemme, sa feomie, et d'autres personnes qui leur étaient attachées, après, quoi iL s'empare de la principauté de Salerne, Mais Pandulfe Tête de fer ^ indigné de cette perfidie, vient l'assiéger dans Salerne, qu'il oblige à lui ouvrir ses portes , et rétablit Gisulfe , au mois qe juin ue la même année 974^ Celui-ci, n'ayant IK)int d'enfants, adopte Pandulfe, second fils de son libéra-* teur, et meurt l'an 978. (^Y oyez les princes de Capoue, y

Pandulfe , fils aîné de Pandulfe Téfe de fer , successeur de Gisulfe , règne à Salerne avec, son père jusqu'en 9S i , et seul jusque vers la fin de 982^.

Maiïson, duc d'Âmalfi et palrice impérial, gyant chassé ie Salerne, l'an 982, Pandulfe ^ y jouit de la souveraineté jusqu'à Tannée suivante, avec Jean , son fils, qui disparaît ensuite»

. Jean , surnommé Lambert , toscan de naissance , parvint , on ne sait comment, sur* la fin de 983 , à la principauté de Salerne ., dans laquelle il s'associa Gui , son fils. Tous deux régnèrent ensemble l'espace d'environ cinq ans. La mort ayant enlevé Gui, l'an 988 , Jean , son père , lui substitua Gaimar, son second fils, et mourut au plutôt l'an 996.

Gaimar III du nom, fils puîné de Jc^an- Lambert, el *0Q successeur , après avoir été son collègue, régna seuljus« )u*en ioi6. S'étaat alors associé JsAN, son £1$ aîné, il le

l68 CHtlOKOLOGIE HISTORIQUB

Gaitelgrime , ^ui lui survécut quelques m6is , après lui avoir donqé un troisième fils, qui fut duc de Sorrento; el no qiia« trième, nommé Pandulfé où Paldulfe.

Gaimar IV du nom, nVait point encore atteint l'âge de puberté à la mort de son père. Can io39, il se donna pour collègue JeâI9 , son fils, qui mourut deux ansaprèi» La même année io38, il joignit à ses états les principautés de Capoue . et d'Amalfi , par la faveur de l'empereur Conrad , qai avait dépouillé Paldufe de la première. (Voy. les princes de Capoue*) Sa fortune ne se borna point là* 11 devint' encore ^ Fan io4a| duc de Calabr^ et de la Pouille. Mais Tannée suivante , il restitua ou perdit tous ses états, qui lui furent enlevés parles Normands, à l'exception de ceux de Salerne et d'AmalB, qu'il conserva. Une conjuration s'étant formée contre lui, il y succomba Tan io52 , laissant deux fils, Gisulfe, qui suit, et Jean; avec deux filles , Sikelgaïte ^ femme de Robert Guiscard ^ et Gaitelgrime, mariée, en premières noces, vers Tan 1079, à Jourdain, prince de Capoue , el en secondes, à Hugufô de Paida , dont on ignore l'origine et le rang. Le Pellegrini dit M. de Saint-Marc,, sc^upçonne que la Now^lle de Tancrède^ laquelle se lit dans Bocace , est , sous des noms supposés , Thistoire de Gaitelgrime et de Hugues.

Gisulfe II, fils puîné de Gaimar IV, qui se l'était associé l'an io4q, lui succéda l'an 1062, par la valeur de Guî, soa oncle , qui le soutint contre ceux qui voulaient lui ravir sa principauté, comme ils avaient ravi la vie à son père. Gisulfe conserva cette succession l'espace de vingt-cinq ans. Mais ses sujets^^ qu'il accablait d'impdls , ayant porté leurs plaintes à Robert Guiscard/ duc de la Pouille , celui-ci envoya une ambassade à Gisulfe , pour l'inviter à traiter plus humainement son peuple. Robert n étant nullement satisfait de la réponse de Gisulfe , commence à faire la paix avec Richard I, prince de Capoue, auquel il faisait la guerre , et , pour condition, lui impose l'oblig;»tion de l'aider à conquérir Salerne. Le pape Grégoire VU , ami de Gisulfe, 4ui députa Didier, abbé ae Mont-Cassin , ' pour l'exhorter à se réconcilier avec Robert. IKdier n'ayant pu rien gagner sur le cœur obstiné de Gisulfe , le siége^de Salerne fut entrepris, el poussé avec tant d'ardeur, que les Lombards, pressés "par la famine, ouvrirent leurs portes aux assiégeants dans le mois d'août de la mcrae année 1077. Gi»ulfé, s'étant'

DES PRIÏÏGES' DE SAt£kNÈ« ' 169

retiré dans la citadelle, fut bientôt contraint de se rendre, en demandant pour toute g;râce la liberté d^aller où il voudrait. Pierre Diacre . dit que le pape ie nomma gouverneur de la campagne* de' Rome. Mais D. Blasi déclare n'avoir rencontré aucune charte qui lui donne ce titre. Robert Guiscard , dans le même tems quHi assiégeait Salerne , fit la conquête d'Anialfi , ville alors la plus célèbre dMialie par son commerce de terre et de mer. Quelques chroniques avancent que ce fut à . la prière des habitants d'Amalfi que Robert vint se rendre maître de cette ville. Cependant nous voyons Gisulfe , onze ans après là conquête des Normands, reconnu souverain d'Amalfi dans les actes publics ; témoin cette charte tirée des archives de Cave , laquelle débute par ces mots : In nomine domini Dei eterni et SalfHUoris nostii Jesu Christi, armo ab Incarnatione ejus , etcJf ostensa sunt duo scripta , qu(Z scripta sunt per Johannem Nota'* fium in anno suprascriptœ dominicœ Incarnationis , mUlesùno octogesimo octaoo ^ temponbu$ domini Roggeni gioriosi ducis'; umm de mense aprili , et aîterum de mense maîo , indiclione mdedmâ concurrente. Unum ex cis centinebat quaÏÏter dum intra cintatem Amalfiam coram prœsentia domini Gisulfi principis esset Aienuarus judex j et plures more solito circa eum siaret caterva

fidelium^ tune in eadem prœsentia suprascriptus Guaymarius •

fidejussorigm eis posuerat suprascriptum dominum Gisuîfum prin^, dpem^etc.

GisULFfi II fut le dernier prince de Salerne., D. Blasi place sa mort en 109^. GfittSiE, sa femme, ,«e lui doqna point d'en-; bnts.

Gui , frère de Gaimar IV et duc de Sorrento , eut un fils appelé Gaimar , lequel fut père d'un autre Gaimar, et' d'une fille, qui vivaient 1 un et l'autre en i 124 et 1126. Le dernier Gaimar n^eut point d'enfants. 3a sœur fut mère de JLandulfe de Bariagiano , qui peut éfre , dit M. de Saint-Marc , le chef d'une maison issue par elle des princes de Salerne.

Pandulfe , autre fils de Gaimar lY, eut trois fils , dont celui qui paraît avoir survécu aux autres , peut avoir fini ses jours ^ cn 1 158 ou 1 14.0 9 sans laisser de postérité.

Nous ne pouvons pas quitter l'article de Salerne sans faire mention de la célèbre école dé cette ville. « Quelques auteu^ J^ ont prétendu faire remonter sa fondation à Cnarlemagne. » Mais c'est à des tems moins éloignés , dit Giannone , qu'il » faut rappètter l'origine de Técolé de Salerne. Dans ses com- » mencements, elle ne fut point instituée par les soins ou les » ordres d'aucun prince : aussi ne porta-t-eUe point le iitte XYIII. 2a

l^D CHRONOLOGIE iUSTOBIQW

» d'académie, de collège ou d'université , mais de simple écok a» Elle s^établît à Salerne , parce que cette ville étant sur le » bord de la mer^ il s'y faisait de fréquents débarquement* M d^Orientaux et d'Africains. Sous le règne des derniers princes » lombards I les Sarrasins, ou Arabes, y allèrent souvent,

» en sorte quMls avaient occasion d'y faire de longs séjours

M Insensiblement il s'établit une sorte de commerce qui facilita Il aux Salernitains les moyens d'apprendrç des Arabes laphij» losophie, et particulièrement la médecine, dans laquelle ils » excellirent.

j* Entre ceux qui contribuèrent à l'illustration de l'école de » Salerne , il faut placer le fameux Constantin l'Africain , ji originaire de Gartbage. Dans ses grands voyages en différentes m parties de l'Asie et de l'Afrique, il avait appris, parmi ces j» nations , diverses sciences , particulièrement la philosophie m et la médecine. 11 passa è Baoyïone , où il apprit la gram- » maire , la dialectique , la géométrie , Taritiimétique , les » mathématiques, l'astrononiie , la physique des Caldéens, » des Arabes , des Perses , des Sarrasins , des Egyptiens , des » Indiens. Il employa trente-neuf ans à se procurer ces sciences^ i» et s'en retourna en Afrique. Mais ce grand homme ayant su J» que les Carthaginois , jaloux de se voir obscurcis par son » mérite extraordinaire, avaient résolu de le faire mourir, il Ji s'enfuit dans un navire qui le porta à Salerne , où il resta jt pendant quelque tems cacné sous l'habit d'un mendiant......

J» bientôt après que Constantin y fut arrivé , le frère du roi de » Babylone y vint aussi , attiré peut-être par la curiosité de M voir cette ville dont Robert Guiscard avait fait sa capitale, » et qui , par le trafic continuel qu'elle faisait avec différentes » nations, possédait leplus fiimeux port de la mer d'Occident. j% Ce prince reconnut Constantin , fit au duc Robert l'éloge de » ses grands talents , et l'engagea à lui rendre tous les honneurs 1» dus à son mérite. Ce savant fixa donc son séjour à. Salerne^ n où il fit prospérer l'étude de la philosophie , et surtout celle » de la médecme qu'il possédait plus que toutes les autres » sciences.

» Après avoir passé plusieurs années h Salerne , il se relira » au Mont-Cassin , où il se fit moine; et, pendant tout le tems » qu'il y demeura , son occupation fut de traduire des livres de il , diverses langues , et de composer plusieurs traités de méde* a» cine 9 dont Pierre Diacre a aonné un long catalogue. Par les 9 soins de ce savant , et par ceux des mpines da Mont-Cassin , » qui faisaient des études continuelles sur la médecine, l'école » de Salerne acquit beaucoup de réputation. Déjà , dès le tems du • pape Jean YllI , ces moines étaient médecins i et un nommé

DES PHINCES DE SALERim. îyi

Bassacio., leur abbé , avaient composé quelques livres dan& lesquels 'il traitait de Tusage et de l'utilité dé certains re^ xnèdes. Alors on ne trouvait pas extraordinaire que les ecclé-*^ siastiques et les moines professassent la médecine r aus^i ^ dans Saleme et dans toutes les provinces du royaume de Naples, la noblesse et les personnes du premier rang ne croyaient pas qu'il fût au-dessous d'elles de l'exercée. Léoa d'Ostie (1.111, c* 7) rapporte qu'Alfano, archevêque de Salerne, était très-expérimenté dans cet art ^ et qu'il donnait tous ses soins à la guérison des inaladies. Un autre archevêque de la même ville , nommé Romdatd Guarva , professait éga-» lement la médecine , et en général , toute la noblesse tenait à honneur d'en être instruite et de la pratiquer» Cet usage subsista long-tems à- Sakrne. Quelques écrivains , qui l'ont ignoré 9 jugeant de la manière de penser de ce lems-U par celie d'aujourd'hui (1785}, ont cru que le célèbre médecia Jean de Procida n'était pas le même que le fameux Jean de Procida , noble de Salerne , qui fut auteur de la conjuralioa

» des Vipres siciliennes ; comme si la pratique de la médecttie

» eût été incompatible avec la noblesse.

» Tous les grands personnages qui enseignaient et profes«»

» salent la médecine dans l'école ae SaTèrne , en élevèrent la réputation au-dessus de toutes tes autres écoles de l'Europe. De là il arriva qu'on venait de toute» parts chercher à Salerne les médecins dont on avait besoin , et que les personnes les plus considérables qui se trouvaient affligées de quelque» grandes maladies, se faisaient transporter dans cette ville

{)oar y chercher leur guérison. Léon d'Ostie rapporte que e célèbre- abbé Didier se trouvant accablé de maux que le» veilles et t'abstînence lui avaient causés., se fit portier à Sa-leme pour s'y procurer le rétablissement de sa santé; Dans. les tems suivants , on voit aussi que Guillaume le MauQoi^ étant tombé malade à Palerme , et le mat augmentant de joui' en )oor, fit venir auprès de lui Romuald Guarvà, archevêque de PalermOy bon praticien en médecine, pour le soigner r mais quoique ce prélat ordonnât divers reipèdes propres à sa^ guérison , comme le mafade ne voulait employer c]ue çeux^ qui lui plaisaient j il mourut bientôt.

» 11: est encore certain , par l'histoire , que c'est â Sâreme que Pon trouvait les. meilleurs apothicaires.; et l'on dit , à cette occasion, que ce fut die cette ville que la, princesse Sikelgaitiefît venir le poison dont elle se servit contre Robert, son mari et contre son beau-fils.

» L'école de Salerne s'acquit une nouvelle et ptus grander » réputation par tes ouvrages que composa lean de Milan ^ùer

i;^ GHBONOLOGm SXSTOJUQU£ .

9) irtcux médecin de Salerne ; ils furent approuvés par toutela 9> faculté , et dédiés sous son. nom au roi d'Angleterre. Mais i> comme il paraîtra sans douté extraordinaire que les médecins » dédiassent ces ouvrages à un roi si éloigné d'eux et avec lequel » ils sembliaient n'avoir aucune relation, il est à propos d'en j> (apporter les motifs , €t de faire connaître pourquoi ces » médecins firent cette démarche , et présentèrent ii ce prince » leur livre écrit en vers léonins.

» L'étohnement que Ton pourrait avoir cessera , si l'on se » rappelle la venue des Normands et des fils de Ta.ncrède dans » nos provinces. Us étaient ttous descendants de RoUon ou de y Kobert, duc de Normandie. U.faut donc considérer qoe, j» dans le même tems que nos Normands conquirent la Pouille i> et la Calabré, et ensuite la principauté de Salerne, les autres » normands qui étaient demeurés dans Ta Neustrie se rendirent » maîtres de l'Angleterre , et après qu'ils y eurent reraponé » uil nombre infini de victoires', enfin, vers, l'an 1070, ce » royaume passa sous la domination de Guillaume , qui , y par cette raison , fut appelé ic Conquérant.

» Ainsi comme les princes qui régnaient en Angleterre et à 7> Salerne étaient du même sang et.jdlescendahts tous de Rollon, » premier duc de Neustrie ^ il est tout naturel qu'il y eût une M amitié et une correspondance entre eux et leurs sujets.

M Mais ce n'est pas en dire assez; et nous allons entrer dans V un plus grand détail, pour faire connaître à quelle occasion » les médecins de Salerne dédièrent leur livre de Jean de M Milai^ au roi d'Angleterre. Après que Guillaume, duc de » Normandie, eut conquis l'Angleterre, il laissa trois fils; B Guillaume dit le jRou^ , Robert et Henri : le premier eut le » royaume ; mais il mourut sans enfiints , dans le tems que » ]^obert était avec Gode froi de Bouillon occupé à la Terre- » .Sainte. Ce^ Robert avait été nommé par son père duc de » l^ormandie , après qu'il eut cédé à Guillaume , son aîné, )a » couronne d'Angleterre. Robert , en suivant Godefroi de » Bouillon à la croisade, vint dans la Pouille pour s'embarquer » avec les autres croisés; mais étant arrivé dans l'hiver, il » resta, pendant toute cette saison de l'an 10969 auprès desi 9 princes normands, ses, , parents, qyi, le reçurent avec de • grandes marques d'empressement et d'amitié. Il les quitta » au pnntem;s pour se rendre à Jérusalem, où il ^ut la satis- » faction de voir cette ville plier sous les efforts des croisés, j» Le rô^ Giiillaume, son frère ,. étant m,ort dans ces entrefaites. i? sans enfants, on lui offVit I0 royaun^e de Jérusalem : maisi ^ il le rekisa., dans la vue de retourner en Angleterre pour ^ prendre possession de ce rayaum,e doft^ il é^ait le jplus proche.

DES PRINCES DÉ SALERSOE. i;^

» héritier. A son retour , il passa par la Fouille ^ et vînt à » Salerne ,. où le' prince , son parant , le reçut avec toute les » marques de considération et aestime. Robert avait été, dit-- M on, blessé au bras droit pendant le siège de Jénisalem, et » cette blessure négligée ayant dégénéré en fistule, il fut obligé » de consulter les médecins de Salerne sur les remèdes dont » il devait user pour sa guérison. £n examinant la plaie avec » attention , ils reconnurent qu^elle avait été faite par une » flèche empoisonnée, et. jugèrent qu^on ne pouvait en pro-

> curer Is^ guérison qu^en la faisant sucer. Ce prince religieux » ne voulut point consentir au rediède , dans la crainte ti'expo^ 3» ser la vie de celui qui l'exécuterait. Mais la princesse, son » époust , par un trait d'amour , qui, s'il est vrai , mérite bien » de passer à la postérité , ne craignit point de s'exposer au » danger, et prit, si bien ses mesures , que^ tandis que Robert

> dormait et sans qu'il pût s'en apercevoir , elle suça elle même » si souvent cette plaie empoisonnée, qu'elle en tira tout le » venin , et rendit la santé au prince , son époux. Il voulut en- » suite que les médecins de Salerne lui prescrivissent un réfi;ime » de vie , afin qu'il pût se conserver dans le bon état où il se » trouvait par 1 effet de leurs conseils. C'est donc à cette occa^» * » sion qu us lui présentèrent un livre de médecine qui fut » composé par un seul d'entre eux, mais qui porte cependant » le nom de toute l'école de Salerne , de la même manière que 3» l'université de Coïnibre , en Portugal , en usa à l'égard des » ouvrages j^hilosophiques donnés sous son nom. Dans la dé- »dicace qm fut faite de ce livre à Robert , on lui donna le » titre de roi d'Angleterre , non qu'il fut alors en possession de » cette couronne, mais parce que, revenant de la Palestine » après. la mort de Guillaume, son frère, décédé , comme on » la dit, sans enfants, il était sgn plus proche héritier, et » pouvait alors par conséquent être nommé roi d'Angleterre » sans aucune difSciilté. Cependant Henri , son . frère puîné ^ » s'étant trouvé sur les lieux à la mort de Guillaume le Roux ^ » profita de l'absence de Robert pour s'emparer de, la cou-^* » ronne,

», Les médecins de Salerne, voulant joindre l'agréable k » l'utile, firent composer leur livre en vers léonins, afin que » l'on pût conserver plus facilement dans sa mémoire tous les » préceptes qu'il contenait, et parce que c'était alors le genre » de versification le plus estimé...,. Ce fameux ouvrage de •» l'école de Salerne parut en l'année zioo.... Il eut divers glos- » sateurs , dont le premier fut Arnaud de Villeneuve , célèbre • médecin du roi (Charles II d'Anjou. Les deux Jacques Curipn » et CrelUo travaillèrent aussi sur cet ouvrage ; et après eu\

iji CHRON. H15T. DES PRINCES DE SALERNE.

» René Moreaa et Zacharie Silvio y ont aussi fait des observa^ » tions. Yoiià comme l^ëcolé de Salerne , pour la médecine^ » sVleva sur toutes les autres, et se rendit 9 pendant plusieurs » siècles , la plus accréditée de toutes celles de TOccident'

» Cette école fut établie dans nos provinces depuis la déca- » dence de Tempire Romain et la chute de Tacadémie de » Rome ; mais il y eut cette différence, que si, dans l'académie dé I» Rome, on ne s'appliquait presque point à la médecine, dans » Técole de Salerne , Pignorance du siècle était telle qu'on y » négligeait les autres sciences à l'exception de la pniloso- » phie.:... Comme les professeurs tenaient toutes leurs lumières I* des Arabes , oui ne faisaient cas que des livres d'Hippocrate, » d'Aristote et ae Galien , livrés à leurs maîtres , il arriva de là » que Galien fut préféré dans les écoles à tout autre auteur » pour la médecine, et Aristote pour la philosophie.... Mais » dans les tems que nous parlons , l'établissement des études » qui se faisaient à Salerne n'était' qu^une simple école , puis- » qu'aucun prince ne l'avait fondée , et que , pendant trèssi» long-tems, elle ne reçut de ses souverains aucunes lois ni » règlements en vertu desquels elle pût prendre le titre d'aca- » demie, de collège ou d'université* Roger I, roi de Sicile^ te fut celui d^entre les princes normands qui commença à lui » donner des lois. Ce prince, statua entr'autres choses, que per- » sonne ne pourrait exercer la médecine , si, par un préalable, » il n'avait été examiné et approuvé par les magistrats et par >» des experts. Frédéric 11 ajouta de nouvelles et plus^randes » prérogatives en faveur de 1 école de Salerne ; ordonnant que » personne ne pourrait s'arroger le titre de médecin ni exercer » JB médecine qu'il n'eût été auparavant approuvé par ceux de ^ Naples et de Salerne , et n'en eût obtenu d'eux la permission, a» Ensuite, dans des tems moins éloignés de nous; sous les » règnes de nos rois successeurs de Frédéric , et particulière- » ment sous ceux de Robert , de la reine Jeanne , de Ladislas, » de Jacques II, de Ferdinand ,* cette école obtint d'autres

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