‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens (volume 2)Chapitre 57 sur 103 · CONRAD L · texte numérisé non relu

CONRAD L

I aSo« Coi«RA.D I , fils de Frédéric et d'Yolande , né l'an i»i8, à Andria , dans la Fouille , monte sur le trône de Sicile après- la mort de son père , en vertu de son testament , et peu de tems après lui succède à Pempire. Il passe, Tan 1231, d'Allemagne en Italie . au mois d'octobre ^ et s'étaot embarqué

. DÇS B0I5 BB. SICILE. ^2fj[

au niCMs de décembre , il arrive à Siponte , où Mainfroi , ^on frère naturel , nommé I>aile ou régent du royaume de Sicile pendant son absence, vient au-devant de lui. Mainfroi lui rend compte des avantages cj^u'il avait remportés sur les baron$ et les villes qu'ïnnoceqt IV, l^ennemi mortel de la maison de Suabe , avait débauchés.' Conrad ,' après lui avoir rendu de grands honneurs, prend ombrage de son habileté, et s^applique à le rabaisser. Mainfroi dissimule , et coiltiilue de servir son frère dans la guerre qu'il est obligé de soutenir pour achever la réduction de la Pouîlle. Tout se sotimit, à l^xception dé Naples et de Capoue , qui se mirent sous la protection du pape» Conrad prend Nâples, le lo octobre i253, après un long siège , et exerce une cruelle vengeance sur les nâbitants de celte ville. ' ....

Dès l'entrée de Conrad dans la Poiiîllé, le pape Innocent IV < Tavait frappé d^excommunicati'on pour avoir voulu s'ériger en souverain ae ce pays et de la Sicile , prétendant qu'ils étaient dévolus au saint siég€, en verlu des censures prononcées. par ses prédécesseurs et par lui--même contre Frédéric Ih Conrad en vain lui avait envoyé, Tan 1262 , une ambassade solennclla, pour lui demander l'investiture de ses états. £Ue avait été refusée, malgré les protestations d'attachement et de soumissions faites de sa part au saint siégé. La querelle dès-Iûcâ s'envenima de plus en plus entre Innocent et Conrad^ et l'on chercha de part et d'auti:e à se décriejr. Conrad avait un frère légitime nomme Henri , fils de sat belle-mère Isabelle d'Angleterre, né l'an la^S. Le jeune prince étant venu.. Tan. 1264 ^ lui rendre visite , tomba malade à sa cour , et y mourut assea^ prompt ement. Le bruit courut qu'il avait été empoisonné par Conrad , et ce bruit fut avidement saisi et fortement, appuyé par Innocent. Les exactions que faisaient en Sicile Ifes officiers, du monarque, fournirent au pape un nouveau grief contre* liii. Cité à Rome et n^ayant point comparu dans le tems, îl fut excommunié de nouveau le Jeudi-saint i354, environ cintj semaines avant sa mort^ arrivée te 21 mai, près de Savello,,^ dans la Basilicate. Mathieu Paris accuse Mainfroi , prince de Tarente, son frère naturel, d'avoir avancé ses jours par le poison. D'Elisabeth, sa femme, illaissa un fils, qui suit. Son corps, fut inhumé d'abord à Foggia , et transféré ensuite dans la ca.thédrale de Messine. (Voyez Conrad IF^ empereur. )

CONRAD il, DIT CONRADIN.

1254. CONRAb II, dit CoîiRfAbiN, fils de Conrad et d'Elisabeth, né lé 26' mars 1^62 , est reconnu pour successeur de sont père au royaume de Sicile , par tous les barons attachés à sa;

•1^8 CH1K0T?0L0<ÎIB VTStOHIQUS

piaifion. BerlhotJ, marquis d'Hoemburdh, parent de llmpë*ratrice Elisabeth , prend la lutelle du jeune prince et la ré-

fence du royaume, suivant les clernières volontés de Conrad, l travaille â Gkire la paix de son pupille avec la cour de Rome ; inais le pape Innocent IV veut, avant toute chose, se mettre en possession du royaume de Sicile. Ce pontife lève des troupes à ce dessein , et leur donne pour commandant le cardinal de Saînt-£ustachey son parent. Le marquis Berthold, effrayé, pu â M "tobre

3es soumissions.: mab bientôt après, il se brouille avec Innocent , à Topcasion du meurtre commis par ses gens , sur la •personne de Bor^llo, baron d^Angrone et favori de la cour

Sontificale. Mainfroi se retire à Lucera. Les Sarrasins , maîtres e cette ville, lui fournissent un corps de troupes, qui, joint .aux Allemands qu^il avait rassemblés , forme une armée capable <]e' tenir la campagne. L^an i^SS, Alexandre IV, nouveau pape, suit les errements d^lnnocent, et &it prêcher la croisade contre Mainfroi , pour arrêter ses progrès. Mais il ne gagna rien par là. Frédéric Lancia , vicaire de Mainfroi , ayant passé , 1 aa ' 1256, le détroit, soumet en peu de tems la Sicile. Mainfroi , de son côté , réussit pareillement à réduire toutes les villes de Pouillç^ de Calabre et de la Terre de Labour, qui s^élaîent données au pape , et n^épargne point les terres de IVglise ro-* niaine. Voyant tout le royaume de Maplesjet de Sicile soumis à ses lois , il pense à s^emparer du trône. Dans cette vue , il . fait courir le bruit que Conradin est mort en Allemagne j où sa mère Tavâit enmiené. Ce bruit ayant pris faveur « les prélats et les barons, excités par les émissaires de Mainfroi, lui font instance , Tan 1268 , pour Tengager à prendre le sceptre. Après de feintes excuses, Mainfroi se rendi leurs prières.

MAINFROL

xsS^. Mainfroi, fils naturel de Tempereur Frédéric II, qui Pavait nommé prince de Tarente , s'étant rendu à ralerme, y est couronné roi de Sicile, le 11 août , par trois archevêques, en présence d^un grand nombre de prélats, de seigneurs, et d'une multitude de peuple. £lisabeth , mère de Conradin , informée de ce couronnement , envoie des ambassadeurs à Mainfroi, pour lui représenter qu^il ne peut, sans une usurpation manifeste , s'emparer d'une courcmne qui appartient « par le droit de sa naissance, au prince son neveu. Mainfroi répond que la couronne de Çicile lui appartient par droit de conquête , Tayant enlevée aux papes , qui en araient dépouillé

PES BOD BB Sldl&i jtig

Conradin ; <}tfe d^ailleura, les conjonttureg ne peninéttaient pas êe la remettre eur la tête d^un enfant qui était hors d^état de la consei^er ; et que , ne voulant la retenir que pour sa vie naturelle, il rassurait par là àsonnevçuy lorsqu'il aurait la force jde la défendre. Les ambassadeurs s'en retournèrent su^ ces belles paroles, chargés de riches présents. Mainfroi s'appliqae Il faire goûter son gouvernement par sa clémence , son- affa^^ bilité, sa justice et sa libéralité. Le pape , l'an 1269,, lancé contre lui une eitommunication qui fait peu d'impression sur les peuples. L'an 1260, Alexandre IV lui fait offrir de le re-* connaître pioiir roi , s'il veut consentir à rendre les biens aux exilés et à chasser les Sarrasins de ses états. Le {Jrince accorde le premier poifit et refusa le second , comptant plus eur la fidélité des Sarrasins , que la cour de Rome n'avait pu séduire ni corrompre', que sur celle des barons, dont il connaissait la légèreté. Urbain IV, successeur d'Alexandre , fait ses efforts , l'an 1262, pour empêcher le mariage proposé de Pierre, 61s de Jacques , roi d'Aragon ; avec Constance , fille de Mainfiroi» 11 y consent ensuite, par nn défaut marqué de politique , sur l'assurance que Jacqiies lui donne de ne jamais employer les Aragonais , ni aider les Siciliens contre les intérêts du saîn^ siège. Urbain, l'an 1263, engage Charles, comte d'Anjou, firère du roi saint Louis, à entreprendre la conquête oe la Sicile, après y avoir fait consentir le monaFque. Béatrix, femme de Charles , jalouse d'avoir le titre de reine , comme ses trois sœurs, la reine de France, la reine d'Angleterre, et la troisième, femme de Richard, firère du roi d'Angielerre', élu roi des Romains, contribua, peut être autant que le pape, â dé^ terminer son époux; on rapporte qu'elle vendit ses pierreries pour l'aider à lever des troupes. Urbain , de concert avec Charles d'Anjou , fait prêcher, l'an 1264, une nouvelle cpoisade contre 'Mainfroi. lElle eut plus de suooès que la première. Un grand nombre de français, et surtout de provençaux, s'enrôlèrent dans cette milice.

Charles d'Anjou, l'année suivante , étant arrivé, le a3 mai, veille de la Pentecôte , par mer , à Rome , y est sttr4e-cliamp proclamé sénateur; et, léaS juin, il est déclaré roi de Sicile en-deçè et au-delà du phare, acepté Bénévent et son terri-toire, dans l'éslise de Latran^ en présence de quatre cardinaux envoyés par Clément IV, nouveau pape qui séjournait k Pérouse (et non à Viterbe), pour y donner son agrément. Les principaux articles du serment qu'ils exigèrent préalablement de lui, furent de promettre qu'il paierait annuellement, au saint siège , un cens de huit mille onces d'or , avec une belle haquenée blanche , et qu'il ^l'accepterait jamais, ni l'empire

ji3a CHEOnOLOGIB HISTORIQUB

SU de Louis VIII , roi de France , et de Blanche de CastHIe, né au mois de mars 1920 9 couronné roi de Sicile , le 6 janvier 1^66, dans TégUse du Vatican (1), par cinq cardinaux que le pape Clément IV avait nommés , est reconnu en cette Qualité, après la victoire de Bénévent, par tous les peuples de Sicile et de Pouilie. U n'y eut que la ville de Lucera , où Hélène, veuve de Maiafîroi, s'était retirée avec son fils et sa fille, qui 6t de la résistance. Hélène étant passée de là , avec ses enfants , à Manfrédonia, tous trois y furent pris et enfermés dans le château de rCEuf à Naples. L'entrée de Charles et de son épouse dans cette ville fut d une magnificence qui surprit les Italiens, chez qui le luxe p'avait pas encore pénétré. Charles s'étant rendu ensuite à Capoue, y trouva dans le château le trésor de Mainfroi, qui était tout en or. Ayant fait vider les sacs qui te renfermaient, il ordt^nna d'apporter des balances pour le peser, d quoi bon des baiances y, dit: Hugues de Baux, chevalier provençal, et avec le pied ayant partagé le tout en trois parts : Foifà , dit41,- la pari du roi monseigneur; ooici celle de la reine (qui était présente ) ; et le reste pour vos chevaliers* Ce trait de grandeur d'âme plut beaucoup au roi, qui récompensa Hugues par le don du comté. d'Avellino. On s'attendait k voir renaître l'âge d'or sous le règne de Charles; mais la dureté de son gouver^ nement désabusa bientôt les peuples. Loin de diminuer les impôts, comme on s'y attendait, il les conserva tels qu'il les trouva établis , et bientôt après il les augmenta» De nouveaux officiers de justice et de finance , qu'il substitua à ceux de Mainfroi^ mirent leur industrie à iipaginer les. moyens de grossir toutes les espèces de taxes i son profit 9 et les exigèrent

leur prospérité passée. « O roi Mainfroi, disaient ces infor— ^ tunés^ nous t'avons méconnu, tandis que tu nous gouvernais; » maintenant nous te pleurons, lorsque tu n'^ plus. Tu nous » semblais un loup dévorant au milieu des faloles troupeaux » de ce royaume. Mais depuis que, par notre inconstante

, (1) Ce fut avant cette cérémonie que « Charles fit sermeot de fidé* » lité au pape , et promit d'offrir ^ chaque année», dans l'ëglise de saint » Pierre, cent cinquante onces d^or. ( M. de Burîgni dit huit mill^ 3» onces.) Le titre original se conserve dans les archives de Saint-Pierre, y» et rhommage se renouvelle chaque année à Saint-Pierre , dnns la » présentation de la haquenée. » ( M. de la Lande | Fojage 4^ Italie^ tom. Il I pag. 53o.}

% ygërctë i ilûûs sommes tombés sous la ilbmînaHdnrt ^srésenté » que nous avons tant désirée, nous nous dperbevdns ëiiGn i» que tu fus un agneau plein de ihatisttétude^ Nous sentons te à présent combien était grande la douceur de tôri gouvei:<*- » nement^ comparée à Tamertume de celui d'à-présent. Nous » naus plaignions de voir pa^sser dans tes'c&tfres une partie de » nos biens ^ aujounThui^tous nos biens , et qui pis 'est^ nos » personnes sont la proie d^une nation étrantière»» €*est Sabas Malespilia , partisan outré du pape , qui met aàns k bouche des Siciliens ces plaintes. Elles ne furent pas Vaines et oisives; Bientôt les prmctpau« d^entre les mécontents concertèrent dei ttiesures pour secouer le jouff qui les actablatt. A.près s'être / tissures de l'assistance des Gibelins répandus en différentes provinces illtalie^ ils se déterminent à transporter la couronne de Sicile. à Conradin , fils de l'empereur Conrad. Ce prince, âgé de quinze à seize ans, étaU alors en Bavière auprès du due Otton , som aïeul maternel , et ne subsistait que par les seéburs de sa mère Elisabeth, pemariée à Màitiard, comte de TyroK Quatre coiiitès , Galvano , l^rédéric Lanza., Conrad Giàtpèbet^ Mann, son frère, sVtant rendus à la Courde Bavière, itvthehl le jeutie pritiee k vetûx ^e rendre maître du royatmiè êé Sidlë > qi)i lui appartenait par le droit de sa naissance, lua plupétt d^i Villes impériales dltalie lès avaient déjè préyewus ^^t Vc^hà qu'elles avaient faite à Conradin de cent inîllie "florins d'of ^ pour l'engager à tert ter i^ même éfttrep**isfe. fj'am^tlfirn et te courage héréditaires dans Sa maison le décideM h suivra la Voie qui lui est~ouverl€ ^ pour faire une si belle éouqaéle. Ce fui ^n vain que sa mère, craignant; lés malheurs auxauels il s'expo* sait, voulut s'opposer à cette résolution. Elle tut, à la nn^ obligée ^e se renare à l'avis des princes d'AllemaeÀe, qui auto* risaient de leurs suffrages le parti que son fils avait pris. Go.nra^ ^ din prit dès-lors le titre de roi de Sicile, (iomme il aidait êé\k ' pris celui de roi de Jérusalem, que persoUfie ne lui disputait. Le pape ne tarda pas d'être informé de ce qui .^e passait en ^Bavière. 11 écrivît en diligence k Conradin , piur le détournef du voyage qu'il projetait de faire en Italie , et en même tems -il déclara excommuniés tous ceux qui le reconnaîtraient pour toi de Sicile. Ces défenses qu'il renouvela le jeodi-saiilt i4 avril de l'an 1267, n'intimidèrent poîttt Conradin, instruit, commit il l'était f que les papes n*ont aucun droit sur le temporel des rois.

Cependant Conrad Capece , que Conradin avait fait général

de ses troupes , étant passé en Afrique , y ramassa quelques

milliers de sarrasins et d'espagnols fugitifs ,«avec lesquels il vint

âébarquer en Sicile. A leur arrivée , la meilleure partie de I'îIb

XVIIU 3(>

arbore les étendarck dç Conradin. Les Français veulent réprimer la révolte de$ Siciliens , et reçoivent divers échecs.

Charles d'Anjou était alors en Toscane , occupé à découvrir le caractère des Gibelins. Ce fut là qu'il apprit que la Sicile s^était révoltée. en 'faveur de Conradin. Celte nouvelle né lui fit pas néanmoins abandonner la Toscane pour retourner dans ses états , ou sa présence semblait nécessaire. Plein de confiance , il contiilua la guerre qu^il faisait hors de chez lui : sur quoi le pape lui fit de vifs reproches, l'avertissant- que. s'il se laissait dépouiller d'un royaume que l'église romaine lui avait conféré, et où elle l'avait maintenu jusqu^alors à si grands frais, elle n'en ferait pas de nouveaux, s'il venait à le perdre, pour l'y rétablir. Cependant Conradin, apr^ avoir fait ses préparatifs, commençait à se mettre en marche pour l'Italie , à la tête de dix mille chevaux, accompagné du comte de Tyrol, son beaur

S ère , de Louis , comte palatin du Rhin , et de Frédéric de iade son cousin, qualifié duc d'Autriche, parce qu'il étail fils d'Herman VI, margrave de Bade, et de Gertrude, fille et héritière de Frédéric 11 , duc d'Autriche , que Przemislas-i Octave avait dépouillée de cette succession» 11 arrive à Trente ., vers la fin d'octobre , et s'y voit arrêté pour quelaue tcms , par l'opposition que formaient à son passage les villes de Lom* baraie , qiii épient dans les intérêts du pape. Mais tandis qu^il s'étudie à les. gagner, son bçau-pèreet son oncle l'abandonnent. Cette désertion n'abat point son courage : résolu de

V vaincre ou de mourir, il passe à Vérone , où il publie un manifeste pour exhorter les peuples à venir se ranger sous ses enseignes. De Vérone, après y avoir séjourné trois mois, il arrive à Pavie , sur la fin de février ia68. Mais les hommes et l'argent lui bpian quant , il ne lui est pas possible de rien entreprendre.' . Charles jugeant enfin indispensable pour lui de retourner

' dans ses états, quitte la Toscane pour s y rendre, et voit, en passant par Viterbe , le pape qui renouvelle en sa &veur les anathèmes lancés contre Conradin et ses adhérents. Celui-ci entre à Pise dans le tems qu'on fulmine la bulle de sa proscrip-

' tion ; mais cçla n'empêche point qu'il ne reçoive dans cette ville les plus grands honneurs , et au'il n'y acquière un grand nombre ue partisants , ainsi ^ue dans les autres lieux de U Toscane. De Pise, il s'achemine vers. Rome, et sur sa route il traverse Viterbe. Le pape , de son palais, le voyant passer , dit à ceux qui étaient auprès de lui : Foilà un prince qui court à là mort* La pompe avec laquelle Conradin est reçu dans Home, surpasse tout ce qu'on y avait fait à l'entrée de son rival. Ce fut à Henri de Castille, sénateur de Rome et cousin germam, mais ennemi déclaré* de Charles d'Anjou , que Conradin fut

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