‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 129 sur 277 · DES SEIGNEURS DE MILAN · texte numérisé non relu

DES SEIGNEURS DE MILAN

ville d'interdit , espèce de châtiment qui dura l'espace de quatre ans. Elle n'empêcha pas Philippe deixa Torrr, frère de Martin et son successeur, d'ajouter à son domaine les villes de Côme, de Novarre , de Verceil et de Lodi. 11 était sur le point de passer à Brescia , pour soutenir la révolte de cette ville contre le marquis Obert Pallavicini , son seigneur, lorsque la mort l'enleva, dans le mois d'août 1265, au grand regret de son peuple , si l'on en croit Paul Jove ; ce qui ne s'accorde guère avec les actes de violence et de tyrannie que d'autres lui imputent.

1265. Napoléon della Torre se fit proclamer seigneur de Milan aussitôt après la mort de Philippe , son parent. Il commença son gouvernement par se déclarer contre les nobles, dont plusieurs furent emprisonnés , et quelques-uns mis à mort par ses ordres. L'interdit jeté sur la ville de Milan durait toujours , au grand regret des citoyens et de Napoléon lui-même. S étant concertés ensemble , ils députèrent à la cour pontificale, pour le faire lever. L'audience ayant étév refusée à leurs ambasadeurs , ceux-r-ci eurent recours à Charles, roi de Sicile, qui, voulant attirer dans son parti les Milanais, joignit à leurs ambassadeurs les siens propres, qu'il chargea d'une lettre trèspressante et très-ferme pour le pape , qui était alors à Viterbe. L'audience alors leur ayant été accordée , ils exposèrent , au saint père, leurs moyens de défense, en rejetant sur l'archevêque et sur les .nobles qu'ils avaient bannis , tous les désordres passés. Le prélat qui était présent, s étant alors levé, plaida sa cause avec tant d'énergie , et dépeignit si vivement l'atrocité de la conduite des Torriani envers les nobles , qu'il émut à compassion toute l'assemblée. Les députés de Milan , voyant qu'ils ne pourraient y faire rétablir le service divin qu'en recevant l'archevêque dans leur ville, promirent de se conformer à la volonté du pape. Mais, pour s'assurer de la sincérité de leur promesse , on envoya sur les lieux un légat, qui, étant arrivé dans le mois de novembre 1268, exigea des Milanais, pour les réconcilier avec le saint siège , qu'ils reconnussent Otton pour leur pasteur légitime ; qu'ils lui accordassent l'entrée et la résidence dans leur ville ; qu'ils lui restituassent les domaines qu'ils lui avaient ravis, et qu'ils ne missent plus à contribution le clergé. Tout cela ayant été consenti , le léeat retourne à Rome pour ramener Otton à Milan , et le rétablir sur son siège. Mais Clément IV étant mort dans ces entrefaites , les Torriani ne t inrent compte de leurs engagements. Grégoire X , successeur de Clément IV, étant venu vers la mi-novembre à Milan , les Torriani lui firent tant d'honneurs et de caresses qu'ils le détachèrent des intérêts d'Otton , qui , se voyant abandonné par le pape ,

se retira à Biella, dans le Piémont. Les bannis de Milan Pétant venu joindre, l'aidèrent à former une armée, avec laquelle il livra bataille, le 21 janvier 1276, aux Torriani qu'il mit en déroute, et fit prisonnier Napoléon avec Mosca, son fils, et plusieurs de ses parents. Après cette victoire éclatante , Otton Visconti fait son entrée à Milan, où il prend possession de son siège, et en même te ras il est proclamé seigneur temporel de la ville par le peuple et les nobles. Les Torriani , chassés de Milan, vont chercher une retraite dans le Frioul, où ils sont favorablement accueillis par Kaymond 9 patriarche d'Aquilée , leur parent. ( Chron. Placentin. ) Ils n'y restèrent pas oisifs. Le plus brave d'entre eux, Casson délia Torre, 61s de Napoléon, s'étant mis à leur tête, en 1278, va, dans le mois de mai, s'emparer de Lodi. A cette nouvelle, les Milanais et les Pavesans accourent chacun avec leur caroccio pour faire le siège de Lodi. Mais Raymond délia Torre , patriarche d'Aquilée , étant venu au secours de la place avec un corps de cavalerie et d'arbalétriers, auxquels se joignirent les Parmesans, les Crémonais, les Modénois , et ceux de Reggio , cette armée nombreuse obligea les Milanais à lever le siège. Ce fut alors que ceux-ci , pour réparer cet échec, élurent, pour leur capitaine, Guillaume, marquis de Montferrat. Guillaume , les ayant ramenés avec leurs alliés, au mois d'août suivant, devant Lodi , fit le dégât aux environs. Mais apprenant que les Parmesans, les Crémonais et les autres partisans des Torriani venaient à lui avec des forces supérieures t il prit le parti honteux de retourner à Milan. ( Gah. Flam. Manip. flor. ) La voie de négociation qu'il employa l'année suivante, eut un meilleur succès. Ayant lait proposer aux Torriani de leur restituer tous leurs biens allodiaux et tous les prisonniers qu'on avait faits sur eux, à condition de rendre aux Milanais ce qu'ils leur avaient enlevé; il les engagea par là àr conclure , au mois de mars , un traité de paix. Mais après qu'ils eurent exécuté leurs engagements , il refusa de tenir les siens. La guerre recommença , et se fit avec des succès variés. Cependant , Napoléon était toujours en prison. Il y mourut , l'an 1283 , au plus tard. Cette même année, l'archevêque Otton trouva moyen de se défaire du marquis de Montferrat, qui travaillait, à la faveur de son titre de capitaine de Milan , à s'y rendre souverain. Ayant saisi l'occasion où des affaires l'avaient attiré à Verceil , il chassa de la ville son vicaire, et lui en substitua un de sa façon ; cé qui ferma le retour au marquis. ( Voyez Guillaume , marquis de Montferrat. ) L'an 1286, l'archevêque Otton fit la paix avec les Torriani , et leur rendit leurs biens , à condition qu'ils s'éloigneraient de Milan. Ce prélat finit ses jours , à l'âge de 97 ans, le & août iao>

DES SEIGNEURS DE MILAN. nty (Muratori, Ann. d'Ital. , tom. VII , pag. ô6j , 3y3 , 3f8 , 36j, %7> 399 > 4°3 i 407 , 4* « » 4*8 , 4515- )

MATHIEU V1SCONTI , dit LE GRAND.

1296. Mathieu Visconti , neveu de l'archevêque Otton* et descendant d'Eliprand, que Charles le Gros avait nommé vicomte de Milan , fut reconnu seigneur de cette ville après la mort de son oncle, qui, l'an 1282, l'avait nommé son vicaire temporel , et, Tan 1294 » l'avait fait nommer par l'empereur, vicaire de l'empire en Lombard ie. Les principaux nobles de Milan , jaloux de son élévation , pensèrent à vouloir faire revenir lesTorriani, pour contre-balancer son autorité. Mais ce rappel n'eut lieu qu'en i3o2, suivant la chronique de Plaisance. Plusieurs villes de Lombardie s'étant liguées, en 1299, avec Azzon , marquis d'Est, déclarèrent la guerre à Mathieu. Sa bonne contenance les intimida : la paix se fit la même année ; mais elle ne fut point durable. Les amis ne lui manquaient pas. Il était lié surtout avec les Parmesans et avec Azzon , marquis d'Est , seigneur de Ferrare , de Modène , de ftfggio , de Rovigo , etc. , dont la fille était devenue sa bru* Mais son alliance avec Azzon était ce qui animait le plus ses ennemis , dans la crainte que ces deux seigneurs ne réunissent leurs forces pour envahir toute la Lombardie. Le plus envenimé de tous ceux qui avaient conjuré sa ruine , était Albert Scotto, seigneur de Plaisance, parce que Béatrix, sœur d' Azzon t hû ayant été destinée, Mathieu lavait obtenue pour Galéas, son fils. Scotto fut proprement l'âme de la conjuration dans laquelle il 6t entrer Philippe, comte de Langusco et seigneur de Pavie, Antoine de Fisiraga, seigneur de Lodi, les Avocati de Yerceil, les Brusati de Novarre, le marquis de Montferrat , les Alexandrins , les Comasques , les Crémonais , et d'autres peuples de Lombardie. Les Torriani entrèrent aussi dans la ligue. Mais ce qu'il y eut de pire fut que les nobles de Milan , l'onde même ue Mathieu , et d'autres de ses parents , se joignirent aux conjurés. Scotto qui , jusqu'alors , avait feint d'être l'intime ami de Mathieu, ayant une armée formidable , vint, au mois de juin i3o2, asseoir son camp dans la terre de Saint-Martin, au comté de Lodi, Mathieu, avec les forces qu'il avait pu rassembler, vint à sa rencontre. Mais tandis qu'il attendait l'occasion de livrer bataille , il apprit qu à Milan il venait d'éclater une sédition du peuple qui avait chassé Galéas, son fils, qu'il y avait laissé avec une garnison parmesane. Il vit de plus Conrad, son gendre, seigneur de Côme, sur le secours duquel il comptait , se déclarer hautement contre lui. Alors se trouvant dot*

û48 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

d'état de faire face à tant d'ennemis , il prit le parti d'aller si remettre, le iH juin, ou le lendemain, 10*02 , entre les mains d'Albert Scott o , qui, faisant semblant d'être toujours son ami, se portait pour médiateur entre lut et les conjurés. Mathieu , en lui remettant le bâton de la seigneurie de Milan, lui demanda la conservation de ses biens propres ; ce qui lui fut promis. Mais au lieu de lui tenir parole , on le conduisit comme prisonnier à Plaisance , d'où il ne .fut relâché qu'après avoir consigné , entre les mains de son vainqueur, le château de Saint-Colomban. S'étant, après cela, retiré à Borgo san- Donnino , il y attendit le retour de la bonne fortune. Les Torriani étaient déjà rentrés à Milan , où ils s'étaient remis en possession de leur ancien, patrimoine. Mais , voulant encore recouvrer la seigneurie de cette ville , ils éprouvèrent de grandes oppositions de la part des nobles, qui voulaient s'ériger en république. Albert Scotto tint, à cette occasion , dans Plaisance , un parlement où se trouvèrent les députés de la plupart des villes de Lombard ie; mais il ne parait pas que rien y ait été conclu pour le gouvernement de Mdan. Mathieu Visconti faisait cependant des tentatives pour retourner en cette ville ; et Scotto, mécontent des Torriani, favorisait son dessein. S'étant détaché de la ligue , il entra en campagne avec une armée considérable pour reconduire Mathieu Visconti à Milan. Mais les Torriani, appuyés par le marquis de Montserrat et plusieurs villes de Lombard ie , rendirent ses efforts inutiles ; ce qui obligea Mathieu de se retirer à Plaisance. (Chron. parm.y tom. IX, Rer* ital. Curio , Istor di Milano.)

L'empereur Henri VII étant arrivé, l'an i3io, en Lombardie , Mathieu vient se présenter à lui au mois de novembre, dans la ville d'Asti. 11 en est favorablement reçu, et l'accompagne à Milan, où ce prince fait son entrée , le 2 ï décembre. Mathieu se réconcilie en apparence avec les Torriani , et leur dresse en secret des embûches. Ils deviennent suspects aux Allemands par ses artifices ; et le 10 février, ceux-ci ayant fait irruption dans leurs hôtels , pillent leurs meubles et les chassent de la ville. Mathieu , néanmoins , est exilé lui-même à la prière de quelques nobles qui craignaient de le revoir à leur téte; mais, le 7 avril suivant, il obtient son rappel, et se fait confirmer le titre de vicaire de l'empire. Il se rend maître par force, ou par adresse, l'an i3i5, de Pavie, de Plaisance, et de quelques autres villes. L'an i3i7, le pape Jean XXII ayant fait défense que personne prît le titre de vicaire de l'empire, et en exerçât les fonctions sans la permission du saint siège , Mathieu quitte ce titre , qu'il avait porté jusqu'alors, et se fait proclamer seigneur général de Milan* Son attachement à l'euipereur

DES SEIGNEURS DE M II AN. ifa

Louis de Bavière, irrita contre lui Jean XXII, qui le frappa , Tan i3i8, d'excommunication. Le pape, l'an ifoi , voyant que depuis trois ans Mathieu ne tenait compte de ses censures, et faisait toujours de nouveaux progrès , le fait citer à son tribunal pour répondre sur les crimes d'hérésie et de magie dont il est accusé. (C'était Jean XXII lui-même qui était l'accusa-* teur. ) Sur son refus de comparaître , il le déclare convaincu 9 confisque ses biens , et le prive de ses dignités. L'interdit est en même tems jeté sur Milan et sur les autres villes soumises à Mathieu. L'an i322 , voyant la plupart des nobles milanais disposés par les semonces et les promesses du légat à se retirer de son obéissance , il abdique en faveur de son fils aîné, va se con-* 6ner au monastère de Cresconzago , y tombe malade de chagrin, et y meurt , le 27 juin de la même année, dans sa soixanteoouzième année, étant né le i3 décembre i25o. Il était seigneur, non-seulement de Milan , mais de Pavie , de Plaisance , de Novarre, de Cômc, de Tortone, d'Alexandrie, de Bergame , et d'autres villes. Sa valeur et la force de son génie lui ont mérite le surnom de Grand. Mais on ne voit pas, dit Muratori, que personne l'ait regretté, parce qu'il avait fort grevé ta peuple, et qu'il n'était pas exempt de vices. Sa mort fut tenue secrète pendant quatorze jours, et on l'inhuma dans un lieu inconnu , parce qu'il était mort dans l'interdit et sous l'excommunication. Il laissa cinq fils: Galéas, Marc, Luchin , Etienne et Jean. ( Murât. , Annali d'Ital. , tome VII , pp. 491 , 499 , 5o4 , 527, tome VIII, pp. i3, 43, 74, 96, 127. )

GALÉAS VISCONTL

i322. Galéas Visconti, célèbre par divers exploits, du vivant de Mathieu, son père, éprouva de grandes difficultés pour lui succéder. Il eut des adversaires, non-seulement parmi les Guelfes, mais aussi parmi les Gibelins, dont son père avait été comme le chef en Italie, et jusques dans sa propre famille. ■Après avoir soutenu les efforts de ses ennemis avec beaucoup de valeur, en diverses batailles , il fut obligé de sortir de Milan au mois de novembre 1^22, et se retira à Lodi : mais la confusion qui s'éleva dans Milan après son départ , engagea la garnison allemande, qui avait elle-même contribué à son expulsion , à demander son rappel. Le 9 décembre, il rentra dans Milan, ,où il fut proclamé capitaine et seigneur de la ville : mais il avait au-dehors un ennemi redoutable dans la personne du légat Bertrand du Pouget , qui, pendant les derniers troubles , lui avait enlevé Plaisance , le 9 octobre , en persuadant aux principaux de cette ville de se donner au pape. Fier de cet avantage- XVII, r 3a

*5o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

ce prélat envoya, Tan i3a3, une armée formidable dans le Milanez, sous la conduite de Raymond de Cardon ne, qui, le l'ô juin, mit le siège devant Milan : mais, sur la fin du mois suivant , il fut obligé de se retirer. L'année d'après , Galéas assiège à son tour Monza, dont il se rend maître , le 10 dé* cembre.

L'an i3a7, Galéas reçoit, le 16 mai, l'empereur Louis de Bavière à Milan. Malgré les déclamations que firent devant ce prince, contre la conduite de Galéas, Marc, son frère, et Lodrisio , son oncle , l'empereur lui confirma le vicariat ou la seigneurie de Milan , de Lodi , de Pavie et de Verceil. Louis ayant indiqué le jour de la Pentecôte pour son couronnement à Milan, Cane de l'Escale s'y fendit 4 la télc de cinq cents cavaliers peur honorer la cérémonie, dans l'espérance, dit-on, d'en obtenir la seigneurie de cette ville ; mais le coup , si telle était son in-* tention, fut manqué. Le couronnement de Louis et de son épouse se fit dans l'église de Saint-Ambroise, hors des murs; et comme l'archevêque Ricard était du nombre des bannis, trois évêques excommuniés par le pape, Frédéric de Brescia, Gui d'Arezzo et Henri de Trente, le remplacèrent dans cette fonction. Mais bientôt, par la jalousie de Marc, son frère, Ga-» léas se brouille avec l'empereur, qui le fait arrêter, le 20 juillet, avec deux autres de ses frères, Luchin ët Jean, qui étaient clercs, et les envoie prisonniers à Monza. Le même jour, Etienne, leur frère , et son fils , Azzon , moururent subitement, empoisonnés, suivant le bruit public. Louis fait signer ensuite à Galéas que si , dans trois jours , il ne lui remet pas le château qu'il avait fait bâtir sur la terre de Monza, sa tête en répondra. Galéas envoie l'ordre qu'on lui demande; mais il n'est point obéi , parce que le châtelain avait auparavant reçu défense de livrer à qui que ce fût la place , sans un commandement personnel de Galéas lui-même. La femme de oe seigneur, Béatrix d'Est, et Richarde, sa fille, viennent supplier, les mains jointes, le châtelain de céder à la volonté de l'empereur. N'ayant pi rien obtenir, elles s'en retournent accablées d'affliction à Milan. Mais enfin , le châtelain , bien assuré que la vie de son seigneur était en péril, remit aux gens de l'évêque d'Arezio la place où galéas fut renfermé avec ses deux frères et son fils. Les nobles de Milan, et les villes du parti guelfe, témoignèrent une grande joie de cet événement, qui couvrit d'infamie l'empereur, pour avoir montré tant d'ingratitude envers les Visconti. On pourvut, après cela, au gouvernement de Milan, où Ton établit quatre 'nobles pour régir la commune ; et a leur tête , l'empereur nomma un vicaire, 'qui fut Guillaume de Montfort. Ce prince étant parti de Milan, le 12 août, à la sourdine, dit Muratori,

BES SEIGNEURS DE MILAN. a5t

l'achemine vers Rome, où il n'arriva néanmoins que le 7 janvier 1028. Le fameux Castruccio Castracani , qui l'accompagna depuis son entrée dans la Toscane jusqu'en cette ville, ne cessa.it de lui demander la liberté de Galéas , de ses deux frères et de son fils. Marc , frère de Galéas , et le principal auteur de leur ruine t se joignit à Castruccio pour solliciter la même grâce. Les seigneurs gibelins firent de même ; et aux prières ayant ajouté les menaces d'abandonner l'empereur, ils triomphèrent «afin de sa résistance, et obtinrent un ordre de relâcher les Vis^ ronti. Délivrés le a5 mars , ils vinrent trouver Castruccio, qui faisait alors le siège de Pistoie. Dès qu'il aperçut Galéas, il l'embrassa tendrement, et lui donna le commandement de l'expédition qu'il avait entreprise. Mais les fatigues que Galéas y es* »uya , jointes aux chagrins qu'il avait éprouvés dans sa prison y lui causèrent une maladie qui engagea Castruccio, avant que la place se rendit, à le faire porter à B rescia. Il y mourut, dans le mois d'août i3a3, à l'âge de cinquante-un ans, laissant un grand exemple, ditMuratori, de l'inconstance des fortunes de ce inonde, Son généreux ami le suivit au tombeau , le 3 septembre suivant, à l'âge de quarante-sept ans. De Béatrix , son épouse, fille d'Obizon H, marquis d'Est , veuve de Reneo Scotto, juge ou seignèur de Galluve, en Sardaigne, qu'il avait épousée le a 4 juin i3oo, Galéas ne laissa qu'un (ils qui suit. ( Mur. , Annali d'Itai., tome VU 1 , pag. i5o, i5a, etseqq.)

AZZON, ou ATTON VISCONTI.

1328. Azzon Visconti, fils de Galéas, reçut de l'empereur, au mois de janvier i3aQ, à Pise, moyennant une somme dé £5,000 florins d'or , le titre de vicaire de l'empire , à Milan. Aa mois d'août suivant, Marc Visconti, son oncle, étant venu à Milan , y fut honorablement reçu par Azzon et ses deux oncles, Luchin et Jean , frères de Marc; mais ceux-ci s'étant aperçus qu'il voulait se rendre maître de la ville, ils le firent étrangler secrètement, le 8 septembre de la même année, et non i33i , comme le marque Chazot. Cette dernière année, Azzon reçoit des ambassadeurs de.Pavie, de Verceil et de Novarre, qui lui défèrent la seigneurie de ces villes. S'étant rendu, le 2 mars suivant, à Parme, il y est de même proclamé seigneur , trois jours après, dans un conseil public; ce qui procura le rappel des Corrèges et des autres exilés uu'il rétablit. De là il arriva le i5avril à Reggio, dont le peuple lui fit le même honneur, avec des transports extraordinaires de joie, demandant en même tems qu'il déposât les Manfredi et les Fogliari, qui en avaient usurpé les domaines. D'autres villes, où il vint ensuite, l'acceptèrent

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de même pour seigneur en des assemblées générales. C'était une espèce d'enchantement , dit PaulJove, que ce changement; ce qui ne doit pas. néanmoins, ajoute-t-il , paraître étrange, parce que, dans toute l'Italie, on ne cherchait, sans autre examen , qu'un maître étranger, capable d'éteindre l'esprit de faction, et de faire jouir les peuples des douceurs de la paix. Azzon se li^ue , le 8 août de la même année , avec les marquis d'Est, Mastin de l'Escale, seigneur de Vérone, et les Gonzagues, seigneurs de Mantoue, contre «lean , roi de Bohême, qui était entré avec une puissante armée en Italie. Il perd, Tan i335, Béatrix , sa mère , décédée le premier septembre. L'année suivante, désirant ajouter à ses états la ville de Plaisance , possédée par François Scotto, il en forma le siège, qui dura huit mois, et finit le i5 décembre par la reddition de la place, où il réta« blit la paix en rappelant les exilés. Jaloux de ses succès , Lodrisio Visconti, son parent, lève une armée qui lui est fournie par les seigneurs de Vérone, et passe dans le Milanez pour le dépouiller. Luchin Visconti marche à la rencontre de Lodrisio, et le 21 février i33g , lui livre une sanglante bataille, dans laquelle il le fait prisonnier , avec un grand nombre des siens*

On fit courir le bruit que saint Ambroise avait apparu dans cette bataille, un fouet à la main, dont il frappait les ennemis, et on ne se contenta pas de peindre ce conte sur la toile , on le fit graver sur les monnaies. Mais lé peuple, dans la suite, expliqua cela faussement d'une victoire remportée sur les Français. Azzon ne survécut pas long-tems a cet événement. La mort le ravit à ses peuples, qui le chérissaient, le 14 ou le i6 mai suivant, à l'âge de trente-sept ans. Muratori le représente comme un héros accompli ; piété, valeur, prudence, générosité, douceur, affabilité, toutes les vertus semblaient se réunir en lui. Exempt de partialité, il traitait avec la même équité les Guelfes et les Gibelins. Il avait épousé, l'an i333t Catherine, fille de Louis H de Savoie , seigneur du Bugey, dont il ne laissa point de postérité. Sa veuve se remaria à Kaoul 111 , comte de Guines, puis à Guillaume I de Flandre , comte de Namur.

LUCHIN VISCONTI.

r33cj. Luchin Visconti, oncle d' Azzon, lui succéda dam la seigneurie de Milan. La dureté de son gouvernement fut le contraste de celui de son neveu. Elle excita, l'an i34o , une conjuration tramée par François dePosterla , qui , ayant été découverte, avant qu'elle éclatât, n'eut que le tems de s'enfuir avec sa famille à Avignon. Mais Luchin ayant réussi à le tirer de là au moyen d'une lettre supposée de Mastin de l'Escale, qui

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l'invitait, sous les plus belles promesses, à venir le trouver à Vérone , il le fit arrêter sur la roule et amener à Milan , où il eut la tête tranchée avec ses fils et d'autres complices. Cet acte de sévérité répandit , parmi les Milanais, une si grande terreur, qu'ils n'osèrent plus désormais se révolter. Luchin , depuis ce tems, faisait garder la porte de la chambre où il couchait , par deux énormes chiens qui l'accompagnaient aussi partout où il allait ; et malheur à celui , dit Muratori , qui , le rencontrant , laissait échapper quelque geste indiscret : les chiens se lançaient aussitôt sur lui , et l'étendaient par terre. La maison des Visconti et les Milanais étaient toujours brouillée avec le saint siège. Luchin vint à bout, l'an 16^1 , de faire sa paix avec le pape Benoît XII, qui, regardant l'empire comme vacant, lui accorda l'investiture du vicariat impérial de Milan , et des autres villes dont il avait la possession , sous la promesse que fit luchin , de lui payer cinquante mille florins d'or. Tranquille alors, et voulant maintenir la paix dans ses états, il publia des lois fort sages, pour abolir quantité d'abus qui s'y étaient introduits à la faveur des troubles.

L'an 1346, Obizon III, marquis d'Est, voyant la ville de Parme , dont il était seigneur , menacée par les Gonzagues et d autres seigneurs puissants qui l'environnaient , se détermina d'autant plus volontiers à la céder à Luchin , .qu'elle était séparée de ses autres états. Luchin, qui jalousait fort cette place, et s'était uni pour la conquérir aux ennemis d'Obizon , accepta l'offre du marquis , en s obligeant de lui rembourser ce qu'il avait payé à Azzon de Corrégio , pour l'acquérir. Le traite qu'ils firent entre eux fut passé dans le mois de novembre i346. ( Villani , Chron. L 12, ch. 73.) Luchin fit, vers le même tems, l'acquisition de la ville d Asti , dans le territoire de laquelle les Solari , famille puissante , possédaient vingt — quatre châteaux auxquels ils auraient bien voulu joindre cette place. Luchin , instruit de leurs vues, s'appliqua à détruire celte famille, et réussit à ne lui laisser pas un seul pied de terrain dans l'Astesan. La fortune et l'industrie de Luchin ne se bornèrent point là. H acquit encore les villes de Bobbio , Tortone et Alexandrie ; il enleva , l'an i348 , à Jeanne , reine de Naples , les villes d'Albe , de Quiers, et d'autres terres, jusqu'à Vinaglio et aux Alpes. Son ambition , excitée par les troubles qui régnaient dans la ville de Gènes, lui inspira le désir d'en profiter, pour joindre celte ville à ses domaines. S'étant concerté avec eaux qu'elle avait bannis, c'est-à-dire , les Doria , les Spinola , les Fiesques , les Grimaldi , il leva une grosse armée qu'il fit partir sous la conduite île Bruzio, son fils naturel , pour en faire le siège. Il fut long; mais la vie de Luchin ne le fut assez pour lui en faire

254 chronologie histoHiqué

Voir Fbsue, qui eût tourné vraisemblablement à son avantage.

Dans toutes les ligues où Luchin entrait , son intention était de faire servir ses confédérés à son propre agrandissement. 6'élant brouillé (on ne sait pour quel sujet) avec les Gon-* zagues qui lui avaient procuré l'acquisition de Parme , il se joignit aux communes de Brescia et de Crémone , pour leur demander plusieurs places et châteaux qui leur appartenaient auparavant. Sur le refus qu'ils firent de les rendre , il prit les armes, et leur enleva Casai maggior , Sabionete , Piadone, Azolo , Montechiaro , et d'autres forteresses.

Luchin , qui jusqu'alors avait été vaillamment secouru par Guido 1 Torelli , parent de sa femme, perdit cet excellent appui ; Guido ayant passé , en i348, dans le parti de Philippe de Gonzague, qui, pour l'y attirer, lui avait promis sa fille Eléonore en mariage. Philippe de Gonzague et Guido Torelli défirent , le 3o septembre de la même année , l'armée de Luchin sous les murs de Borgoforte. Ce pr'mce ne survécut pas long-tems à ce revers, il mourut , le 24 janvier i349 , empoisonné, suivant quelques-uns, par sa propre femme Isabelle l)E Fiesque. Elle était bien capable d'un pareil forfait. D'une même couhe, elle eut deux fils qu'elle déclara n'être point de son époux , mais de Galéas , son neveu ; ce qui fit qu'ils ne lui Succédèrent pas. L'un d'eux mourut en prison , et l'autre en exil. Elle fut aussi mère de Catherine , femme de François d'Est. Luchin était d'une humeur si sombre qu'on ne le vit jamais rire,/

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