FRANÇOIS SFORCE
1447. François Sforce, ou Sforza , né le*3 juillet 1401, était fds naturel de Jacques Attendolo , dit Jacomuzzo , et surnommé Sforce , qui, de simple paysan de Colignola dans la Romaene , était parvenu , par sa valeur , aux dignités tio connétable du royaume de Naples et de gonfalonier de l'église romaine. François Sforce n'avait que quinze ans lorsqu'on 1^10% il fut emprisonné à Bénevent avec son père , par ordre de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, qui venait épouser Jeanne II , reine de Naples. Relâché, l'année suivante , il corn-» battit, l'an 1417 , à côté de son père , près de Toscanclle, contre le général Tartaglia, et il lit , dans ce premier essai de sa valeur , des exploits dignes d'un capitaine consommé dans le métier des armes. Son père , l'année suivante , lui fit épou-. ser Polixène de la maison de ftufo, qui lui apporta en dot U ville de Montalte et beaucoup de belles terres en Ça Libre. L'an i424i après la mort de son père, étant venu se présenter devant la reine Jeanne dans la ville d' A versa, il en fut accueilli avec les marques de l'affection la plus vive , et de la plus parfaite reconnaissance pour les services importants que Jacques Sforce avait rendus à cette princesse. Ce fut alors qu'elle fit prendre À François le surnom de Sforce , au lieu de celui d'AttendplQ qu'il avait porté jusqu'alors. L'an 'ifaS, U passa au service du ouc de Milan avec quinze cents cavaliers qui avaient fait leurs preuves de valeur squs Jean.-Galéas, i,e dviç Ven.vpya. , sur U
DES DUCS DE MILAN. aGo,
fin dè Tan i427 9 au secours de Gênes, contre Thomas de Campofrcgose , et d'autres bannis qui infestaient cette ville. Mais étant entré dans les gorges de l'Apennin , plusieurs des siens y périrent accablés par les* paysans , qui faisaient rouler sur eux de$ quartiers de roches du haut des montagnes; et le reste eut peine à gagner, avec lui, le château de Konco. Ses envieux se prévalurent de ce revers pour le décréditer dans l'esprit du duc , dont ils obtinrent un ordre pour le reléguer à Mortare, où il passa deux années, sans pouvoir se justifier. On prétend même que, si le comte Guido II Torelli n'avait pris hautement sa défense, deux fois il courut risque de perdre la tête , parce qu'on le soupçonnait de vouloir aller se mettre au service des Vénitiens ou des Florentins. Convaincu à la fia de son innocence , le duc lui rendit sa faveur; et l'an, i43o , il l'envoya à la défense de. Ja, ville de Lucques , dont il obligea les Florentins de lever le siège. Ce prince désirant de recouvrer r> -ne et Brescia, dont les Vénitiens s'étaient emparés, fit
équiper sur le Pô, contre eux, une flotte considérable à la tête <le laquelle il mit François S force , Guido 11 Torelli, Nicolas Piccinino. et d'autres habiles capitaines. Après divers combats contre la flotte vénitienne , ils remportèrent sur elle une victoire complète , le a3 mai i+ài. Deux ans après , d'intelligence .avec le duc, Sforce enleva-, au pape Eugène , la marche d'Ancône , feignant d'agir au nom du concile de Bâle , qui avait rompu alors avec ce pontife. H eut poussé plus loin ses conquêtes dans l'état ecclésiastique , si Eugène n'eût trouvé moyen ae. le regagner en le créant gonfelonier de l'église. Piccinino l'ayant supplanté auprès du duc, il prêta l'oreille à l'offre que les Florentins lui firent, en i434* du commandement de leurs troupes, avec lesquelles il les remit en possession de la Lunigiane que Piccinino leur avait enlevée. Le duc de Milan l'ayant ramené dans son parti, sous la promesse de le faire son gendre, l'envoya, l'an i438, au secours de René d'Anjou, qui disputait le royaume de Naples à Alfonse, roi d'Aragon. Les Vénitiens l'ayant appelé, l'année suivante, pour l'opposer à Nicolas Piccinino , il remporta deux victoires sur lui et sur François , son fils. Il fit sa paix ensuite avec le pape, qui avait recouvré la Marche d'Ancône. Alors le duc , son beau- père , se voyant pressé de tout côté par ses ennemis, sentit le besoin qu'il avait de son bras pour leur résister. L'ayant , à force de prières et de promesses-, engagé à revenir, il le déclara capitaine général du Milanez* Les choses changèrent bientôt de face sous ce général. En peu de tems, il fit la conquête de Plaisance, de Novarre, d'Alexandrie, de Tortone, de Parme, de Vigevano. Enfin, après U mort de son beau- père % il prétendit lui succéder ; mais il
±;» < HRONOT.OOIK HISTORIQUE
eut quatre concurrents , le duc de Savoie , le» Vénitiens , le roî de Naples, et Charles, duc d'Orléans, et petit-fils du duc Jean- Galéas, par Valentinc, sa mère. Les Milanais, pour les accorder, prirent le parti d'abolir la puissance ducale, et de s'ériger en république. Ils nommèrent des régents de l'état , et donnèrent à François Sforce le commandement de leurs troupes. Les Avantages considérables qu'il remporta sur les Vénitiens justifièrent ce choix; mais ces mêmes avantages l'ayant rendu suspect aux Milanais, il s'accorda, le 19 octobre 1448 , avec les Vénitiens, et se ligua avec eux contre ses premiers maîtres. L'an I449i après s être emparé des environs de Milan, il forma le blocus de cette ville, et vint à bout de l'affamer. Le peuple alors s'étant soulevé, lui fait ouvrir les portes : Sforce y entra le ^5 mars 14S0, et fut solennellement proclamé duc. Par traité fait la même année avec Borso d'Est , duc de Ferrare, il obtient les territoires de Cunio , de Barbiano, et de Budrio, dans le Ferrarais, pour étendre la juridiction de son comté de Cotignola , dont ils étaient limitrophes. (Busching.) L'an i45f, il fait la paix avec les Vénitiens , qui lui avaient déclaré la guerre en i45a. Il s'accommoda , la même année , avec Àlfonse, roi de Naples, contre lequel il avait soutenu jusqu'alors 1rs intérêts de la maison d'Anjou. Le roi Louis XI lui ayant cédé les droits delà France sur Gênes, il envoie, l'an 1 4^4 » des troupes dans celte ville , dont il se fait reconnaître seigneur. L'année suivante ne fut pas moins fortunée pour lui. Ferdinand I d'Aragon, roi de Naples, ayant enlevé, au prince de Tarente , la ville et le duché de Bari y ainsi que toutes ses autres possessions , les donna , l'an i4b5, au duc dé Milan. (Busching ) François Sforce gouverna ses états avec beaucoup de modération , et on a dit de lui que jamais usurpateur ne devint meilleur souverain. 11 mourut, le 8 mars 1466, comblé de gloire et de bonheur. Les historiens rapportent qu'il gagna , pendant sa vie , vingt-deux batailles , sans jamais avoir été vaincu. U avait épousé, i«. comme on l'a dit, PoLlXÈNE RUFFA , dont il n'eut point d'enfants; 20. l'an i44> 9 Blanche - Marik YisooNTi, fille naturelle du duc Philippe-Marie, dont il laissa Galéas-Marie , qui suit ; Philippe-Marie, comte de Pavie, mort en 1479» Sforce-Marie , duc de Bari, mort la même année ; Ludovic-Marie , dit le More, qui fut un de ses successeurs ; Ascagnc - Marie , évêque de Pavie et de Crémone, puis cardinal; Octavien,qui se noya Tan 1476; Hippolyte, femme d'Alfonse, duc de Calabre , puis roi de Naples; Elisabeth > mariée à Guillaume , marquis de Montserrat. François Sforcê laissa aussi plusieurs bâtards , dont les deux principaux furent Sforce , tige des comtes de Borgonovo , et Jean- Marie , arche-
!>ES DUCS DE MlLAtt. a;t
v<!<]Ue de Gênes : Ce fut sous son règne que fut creusé le, canal Martesana, qui vient de L'Adda se réunir à Milan, au grand ca nal d i t il Nariglio grande.