JEAN-GALÉAS-MARIE SFORCE
1476. Jeàn-Gàléas-Marie, né sur la fin de 1468, succéda au duc Galéas-Marie , son père , sous la tutelle de Bonne , s» mère, et de Cecco Simonetta , secrétaire d'état. Ses oncles, irrités de se voir exclus de la régence, vinrent à Milan pour y exciter des troubles, et furent exilés: mais Ludovic - Marie Sforce , trois ans après, étant rentré dans le Miianez avec de» troupes, s'empara deTortone, marcha de là à Milan, dont le château lui fut livré par le gouverneur, et obligea la duchesse et son fils à lui donner part au gouvernement. L'ambition de Ludovic ne se borna point à cet avantage ; il voulut être seul régent. Dans cette vue, il fit arrêter le sage Simonetta, et vint à bout de le faire condamnera perdre la têter ce qui fut exécuté, le 3o octobre 1480, à Pavie. La duchesse Bonne fut obligée de sortir, trois jours après, de Milan. (M. Pabbé Garnier dit que Ludovic la fit enfermer dans une étroite prison , et cite pour garant les manuscrits de l'abbé le Grand. Ce trait ne se trouve point dans les auteurs italiens.) Maître alors des affaires , Ludovic ne laissa au jeune duc que son titre, et exerça tous les droits de la souveraineté. L'an* 24^2 1 il entre dans la ligue de Ferdinand 1, roi de Naples et des Florentins, contre les Vénitiens. Ayant découvert, l'an 1484 , une conjuration formée pour remettre le gouvernement entre les mains de la duchesse Bonne, il en fait punir sévèrement les auteurs. Il invite, Tan 149^9 Charles Vlil, roi de France, à venir en Italie, et sait en même tems se ménager avec l'empereur Maximilien I et Ferdinand, roi de Naples. Charles étant arrivé, l'an i494i à Asti, Ludovic vient Fy trouver, pour l'encourager à suivre son dessein. Sire, lui dit-il,* ne craignez, point cette entreprise. En Italie, il y a trois puissances que nous tenons grandes, dont oous avez l'une, qui est Milan; Vautre ne bouge, qui sont les Vénitiens', ainsi, oous naoez af-* Jaire qu 'à celle de Naples ; et plusieurs de vos prédécesseurs nous ont battus que nous étions tous ensemble. Quand oous me voudrez, croire , je oous aiderai à vous faire plus grand que ne fut jamais
DES DUCS DE MILAN. 2jZ.
Charkmagne ; et chasserons ce Turc hors de cet empire de Cons* tantinople aisément , quand vous aurez ce royaume de Naples. (Commines, 1. VIII , ch. VI.) Quelques jours après , une mort, que cet homme affreux avait, dit-on, préparée, le met au comble de ses vœux : le jeune doc , Jean-Galéas-Marie, qu'il tenait renfermé dans le château de Pavîe , expire le 22 octobre, à l'âge de vingt-cinq ans. d'un poison lent, si Ton en croit le public, qu'il lui avait fait donner. Ce jeune prince avait épousé, le 2 février 1 4f)^ ■» Isabelle, fille d'Àlfonse II , roi de Naples , laquelle , après la mort de son époux , se retira à Bari , où elle mourut en i5a4« De ce mariage sortirent François Sforce, qui, ayant été envoyé par sa mère à Louis XII, roi de France, devint abbé de Marmouticrs ; Bonne, mariée, en i5itt, à Sigismond, roi de Pologne, et décédée à Bari, le 17 septembre i558; et Hippolyte, morte en i5oi.
LUDOVIC-MARIE SFORCE , dit LE MORE.
1494. Ludovic - Marie Sforce, né le 3 août i45i , de François Sforce, duc de Bari, et de Blanche-Marie, succéda au duc Jean-Galéas-Marie , son neveu, en vertu de l'investiture qu'il s'était fait donner du Milancz , par l'empereur Maximilien I. Le surnom de More lui avait été donné par allusion au mûrier, dit en italien moro , symbole de la prudence , qu'il avait pris pour sa devise. (Paul-Jove). L'an i4g5 , il entre dans la ligue conclue , le 3 1 mars , par le pape Alexandre VI , l'empereur Maximilien I , Ferdinand V , roi d'Espagne , et les princes d'Italie , contre le roi Charles VI II. Un mot échappé à Louis , duc d'Orléans , dans Asti, dont il était seigneur, détermina Ludovic à prendre ce parti. Voici le tems , avait dit le prince français , à l'occasion des succès du roi Charles en Italie, de faire valoir les droits de Valentine Visconti^ mon aïeule , sur le Mâanez. Louis , devenu roi de France , effectua , l'an 1 499 , les menaces qu'il avait faites dans Asti. Jean-Jacques Trivulce, envoyé par ce prince dans le Milanez , avec une armée , le rendit maître de ce duché, avec une rapidité qui étonna toute l'Italie. Il fut secondé par son neveu , François Torelli , comte de Montechiarugulo , qui se distingua à la prise de Milan , où il commandait l'armée. (Quadrio , 1. 1, ch. 8.) Louis vint lui-même prendre possession de sa conquête, et fit son entrée dans Milan, le 6 octobre 1499* Mais la mauvaise conduite des Français, après son départ, donna la facilité à Ludovic, qui avait pris la fuite, de rentrer dans Milan , au mois de février suivant , avec le secours de huit mille suisses, joints à quelques troupes que l'empereur lui avait fournies. Ce triomphe r XVil. 35
2ji CHRONOLOGIE HISTORIQUE
néanmoins, fut de courte durée. Son imprudence l'ayant porté a passer, avec dix-huit mille hommes, de Milan à Novarre,les Français, qui étaient à Verceil, prirent la résolution de venir IV assiéger. JEn vain tes Suisses de son parti l'exhortèrent à ne pas soutenir un siège dans une place mal approvisionnée , et Contre une armée aussi considérable que celle de France, jointe aux Vénitiens. Il fut également sourd aux clameurs des lansquenets, qui demandaient à combattre, et aima mieux attendre 1 événement dans Novarre. Les Français s'approchaient cependant de la place. H fallut alors se mettre en campagne. Mais les Suisses déclarèrent au duc qu'Us ne combattraient point contre leurs compatriotes7 i qui étaient dans l'armée ennemie* Tout ce que Ludovic Sforce put obtenir d'eux, fut qu'ils le mèneraient en lieu de sûreté ; ce qui l'obligea de prendre l'habit d'un simple soldat. Il se plaça dans les rangs, espérant qu'à lafaveur de ce déguisement il ne serait point reconnu , lorsqu'il défilerait avec les Suisses devant l'armée française. ( S. Gelais, Hist. de Louis XII, pag. 159). Mais Ludovic ne put échapper à son malheureux sort. H fut lâchement trahi par un de ses trabants , nommé Turmann , du canton d'Un. Aussitôt le bailli de Dijon se saisit de lui, le 9 avril iSoo, malgré les protestations des Suisses. Le traître, à qui il donna deux cents écus âe couronne (1) , fut un objet d'horreur à ses compatriotes. Ils k mirent aux fers à son retour en Suisse , et lui firent couper la tête en punition de ce crime. A l égard de Sforce , Louis de la Trérhoille , général français, le fit conduire en France avec le cardinal Ascagne , son frère , et d'autres princes de sa maison. Ludovic fut enfermé d'abord à Pierre-Encise , en* suite dans la tour du Lys de Saint -Georges , en Berry, et de là , conduit, quatre ou cinq ans après, au château de Loches, où il passa le reste de ses jours, non dans une cage de fer, comme plusieurs l'ont avancé, mais servi avec distinction, et se promenant , la dernière année , à cinq lieues du château* L'opinion commune met sa mort en iSto : cependant, Léandre Albcrti et Sénaréga, auteurs contemporains, la placent en i5o8, et le dernier la date du 16 juin de cette année. Ludovic laissa * de Bkatjux d'Est, fille d'Hercule I , duc de Ferra re , qu'il
(1) Les écus à la couronne étaient au titre de a3 carats un huitième, et de la taille de 70 au marc : ainsi , chaque écu devait être du poids de Ç5 grains |2 , et puisque l'or à ce titre , suivant la déclaration du 3 o li bre 176*5, vaut 798 liv. 7* 9 den. trois quarts, il s'ensuit que Pécu en question vaudrait 11 liv. 8 s. 1 den. JLL, et par conséquent les deux cent* valaient 2281 1. 2 s. 3 d. six septièmes de notre monnaie courante.
DES DUCS DE MILAN. ZjS
avait épousée le 18 janvier 1 491 ( morte le 2 janvier 1 497 ) t deux fifs , Maximilien et François-Marie.
LOUIS XII , roi de France.
iSoo. Louis XII , roi de France , resta maître du Milanez , lorsqu'il le fut de la personne de Ludovic Sforce. L'an iSob, il obtint , de l'empereur Maximilien I , l'investiture de ce duché, par un. diplôme daté d'Haguenau , le 5 avril. Il reçut, l'an i5o8, de 1' empereur, une nouvelle investiture, parce que la première était imparfaite , en concluant la ligue de Cambrai. Quatre ans après, le Milanez échappe à Louis XII. CVoy. les rois de France . y