‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 67 sur 277 · CTIRON. H1ST. DES SUISSES ET DE LEURS ALLIÉS · texte numérisé non relu

CTIRON. H1ST. DES SUISSES ET DE LEURS ALLIÉS

accrédité d'entre eux , les voyant murmurer de leur sort, proposa une invasion dans les Gaules, pour se faire donner le commandement. Ses desseins ambitieux furent découverts. La mort qu'il se donna prévint la vengeance que ses compatriotes se proposaient d'exercer sur lui. Cependant, les esprits conservèrent l'impulsion qu'il leur avait donnée, et l'entreprise fut également résolue. Pour rendre irrévocable le parti qu'ils avaient pris, ils commencèrent à mettre le feu à leurs habitations; après quoi , le 26 mars de l'an 6g5 de Rome, ils s'acheminèrent au nombre de quatre-vingt-douze mille hommes, sans compter les femmes, les enfants et les vieillards , vers le Rhône, où était marqué le rendez-vous général de la nation. César , alors proconsul des Gaules, apprenant leur émigration, vole à leur rencontre pour les empêcher de pénétrer sur les terres des Romains. Ils étaient près alors d'entrer dans les gorges qui séparent le lac Léman du Mont-Jura. Le général romain leur barre le chemin par un retranchement qu'il fait élever à l'ouverture de ce défilé, après avoir fait rompre le pont de Genève qui communiquait avec leur pays. Obligés par là de revenir sur leurs pas , les Hel~ vétiens s'adressent aux Séquanais , qui leur accordent le passage sur leurs terres , d'où ils arrivent sur les bords de la Saône, dans le pays des Eduens. Les deux tiers de leur armée avaient déjà traversé la rivière sur des traîneaux et des outres , lorsque César atteignit leur arrière-garde , composée de ïigurins , qu'il défit. Ayant fait ensuite construire un pont sur la Saône, il livre aux Helvétiens divers petits combats, qui aboutirent à une affaire générale, où il remporta une victoire complète près d'Autun, nommé alors Bibracte. Ceux qui échappèrent au carnage étant retournés dans leur patrie , s'occupèrent à réparer leurs foyers.

L'Helvétie, depuis ce tems, demeura soumise aux Romains l'espace d'environ quatre siècles. Les Bourguignons l'ayant conquise l'an 4079 elle resta sous leur domination jusqu à la destruction de leur royaume, opérée par les armes des enfants de Clovis en 53s ou S'dJ+. Dans les divers partages que les successeurs de ces princes firent entre eux de la monarchie française, THelvétie tomba tantôt dans le lot des rois de Bourgogne , tantôt dans celui des rois d'Anstrasie. Sur le déclin de la race carlovingienne, Rodolfe, fils de Conrad et comte d'Auxerre, ayant assemblé , l'an 888, les évéques et les grands de la Bourgogne, dont il était gouverneur, les engagea à lui déférer le titre de roi. Son petit-Sis, Rodolfe 111 , n'ayant point d'enfants, transmit ses états, par son testament, Tan 10^2, à l'empereur Conrad h Salique. Ce fut alors que les prélats et les seigneurs du pays profitèrent de l'éloignement de ce nouveau maître, pour s'approprier et ériger, en souverainetés, les terres dont ils

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avaient le commandement. Wne partie de l'Helvétie demeur* néanmoins sous l'autorité immédiate de l'empereur ; mais ce ne fut pas la plus heureuse. Des étrangers, envoyés pour la gouverner, la traitèrent en pays de conquête , et ne travaillèrent qu'à s'enrichir de ses dépouilles. Le mal fut porté à son comble pendant l'espèce d'anarchie qui régna dans l'empire depuis la déposition de Frédéric II , prononcée, en i2^S , au concile de Lyon,, jusqu'à l'élection, faire en 127$, de Rodolphe de Habsbourg r pour remplir le trône impérial. Dans cet intervalle de vingthuit ans, la loi du plus fort fut presque la seule qu'on respectât dans l'empire. Les villt-s helvétiques, pour se mettre a l'abri de? l'oppression , commencèrent à faire entre elles des confédérations ; mais , voyant que cet expédient ne suffisait pas pour défendre leur liberté, elles se choisirent des protecteurs parmi les seigneurs voisins les plus puissants et les plus estimés. Celui qui l'emportait sur les autres par l'étendue de ses domaines et par sa manière de les régir, élaU sans contredit Rodolphe de Habsbourg, dont on vient de parler. La plupart de ces villes f sYlant mises, l'an 12^7, sous la sauve- garde de ce prince , consentirent à recevoir de sa main des capitaines, ou gouverneurs,, et lui assignèrent des rentes pour le prix de sa protection» Rodolphe répondit à leur confiance, et ne servit pas des ingrats* Ce furent elles qui contribuèrent le plus efficacement à lui faire obtenir la dignité impériale. La conduite d'Albert , fils et suc- . cesseur de Rodolphe, à l'égard des Helvétiens, fut le contraste de celle de son père. Voulant convertir en servitude l'obéissance libre qu'ils lui rendaient, il leur envoya des officiers qui s'appliquèrent à remplir ses vues par des vexations de tous les genres, Pour ne citer qu'un exemple de leur insolence et de leur barba-rie, on se contentera de rapporter le trait suivant. Geisler, bailli d'Uri , s'avisa de placer, au bout d'une perche , son chapeau, dans le marché public d'Altorff , avec ordre à tous les passants de le saluer sous peine de la vie. Guillaume Tell, fameux arbalétrier, ayant méprisé cet ordre, fut obligé, pour expier sa désobéissance , d'abattre d'assez loin , d'un coup de flèche r une pomme sur la tète de son fils ; à quoi il réussit sans blesser l'enfant. Ce trait , vainement contesté , quant à la substance , par quelques modernes, est du 18 novembre i3o7, et fut le signal d'une révolution préparée dans les trois cantons d'URi, de Schwitz et d'UNDERWALD, le 17 octobre précédent, par trois hommes déterminés à tout oser pour le salut do la patrie, Walther Furst, Werner de Slauftach , et Arnold de Melcthal. Les tyrans furent ignominieusement, chassés; et l'empereur Albert, qui se disposait à les venger, périt le ier. mai i3oo* y par la main de son neveu. Léopold , troisième fils d'Àt'

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