‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 75 sur 277 · ET ENFIN ROIS DE SARDAIGNE · texte numérisé non relu

ET ENFIN ROIS DE SARDAIGNE

La Savoie, pays aujourd'hui renfermé entre le Piémont, le Valais , la Suisse , le fthône , le Dauphiné et la Provence, mais autrefois beaucoup plus étendu , était anciennement habitée parles Centrons, les Branovices, les Antuates ou Nantuates, les Latobriges et les Allobroges , tous peuples subjugués par Jules^César. Elle est aujourd'hui divisée en six parties, qui sont la Savoie propre, le Genevois, la Maurienne, la Tarentaise, le Faucigni et le Chablais. Le nom de Savoie ( en latin Sapaudia, et depuis Sabaudia ), n'est point connu avant le quatrième siècle. Ammiejr~Marcellin est le premier auteur où il se rencontre. La Savoie passa de la domination des Romains sous celle des Bourguignons, en 4*3 ; et après l'extinction du royaume de ces derniers, elle devint, en 56i, une province de la France , jusqu'à l'érection du nouveau royaume de la Bourgogne supérieure , en 888 , dans lequel elle se trouva com~ rise. Ce royaume ayant été réuni à celui de Germanie dans le ixième siècle, la Savoie devint une portion de l'empûe, et ses différentes parties furent gouvernées par différents comtes , que les empereurs y nommèrent. Les comtes de Maurienne x ancienne patrie des Branovices , sont connus avant ceux de la Savoie proprement dite ; et ces derniers ne se montrent dans l'histoire , que lorsque ces deux cantons furent réunis.

L'origine de l'auguste maison de Savoie est depuis longlems une matière de contestation parmi les généalogistes. Les

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uns la font sortir de celle de Habsbourg. C'est l'opinion duP; Vignier , de D. Hergott, de M. Schœptlin , et en dernier lieu de feu M. Rivaz, écrivain suisse , qui a tâché de l'établir dans une dissertation qui n'a pas encore vu le jour, et dont un littérateur des plus respectables , à tous égards, a bien voulu nous donner le précis (i). Les autres font descendre cette maison de celle de Saxe. Ç'est le sentiment adopté par la plupart des généalogistes , et (fautant plus respectable, qu'il est conforme à un acte authentique du corps des électeurs , en date du a3 août 1 582 , et imprimé dans Guichenon y parmi les preuves de

(i) Tel est ce précis : D'Albert, duc d'Alsace, fondateur de l'abbaye de Saint-Etienne de Strasbourg, qui mourut vers l'an 722, et qui était (ils aîné du duc Ethico , descendait au huitième degré Gontran, dit le Riche , comte en Argot? vers Tan q5o , possesseur de terres considérables en Alsace et en Brisgaw. Radeboton , son petit-fils, comte d'AItenhourg , en Argow, mort le 3o juin 1027, avait pour frères Werner, évêque de Strasbourg et fondateur de l'abbaye de Mûri et du château de Habsbourg, en Argow, mort en ioa8, et Bertilon, ou Berlhol, comte de Brisgaw , qui fonda, en 1008, le monastère de Suliberg, et de qui dérivent les ducs de Zéringen, auteur» delà maison des margraves de Bade-Badcn et de Bade-Dourlach. Werner, dit le Pieux , premier comte de Habsbourg, en ArgoW, avoué de l'abbaye de Mûri , mort le 1 1 novembre 1096, fils du même Radeboton, romte d'Altenbourg, et d'Ide, sœur de Thierri, duc de Lorraine, eut pour fils Othon, comte de Habsbourg, landgrave de la haute Alsace, avoué du monastère de Mûri, dont le petit-fils, Adalbert, ou Albert I, dit le Riche, mort le a5 novembre 1x99, con,te de Habsbourg, land* grave de la haute Alsace, avoué des abbayes de Murbach et de Mûri, fut le bisaïeul de l'empereur Rodolphe I , de qui descend l'auguste maison d'Autriche Habsbourg.

Ethico , ne. du nom , qualifié duc, fils d'Etbico, premier duc d'Al* sace, qui mourut vers 690, et frère puiné d'Adelberg, duc d' Alsace, de qui dérive la maison d'Autriche , était le cinquième aïeul d'Eberard , IV«. du nom , comte de Nordgaw, qui vivait en 959, et qui, entrautres enfants, eut Adelbert, duc et marquis de Lorraine, ea 979, de qui descend l'auguste maison de Lorraine, et Hugues, IIe. du nom, comte de Nordgaw, fondateur de Pabbaye d'Aftorf, en 966, tige des comtes d'EgLheim , en Alsace, et aïeul paternel du pape saint Léon IX (mort en 10S4 )• La maison des comtes d'EgLheim fut divisée en deux branches, celle qui avait pour auteur Ge'rard, frère aîné du pape saint Léon , s'éteignit en 1225, suivant M. Schœpflin, avec Gertrude, comtesse, héritière des comtes deDagsbourg, ou Dabo , de Mets et de Moha, mariée, en premières noces, à Thibaut 4 duc de Lorraine , en secondes , à Thibaut % comte de Champagne , et en troisièmes, à Simon, comte de Leiningen, ou Linange. fa seconde branche qui dérivait de Hugues, comte d'Egisheim, et de Dagsbourg , frère puiné du pape saint Léon > finit, en tioi , avec le

DES COMTES SB MAtJRIENNE OU DE SAVOIE. 1S9

l'histoire généalogique de la maison de Savoie ( pag. 537 )* Danscel acte , il est expressément dit: qubd dur. Sabaudiœ sit princeps sacriimpemex sanguine germano ducum Saxonice oriundus . Cette maison , elle-même , n'a jamais pensé autrement Louis , duc de Savoie , mariant la pnncesse Charlotte , sa fille , en i443, avec le prince Frédéric, fils aîné du duc de Saxe, reconnut cette parenté dans la procuration qu'il donna au chancelier , son ambassadeur , pour conclure ce mariage : nosque et nostras qui ab inciiia domo Saxoniœ ortnm traximus , rcnware , et ta quœ longœvœ attatis progressus distinxit , authore Deo , rewire confidentes , etc. C'est dans cette persuasion , qu'aux diètes impériales, elle a toujours siégé sur le même banc que les princes de la maison de Saxe, et immédiatement après eux. Il faut néanmoins avouer que les preuves de cette descendance, données par les généalogistes, n'emportent pas une pleine conviction. C'est à M. le chevalier de R an go ne, conseiller-d'état du roi de Sardaigne , qu'il était réservé de lever tous les doutes 4 cet égard , dans une dissertation qui n'a point encore été publiée, et dont il nous a permis la lecture. Guidés par cet écrit lumineux , nous allons faire connaître le véritable auteur de la maison de Savoie»

BÉRALD, ou BEROLD, comte de Mauhienne.

Bérald, ou BÉROLD,que d'autres appellent aussi Berthold, saxon de naissance, nommé vice-roi du royaume d'Arles par le roi Rodolfe 111, et créé vicaire de l'empire par l'empereur Henri II, doit être regardé comme la souche de la maison de Savoie. L'origine et les qualités que nous lui donnons sont attestées par lui-même dans la charte, par laquelle il prend sous sa garde et protection le monastère deTaloire près d'Anneci. C'est ainsi que débute cet acte daté du mois de juillet 1020, et imprimé par D. Martenne dans le premier tome de ses anecdotes ( p. i4o). Ber aidas de Saxonia pro-rex Àrtlatensis pro rege potentissimo Radulfo et ab augusta majestate imperu creaius Vicarius. En admet tant la sincérité de cette pièce, que l'éditeur donne pour authen-

comte Henri , fils d* Albert, comte de Dagsbourg et de Mucha, ou de Moha,et d'Ermcsinde, comtesse de Luxembourg ; mais jusqu'à présent on n'avait pas ouï-dire que l'auguste maison de Savoie avait pour auteur le même Gérard , comte a Alsace , frère aîné du pape saint Léon IX. Ce comte a été le même» suivant notre auteur, que Bérard, ou Berold , que tous les modernes disent avoir été la tige des comtes, de Maurienne t dits depuis comtes de Savoie.

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tique, et contre laquelle on n'a point encore élevé de doute bîeii fondé, toutes les difficultés formées jusqu'à présent sur l'origine de la maison de Savoie, deviennent faciles à résoudre* Bérold, ou Berthold , était le second fils de Lot h aire 111 , margrave de la Marche septentrionale de la Saxe ou de l'Ostphalie, et de Gudile, issue de l'illustre maison conradine, alliée a celles de Bavière et des derniers rois de Bourgogne. ( Ditmarus restitutuS) page 4*3 ; Annal, saxon. > page 44^-) H avait pour frère aîné Werinhaire, et pour frère cadet Brunon, qui, ayant succédé à Ditmar, son parent, dans l'évêché de M ers bourg, finit ses jours en io36. Cela est certifié par la chronique allemande de Walbeck, dont était aussi comté Lothaire, père de ces enfants. {Voyez les pp. 96, 100 et 101 de cette chronique imprimée à Helmstadt avec les notes de M. Dingelstadt et les additions de M. Abel. ) Werinhaire s'étant fait une affaire trèsfâcheuse pour avoir enlevé Kegnilde, dame de Bichlingen, à dessein de l'épouser, fut poursuivi juridiquement par rempereur Henri II, qui voulait le condamner à perdre la vie, parce que ce rapt était le second dont il était coupable. Mais sa mort, arrivée l'an 1017, arrêta la procédure. (Ditmar, Cft/wt. , p. 401 ; Annal, saxon. , pp. fôi-^Ôz. ) Berthold ne paraît point dans les affaires de Werinhaire, quoique ses autres parents y aient figuré, parce qu'il était alors et depuis long-tems dans les Gaules; car la vice-royauté du royaume d'Arles lui avait été conférée par lettres de Rodolfe III, données à Aix, en Pro* vence , dès le 5 des ides de mai de l'an 1000* On le voit présent, sous le nom de Bérald , avec la qualité de comte, à une donation que ce roi fit à l'abbaye de Saint-Maurice, la vingt-quatrième année de son règne; ce qui revient à Tan 1017. il porte le même titre dans l'acte d'une autre donation faite par le même Rodolfe, la vingt-sixième année de son règne, à un seigneur de ses états, nommé Amison. (Pingon, Guichenon.) C'est par une erreur manifeste que des modernes voudraient l'identifier avec Gérold , comte de Génevois , dont Wippon , dans la vie de Conrad le Salique, dit que ce prince , étant venu en Bourgogne, le subjugua ainsi que l'archevêque de Lyon. (Wippo, in vita Conradi, p. 478. ) Bérald, sur la fin de ses jours . s'étant retiré à l'abbaye de Saint- Victor de Marseille, y mourut l'an 1027, laissant un fils, qui suit. (Albert. Fabric. , Origin. saxon. €t Stemma Witlkindi, page 126. )

HUMBERT I, dit AUX BLANCHES MAINS.

.1027. HuatBERT, pu Upert, comme il est nommé dans quelques actes, souscrivit avec Bérald, son père, la, charte

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