‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 86 sur 277 · DES COMTES DB SAVOIE · texte numérisé non relu

DES COMTES DB SAVOIE

des chevaliers du Collier , dont on ne sait pas bien précisément quelle fut l'occasion. Les uns prétendent que ce fut un brasselet qui fut donné au comte par une dame qui Pavait tissu de ses cheveux; d'autres l'attribuent à la dévotion d'Amédée envers la Sainte-Vierge. Dans cette création , le nombre des chevaliers, lui compris , fut fixé à quinze, tirés des maisons les plus distinguées.

L'empereur Charles I V , dans le voyage qur'il entreprit f fan i3(55 , pour aller voir le pape Urbain V à Avignon, diri-* gea sa marche par la Savoie, et fut magnifiquement accueilli à Chambéri, par le comte Amédée, qui l'accompagna jusqu'au terme de son voyage. Pour reconnaître cette bonne réception, Charles , au mois de mai de la même année , fit expédier d'Avignon, au comte, des lettres -pat entes qui rétablissaient son vicaire sur un grand nombre de villes autrefois soumises à l'empire-, et dont la plupart étaient alors libres et indépendantes. Mais le comte ayant voulu faire usage de ces lettres t éprouva, partout où il les fit publier, des réclamations qui ooligèrent l'empereur à les révoquer. (Spon. Hist. de Genève 9 1. 11, nn. xxxvi et xxxvn.)

Pendant le séjour du comte de Savoie à la cour d'Avignon , le pape l'avait fortement sollicité d'aller au secours de Jean Paléologue t empereur de Constantinople , attaqué vivement par le sultan Amurat I ,. et le roi de Bulgarie, qui dévastaient ses états. Amédee, parent de l'empereur grec, se prêta d'au» tant plus volontiers à cette expédition , qu'elle le mettait en état de rendre un service important à la chrétienté. Plusieurs autres souverains s'étant ligués avec lui pour la même cause , il partit, après avoir laissé le gouvernement de ses états k Bonne, son épouse, et alla s'embarquer à Venise, où il fut joint par ses troupes et l'élite de sa noblesse. De là , il-fit voile vers Gallipoli , dont les Turcs s'étaient rendus maîtres , et forma le siège de cette place , où il éprouva la plus vigoureuse résistance. Les Turcs, dans une sortie générale qu'ils firent, espéraient le plus grand succès. Mais Amedée, les ayant battus, s'empara de Gallipoli , et y établit des gouverneurs. Tournant ensuite ses armes contre les Bulgares, il parvint, après leur avoir enlevé plusieurs places, jusqu'à Varne , leur capitale^ dont il entreprit le siège. Etonné de la rapidité de ses conquêtes , le roi de Bulgarie fit proposer au comte , par le patriarche de Constantinople , des moyens d'accommodement qui furent acceptés. Mais il n'est pas vrai qu'une des conditions de la paix fut , comme l'avance Guichenon , la délivrance de Jean Paléologue, que le bulgare retenait dans les fers. C'est line fiction que celte captivité. De retour en ses états, l'an i36j t

l8o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Amédée fut l'arbitre des différents qui divisaient l'Italie, et réussit à les terminer , soit par sa médiation , soit par la force de ses armes. Un orage violent , concerté par le pape Grégoire XI et l'empereur Charles IV, se formait contre Galéas et Bernabo Visconti , seigneurs de Milan. La ligue du chef de l'église et du chef de l'empire, formée pour les atterrer, fut conclue le 7 juillet 1872* Le comte Amédée y étant entré avec Louis, roi de Hongrie, et Jeanne, reine de Naples, promit de fournir, pour sa part, deux mille lances. Il était convenu , par le traité, que le comte de Savoie, dans les conquêtes qu'il ferait sur les Visconti, rendrait à l'église romaine les terres qu'ils lui avaient enlevées, et garderait les autres pour lui. Amédée , en deux campagnes , fatigua tellement les Visconti , que , déterminés à demander la paix , ils firent les plus grands sacrifices pour l'obtenir. ( Guichenon , t. I , p. 422.)

L'an 1 J82 , par traité fait avec Louis d'À njou , Amédée obtient de lui le Piémont, et lui mène des troupes pour l'aider à se mettre en possession du royaume de Naptes- Il fut attaqué de la peste dans ce pays, et mourut près de San-Stephano, dans la Pouille, le 2 mars i383 , universellement regretté. Amédée , fut , sans contredit , l'un des plus illustres souverains de son siècle. Nul de ses prédécesseurs n'avait acquis autant de gloire que lui. 11 mérita d'être appelé le protecteur du saint siège, l'appui le plus ferme de (a puissance impériale, l'ami et le vengeur des princes malheureux. Il recula considérablement les frontières de ses états; car il y unit les baronnies de "Vaud, de Gex, de Valromei, les seigneuries de Quiers,de Bielle, de Coni et de Verrae. Il eut toujours les armes à la main , et cependant ses sujets vécurent toujours en paix, parce qu'il éloigna toujours la guerre de ses états. De son mariage, il ne laissa qu'un fils , qui suit.

AMÉDÉE VII , dit LE ROUGE.

i383. Amédée VII , dit le Rouge ou le Roux, de la couleur de ses cheveux, fils d'Amédée VI, né le 24 février i36o, à Veillane , en Piémont , seigneur de Bresse , du vivant de son père , lui succéda au comté de Savoie. Divers exploits l'avaient déjà rendu célèbre. Il avait forcé , l'an i38o , le sire de Beaujolais , après l'avoir battu , à lui rendre hommage. (Voy. Edouard 11, sire de Beaujolais.) L'an i382, il s'était distingué à la bataille de Rosebecque , en combattant pour la France. Lorsqu'il eut pris possession de ses états, il marcha contre les habitants du Valais, qui , après avoir chassé l'évêque

DES DUCS DE SAVOIE. l8l

de Sion , avaient fait une irruption dans le.Chablais, et les contraignit d'implorer sa clémence.

Amédée eut avec Théodore , marquis de Montferrat , et Frédéric, marquis de Saluces , des démêlés qui tournèrent à son avantage. Dans la querelle qui s'éleva pour le royaume de Naples, entre la maison de Duras et celle d Anjou, les villes de Bar* celonnette, de Vintimille et de Nice, qui, à raison du comté de Provence , appartenaient a la seconde de ces deux maisons , voyant qu'elles n'en étaient point secourues, s'en détachèrent, l'an i388, pour se donner au comte de Savoie. Ce prince, qui était alors auprès du roi Charles VI , occupe à faire rentrer sous son obéissance le duc de Bretagne, se hâte de retourner dans ses états pour prendre possession de ces villes et de leurs dépendances. Amédée mourut à Ripaille, le ier. novembre i3o,i, d'un accident qui lui était arrivé à la chasse. Des historiens graves racontent que plusieurs personnes furent soupçonnées d'avoir avancé ses jours par le poison, et nomment, entr autres, Amédée, prince de la Morée, et Otton, seigneur de Granson. Le premier, disent-ils, se justiBa; mais le second, ajoutentils, ne pouvant dissiper les soupçons formés contre lui, se vit contraint d'abandonner la Savoie , où il ne revint qu'au bout de six ans. (Guichenon, Hisl. généal. de la maison de Savoie, 1. 1, p. 438. ) De Bonne de Beriu , fille de Jean , duc de Berri, qu'Amédée Vit avait épousée à Paris, au mois de décembre i3y6,

à Bernard VII, comte d'Armagnac

AMÉDÉE VIII , dit LE PACIFIQUE ,

Page 1