DES DUCS DE SAVOIE
chesse. Elle fut assiégée dans Viontmélian par ses beaux frères, et obligée de se rendre. Mais s'étaut évadée, elle obtint du secours des puissances voisines , qui obligèrent les princes de Savoie à lui laisser l'autorité qu'ils lui disputaient. L'an i4?^t le duc de Bourgogne , après sa défaite de Morat , passant par la Bresse, fait enlever, par Olivier de la Marche, la duchesse Yolande, avec Charles, son second fils, et deux de ses filles, dans la crainte qu'elle ne favorise le roi Louis XI , son frère. Conduite au château de Rouvre en Bourgogne, Charles d'Ambnise la délivre , la même année , par ordre du monarque , et ramène a Tours, d'où elle est reconduite en Savoie par Philippe de Commiue. Le duc de Milan vient à son appui, et la fait rentrer dans l'exercice de la régence. Mais elle n en jouit pas long-tems, étant morte, le 29 août 14781 au château de Montcaprel, peu après avoir marié sa fille aînée au prince de Tarente. Cette princesse emporta, dans le tombeau, les regrets de ses Sujets ^ qu'elle avait mérités par la sagesse de s:m gouvernement et par son caractère affable et bienfaisant. Le comte de la Chambre, nommé par Louis XI pour la remplacer dans le gouvernement de la Savoie , eut pour concurrents l'évêque de Genève et Philippe, comte de Bresse, oncle du duc. Il succomba par sa mauvaise conduite, et fut arrête par ordre de Louis XI, qui lo fit renfermer au château de Veillane. Lan 1482, le duc Philibert étant venu voir ce monarque à Lyon , feu commencement de mars , s'y épuise à la chasse , aux tournois , aux courses de b.igues , et meurt de ces excès le 22 avril suivant , sans laisser d'enfants de Blanche-Marie, son épouse, fille de Galéas- Marie Sforce, duc de Milan. Sa veuve se remaria depuis à l'empereur Maximilien I.
CHARLES I , dit LE GUERRIER.
1482. Charles I , né à Carignan, le 29 mars 1468, fut le successeur du duc Philibert, son frère, il avait été élevé en France par le comte de Dunois , à qui Louis XI l'avait confié* Comme il n'avait que quatorze ans à la mort de son frère, ce monarque se déclara son tuteur, pour ôter aux princes, ses oncles , tout prétexte de brouiller l'état. 11 ne laissa pas néanmoins d'avoir beaucoup de traverses à essuyer au commencement de son règne. Ce fut pour y faire allusion qu'il prit, pour sa devise, un soleil naissant sur une tempête, avec ces mots : Nontamen inde minus. L'an i485, le 25 février, Charlotte, reine de Chypre, et veuve de Louis de Savoie, mort au mois d'août 148a, confirme, dans l'église de Saint-Pierre de Rome, la donation qu'elle avait faite de son royaume , en 1482, au duc de
ïg© CHRONOLOGIE HISTORIQUE
- Savoie. (Voyez Charlotte à l'article de Jacques III, roi de Chypre. ) C'est sur ce fondement que les ducs ae Savoie ont pris le titre de rois de Chypre, quoique la donation de Charlotte n'ait jamais eu son effet. L'an i4**7* le duc Charles , après avoir réduit le comte de Bresse, son oncle, qui voulait se rendre le maître en Piémont , tombe sur le marquis de Saluées , qui Payait attaqué, et lui enlève ses étals avec une rapidité surprenante. Dans sa détresse , le marquis de Saluces ayant été trouver le roi Charles VIII , lui demande, comme vassal , sa protection
Î>our son pays , qu'il qualifie de fief mouvant du Dauphiné. Par a médiation du monarque , il obtient une trêve d'un an , pendant laquelle des commissaires, nommés par le roi et par le duc, s'assemblent à Pont-Beau-Voisin pour discuter la mouvance de Saluces. Tandis que les conférences se tiennent, le roi s'avance jusqu'à Lyon , pour être à portée de seconder les vues de ses députés. Le duc s'empresse d'aller le saluer, et au premier abord , le roi lui dit : Mon cousin, mon ami , je suis enchanté de vous voir à Lyon : car si vous eussiez tardé de venir, je m * étais proposé d? aller vous voir moi-même, en très-nombreuse compagnie , dans vos états, où il est vraisemblable qu'une telle visite n'eût pu que vous causer du dommage. A quoi le duc répondit, sans se déconcerter : Monseigneur , tout mon regret, à votre arrivée dans mes états, serait de ne pouvoir vous y faire l'accueil que mérite un
aussi grand prince que vous Du reste , soit ici , soit ailleurs , je
serai toujours prêt à vous prier de disposer de moi et de tout ce qui m ' appartient , comme de tout ce qui peut dépendre de vos sujets, ( Guichenon , Hht. de la maison de Savoie, tom. I , pag. ^79 ) La trêve accordée au marquis de Saluces étant eipirée, le duc Charles emporta la capitale ; ce qui mortifia le roi de France. Préférant néanmoins aux actes d hostilités les voies pacifiques, le monarque invita le duc à venir en France pour terminer amiablement leurs contestations. Le duc se rendit à Tours» où l7 affaire de l'hommage de Saluces fut long-tems agitée et discutée; mais elle se trouva si obscure, qu'on en remit la décision à l'année suivante. Le duc Charles mourut avant ce terme à Pignerol , le i '6 mars i4*ty> dans la vingt et unième année de son âge. 11 avait épousé, Tan i4&>> Blanche, fille de Guillaume, marquis de Montserrat (morte le3t mars i5oo), dont il eut Charles, oui suit; et Yolande- Louise , femme de Philibert de Savoie. Charles I joignit à la valeur la bonne minef la prudence , la sagesse , l'affabilité et l'amour des lettres.