DES DUCS DE NOHMANDIF
Maine et l'Anjou, Le jeune prince rend hommage de ces provinces au roi de France, et l'année suivante ( n. st. ) , le jour de la Chandeleur, il Fait les fonctions de sénéchal à la cour de ce monarque , en lç servant à table. (Robert du Mont. ) Le vieux Henri refusa néanmoins, tant qu'il vécut, de mettre son iils en jouissance des provinces qu'il lui avait cédées, et ce fut l'occasion des guerres que celui-ci eut avec son père.
L'an i 1O9 , Henri 11 fait bâtir en Normandie le château' dé Beauvoir— en— Lions. Il établit en Anjou des pêcheries sur la Mayenne, et fait faire des levées sur la rive septentrionale de îa Loire pour contenir cette rivière dans son canal. Les domaines de ce prince ne dépérissaient pas entre ses mains. Les seigneurs normands , à la laveur des troubles qui suivirent la mort de Henri, son aïeul, s'étaient emparés de la plupart des terres du fisc ducal. S'étant aperçu de ces usurpations, Tan 1171 , il en ordonna la recherche, et doubla le revenu de sori duché par la réunion des fonds qui en avaient été furtivement aliénés. (Nie. ïrivet.) Le jeune Henri au Court-Mantel n'imitait point l'économie de son père. Etant venu , la même année 1171 , en Normandie , il tint , pour étaler son faste , au château de Bures, près de Bayeux, vers les fêtes de Noël , une cour pléniere des plus somptueuses et des plus brillantes. I lie fut si nombreuse, dit Robert du Mont, que tous les gentilshommes du nom de Guillaume s'étant rassemblés à une même table, ils se trouvèrent au nombre de cent dix. Ce prince s'étant depuis révolté contre son père, concerte, l'an 1174 > avec le comte de Flandre, une descente en Angleterre. Mais, prêts à s'embarquera Gravelines, ils abandonnent l'entreprise, apprenant que les rebelles d'Angleterre , sur lesquels ils comptaient, étaient rentrés dans le devoir. Alors ils vont rejoindre le roi de France, qui, pendant l'absence du vieil Henri, avait fait irruption en Normandie, et assiégeait Rouen , dont les habitants se défendaient avec courage. On était alors au commencement d'août. La fête de saint Laurent étant proche 9 le roi fait publier un armistice pour ce jour-là , afin de se livrer plus librement à la dévotion particulière qu'il avait à ce saint. Les habitants, comptant sur sa parole, portent la sécurité jusqu'à sortir de la ville pour se rejouir, danser et jouter sur le bord de la rivière. Le comte de Flandre voulut engager le monarque à profiter de cette imprudence pour donner l'assaut à la ville avant que le peuple eût le loisir d'y rentrer. « A Dieu ne plaise, répondit Louis, que j'en agisse ainsi ! Ne » savez-vous pas que c'est en l'honneur de saint Laurent que * j'ai accordé ce jour de repos à la ville ? » Mais tous les grands, XIII. S
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de concert, ayant taxé cette réponse de faiblesse et de vain scriipule , et lui ayant représenté que la fraude ou la valeur étaient égales vis-à-vis d'un ennemi, que l'occasion enfin était trop belle pour la manquer, le bon roi se rendit. L'armée se mit donc eh marche, non pas au bruit de la trompette, mais aux bruits sourds des ordres secrets des chefs. Il arriva dans ce moment que des clercs, étant montes dans la tour du tocsin , aperçurent du mouvement dans le camp des Français. Aussitôt l'un d'entrYux sonne la cloche. A ce signal tous les bourgeois courent à leurs postes , et ceux cjui étaient dehors firent tant, de diligence , qu'ils eurent le tems de rentrer. Les Français , de leur coté, s étant avancés d'une vitesse égale vers les murs , les escaladèrent en plusieurs endroits. Mais les assiégés les repoussèrent avec tant de force f qu'ils se retirèrent avec une perte considérable. Le lendemain arriva le roi d'Angleterre avec ses Brabançons et ses Gallois, qui entrèrent avec fui dans la ville à la vue des Français. Le siège continua. Mais lés Gallois, dans une sortie, s'élant répandus secrètement dans les bois, enlevèrent les corivbis des assiégeants; ce qui mit bientôt la disette dans leur camp. Louis, dans cette détresse, fait demander au roi d'Angleterre une trêve , pour se retirer librement avec son armée à Malaunai , où il invite ce princé à une conférence pour la veille de l'Assomption. Le monarque anglais y consent. Mais, la nuit qui précéda le jour convenu, Louis décampe en diligence pour regagner ses états. Enfin , lé o" septembre suivant, les deux rois se virent à Gisors, et, le 3o du même mois, ils eurent à Mont- Louis, entre Tourl 'et Amboise , une nouvelle entrevue , où tous leurs différents furent terminés. Voilà ce que nous avons tiré presque mot 4 mot de la chronique de Jean Bromlon.
L'an 1176 , une grande disette étant survenue en Tourainet fournit, au vieil Henri l'occasion de faire éclater sa libéralité. Depuis le icr. avril jusqu'à la récolte, il nourrit, par jour, di* tnille hommes , sans compter les aumônes qu'il fit aux maisons religieuses. Ce fut à peu près vers ce tems qu'il fonda la chartreuse du Liget, près de Loches, pour expier la part indirecte qu'il avait eue au meurtre de saint Thomas, comme le témoignent ces deux vers qu'on lit sur la porte d'entrée de ce monastère :
ANGLORTJM HENRICUS REX, THOMyE C&DE CRUENTUS , LIGET1COS FUKDAT CARTHUSIjE MONACHOS.
Ce prince envoya, l'an 1179» son fils aîné au sacre de Philippe-Auguste , où il fit les fonctions de premier pair de
DES pUCS. pEy NORMANDIE. 35
France, et porta la couronne royale devant le monarque , < u qualité de duc de Normandie. Sensible aux intérêts de la T Sainte, le roi père rendit, en 1188, dans la ville du Mans, une ordonnance portant que tous ses sujets paieraient, cette année, la dîme de leurs revenu* et de leurs meubles, pour le
secours de ce pays.
Les querelles renaissaient toujours entre la France et 1 Angleterre. Le roi Philippe-Auguste ayant eu, Tan 1189, une onférence inutile avec Henri à la Ferté-lkrnard , p au r terminer leurs différents , fait irruption dans le Maine. 11 était accompagné du prince Richard , qui, par mécontentement du roi d'Angleterre , son père, s'était retiré à la cour du roi de France. Le succès de leurs armes Tut rapide. Ils prennent la FiTte-tternard, Montfort , Malestablc , qu'on nomme aujourd'hui Bon nestable , Ràlon, et s'avancent vers le Mans. Henri , qui était alors en cette ville, lieu de. sa naissance, ne jugea nas à propos de les y attendre, et prit le parti de la retraite. Mais avant son départ, il donna ordre à Etienne de Tours, son sénéchal, de mettre le feu aux faubourgs. L'incendie alla plus loin qu'il n'avait compté, les flammes ayant été portées par le vent dans la ville, dont elles consumèrent une grande partie. Sur ces entrefaites, les Français , s'etant approchés , tentent de pénétrer dans la place à la faveur du trouble : mais ils sont repoussés à la première attaque par les troupes anglaises. Plus heureux à la seconde , les portes s ouvrent à eux comme d'ellesmêmes , la garnison ayant abandonné la ville, dès qu'elle eut appris que le roi Henri s'était retiré. Philippe et Richard , sans perdre de tems, se mettent à la poursuite du roi d'Angleterre, qui avait pris la route de Chinon. Mais n'ayant pu l'atteindre, après une course de plus de deux lieues , ils viennent assiéger le château du Mans, qui se rend par composition au bout de trois jours. De là, s'étant acheminés en Tourame, ils prennent, en passant, Chàteau-du-Loir , la Lhartre , Tro , -Monloire, la Roche-l'EvÊque , et d'autres places sur le Loir, d'où étant descendus sur la Loire , ils se rendent maîtres de Chaumont, dWinboise, de la Roche-Corbon ; puis, ayant repassé le Loir à Saint-Cyr, le 3b juin, ils arrivent à Tours, qu'ils emportent par escalade, le 3 juillet. Le lendemain , les deux rois et le. prince Richard ont une entrevue à Colombiers , près de Villandrv, sur le Cher, à deux lieues de Tours, où la
quatge mois et un jour, étant né au Mans, le 5 mars n33. Ce pince avait conservé toute sa vie le goût des lettres , qu'il devait aux leçons d'un certain maître Pierre de Saintes , son précepteur, que Richard de Cluni , dans sa chronique, donne pour le ' premier versificateur de son teins. Ce savant n'est point connu d'ailleurs , et nul bibliographe n'en fait mention. ( Voy. Henri , comte de Poitou , et Henri H , roi d'Angleterre.)
RICHARD CCEUR-DE-LiON, roi d'Angleterre, IVe. du nom , duc de Normandie et premier du nom , comte d'Anjou et du Maine.
1189. Richard, deuxième fils de Henri II, roi d'Angleterre , après avoir rendu les derniers devoirs à son père , partit pour aller à Rouen prendre possession de la Normandie , dont il avait fait hommage à Philippe-Auguste , l'année précédente. 11 reçut dans cette ville l'épée et la couronne ducale , le 20 juillet : Accinctus est gladio Ducatâs Normannia in mats ici Ecclesia per manum IV aiteri Rotomagensis Archiepiscopi : et prœdictus archiepiscopus posuit in capite ducis circulum aureum habentem in sumjnilate per circuitum rusas aureas. ( Hoveden , p. 702. ) De là , Richard envoya ses ambassadeurs au roi de France , pour l'inviter a régler, dans une entrevue, tous leurs différents. Elle se fit près de Gisors, le samedi 22 juillet, jour de la Madelaine, et la paix y fut conclue. Philippe rendit à Richard les villes de Tours, du Mans, de Tro, de Montoire, et du Château-du-Loir, qu'il avait comme en otage. De son côté, Richard lui abandonna Cressac, avec tout ce qu'il prétendait en Berri , s'obligeant de lui payer quatre mille marcs steriings pour les frais de la guerre, outre vingt mille autres que son père s'était engagé de payer par le traité de Colombiers. Ayant ainsi
Eourvu à la sûreté des états qu'il possédait en France , il s'emarque pour aller prendre possession du trône d'Angleterre. Ce prince mourut le 6 avril 1199, d'un coup de flèche reçu, le 26 mars précédent, devant le château de Chalqs, en Limosin, dont il faisait le siège. ( Voy. Richard , comte de Poitou» )
JEAN SANS-TERRE , et ARTUR.
1199. Jean Sans-Terre, quatrième fils de Henri H, et ÀRTUR , petit-fils de ce prince , par Geoffroi , son père , comte de Bretagne : se disputent la succession de Richard , après sa mort. Jean s'empare sans difficulté de la Normandie, dont il prend possession le 18 avril, jour de Pâques, à Rouen. (Hewrict
1>Ê8 DttCS DE ttOHtaXxmfc. 3j
Knîghtoru ) Voici de quelle manière Jean Bromton décrit son couronnement ducal: l'archevêque de ' Rouen, après lui avoir fait promettre par serment, sur les saints évangiles et les saintes reliques de conserver de bonne foi' Tes privilèges de l'église, de la protéger , d'honorer ses ministres , d'abroger les mauvaises lois, s'il y en- avait , et de leur en substituer de bonnes , le cei gnit de Vépée ducale, qu'il prit sur l'autel, puis il lui mit sur la tête une couronne d'or, ornée de roses de même matière; après quoi, le prince reçut de son côté le serment de fidélité du clergé et du peuple. Une' chronique d'Anjou met cette cérémonie dans l'octave de Pâques. Les Angevins et les Manseaux , après l'avoir reconnu pour souverain , se déclarent ensuite pour Artur. Les troupes de celui-ci , conduites par Guillaume des Roches , suivant Raoul de Coggeshall , le rendirent maître du Maine et de l'Anjou. 11 prit possession en
Personne du Mans et d'Angers. Cette dernière ville ne fut pas ong-tems sous la domination de ce prince. Jean-sans-Terre y arriva peu après, et y mit le feu pour se venger. Mais dans la suite, U répara amplement ce désastre. La Mayenne jusqu'alors baignait les murs de la ville sans y entrer ; il étendit son enceinte au-delà de cette rivière qui la traverse aujourd'hui , et la fit enclore de murs, dont elle manquait avant lui, suivant Guillaume le Breton.
Le roi Philippe-Auguste parut d'abord affligé de la désunion qui régnait entre le roi d'Angleterre et son neveu. Voulant les avoir tous les deux pour amis en les réconciliant , il fit avec le premier, le 22 mai de l'an 1200, entre An deli et Gaillon, wi traité de paix ; après quoi il obligea le jeune Artur , qui était présent , affaire hommage à son oncle de la Bretagne, du Poitou , du Maine et de l'Anjou : mais ce traité ne fut pas de longue durée. La guerre s étant renouvelée, Tan 1202, entre l'Angleterre et la France , Artur fait alliance avec le roi Philippe. Ce monarque le fiança, la môme année, avec Marie , fille, et lui donna du secours pour recouvrer ses étals. Artur entre dans le Poitou; et, en passant auprès de Mirebeau, l} apprend que la reine Eléonore, son aïeule, qui avait toujours été contraire à ses prétentions, se trouvait dans cette place , «ont la garnison était très-faible et les fortifications ruinées. H prend le parti de l'assiéger sur-le-champ , et de se rendre paître de sa personne. Mais le roi Jean étant accouru à la délivrance de sa mère , surprend Artur dans son camp, le premier août , disperse son armée , le fait prisonnier , et l'envoie *« château de Falaise; puis, l'ayant fait transférer à la tour de ftouen , il l'égorgé de ses propres mains, la nuit du jeudi-sajnt,
3 avril iao3, et le jette ensuite dans la Seine. Ainsi termina sa fortune et ses jours , le prince Artur, dans la seizième année <le son âge. C'est en vain que quelques écrivains anglais ont voulu nier ou déguiser l'horreur de ce crime. ( Voy. les dites
mage de la couronne de France, puis entre en Normandie k la tête d'une belle armée , pour la réduire sous son obéissance. Cette conquête fut prompte et facile ; la plupart des villes ou-^ vrirent leurs portes , et secouèrent avec joie le joug des Anglais, Rouen fut presque la seule ville qui fit une vigoureuse resis-r tance; mais, au bout de deux mois, ne recevaut point de secours du roi Jean t qui s'était retiré en Angleterre* elle sç rendit au roi de France. Verneuil et Arques, oui tenaient encore pour le roi Jean, suivirent cet exemple, Je manière qu'en 1204, la Normandie fut entièrement délivrée des Anglais* C'est ainsi qu'après avoir été pendant deux cent quatrevingt-douze ans sous une domination étrangère, cette province revint à la couronne de France , dont elle n'a pas été démembrée depuis ce tems-la. Ce ne fut cependant que par l'édît de Jean, roi de France, daté du mois de novembre i36i9 qu'elle y fut réunie à perpétuité. {Voy, Artur, duc de Bretagne.) Il est remarquable que jusqu'à Philippe-Auguste ♦ les seigneurs n'avaient point en Normandie de haute justice pommée Plait de r epée, Placitum spadœ. 11 paraît même que jusqu'au roi Etienne , ils n'eurent aucune sorte de justice dans leurs terres , comme ils n'en ont point en Angleterre*
Les ducs de Normandie avaient établi un tribunal souverain pour toute la province , connu sous le nom d'Echiquier , Scacarium, dont la juridiction et les fonctions sont ainsi décrites dans la coutume de Normandie: L'en apele Eschequier asembtée de hautes-justices auxquiex il appartient à corrigier ,eJ amender ou à faire amender tout cen que tes baillis et les autres meneurs justiciers ont maternent jugiê , et doivent rendre à chacun* son droit sans délai, et tient à bien poi aussi grande fermeté comme de la bouche du prince , etc. Nous appelons soient p net jugement cen qui est jugié par acort en plein Eschequier. f.'Kchiquier se tenait deux fois 1 année, à Pâques et à la Saint-Michel* P'ambulatoire il fut rendu sédentaire et lixé à Rouen , l'an) i3o2 par le roi Philippe le Bel. L'an 1499 ou '^00, suivant Chopin, le roi Louis XII , à la demande des trois ordres de la province, convertit l'Echiquier en parlement par lettre»
1)ES DUCS DE NOnMANBIE. 3$
da i». octobre; ce qui fut confirmé, Tan i5i5, par le roi François 1er.
En i33i (v. Je, roiPhillippe de Valois donna le
duché à Jean, son fils, oui monta sur le trône'en ib^o.
En i35i , Charles, fais du roi Jean, reçut de son père, en apanage, la Normandie. Devenu roi de France, en i3(>4, sous le nom de Charles V, il conserva la Normandie, qui passa a?ec tout le royaume à Charles VI , son fils f et ensuite à Charles VII.
En i465, Charles, quatrième fils du roi Charles VII, fut pourvu, par le roi Louis XI, son frère, du duché de Normandie. Mais ce monarque l'ayant -contraint, Tan 1469 , de l'échanger contre 1* Gmenne , le réunit de nouveau à la couronne, dont il n'a plus été séparé.
Le dauphin , fils de l'infortuné Louis XVI , avait le titre de duc de Normandie, qu'il porta jusqu'en 1789 , époque de la mort de son frère aîné / auqoel'rtweoéda dans la dignité de dauphin.
L'Anjou , Pagus Andcgavensfc y ou Adicavensis 9 situé entre le Maine , la Bretagne, le Poitou et la Touraine , a pour capitale la ville d1 Angers , appelée sous les Romains, Juliomagus. La petite rivière de Layon , Ladîs , qui tombe dans la Loire au-dessous de Glonne, ou Saint-Florent-le- Vieux , terminait autrefois l'Anjou ; par conséquent le canton de Mauges, Pagus Medalgiensis, n'était pas encore compris, comme il l'est aujourd'hui (1785), dans le diocèse d'Angers. C'est la remarque de M. de Valois contre le géographe Sanson. Les Angevins, subjugués par César, voulurent secouer le joug des Romains, presque aussitôt qu'ils l'eurent pris. Leur chef osa faire le siège de Poitiers ; mais, obligé de le lever, il reprit la route de l'Anjou. Fabius, lieutenantgénéral de César, le poursuivit dans sa retraite, et, l'ayant atteint au passage de la Loire, il défit entièrement son armée. Depuis ce lems, l'Anjou resta soumis aux Romains, jusqu'au rkgne d'Honorius , époque d'un bouleversement universel dans l'empire d'Occident, et de l'irruption des barbares dans ses différentes provinces. Les Visigoths envahirent une partie de l'Anjou. Les Francs , qui vinrent ensuite , voulurent s'emparer de l'autre. ABgidius , ou Gilles, maître de la milice des Romains, fit venir Odoacre , roi des Saxons , pour l'aider à défendre l'Anjou. Tandis que ce renfort arrive, ^Ëgidius meurt, et Paul, son successeur , cède au roi des Saxons la ville d'Angers , avec les îhs de la Loire , où il se cantonne. Mais Childéric , roi des
CHROîf. HÏST. DES COMTES D'ANJOU. 4*
trancs , enlève aux Saxons la ville d'Angers , Tan 4*>4 » après avoir tué le comte Paul de sa main. Le vainqueur , par cette double défaite, incorpore l'Anjou à ses autres conquêtes. Cette
deux dont même
rivière, ayant pour capitale Angers. Le comté d'Outre-Maine , qu'on nomma aussi la Marche Angevine, fut donné, Fan o5o , prie roi Charles le Chauve, à Hubert le Fort, époux d'Adélaïde, veuve de Conrad I d'Auxerre , pour le défendre contre les Bretons et les Normands. Robert ayant été tué dans un combat livré, l'an 866 , à Brisserte contre ces derniers, Eudes , son fils, lui succéda dans ce département , ainsi que dans le duché de France , dont il faisait partie , et devint ensuite roi de France. A Végard de l'Anjou, en-deçà de la Maine, il resta uni au domaine royal. Quelques modernes prétendent que Charles le Chauve donna ce pays, avec le Câlinais, à Terlulle , fils de Torquat, citoyen de' Rennes. Mais, suivant l'auteur du Gesta consulum Andegaoensium , Terlulle, fils d'un paysan qui vivait
de fruits sauvages et de la chasse , rusticanus de copia sihestri
et venatko êxercitio victitàns, ne fut que sénéchal du Gatinais, et n'eut aucune part à l'Anjou. C'est à son fils qu'on doit faire remonter l'origine des comtes d'Anjou , d'après Foulques le ftechin , comte d'Anjou lui même. Ces princes furent appelés tantôt marquis , tantôt consuls , et plus ordinairement comtes.
INGELGER.
870 ou environ. îngelger, fils de Terlulle, sénéchal du Gatinais, et petit-fils de Torquat, eut pour mère Pétronille, fille de Hugues-TAbbé , fils de Conrad 4 comte d'Auxerre. Le roi Charles le i.hauve, auquel il était attaché, lui donna, vers l'an 870, le comté d'Anjou, de deçà la Maine. Ingelger défendit taillamment cette province contre IcsNormands, avec l aide d'Eudes, comté d'Outre-Maine. Le roi Louis le Bègue, pour récompenser les services qu'Ingelger lui avait rendus, lui fit épouser, l'an 878, Adèle, fille et héritière de Geofïroi I, comte de Gatinais, que son père, en mouranl , avait laissée sous la garde du monarque. Ce mariage rendit Ingelger un des seigneurs les plus puissants de France. Le Gatinais (Pagus Wasliniensis)y avait alors pour chef-lieu Château Landon , et pour borne le comté de Sens, les territoires de Melun et d'Etampes , le comté d'Orléans et le Nivernais, enveloppant dans son étendue Courtenai, Saint-Fargeau , Moret , Puiseaux , Milli , Gien , Lorris , el les territoires où sont aujourd'hui situés Montargis , Nemours w XIII. 6
Fontainebleau. Les barons du Gatinais ne virent pas sans peiné cette alliance, et hésitèrent à reconnaître pour leur seigneur suzerain, celui qui avait été leur égal, et même inférieur à tpjelques-uns d'entre eux. Mais enfin ils lui rendirent hommage par respect pour l'autorité du roi : Barones JVastiniensis pagif prœcipiente rege , homagium et ligentiam lngelgero fecerunt , et terram sua m de manu ejus susceperunt. (Gesta consul. Andeg.) La femme d'ïngelger lui apporta de plus un hôtel dans la ville d'Auxerre , avec d'excellentes vignes, et d'aulres domaines dans l'Auxerrois. In Autissiodorensi eiiam urbe curtem propriam , et vineas vt'ni supe.rlativi bujulas et prccdia suburbana possidebul, (JiiY/.) L'archevêque de Tours, Adalaude, et son frère Ai ni on , évêque d'Orléans, oncle d'Adèle, ajoutèrent encore à la dot de leur nièce les terres d'Amboise , de Buzançai et de Châtillon , qui faisaient partie de leur patrimoine , en sorte qu'Ingelger devint un des plus riches seigneurs de Fiance. Il inféoda par la suite Amboise à un de ses vassaux, nommé Hamon, qui en possédait déjà une partie par droit d'hérédité. On ignore la conduite que tint ce comte envers les enfants du roi Louis le Bègue. L'an 887, il rapporta à Tours, le i3 décembre, de Chablis, et non d'Auxerre , le corns de saint Martin , qu'on y avait transféré t par la crainte des Normands , vers l'an 853. En reconnaissance de cet important service , les chanoines de Saint-Martin lui accordèrent , et à ses successeurs au comté d'Anjou , la trésorerie de leur église. ( Voy. sur ce trait la seconde lettre de IL Joi/rdain à M. Mille , sur son abrégé de l'Histoire de Bourgogne. ) La Chronique de Tours place la mort d'ïngelger en 888, dans la dix-huitième année, dit-elle, de son gouvernement. Il laissa de son mariage un fils, qui suit. Au reste, dans ce que nous venons de rapporter d'ïngelger, nous avons suivi Fauteur du Gesta consulum Andegaoensium , autant qu'il peut se concilier avec Foulques le Kechin , et les autres historiens de l'Anjou. Mais nous l'avons abandonné sur la distinction qu'il fait de deux Ingelger, dont le premier, selon lui, fut seulement comte de Gatinais par sa femme Adèle. Celle-ci ayant été accusée , dit-il, par un seigneur nommé Gontran , d'avoir étouffé son époux, qu'on trouva mort dans son lit , fut justifiée par un autre Ingelger, fds de Tortulfe, qui tua en duel Gontran, en présence rie Louis le Bègue , et épousa ensuite Adelinde, nièce des évêques de Tours et d'Orléans. Ces particularités , outre qu'elles ont été inconnues à Foulques le Rechin , se démentent par les contradictions qu'elles renferment. L'auteur dit en effet que le premier Ingelger, marié par le roi Louis le Bègue avec la comtesse de Gatinais, mourut après dix ans de mariage. C'est donc au plutôt en 887. 11 dit ensuite que ce même monarque, décédé
Tan 879 , investit du comté de Gatinais le deuxième Ingclger % a qui Adèle en avait fait donation y pour reconnaître le service qu il lui avait rendu. Assurément M. de Saint-Foix s'est trop» livré au goût du merveilleux, en adoptant une pareille fable.
FOULQUES I, dit LE ROUX.
888. Foulques I , dit le Roux , successeur dTngelger, soa père , réunit en sa main les deux comtés de deçà et de delà le Maine , par la faveur de ceux oui gouvernaient la France sous, la minorité de Charles le Simple. Foulques est représenté, par les historiens, comme un prince hardi, actif et entreprenant , mais en même-tems d'un esprit souple et dissimulé. Il eut. contre les Brelo.is et les Normands , plusieurs guerres dont il se tira avec avantage. L7an qo3, il ht enfermer de murs ce
Îu'on nommait, à Tours, le Château-neuf de saint Martin* l'était une petite ville , que Ta dévotion pour ce saint avait fait construire autour de son tombeau. Elle fut unie à la ville de Tours par lettres-patentes du roi Jean 11, de Tan i354». (La Sauvagère , Rech. cril. et hîst. ) Foulques mourut Tan c)3o\ 11 avait épousé RosciiXE, fille de Garnier, seigneur de Locfics^ de Villandri et de la Haie , trois terres qu'elle apporta en dot à son mari. (Gcsta Cons. Àndeg. ) Foulques eut d'elle trois fils : Ingelger, qui fut tué, l'an cj35, dans un combat contre les Normands; Gui, évôque de Soissons en 937 , et Foulques qui suit , avec une fille nommée Koscille , comme sa mère , et femme d'Alain 11 , comte de Nantes.
Parune charte, transcrite au Cartulaire de Saint-Aubin d'Angers, Foulques, se qualifiant abbé de ce monastère , lui fit donation, dans la septième année du règne de Raoul (929 ou o,3o de J. C. ) , d'une terre voisine de la Loire , qu'il nomme eurtîm Chiriaci. Une autre charte , rapportée par Galand , lui< donne la qualité d'arcbi-abbé , parce qu'il possédait d'autres, abbayes.