FOULQUES H, MX LE BON
q38. Foulques II succéda r l'an 938 , à Foulques I , son. père. Sa piété , son amour pour ses sujets , la protection qu'il accorda à leurs travaux et à leur industrie, le soin qu'il eut d'entretenir la paix avec ses voisins, lui méritèrent le surnomde Bon. Tel était le genre de sa dévotion , qu'il assistait à-, ise en habit clérical , et chantait l'office avec le clergé ; *ur quoi le roi Louis d'Outremer l'ayant raillé , le comte lut fit dire qu'un roi sans lettres est un âne couronné* Lt remarques-
que chanter au lutrin était encore un mérite au seizième siècle: car Brantôme ne dédaigne pas de nous apprendre que nos rois Henri II, Charles IX et Henri III, étaient aussi dans cet usage. Foulques mourut, Pancjôtf, le jour et dans l'église de Saint-Martin , à Tours, où il fut enterré. (Bouquet, toro. IX >
Î>ag. di. ) De Gerberge , son épouse , qu'on fait , sans preuve^ ille de Hugues le Grand, duc de France , il eut Geoffrcn" , qui suit ; Lurchard , ou Bouchard, dit le Vieux , comte de Paris, de Corbcil et de Vendôme; Gui, abbé deCorrneri, ensuite évoque du Puy ; Drogon , successeur de Gui au même évôché; Humbert, surnommé le Veneur, à qui son père donna, par une charte datée de la troisième année du roi Lothaire (957 de J. C. ) , les terres de Champagne, en Anjou, et de Sablé , dans le Maine ; Arsinde , appelée Blanche par lves de Chartres , dans une lettre au légat Conon , qui se trouve au Cartulaire de Saint-Bertin, et par Albéric de T rois-Fontaines* qui la disent , l'un et l'autre , sœur de Geoffroi Grisegonelle* et non sa fille , comme le conjecture D. Vaissète , mariée à Guillaume I 11 , dit Taillefer, comte de Toulouse ; et Adélaïde, femme d'Etienne , comte de Gévaudan. Ménage ajoute à ces enfants une autre fille, nommée Mathilde, qu'il ait avoir épousé le vicomte de Chateaudun. Cependant Foulques le Rechin né donne que deux filles à Foulques le Bon. Il ne lui donne aussi que quatre fils, en quoi il se trompe : car les cinq qui viennent d'être nommés le sont également dans la charte de leur pèret donnée , Tan 9.^7 , en faveur d'Humbert , le dernier d'entre ses fils. Foulques le Bon est qualifié totius bonilatis amator par Jeau de Marmoutier. Cette écrivain rapporte que , toutes les fois qu'tf venait à Tours, d'aussi loin qu'il apercevait iéglise de Saint-Martin, il descendait de cheval , se prosternait à terré, et demandait à ce saint qu'il lui obtînt le pardon de ses péchés. Nous avons une lettre de lui à saint Odon , abbe de Cluni; où il témoigne qu'ils étaient frères de lait.
GEOFFROI I, dit GRISEGONEXLE.
958. Geoffroi I , dit Grisegonelle , de la couleur de sa icasaque, appelée gonella dans la basse latinité (1), succéda f
(1) L'auteur du Gesta Consulum Andegac {Spicil. in-4°. , tome X» page 443 *t • écrivain peu digne de foi , donne pour l'origine de ce surnom une aventure de Geoffroi . plus propre à orner un roman qu'une histoire. Comme elle serait trop longue à rapporter, nous renvoyons le lecteur à cet écrit, persuadés qu'au premier coup-d'œil il J apercevra la fiction.
DES COMTES d'àNJOU. 45
Pan 958 , à Foulques le Bon , son père! L'an 962 ,. il fit ie voyage de Rome , et à son retour , il fonda la collégiale de Loches, en Touraine. 11 substitua , Tan 966 , des moines aux chanoines de Saint -Aubin d'Angers. L'an 978 , il marcba au secours du roi Lothaire, contre Otton 11, roi de Germanie , qui s'était avancé jusqu'à Montmorenci , dont il faisait le siège, et menaçait Paris. Geoffroi poursuivit Otton jusques dans là forêt d'Ardenne , et lui proposa , suivant les règles de la chevalerie , de vider la querelle par un duel. L'empereur refusa le défi , soit qu'il manquât de courage , soit qu'il crût au-dessous de sa dignité d'entrer en lice avec un comte d'Anjou. Lothaire, en reconnaissance de ce service et d'autres que Geoffroi lui avait rendus , le gratifia , lui et ses successeurs dans le comté d'Anjou , de la charge de sénéchal de France : la preuve de ce don se tire d'un écrit du comte Foulques , arrière-petit-fils dé Geoffroi , rapporté par Hugues de Cléers. ( SpiciL , tome X ^ pag. 441- ) 11 est vra> °4ue îe récit de Foulques est mêlé d'anachronismes qui en font suspecter la sincérité ; mais il est certain d'ailleurs que les comtes d'Anjou , comme on le verra ci-après , ont exercé depuis les fonctions de sénéchal à la cour de nos rois.
L'an 980, Conan le Tort, comte de Rennes et gendre de Geoffroi Grisegonelle depuis dix ans, entreprend de faire revivre les prétentions de ses ancêtres sur cette partie de l'Anjou* qui est entre le Maine et la Bretagne. Quatre de ses fils, qu'il avait eus d'un premier lit, se chargèrent de l'exécution de ce dessein ; et t pour mieux réussir , ils choisirent le tems où lé comte d'Anjou et son gendre, leur père , étaient partis ensemble pour Orléans, où le roi devait se rendre. Mais une indiscrétion de Conan fit avorter le complot. L'appartement où il logeait, è Orléans , n'était séparé que par une cloison de celui de son beau-père. Un jour, le comte d'Anjou lui entendit dire à ses confidents : Mes enfants , dans quatre jours, seront maîtres de tout le terrain depuis la Bretagne jusqu 'à Angers. Comme le roi tardait à venir, Geoffroi dit , qu'en attendant, il allait passer quelques jours dans Tune de ses terres. 11 part incontinent, et se rend en diligence à Angers, où il entre secrètement. Ayant aussitôt armé les bourgeois et la garnison , il les range en bataille hors de la ville, du côté de la Bretagne. Les enfants de Conan , après avoir fait le dégât dans la campagne , ne manquèrent pas , au jour marqué , de venir se présenter devant Angers. Mais quelle fut leur surprise , en voyant le comte d'Anjou à la tête de ses troupes ! Ils rebroussent chemin aussitôt. Geoffroi les poursuit dans leur retraite, en tue deux, fait prisonniers les deux autres avec plusieurs seigneurs bretons ,
et revint à Orléans monté sur le cheval du fils aîné de Conanv Le roi négocie un accommodement entre les deux comtes» Conan renonce à ses prétentions sur le domaine contesté , et Geoffroi lui rend ses enfants avec les autres prisonniers qu'il avait faits. ( Gesta Cons* jÊndeg.; Morice, Hist. de Btet. , tom. I* page 64. ) L'année suivante , Guerech , qui se portait pour comte de Nantes, ayant déclaré la guerre à Conan , qu'il soupçonnait d'avoir tué" le comte HoèT , son frère , GeofFroi vint au secours du premier. Les armées entrent en» campagne et se rencontrent dans la lande de Conquereux. Conan a dtabord tout l'avantage dans cette action ; mais il est contraint ensuite de laisser le champ de bataille à son ennemi*, après avoir été grièvement blessé à une main. ( Chr* Narmet. )
GeoffroiT l'an 9^5, ou Tannée suivante, s'étant brouillé avec Guillaume Fier-à-Bras , comte de Poitiers, le battit près d'un château nommé les Roches, le poursuivit de là jusqu'à JMirebeau, et l'obligea de lui céder, pour avoir la paix , Louuud avec quelques autres terres* à la charge de l'hommage envers les comtes de Poitiers. Geoffroi mourut en assiégeant le château de Marson , contre Eudes Rufin, son vassal, qui s'était révolté* On n'est pas d'accord sur l'année de sa mort. La chronique de Tours la met en 985 , celle de Maillerais en 986 , celle de Saint- Aubin d'Angers en 987, celte de Sâumur en 988 , et toutes les quatre au 21 juillet. Nous préférons la troisième époque comme la plus accréditée, étant d'ailleurs certain , comme le prouve D. Mabillon, que Geoffroi mourut la même année que Hugues Capet monta sur le trône. Geoffroi fut inhumé à Saint-Martin de Tours. Il avait fait construire, dit Foulques le Reclvin , l'un de ses successeurs, un grand nombre de châteaux pour mettre son pays à l'abri des incursions des Normands, dont la terreur l'avait rendu presque désert.
Geoffroi Grisegonel le avait épousé Adélaïde de Verman- DOis, veuve de Lambert, comte de Châlons-sur-Saône , mort en 978. C'est la seule femme qu'on donne au comte d'Anjou. Mais il est incontestable qu'elle n'était que la seconde, et qu'il eut d'une première femme , nommée aussi Adélaïde , dont on ignore la naissance, trois enfants, savoir, i°. Foulques, son successeur, qui certainement était majeur à la mort de son père, et que nous verrons se rendre formidable par ses armes dès l'an 992, tems auquel il n'aurait commencé que sa treizième année , s'il fut né d'Adélaïde de Vermandois ; a9. Ermengarde , mariée, suivant la chronique du mont Saint-Michel, en 970, à Conan le Tort, duc de Bretagne; 3°. Adèle, ou Arsinde, dite aussi Blanche, femme de Guillaume I, comte de Provence, mort en 992, après avoir eu d'elle le fils qui lui succéda. Ainsi,
MS COMTÉS D'ANJOU. if
des cinq enfants que tous les historiens attribuent à GeofTroi , deux seulement lui vinrent d'Adélaïde de Vermandois , savoir» Maurice , qui disparaît après l'an 994 , et Gerberge, mariée à Guillaume II , comte d'Angoulême. H est remarquable que , dans ses Chartes , GeofTroi Grisegonelle se dit comte d'Anjou par la grâce de Dieu et la faveur de Hugues le Grand , son seigneur, et de GerbiTge sa mère: Gratiâ Dei et senioris ff agonis krgitione , Andegaoensis cornes , matris quoyue meœ Gerbergot* Voulait-il dire par-là qu'il n'était pas comte d'Anjou par droit d'hérédité , mais par la concession du duc de France ?
FOULQUES HI, dit NERRA ou LE NOIR, ET LE
JEROSOLYM1TAIN.
987. Foulques 1(1; dit Nerrà ou le Noir, le Jérosolymitain et le Palmier, à cause des voyages qu'il fit à la Terre- Sainte , succéda, Tan 987, à GeofFroi son père, et non pas à Maurice son frère , dont les chroniques de Tours et d'Anjou le disent (ils mal-à-propos. Ce fut un prince belliqueux, violent et fourbe. Vers lan 990, Adelbert , comte <le rérigord , son allié, lui fit présent ae la ville de Tours, qu'il arait enlevée à Eudes 1 , comte de Blois ; mais Eudes y rentra bientôt au moyen des intelligences qu'il avait dans la place. IL entreprit aussi de se rendre maître d' Amboise, excité à cela par un nommé Landri , qui possédait une maison forte dans cette place. Mais Foulques étant venu au secours des assiégés, re—
Poussa les ennemis, et les poursuivit jusqu'à Château Jun , où on en vint à une bataille dont il Sortit victorieux, emmenant plusieurs prisonniers avec lui. ( Gesta Cons. Andeg. c. 8. ) De. retour en Touraine, il (il des courses fréquentes aux environs de Saumur, de Montsoreau et de T Ile-Bouchard , qui appartenaient au comte de Blois. Pendant cette guerre, il en eut une autre contre Conan le Tort, comte de Rennes, son beau frère. Ayant assiégé Nantes au mois de juin 992, il livra bataille , le 27 du même mois, dans la lande ae Conqoereux, à Conan , qui fut blessé à mort dans l'action. (Voyez tes comtes ou ducs de Bretagne, )
Gilduin, vicomte de Blois et de Saumnr, et seigneur de Pontlevoi, qu'il tenait de la libéralité d'Eudes le Champenois , comte de Blois, inquiétait par de fréquentes courses les terres <|ue Foulques possédait sur les bords du Cher. Le comte d'Anjou, pour le tenir en échec, fit construire, l'an ioo5, près de cette rivière, à deux lieues de Pontlevoi, le château de Montrichard , et confia la garde de cette place à Roger , seigneur de Montrésor ( nommé aujourd'hui Beaumont) , sur l'In^
drois , à trois lieues de Loches. Foulques , vers le même tertio 5 acquit un partisan qui lui fut très-utile, dans la personne de l.isoie de Bazougers dans le Maine , près de la Flèche. Le comte cT Anjou , pour se l'attacher, le nomma châtelain d7Àmboise et de Loches. Lisoie, aidé de ses frères non moins braves que lui, et appuyé du comte du Maine , porta la désolation dans les terres du comte de Blois, situées en Touraine , ou dans le voisinage. Foulques, cependant, désirant recouvrer la ville de Tours , fit élever près cette place , entre lés rivières de Loire et de Choisille, un fort, nommé dans les Gestes des seigneurs d'Amboise Mons Budelli% afin de la serrer de près. Eudes ne tarda pas devenir, accompagné de Gilduin, attaquer ce fort. Foulques , accourant au secours des assiégés qui se défendaient avec valeur , change d'avis sur la route , tourne vers Saumur qu'il savait être dépourvu de garnison 9 et s'en rend maître sans peine. De~là, il conduit son armée vers Mont bason , qu'Eudes lui avait enlevé; ce qui oblige le comte de Blois à quitter le siège du Mont-Budel, pour aller à la défense de l'autre place* Foulques, à son approche - s'étant retiré, profita dans la suite de l'éloignement d'Eudes, pour reprendre le siège de Mont— bason , qu'il fit rentrer à la fin sous ses lois. ( G esta Domîn. Ambas. et G esta cons. Andeg.)
La reine Constance , femme du roi Robert , était nièce de Foulques par Arsinde, sa mère. Cette princesse, capricieuse et méchante, ayant pris en aversion Hugues, de Beauvais, favori du roi , se plaignit, à son oncle, qu'il mettait la division entre elle et son époux. Foulques aussitôt fait, partir, pour la France^ douze chevaliers des plus déterminés, avec ordre d'assassiner Hugues partout où ils le rencontreront. L'ayant atteint, comme il était à la chasse avec le roi, ils le poignardèrent sous les yeux du monarque , et s'en retournèrent. Robert , ne pouvant tirer vengeance par lui-même de cet attentat , en porta ses plaintes aux éveques. Nous avons une lettre de Fulbert, évêque de Chartres, au comte d'Anjou, dans laquelle, après lui avoir reproché l'énormité de ce crime, il l'exhorte à prévenir par une satisfaction prompte et éclatante les foudres de l'église, dont il est menacé. Pour détourner l'orage qui grondait sur sa tote, Foulques alla trouver le pape Sergius IV, et lui fit sa confession. Le pontife lui enjoignit, pour pénitence, de fonder un monastère. De Rome , il se rendit à la Terre-Sainte , et à son retour il exécuta l'ordre du Pape. Telle est l'origine de l'abbaye de tieaulieu , près de Loches , dont la fondation se rapporte , suivant I>. Mabillon, à l'an 1007. (Maan la met en 1004. ) Quand l'église fut achevée, le comte envoya prier l'archevêque de Tours de venir en faire la dédicace. Le prélat répondit qu'il ne pou-;
bis COMtES D'ANJOU. 49
$aît offrir à Dieu les vueux d'un homme qui avait enlevé plu-* Rieurs terres à l'église. Foulques , indigné de celle réponse»1 prend avec lui de grosses sommes d'argent , avec lesquelles il retourne à Rome. Le pape Jean XV1I1, gagné par ses présents f fit partir avec le comte un cardinal, nommé Pierre, qu'il chargea de faire la dédicace qu'il désirait. Les évêques de France trouvèrent fort tétrange que le pape donnât ainsi l'exemple de violer les canons, qui défendent à un évéque de rien entreprendre dans le diocèse d'un autre sans son consentement. La dédicace se fit néanmoins dans le mois de mai , au milieu d'un grand concours de peuple. Mais le même jour il s'éleva un orage si furieux, qu'après avoir ébranlé quelque tems la nouvelle église , il en emporta le toit et la charpente ; ce oui fut regardé comme une punition de l'attentat commis contre la discipline ecclésiastique. (Radu/pk. Glaber y liv. ch. 4« )
Quelques années auparavant, Foulques s'était rendu vassal du .comte de Poitiers, Guillaume le Grand, en recevant de lui la ville de Loudun (i), à la charge de l'hommage et du service militaire. ( Adémar. ) C'est, à raison de ce don que Foulques * dans une lettre au roi Robert (/«/er Epi st. FuJôerli) , appelle le comte de Poitiers son maître : Guillelmus, cornes Pictavorumî héros est mihi nuper. Un moderne. ( Hisf. des comtes de Champ. 9 tom. I , pag. 38 ), place en ioiS un second voyage de Foulques à la Terre-Sainte , sans en donner de preuves. Ce qui est plus certain, c'est que, l'année suivante, Eudes 11, comte de Blois,, Gilduin son vicomte^ et Geoffroi . seigneur de ^airit-Aignan , formèrent ensemble une ligue pour envahir les terres du comte d'Anjou. Le motif , ou le prétexte qu'ils alléguaient , était le château de Montrichard, qu'Eudes, ou plutôt Gilduin, prétendait avoir été bâti (dix ans auparavant), sur ses terres. Les alliés firent des courses funestes daps la Touraine. Mais Foulques ayant atteint Eudes le 6 juillet 1016 , lui livra bataille dans la plaine de Pontlevoi. Le comte d'Anjou , dans le premier chpc , .eut du désavantage, et prit la fuite après avoir été renversé de
- . II! I. ■ !■ Il I ,
(i) Foulques le Rechin, dans le fragment qui nous reste de son .histoire <T Anjou, dit que le comte Geoffroi Grisegonelle > après avoir vaincu, en bataille rangée, à la Roche-sur-Yon (vers l'an 987 ), Guillaume (I), comte de Poitiers, et l'avoir poursuivi jusqu'à Mirebeau, Iqi enleva Loudun. Gaufridus Grisagonella pater avi mei Fulconis... ttcussit Londunum de manu Pictaviensis Comitis , et in prœlio campes tri Jtiperaeit eum super Rupest et persecuius est eum usçue Mirebellum.
{Spicii . in-fol., tome 111, page 23a.) Il faut donc que le comte de jPoitiers ait recouvré Loudun peu de tems après la mort de Gris*-
gonelle.