DES DUCS DB NORMANDIE
l'arrivée d'Aigrold , roi de Danemarck. C'était encore Bernard le Danois qui avait engagé ce prince à venir au secours de Richard. Aigrold aborde, l'an 945, avec une flotte nombreuse , sur les côtes de Normandie. Louis, qui ne s'attendait pas à cette descente , part de Rouen , où il était alors, pour aller s'aboucher avec le prince danois au gué d'Herluin , sur la Dive. Dans l'entrevue, on se prend de paroles; les troupes des deux côtés en viennent aux mains; le roi de France se sauve à Rouen , où il est arrêté et fait prisonnier. Hugues le rachète, et le remet entre les mains de Thibaut I , comte de Blois , qui lui fait essuyer encore un an de captivité. La paix se fait, l'an 946, à Saint-Clair-sur-Epte , entre Louis et Richard , qui rend un nouvel hommage au monarque , et reçoit ensuite celui de ses vassaux. Un historien du treizième siècle (foUr Script. Norman., page 3i6), parlant de cette paix, dit « qu'elle procura aux » Normands une augmentation de territoire depuis PAndelle » jusqu'à l'Epte, ou même , selon d'autres, ajoute- t~il, jus- » qu'à l'Oise. Il fut aussi réglé pour lors, continue-t-il, que » le duc de Normandie ne devait au roi de France aucun serai vice militaire , et qu'il ne lui en rendrait point , à moins que » ce monarque ne lui donnât en France un fief qui l'exigeât. » C'est pourquoi le duc de Normandie se contente de faire » hommage de son duché au roi de France et de lui promettre » fidélité sur sa vie et sur le fief qu'il possède ; de même aussi • le roi de France promet au duc fidélité sur sa vie et sur tout » ce qui lui appartient : ainsi toute la différence qui est entre » eux, c'est que le roi ne fait pas hommage au duc comme le » duc le fait au roi. » La paix dont nous venons de parler fut de courte durée. Hugues ayant fiancé sa fille à Richard , cette alliance donna de l'ombrage au roi Je France, et réveilla les inquiétudes du comte de Flandre, en lui faisant craindre que Richard ne lui redemandât le sang de son pfcre. Louis et Arnoul , s'étant communiqué leurs soupçons, formèrent contre Richard et Hugues une confédération , dans laquelle ils firent entrer Otton 1, roi de Germanie, beau-frère de Louis. Tandis qu'ils ravagent les terres de Hugues, Conrad, roi de Bourgogne, vient se joindre à eux, et ces quatre alliés vont faire le siège de Paris, dont le comté appartenait à Hugues. Ayant échoué dans cette entreprise , le comte de Flandre les mène devant Rouen 9 où ils essuient un nouveau revers Après divers assauts soutenus vigoureusement, la rigueur de l'hiver où l'on était alors les oblige à décamper. Richard les poursuit dans leur retraite, et taille en pièces une partie de leur arrière-garde. Ceci est du commencement de l'an 954 * puisque Guil. de Jumiége termine le récit qu'il en fait par ces paroles : Hic Ludorici Régit
fi CHRONOLOGIE HISTORIQUE
finis non muHb pbst hoininetn , post multos merrorcs , cxùèntfs. Lo thaire, successeur de Louis, hérifa de la haine dé son pitè contre les Normands. Maïs le$ preuves de valeur que Richard avait données, et qui lui avaient déjà valu le surnom de Sanstenaient en suspens les mauvaises dispositions du' roi. Thibaut le Tricheur, comte de Chartres, vint à bout de les mettre en exercise par le canal de fa reine Gerberge , qu'il avait gagnée. Cetfe princesse, vivement persuadée par ses discours que la sûreté du roi sou fils et la tranquillité au royaume dépendaient de la ruine du duc de Normandie , engagea Bru non , son frère, archevêque de Cologne, à se rendre auprès d^elle pour concerter avec. !ûi des moyens sûrs de se saisir de Richard. Brunon , se donnant pour médiateur entre le roi et le duc, fait proposer à celui-ci une conférence à Amiens, pour y conclure , un traité de paix solide. Le duc , s'étant mis en marche pour le rendez-vous, est arrêté sur la route par deux chevaliers qui l'avertissent du danger qu'il court. Il revint sur ses pas ; et Brunon, dît le même, voyant son artifice découvert, s'en retourne confus à Cologne. Ce mauvais succès n'empêcha pas le roi de tendre un nouveau piège au duc en lui faisant proposer nrte autre entrevue pour ïe même objet sur la rivière d'Ëaunë. Bichard promet de s'y rendre ; mais, craignant la surprise , au Beu d'un simple cortège il y mène son armée avec lui. La précaution était sage. Le roi Pattendait en effet avec le comte de Chartes, le comte de Flandre ( c'était Arnoul le Jeune, et non pas Baudouin , comme le marque Guil. de Jum. ) et Geoffroî , comte d'Anjou , chacun à la tête d'un corps de troupes , pour s assurer de sa personne. Des qu'ils l'aperçoivent de l'autre côté de la rivière, ils se mettent en mouvement pour la passer, afin d'exécuter leur dessein. Le duc, inférieur en forces, se bat en retraite, et retourne en diligence avec son armée, par des chemins détournés, à Rouen. Lothaire et Thibaut, Furieux: d'avoir manqué leur coup, se séparent; et, quelque tems après, étant rentrés en Normandie 7 ils se rendent maîtres . d'Evreux" parla trahison de Gilbert Machel. Le duc rend la pareille au comte par une irruption qu'il fait dans le Chartrain, où il commet de grands dégâts. Thibaut , ayant levé une armée , vint camper jusqu'aux portes de Rouen. Le duc , irrité de cette bravade, lui livre bataille et le met en fuite. Cependant Harald, prince danois , que Richard avait secreterrient appelé à son secours, arrivait avec sa flotte. Ayant débarqué par la Seine , il va' porter la désolation sur les terres de Francé. Lothaire, alors, et Thibaut vont trouver le duc de Normandie et lui font satisfaction. 11 restait à congédier les Danois. Richard donna des terres eh ^Normandie à ceux' qui voulurent se faire baptiser , et fit con-
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uirc les autres, par mer, en Espagne, où ils firent d'horriles ravages.
. L'an 987 * après la mort du roi Louis V , le duc Richard fut un de ceux qui contribuèrent le plus à faire placer sur le trôn© <de France Hugues Capet , qui avait été son pupille et dont il était beau-frère. Depuis cette élection * Richard fut tranquille* et ne s'occupa plus que de bonnes oeuvres. Il mourut le 20 no- Vembrë 996 à Fecamp , dont il avait fait bâtir l'église. Ce prince avait épousé * i°. , l'an 956 * Emme* fille de Hugues le Grand , duc de France et de Bourgogne , dont il n'eut point d'enfants ; a0. Gonnor 4 qui fut long-tems sa concubine, et dont il eut •Richard, qui suit; Robert, archevêque de Rouen; un autre Robert , mort peu de jours après son baptême , et enterré à JFécamp; Geoffroi , comte d'Eu et de Brionne; Guillaume, comte d'Hiéme i puis d'Eu ♦ avec quatre filles î Mahaut, qu'Eudes II, comte de Champagne i épousa, en premières noces* Emme , mariée* i°. , l'an 1002 , à Ethelred H , roi d'Angleierre ; a°. , en 1027 » a Canut , roi d'Angletérre et de Danemark ; Havoise , femme de Geoffroi I , duc de Bretagne ; et Béatrix , femme d'Ebles* , vicomte de Tu renne , comme le
ruve Balu2c( Il ist. 7WM liv. a, c. î 3), contre Geoffroi Vigeois , qui la donne pour l'épouse d'Archambaud , pèrt
d^Ebbcs» La duchesse Gonnor finit ses jours en loii.
Richard ii i dit le bon.
996» RichaHtD II , surnommé le Bon , succède à Richard I i Son père. Au commencement de son règne, il y eut un soulèvement dans ses états, occasionné par la trop grande autorité qu'il avait donnée à la noblesse , qui en abusa , en opprimant le peuple. Après avoir calmé les esprits, il fut obligé, l'an 997 i de prendre les armes pour mettre à la raison le comte d'Hième , son frère , qui refusait de lui rendre hommage. Le comte est arrêté et mis en prison, d'où il s'échappa par le moyen d'une corde qu'on lui avait mise dans une bouteille. ( WUMm. Gemmet. > liv. 5. )
Richard avait du zèle pour la religion. L'an 1001 , à force de prières , il engage Guillaume , abbé de Saint-Renigne de Dijon , a lui amener des religieux de son monastère , pour les mettre à la place des chanoines qui desservaient alors l'église de Fécamp. Tandis .qu'il travaille à la construction des lieux réguliers , il convoque Robert , archevêque de Rouen , avec ses suc suffragants et les principaux seigneucs de Normandie, pour leur communiquer le dessein qu'il a cWienxpter ce monastère «le la juridiction épiscopale* Toute' '-«.««emblée non-seulement XUL a
lO CBftOtïOtOCtlE ItlStOnlQÙÊ
donna son consentement à cette exemption , mais elle y ajout â douze églises de la dépendance de l'abbaye ; et ce privilège fut confirmé par un rtiplome auquel tous les assistants sous-* crivirent pour le mettre à l'abri de toute contradiction : lé duc le fil ratifier , le 4 *n*i 1006, par le roi Robert, pois) quelques années après par le pape Benoît VIII. {G ail. Christ* tome XI i roi. 202 et ao3. )
Kthelred 11, roi d'Angleterre 4 ayant formé le dessein d'exterminer le» danois qui opprimaient son pays, résolut de porter en mémeMems la guerre en Normandie , oans la crainte que le duc son beau-frère* leur allié naturel , ne vint à letr? secours. Ce fot le motif qui le porta , Tan toort , à faire; partir une (lotte pour ravager la Normandie. Ji,tle débarque à Harfleur ; mais Néel de Saint- Sauteur , vicomte do Cotent tin , épargne aux Anglais la peme d'avancer pfas Mm. Ayant assemblé les habitants do pays , il marche à l'ennemi , et en taille en pièces «ne partie. Le* resté , sTétant jeté avec préW •cipitation dans les vaisseaux de lêur (lotte , se retire en Angle*' terre. ( fVitielm. Gemm* ttv. 5 , chap. 4* ) Richard eut ensuitè un démêlé avec Eudes , comte dé Chartres et de Blôis. Potrr le, réduire , il fit venir a son secours Lagrhan , roi de Suède , et Olafis , roi de Nortvege , sur Taris qu'il eut que Robert , roi de France favorisait le comte de- Chartres. Mais Robert rte voulant point s'attirer sur les bras ces princes étrangers, engagea le comte à s'accommoder arec le duc de Normandie. ( Voy. les comtes de Dreux» ) Le fruit de celte expédition fut clans l'ordre de la Providence , le salut éternel d'OlauS , qui embrassa le christianisme , et qui de retour dans son royaume i fut martyrisé par ses sujets * ayant mieux aimé mourir que de renoncer à la religion chrétienne. ( WiUelm* Gemmef. Kv. 5.) La paix faite entre le doc Richard et le corme de Ëlois ne fut pas de longue durée. Richard ayant construit le château de Tillières t près de Vemeuil ; Eudes, l'an 1006, rint avec rtogues , comte du Maine , se présenter devant cette pkee pour la détruire. Mais ils forent battus, et obligé» de prendre honteusement 1» fuite. Richard fut d'un grand secours à Rebert , roi de France, en différentes expéditions où il l'accompagna. Plusieurs monuments attestent que ce doc mourut le »3 août 1027 , dans1 son palais à Fécamp. Guillaume de iumiége ( &>iê. ) met sa mort en 1026, ainsi airum historien un pen pins ancien. {Acto SS: Bt~ ned. sec. 3* pag. 370* ) A l'égard du jour, il est marqué au 22 août dana le Nécrologe de Saint-Germain -des- Prés. Richard avait épousé , t°. Judith , fille de Conan le Tort , comte de Rennes , morte l'an fin 7 , dont il eut Richard, qui suit ; Robert, comte d'Hiême ; Guillaume, moine de Fécamp j. Al»>
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mariée à Renaud 1 , comte de Bourgogne ; et Eléonore , femme de Beau do in IV, comte de Flandre. 2°. L.'ao 1017, il prit en secondes noces Estrite, ou Marguerite, fille de Suénon f roi de Daoemarck, qu'il répudia ensuite, et qui épousa depuis le comte Ulph , Anglais. (De ce second mariage d Estrite descendent les rois de Danemarck de la moyenne race. ) 3°. Il fit un dernier mariage avec Popie , ou Papie , qui lui donna Guillaume, comte d'Arqués, et Mauger, archevêque de Rouen. Quelques-uns donnent encore à Richard pour fille, mais sans nommer sa mère, Adèle, femme d'Etienne 11, comte de Cham4 pagne. Albéric de Trois Fontaines rapporte que le duc Richard , lorsqu'il était à Fécamp , se dérobait la nuit à ses courtisants , pour assister aux matines de l'abbaye ; sur quoi il raconte que ce prince ayant une nuit trouvé les portes de l'église fermées , et les ayant ouvertes de force , le sacristain, que le bruit éveilla , vint sur lui , le prit par les cheveux , sans le connaître , et lui donna plusieurs couds de poing, au'il reçut sans mot dire. Le lendemain , ajoute l'historien ,1e duc ayant fait venir le sacristain , le loua de sa vigilance , et donna à la sacristie une terre produisant du bon vin pour les messes. Ce même duc , suivant Glabert ( liv. 1 , chap. 4) > à l'exemple de ses prédécesseurs, facilitait les pèlerinages de ses sujets à la Terre-Sainte , et tous les ans il arrivait des moines de l'Orient , qui s'en retournaient chargés d'aumômes considérables qu'il leur faisait. U envoya une fois jusqu'à cent livres d'or au Saint-Sépulcre.