COMTES DU PERCHE ET DUCS D'ALENÇON
JEAN IY, ou I.
En i4<>4* Jean IV, ou I, dit le Sage, fil? aîné de Pierre IIt né le t) mai i385, au château d'Essei, comte du Perche dèj Pan 1396 au plus tard, réunit à ce domaine le comté-pairie d'Alençon , après la mort de son père. Il tint le parti de la maison d'Orléans contre celle de Bourgogne. Par une suite de a't engagement, il se bissa entraîner, l'an 1 4 1 1 ? ^ans ta ligue
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formée par les ducs d'Orléans et de Bourbon , et plusieurs autres grands du royaume , pour mettre le roi d'Angleterre ea possession des provinces qui lui avaient été cédées par le traité de Breligni. Le roi Charles VI , irrité de cette perfidie, les déclara, par ses lettres du 3 octobre , coupables de rébellion et de lèsemajesté. (Ordonn. du Loup. , tome X , pag. 167. ) Pour compléter cette espèce de proscription, le roi permit au duc d'Anjou, qui lui était demeuré fidèle, de leur faire la guerre, lui abandonnant d'avance tout ce qu'il pourrait conquérir sur eux. Le duc, s'élant mis en marche, alla joindre, avec les troupes qu'il amenait de Paris, le connétable de Saint-Pol, pour faire ensemble les conquêtes qu'il méditait. Le comte d Alençon, qui les observait , leur fit dresser, par ses gens , une embuscade dans un défilé où ils devaient passer. Mais le stratagème retourna sur son auteur ; le duc et le connétable, qui l'avaient piévu, tombèrent sur le parti qui les attendait, le taillèrent en pièces, et obligèrent ce qui put s'échapper à se sauver en Berri. Maîtres de la campagne par cette déroute, il prirent, non sans peine toutefois, les villes et forteresses de Château-Neuf, de Saint- Remi et de Bellême , et d'autres places appartenantes au comte d'Alençon. On était convenu , par la capitulation , que ces
S laces demeureraient immédiatement soumises au roi ; mais le uc d'Anjou les retint pour lui , en vertu du don que le roi lui en avait fait , et s'en mit en possession , après quoi il se rendit auprès du monarque , qui assiégeait Bourges, où les princes s'étaient retirés. Tandis qu'il secondait cette expédition, les Anglais, commandés par Thomas , duc de La n castre , font une descente en Normandie, au nombre de quinze cents hommes d'armes , trois mille archers et deux mille hommes de pied. Le roi , leur maître , les envoyait au secours du duc de Berri, chef de la ligue. Après avoir pillé le Cotenlin , ils entrent dans le comté d'Alençon , et reprennent toutes les places dont le duc d'Anjou s'était emnaré. De là ils passent dans l'Anjou et laTouraine , où ils rendent au duc , avec usure , tout le mal qu'il avait fait au comte d'Alençon. Les progrès de l'Anglais accélérèrent le traité de Bourges , qui rompit celui que tes princes avaient fait avec l'ennemi de la nation. (Le Laboureur, Histi de Charles VI , tome II , pag. 818. ) L'an 1 4i3 , le 5 septembre, ils obtinrent des lettres-patentes qui révoquaient celles du 3 octobre 1 4 1 1 - C Ordon. ibid. ) Le roi Charles VI, l'an i4*4 (v'sr-)> érigea le comté d'Alençon , par lettres du ier janvier , en duchépairie, pour terminer le différent que Jean avait avec le duc de Bourbon , qui prétendait, en sa qualité de duc , avoir la préséance sur lui , quoique plus éloigné de la branche royale. Çe furent ces deux princes qui, l'an i4^5 t déterminèrent ,
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fcontre l'avis des autres chefs de l'armée française, la /unes te bataille d'Azincourt ', que le roi d'Angleterre ne cherchait qu'à éviter en offrant les conditions les plus avantageuses. Nous là perdîmes le a5 octobre, et le duc Jean y périt , après avoir tué . de sa main le duc d'Yorck, et abattu d'un coup de sabre la couronne que le roi d'Angleterre portait sur son casque. Marie, fille de Jean le Vaillant , duc de Bretagne , qu'il avait épousée par contrat du 26 juin i3o,f>, morte le iS décembre 1446» lui donna, entr'autres enfants, Jean, qui suit. Jean le Sage était bien fait , magnifique et plein de valeur.
JEAN V, otr II.
En i4i5, Jean V, ou II, surnommé le Beau, né au château d'Argentan, un samedi a mars 1409 (et non pas 1 4 < » \ comme le marque la Clergerie), devint le successeur de Jean le Sage, son père, sous la tutelle de Marie de Bretagne, sa mère. L'an i4«7> le général Talbot lui enleva Domfrorft , au mois de septembre, après environ six mois de siège. Il demeura prisonnier des Anglais, le 17 août i424» à la bataille de Ver*neuil, où il fit ses premières armes, et fut transporté au Crotoi. Le duc de Bedford lui ayant proposé de faire serment de fidélité au roi d'Angleterre, il rejeta cette proposition, ce qui fit prolonger sa captivité: elle dura près de trois ans, pendant lesquels le duc de Bedford prit le titre de duc d'Alençon et perçut les revenus du duché. Pour obtenir sa liberté , il en coûta la somme de deux cent mille écus au duc Jean. (Citron, manuscrite des ducs d'Alençon.) Cette énorme rançon l'obligea d« mettre en vente, pour la rassembler, ses plus beaux domaines, entr autres sa baronnie de Fougères, que le duc de Bretagne; , profitant de l'occasion , acquit à vil prix ; encore en différa-t-ii I* paiement au point de mettre à bout la patience du duc d'Alençon. Celui-ci, en effet, après avoir inutilement sollicité son remboursement , prit le parti d'enlever le chancelier de Bretagne. La guerre fut alors déclarée entre les deux princes. 1« duc de Bretagne vint avec une armée faire le siège tfe Pouancé. Pour iui faire face, le duc d'Alençon implora la pro«tection du roi , dont il obtint du secours par la faveur de la Trémoiile. Le duc de Bretagne fut assisté , de son côté , par le connétable de Richemont , son frère, qui vint le joindre an siège. La duchesse d'Alençon s'était renfermée dans te- place avec sa famille. La vigoureuse défense qu'elle fit donna lieu an connétable de craindre que le duc n'appelât l'anglais à son aidtf. \ Pour prévenir le coup, il se rendit médiateur, et termina par l'expédient le plus simple, une querelle qui n'était pas. à l'hou-
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«eur de son frère. Leduc d'tUençon eu*, en i4*d» leçon»» mandement général des troupes, à la place de ce même connétable, qui était tombé dans la disgrâce. Peu de teins après, il fut présent à l'entretien secret que le roi Charles VU eut arec la célèbre pucelle Jeanne d'Arc , lorsqu'elle se présenta pour la première fois à ce monarque. Il fut accompagné de cette .héroïne, qui ne rappelait que le beau duc, au siège de Jargeau, on Gergcau , dont il se rendit maître après un rùde assaut; il lit, ensuite , avec elle , le siège de Baogenct , qui fut également heureux; ils battirent ensemble les Anglais, le 1$ juin.» à Patai , où Talbot, leur général, fut pris par X ai nt railles et amené au roi. La pucelle et le duc, an mois suivant, conduisirent Charles VU à Reims , où le duc , assistant à son sacre , (représenta l'un des douze pairs. L'an i44° fut le, terme de la haute faveur dont jouissait le comte d'Àlençon, Cette année, Je roi lui ôta la lieutenance-générale de ses. armées. Il méritait cette disgrâce pour avoir excité le dauphin Louis à la révolte, .et l'avoir emmené du château de Loches à Niort. Mais, étant rentré en grâce quelque tems auprès , il reprit le service et donna de nouvelles preuves de valeur 9 de zèle pour la patrie, et de fidélité envers le roi. Elles ne purent cependant jamais le rétablir dans la parfaite intimité de Charles VU, dont il était déchu. L'an i449* il recouvra la ville d'Alençon par la bonne volonté des principaux habitants, qui lui ouvrirent pendant la nuit une des portes. La ville et le château de Verneuil lui furent ensuite livrés par l'industrie d'un menuisier, nommé Itertin, a l'exception de la grosse tour, appelée la tour grise. Elle soutint un siège et ne se rendit qu'au bout d'un an. ( Giron, manuscrite des ducs- d'Alençon. ) Le duc Jean n'attendit pas ce. terme pour aller faire le siège de Belle me , où commandait un anglais, nommé Matagot. Il y a, dit la Clergerie, à hellême et es environs plusieurs choses oui retiennent ce nom de Matagot , et est demeuré , jusqu 'à présent , en la bouche des petiis enfants. Les ennemis firent de vains efforts pour secourir la place: elle fut obligée de se rendre le 20 décembre de la même année i449* 1^ siège de Caen ayant été commencé le 5 juin 14S0, le duc d'Alençon s'y rendit et signala sa valeur dans cette- expédition » sous les yeux du roi , qui animait les assiégeants par sa présence. La place fut rendue par composition le premier juillet suivant ; et celle de Falaise , assiégée ensuite par les mêmes généraux, subit un pareil sort le 21 du même mois. Celle-ci fit une capitulation honorable, dont une des conditions fut la délivrance du général Talbot, à qui le roi d'Angleterre avait donné cette ville en propre. Le duc d'Alençon, deux jours après, accompagna Charles de Culant , grand-maitre de l'hôtel , m
des comtes d'alençqn. iW
siège de Domfront , qu'ils firent rentrer sous les lois de la France , le 22 août suivant, l>our trancher court , il n'y eut presque aucune expédition en Normandie et dans les pays voisins, pour en chasser les Anglais, où le doc dWlençon n'ait eu part. Ce prince, après tant de services rendus à f état , se crut autorisé à demander au toi des* dédommagements pour les ^pertes qu'il avait essuyées* On lui donna des espérances dont il attendit long-tems F effet. Enfin , voyant qu'on lui manquait de parole, il se détermina , par le conseil ae son perfide 4 confesseur, à rappeler les Anglais en Normandie. (La Cierge rie. ) Charles Vil , instruit dé ses intelligences avec le roi d'Angleterre, le fit arrêter ,s l'an >i 456 y et conduire à Melun, où le connétable Artur de fitchemont - fut chargé d'aller l'interroger. Mais quand il voulut procéder à cet interrogatoire , le duc fit cette réponse hardie , qu'il dirait son lait au roi et non à d'autres. Quoique le connétable (depuis duc de Bretagne) fat prince du sang , puisqu'il était de la maison de Dreux , le doc d'Alencoo pensa qu'un prince du sang ne devait répondre «ra'au chef de sa maison. On le conduisit au roi lni-*même, qui le questionna , mais qui , ti ayant point été satisfait de ses réponses, assembla un conseil des pairs pour le juger. L'affaire traîna en longueur l'espace d'environ deu* ans. ttofin , par *rrôt rendu à Vendôme, le mardi 10 octobre §458, par la cour des pairs, le roi séant , le duc d'Alençon fut condamné a mort. J^e monarque commua sa peine en une prison perpétuelle , d'où il fut tiré par Louis XI , qui lui accorda des lettres d'abolition , datées du i>x octobre i^bi. Le duc Jean reconnut mal xette grâce. Il se joignit aux princes mécontents , et lut un des nhefs de la guerre du bien public. Il reprit ses intelligences aveo les Anglais, fit un traité avec le duc de Bourgogne , fabriqua delà fausse monnaie , commit divers meurtres , et , par toute» ces actions indignes de sa naissance, força le roi de s'assurer de sa personne ane seconde fois. 11 fut pris et arrêté le 8 mai 1472, et condamné a mort de nouveau le 14 juillet (-et non le 18) 1474. Le roi voulut bien encore lui faire grtce de la vie: il fut remis dans la prison de Loches, où il avait été la fremière fois; de là tranferé à la tour du Louvre, d'où étant; sorti l'an 1476, il mourut peu de tems après, laissant de Marie, fille de Jean IV , comte d'Armagnac , sa seconde femme , quHl avait épousée Tan i45i (décédée le *4 juillet 1473 , en odeur de sainteté), René, oui suit, et Catherine, femme de Gni XV% comte de I*val. Le duc Jean avait épousé en premières noces t l'an 14^4, à Blois , Jeanne , fille de Charles, duc d'Orléans, : l^orte le 19 mai ifôz)t de laquelle il ne laissa point d'enfants.
En 14769 René , fils de Jean le Beau, appelé comte da Perche et vicomte de- Beaumont-au- Maine , du rivant de soh père, lui succéda ai* dticiié d'Alengon, parla clémence du roi, sous les enseignes duquel il avait combattu à la guerre du bien public , et qu'il avait, ensuite accompagné à l'entrevue qu'il eut avec le .duc de Bourgogne , • à Péron ne t puis l'avait suivi au siège de Liège. A cette grâce, Louis XI ajouta d'autres. faveurs, qui excitèrent la jalousie dés grands. L'a vie dissolue que René menait, et sur laquelle ses domestiques enchérissaient , servit de matière à ses ennemis pour le noircir auprès du roi , qui commençait déjà à se refroidir à son égards Les soupçons qu'on eut soin de jeter en même teins «sur sa 'fidélité, dans l'esprit (ombrageux de Louis, déterminèrent ce monarque à sévir contre lui. Par son ordre , les gens du dud «lprent arrêtés, comme - coupables de rapt et de viol , jusque daesisa propre maison. On supprima ses pensions , et les teires qu'on avait promis de lui restituer , furent données à d'au très.. René craignant pour sa propre personne, se laissa persuader par de. faux amis daller se réfugier auprès du duc de Bretagne, Il était en route pour ,*'y rendre , l'an 1481 ♦ lorsqu'il fut arrêté:, préside la Roche* . Talbot , par Jean de DaiUon, seigneur de Lude, qui le conduisit à la Flèche, puis à Chinon , où il fut enfermé dans une cage de fer d'un pas et demi dé long ; c'était là qu'on lui donnait < à manger à travers les barreaux, au bout d'une fourche, sans -l'eu tirer qu'une fois en huit jours,, pour donner de Vair a la cage. Après' y être resté douze semaines, il fut transféré à Vince n nés, pour être juge par une commission que le roi nomma. René demanda d'être jugé par la cour des pairs, suivant le prir vilége de sa naissance et de son rang. Mais il en était exclus par les lettres d'abolition accordées, au duc Jean, son père ; lettres où le roi, comprenant aussi le fils ; quoiqu innocent alors, les faisait renoncer l'un et l'autre au privilège* de la pairie , s'il arrivait qu'ils retombassent dans le crime de félonie. Tout ce que René put obtenir, fut d'être jugé par le parlement, mais sans l'auV jonction des pairs. L'arrêt de cette compagnie, rendu le 22 mars 1482. (n. st.) , condamna, par politique, le duc René a implorer la clémence du monarque , et à recevoir garnison royale dans ses châteaux. Le roi Charles VUl , ayant depuis recomiu son innocence à plusieurs égards, l'admit parmi les princes du sang à son sacre, où il représenta le duc de Normandie. Mais il lui donna ensuite un témoignage plus authentique de son affection , en le rétablissant dans tous ses droits, par se& lettre^
M3 COMTES d'aLEÎTÇON* iGj
Rentes du mois idc mai 1 4^7- René vécut paisible depuis ce tems, et mourut, le premier novembre 1492, laissant de Marguerite pe Lorraine, fille de Ferri II* comte * de Vaudemont , qu'il avait épousée le 14 mai i4o*8, Charles, qui suit , et deux filles; Françoise, mariée, i°. , en i5o5, a François II , duc de l^ongoeville ; , le 18 mai i5i3, à Charles de Bourbon , duc de Vendôme; et Anne, qui épousa, le 3i août 1S08, Guillaume Paléologue VI , marquis de Montferrat. La duchesse Marguerite, après la mort de son époux, se fit religieuse au monastère de Sainte-Claire d'Argentan, où' elle mourut le premier novembre 1 5a 1..