ROBERT III
Robert III , dit le Preud’IIomme , eut le comté de Meulent à la mort de sa mère, et comme son principal héritier. Il en porta
l5a CHRONOLOGIE HISTORIQUE
le titre dès l’année 1082. Il e'tait alors homme fait et déjà conflit par ses talents. Doue par la nature d’un génie vaste, de beaucoup de pe'ue'tration et de facilité ; frugal et modeste par tempérament, et aimant l’étude ; admis de très-bonne heure dans le conseil d’état , au commandement des années et dans les négociations , il acquit une expérience prématurée dans les affaires politiques , dans l’art Je la guerre , et dans la connaissance des hommes. Ces avantages réunis contribuèrent à former en sa personne un grand capitaine, un habile ministre , et un vrai philosophe.
Robert avait fait ses premières armes à la conquête de l’Angleterre. Il y donna des preuves d’un courage et d’une intelligence au-dessus de son âge , et fit présager dès-lors ce qu’il deviendrait un jour. Il obtint pour récompense le comté de Leycester. ( La Roque, T. I , p. 49 ; Gest. Guill. , p. 202. )
En 1080 , il fut du nombre des seigneurs qui négocièrent la réconciliation de Guillaume le Conquérant avec Robert Courleheuse son fils. 11 souscrivit, vers 1081 , une charte de confirmation des privilèges del’abbaye de Fécamp. C’est le dernier acte où il prit le nom de Beaumont;, car sa mère étant morte, il prit celui de Meulent , vint faire hommage de son comté à Philippe Ier, et assista, en qualité de pair et dç baron de France, à la cour et aux plaids ou parlemènt que ce roi tint, eu 1082, à Poissi, pour le jugement d’une affaire qui concernait l’abbaye de Saint-Grmaindes-Pre's ( Cari. S . Ni". Mell. , p. y 5 ; Mabil. Ann. Ben.\, T. V, p. 188; Bouillart , Hisi. de Sainl-Gennain , preuv. n° 4o. ) Il revint ensuite en Normandie où il avait ses habitudes.
Guillaume le Conquérant étant mort en 1087 , Robert , comte de Meulent, et Henri, comte de Warwick, son frère, suivirent le parti de Guillaume le Roqx , qui fut roi d’Angleterre , et abandonnèrent Robert Courteheuse, qui eut le duché de Normandie. Roger , leur père , quitta aussi la cour du duc et se retira dans ses terres. Le conquérant avait donné le château d’Ivri conjointement à Roger et à Robert , comte de Meulent, qui en fut établi vicomte. Tandis que celui-ci était en Angleterre , Courteheuse, sans sa participation , échangea ce château avec Roger pour celui de Brionue. Le comte de Meulent ayant eu quelque démêlé avec les religieux du Bec , dont le monastère était situé sur la seigneurie de Brionue, voulut ravoir Ivri. 11 partit d’Angleterre en 1090, et vint trouver le duc Robert pour lui redemander cette place. Le duc répondit qu’il n’avait rien à rendre , puisqu’il avait donné Brionue en échange. Le comte répliqua que cct échange avait été fait sans, lui , qu’il n’y consentait pas , et qu’il
prétendait ravoir Ivri « Et vous me le rendrez, dit-il avec
» fierté au duc autrement par saint Nigaise je vous en
i> ferai bien repentir » , Le duc irrité le fit arrêter par ses gens;