DF.S COMTES DE MEÜLENT
et, s’étant emparé du château de Brionne , le donua en garde à. Robert de Meulle , fils de Baudouin. Roger , vieux courtisan , souple et adroit, ayant appris la détention de son fils , vint trouver le duc , et sut si bien le prendre par ses discours insinuants , qu’il obtint la liberté de son fils et le château de Brionne. Mais celui à qui il avait été donné en garde n’ayant pas voulu le rendre de bonne volonté, il fallut employer la force pour l’y contraindre. Les deux comtes envoyèrent Gilbert du Piu , général de leurs armées , pour l’assiéger. Ne pouvant réduire la place de force , Gilbert s’avisa d’un stratagème il fit lancer des flèches rougies à des fourneaux sur la couverture du château. Comme il faisait une sécheresse excessive, le feu prit bientôt aux bâtiments etconlraignit les assiégés de se rendre. Brionne resta dès-lors en la possession des comtes de Meulent. L’abbaye du Bec fut obligée de reconnaître , à raison de cette seigneurie , pour son avoué , le comte Robert , et n’eut pas lieu de s’en repentir. Il la combla de bienfaits, et lui donna entr’autres l’église de Saint-Nigaise de Meulent avec ses dépendances : donation qui fut confirmée par les évêques et le pape dans les années i roo , 1 104 , et les suivantes. C’est depuis cette année 1 100 qu’il s’établit à Meulent un monastère où l’abbaye du Bec envoya des religieux à la place des chanoines qui desservaient auparavant cette église.
Lorsque saint Anselme, d’abbé du Bec, deviut en 1095, archevêque de Cantorberi, l’abbaye du Bec élut pour le remplacer Guillaume de Beaumont, prieur de Poissi et proche parent du comte de Meulent, que le prélat avoit recommandé comme le plus digne. Le comte fit installer son cousin, et confirma les franchises de la maisou dans toute l’étendue de ses domaines , et nommément à Meulent et à Mantes. Il accorda même aux religieux , la remise de tous les droits seigneuriaux , et des lods et ventes pour les acquisitions qu’ils feraient dans les environs des villes de Mantes et de Meulent, apud Meduntam et ajmd Mellentum , et in omni potestate ined circa Meduntam vel circa Mellentum . Il accorda vers le même tems à l’abbaye de Préaux la remise des droits qui lui étaient dus sur les vins dans •a ville de Mantes. Cette abbaye avait obtenu une pareille franchise à Meulent, par la concession du comte Hugues II ; mais elle ne l’avait point eue jusqu’à cette époque à Mautes.. Jumiége et Saint - Vaudrille obtinrent également la confirmation de leurs
franchises dans l’étendue des domaines de notre comte.*
apud Mellentum et Meduntam , et in alla Iota terra mea Fran ciœ et Normanniœ. Il y mit une condition ; ce fut que ceux qui conduiraient leurs bateaux , joueraient du flageolet en passant sous les ponts des dits châteaux de Meulent et de Mantes. Cette condition ne se trouve pas exprimée daus le titre primitif dont
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on parle ici ; mais on voit par des monuments postérieurs qu’elle se pratiquait. (Cart. S, A lig. Mellet p. 34 ^jCart. Gemeticens et S, TVandreg . ) '
Robert avait épousé , on ne sait pas en quelle année , Godéen il de dk Conches, appelée autrementGooEWARE , ouGothuere, nommée Godfxhilde par Ordéric Vital , fille de Roger de Tœgni, deuxième du nom , comte de Conches. Il en fut séparé avant l’an 1096, puisqu’elle était mariée cette année -là avec Baudouin, fils d’Eustache de Boulogne , qui devint roi de Jérusalem. (Ord, J' il. , Guil. de lÿv., Albert d'Aix.^YLWc accompagna son mari dans ses voyages d’outremer, et y mourut. Quelques personnes soupçonnent que le comte de Meulent eut des enfants de ce premier mariage. Robert de Bleui état , religieux de Saint-Martin de Pontoise, sur la fin du onzième siècle»
Îiouvait bien être de ce nombre. Le comte de Meulent , devenu ibre au moyen de sa séparation, rechercha en mariage Elisabeth de France-Vermàndois, fdlc de Hugues de France , dit le Grand, comte de Vermandois et de Chaumont en Vcxin. Ives de Chartres adressa un mandement au clergé de Meulent et du Pincerais , pour défendre de célébrer ce nouveau mariage , à cause de la parenté qu’il y avait entre les futurs.’ Il résulte de la généalogie qu’il déduit, que le comte de Vermandois et celui de [Meulent avaient pour trisaïeul commun Gauthier II , dit le Blanc , comte du Vexin : d’où le prélat conclut que le mariage projeté ne pouvait se faire canoniquement, que ce serait une conjonction illicite et incestueuse , et que les enfants qui eu naîtraient ne pourraient pas être légitimes , mais des bâtards. (/Vo Carnot . , Epist. 45. ) Cependant, au moyen des dispenses que le pape, étant alors en France, accorda en considération de ce que Hugues le Grand se croisa* pour la Terre - Sainte , ce mariage fut célébré au moment où ce prince se disposait à partir. ( Qrd . Vit.y p. 72 3; La Roq., Hist. de Harc. T. I, p. 50.)
Robert Courteheuse , s’embarquant pour la même expédition, confia le gouvernement delà [Normandie au roi d’Angleterre , ' son frère, qui lui avait prêté une somme considérable pour les frais de son voyage. Guillaume le Roux profita de ce moment pour faire en sorte de ravoir le Vexin français. Le comte de’ Meulent se trouva fort embarrassé dans celte conjoncture. Il devait fidélité à la France à cause du comté de Meulent qu’il venait de recueillir, et de l’alliance qu’il venait de faire; il la devait à l’anglais et au normand à cause des comtés de Leyces- ‘ ter, de Beaumont, et autres domaines d’Angleterre et deNor-’ mandie. L’inclination pour sa patrie originaire l’emporta. Il se ‘ déclara pour l’anglo-normand , livra ses places à Guillaume le Roux , et lui ouvrit par ce moyen les portes de la France.