DES COMTES ET DL'CS DE VALOIS
livrer bataille. Les princes alors se constituent médiateurs. On tient des ■conférences à Vinccnnes. La paix y est conclue , le 17 octobre i/(o5, à condition que le duc de Bourgogne aura une part dans le gouvernement. La suite de cet accommodement fut nuisible aux Anglais. On recommença contre eux les hostilités en Guienne et, en Picardie. La campagne des deux côtés s’ouvrit heureusement et finit mal. Le duc d’Orléans échoua devant Blaye au mois d’octobre 1406 , et le duc de Bourgogne ne réussit pas mieux devant Calais. L’inimitié des deux princes n’était qu’assoupie; des soupçons réciproques la réveillèrent. Occupés sans cesse à se décrier mutuellement, ils partagent la cour en deux factions. Celle du duc d’Orléans prend pour devise deux bâtons noueux en sautoir, et celle du Bourguignon prend deux rabots pour la sienne! On voit encore des médailles où ces devises se rencontrent. Le duc de Berri s’entremet pour les «concilier. A sa persuasion , ils communient ensemble le dimanche 20 novembre 1407 , après s’être juré bon amour et fraternité. Rien n’était moins sincère de la part du duc de Bourgogne que celte réconciliation. Trois jours après , le duc d’Orléans est assassiné , par son ordre , sur les huit heures du soir, devant l’hôtel de Rieux , en allant , de chez la reine , logée à la rue Barbette, trouver le roi à l’hôtel de Saint-Pol. Le corps de l’infortuné priuce fut déposé dans l’église des Blancs-Manteaux , d’où il fut ensuite transporté dans celle des Célestins , pour y être inhumé. Telle fut la fin déplorable de Louis, duc d’Orléans et de Valois, à l’âge de trente-six ans. La nature l’avait orné de toutes les plus belles qualités du corps et de l’esprit. L’ambition et plus encore la débauche corrompirent en lui les dons de la nature. Il laissa de son mariage Charles, qui suit ; Philippe , comte de Vertus , mort en 1420 , à l'âge de vingt-quatre ans; et Marguerite, mariée à Richard de Bretagne. Il eut de plus d’Yolande d’Engliien , femme d’Aubert le Flamenc, seigneur de Ca ni , le fameux Jean , comte de Dunois , tige des ducs de Longueville. La duchesse Valentine eut un si grand regret de la mort de son époux , que pour tout soûlas , dit Brantôme , et confort en gémissement , elle prit une chantepleure ou arrosoir pour sa devise, sur le haut de laquelle estait S , en signe, ainsi qu'on dit , que seule souvent se soucioit cl soupiroit. Et autour de ladite chanlepleure estoienl escrits ces mots .-
Bien ne m’est plus ,
Plus ne m’est rien.
On voit encore , ajoute-t-il , cette devise dans l’église des Cordeliers ; à Blois , dans sa chapelle.
312 CHRONOIOGIE HISTORIQUE
i4°7« Charles d’Orléans-Valois , né le 26 mai 1 5g t , succéda, sous la garde-noble de Yalentine , sa mère , h Louis, son père, dans le Valois ainsi que dans ses autres domaines, et porta , comme lui , le titre de duc d’Orléans , préférablement à scs autres titres. La même année qu’il recueillit cette succession, la duchesse sa mère rendit foi et hommage pour lui et ses frères au roi Charles VI , de toutes les terres qu’ils tenaient dans sa mouvance, et de la pairie dont il les avait décorés. Ce sont, comme l’observe M. d’Aguesseau, deux hommages différents, parce que « la pairie, dit-il, renferme un véritable office per- » sonne! et réel en même tems ; ainsi un des serments ou des » hommages s’applique à la réalité , c’est-à-dire à la terre qui » est la matière dé la pairie , et l’autre à la personnalité , c’est- » à-dire à l’office personnel, qui est comme la forme , si l’on » peut parler ainsi , et le caractère le plus éminent de la pairie.» Charles fit diverses poursuites avec la duchesse sa mère, mais toutes inutiles , pour tirer vengeance de la mort de son père. La duchesse en mourut de chagrin, le 4 décembre 1408, dans «on château de Blois. Contraint de plier sous un ennemi qui remportait des victoires dans les Pays-Bas , tandis qu’on instruisait son procès à Paris, Charles acquiesça, ne pouvant mieux faire , au pardon que ce meurtrier se fit accorder solennellement, le 9 mars 1409, dans l’église de Chartres. En morale et en politique , l’ouvrage de la nécessité ne dure qu’autant que les conjonctures qui Pont produit. Les partisans du duc d’Orléans , toujours disposés à le venger, manquaient d’un chef pour les réunir. Bernard, comte d’Armagnac , se mit à leur tête, l’au 1410 , après avoir marié Bonne , sa fille, à ce prince. Ce fut alors que commencèrent les grandes hostilités. En Vain on s’efforça de les arrêter par trois traités successifs ; elles se renouvelèrent toujours avec plus de fureur. On ne retracera point ici les scènes horribles que donnèrent les Armagnacs et les Bourguignons : c’est ainsi qu’on nommait les deux factions. Le duc d’Orléans ne vit point la fin de la tragédie qui se jouait en son' nom. L’an i4i5 , ayant été fait prisonnier à la bataille d’Azincourt, il fut conduit en Angleterre , où il resta l’espace de vingt-cinq ans, sous la garde d’un messager d’état, tenant d’ailleurs une cour nombreuse et brillante. Il y eût fini vraisemblablement ses jours, si Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ce fils de Jean-sans-Peur , si différent de son père, n’eût travaillé lui-même à sa délivrance. L’an i44° * Philippe , apprenant que la rançon du duc d’Orléans avait été fixée à trente mille écus d’or , lui fit passer une partie de cette somme , au moyen de quoi il recouvra sa liberté. .Par ce trait frappant de générosité, fut éteinte l’inimitié des deux maisons. On sait dans quels termes