‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 152 sur 296 · DES SIRES, 00 BARONS, DE COUCI · texte numérisé non relu

DES SIRES, 00 BARONS, DE COUCI

reconnus pour ses lie'ritiers. Mais il les fit long-tems attendre, n’e'tant mort que le 20 mars de l’an 1 3i 1 . Il (ut enterré à Long- Pont auprès de- sa mère. Après sa mort, Jeanne, sa femme , princesse d’un graud mérite , retourna en Flandre; et comme elle avait le génie propre aux affaires, elle prit beaucoup de part aux guerres qui se rallumèrent de son tems entre les Français et les Flamands. Dans ses dernières années elle se retira au monastère du Sauvoir , près de Laon , et y mourut abbesse le i5 octobre i335. *

ENGUERAND V.

i3n. Enguerand V , chef de lu seconde race des sires de Couci , fils d’Arnoul III, comte de Guines , et d’Alix, fille d’Engueraud III , sire de Couci, devint le successeur de son oncle Enguerand IV,, dans la sirerie de Couci et les seigneuries de Marie, de la Fère , d’Oisi , de Montmirel, de Condé en Brie , etc. , le reste de cet héritage ayant été partagé entre ses frères. ( V oy. Arnoul III , comte de Guines. ) Il avait été élevé à la cour d’Alexandre III, roi d’Ecosse, son cousin-germain, qui lui avait fait épouser , avant l’an 1285, une de ses parentes, nommée Chrétienne de Bailleul , nièce de Jean de Bailleul ,, qui fut le successeur de ce même Alexandre III. Enguerand V , retint toute sa vie lenomet les armes de Guines ; mais sa postérité reprit ceux de Couci, qu’elle a gardés jusqu’à la dernière héritière de cette maison. La seule action mémorable qu’on trouve de lui , c’est qu’il fut du nombre des seigneurs qui , l’an i5i8 , prirent ouvertement , l’épée à la main , le parti de Mahaut , comtesse d’Artois, contre Robert, son neveu, qui lui disputait ce comté. Il vivait encore en i32i , et mourut peu de tems après , laissant de son mariage , Guillaume, qui suit ; Enguerand , vicomte de Meaux , seigneur de Condé en Brie , de la Ferte'-sous-Jouarre, de Trèmes, etc. ; et Robert, chantre de l’église de Cambrai. Engueraud Y fut enterré à Prémontré.

GUILLAUME

1 32 1 on i3a2. Guillaume, fils aîné d’Enguerand Y , avait épousé , dès l’an i5i 1 , Isabelle , fille de Gui IV ( et non III ) , de Châtillon , comte de Saint-Pol ; et en faveur de son mariage, son père l’avait mis en possession de la sirerie de Couci , dont il prit aussitôt le tiire. F.nguer.jnd lui donna en même tems la terre d’Oisi, sur laquelle lut assiguc le douaire de son épouse, en attendant qu’elle pût le prendre sur la seigneurie d’Havrincourt , dont jouissait alors Jeanne de Flandre , veuve d’Enguerand IV

Cette même anne'e , Jeanne de Guines , comtesse d’Eù , disputa au baron Engucrand, et à Guillaume son fils , la possession des terres de Couci , cî’Oisi et de quelques autres , qu’elle prétendait lui appartenir du chef de Baudouin de Guines , son père , châtelain de Bourhourg, fils ainéd’ Arnoul 111 , comte do Guines; Les prétentions de celte dame donnèrent lieu à un grand procès, qui ne fut entièrement termine' qu’au mois de décembre 15*29, par le roi Philippe de Valois. Guillaume, par l’arrêt qui fut prononce à ce sujet t fut maintenu dans la jouissauce de la terre de Couci. Vers le même teins , Alix, dame de Malines , sœur de Baudouin de Guines cl d’Engueraud , étant morte , la même comtesse et le sire de Couci se disputèrent encore cette succession. Mais, eu 1 55/, cette daine , le connétable de France, son fils, et Blanche de Guines , sa sœur , y renoncèrent en faveur de Guillaume. 1 Celui-ci mourut vers l’ail i355, et fut euterré à l’abbaye de Préino utré , auprès de son père. De son mariage il laissa six enfants: Engucraud, qui suit $ Jean , châtelain d’Havrincourt , mort sans lignée j Raoul , seigneur de Moritmirel , qui he'rita de Jean , sou frère , de Marie , sa sœur, de Robert , sou oncle paternel , et de Jacques de Saint-Pol , son oncle maternel , les terres d’Havrincourt, de la Ferjé-Gaucher , d’Encre, de Romeni-sur- Marne. Raoul épousa Jeanne , fille de Jean d’Harcourt et de Blanche de Ponthieu, et fut auteur de la branche des seigneurs dcMontmircl, dont les mâles s’éteignirent en 1424 PaF !a morl de Raoul d« Couci, leur second fils , qui avait éle' évêque de Melz en 1587, et e'tait alors, depuis 141b, évêque-comte de Noyon, pair de France; Aubert , seigneur de Dronai, près de Montmire! ; Marie, daine de Rome ni 5 et Isabelle , dont on ne sait rien. Isabeau , mère de ces enfants , vivait encore en i55i.

ENGUERAND VI

i555 ou environ. Enguerand VI, fils aîné de Guillaume, lui succéda dans la sirerie de Couci et dans les terres de Marie, la Fère , Oisi , etc. Le roi Philippe de Valois lui fit épouser, l’an i55S , Catherine d’Autricur , fille du duc Léopold , et de Catherine de Savoie , petite fille de l’empereur Albert Ier, et arrière-petite-fille de Rodolfe Ier, aussi empereur. L’année suivante , Edouard III, roi d’Angleterre, qui causa tant de maux à la France , ayant levé le siège de Cambrai par ou il avait ouvert la campagne du coté des Pays-Bas , attaqua le château d'Oisi avec quinze cents hommes. Mais il échoua devant celte place par la brave résistance de ceux qui la tenaient pour Enguerand. Il se vengea néanmoins bieutôt apres sur les villes et

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châteaux de Marie , de Saint-Gobin et Créci- sur-Scrre où il mit le feu.

Enguerand fut un des seigneurs de France qui prirent le plus de part aux guerres qui s’y élevèrent de son lems. En i34o, il alla joindre le roi pour se trouver à la bataille qu’on devait livrer , à Edouard , dans la vue de délivrer Tournai qu’il tenait assiège. En i545, i345 et 1346 , il était à la suite de Jean , duc de Normandie, et héritier présomptif de la couronne, dans la guerre qu’il fit pour soutenir Charles de Blois contre Jean de Montfort* son compétiteur au duché de Bretagne. 11 se trouva au siège d’Angoulême qui fut pris sur les Anglais le 2 février 1346. Mais saniort suivit d’assez près cet événement, et arriva au plus tard au commencement de l’an 1 347 - ^ ne laissa de son maria ge u’uri fils qui suit. ( Du Chesne , Duplessis. )

ENGUERAND VII.

1346 ou i347« Ers'Gur.n and VII , fils unique d’Enguerand VI , devint seul héritier de ses biens sous la tutelle de sa mère, laquelle, s’étant remariée, l’an i54& ou ï349, à Conrad de Hardeeck, mourut cette dernière année, avec son époux, de la peste qui ravageait alors la France , l’Angleterre et rAlIcmagne. En— guerand , devenu majeur, servit le roi son maître avec tout le zèle qu’on devait attendre d’un seigneur de sa naissance. Le roi Jean ayant été pris , en i556, à la bataille de Poitiers , il fut du nombre des seigneurs français qui furent donnés en otage, l’an i56o , aux Anglais en conséquence du traité fait pour la délivrance du monarque. Il acquit en Angleterre l’estime et l’affection du roi Edouard III, qui, pour se rattacher, lui rendit la liberté , et lui fit épouser sa fille Isaufxlg , à laquelle il donna peur dot la baronnie de Bodlort avec d’autres terres. Enguerand en possédait déjà plusieurs en Angleterre , qui lui venaient de Chrétienne de Bailleul , femme d’Engucrand V, son bisaïeul, f an 067 , son beau-père paya de ses deniers le comté de Soissons qui lui avait été cédé par Gui de Blois , l’un, des otages envoyés en Angleterre pour assurer la rançon du roi Jean- ( Voyez Enguerand, comte do Soissons ). Comblé de bienfaits et d’honneurs de la part d’un roi puissant qui avait voulu lui appartenir de si près , il revint en France , et. reçut à Paris, au mois d’avril 1 568 , le duc de Clarcncc, son beau-frère, qui allait à Milan épouser la fille de Galéas Visconti. La guerre s’étant rallumée peu de tems après entre la France et T Angleterre , Enguerand se trouva fort embarrassé sur le parti qu’il avait à prendre. D’un côté sujet, allié et vassal par sa naissance du roi de France, de 1 autre vassal et gendre du roi d’Angleterre , il se faisait un crime

.de tirer l’épée contre l’un ou contre l’autre. Pour se; tirer d’embarras , il prit le parti de passer en Italie avec la permission de Charles V : il y servit utilement les papes Urbain V et Gré* groire XI contre les Viscontis. Le bruit de ses exploits engagea le roi Charles V à le rappeler ; et pour le déterminer au retour, ce monarque lui envoya, l’an 1 3y4- > Ie bâton 'de maréchal de France.

' De retour en France , l’an 1S75 , Enguerand lève une armée qu’il mène en Allemagne pour faire valoir ses droits sur les biens allodiaux de la maison d’Autriche , qu’il prétendait lui appartenir du chef de Catherine , sa mère. Ces alleus^ situés , pour la plupart, dans l’Alsace, le Brisgaw et î’Argow , étaient , ainsi que toute la succession delà maison d’Autriche , entre les mains d’Albert III et de Léopold III , son frère , neveux de Catherine et cousins du sire de Couci. Depuis la trêve conclue entre la France et l’Angleterre , les troupes du fameux partisan , Arnaud deCervole , dit FArchiprètre , vivaient en France aux dépens du pays et y commettaient mille désordres. Enguerand les enrôle sous ses drapeaux avec la permission du roi Charles V , qui lui prête pour son expédition une somme de 40000 livres (1). Plusieurs seigneurs 5 français du premier rang, se joignent au sire de Couci. Avant de se mettre en marche , il prévient de son dessein, par un manifeste du a5 septembre de cette année , les villes impériales d’Alsace, les assurant qu’il' n’a nulle envie de leur faire tort , ni à l’empereur , mais seulement d’arracher de vive force son patrimoine à ceux qui le retiennent aux dépens de la justice. Les troupes de l’Archiprêtre s’étant assemblées devant Metz, arrivent dans 3e mois d’octobre dans l’Alsace , où elles répandent la terreur et commettent mille désordres. Enguerand étant venu se mettre à ; leur tête avec quinze cents lances , rétablit la dicipline dans cette J armée. Le duc d’Autriche, Léopold , ne demeure cependant pas oisif: il fait alliance avecplusienrs cautons suisses pour repousser l’ennemi. l)e l’Alsace et du Sundgaw , les troupes d’Enguerand, après la Saint-Martin , passent dans l’Argow, ruinent VValiembourg, et franchissent la montagne d’Havenstcin , dout le passage aurait pu être disputé par une poignée de soldats ) elles forcent ensuite le détroit de la Clus , autre passage important dans le canton de Soleure. Couci investit lui-même la ville deBaren , appartenante au comte de Nidau, qui est tué d’une Bêche

(1) En 1375, l’argent monnayé était à 6 liv. le marc, et h 11 den. 6gr. daloi ;donc 4o,ooo liv. de ce tems-là produisent 6666 marcs b onces a gros 2 <1-, qui , à raison de 5o 1. 2 s. \ d, 1 / 8 le marc , donnent un total de 334>i *4 11 s. 6 d.

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en regardant par «ne fenêtre du château. L’Archiprêtre détruit la ville d’Altreux avec plusieurs châteaux , et fait des courses dans tout l’Argow. Mais trois mille de ses gens , qu’on nommait les Anglais, sont défaits à Buttisholz par six cents braves du pays. Le jour et le lendemain de Noël, les Bernois font essuyer aux Anglais deux nouveaux échecs. Le sire de Couci est obligé, par ces revers de retourner en Alsace , où il prend la petite ville de VVatwciier. Enfin , le i5 janvier 1^76 , il fait la paix avec les ducs d’Autriche , qui lui cèdent ■les villes et seigueuries de Nidau et.de Buren, ail moyen de quoi il renonce à ses prétentions, congédie ses troupes et reprend la route de la France.

Edouard III , beau-père d’Enguerand , étant mort, l’an 1377 , il s’attacha uniquement au service de la France ; et pour rompre ses liaisons avec l’Angleterre , il permit à sa femme d’y retourner avec Phiiippote, la seconde de ses filles, ne gardant avec lui que Mirie , qui était l’ainée : il renvoya même au nouveau roi l’ordre de la Jarretière, en lui déclarant que ses derniers services seraient pour le roi et le pays qui avait eu ses premiers serments. Philippote, sa fille cadette, épousa quelque terris après Robert de Veer, duc d’Irlande et comte d’Oxford,* qui la répudia ensuite du vivant même d’Enguerand "VII pour épouser une demoiselle de la reine.

Enguerand n’était pas moins versé dans le manège de la politique que dans le métier des armes. Le roi Charles en fit l’expérience dans plusieurs négociations importantes qu’il lui confia. La guerre s’étant renouvelée , il alla joindre à Bergerac l’armée victorieuse du duc d’Anjou. Charles V le fit passer de là en Normandie pour réduire les places qui obéissaient au roi de Navarre. 11 prit Bayeux , Carentan , Moulineaux , Conciles et fassi ; Evreux lui ouvrit ses portes. Le connétable du Guescliu filant mort l’an i38o, Charles Y jeta les yeux sur le sire de Couci pour le remplacer. Celui-ci, par un trait de générosité tout-à-fait rare, préféra le salut de l’état à cette brillante dignité. Le roi venait de confisquer la Bretagne sur le duc Jean de Montfort : pour conserver cette province, il fallait faire choix d’un homme qui connût parfaitement les Bretons , et qui en fut lui-même connu ; ce fut pour cette raison qu’Enguerand persuada au roi de conférer l’e'pce de connétable à Olivier de Ciisson. Charles, par une espèce de dédommagement , donna à Couci le gouvernement de Picardie. Enguerand, dans cette province, signala sa valeur contre les Anglais, et 11’eutpas dans la ^uite à se plaindre qu’elle eut été mécounue à la cour. Après la mort de Charles V, Louis, duc d’A#jou , régent du royaume , lui donna , par lettres du 27 septembre i58o , le château et la châtellenie de Mortagne-surl Escaut , pour récompense des services que l’état av^ait reçus de

lui et de ceux qu’il en attendait encore. ( Rec . de Colbert, vol. X5, fol. 5.) Enguerand signa, le i5 janvier suivant , au nom du roi Charles VI, un traite' de paix avec le duc de Bretaguc La même anne'e , le soulèvement des Parisiens , occasions' par les impôts , ayant obligé la cour de se retirer à Meaux, Enguerand fut euvove vers les rebelles pour les engager à rentrer dans le devoir. Il y re'ussi! par la douceur et la sagesse de ses remontrances, et amena les Parisiens au point de consentir à. payer chaque semaine la somme de dix mille livres au roi. ( Froissart. ) Mais les suggestions des esprits se'ditieux , firent évanouir, après son départ , ces bonnes dispositions. Enguerand servit utilement l’état les deux années suivantes dans la guerre contre les Flamauds elles Anglais. Le sire de Couci , apprenant , l’an 1084. la détresscoù leducd’Aujou se trouvait dans le royaume de Naples, dont il avait entrepris la conquête , lui mène un corps de troupes , que Laurent fiuouincontro fait monter à quinze mille chevaux , et que d’autres réduisent à moitié. Mais à peine a-t-il passé les Alpes, qu’il reçoit la nouvelle de la mort de ce prince , arrivée le 20 ou le 2i septembre de la même année. De retour en France , Eognirand fut revêtu de la charge de grand-boutillier ; et quelque tems après le roi le nomma , avec le connétable et le maréchal de S.111cerre, pour commander l’armée destinée à l’expédiliou d’Angleterre.

Le sire de Cotici, l’an 1^87, engagea le duc de Bretagne à faire satisfaction au roi pour avoir arrêté prisonnier le connétable de Clisson. 11 marcha , l’an i588, à la tête de quelques troupes contre le duc de Gucldrc , qui avait eu la hardiesse de défier le roi ; mais le duc évita la guerre par sa soumission. Cette année , le sire de Couci perdit les seigneuries de Buren et de Nidau. Les Bernois se plaignant que la garnison établie à Buren par le duc d’Autriche, comme protecteur de la seigneurie, les incommodait, voulurent y mettre le feu. Les Frihourgeois , qui avaient des hypothèques sur Buren , s’y opposèrent. On en vint aux armes de part et d’autre, et les Bernois , ayant emporté d’assaut la ville et le château de Buren, les réduisirent en cendres le 1 2 avril i388- Les vainqueurs , le 7 mai suivant , allèrent mettre le siège devant Nidan, prirent d’assaut , le 19 du même mois , la ville qu’ils brûlèrent, et contraignirent par famine le château à se rendre le 21 du mois suivant. La guerre continua cette année entre Fribourg et Berne. Le sire de Couci envoya au secours des Frihourgeois deux cents lances , commandées par Jean de Roye, son connétable ( caries sires de Couci avaient depuis long-tcms , -à l'imita* tion des ducs et des comtes , des officiers pareils à ceux du roi ) Mais , le f) d’août, ces troupes étrangères quittèrent Fribourg et retournèrent eu France. Le traité de paix qui se fit l’année sut-

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