RENAUD
Renaud Ier, fils de Gui et d’Adélaïde, succéda à sa mere dans le comté de Soissons l’an 1047 au plus tard. Etant tombé dans la disgrâce de Henri Ier, roi de France , il fut assiège' par ce monarque dans sa forteresse, appelée la Tour des Comtes, Henri, l’ayant emportée l’an 1057, la fit démolir. Renaud mourut pendant ce siège, le premier avril , laissant d’ Adélaïde de Rouci , sa femme, un fils nomme' Gui, qui mourut environ quinze jours après lui , sans alliance, et une fille qui demeura en la garde du roi Henri. '
GUILLAUME BUSAC.
io58. Guillaume, dit Busac, fils de Guillaume Ier, comte d’Eu, et de Lesceline de Harcourt, comtesse d’Hycsrnes , s’étaut révolté contre Guillaume le Bâtard , duc de Normandie ,, son cousin, fut obligé de sortir du pays, et viut chercher un asile à la cour de Henri 1er, roi de France. Ce prince lui fit épouser , l’an io58, Adélaïde, fille de Renaud , comte de Soissons , et lui donna ce comté avec les autres biens de Renaud. Guillaume assista , l’an îo5û , au sacre du roi Philippe Ier. Ce comte , ainsi que la plupart de ses égaux , n’était pas exempt de rapacité. U voulut étendre son domaine aux dépens de l’abbaye de Saint- Médard de Soissons, et commença par établir des coutumes sur le lieu de Saint-Médard et sur le bourg de Croui. L’abbé Renaud en ayant porté ses plaintes à la cour, le jeune roi , Philippe Ior, se rendit, l’an io65 , à Soissons, et tint dans l’église de Saint- Médard un plaid dans lequel il condamna le comte Guillaume à se désister de son entreprise. L’arrêt rendu à cette occasion est important pour fixer le tems où Philippe sortit de tutelle. La chose était alors toute récente. Exeunte me , dit Philippe, de Flandrenslum comitis Balduini Mundiüurdio, ( CartuL S . Mdr
a54 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
dardi , fol. 122 , v°.) Guillaume, maigre' cette condamnation * n’en fut pas moins attaché au roi Philippe. Il suivit ce prince dans ses guerres contre les ducs de Normandie, et y donna des preuves de sa valeur* Celle qui commença l’an 1098, fut la dernière où il se trouva. 11 mourut la même année ou la suivante. Adélaïde, qui lui survécut, le fit père de Jean , qui suit ^ de Manassès , élu évêque de Cambrai par le peuple , sans le consentement du clergé,- l’an 1092, puis transféré à Soissonsen n o3 ; de Renaud , qui viendra ci-après ; de Rantrude , femme d’Ives , seigneur de Neslé , tige de la branche de sa maison, qui dans la suite posséda le comté de Soissons ; de Lithuise , femme de GeofFroi III , seigneur de Donzi; d’Agnès, mariée à Hem de Montmorenci, seigneur de Marli, grand-boutillier de France; et d’Adélaïde, alliée à Gauthier Ier, comte de Brienne. (Albe'ric.)
JEAN !«*•. 1
1099. Jean Ier, fils et successeur de Guillaume au comte de Soissons , n’est bien connu que par le portrait que nous a tracé de lui et de sa mère, Guibert ae Nogent, auteur contemporain, dans l’histoire de sa propre vie (l. 5, c. i5); et voir ,comme il le dépeint : € Quoique fort habile dans le métier de » armes , le comte Jean cultivait néanmoins la paix avec soin, mais uniquement pour son propre intérêt; car , marchant sur les traces de ses apcêtres , il causa de grands dommages k l’église de Soissons. Entre les hauts faits de sa mère, il ne faut pas omettre qu’elle fit un jour arracher la langue et les yeux à un diacre. Voilà ce que lui fit oser un parricide qu’elf avait auparavant commis : je veux parler de la mort ae so 9 frère, qu’elle fit empoisonner parle ministère d’un juif, pou » avoir le comté de Soissons. Mais la vengeance divine ne laisi pas ces forfaits impunis ; car le juif périt d’un coup de toi nerre , et la comtesse , après avoir bien soupé un jour de car naval , fut frappée la nuit d’une paralysie qui lui ôta l’usag de la parole et la conduisitau tombeau dans l’octave de Pâques Or , il y eut entre elle et ses deux fils , le comte Jean et l’évêque Manassès, je ne dirai pas du refroidissement , mais une haine mortelle. Je me souviens qu’aux funérailles de sa mère, le comte, après m’avoir raconté les traits que je viens de rapporter, m’ajouta : Que puis-je donner maintenant pour elle* puisqu’elle n’a jamais fait aucune aumône de son vivant? Enfin , le comte , à qui on pouvait dire avec vérité , Ton père était Amorrhèen et ta mère Héthéenne , non seulement imita l’un et l’autre , mais les surpassa en méchanceté. Il était # porté pour la doctrine perfide des Juifs , que ce que la craints
DES COMTES DE SOISSONS. a55
i les empêchait de dire contre le sauveur, il avait la hardiesse » de le proférer. Mais pour bien connaître l’extravagance de ses » discours, on n’a qu’a lire le livre que j’ai écrit contre lui à la » prière du doyen Bernard. ( C’est son traité contre les Juifs. )
» Cet homme néanmoins, qui se plaisait à élever les Juifs au- » dessus des Chrétiens , était regardé comme un insensé par • les Juifs même , qui le voyaient pratiquer notre religion tandis » qu’il approuvait la leur. Et certes aux fêtes de Noël , de la » Passion , de Pâques , etc. , il se montrait si dévot , qu’on b avait peine à se persuader qu’il fût un infidèle ». Guibert , après avoir rapporte* ensuite plusieurs traits de son irréligion et de sa lubricité , finit par aire qu’il mourut comme il avait vécu. Sa mort est rapportée au 24 septembre dans le nécrologe de l’eglise de Soissons. Mais les anciens monuments ne fournissent aucune lumière sur l’année où elle arriva. Ce qui est certain , c’est que tous les modernes se trompent en la plaçant vers Tan 1 i3f , puisque Guibert de Nogent mourut luimême en 1124 » et qui! n’écrivit pas cette année l’histoire de sa vie, d’où nous avons tiré celle du comte Jean. En supposant que cet écrit fut composé vers l’an 11 flo ( car ce fut un aes derniers de Guibert), ce ne sera pas trop s’éloigner de la vérité que de mettre la mort du comte Jean vers l’an 1116. Son corps fat inhumé au prieuré de Coinci , près de l’évêque Manassès , son frère, décédé le premier mars X 109. (N. S. ) Il avait épousé ioELWE, fille de Nevelon, seigneur de Pierrepont, avec laquelle d vécut fort mal. Cette dame, à qui il faisait mille infidélités, tjrant été soupçonnée par lui d’user de représailles , offrit de se iustifîer par le fer chaud , ou par le combat d’un champion qui fe battrait pour elle. Il est parlé de cette affaire dans la lettre çtnt quatre-vingts d’Ives de Chartres, écriteaucomte Jean, pour lui remontrer que la loi de Dieu ne permet pas ces sortes d’épreuves. Ces remontrances firent leur effet. Content des offres de sou pouse, le comte lui rendit la justice qui lui était due. Adeline m survécut plusieurs années, On ignore si le comte Jean eut ks enfants ae son mariage ; mais il est certain , par Albéric , ju’il ffçn laissa point.