‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 157 sur 296 · RENAUD U · texte numérisé non relu

RENAUD U

ni8 ou environ. Renaud II, frère, et non|fil$, du comte ean, lui succéda en bas âge sous la tutelle de sa mère. L’an «5., le roi Louis le Gros établit une commune à Soissons du onsentement de l’évêque Goslen ou Joslen deYergi, sans demander celui du comte. On infère delà que l’autorité des comtes te Soissons était bien moindre que celle des autres comtes, dans

les terres desquels le roi n’eût pas osé faire une pareille entreprise sans leur aveu. (Brasse!, Nou. Ex. des Fiefs , T. I , p. 178. ) Cela est fort probable; car il est certain d’ailleurs que l’évêque de Soissons ne reconnaissait point d’autre seigneur que le roi , et ne dépendait en aucune façon du comte. Il faut en dire autant de l’abbé de Saint-Médard de Soissons. Renaud ayant usurpé, l’an i i3a , l’église de Torni , appartenante au prieuré de Saint-Paul , membre de l’abbaye de la Seauve en Guienne, l’évêque Joslen, après des remontrances inutiles sur . cette usurpation , le retrancha de la communion des fidèles. Le comte demeura deux ans dans les liens de l’excommunication. Honteux enfin de cet état, il revint à résipiscence, et fit uq accommodement entre les mains de son évêque avec l’abbaye de la Seauve, au moyen de quoi les censures furent levées. C’est ce que nous apprend Joslen lui-même dans une charte donnée à ce sujet l’an 1 13 4» ( Mabil. Ann. T« YI ; App. p. 664 , col 2. ) La conversion de Renaud fut sincère, si l’on en juge parles libéralités qu’il fit en 1 1 38 et 1140 a l’abbaye de Saint- Yved de Braine. La dernière de ces deux années , il fut attaqué de la lèpre , et , pour comble de disgrâce , la suivante il perdit son fils unique; Alors ayant fait ajourner tous ses héritiers présomptifs en présence de Goslcn , son évêque, il leur fit part du dessein où il était de disposer de son vivant en faveur de l’un d’entre eux du comté de Soissons , de peur que sa succession après sa mort n’occasionât des contestations. Mais la désignation qu’il fit ensuite d’Ives de Nesle pour son successeur., ne fut pas reçue sans contradiction. Des amis communs vinrent à bout néanmoins de ménager un accommodement , dont la condition essentielle fut que GeofFroi de Donzi 9 Gauthier de Brienne , et Gui dcDampierre, céderaient tous leurs droits sur le comtéde Soissons à Ives de Nesle , moyennant une certaine somme d’argent. Alors Tves, dit la charte ou notice, dont nous donnons l’extrait , offrit l’hommage-üge suivant la nature du fief. L’érêque refusa d'abord de le recevoir , à cause de l’absence de Mathieu de Montmorcnci , un des héritiers présomptifs ; mais comme l’on jugea qu’il n’était pas nécessaire de l’attendre, lé* vêque reçut enfin Ives de- Nesle à l’hommage-lige. Il restait encore une formalité à remplir : c’était de payer le plaid , ou | relief, à l’arbitrage du seigneur , conformément à l’usage du royaume’, qui ne permettait pas aux vassaux , sans cela , ae recueillir les fiefs qui leur étaient échus en succession collatérale. Ives de Nesle pria l’évêque d’abonner ce droit , moyennant une rente de soixante livres par an et de dix inuids de sel , à prendre sur le minage de Soissons. L’évêque y consentit; et outre les otages ou cautions qu’Iyes donna au prélat pour sù-

reté de cette convention , le roi Louis le Jeune voulut bien lui— meme y intervenir comme garant de ce traite'. C’est ce que ce prince nous apprend lui-même par son diplôme qui subsiste eu original dans les archives de la cathe'drale de boissons ( layette q3), et où l’on voit encore la courroie de parchemin blanc à laquelle était attache' le sceau qui n’existe plus. La date porte l'an 1 140 (suivant le vieux style), quatrième du règne de Louis, qui , ayant commencé au mois d’août 1 140 , courait encore jusqu’à ce mois dans l’an 1 M. d’Aguesseau ( T. VI , p. 219 ) rejète ces deux actes , comme fabriqués par l’évêque Goslen , pour s’attribuer au préjudice du roi la mouvance du comté de Soissons. Saufle respect dû aux lumières de l’illustre chef de la magistrature , nous avouerons de bonne foi que nous n’avons pu reconnaître dans le diplôme de Louis le Jeune aucun caractère de fausseté. Nous dirons de plus que les éloges donnés à la vertu de Goslen par ses contemporains ne s’accordent nullement avec le crime de faussaire qu’on lüi impute. Les historiens du Soissonnais rapportent la mort du comte Renaud à l’an 1146. Sa femme , nommée Bathidde , suivant une charte du même Goslen (Mabil. ibid. ) , s’étant retirée à l’abbaye de Notre-Dame de Soissons , lorsqu’il était à l’agonie , y finit ses jours , selon l’obituaire de cette maison, le 28 juin ; on ne marque point en quelle année.

IVES DE NESI.E , dit LE VIEUX.

1146. Ivfs de Nesle, petit-fils de Guillaume de Busac par Ramentrude sa mère , femme d’Ives , et non Raoul , seigneur de Nesle et cousin germain de Renaud, lui succéda de la manière qu’on vient de rapporter. Il avait , suivant sa relation, deux frères puînés, Raoul et Dreux. L’an 1147» îl fît hommage à Goslen son évêque , et lui donna un acte par lequel il reconnaissait tout ce qui s’était passé, comme nous l’avons rapporté , au sujet de la succession du comte Renaud ) à quoi il ajoute que pour le plaid de l’évêque, il s’engage à lui donner et à ses successeurs a perpétuité tous les ans , sur les revenus de la portion du comté qui relevait de l’évéché, quatre muids et demi de sel et dix livres en argent , monnaie de Soissons'; renonce de plus , comme avait fait avant lui le comte Renaud , à l’usage sacrilège où étaient ses prédécesseurs de piller la maison de l’évêque après sa mort ; et pour caution de ses engagements , il donne , outre ses deux frères , Raoul et Dreux , la personne du roi Louis le Jeune , présent à cet acte, et Raoul (comte) de Pérorine (ou de Vermandois). Il nomme ensuite quatre témoins , savoir le même Raoul , Al-

béric de Roye , Thierri , fils de Galeran , et Jean le Turc, et finit en disant qu’il a prie' l’évêque , pour donner plus de force à cet acte , d’y apposer son sceau. C’est le seul sceau dont il fasse mention , et très-probableineut celui dont le lacs en parchemin est encore attache' à la pièce. ( Arch. de la C . de Soissorrs , ibîd. ) 11 semble néanmoins que le sceau d’ives de INesle, qui s’obligeait lui seul, e'tait bien plus nécessaire que celui de l’évêque. C’est la réflexion très-sensée de M- d’Aguesseau. ( Ibid. ) Mais en admettant l’induction qu’il en tire contre la sincérité de l’acte , le vénérable Goslen , qui serait le fabricateur de la pièce , ne doit plus être à nos yeux qu’un insigne faussaire , et peut-être le plus hardi qui eût existé jusqu’alors. Demeurons-en là, et poursuivons l’histoire d’ives de Nesle. L’an 1147 , ü partit pour la croisade, à la suite du roi Louis le Jeune. Les écrivains du tems fout l’éloge de la conduite qu’il tint dans celte expédition. De retour en France , il s’attacha au comte de Flandre, Thierri d’Alsace, et à Raoul le Vaillant, comte de Vermandois. Ce dernier l’ayant institué par son testament, l’an 1 1 52 ,. tuteur de ses enfants, il défendit leurs domaines contre les seigneurs voisins qui voulaient les usurper.

L’an 1 155, le roi Louis le Jeune tint à Soissons , le 10 juin , une grande assemblée de prélats et de barons , dans laquelle il rendit une célèbre ordonnance, pour interdire pendant dix ans les guerres privées entre les seigneurs français, fl est dit , dans le préambule de cette ordonnance , qu’elle fut dressée avec le bon plaisir de ceux qui composaient ce parlement : Ex quorum beneplacito ordinavimus ; et le comte Ives était de ce nombre. ( Du Chesne, Hist. Fran. , T. IV, p. 585. ) Il faut observer à ce sujet que nos rois faisaient alors deux sortes de statuts ou ordonnances , pour la police et pour l’ad- 1 ministration de la justice. Les unes étaient observées sur les seules terres de leur domaine , et ils les faisaient de leur seule autorité, parce que leurs seuls vassaux étaient tenus de les exécuter. Les autres avaient force de loi dans tout le royaume , parce que les ducs et les comtes, ou les avaient faites de concert avec le monarque , ou les avaient ensuite adoptées. Cet usage subsistait encore du tems de saint Louis. Ce mouarque ayant défendu les duels , le prieur de Saint-Pierre- le -Moùtier s’opposa à l’exécution de cette loi , daus les terres soumises à sa haute justice , et son opposition fut jugée valable, par un arrêt du parlement, tenu à la Chandeleur de l’an 1260. Cet arrêt, rendu sur l’opposition d’un aussi petit seigneur que l’était le prieur de Saint-Pierre-le-Moûtier , prouve , d’une manière décisive , la tbese que nous venons d’établir. Revenons au comte de Soissons. L’an 1161 , il confirma là fondation, faite

DES COMTES DE SOISSONS. s5q

parle comte Renaud, son cousin, de l’abbaye des chanoines réguliers de Saint-Léger de Soissons.

Le comte Ives était considère de l’empereur Fre'de'ric Ier , et parait avoir été en commerce de lettres avec lui. Ce prince ayant re'duit et détruit la ville de Milan , au mois de mars de l’an 1162, lui e'erivit pour lui faire part de cette expédition. Dans sa lettre , publiée par D. d’Achcri , et dont nous avons rendu compte à l’article des empereurs d’Allemagne , Fre'de'ric lui de'clare qu’il le compte au nombre de ses meilleurs amis. Ives mourut l’an 1178, suivant Gilbert de Mons , sans laisser d’enfants de ses deux femmes, Isabeau, dont on ignore l’origine, et Yolande , fille de Baudouin IV , comte de Hainaut , laquelle se remaria depuis à Hugues IV, comte de Saint-Pol. Baudouin d’Avênes, dans sa ^chronique , dit du comte Ives le Vieux, qu’il surpassait tous les barons de son tems, en prudence et en générosité'.

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