‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 196 sur 296 · XII · texte numérisé non relu

XII

lorsqu’il reçut les. corps de saint Valeri et de saint Riquier» Hugues les avait retires des mains d’Arnoul 11, comte de Flandre» qui les avait emportes, l’an 948? après avoir fait la conquête du Ponthieu. O11 ne connaît point d’époque plus re'centc de la vie d’Hilduin. Il laissa de IST... , sa femme , deux fils , Hugues , qui suit, et Hilduin , ou Haudouin, seigneur de Rameru, de Breteuil et de Nanteuil , qui de son nom fut appelé' Nauteuil-Haudouiu.

HUGUES I"

Hugues 1er, successeur d’Hilduin, sou père, au comte' de Mon*

treuil , mérita, par son attachement et ses services, l’estime et la confiance de Hugues Capet. Ce prince n’e'tant encore que comte de Paris et duc de France, lui fit e'pouser Giselle, sa fille et lui donna le gouvernement du château qu’il avait fait construire à Abbeville , après avoir retire' ce lieu des mains des religieux de Saint-Riquier. Hugues Ier , suivant Hariulfe , porta toujours le titre d’avoué' de Saint-Riquier ( parce que Hugues Capet 'l’avait établi défenseur de cette abbaye ) , sans jamais prendre celui de comte. 11 étendit encore son domaine par la conquête qu’il fit d’Encre et de Domraart, où il fit bâtir des forteresses. La chronique de Saint-Riquier ajoute qu’il subjugua tous les seigneurs des environs qui n’avaient point de châteaux pour se défendre, et s’empara ainsi de toute la province. On ignore l’année de sa mort. Herbert, moine de Lihons enSanterre , dit qu’ayant surpris Giselle , sa femme, en adultère avec Gothelon , seigneur de Gonnicourt et de Gonnelieu , chevalier vaillant , de belle taille et d’une figure agréable , il se saisit de son e'pée et lui en perça le cœur. Il ajoute que la comtesse voulut s excuser en alléguant la violence que Gothelon lui avait faite , mais que ce fut eu vain, et que son mari la fit mourir quelque tems après de poison. Quoi qu’il en soit, il laissa de sou mariage En guerand , qui suit, et Gui , abbe' de Forest-Moutiers. • >

ENGÜERAND Ier.

Enguerand Ier, nommé Isambaat par le continuateur dcfliistoire dcBede , fils aîné de Hugues, et son successeur , ne porta au commencement que le titre d’avoué' de Saint-Riquier, comme sou père. ‘Etant entré eu guerre, l’an J033, avec Baudouin , comte de Boulogue, il le tua, s'empara duBoulonais, épousa la veuve du défunt, Adélaïde dk Gand,’ et prit alors le titre de comte de Ponthieu. Du tems de Robert I,r , duc de Normandie, dit Orderic Vital, c’est-à-dire, feutre l’an 1028 et l’an Jo55t Gilbert, comte de Brionue ( petit-fils du duc Richard Ie1;} s'avisa d

DES COMTES DE PONTH1EP. TfiS

fâireime expédition dans le Vimeu à la tète de trois mille hommes. Mais il fut, ajoute-t-il , si bien accueilli par le comte Ehguerand, qu’il ne raraeua qu’une très-petite partie de sa troupe, et même toute couverte de blessures , le reste ayant été pris ou tue" dans le combat qu’Euguerand lui livra. Ce fut en cette occasion qn’Herluin, chevalier normand , e'tant en risque de perdre la vio, fit vœu , s’il échappait au danger, de renoncer au monde et de se retirer dans un monastère ; ce qu’il exécuta en faisant bâtir le célèbre monastère du Bec , dont il fut le premier abbé. Gilbert Crépin, dans la vied’Herluin , a touché quelque chose de cette guerre; mais il ne dit pas qu’elle fce fit dans le Vimeu , ni même qu’elle ait occasioné la conversion d’Herluin.

L’an 1 044 , Henri Ier , roi de France, étant venu dans le Ponthieu, Enguerand obtint de lui l’abbaye de Saint-Ricjuier pour Foulques , son fils , moine de ce lieu , du vivant et a l’insu de l’abbé Angelcam qui était paralytique. Angeîram Fut très-mécontent qu’on disposât ainsi de son abbaye sans son aveu. S’étaut fait transporter auprès du roi, il fit tant par ses remontrances, qu’il l’engagea à révoquer cette concession illégitime. Le comte Enguerand vivait encore à la fin de l’an 1043, puisque dans la chronique d’Hariuife, il est dit qu’après la mort d’Angelram , arrivée le 9 décembre de cette année , il fit nommer Foulques , son fils , à l’abbaye de Forest-Moutiers. Outre ce fils, il laissa Hugues , qui suit, et Gui , successeur de Foulques II , évêque d’Amiens.

HUGUES IL

1-046- Hugues II , successeur d’Engucrand , son père , au comté de Ponthieu, termina ses jours le 20 novembre io5a , et fut enterré dans l’église de Saint-Riquier , à laquelle il avait fait du bieu. 11 laissa deux fils , Enguerand et Gui , qui suivent , avec une fille , N.*. , mariée à Guillaume de Talou, comte d’ Arques , fils puîné de Richard II , duc de Normandie.

ENGUERAND II.

io52. Enguerand II succéda à Hugues, son père, dans lecomté de Ponthieu; mais ce fut pour peu de tems. L’an 1055 , Guillaume de Talou s’étant soulevé contre Guillaume le Bâtard , duc de Normandie, son neveu , celui-ci vint l’assicger dans son château d’Arques , où il s’était fortifié. Enguerand ne crut pas devoir manquer au premier dans cette occasion périlleuse. Il engagea le roi de France ( Henri Ier) à venir à son secours. Mais s’éant avancé lui-même inconsidérément avec ses gens pour entrer dans la place, il fut vivemeut attaqué parles troupes du duc.

qui le renversèrent mort et firent prisonnier Hugues Bardou?, seigneur de Pitiviers en Beauce , l’un des plus vaillants hommes du royaume. Cet e'chec fit prendre au roi le parti de la retraite. Guillaume de Talou , réduit à ses propres forces trop inégales contre celles de son neveu, rendit la place, et alla chercher avec v sa femme un asile auprès d’Eustache , comte de Boulogne , où il finit ses jours, dépouillé de tous ses domaines. Un ancien auteur, parlant du comte Enguerand, dit qu’il était également célèbre par sa valeur et sa noblesse: Nobilitate notus ac fortitudine .

( j4pud Chesn . Script . iVorm. , p. i85 ) Orderic Vital l’appelle aussi un rude chevalier, Miles asperrimus *

GUI 1er.

ïo53. Gui 1er, frère et successeur d’Enguerand II , voulant venger sa mort, entra, l’an io54> dans la ligue du roi Henri et de Geofroi Martel contre le duc de Normandie. Il s’en trouva mal. L’année suivante, il fut pris au combat de Mortemer, donné avant le carême , et conduit prisonnier à Bayeux. La paix ayant été faite l’an io56 , il recouvra sa liberté avec son patrimoine, après avoir fait hommage au duc de Normandie , et s’être engagé à marcher tous les ans à son service , lorsqu’il l’ordonnerait, à la tête de cent chevaliers. Leduc, en le renvoyant, le combla même de présents pour gage de son amitié et pour mériter la sienne. ( Orderic Vital , 1. VII. ) L’an io5ç), Gui assista , le 23 mai , au sacre du roi Philippe Ier. L’année suivante , il souscrivit la charte de la fondation du monastère de Saint-Martin des Champs , faite par le roi Henri. Ce fut un des courtisans les pins assidus à la cour du roi Philippe, comme le prouvent un grand « nombre de diplômes de ce prince , qu’il souscrivit.

L’an 1062 , Harald , fils de Godwin , comte de Kent et beaufrère de saint Edouard , roi d’Angleterre , s’étant embarqué pour se rendre à la cour de Guillaume 1e Bâtard , duc de Normandie, dans la vue, dit Walter d’Herningfort , d’en retirer son frère et son rteveu , qui étaient en otage chez ce prince , fut jeté par la I tempête sur les côtes de Ponthieu , où il échoua. Arrivé à terre, les sujets de Gui l’arrêtèrent et le menèrent à leur seigneur, qui Je retint prisonnier et le mit aux fers. Car telle étoit la coutume barbare du Ponthieu , dit Guillaume de Malmeshuri , que ceux qui avoient évité le naufrage sur ses c6tes} se trouvoient exposés à un nouveau danger sur ses terres . Du reste , cet usage qu’on appelait droit de Lagan , jus Lagani , n’était point particulier au Ponthieu. Depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à celle du Rhin, tous les seigneurs étaient en possession de saisir et de s’approprie ries hommes et les effets des vaisseaux qui venaient échouer

t)KS COMTES DE PONTHIEU. oiO

sur leurs cotes. ( Du Cange, Gloss . voce Lagan. ) Mais Haraltl ayant trouvé moyen d’informer de son état le duc de Normandie, celui-ci le redemanda impérieusement à Gui, qui le lui amena dans la ville d’Eu. Le duc , pour le dédommager de la rançon qu’il comptait extorquer d’Harald , lui donna une belle terre sur la rivière d’Eaune an pays de Catix. Du reste, Gui fut un prince équitable et bienfaisant envers ses sujets. Il abolit, en 1074 , plusieurs des mauvaises coutumes que ses prédécesseurs avaient établies à leur profit dans le Ponthieu. Il fonda, l’an 1075 , le prieuré de Saint-Pierre d’Abbeville. L’an 10 77, après que Simon, comte de Valois, du Vexin et d’Amiens, eut renoncé au monde pour se retirer à l’abbaye de Saint- Claude , Gui s’empara , dit-on, d’une partie du comté d’Amiens par droit de bienséance ; car orr ne voit pas qu’il en ait eu d’autres. ( Voyez les comtes de Valois. )

L’an 10^7 ou environ, Gui fit la cérémonie , le samedi après la Pentecôte * d’armer chevalier , dans Abbeville , le prince Louis , fils du roi Philippe Itr. C’est ce qu’il nous apprend luimême dans une lettre qu’il écrivit à Lambert , évêque d’Arras , pour l’inviter à cette fête. (Baluze, Miscel. , T. V, p. 3 10.) Gui avait donné, on ne sait en quelle année , à l’abbaye de Saint-Josse , patron du Ponthieu , pour obtenir du ciel la conservation de sa fille Agnès , très aquatias , trois marées , une à Etaples et deux à Vaben. (On entend ici par aquatias , que nous rendons par marées , le droit de pêcher le poisson que chaque marée amène sur la côte.) A ce don, par une charte de l’an 1100, Gui ajouta cinq autres marées à Vaben. Vers le même tems, il donna une autre charte pour affranchir , envers lui et ses successeurs, de toute servitude les étrangers établis ou qui s’établiraient au village de Rue', dépendant de cette abbaye.

( Cartul . S. Judoci.) Malbranq place la mort du comte Gui au i5 octobre de l’an 11 01 ; mais du Cange, convenant du jour, prétend que cet événement est de l’année précédente , attendu que Robert, gendre de Gui, se trouve qualifié comte de Ponthieu au mois de septembre 1 1 01 . Aoe , sa femme , morte avant lui, ne laissa que la fille dont on vient de parler. Un fils qu’il avait eu d’elle, nommé Ives , et qu’il s’était associé dans le gouvernement, ne lui survécut pas. Nous ne devons point finir l’article de Gui sans éclaircir une difficulté qui se rencontre à son sujet dans le nécrologe de l’église d’Amiens. On y lit que Gui, fils du comte Enguerand Ier, évêque d’Amiens, décédé, suivant Hariulfe, l’an 1074, devint comte de Ponthieu par droit de succession. XI Cal . Decemb . , porte-t-il , obilus Guidonis hujus Ecclesiœ prœsulis egregii .... cui ciim obvenisset jure hœredita- *io Comitatus Pontivi , dédit Capitulo hujus Ecclesicv XII

molendina etc . Il y a apparence , suivant la remarque Je M. du Cange , que celui qui a dressé ce nécrologe , ayant su que, du tems de Güi , évêque d’Amiens , il y avàit eu un Gui, ebrate de Ponlhieu , aura confondu l’un avec l’autre d’autant plus aisément qu’ils étaient de la même famille. On voit encore aujourd’hui le tombeau du comte Gui dans l’église de Saint-Pierre d’Abbeville.

, AGNÈS et ROBERT DE BELLÈME.

i ioo ou i ioî . Agnès , fille unique et héritière de Gui , porta le comté de Pontbieu dans la maison des comtes d’Alençon», de la race de Montgomeri , par son mariage contracté lopg-tems avant la mort de son père avec Robert II, comte d’Alencou et de Bellêrae Robert s’étant brouillé, l’an m 02 , avec Henri 4* roi d’Angleterre, fut chassé de ce pays et privé du comté Shrewsburi dont il avait hérité , Fan ioqo, par la mort de Hugues , son frère , décédé sans enfants. Robert, homme violon et débauché, traita fort durement sa femme, jusqu’à la faire emprisonner au château de Bellême. Après être restée loi tems dans cette prison, elle trouva moyen de s’échapper,- et retira d’abord chez la comtesse de Chartres r d’où elle retour! dans le Ponthieu , où elle passa le reste de ses jours. Guillaui qui suit , fut l’unique fruit de son mariage. On ignore l’année la mort d’Agnès. ( Voyez Robert II , comte de Bèllcme et A lençon. )

GUILLAUME II , dit TALVAS.

Guillaume II , dit Talvas , comte d’Alençon après Robéri son père , succéda (Ton ne sait èn quelle année) à sa mère Agnè dans le comté de Ponthieu. Il mourut le 29 juin 1172. Robcn du Mont , qui met sa mort en 1 1 7 1 , lui donne pour premier! femme N... , fille d’Hélie , frère de Henri II, roi d’ Angleterre mais il ne dit pas si elle lui donna des enfants. D’Hfxènr , 0* Alix, dite aussi Elute , sa seconde épouse, fille d’Eudes I'r duc de Bourgogne , et veuve en premières noces de Bertrand comte de Toulouse , il eut , entr’autres enfants, Gai, qui suit ( Voyez Guillaume III, comte d' Alençon.)

GUI II

rut

Gui II fut comte de Ponthieu du vivant de son père , et motr t à Ephèse , l’an 1 1 47 > en allant à la Terre- Sainte avec le roi

Louis le Jeune. Guillaume de Tyr , qui le qualifie comte de Port* thieu , dit qu’il était illustre par sa valeur , par son expérience d

far scs autres vertus. L’auteur des gestes de Louis Vil , qui ne lui donne que la qualité' de chevalier, assure qu’il emporta au tombeau les regrets du monarque et de toute F armée. Il laissa d’IüE , ou Beatrix de Saint-Pol , sa femme ( encore vivante en 1180), Jean , qui suit; Gui , seigneur de Noyellesj et Agnès, . abbesse de Sainte - Austreberthe de Montreuil. ( Voyez Guillaume III , comte d’Alençon. ) , •

JEAN I

1147. Jean Ier, fils de Gui ÏI , succe'da à son père , au comte dePonthieu , du vivant de Guillaume, sou aïeul. A peine fut-il en possession de ce comté , qu’il eut une guerreà soutenir contre Bernard, seigneur de Saint-Valeri, sur ce qu’il avait fortifie' le Crotoi , place' vis-à-vis le château de Saint-Valeri. Le comte Railleurs ne pouvait souffrir que Bernard eut fait des places fortes de Dommart , de Berneuil et de Bcrnaville , parce que c’e'taicnt autant de retraites pour les pillards et les incendiaires. Après differentes hostilités, le roi Louis le Jeune interposa son autorité pour accorder les parties , et les ajourna à déduite leurs moyens devant son conseil. L’affaire sc trouva si embrouille'e, qu’il fut ordonné qu’elle se déciderait par le duel. L’abbé de Corhie , dont relevaient les terres de Dommart , de Berneuil et de Bernacle, obtint du roi que le duel s’exécuterait dans sa cour abbaiaîe, les duels étant une dépendance de la haute justice. Le jour irrèté , les parties s’y rendirent, et présentèrent leurs champions, montes sur des chevaux et armés de toutes pièces. Mais yant qu’ils descendissent au champ de bataille , le comte et des mis communs vinrent à bout de pacifier la querelle par un traité, ù il fut dit que le château de Crotoi demeurerait au comte , et eux de Dommart , Berneuil et Bernaville au seigneur de Saintraleri. Cet accord**, est du mois de mai ii5o. La charte de cet toblissement est souscrite par Jde, mère du comte; et il y prend, limitation de ses prédécesseurs, le titre d’abbe' de Saint-Vulan, comme les comtes de Vermandois prenaient celui d’abbe's e Saint-Quentin. ( Archives de V hôtel- de- ville d! Abbeville. )

Le comte Jean, l’an 1166, consentit avec son oncle, Jean Alençon, à la cession que son aïeul, Guillaume, fit au roi Angleterre , Henri II , des châteaux d’Alençon et de la Rochelabile , pour y mettra garnison de troupes normandes et an-' laises. Mais, l’an 1 168, il se brouilla avec ce prince à l’occasion vivante : Henri étant en guerre avec le roi de France, Louis le* eune , et la plupart de ses vassaux français , engagea Mathieu , mnte de Boulogne , son cousin, à venir à son secours avec ses 'oupes. Mais Jean , comte dePouthieU, lui ayant refuse' le pas-

5a8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

sage sur ses terres, il fut oblige' de prendre la route de la mer. Piqué de ce refus, l’anglais entra dans le Vimeu dépendant du Ponthieu , et y assouvit sa vengeance en brûlant plus de quarante villages. Le roi de France brûla par représailles le château dé Chesnebrun en Normandie. Henri mit le feu à celui de Brezolles et à celui de Château-Neuf en Thimerais. Une partie du Perche se ressentit aussi de sa férocité.

L’an 1173, le comte de Ponthieu fut un des seigneurs français qui embrassèrent le parti du jeune Heuriau Court - Mantel , révolté contre le roi d’Angleterre , son père. ( Bened. Petroburg ) Mais on ignore ce qu’il fit pour la défense de cette cause aussi déplorable qu’injuste.

L'an 1184, le comte Jean accorda, le 9 juin, le droit de commune aux habitants d’Abbeville. M. Fleuri dit ( Histoire du Droit franqais) qu’il ne fit que confirmer ce droit, accordé, l’an n3o , par le comte Guillaume, sou père, ou plutôt son aïeul. 11 partit, l’an 1190, pour la Terre-Sainte avec le roi Philippe Auguste , et mourut au siège d’Acre l’année suivante. Son corps fut rapporté en France et inhumé à l’abbaye de Saint- Josse-aux-Bois , de l’ordre des Prémontrés. Il avait épousé , i° Mahsut, dont la maison n’est pas connue; 20 N. ... , fille de Bernard de Saint-Valeri , dont il se sépara pour cause ou sous prétexte de parenté avec sa première femme; ce qui le compromit avec l’évêque d’Amiens , qui en écrivit au pape Alexandre III, et, sur sa réponse, menaça le comte d’excommunication pour ce divorce ; 5* Beatrix , fille d’Anselme , comte de Saint-Pol. Son époux, qu’elle accompagna en Palestine, laissa d’elle Guillaume , qui suit ; un autre fils qu’on ne nomme pas, Adèle , mariée à Thomas de Saint-Valeri, seigneur de Dommart; et Marguerite , femme d’Enguerand , seigneur de Péquigni. On raconte d’Adèle une étrange aventure , et qui a bien l’air d’un roman. Cette dame, dit-on , et son époux , voyageant ensemble*, furent arrêtés par des voleurs , qui, les ayant dépouillés l’un et l’autre , emportèrent Adèle dans une forêt où ils assouvirent sur elle leur brutale lubricité. Le père d’Adèle , ajoute-t-on , instruit quelque tems après de ce malheur par son gendre , engage «a fille à une partie de promenade sur la mer. Déjà l’ou était à trois Ijeues de la côte, lorsque le comte de Ponthieu se levant tout-à-coup ; a Dame de Dommart , dit-il à sa fille d’une voix a terrible, il faut maintenant que votre mort efface la vergo- » gne que votre malheur apporte à notre race. » Des matelots la saisissent à l’instant , l’enferment dans un tonneau, et la précipitent dans la mer. Heureusement un vaisseau flamand , qui vient à passer , aperçoit ce tonneau ; l’équipage l’attire à bord , J’ouvre, et y trouve, avec la plus grande surprise, Adèle mou-

DES COMTES DE POPiTÜlEU. 329

rante, qui déclare sa condition. Elle va rejoindre son mari , dont le château n’e'tait pas éloigné. Il pleurait sa mort ; elle se jète entre ses bras. Ou devine aisément combien cette scène fut, attendrissante.

GUILLAUME III

119t. Guillaume III , né l’an 1179 au plus tôt, succéda à Jean , 1»n père , dans le comté de Ponthieu , sous la tutelle vraisemblablement de Gui, son oncle. L’an 1 195 , par traité passé le 20 août à Mantes , il devint l’époux de la princesse Alix , sœur du roi Philippe Auguste , la même qui avait été accordée, l’an 11 74 j avec Richard , depuis roi d’Angleterre. On sait que le roi Henri II, père de Richard , avait fait élever Alix depuis ce tems à sa cour , mais que Richard, étaut monté sur le trône , lui fit l’affront de la répudier, en épousant, au lieu d’elle, en ngo, la princesse de Navarre , et qu’il refusa pendant cinq ans, depuis cet événement , de la rendre au roi son frère avec sa dot, qui consistait, suivant du Puy, dans la ville de Saint-Riquier et la terre de Rue-Villiers-Saint-Valeri. ( Droits du Roy, p. 941 .)

L’an 1202, le 7 juin, Guillaume accorda aux bourgeois de Dourlens une commune , nommée dans te pays la Waskie (en latin TVasketa) , qui fut confirmée, l’an 1221 , par le roi Philippe Auguste. ( Ordonnance du Louvre , T. XI, p. 3 1 5. ) Le comte Guillaume, s’étant croisé contre les Albigeois, se rendit , l’an 1209, avec le comte de Dreux , les évêques de Chartres et de Beauvais , suivis d’un grand nombre de pèlerins , au camp de Simon de Montfort , qui assiégeait pour lors le château de Thermes. Ce secours, dans la détresse où Simon était, lui venait fort à propos. Mais il vit bientôt ses espérances frustrées par la retraite inopinée des chefs , que ni ses remontrances , ni les prières de la comtesse sa femme ne pureut engager à rester au moins jusqu’à la fin de quarante jours marqués par les légats pour obtenir l’indulgence de la croisade. ( Abbas V allis Sernaii , c. 4i.) Une terreur panique s’était saisie des deux prélats et des deux comtes, qui ne remportèrent que de la honte de cette expédition. Guillaume répara celte faute par la valeur avec laquelle il combattit, l’an 1214» avec ses vassaux pour la France à la fameüse bataille de Bouvines , quoique Simon de Dammartin , son gendre, fût du p^irti contraire. Guillaume le Breton le compte parmi les braves qui se distinguèrent à cette journée, et dit :

Ponlivi comitem romitantnr in arma Pohevi ,

Qui generosus avis , longé gencrôsior alti Sanguinis exislU uxore sorore Philippi Magnanimi Regis , Richardi quæ fuir uxor ,

Suam fratri incaclain Richardus reddidit OÜm, avarræ Regis ut filia uuberet illi.

Page 1