‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 198 sur 296 · DE MONTMORENCI · texte numérisé non relu

DE MONTMORENCI

1221. Marte , fille unique de Guillaume III, lui succédant! comté de Ponthieu. Elle était mariée, depuis l’an 1208, à Simon de Dammartin, comte d’Aumale, lequel ayant suivi le parti de Ferrand , comte de Flandre, contre le roi Philippe—

DES COÛTES DE PONTIÏ1EIT» 53l

Auguste, avait été proscrit pour ce sujet l’an iai4» après quoi il s’était retire' en Angleterre. Philippe-Auguste ne borna point là sa vengeance; il mit sous sa main, nou-seulement les terres de Simon , mais encore celles de sa femme , c’est-à-dire, le comté de Ponthieu , faisant en cette occasion, usage de son droit dans toute la rigueur. Telle était en effet la loi en France : les biens propres de la femme répondaient pour la révolte du mari coupable de lèse-majesté. Marie , pour recouvrer une partie de son héritage, céda l’autre au roi Louis VIII. Saint-Riquier , Dourlens, la terre d’Avêne et ses dépendances, dont elle fit le sacrifice, furent séparés du Ponthieu , et réunis au bailliage d’Amiens. Cet accommodement est du mois de juin 1225. Marie , de plus , renonça aux prétentions qu’elle avait au comté d’Alençon, qui était alors entre les mains du roi. Cet accord se fit de la manière la plus solennelle , en présence de l’archevêque de Tours, des évêques de Clermont et de Beauvais; de Guérin, évêque de Senlis et chancelier de France ; de Philippe, comte de Boulogne; de Robert de Courtenai, grand-boutilher de France; de Barthelemi de Roye , grand-chambellan ; de Mathieu de Montmorenci, connétable de France; d’Etienne de Sancerre ; d’Archambaut de Bourbon; et d’autres personnes distinguées , tant ecclésiastiques que laïques. Marie, dans ws lettres -patentes qu’elle donna pour ratifier ce traité, dit ces paroles remarquables: Le roi monseigneur , ému de pitié, a bien voulu rendre capables de succéder à mes fiefs mes fils et mes files nés et à naître de mon mari et de moi, voulant et accordant que mes fils et mes filles succèdent, comme les héritiers légitimes, à tous les biens dont je fouirai et serai saisie à l'heure de ma mort. ( Registre des chartes , cot. 5, vol. 3.) Marie avait inutilement tâché de faire comprendre Simon, son époux, dans son accommodement. Louis VIII fut inexorable sur cet article. La grâce de ce proscrit était réservée au plus saint de nos vois. Marie l’obtint donc enfin du roi saint Louis , par lettres données à Saint- Germain-en-Laye , au mois de mars »23o (V. S. ) , sous diverses conditions qu’elles énoncent , et dont les principales sont : 1* qu’il ratifiera le traité fait avec sa femme en 1225; 2* qu’il n’élevera dans le Ponthieu aucune nouvelle forteresse, ni ne fortifiera celles qui s, ont déjà élevées , sans le consentement du roi; 3° qu’il ne donnera ses filles en mariage à aucun ennemi déclaré du roi, et que, même, il ne le» mariera que de son agrément; 4° qu’il obligera les chevaliers et les communes du Ponthieu à cautionner ces engagements: après quoi Simon fut reçu àrendre hommage-lige de toutes les terres qui avaient été laissées à la comtesse, sa femme. Le trésor des chartes conserve encore (layette Securitates , tit. g3.) les obligations des communes et

332 CHRONOLOGIE HISTORÏQCE

des chevaliers du Ponthieu à ce sujet. Elles sont toutes de

J’an 125o.

L’an 1255, Simon fut de l’assemble'e des seigneurs que le roi saint Louis tint à Saint-Denis, touchant la complainte des barons , faite dans le mois de septembre, au pape Gre'goire IX, contre les entreprises que faisaient les pre'lats , sous pre'texte de leur jurisdiction. (DuTillet, des Rangs , p. 5i.) Mais, cette même anne'e , Simon , oubliant une des conditions auxquelles il avait obtenu son rappel en France, se laissa engager à fiancer, sans avoir pris l’agre’ment du roi de France, Jeanne, sa fille aîne'e, au roi d’Angleterre , Henri III, qui I’e'pousa même pat procureur. Saint Louis, instruit de cette infidélité', menaça le comte de son indignation , et le contraignit par là à rompre celte alliance , quoiqu’autorise'e par le pape , qui en avait garanti l’accomplissement. (Matth. Paris.) Simon finit ses jours le 21 septembre i25q. Marie, sa veuve, se remaria, l’an 1243, à Mathieu de Montmohenci , seigneur d’Attichi , fils puine' de Mathieu II de Moutmorenci, conne'table de France. L’an 1 244 1 le comte Mathieu et sa femme , e'tant au mois de novembre à Argenteuil, près de Paris, firent avec Robert de France, comie d’Artois, un traite' par lequel ils vendirent à ce prince tous les fiefs, c’est-à-dire, les seigneuries et hommages des terres que tenaient d’eux le comte de Saint- Pol, le vicomte de Pontde-Remi, et d’autres seigneurs; toutes lesquelles terres e'taientsitue'es vers la rivière d’Authie. (Locrius, Chron. Belg.) L’an 1247, ils terminèrent, au mois de septembre, par le jugement arbitral' de deux chevaliers, rendu à Saint- Valeri , la contestation qu’ils avaient avec Jean, comte de Dreux, en qualité' de seigneur de Saint -Yaleri , au sujet de leurs seigneuries et justice.

La comtesse Marie devint une seconde fois veuve, en 1200,

Êar la mort du comte Mathieu , dont elle n’eut point d’enfants.

,11e mourut elle-même l’anne'e suivante à Abbeville, laissant du premierlit trois filles : Jeanne, qui suit ; Philippette , mariée, 1° à Raoul III, comte d’Eu et de Guines ; 20 à Raoul II, sire de Couci; 5° à Otton III, comte de Gueldre; et Marie, femme de Jean II, comte de Rouci. Le comte Simon et Marie avaient peut-être eu aussi des fils, comme on pourrait l’induire d’un acte du mois de juillet 1225 , où ils promettent de ne point marier leurs fils ni leurs filles que du consentement du roi. ( / ojfti Simon , comte Aumale.)

JEANNE

ï25i. Jeanne, fille de Marie et de Simon de Dammartin,

DES COMTES DE FONTHIF.Ü. 335

leur succéda aux comte's .de Ponthieu et d’Aumale. Elle e'tait mariée, depuis 1257, à Ferdinand III, dit le Saint, roi de Castille et de Le'on , après que saint Louis eut fait rompre son mariage projeté avec le roi d’Angleterre. Etant restée veuve le 5o mai 1262, elle revint en France avec le prince Ferdinand, son fils aine', et arriva, le 3i octobre 1253, à Abbeville. Elle se remaria, Pan 1260, à Jean de Nesle, troisième du nom, seigneur de Falvi sur Somme, veuf pour lors de Beatrix, fille de Guillaume II , comte de Joigni, sa première femmç, Jean de Nesle était singulièrement estimé du roi saint Louis. Lorsque ce monarque se disposa au voyage d’Afrique, voulant pourvoira l’état du royaume , il choisit, comme l’on sait , pour le gouverner en son absence, Mathieu de Vendôme , abbé de Saint-Denis, et Simon de Nesle. Mais au cas qu’ils vinssent à décéder, il substitua au premier l’évêque d’Evreux, et au second, Jean de Nesle , par scs lettres du mois de mars 1269. (V. S. )

Jean de Nesle accompagna , l’an 1 272 , le roi Philippe le Hardi dans son expédition contre le comte de Foix. Avant de s’engager dans cette guerre, le monarque avait exigé de tous les barons, chevaliers et écuyers de son royaume, qui devaient servir dans ses guerres à raison de leurs fiefs relevant nûment de la couronne, une déclaration du service dont ils étaient tenus chacun en particulier. Le comte de Ponthieu donna la sienne en cette occasion, et déclara que, quoiqu’il ne fût obligé de servir sa majesté qu’avec cinq chevaliers l’espace de quarante jours , 'cependant il se trouverait au mandement du roi avec le nombre de douze, dont il y en aurait trois à bannières, savoir : Jean de Nesle , son fils j Je vidame de Péquigni, et Guillaume, seigneur de Poix. ( Chamb. des comptes, reg. no s 1er , fol. 193.) Au retour de cette expédition , le comte Jean et sa femme présentèrent une requête au roi , par laquelle ils répétaient une somme de cinq mille livres parisis , que Jeanne avait payée au roi saint Louis pour le droit de rachat du comté de Ponthieu; somme qu’ils prétendaient avoir été injustement exigée, attendu que Jeanne avait hérité de ce comté du chef de sa mère, et que les fiefs du Ponthieu, venant en ligne directe, sont exempts du droit de rachat. Après quelques contestations , le roi , par accommodement fait à Paris , le samedi d'après la Saint-Nicolas d’hiver , paya la somme de mille livres tournois à la comtesse , au moyen de quoi elle se désista de sa demande. ( Du Chêne, hist. de la M. de Béthune, Pr 1 p. 169. ) En conséquence de ce traité, le roi délivra au comte et à la comtesse scs lettres , par lesquelles il déclarait que le rachat de la terre de Ponthieu était dû suivant la coutume de Fiance , mais non suivant celle de Ponthieu. ( 7'résor des Chartes .) La comtesse-reiue Jeanne finit ses jours à Abbeville,

5 34 chronologie historique

le 16 mars 1279 » et ^l,t enterr<^e à l’abbaye de Vaîroî, dans une chapelle séparée qu’elle avait fait bâtir un an avant sa mort. On doute si elle eut des enfants de Jean de Nesle. Du Chêne [ibîd , p. 27G. ) croit cependant que Jeanne de JNesle, dite de Falvi, iillc de Jean de Nesle, et femme de Guillaume de Béthune , surnomme' de Locres, était issue du mariage de la comtesse-reine Jeanne et de Jean de Nesle. L’épitaphe de cette dame, dit-il, qui se voyait au monastère des Dunes, près de Fûmes, avant qu'il eut été ruiné , portait qu’elle était fille du comte de Ponthieo, Or, Jeau do Nesle, ajoute-t-il, quitta ce titre après la mort de la comtesse-reine, son épouse, et ne garda que celui de seigneur de Falvi. Maison peut l’arrêter ici , en lui prouvant que depuis ce terns Jean de Nesle, en divers actes, est qualifié comte de Pontliieu, particulièrement dans ùn arrêt rendu par le roi Philippe le Hardi, contre Charles , roi de Sicile, son oncle, au sujet du comté de Poitiers. Il est cependant vrai que ce titre ne fut qu’honorifique sans aucune réalité. La comtesse Jeanne avait eu de son premier époux trois fils morts avant elle, et une fille, qui suit. La ville d’Abbeville conserve précieusement le souvenir de la comtesse Jeanne et de son second époux. L'an 1 26G ( et non pas 1279, comrne Ie marque un moderne), ils donnèrent un diplôme par lequel ils confirmaient, avec serment, tous les privilèges des Àbbevillois , et ordonnaient que tous leurs successeurs , en prenant possession du Ponthieu , prêteraient le même serment , tête nue, aux maire et échevins dans la salle de l’hôtelde-ville; ce qui s’est toujours exécuté jusqu’à la réuuion du Ponthieu au domaine de la couronne. ( Voyez Jeanne, comtesse iF Aumale.)

ELÉONORE et ÉDOUARD Ier, Roi d’Angleterre.

r 127g. Eléonore, nommée Isabelle par quelques-uns, fille de Ferdinand III, roi de Castille, et de Jeanne de Ponthieu, femme d’Edouard Ier , roi d’Angleterre , succéda à sa mère dans le comté de Ponthieu , à l’exclusion de Jean de Castilie-Ponlhien, petit-fils du roi Ferdinand III et de Jeanne , par Ferdinand , son père, lesquels néanmoins se qualifièrent comtes de Ponthieu. La raison de cette exclusion fut que la représentation n’était point admise dans le Ponthieu ; mais parce qu'elle avait lieu dans le pays d’Àumaîe et dans les autres domaines de la maison de Ponthieu, Jean fut mis en possession, sans difficulté, du comte d’ Aumale et des seigneuries de Noyclles-sur-mer et d’Epernon. Pour parvenir à cet arrangement , Edouard, à la nouvelle delà mort de sa bellle-mère, avait passé la mer avec sa femme, et s’était rendu, vers T Ascension, dans la ville d’Amiens, où le roi

Philippe le Hardi l’attendait avec sa cour, qui était alors trèsnombreuse. On fit à cette entrevue divers traite's , en vertu desquels le roi Philippe ce'da à Edouard l’Age'nois , le Limousin , le Périgord , la Saintonge et le Ponlhieu , dont ce dernier lui fit hommage. Ou traita ensuite du droit de rachat pour le Ponthieu, qui fut arrête' à la somme de six mille livres, payable en trois termes. Les deux rois s’étant sépare's, Edouard se rendit à Abbeville , pour prendre possession du Ponthieu , et y recevoir les hommages du ma’ieur, des éclicvins et de toute la communauté de la ville. Mais il était de règle aussi, comme on l’a dit plus haut, que le nouveau comte de Ponthieu jurât personnellement sur les saints évangiles la confirmation des privilèges , us et coutumes d’Abbeville. Par respect pour la dignité royale dont Edouard était revêtu , les habitants consentirent que , quoique

E résent , il fit le serment par procureur; sur quoi ce prince leur t délivrer des lettres-patentes datées d’Abbeville le 6 juin 127e). ( Trésor des chartes , layette Ponthieu.) A peint Edouard et la reine son épouse furent-ils en possession du Ponthieu, qu’ils Sonnèreut leurs soins pour en éclaircir les droits et en augmenter le domaine par de nouvelles acquisitions. Leurs mouvements à cet égard les commirent avec la commune de Montreuil, qu’ils prétendaient soumettre à leur justice. Le différent fut porté au làrleincnt de France , qui jugea , par arrêt du mois d’août 1 286, jae la commune de Montreuil, les bourgeois qui la composaient, :t leurs biens, étaient exempts de la juridiction des comtes de ?onthieu , et ressortissaient au bailliage d’Amiens. Edouard et a femme acquirent, l’an 128g , de Jean de Nesle , sire de Falvi , ous les hommages , cens et rentes , et en général tout le droit jn’il pouvait avoir au comté de Ponthieu , comme époux de la eine de Castille, sa femme ( Trésor des ch. , layette Ponthieu); tequi dément l’opinion de ceux qui mettentsa morten 1281. On le roit même sous le titre de comte de Ponthieu dans le rôle de ceux pii furent semons ou sommés de se trouver dans la ville d’Arras ila quinzaine de la mi-août 1289, par lettres du roi Philippe le 5el, données à Saint-Gcrmain-en-Laye le 8 du même mois. Du Chêne, pr. de l'hist. des ducs do Bourg. , p. 146. ) Voy. Edouard Ier, rbi d'Angleterre. )

Pour revenir à Eléonore , elle mourut à Herdcby, au comté le Lincoln , le 29 novembre 1 290, et fut inhumée à Westminster, inx pieds de Henri III, son beau-père, sous une tombe de narhre , avec Une statue de bronze doré , et l’épitaphe suivante :

Nobîlis Hispani jaeet hîc soror incita Régis,

Eximii consors Aiiennra thon.

Edwardi [irirai Wallorum Principes uxor ,

Oui paior Henriciu tcriius Anglus erat.

Il.mc ille uxorem gnaio petit : otuiae Princeps Lcgati munus suscipit ipse bono.

Alfonso patri plaçait t'elix h) lueüæiu ,

Gcrmanain Edwurdo ncc sine dote (ledit.

Dos præclara luit, uec tali indigna marito :

Pontivo Princeps muricre dives erat.

Fuemina consilio pr miens, pia , proie beata ,

Auxit amicitüs, aux.it honore virurn.

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