JACQUES DE BOURBON
L’an i55o (V. S. ) , Jacques de Bourbojc, fils puîné de Louis I«r , duc de Bourbon, fut pourvu du comte' de Ponlhieu par lettres du roi Jean , données , le 7 février, à Lyon , en considération de sa haute naissance, et pour récompense des services signalés qu’il avait rendus à l’état. Mais les assignations dont Philippe de Valois avait chargé ce comte', diminuaient fort le prix de ce don , et le réduisaient à fort peu de valeur. Il paraît même que les lettres du roi Jean ne fureut qu’une confirmation du don que le roi son père avait déjà fait de ce même comté à Jacques de Bourbon. Froissart en effet lui donne le titre de comte de Pontliieu du vivant de Philippe de Valois; et duCange dit avoir vu dans quelques mémoires que Jacques de Bourbon *e qualifiait comte de Ponlhieu dès l’an Ô47. Il cite, à cette occasion, des lettres de confirmation, données par ce prince le 26 juillet de cette année, pour l’acquisition d’une maison située près la Porte-Comtesse d’Abbeville.
EDOUARD III , pour la deuxième fois.
L’an i56o , Edouard III rentre en possession du Ponthieu par le traité de Brétigni , qui le lui abandonnait ainsi que la Guienue et autres pays pour les tenir désormais en toute souveraineté, comme voisins du roi et du royaume de France, sans aucune subordination de vassalité à l’égard de ce royaume et de sou souverain. Le roi Jean , à son retour de Londres, passa par Abbeville , où , pendant le séjour qu’il y fit , il donna des lettres d'abolition à ceux qui avaient abattu les châteaux d’Hiermont, de Long , d’Eaucourt , de Mareuil, de Maulon , de Doucat, et autres forteresses qui étaient aux environs d’Abbeville, decraiuteque les ennemis de la France 11e s’en prévalussent pour les incommoder. Arrivé à Paris, Jacques de Bourbon se dessaisit entre scs mains du Ponthieu , et à l’instant le roi fitexpédier, le 1 2 avril i56i, ses lettres adressées au clergé , aux nobles et à. toutes les communautés du Ponthieu, leur mandant qu’en conséquence du traité conclu avec le roi d’Angleterre , ils eussent à lui rendre obéissance comme à leur seigneur , lui faire hommagè et rendre tous les services et vasselages qu’ils avaient accoutumé de rendre à Jacques deBour-
bon , dernier comte de Ponthieu. Sa majesté commit en même tems , par d’autres lettres , Raoul de RainVal , grand-panetier de France, et le bailli d’Amiens ou son lieutenant, pour mettre le roi d’Angleterre. eu possession de ce comté''; ce qui fut exécuté, le 7 mai suivant, dans Abbeville.Aumois de juillet de la même année. le roi de France manda à Jean d’Artois, comte d’Eu, d’entrer en la foi et hommage du roi d’Angleterre pour les châteaux et fiefs de Cayeux , d’Avênes , de Huppi et de Vergier, au cas qu’ils fussent tenus du comté de Ponthieu. Il y eut dans la suite plusieurs contestations au sujet de la mouvance de ces châteaux entre le roi Charles V et le roi Edouard, qui soutenait qu’ils lui devaient être délivrés suivant le traité de paix, comme dépendants du Ponthieu. On nomma respectivement des commissaires pour connaître de ce différent et le décider. Mais celui qui survint entre les deux rois touchant la ville de Montreuil, fut d’une plus grande conséquence. Charles mettait en avant qu’il avait un château de son propre domaine à Montreuil ; qu’il avait bailli, prévôt et sergents dans la ville; que le ressort du siège de Montreuil tant en villes, églises, que seigneuries, s’étendait jusqu’à la rivière d’Authie ; qu’il avait droit de régale sur l’abbaye de Saint-Sauve; qu’il avait pareil droit sur l’église de Saiutc-Austrebertlie ; enfio i que le roi d’Angleterre n’avait à Montreuil que la justice vicomlière, quoiqu’il y prétendit toute justice et souveraineté. Edouard produisit vingt-neuf pièces pour justifier que les comtes de Ponthieu, ses prédécesseurs , avaient joui de la même autorité dans Montreuil comme dans le reste du Ponthieu. L’affaire mise en compromis fut débattue en 1367 et l’année suivante. Mais b guerre qui survint entre les deux couronnes au commencement dé 1569 , changea la face des affaires. Edouard se croyait, affermi daus la possession de toutes les terres qui lui avaient été délaissées, lorsqu’il s’y vit troublé tout-à-coup par un incident imprévu. Les seigneurs de Guienne , de Gascogne, d’AIbret, de Cominges , etc. , excédés par les exactions du prince de Galles, engagèrent , à force de remontrances , le roi Charles V à recevoir leur appel à la cour des pairs. Charles , avant de faire citer le prince anglais, avait écrit secrètement de Melun, le 19 mai 1 366, aux habitants d’Abbeville, de Calais et de Guiues , pour sonder leurs dispositions. Sur les assurances qu’ils lui donnèrent de leur attachement à la France , il fit sommer , le a5 janvier suivant, le prince de Galles à cpmparaitre en personne devant la cour des pairs Son refus deviut le signal de la guerre. Le roi , son père» ne doutant point que le Ponthieu ncfâtle premier attaqué, aonni ordre au sire de Perci et à t rois autres chevaliers de partir incessamment avec des troupes pour aller au secours de cette province. Mais comme ils étaient près de s’embarquer à Douvres; ils appri-
rent que Gui, comte de Saint-Pol , et Hugues de Châlillon , sire de Dampierre , grand-maître des arbalétriers , e'taient entre's avec cent vingt lances dans Abbeville, dont ils avaient trouvé les portes ouvertes. Le dernierétait chargé d’une commission du roi , datée du a5 avril 1569, pour prendre et mettre réellement et de fait eu la main de sa majesté toutes les villes et tous les châteaux du Ponthieu, d’en ôter les officiers du roi d’Angleterre, et d’y en établir d’autres au nom de sa majesté. Le sire de Dampierre, après avoir fait lecture de sa commission , le 5o avril , aux maieur et échevins d’Abbeville , se saisit de la personne de Nicolas de Louvain , sénéchal du pays pour le roi d’Angleterre , et de celle de son receveur, qu’il fit l’un et l’autre prisonniers. On fit aussi main-basse sur tous les effets appartenants aux Anglais. De là le comlc de Saint-Pol et son collègue se rendirent à Saint-Valeri , au Crotoi et à Rue, où ils firent les mêmes opérations qu’à Abbeville. Le comte de Saint-Pol apprenant que les Anglais s’étaient retranchés à Pont-de-Remi , vint avec ses troupes attaquer la place , et la prit de force après avoir tué plusieurs anglais. Il fit ensuite le siège du château de Noyelles , qui se rendit par composition , après quoi tout le Ponthieu fut soumis. Charles V , enchanté de la grande fidélité des habitants du Ponthieu , et particulièrement des bourgeois d’Abbeville, leur donna des marques de sa reconnaissance eu confirmant et augmentant leurs privilèges et franchises. Sur leur demande il promit, par une déclaration particulière du mois de mai i36g , de ne jamais aliéner, pour quelque chose que ce fût, ni le Ponthieu ni la ville d’Abbeville. Cependant, au préjudice de cette déclaration, le roi Charles VI , en traitant, le 5o juin 1406, du mariage du prince Jean, son fils , depuis dauphin, avec Jacqueline de Haiuaut, lui assigna une partie de sou apanage sur le Ponthieu. Mais les habitants d’Abbeville lui ayant fait des remontrances à ce sujet, il donna au mois de mars 141 1 ( V. S. ) , des lettres par lesquelles il révoquait les aliénations ou transports qu’il pourrait avoir faits à ses enfants ou autres pour leur apanage, mariage ou autrement , au préjudice des privilèges du Ponthieu. ( Reg. de la ch. des comies de Paris , cote G. , fol. ig5. ) Toutefois on voit des lettres de l’année suivante , par lesquelles ce prince accorde au prince Jean lePonthieu pour le tenir en pairie, ctpourla sûreté du douaire de la princesse Jacqueline, sa femme. Le jeune prince étant mort le 5 avril 1417 ( N. S. ) , sa veuve demeura en jouissance du Ponthieu, même depuis qu’il fut rentré sous la puissance des Anglais. .On voit eu effet des lettres du roi d’Angleterre , Henri VI, datée du 1e1' février 1424 (V. S.), par lesquelles il donne à cette princesse, alors remariée à Jean , duc de Bradant, les revenus du Ponthieu, pour eu jouir durant le cours de
son douaire. ( Reg. de la ch. des comptes de Paris , cote I , fol. 57-60. ) Cependant le dauphin Charles prenait le titre de comte de Ponthicu depuis la mort de son frère. Parvenu à la couronne sous le nom de Charles VII , il reconquit le Ponthieu sur l’Anglais, avec la plus grande partie de ses autres états. Mais en 14^5, par le traité de paix , il fut contraint de l’engager , avec toutes les villes situées sur la Somme, à Philippe le Bon , duc de Bourgogne , pour 400 mille écus ( 1) , dont le payement ne se fit qu’après sa mort. Ce fut Louis XI , son successeur , qui, l’an i4&5 , s’acquitta de cette somme envers le duc. S’étant rendu à cet effet en Picardie, il fit son entrée solennelle à Abbeville, et de là il alla trouver le duc à Hesdin , où il lui fil compter la somme convenue , après cjuoi les villes engagées furent restituées à ce monarque. Mais a peine Louis était-il en possession de ces places , qu’il se vit dans la nécessité de les engager encore une fois pour la même somme au comte de Charolais pour sa vie, par le traité qui se fit à Conflans le 5 octobre >465. Le comte fit , le 2 mai de l’année suivante , sa première entrée dans Abbeville, où il reçu» à la porte les serments de fidélité des maïeur, échevins et bour-
f;eois, et fit ensuite le sien de garder fidèlement les droits de 'église, du roi et de la vij|e. Pendant son séjour il changea les officiers municipaux, et nomma capitaine de la ville Jean d’Auxi, * son premier chambellan , par ses lettres du 16 mai. Cette précaution ne lui suffit pas. Comme il avait remarqué dans les habitants une grande inclination pour le roi, il fit élever à l’embouchure de la Somme un château pour les tenir en bride. Le comte avait alors succédé à Philippe, son père , dans le duché de Bourgogne. Le ponthieu lui demeura soumis jusqu’à sa mort, arrivée le 5 janvier 1477. Les habitants d’Abbeville , ayant appris cette nouvelle , chassèrent aussitôt la garnison bourguignonne et te déclarèrent sujets du roi. Ce monarque de son côté ne tarda point d’envoyer le grand-maître des arbalétriers , Jean d’Etouteville, sire de Torci , pour reprendre en son nom toutes les places de 1» Somme. 11 fut reçu avec acclamations, le 17 janvier daus Abbeville.
L’an >585 , le roi Henri III donna le Ponthieu à sa sœur naturelle , Piane , en échange de la ville de Chàtelleraut , dont elle
(1) C’étaient des écus d’or; car il n’y en avait pas d’autres avant la fia du règne de Louis XIII, ou avant l’an 164 >• Or l'écu en i435, suivant Le Blanc, était d’or fin et de la taille de 70 au marc. Ainsi 4<>0 niilb écus étaient égaux il cinq mille sept cents quatorze marcs et deux septièmes, qui, à raison -de 828 liv. 12 s. le marc , font \ millions 734 mille 857 hv. à a. 10 d. de notre monnaie actuelle.
jouissait auparavant, pour le tenir sa vie durant. Celte princesse était fille du roi Hènri JL et d’uup pîémontaise nommée Philippe leDuc. Elleavait d’abord épouse' , l’an i553, Horace Farnèse , duc de Castro, qui fut tue' la même anne'e au siégé d’Hesdin, Elle se remaria enfin , l’an 1 557 , à François, duc de Moutmürenci , maréchal de Frhnce , qu'elle perdit le 6 mai 1^79, sans fin àvoir; eu d’enfants. Diane lui surve'cut jusqu’au! i janvier 1619, e'poque de sa mort. Par son testament , elle institua son he'ritier François de Valois, comte d’Alais , son petit-nevep, auquel elle substitua Louis, son frère, petit-fils de Charles de Valois , comte d’Auvergne.
Crari.es de Valois, fils naturel dd roi éharlealXet de Marie Touchet, né au château de Fayet en DauphiMy le a5 janvier 1572 , selon du Cange , et le 28 avril de l'année «ïuvante, suivant le père Anselme, obtint du roi Louis XIII le duché d'Augoulême st le comte' de Ponthieu, malgré la promesse que le roi Henri IV irait faite aux habitants d’Abbeville et à la sénéchaussée de Ponhieu par lettres du mois d’avril 1 5g4, qu’après le décès de Diane le Valois , ils demeureraient inséparablement unis à la couronne ans pouvoir en être démembrés sous quelque prétexte que ce 11 Les habitants du Ponthieu députèrent au roi pour lui faire s eurs remontrances touchant l’inaliéuabilité de ce comté. Mais m les paya de belles paroles , et Cliarles garda le Ponthieu jusqu’à sa mort, arrivée le 24 septembre i65o. (Voy. les duc* C Angouléme. )
i65o. Louis de Valois , fils de Charles de Valois et de Charotte de Montmoreaci , né l’an i5q6 , à Clermont en Auvergne , ot dévoué dès son enfance à l’état ecclésiastique, pourvu en conequence des abbayes de Saint-Allire de Clermont et de la Chaiselieu, puis nomme', en 1612 , à l’évêché d’Agde. Mais Henri, on aîné , comte de Lauraguais , étant tombé en démence , et ?rançois , son puîné, étant mort en 1622, il prit le titre de comte l’AIais que portait ce dernier. Il suivit alors le parti des armes ans quitter ses bénéfices. Etant passé , l’an 1620 , avec notre arnée eir Italie, il donna des preuvesde sa valeur au siège de Monalban et en d’autres occasions. De retour en France , il alla ervir , en 1628 , au siège de la Rochelle, et, l’année suivante ,
1 l’attaque de Privas. 11 eut de l’emploi dans la guerre de Lorraine n i635, et s’y distingua de manière que le roi , pour le récomlenser de ses services , l’éleva , l’an 1637 , au grade de colonel- ;énéral de la cavalerie légère , et lui donna le gouvernement de ’rovence. Il succéda, l’an i65o, à son père, dans les duchés ’Angoulême et les comtés d’Auvergne et de Ponthieu. Il mourut
544 CHR. HTST. DES COMTES DE PONTHIEU
le i3 novembre i653, laissant d’Henriette de va Guichs, si femme , veuve de Jacques de Matignon , comto de Thorigni ( morte le 22 mai 1682 ) , une fille , qui suit.
1653. Marie-Françoise , fille de Louis de Valois, née le aj mars 1 6^5 1 , mariée, le 3 novembre 1649? * Louis de Lorraine, duc de Joyeuse , grand-chambellan de France, succéda, par lettres-patentes du ig juillet i653, à son père,, dans le comté de Ponthieu, comme dans le duché' d’Angoulemeet les comtés d’Alais et de Lauraguais. Devenue veuve , l’année suivante par la mort de son époux , arrivée le 27 septembre, à la suite d’une blessure qu’il avait reçue devant Arras , elle tomba dans un e'tat d'imbécillité qui la fit renfermer à l’abbaye d’Essei près d’Alençon, où elle mourut le 4 maJi >696, laissant un fils , qui suit.
1654. Louis-Joseph de Lorraine, duc de Guise et prince de Joinville , né n Toulon au mois d’août i65o , de Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, et de Marie Françoise deValois, fut pourvu du duché d’Angoulêmc et du comté de Ponthieu par letlret-patentes données à la Fère le 5o septembre it)54- Il mourut de li petite vérole le 3o juillet 1671 , laissant un fils âgé d’un an, François-Joseph , qui mourut le 16 mars 1675. ( Voy. les sires et princes de Joinville. )
Il y a apparence que ce ne fut qu’après la mort de Marie-Françoise de Valois , femme de Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, que le Ponthien fut irrévocablement uni à la couronne, puisque, par lettres-patentes, elle eu avait la jouissance pour sa vie.
DES
Le Boulonnais , compris anciennement dans le pays des Morins et depuis dans le Ponthieu jusqu’après le milieu du ixe siècle , forpie aujourd’hui dans la basse Picardie une étendue de douze lieues en longueur sur huit de largeur, entre le comte' de Guines, l’Artois , le Ponthieu et l’Océan.
On convient maintenant que Boulogne , sa capitale , est le Gesoriacum des anciens. Le nom de Bononia , change' depuis par alte'ration en celui de Bolonia ne paraît lui avoir e'te' donne' que vers la fin du me siècle de l’e'glise. Le plus ancien auteur qui ait identifié Gesoriacavec Boulogne est le rhéteur Eumenius Pacatus. Dans le panégyrique de l’empereur Constance Chlore, parlant d’une expédition de ce prince contre le tyran Cnrausius et les écumeurs de mer , il fait mention d’une estacade au moyen de laquelle il les avait empêchés de sortir du port de Gesoriac dont ils s’étaient saisis $ et dans le panégyrique de Constantin , fils de Chlore , il dit , en rappelant cette même action , que c’était au port de Boulogne, qu’elle s’était passée : Ëxercitum ilium qui Bononiensis oppidi litlus'insederal , lerrâ pariter ac mari sep sit. L’auteur anonyme d’une vie du même Constantin , publiée par Henri de Valois à la suite de son Ammien Marcellin , est encore plus formel , en prenant indifféremment Gesoriac et Boulogne dans un même texte ; c’est en parlant de la célérité avec laquelle Constantin traversa l’Italie et les Alpes , et se rendit auprès de son père à Boulogne , nommé Gesoriac , dit-il , par les Gaulois , pour se soustraire aux embûches qui lui étaient dressées a la cour de Dioclétien: Qui ut Severum per Jtaliam transiens vitaret , snmmâ festinalione , veredis post se truncatis , Alpes transçressus ad patrem Constaniium venit apwt/Bononiam quant Galli prias Gesoriacum vocabant. Ce qui donna occasion de substituera Gesoriacum le nom de Bononia } c’est, suivant l’opi-