ANTOINE DE BOURBON
«537. A s Toi ne , deuxième fils de Charles de Bourbon , dac de Vendôme, et de Françoise d’Alençon, né à la Fère le 22 avril 1 5 1 8, succéda, l’an 1 537, à son père dans le duché de Vendôme et le gouvernement de Picardie. Héritier de la valeur de ses ancêtres , il passa sa jeunesse dans les camps , et s’y distingua pat' son adresse dans les exercices militaires. Le roi François i'r ayant déclaré la guerre à l’empereur en i536, il lut chargé de détendre la Picardie , et il le fit avec succès. ( Mémde du Bellai.) La guerre s’étant renouvelée en i543, lui fournit de nouvelles occasions de se distinguer, vers le même tems à peu près que le comte d’Engliien , son frère , se couvrait de gloire en Piémont par la bataille de Cérisoles, gagnée, le 14 avril i544 , sur le marquis du Guast; Antoine mit en déroute huit cents cavaliers et douze cents lansquenets , qui venaient «e joindre à l’armée du rôi d’Angleterre , allié de l’empereur , qui faisait le siège de Montreuil.
François Ier avait pensé à marier le duc Antoine avec Jean« VAi jürst , fille unique de Heuri d’Albret; roi de Navarre, au>-
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sitôt qu’elle se trouva dégagée des liens force’s qu’elle avait coutracte's en i54» avec le duc de Clèves. Mais, quoique les paroles lussent données , et que les deux amants eu désirassent avec ardeur l’accomplissement, le père et la mère de la princesse firent des difficultés , qui tinrent le mariage en suspens durant Je régne de François 1er. La principale fut occasione'e par la demande que l’empereur fit de la main de Jeanne d’Albret pour Philippe son fils , veuf alors de Marie de Portugal , sa première femme, décédée le 16 juillet j545. Charles-Quint s’obligeait à ce prix de leur restituer le royaume de Navarre. L’offre était flatteuse; mais en l’acceptant, Henri et son épouse auraient risqué de se voir dépouillés du duché d’Albrct, du Uéarn , des comtés de Foix et d’Armagnac , et des autres biens qu’ils tenaient dans ce royaunie : « car la France n’aurait jamais souf- » fert qu’une vassale de la couronne portât toutes ces posses- ». sions à un voisin déjà trop redoutable , et lui donnât une » entrée libre jusques dans le cœur du royaume. Cependant le » ressentiment pouvait les entraîner de ce côté-là ; car ils avaient » à se plaindre du gouvernement. Jean d’Albrct, on le savait ,
» n’avait perdu la Navarre que par son extrême attachement » pour la France. Louis XII et ensuite François I*r s’étaient » obligés , par des actes authentiques , à le remettre à léurs frais b en possession de ce royaume. Après un ou deux essais , qui »> n’avaient été malheureux que parce qu’on n’avait pas voulu » faire la dépense nécessaire , on avoit transporté le théâtre de » la guerre eu Italie , où chaque campagne coûtait plus d’argent » qu’il n’en aurait fallu pour le recouvremeut de la Navarre ; et •> l’on avait fait plusieurs traités avec l’Espagne sans y faire inter- » venir le roi détrôné, et sans y réserver scs droits » . ( M. l’abbé Garnier, Histoire de France, T. XIII, in~4°. j Ce fut le roi Henri II qui leva ces difficultés en faisant usage de son autorité pour obtenir le consentement du roi de Navarre au mariage de sa fille avec le duc de Vendôme. Les noces furent célébrées à Moulins le 20 octobre i54b (etnoni55i), en présence des rois et reines de Navarre et de France. (Sainte-Marthe, Gén. de la M. de Fr. , |T. II.) La reine de Navarre , soit par aversion pour le duc de Vendôme, soit par quelque autre motif qu’on ignore, n’avait signé qu’en pleurant le contrat de mariage. I.e roi, son époux, fit sentir dès lors son autorité à son gendre.
« L’ayant fait venir , il le reprit aigrement sur son train , sur sa » dépense ; lui aunonça qu’il devait s’apprêter à lui obéir , à » vivre autrement qu’il n’avait fait par le passé , et à réformer » ce tas de valets et de bouches inutiles qui le rongeaient. Dès » le lendemain des noces, il alla chez son gendre, chassa de la » maison la plupart de ses officiers, et réduisit à moitié les gage» *
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»de ceux qu’il conservait. Content d’obtenir ce qu’il désirait 1# » plus , Antoine se garda bien , dans ce moment , de le contre* » dire ; il risquait d’autant moins , que ne devant pas vivre » sous les yeux du vieillard , mais à la cour ou dans son gou«* » vernement de Picardie , il aurait toutes les facilités qu’il pou- » vait désirer pour rappeler ces malheureux qu’on chassait , et « reprendre un état de maison conforme à son rang ». ( A Jouv. Hist. de F r. ibid. ) Après la mort de ce prince \ arrivée l’an 1 555 , le duc de Vendôme quitta son gouvernement de Picardie pour aller prendre possession des états de son beau-père. Mais Je roi de France , Henri 11 , ne vit pas sans crainte la puissance de ce vassal de la couronne si prodigieusement augmentée. Les faibles débris de la Navarre , qui formaient à peine une ombre de royaume, n’étaient que la moindre portion de l’opu-; lente succession qui lui était échue. La principauté de Béarnv le duché d’Albret, les comtés de Foix,de Bigorre, d’Armagnac,» de Rodés , de Pe'rigord, et la vicomté de Limoges , qui s’y trouvaient joints , étaient des objets dont la réunion dans la même main pouvait justement alarmer le monarque. 11 proposa luimême au nouveau possesseur de les lui céder en échange d’au*, très terres , situées dans l’intérieur du royaume. Mais Antoine
3e Bourbon s’excusa sagement en disant que, tenant ses états e sa femme , il ne pouvait en disposer sans son aveu. Jeanne d’Àlbret était bien éloignée d’entrer dans les vues du roi. EUe di$simula néanmoins le dépit qu’elles lui causaient, et pria le roi de lui permettre d’aller elle-même avec son époux porter cette proposition à ses sujets , afin d’avoir leur consentement pour être déliés de leur serment de fidélité. Henri II ne put se refuser à cette demande ; mais ne doutant point du succès de son projet , il donna d’avance, par forme de dédommagement , à Antoine de Bourbon le gouvernement de Guienne , qui s’étendait alors depuis les Pyrénées jusqu’à la Loire. 11 fut bien étonné lorsque , rendue en Navarre , Jeanne d’Albret lui' fit savoir que rien ne serait capable de la faire consentir à l’échange proposé. Elle s’attendait bien , ainsi que son époux , à’ voir éclater U vengeance du monarque. Pour en prévenir les effets, ils se bâtèrent de fortifier les principales de leurs places, telles que Pau, Navarreins et Oléron. Mais d’autres soins obligèrent Henri 11 de renfermer eu lui-même son ressentiment. Le roi de Navarre fut sans crédit à la cour de France sous .ee règne, et ses intérêts Rirent entièrement oubliés dans le traité de paix signé le 5 avril 1559, entre la France et l’Espagne. Antoine de Bourbon était alors engagé dans l’hérésie du calvinisme , et menait avec lui à la cour un ministre , nommé David , qu’il faisait prêcher eu sa préseneç. La reine çjç JSqvarye > dit Brantôme , qui éloii jeune, *
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belle et très-honnête princesse , et qui aimoil bien autant une danse qu’un sermon 9 ne se plaisoit point à cette nouveauté de religion , ni tant qu’on eust bien dit ; et pour çe je tiens de bon lieu , ajoute' t*il , qu'elle le remonstra un jour au roi son mari% et lui dit tout-à-trac que s'il vouloit se ruiner et faire confisquer son bien , elle ne vouloit perdre le sien , ni si peu qu’il lui es toit resté des roys , ses prédécesseurs , lesquels pour V hérésie avoient perdu le royaume de Navarre . Hérésie , Vappelloit ellc , d’autant que U pape Jules avoit déclaré hérétiques mal-à-propos tous ceux qui iroient encontre sa sentence donnée sur lacùnfiscation dudit royaume.
Le roi de Navarre ne fut pas en plus grand crédit à la cour de François II qu’il l’avait é té à celle de Henri son père. On lui refusa , la première fois qu’il y parut , une partie des honneurs qu’ on rendait aux princes du sang , et il ne fut pas même appelé au conseil où il devait assister en qualité de chef. Les Guises > maîtres alors du gouvernement , sous prétexte de lui faire honneur , mais , dans le vrai , pour l’écarter , le firent nommer , avec le cardinal son frère et le. prince de la Roche-sur-Yon , pour conduire en Espagne la princesse Elisabeth au roi Philippe II , son époux. Il s’acquitta de cette commission avec toute la magnificence qu’on pouvait attendre d’un grand prince. Mais il n’en fut pas mieux accueilli à son retour. On ne répétera pas ici ce qui a été dit à l’article des rois de Navarre, du risque qu’il courut aux états d’Orléans sur l’accusatiou formée contre lui et le prince de Condé son frère, d’avoir tramé la conjuration d’Amboise. . i > . .
Après la mort de François II , arrivée le 5 décembre i56o , le roi de Navarre disputa la régence à la reine Catherine de Médicis. Mais ni l'un ni l’autre n’en obtint le titre. Catherine en eut néanmoins la réalité; et pour consoler Antoine , elle lui. fit décerner , l’ail 1-56 r , par les états-généraux , la lieutenance-générale du royaume. Toujours attaché au calvinisme* F un de ses premiers soins fut de procurer la tenue du fameux colloque de Poissi > dans la vue d’y laire triompher le parti qu’il avait embrassé. L’événement ne répondit pas à. son attente , et il sortit du colloque mécontent des ministres qu’il y avait appelés: François d’Escars , son chambellan , s’étant aperçu de cette dis-
gosition , acheva de le décider* appuyé par le légat et Tarnassadeur d’Espagne , a rentrer dans le sein de Péglise. Bien des motifs humains, on ne peut en disconvenir, entrèrent dans cette conversion. Antoine se joignit alors au triumvirat, et devint l’ennemi déclaré des calvinistes. Ii chassa leurs minis— très de toutes les maisons royales , quoique protégés par la xcine son épouse , (ju’ils étaient' venus a bout de séduire* Il
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voulut même la contraindre d’aller à la messe; maïs sesmê^ nacçs et ses mauvais traitements échouèrent contre la fierté et l’entêt* ment de la princesse. Elle osa même répondre à Catherine de Médicis, qui voulut sc mêler de la convertir : Madame ; Si j'avais mon royaume et mon fils à la ,main , je les jeterais tous les ( leux au fond de la mer plutôt que d’aller à la messe .
Les calvinistes s’e'tant emparés des principales villes du royaume , entr’autres d’Orléans et de Rouen , donnèrent occasion par leurs entreprises à la première guerre civile. Antoine de Bourbon se hâta d’aller réduire la dernière de ces deux places, afin de prévenir le secours qu’elle' attendait de l’Angleterre. En toute cette guerre , dit Brantôme , pour si peu de tems que ledit roy ( de Navarre ) la mena comme lieutenantgénéral du roy , il s'y montra fort animé, brave, vaillant , courageux , échauffé , colère , et prompt à en faire pendre , comme j'ay vu . Aussi les Huguenots le haïssoient comme un beau diable et le dépaignoiènt - de vilaines injures : car ces messieurs savent aussi mal dire que bien dire. Le siège de Rouen se fit y ou il n épargna pas ni sa peine non plus que le moindre soldat du monde : si bien que lur s'appareillant pour aller à l'assaut , * moitié mené du brave et généreux courage qu'il a toujours possédé , moitié d'ambition et d'émulation qu'il portait de tout tems à M . de Guise , qui , en telles actions , se hasardoit toujours des plus avant , estant dans le fossé et prest à y monter , ainsy quil s'estoit
tourné pour pisser il eut une grande arquebusade dans
Vespaule .... dont il tomba à demy et rendit sa gorge. La place ayant été emportée le 26 octobre, il s’y fit porter sur son lit par des Suisses à travers la brèche principale. Cependant l’incontinence ayant rendu sa plaie mortelle au jugement des médecins , il voulut être transporté en bateau à sa maison de S linl-Maur-des-Fossés. Mais, arrivé à la hauteur d’Andeü , on grand frisson dont il fut saisi ne lui permit pas de continuer sa route. Il y mourut le 17 novembre 1662 , dans la quarantecinquième année de son âge (et non pas à quarante-deux ans, comme le marque M. de Thon) (1). Ce prince, avec un courage capable d’affronter les plus grands périls, avait dans le caractère une facilité qui dégénéra en irrésolution et en faiblesse. IL avait eu de son mariage cinq enfants , dont trois moururent fort jeunes. L’un d’eux , nommé le comte de Merle ,
(1) Los Huguenots lui firent cette plate épitaphe:.
Amis Français, le Prince ici gissant Vécut sans gloire et mourut eu pissant}. .
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sc tua èn tombant d’une fenêtre par la faute de sa nourrice. Les deux qui lui survécurent, sont Henri , qui- suit , et Catherine , femme de Henri , duc de Bar. Antoine de Bourbon eut aussi, de Louise de Rouet de la Be'raudière , Charles de Bourbon, qui, ayautété légitimé', fut évêque de Comminges, de Lecloure, enfin archevêque de Rouen, et mourut au mois de juia j 610. (Voyez les rois de Navarre.)