‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 299 sur 582 · ET DES COMTES DE GENEVOIS · texte numérisé non relu

ET DES COMTES DE GENEVOIS

GenàvB | en latin Genevn, Goûta, Janola, Germa , et Cektana) , ville ancienne du pays des Allobroges (i) , située sur le Rhône, a l'endroit où il sort do lac l.éman, ou de Genève. Deux parties inégales la divisent, dont la moindre, assise sur une montagne , et nommée la vieille ville, renferme l'ancienne cathédrale, dédié? à saint Pierre; l'autre, plus nouvelle , s'és'etend dans la plaine des deux côtés du (leuve. Après avoir été soumise, pendant environ cinq siècles, aux llomains, Genève, avec son territoire, tomba, vers l'an 4'^» sous la puissance des Bourguignons. CHilpéric, leur troisième roi, fils de Gond i oc , y établit sa demeure. Il parait que Gpnève reçut la lumière de 1 évangile vers la Gn du deuxième siècle de l'église, et que dans le cinquième, au plus tard, elle devint un sié| éniscopal : mais de donner une suite chronologique de ses év.

le défi

e, c'est ce que le défaut de ments authentiques ne permet pas. Son église, étant devenue la proie des flammes, fut rebâtie au commencement du sixième siècle, et consacrée par saint Avit, évéque de Vienne, son métropolitain , qui , dans cette occasion , prononça une homé-

(i) Le paya des Allobroges s'étendait depuis l'Itère, du rôle" du xaidi, jusqu'à Genève Le Kbone le bornait du côié du rourh ot : il Comprenait la partie du Dauphiné qui est entre ce fleuve et l'Itère, la Savoie proprement dite, le Génevnia, Genève et ai*s environa , qui aoat a I orient du lac l.émari, et au midi de cette ville. Le Hbdne Mf Hait le» Allobroges des Se'busîens et des Sè'quanais. Ce même fleuve, «pois Genève jusqu'au pava de la Cluae, Ira séparait des Helvétieos. Ils iraient au levant les Nantuates, qui occupaient une partie du Chsblais, et les Centrons, qui tenaient la Tarentaiae. Vienne, ea Pau» biné , éu.t la capitale des Allobroges.

lie, où, parlant aux Genevois, il appelle saint Pierre leur patron, polrono oestro. C'est sur l'emplacement de cet édifice, et sous le mime titre, que fut élevée, dans le onzième siècle, la nouvelle cathédrale, telle qu'on la voit aujourd'hui. Clotilde, fille de Lhilpéric , était a Genève lorsqu'Aurélien, ambassadeur de Clovis , vint , au nom de son maître , en faire la demande au roi Gondebaud , oncle de la princesse et meurtrier de son père. Sédeleube, dite aussi Chrone, soeur de Clotilde, avait fait bâtir, vers l'an 5oa, avant de prendre le voile, une église, au faubourg de Genève, en l'honneur de saint Victor, l'un des martyrs de la légion thebéenne, dont elle fil apporter le corps de Solcure , compris en ce tems-la dans le diocèse de Genève. L'évéque, qui siégeait alors dans cette ville, est appelé Donatien par MM. de Sainte-Marthe , et par d'autres , Domiticn.' Genève suivit le sort du royaume de Bourgogne, lorsqu'en 534 il eut été conquis par les enfants de Clovis.

A PPEIL1N gouvernait l'église de Genève en 6aa , ou 6a4 au plus tard , et fit, cette dernière année, un mauvais personnage au troisième concile de Mâcon , en prenant, contre saint Kuslase, abbé de Luxru, le parti du moine Agreslin, qui osait décrier la règle de saint Colomban.

F.ginhard, dans ses annale*, nous apprend que, l'an 773,' Chariemagne , allant combattre Didier, roi (les lombards , pour venger l'église romaine qu'il opprimait, s'arrêta a Genève, et que la , dans un conseil qu'il y tint , il partagea son armée eq deux divisions , dont il confia la première à Bernard , son oncle , pour la conduire en Italie par le Mont Jura , et se mit à la lête de la seconde, pour la mener par le Mont Cenis.

Rodolphe, fils de Conrad, ayant fondé, l'an 888, le nouveau

i".8 CHRONOLOGIE

myaume de Bourgogne, y comprît la ville de Genève et son territoire. Il y avait alors, sous la dépendance, à ce qu'il parait , de l'évoque de Genève, un comté de Genevois, dans lequel était renfermé le prieure (depuis abbaye ) de Talloire, près du lac d'Antieci , où la crainte des barbares avait fait transporter de Tournus le corps de saint Philibert. C'est ce que déclarait Boson, roi de Provence, dans un diplâmc de l'an 879, par lequel il donnait, en l'honneur de ce saint, plusieurs terres, dans lesquelles était compris Talloire , a l'abbaye de Tourous. ( Chifllet , ilist. de Tournus , pr. pag. ss3a. )

L'an 881 , l'église de Genève étant dépourvue de pasteur, le clergé fit choix d'un clerc, nommé Optandus, pour remplir le siège vacant. Olran , archevêque de Vienne, de concert avec Boson , roi de Provence , s'opposa à cette élection , et nomma d'autorité, comme métropolitain, un autre évêque de Genève, quil consacra. Optandus , s'étant rendu a Rome , fit confirmer son élection par le pape Jean VIII, qui le renvoya après l'avoir de même consacre. Mais Olran le fil enfermer, a son tour, dans une étroite prison, après l'avoir dépouillé de tout. Le pape, informé de cet excès de violence, écrivit à l'archevêque une lettre pleine de menaces, dans laquelle il le somme de remettre en liberté son prisonnier dans huitaine, sous peine d excommunication. Olran , pour se justifier, répondit au pape qu'Optandus était un étranger et un intrus, qui s'était emparé du siège de Genève sans avoir reçu, dans celte église, ni le baptême, ni l'ordination cléricale , ui sou éducation. Le pane , dans sa réplique , témoigne son élonnement de ce que l'archevêque feint d'ignorer ce qui est connu de tout l'Occident : Admiramur quùd Ma vos nescire dieitis , çua totus Occidens non ignorai. (Joan. Ep. pag. g3 et 95.) Rien ne nous apprend U suite de celte affaire.

L'an 999, l'impératrice Adélaïde , veuve de l'empereur Otton I, apprenant que le trouble régnait dans les états de son

neveu , Rodolfe lit, roi de Bourgogne, se mit en route, malgré son grand âge, pour y rétablir le calme. Dans ce voyage, elle arriva, dit saint Odilon dans sa vie, a Genève, pour y ho-

)ur y rétablir le calme. Dans ce voyage, Ion dans sa vie , ' norer les reliques du martyr saint Victor.

CONRAD I jouissait du comté de Genevois sur la fin du dixième siècle. 11 eut pour successeur ROBERT I , son fils, qui, l'an 1019, ou loao, suivant Guichenon , fil donation de plusieurs dîmes et terres allodiales à l'église de Pellionex. Robert fut remplace par son fils Conrad II , sur le gouvernement duquel, non plus que sur l'année de sa mort , nous n'avons aucune lumière. (Bibl. Sebus , c. XL.)

1, parBerthe, sa mère, de Rodolphe, : Genevois en 10^4. L'empereur Con-

GEROLD, petitroi d'Arles, était comle de

raJ le Salique étant venu cette année à Genève, y reçut, dit llcrman le Contrait ( in Ckron. ad hune an.) , les soumissions du comte Gérold , de l'archevêque Burghard , prélat de haute naissance et de grand courage , mais scélérat en tout point et sacrilège , archirpiscopum Burghardum , génère nobilem et sire nuum , sed per omnia scelettvm et sacrilegum , et celle de plusieurs autres princes du pays, partisans jusqu'alors d'Eudes, comle de Champagne, qui disputait le royaume de Bourgogne a Conrad. C'était la nécessité qui les avait amenés aux pieds de l'empereur, après avoir été vaincus par Upert, comte de Bourgogne, et général de l'armée impériale. ( H'ippo, cit. Chunradi, Salir, «pud Pistnr , lom. III , pag. 478.) Du n-ste, le portrait que fait Hi rman de Burghard ( le même sans doute que Burchard U , arche vêque de Lyon), est bien différent de celui que tracent, du même prélat , les autres historiens.

FRÉDÉRIC était évêque de Genève en 1010. (Mabill. Annal, tom. IV, pag 37t.) En io4g, comme le prouve Guichenon ( Bibl. Sebus., pag. 3i8 ), et non en io5o, comme d'autres le marquent, il assista, avec Halinard, archevêque de Lyon,

Hugues de Besançon , et Aimon , évêque de Sion, à la consécration faite par le pape Léon IX, de l'église de Saint-Ktienne de Besançon- Frédéric s'étant rendu, l'année suivante, à Rome, fut un des prrlals qui composèrent le concile, que le même nape y tint pour la condamnation de l'hérésiarque Bérengrr, et ta canonisation de saint Gérard, évêque de Toul. (Mabill., Ibid., pag. 7^9.) La grande Bible latine, que l'on conserve manuscrite a la bibliothèque publique de Genève, et dont les caractères appartiennent au dixième siècle , est regardée comme un présent fait, par ce prélat, à son église. MM. de Sainte» Marthe lui donnent trente-sept ans d'épiscopat, sans en dater ni le commencement , ni la fin.

ROBERT II, Gis de Gérold, suivant les modernes, lui succéda (l'on ne peut dire en quelle année) au comté de Genevois. Dans les notes , sur l'histoire de Genève de M. Spon ( pag. 36- 37 ) , on prétend qu'à l'exemple de son père , il eut de grands démêles avec l'évêque de Genève, sur leurs droits respectifs, que le prélat , voyant Robert en étal de lui faire la loi , maître comme il était des châteaux qui avoisinaient Genève , prit 1« parti de s'accommoder avec lui , en lui inféodant le pays genevois : mais il y a bien de l'apparence , comme on l'a déjà remarqué, que cette inféodation est antérieure au comte Robert 11. Quoi qu'il en soit, Robert fut remplacé, dans le comté de Genève , par AIMON , dont le frère, Gui, ou Wido , était dans le même tems évêque de Genève. Pierre le Vénérable ( liv. I , De Mirac, c. a4), parlant de ce prélat, dit qu'il élait dW haute noblesse , mais de mœurs peu assorties à la sainteté de son caractère. « Car , ébloui comme il était , ajoute-t-il , par

• l'éclat de sa naissance , et nageant dans l'abondance des n- ■ chesscs, il s'acquittait négligemment des fonctions de l'épi»- » copat. Cependant, né avec un coeur bon et compatissant, il

• faisait d'abondantes aumônes aux pauvres et aux églises; et m qui lui mérita la grâce de terminer le cours de sa vie par une » bonne confession, avec un repentir sincère de ses fautes». On verra ci -après quelques preuves de sa libéralité , qu'on qualifiera, si l'on veut , de charité. Le comte Aimon , du consentement de Gérold , son fils , donna , vers l'an 1090 , au monastère de Cluse, en Piémont, la terre de Charoonix, Campum munitum , située dans les Alpes, au pays de Faucigni. (Bibl. Sebus., pag. io5.) Ce même Aimon, conjointement avec Itte, son épouse , fille de Louis , seigneur de Faucigni et de Tetberge, ratifia , vers l'an 1090 , l'acquisition que l'abbaye de Saint- Oyend, ou de Saint-Claude, dite aussi de Condate, avait bile de plusieurs alleux situés dans la terre de Scissi , qui lui avaient été vendus par des hommes ingénus , et lui permit d'en acquérir d'autres de pareille nature : nous réservant, ajoute-t-il, la corvées de bœufs, que peuvent nous devoir les paysans qui cultiveront ces terres , et le droit de les obliger à comparaître à notre plaid général : Retinemus autetn in hae concessions , ut si in terra quant huiusmodi tu quisilitme prafaii monachi obfinittrint. rusiicanus uliquis habitat , boœs sues in corvala mea exhibent , et in placito generali oidnorum suorum more setneiipsum prtesentel. {Bibl. Sebus. , pag. 3a5.) L'année suivante, Aimon sous-, crivit à la donation que l'évêque , son frère , fit à la même abbaye de l'église de Sainte-Marie de Seissi , avec les offrandes et fa dîmes, sans retenir autre chose que le droit qu'il appelle parocta, terme cité par du ( ange, sans l'expliquer, et les services dus tant à lui qu'à son arcniprêlre. (Bibl. Sebus-, p.

Gui ne borna point là ses libéralités envers l'abbaye de Saint- Claude. Nous avons de lui une autre charte , souscrite encore par Aimon , et datée de l'an 1 1 10 , par laquelle il donne a ce monastère plusieurs églises , situées dans le Bugei , le pays de Gexet le Valromei. (Bibl. Sebus., pag. 18a.) Ce prélat assita, l'an 1117, suivant MM. de Sainte Marthe, ou plutôt l'an i nQ» à un concile tenu à Touruus, et qu'on ne connaît guère dVijleurs. La même année 1 119, GuiTh don à l'abbaye de Cluni, entre le» mains de l'abbé Ponce, de la terre de Condamtnf ,

dans le Faucigni. La charte qu'il fit expédier à ce sujet, 1rs noms de plusieurs de ses parents; savoir : Louis, son père ; Ermerard , son aïeul; Guillaume, son frère; et des (ils de celui-ci, Rodulphe, Louis, Raymond, Gérard, évéque de Lausanne, et Amédée, éviVjue de Saint-Jean de Mauncnne, Je leur mère L'tilie, et de leur aïeule Tetberge. ( Bibl. Sebus , pag. 15-17.) Le nécruloge de Genève, disent les mômes auteurs , lui donne cinquante ans d cpiscopal , et met le jour de sa mort a la veille de la Toussaint

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE GENÈVE, énonce

HiïMBEnT DB GRAMHOST, d'une ancienne maison du Bugei, fut le successeur de Gui dans l'évfché de Genève. Le comte Aimon, par la condescendance de Gui, son frère, avait empiété sur les droits de l'évèque. Sommé, par Humbert, de restituer a son église ce qu'il avait usurpé sur elle , et surtout les dîmes avec les droits seigneuriaux , il consentit a la lin de s'en rapporter au jugement du pape Calliste II , qu'il avait connu particulièrement lorsqu'il était archevêque de Vienne. Calliste renvoya l'affaire à Pierre, son successeur à Vienne et son légat. Le prélat et le comte s'élanl présentés, Tan 1124, devant ce légat, à Seissel , firent, dans une assemblée nombreuse, par le jugement d'arbitres choisis, le traité suivant, qui doit être regardé comme le code des lois fondamentales de l'ancien gouvernement de Genève, en ce qui concerne les droits de l'évèque et du comte. Aimon fit au prélat remise du tiers des dîmes qui restaient en nature entre ses mains , et déchargea ses vassaux du tiers des redevances dont ils étaient tenus envers lui , pour raison des portions de la même dîtne , qu'il leur avait sous-inféodées , afin qu'a son exemple ils les restituassent avec les églises dont ils jouissaient. Remarquons avec M. Lévrier ( Chronol. hîsl. des évéques et comtes de Genève ) que le comte ne fait que permettre cette restitution à ceux de ses vassaux qui seront de bonne volonté, sans leur en faire une loi , consentant néanmoins d'y satisfaire pour le tiers seulement des dîmes, sans qu'ils poissent y être contraints par les voies canoniques. A l'égard des deux autres tiers , l'évèque permet que le comte en reste possesseur. Par une ancienne loi constamment observée chez tous les peuples, les serfs ne pouvaient être promus aux ordres sacrés , ni même entrer dans le clergé sans une permission expresse de leur seigneur : permission nui tenait lieu d'affranchissement. Le comte dispense de celte toi ses sujets mainmortables , qui seront désormais promus aux ordres sacrés , et permet a tous ceux qui sont libres de leur personne , de posséder des fonds roainmortables , avec promesse de ne pas saisir leurs biens sans y être autorisé par sentence légale des tribunaux ecclésiastiques. Il reconnaît, de plus, que la justice sur tout habitant de Genève, de quelque maître qu'il dépende, eujuscumque slt homo , n'appartient qu'à l'évèque, qui seul pareillement a le droit d'aubaine sur ceux qui ont habité pendant un an cl jour dans la ville. En confirmant au comte le droit de résider a Genève avec sa famille , on ne lui en accorde aucun sur les citoyens , ni sur aucun des objets qui réassortissent à la juridiction épiscopalc. C'est à l'évèque. seul que sont attribués les droits de gîte , de forage sur les vins, de rivière, lea péages, les pâturages, les corvées, les échanges de maisons, les foires, les marchés, et la jouissance des biens de tout censitaire, ou vassal qui meurt , jusqu'à ce que le successeur ait reconnu le prélat pour son seigneur. Défense au comte d'attenter à la liberté d'aucun citoyen, soit ecclésiastique, soit laïque, et même de faire arrêter ses propres sujets dans la ville. Knfin , l'évèque a le droit ejclusif de faire battre monnaie, non-seulement dans la ville, mais dans toute l'étendue de son diocèse. D'après ces arrangements , l'évèque permet au comte de garder l'ancien fief et patrimoine de saint Pierre, en ce qui concerne les biens séculiers, et même les deux tiers des dîmes , à la charge de tenir le tout en fief de l'église de Genève, et de lui prêter, en qualité de son «voué, serment de fidélité. (Spon. , Hist. de Genève, tom. 11 , n*. I. M. Lévrier, Chron. hist. de Genève, tom. I, pag. 83 et

seq.) L'évèque Humbert mourut la veille de la Toussaint 1 i34. Le comte Aimon lui survécut, et fut remplacé, l'an 11 5a, au plus tard, par Amédée, qui, dans la charte d'une donation qu'il fit, en 11 53, au monastère d'Abondance, en Cliablais, nomme le comte Aimon, son père; Itte, sa mère; Guillaume, sou frère ; Mathilde, sa femme ; et Guillaume et Amédée , ses fils. (fi/W. Sebus., pag. 34a.)

Ardocius, ou Ahdution de Faucigni , fils de Raoul, seigneur du lieu , fut le successeur de l'évèque Humbert. Saint Bernard, dont il était connu, lui écrivit deux lettres sur son élection, non pour l'en féliciter, mais pour l'exhorter à la justifier par une conduite vraiment épiscopalc. « Le siège, lui dit-il » dans la seconde, que vous avez obtenu depuis peu , demande » de grands mérites dont nous avons le regret de vous voir privé, » ou du moins regrettons-nous qu'ils n'aient pas précédé votre » élection autant qu'il eût été nécessaire. En effet , vos actions ■ et vos études n'ont semblé en aucune manière être des pré—

• parafions au ministère épiscopat. Mais quoi ! Dieu ne peut-il » pas des pierres susciter des enfants à Abraham ? Dieu ne » peut-il pas faire que les actions vertueuses qui devaient pre-

• céder, viennent du moins à la suite ? C'est ce que j'appren- » drai avec joie , s'il en arrive ainsi à votre égard. » ( Saint Bernard , opp. 37-38. ) Ardulius s'élant rendu , l'an 1 1 53, à la diète de Spire , y fit confirmer , par un diplôme de l'empereur Frédéric , tous les droits et possessions de son église , sans néanmoins entrer dans aucun détail. C'est là qu'on voit , pour la première fois, l'évèque de Genève décoré du titre de prince. ( Spon , Hist. de Genève , tom. Il , n°. XI. )

Le traité que le comte Aimon avait fait avec l'évèque Humbert n'empêcha pas le comte Amédée de faire de nouvelles usurpations, même avec violence, sur l'église de Genève. Pour les faire cesser, les archevêques de Lyon et de Vienne , de Tarentaise , et les églises de Grenoble et de Bellai s'élanl rendus médiateurs , engagèrent les parties à conclure, le aa février 1 1 55, une nouvelle transaction, où d'abord sont répétés, mot à mot, tous les articles du traité de 1124 ; après quoi, l'on ajoute que le comte sera tenu de faire raser tous les forts qu'il a fait élever sur les terres de l'évêché , et même d'abattre sur ses propres terres ceux qui pouvaient nuire aux intérêts de l'évèque ; que les prêtres et les diacres reconnaîtront tenir du comte les terres et nefs qu'ils ont dans sa mouvance ; que l'évèque ne pourra conférer, sans l'aveu du comte, les ordres aux sujets qui lui sont tailliablcs; que le comte, pour les pertes qu'il a causées au prélat par la guerre injuste qu'il lui a faite , paiera la somme de soixante livres , et aux chanoines ce qu'il conviendra pour les ravages qu'il a faits sur leurs terres ; que le comte fera juslice des faux monnoyeurs , d'après l'ordre qu'il en recevra de l'évèque ; et enfin , pour comprendre en peu de mots quels étaient les devoirs du comte envers l'évèque , il est dit expressément que le comte doit être un fidèle avoué sous l'évèque : Cornes fidelis adeocatus sub epiicopo esse débet. ( Spon , Hist. de Genève, tom. Il , n°. III. )

Cet accord fut confirme; , le ai mai 1*57 , par le pape Adrien IV, à la prière d' Ardulius, et souscrit par douze cardinaux, et Roland, chancelier de l'église romaine. Pour donner plus de force à son bref, Adrien en fit expédier, le même jour, un autre par lequel il prend sous la protection du saint siège l'église de Genève, et confirme le diplôme qu'elle avait obtenu, l'an 11 53, de l'empereur Frédéric. (Spon, Hist. de GenèM, tom. Il, n". iv, v. ) Amédée refusant de se rendre à ces articles, l'archevêque de Vienne, soit en cette qualité, soit comme légat apostolique , jeta l'interdit sur sa terre , avec menace d'en venir à l'excommunication. Le prélat , quelque tems après , ayant appelé les parties à Aix en Savoie, fit consentir le comte à reconnaître l'évèque pour seigneur unique de Genève et de son territoire. Cet aveu ne rétablit pas néanmoins la paix entre le comte et le prélat. Amédée, pour l'cludcr, prétendit

qu'il n'y avait pas compris les droits régaliens , et voulut on conséquence exercer l'autorité suprême à Genève. L'évéquc , pour détruire cette chicane , eut recours a l'antipape Victor , qu'on reconnaissait alors pour légitime pape dans 1 empire , et obtint de lui un bref du i". avril 1160, par lequel il déclarait que les régales , ainsi que la seigneurie, appartenaient a l'évêque seul de Genève , el ordonnait qu'Amédéc restât sous l'in-

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

le rendre plus ingénieux pour venir à bout de son dessein. Ami de Rerlhold IV, duc de Zéringen, il l'engage a demander a l'empereur Frédéric , comme suzerain du royaume de Bour-

Sognc , le vicariat sur les évêchés de Genève , de Lausanne el e Lyon. Berlhold l'ayant obtenu , le rétrocéda au comte de Genevois. L'évêque Ardulius, apprenant celte manœuvre , alla trouver l'empereur à Saint-Jean de Lône , où il tenait sa cour plénière, et réussit à le faire revenir de la surprise qui lui avait été faite. Frédéric, en conséquence, par sa Bulle du 8 septembre 1 1 6a , adressée clero , casatis , milUihus , burgeruibus el habitatoribus de Genève, révoqua la grâce qu'il avait accordée au duc Berthold , déclarant qu'il n'y a dans Genève el son territoire , ni ne doit y avoir après lui d'autre souverain que l'évêque. ( Spon , ibid. n<". vu , y m , ix. ) Amédée el le duc , qui étaient présents à ce jugement, témoignèrent qu'ils s'y soumettaient , et firent leurs excuses a l'évêque. Mais Amédée n'était nullement converti , comme il le prouva depuis par de nouvelles tracasseries qui obligèrent l'évêque à le frapper d'ex-

communication. Le comte parut atterré de ce coup, et, dans une grande assemblée a laquelle présidait l'archevêque de Tarentaise, il reconnut, ainsi que ses deux fils, Guillaume et Amédée, qui l'accompagnaient, qu'injustement il avait tenté d'usurper les droits régaliens sur l'évêque de Genève , a qui seul ils appartenaient. On fil depuis , en présence de l'archevêque de Tarentaisc , de quatre autres prélats et de plusieurs autres personnes distinguées , une charte mi-partie, par laquelle Amédée et Guillaume, son fils, se déportèrent avec serment de toute prétention aux régales. ( Spon , ibid , n». x. ) Il paraît que la paix fut alors parfaitement rétablie entre le prélat et le comte. Nous voyons Amédée présent comme témoin , en 1178, a l'acte par lequel Henri de Faucigni, neveu de l'évêque, fit constater par son oncle , après une enquête juridique , les droits qu'il avait sur le monastère de Condamine. C'est le dernier monument de l'existence du romtc Amedee. En mourant, îl laissa de Mathilde , son épouse , fille de Pons , seigneur de Cuseau , deux fils , Guillaume , qui suit , et Amédée , seigneur de Gex , du chef de sa mère.

GUILLAUME, en succédant à son père Amédée , dans le comté de Genevois, se vit attaqué par des voisins puissants ,

S|ui lui disputaient une partie de son héritage. Obligé Je prendre es armes pour sa défense, il obtint un succès dout il se crut redevable aux prières et aux secours pécuniaires des Chartreux de Pomiers, a deux lieues de Genève. C'est ce qu'il énonce dans une charte de l'an 1179, par laquelle il leur abandonne tout ce qu'il possédait â Pomiers, moyennant la somme de cinq cents sous pour le donateur, cent pour sa femme, qu'il ne nomme point , autant pour Huinberl, son fils aîné , et sous la réserve du droil de lennerance ou de cens. L'acte passé sous les yeux de Robert, archevêque de Vienne, fait aussi mention d'Aimon , âgé pour lors de cinq ans, second fils de Guillaume. ( Bill. Sebus-, pag. aSa. ) Mais à peine le comte se vit-il délivré de ses ennemis , qu'il le devint lui-même de son évêque , en renouvelant les querelles que son père avait suscitées à ce prélat. Après de longs débats, on convint de s'en rapporter au jugement de l'archevêque de Vienne et de l'abbé de Boum-val. La decisî

donne pleinement

la même année , ou la suivante , par le pape Lueius III. ( Spon. tom. Il , n M . x, xi.)

L'évêque Ardutius ayant cessé de vivre, en tt8S, fut remplacé par NastElmb, ou NasiELIN, prieur de la Chartreuse d'Aillon. L'un de ses premiers soins fut de faire confirmer les droits de son église par l'empereur Frédéric et le pape Urbain III. La bulle du premier, donnée â Pavie, est du 19 novembre 11 83, et celle du second , du 3i décembre suivant. ( Spon , ibid, n°*. Xtil , Xiv. ) Mais elles ne firent pas revenir le comte Guillaume de ses premiers errements. Ce qui paraît lui avoir tenu le plus a cœur, c'était l'obligation que la sentence arbitrale de l'archevêque de Vienne et de l'abbé de Bon ne val lui avait imposée, d'abattre le nouveau mur qu'il avait frit corntruire pour agrandir son château de Genève , et par lequel il avait empiété sur les remparts de la ville. Nantelme crut le réduire en le citant au tribunal de l'empereur , qui séjournait pour lors a Casai. Il y comparut , fit ses soumissions , et promit de se conformer au jugement que rendrait le conseil impérial ; mais, prévoyant qu'il allait être condamné, il s'échappa furtivement de la cour , et ne reparut plus. Le conseil alors , par jugement du 1". mars nëb, ayant prononcé la contumace contre lui, le déclara coupable de félonie envers l'empereur et l'évêque , et déchu , en conséquence, des fiefs et bénéfices qu'il tenait de l'église de Genève, â laquelle ils étaient dévolu* par la sentence de confiscation. Ses vassaux et tenanciers furent,

par le même jugement , déliés a son égard du serment de iiaVfilé , remis sous la main immédiate de l'évêque , et lui-même

encore le tems au comte de recourir a la médiation «le l'archevêque de Vienne pour obtenir un nouvel accommodement. H y réussit ; et le prélat , en confirmant dans tousses points la sentence arbitrale u'Aix, qu'il avait rendue deux ans auparavant, voulut bien laisser en souffrance l'article de la suppression ia nouvelles constructions que le comte avait ajoutées a son chiteau de Genève. Guillaume se joua de cet accord , qu'il n'anit

il se maintint dans la possession , non-seulement de son titre , mais des droits qu'il avait usurpés ; ce qui loi fut d'autant plus facile qu'on était alors tout occupé, dans l'Europe, des préparatifs d'uuc nouvelle croisade. L'empereur Frédéric l étant mort , l'an 1190 , dans celte expédition , Henri VI , son fils et son successeur, perdit de vue les affaires de Genève, trop peu considérables à ses yeux en comparaison de celles qui semblèrent exiger toute son attention. Les troubles qui suivirent U mort de Henri VI , arrivée l'an 1 197 , furent un nouvel encouragement pour le comte Guillaume , et servirent a raffermit dans son obstination. L'évêque Nantelme mourut dans la peine

m 1 aiviu ici|uc ut: vieillir 1:1 uc nuut: ut fMJllUrVai

sion de ces arbitres , rendue à Aix en Savoie, l'an 1 184 pleinement gain de musc à l'évêque, et fut confirmé

vis-â-vis de aucune satisfaction.

le i3 février iao5,

en avoir pu

Bernard ChabERT, chancelier de l'église de Paris, suivant le nécrologe de Saint-Victor, fut élu, vers l'an iao6. p^r succéder à l'évêque Nantelme. Plus vigoureux que son processeur, il travailla sérieusement à poursuivre 1 exécution «« jugements qu'il avait obtenus contre le comte Guillaume. Pour y réussir , il eut recours à Thomas , comte de Savoie , prm« deja connu par la protection qu'il avait accordée à d'auir»

églises. Thomas, quoique gendre du comte Guillaume, répondit aux désirs du prélat d'autant plus volontiers, qu'en Disant la guerre a son beau-père, dont il était mécontent, il aurait occasion par-là de reculer les limites de ses donu»"* Ses espérances ne furent point vaines. Le progrès de ses arm« de l'alarme à l'évêque , qui , le voyant i r

fut tel qu'il donna 1

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE GENÈVE. i4i prochrr de Genève, craignit qu'il ne fit revivre les prétentions j que de Genève, et du comte Guillaume, fut passé 1 Dissinde Guillaume. Mais le comte de Savoie dissipa ses appréhen- gien, près de Scissel. (Spon , tom. Il, n*. XX.) Guillaume, sions par une déclaration qu'il lui donna, le 1 4 octobre (fête de saint Calliste) de l'an lai i , a Liégrins, en présence de deux abbés de Cîleauz , et d'autres personnes distinguées ; déclaration qui porte qu'étant devenu vassal de l'évéque par les conquêtes qu'il avait faites dans le Genevois , non-seulement il ne lui disputerait pas les droits régaliens sur Genève , mais a'il s'opposerait a tous ceux qui oseraient y donner atteinte , ' t qu'ils appartenaient exclusivement a l'église de Genève, on , iùid , n*\ XIX. ) L'évéque Bernard eut sa part aussi i la dépouille du comte Guillaume , qui perdit alors son dire de comte de Génevois. M. Lévrier compte , parmi les droits que le prélat recouvra sur lui , le forage , le viuonnat ou vidamat , et la pêche. Son église le perdit en iai3, par la translation qui fut faite de sa personne sur le siège métropolitain d'Embrun.

Pierre db Sessoss , ayant succédé à Bernard Cbabcrt , employa ses soins a perfectionner le bien que son prédécesseur avait commencé C'est lui qui fit bâtir le château de l'île du Rhône dans Genève. On lui doit aussi la reconstruction de celui de Marval. Ce ne fut point la où se borna, suivant M. Lévrier, le bien qu'il Gt a son église. « Il établit à Genève, dit - » il, des manufactures , lia un commerce avec Lyon, améliora • les revenus , acquitta d'anciennes dettes, établit le premier ■ un officiai pour l'administration de la juridiction ecclésias- > tique contentieuse, un docteur en théologie pour l'instruc- » tion de la jeunesse ecclésiastique, etc. «Cependant, il eut avec son chapitre des contestations qui éclatèrent , et occasio lièrent une information qui fut ordonnée par le pape Innocent III ;mais il ne paraît pas qu'elle ait eu de suite, parce que la plupart des griefs allégués contre le prélat , étaient frivoles et inspires par la passion. Les catalogues des évêques de Genève placent sa mort en 1319.

Aihoh de Grakson fut le successeur de Pierre de Sessons. On est étonné de le voir , au commencement de son épiscopat , tellement réconcilié avec le ci-devant comte de Genevois, Guillaume, que, sans qu'il pataisse aucune opposition de la paît du comte de Savoie , cendre de celui-ci , il consentit à lui rendre son comté, suivant les conditions qui furent réglées par l'archevêque de Vienne, et dont voici la substance : Tous les anciens droits de seigneurie, de régales et de souveraineté, appartenants a l'église de Genève, y furent confirmés tels qu'ils étaient détailles dans les transactions précédentes; ce qu on y ajouta de plus, concerne les quatre principaux officiers du comte, savoir le sénéchal , le maréchal , le pànnetier et le bouleillier , dont il est dit qu'ils jouiront des mêmes privilèges que ceux de l'évéque. A l'égard du nouveau mur que le comte avait été condamné, par le jugement de l'archevêque Robert, à détruire, et des otages qu'il devait donner pour sûreté de ses engagements , ces articles devaient rester en souffrance tant qu'il plairait à l'archevêque et à ses successeurs. Cependant, au lieu de trente otages que le comte était tenu , par les précédents traités, de fournir , il fut convenu d'une somme de douze mille sous génevois, qu'il paierait en cas d'infraction ; et , pour caution de cette somme, il présenta dix-sept gentilshommes du pays , possesseurs des fonds suffisants , qui s'obligèrent à fournir thacun pour sa part les douze mille sous , au cas que le comte donnât atteinte a aucun des articles convenus. Ils firent plus; ils promirent avec serment de se rendre solidairement otages le» uns pour les autres , jusqu'au parfait remboursement de la torame totale. Guillaume , après cela , fit hommage-lige a l'évéque , qui l'investit de nouveau du comté de Génevois avec l'anueau ; et par là finirent les querelles qui .avaient duré si loDg-tcms entre l'église de Genève et les comtes de Génevois. L'acte, muni des sceaux de l'archevêque de Vienne, de l'évê-

depuis ce terris, devint une nouvel homme, aussi paisible, aussi religieux, aussi équitable qu'il avait été fourbe , impétueux et querelleur. 11 mourut l'an 13:16, au plus tard, suivant Guichenon, et fut inhumé devant la porte de l'église de Sainte- Catherine, sur Anneci, qui devint un monastère cistercien, fondé par sa femme Béatrix, fille de Gui de Valpergue et de Béatrix Visconti. De son mariage . il eut Humbert , mort , non du vivant de son père , comme le marque G nichrnon , mais peu de tems après; Guillaume, qui suit; Aimon, seigneur d'Anneci , puis évêque de Saint-Jean de Maurienne ; et Béatrix, femme de Thomas, comte de Savoie. (Bibl. Seins, p. a54, et M. Lévrier, chrortol. hisl., tom. 1, p. i3, )

HUMBERT et GUILLAUME II, tous deux fils du 1 Guillaume I, lui succédèrent au comté de Génevois. lie premier mourut , comme on l'a dit , peu de tems après son père , laissant un fils, nommé Ebles, de sa femme Agnes, fille d'Amédéc III , comte de Savoie. Guillaume, après la mort d'Huntbert , s'attribua le comté de Génevois a lui seul , sans en faire part 4 son neveu. Ebles se voyant frustré de la succession de son père, fit de vains efforts pour la recouvrer. Persécuté a ce sujet par le comte, son oncle, il se retira en Angleterre, auprès du roi u enri III. Il y mourut, l'an ta5g , sans enfants , après avoir institué son héritier Pierre , depuis comte de Savoie , par son testament daté du 1a mai de la même année. (Guichenon, H. de Sac, tom. I, p. aK3.) En ia5a, Guillaume, de concert avec sa femme Alix de la Tour-du- Pin , et son fils aine, confirma les donations faites, par son père et ses ancêtres, a la chartreuse de Pomiers. {Biùt. Setus , p. a54.) Dans cet acte, il nomme ses enfants , vivants alors , savoir Kodolfe , qui suit i Amédée, évêque de Die; Aimon, prévôt de l'église de Lausanne; Henri-Robert , chanoine de Vienne, et depuis évêque de Genève ; Guillaume; et Gui , qui devint évêque de Langres en ia66. A ces enfants, MM. de Sainte-Marthe ajoutent Jean, évêque de Valence ; et M. Lévrier , Béatrix , femme , dit-il , de Ronsclin , seigneur de I.unel , en Languedoc. Depuis cette année, on ne trouve plus de traces de Guillaume 11 , qui fut placé par son fils aîné qui suit.

RODOLFE, fils aîné du comte Guillaume II, lui succéda au comté de Génevois. Pierre, comte de Savoie, étant revenu d'Angleterre dans ses états, se mit en état de faire valoir les droits qu 'Ebles, fils d'Humbert, lui avait cédés par son testament sur le Génevois. Ayant défait Rodolfc dans un combat , il lui reprit les châteaux de la Roue et des Clés , dont il s'élait emparé, et l'obligea , en les lui rendant, de lui en faire hommage. (Guichenon.) On ignore l'année de la mort du comte Rodolfe ; mais il était remplacé, l'an 1368, par Aimon III, son fils aîné , qu'il avait eu de Marie de Coligki , sa femme , dame de Varei, dans le Bugei, qui vivait encore en ia85. Les autres enfants qu'il laissa d'elle, sont Amédée, dont on parlera ci-après ; Gui , chanoine de Senlis , mais non comme on le dit , abbé de Saint-Seine ; Guichard VI , sire de Beaujolais ; et d'Aimar IV, comte de Valcntinois.

, mariée a épouse

L'évéque Aimon de Granson finit ses jours l'an iafio, après environ quarante ans d'épiscopal. IIlric, ou Henri , prieur de la chartreuse de Portes , lui succéda la même année. Ce prélat termina, l'année suivante, le 3 mai (mardi après la Quasimodo) , par la médiation d'Agnès , comtesse de Savoie , les différents qu'il avait avec Simon de Joitnille, seif Gex, louchant divers droits qui étaient en lili£ (Spon , tom. II, n°. XXti.) Le regret de sa solitude le détermina, l'an 12G8, au plus tard, a quitter l'épiscopat pour y

igucur de entre eux.

retourner. Il y Marthe,

, l'an 1375 i mirant' MM. de Sainte-

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Al MON DE Menthosai fui le successeur d'Ulric , ou Henri, sur le siVge «le Genève. Pierre, comte de Savoie, lui donna une marque singulièie de sa confiance, en le nommant exécuteur de son testament, daté du 6 mai 1268. Agnès de Faueigni, veuve de ce comte, chargea pareillement ce prélat de l'éxecution d'un codicille qu'elle ajouta , le 9 août de la même année, A son testament. On le voit présent au mariage du prince Amedcc de Savoie (depuis comte, cinquième de son nom), avec Sihylle de Bauge , célébré, le 5 juillet 127a, au château de Chilloti , dans le pays de Vaud. La mort de ce prélat arriva l'an 1281 au plus tard.

AIMON III , fds aîné de Rodolfe, comte de Genevois , était pourvu de ce comté, soit par résignation, soit par la mort de son père, l'an 1268, comme le prouve une charte de la vrille de Noël de cette année , par laquelle il reconnaît avoir reçu du prieur de la chartreuse de Mairia la somme de trentesix livres viennoises, pour la concession qu'il lui avait faite des pâturages de Varei. (Btitt. Sebus. , p. 247.)

RoBEivr hé Genevois, oncle du comte Aimon III, et fds du comte Guillaume II , étant monté sur le siège de Genève , Tan 128a, oublia les intérêts de son église pour favoriser les vues ambitieuses de son neveu. Lui ayant cédé la garde de tous les châteaux de l'évéché , il souleva, par cette conduite perfide, toute la ville de Genève, qui, depuis long-tcms, vivait dans une parfaite intelligence avec ses cvê<]ucs. Se voyant a la veille d'être asservie par la maison de Génevois, elfe ne vit pas d'autre parti à prendre , pour se préserver du joug dont elle était menacée, que de se jeter entre Ira bras du comte de Savoie, dont l'intérêt s'opposait à l'agrandissement de celle maison , de tout terne rivale de la sienne. Amédée V , qui régnait alors en Savoie, reçut avec joie la députât ion de Genève; et, Tan iab5 , par traité fait le lundi après la Saint-Michel ( 1". octobre) , h s'engagea, pour lui et ses successeurs , a prendre sous sa sauve garde tous les habitants de cette ville , clercs ou laïques, et à défendre leurs droits, leurs franchises et leur liberté envers cl contre tous leurs ennemis, de la même manière que s'ils étaient ses propres sujets , ajoutant que si leur évéque , ou tout autre en son nom, s avisait de les inquiéter, pour raison de ce traité , ou pour toute autre cause , et entreprenait de les traduire a la cour de Rome, ou ailleurs, ou d exercer contre eux quelque violence, il leur prêterait secours et main-forte à ses qu'ils l'en requerraient , soit par luiqu'il aurait à Genève, soit par tons ses officiers des environs; promettant en outre de ne faire ni paix ni trêve sans leur consentement. Enfin il ordonne à tous ses officiers de prêter, entre les mains des citoyens , serment de garder cl observer les articles de ce traité , qui fut dressé dans Genève même , ou le comte Amédée s'était rendu. (Spon , loin. Il , n°- XXIII.) Ce prince, dans le même teros , s'étant emparé du château de l'île, s'y fortifia, ei profitant de la bonne volonté des habitants , il commença d'exercer la juridiction du vidomnat , tant en dedans qu'au-dehors de la ville. (M. Lévrier, p. i53.) Il faut nécessairement supposer que le comte de Génevois était alors absent de Genève , puisqu'on n'aperçoit ici aucune résistance de sa part contre les entreprises du comte de Savoie. Outré de la démarche de cette ville, et étant hors d'étal dans le moment de s'en venger , il avait sans doute été trouver le dauphin Humbert I , avec lequel on voit qu'en effet il fit une ligue pour recouvrer les concessions que 1 evêque , son oncle , lut avait faites. Muni du secours de cet allié , il se jeta sur les pays de Bugei, de Valromci , de Vaud et de Chablais, et même sur la Savoie, où il sema le carnage cl la désolation. Amédée ne manqua pas d'user de représailles.

propres dépens , aussitôt qu'ils même, soit par le châtelain

EnGn, après deux ans d'hostilités, on en vint, l'an 1287,' à un accommodement , où l'on se rendit ce qu'on s'était pris de part et d'autre , apiès quoi le comte de Genevois fit hommage au comte de Savoie des fiefs qu'il tenait de lui , soit prés de Genève, soit en Savoie. ( Itid. )

Robert , évêque de Genève , qui , par son aveugle dévouement pour sa maison, avait occasioué les troubles dont on vient de parler , mourut avant qu'ils fussent calmés. Il eut pour successeur, selon MM. de Sainte-Marthe, suivis par M. Lévrier, Guillaume de Co> flans , chanoine de Lyon , éiu en 1288.

Le comte Aimon termina sa carrière en 1290, après avoir épousé , 1 ». dans le mois de septembre 1 27 1 , Agnes de Montjaucon, dame d' Au rosse, fille d'Aimon do Monthéliard , morte en 1277; 2*. au mois de juillet 127*), Constance de Béarn , dont il n'< Jeanne

1277 ; 2*. au mois de juillet 127^ , Constance de Bé n'eut point d'enfants. Du premier lit , il laissa deux filles, , dame du W

che,

premu en Géncvo

mariée , en 1 286 , a

Philippe de Vienne, seigneur de l'oigni; et Comtesson, qui épousa, l'an i3oi , Jean de Vienne, seigneur de Mirebel.

AMÉDÉE II, frère puîné d'A imon, fut son successeur dans le comté de Genevois, au défaut d'enfants mâles de ce dernier.

Le comte de Savoie n'avait point perdu de vue ses intérêts dans les services qu'il avait rendus à l'église de Genève. Il le prouva bien pendant la vacance qui suivit la mort de l'évêque Robert. D軫jue ce prélal eut les yeux fermés, il s'empara du château de 1 île. Il n'en demeura point là ; regardant comme ses propriétés les objets qui ne lui avaient été cédés qu'à titre précaire, dans l'église de Genève, il en exerça les droits en maître inr.ommutable. Le nouvel évéque , Guillaume , ne souffrit pas tranquillement cette usurpation. 11 réclama le château de l'île du Rhône , le vidomnat , la pêche , les péages par terre et par eau , avec tous les droits domaniaux et seigneuriaux, comme le patrimoine inaliénable de son église. Le comte de Savoie offrit de les restituer, mais à condition qu'on lui paierait la somme de quarante mille marcs d'argent, qu'il prétendait lui être dûs pour dédommagement des frais de la guerre qu'il avait soutenue en qualité de vouai de l'église de Genève , contre ceux qui avaient fait des usurpations sur elle. En conséquence , il déclara qu'il garderait , par forme de nantissement , et pour sûreté de ses avances , jusqu'à son remboursement , tout ce qu'il avait reconquis. Après diverses monitions, qui n'eurent aucun effet , l'évêque en vint jusqu'à l'excommunication , qui fut prononcée le to janvier iao,o. Le comte ayant appelé de celte sentence à Rome , les parties commencèrent à se rapprocher , et, le 19 septembre de la même année, elles s'accommodèrent de la manière suivante. Le comte remit à l'évêque la pêche , les péages , les moulins , casalia molendinorum , ainsi que la seigneurie et autres droits ; et , de son coté , l'évêque lui laissa en fief, pour la vie de l'un et de l'autre, toto tempore «ta nos t ru et comitls , le vidomnat , dont le comte lui fit hommage , consentant que celui qui exercerait cet office en son nom, prêtât serment de fidélité au prélat et à ses officiers , et leur rendit compte des émoluments dont l'évêque conservait une portion.

A l'égard du château de l'île, pour la restitution duquel le comte demandait des sommes exorbitantes, il fut convenu que cet article serait mis en arbitrage, et que, pendant qu'il resterait en souffrance , le châtelain que le comte mettrait dans la place , obéirait à l'évêque et aux mandements qui lui seraient adressés de sa part pour garder ou relâcher les prisonniers qui y seraient détenus ; car ce fort était la prison publique ( Spon, n». xxi, et M. Lévrier, tom. l.pp. «57-161.)

Le bon prélat s'imaginait avoir, par cet accord, assuré sa tranquillité ; mais le comte de Savoie ne tarda pas à le désabuser. A la faveur du vidomnat qui lui était confirmé, il prétendit que toute juridiction lui appartenait dans Genève, quoi-;

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE GENEVE

que ce titre ne lui donnât que la basse justice, avec la police en première instance, et l'exerça d'une manière militaire et despotique. Les officiers de l'évoque ayant voulu s'opposer à ses entreprises , il les chassa , et ne connut plus d'autre loi que sa volonté. Le prélat , ainsi restreint à son autorité spirituelle , crut devoir employer les voies canoniques contre son oppresseur, et montra, dans l'usage qu'il en fit , la prudence et la modération qui convenaient a son caractère. Ayant convoqué , dans l'église de Saint-Pierre, son chapitre, son clergé et son peuple, le jour de la Purification iagi , il fit dresser, par un notaire impérial, nommé Jean de Russins, une monilion canonique, adressée au comte, qui fut répétée, le i3 de mai suivant, sans qu'on voie l'effet qu'elle produisit. L'évéque , dans sa détresse, se tourna du côté du comte de Genevois ; et , pour le mettre dans ses intérêts, il lui accorda , en accroissement de fieT, tout le cours du Rhône , depuis le ruisseau nommé Arunda jusqu'à la Cluse. Celait alors AMEDEE II , fils d'Aimon, qui occupait ce comté. Aussi intéressé que tout autre à s'opposer aux excès du comte de Savoie , il entra dans la ligue nue formèrent, dans le même tenu, le dauphin et les seigneurs de Faur.igni et de Gex contre ce prince. Les confédérés, s'élant présentés au mois d'août devant Genève, firent des efforts impuissants pour s'en rendre maîtres. Obligés de se retirer , ils mirent le feu, dans leur désespoir, aux faubourgs. Le dauphin fit encore pis ; il pilla , en s'en retournant, les terres de l'évéque et du chapitre.

Délivré de ces ennemis, le comte de Savoie reprit ses premiers errements vis-à-vis de l'évéque de Genève. Les officiers qu'il nomma, pour faire en son nom les fonctions du vidomnat , ne daignèrent pas même prendre l'attache du prélat avant d'entrer en exercice. Ne connaissant plus de limites dans leur juridiction, ni dérègle dans leurs jugements, ils entreprenaient sur les matières ecclésiastiques, et s'arrogeaient le droit d'accorder des dispenses, telles que la permission de se marier en secondes noces. Les officiers de l'évéque ayant voulu s'opposer a leurs violences , ils en firent arrêter plusieurs , même dans le palais épiscopal, et les jetèrent dans des cachots. Leur audace alla même jusqu'à porter leurs mains sur la personne du prélat , qui fut obligé d'aller chercher dans son église un asile contre la mort. Revenu de sa frayeur, il tint , le 14 février iag3, daus le jardin des Frères prêcheurs, une grande assemblée d'à bbés , de chanoines, de curés, de religieux et de nobles, à laquelle se trouva le comte de Savoie lui-même. Là, il prononça tout haut, en présence de l'assemblée, fit rédiger ensuite par écrit, et remit au comte , en mains propres, un acte solennel , contenant des protestations sur tout ce qui s'était passé , avec des roonitions et sommations d'y faire droit. « On y voit que l'église » de Genève est seul et unique seigneur, et qu'elle a la princi-

■ pauté dans la ville , ses faubourgs , châteaux et dépendances ;

> que La juridiction , de pur et mixte empire, s'y exerce , sous

• son autorité , par ses vidamnes , juges et autres officiers et

• ministres de toute espèce, et qu'elle tient ce droit immé- » diatement de l'empire. ... On y rappelle, au comte de Savoie,

> qu'il n'est que le vassal de cette même église.... que , si dans

• le principe il a profité de la vacance de Ta chaire pour usur-

• per le vidomnat et le château , sa possession n'est devenue

■ légitime que par la concession de 1 évêque , faite sous ccr-

• laines conditions ; mais qu'elle cessera d'être légitime s'il

• n'exécute pas ces mêmes conditions. On lui observe qu'en

• aucun cas on ne peut supposer que l'église ait voulu se dé-

■ pouiller de sa juridiction pour en attribuer au comte une ex - » dusive , ni qu elle ait entendu renoncer à sa supériorité et au

■ droit de ressort souverain ; enfin , après avoir rapporté toutes » les clauses de l'accord de 1290, et les avoir rapprochées des

• actes de violrnce cl des infractions dont il se plaint , l'évéque » finit par déclarer au comte qu'il n'est pas dans l'intention de » revenir sur ce qu'il a fait, parce qu'il espère que le comte lui

• rendra justice el rangera ses geus dans le devoir ; mais il

» l'avertit en même tenu que s'il n'y met ordre , il lui retirera » le vidomnat , et agira vis- à-vis de lui comme l'exige son nii- » nislère, pour Ja conservation des droits de l'église qui lui est > confiée , et pour le maintien du bon ordre et de la paix. • (Spon , t. Il, pp. 68-78; et M. Lévrier, tom. 1, pp. 168-171.) Le comte de Savoie, frappé des moyens allégués dans cet acte, et des menaces qui les accompagnaient , donna des ordres pour arrêter l'impétuosité de ses ofhciers , et les contenir dans les bornes de la modération et du respect envers l'évéque de Genève. Le 10 décembre de la même année, par la médiation de l'évéque de l-ausanne et d'Amédée, grand-chantre de Lyon et depuis évêque, il accommoda les différents qu'il avait avec le comte de Genevois. Il fut convenu entre eux nue le château do l'île resterait entre les mains du comte de Savoie, jusqu'au remboursement de la somme de iS,ooo marcs qu'il répétait sur l'église de Genève. Le comte de Génevois lui fit ensuite , le a5 janvier 1 294 , hommage , non pour son comté , mais pour les fiefs qu'il possédait dans celui de Savoie, ( M. Lévrier, ibid. )

L'évéque Guillaume de Conflans ne survécut pas long-tems à cet arrangement. On ignore le tenu précis de sa mort ; mais il était remplacé , l'an 1 295 , par

Mahtin, sur la naissance et la patrie duquel on n'a aucune lumière A son avènement, il trouva la fabrique de sa cathédrale chargée de dettes et obligée de faire des dépenses considérables pour continuer la construction de ce grand édifice qui n'était point encore achevé. Les châteaux de l'évéché avaient aussi besoin de grandes réparations. Le prélat jugea de plus qu'il était indispensable, pour la sûreté du commerce, défaire battre à Genève de la nouvelle monnaie à son coin, suivant le droit qu'il en avait comme prince souverain, afin d'arrêter, dans son diocèse, le cours des mauvaises monnaies que les princes voisins y faisaient répandre. Mais comme cette entreprise, jointe à la nécessité des réparations à faire, demandait de grandes dépenses, il assembla sur cela son chapitre le ti juin i3oo; d'un avis commun, il fut réglé que, pendant trois ans, les fruits el les revenus de La première année des bénéfices qui viendraient à va-

n, seraient retenus pour en appliquer la moitié à la dépense on vient de parler, et l'autre moitié à la fabrique de l'église de Saint-Pierre. Il fut encore résolu que, si par quelque coiitre-tems , la nouvelle monnaie projetée ne se fabriquait pas, l'argent qui serait destiné pour en soutenir la dépense, serait employé à la réparation des châteaux et de l'église. Un lombard d'Asti, nommé Benjamin-Thomas, s'étant présenté pour la fabrication des nouvelles monnaies, l'évéque lui en accorda le privilège pour six ans, aux conditions marquées dans l'acte de cette concession. ( Spon , tome I , pp. 57-58. )

L'évéque Martin termina sa carrière en i3o4 , et eut pour successeur AuÉOÉB DU Quart, le même qui, étant chantre de l'église de Lyon , fut un des entremetteurs, comme on l'a dit , de la paix conclue, en i2ç}3, entre les comtes de Savoie et du Genevois. L'un de ses premiers soins fut de se faire rendre hommage par les vassaux de son église. Etant venu trouver le comte de Genevois daus son château de Sacconai, il y reçut de lui celte marque de soumission, le 39 avril i3o5, en présence d'environ quinze témoins, et en fil dresser l'acte, dans lequel ce seigneur avoue tenir de l'église de Genève en fief-lige tout ce qu il possède ou doit posséder dans la banlieue de cette ville , divers châteaux qui sont détaillés , et le cours du Rhône, tant pour le domaine que pour la pêche dans un espace déterminé. Guillaume de Joinvillc, seigneur de Gcx, s'acquitt.i du même devoir envers le prélat, à Seisscl, le dimanche après la saint Jean-Baptiste ( 37 juin de la même année ). ( Spon , t. Il , n". XXIX , xxx ) 1-e prélat , gagné par les déférences du comte de Génevois, souffrit qu'il bâtît près de Genève le château Gaillard. Il permit, dans le même tems, à Hugues , dauphin , seigneur Je l'aucigni , d'élever celui de Lullin. Le comte de

Savoie, regardant ce* places

de nouvelles barrières qu'o

L'évéque, outragé par les vainqueurs, sortit lui-même «Je la ville, ne s'y croyant plus en sûreté, et alla se réfugier auprès du comte de Genevois dans son château du Wache. Dans sa retraite , il ne s'oublia pas néanmoins , ni les droits de son église. Le 3 septembre t3oj , il 6t , avec le comte de Genevois et le baron de Faucigni , un traité portant que ces deux seigneurs ne feraient aucune paix ni trêve , jusqu'à ce que l'evéque eût recouvré sa ville de Genève , avec les droits et la juridiction qu'il y avait ; que s'il arrivait que les châteaux de l'église , savoir, ceux de Jusli , de Penci et de Salas Tussent assiégés psr qui que ce soit , ils viendraient au secours du prélat avec un nombre suffisant de troupes ; que l'évéque pourrait tenir sa cour et établir son officiai en quelque lieu de son diocèse qu'il jugerait à propos , et que lesdils seigneurs de Genevois et de Faucigni, bien loin de s'y opposer, protégeraient et défendraient la cour épiscopale ; enfin , qu ils fc raient en sorte que Jean, dauphin de Viennois, Jean de Châlons , seigneur d'Arlai , et Guillaume , fils du comte de Genevois , entrassent dans ce traite ; ce qu'ils exécutèrent sur-le-champ même. ( Spon , tom. 1 , pag. 60. ) Apprenant que Louis, frère du comte de Savoie , se disposait à faire battre monnaie dans Nyon , ville enclavée dans le pays de Vaud (1), dont il était seigneur, et

l44 CHRONOLOGIE

lui opposait, en prit occasion de recommencer la guerre contre l'église de Genève, \je pape Clément V , apprenant à Lyon les premières hostilités du comte, interposa son autorité, dans le mois de mars i3ob, pour les arrêter, en ordonnant une trêve jusqu'à ce qu'il eut connu des motifs qui les avaient occasionees. Cet ordre n'empêcha pas le comte de iiavoie d'aller faire le aiége du château de Mai val , dont il s'empara , et qu'il rasa dans le mois de juin de la même année. L'archevêque de Tarenlajse réussit néanmoins, le 30 de ce mois , à faire signer aux parties on nouvel accord, par lequel le comte obtint la juridiction pleine et illimitée dans le vidomnat , à l'exception des causes que l'évéque voudrait se réserver. Mais le prélat, voyant qu'il allait toujours au-delà des bornes qui lui étaient prescrites, prit la précaution de s'allier avec, le comte de Genevois et le dauphin de Viennois , et s'assura en même tenu» de la bonne volonté de la commuoauté de Genève, pour reprimer ses entreprises. Les deux seigneurs, par serment du 5 mai iSo? , s'enragèrent à ne jamais rien entreprendre sur la juridici.ori de l'évéque , et a maintenir les citoyens de Genève dans leurs privilèges et franchises.

Le comte de Génevois regrettait toujours la perte du château de l'île du Rhône. Pour en déloger le comte de Savoie , eu l'occupant ailleurs, il va lui enlever le château d'Lnlremoul, bien assuré qu'il rassemblerait ses forces pour le reprendre- Tandis qu'il le voit devant cette place , il se rend aux portes de Genève , où il demande à parlementer avec les habitants. Mêlant dans son discours les menaces aux promesses , il leur fait entendre qu'il ne tient qu'à lui d'emporter de vive force la ville ; mais que, par affection pour eux et par respect pour I èglise de Genève , il aime mieux tenir de bonne volonté le recouvrement d'une place qu'un ennemi , dont ils ont euxmêmes tout sujet de se défier, lui a injustement ravie; que, n'ayant jamais attenté à leurs droits et libertés , il n'y a nulle apparence qu'il entreprenne de les violer à l'avenir. Lhoisissezdonc , leur dit-il en unissant , ou de me recevoir comme ami , ou de m 'obliger, contre mon inclination, à vous traiter en rebelles. Ce discours , rapporté à l'assemblée générale , partagea les esprits. Le château de l'île se déclara pour le Savoyard , et celui du Bourg-du-Four pour le comte île Génevois , auquel il appartenait. On vint aux armes ; et ce dernier, après avoir perdu cent trente-deux hommes , fut réduit à prendre la fuite

(1) Nyon fait bailliage , qui est fort la Cohma rjuttfris '

pattie du canton de Berne, avec son Cette ville e.t, suivant M. Tscbarner, de Pline, de Ptolémée. et d'autres

faisant partie du diocèse de Génère , il prit des arrêter cette entreprise, attendu qu'à lui seul appartenait 1 sivement, dans tout le district de son église, le droit que s'a geait ce prince. Mais Louis alléguait , pour le faire valoir , des concessions impériales accordées tant a lui qu'à son père , qui vraisemblablement avaient été surprises. Ou disputa beaucoup, et enfin il fallut en venir à une composition , qui fut réglée, le a avril i3of5, par des arbitre» choisis de part et d'autre. Le prélat consentit que lx»uis fît frapper à Nyon des espèces monnayées , sous les clauses suivante» ; savoir , qu'il emploierait dans la fabrique des siennes un coin différent de celu» de l'évéque ; qu'il tiendrait ce droit en fief de lui, et lui en ferait hommage ; qu'il défendrait l'église en bon et fidèle vassal ; que l'evéque aurait le quart du bénéfice de la fabrication, et serait en droit d'en faire faire l'essai ; que le monnayeur prêterait entre ses mains le serment de fidélité ; enfin , que cette nouvelle monnaie n'empêcherait pas le cours de celle de l'évéque dans toute l'étendue de son diocèse. ( Spon , tom. Il , n°. XXX. )

AMÊDÊE II , comte de Génevois, après avoir fait son testament au mois d'octobre t3oG , mourut le 32 mai i3ofl, et fut inhumé à Montagni. Ar.nàs de Chalos , sa femme, lui survécut au moins jusqu'au 18 octobre i35o, date de son testament. De leur mariage sortirent trois enfants , Guillaume , qui viendra ci-après; Amédée, évêque de Toul ; et Hugues, seigneur d'Anton , par son premier mariage avec Isabelle, dont il eut Aimon, décédé sans postérité ; et Beatrix , mariée à Frédéric , marquis de Saluées.

GUILLAUME III , fils aîné d' Amédée II et son successeur au comté de Genevois, était marié, dès le mois de septembre 1297 , avec Agnès, fille d'Amédée V, comte de Savoie. Préférant son père , par un mouvement naturel , à son beau-père, il avait épousé les querelles du premier avec le second. Apres l'avoir perdu . il travailla à se réconcilier avec le comte Je Savoie , auquel il commença à rendre hommage ; après quoi il fit avec lui un traité daté du château de l'Espérance, en Dauphiné, le 10 novembre i3o8, k la suite duquel il écrivit à tous les seigneurs de sa mouvance pour les inviter à lui refuser le service qu'ils lui devaient, et même à se déclarer contre lui, au cas qu'il viendrait à violer les articles dont il était convenu avec ce comte. Rien ne semblait mieux prouver la sincérité de cet hommage, et rien dans la suite ne le démentit.

L'évéque de Genève , s'ennuyant de son exil , cherchait les moyens de rentrer avec honneur chez lui. Mais la faction savoyarde, dominant toujours à Genève, s'opposait à son retour. Ayant en vain employé les moyens de conciliation pour l'obtenir, il eut enfin recours aux voies juridiques, et fit citer les rebelles devant l'archevêque de Vienne. Il alla plus loin : il fulmina contre eux une sentence d'excommunication ; et par ce moyen , dit M. Spon , il les fit condescendre à ses volontés. Le peuple fut assemblé au son de la trompette et de la grosse cloche avec le clergé dans l'église de Sainl-Gervais : l'évéque y fut reconnu prince et seigneur avec toute juridiction et mixte empiie; et (il fut arrêté) que les syndics ne se mêleraient d'aucune affaire qui préjuthcie-

•ncieni auteurs. Aussi y a-t— on trouvé 1 , dit-il, plusieurs in«c ripi> curieuses, et des antiquités asses remarquables. 1-e canton des environs se nommait encore , dans le onsieme sie« le, t'açnm c^u^sinciu.oo^ les comtes de Savoie, elle était une des quatone villes qui form.1101' 1rs étal* du pays de Vaud, et on la compte encore au nombre de ce qu'on nomme le» quatre villes de ce pays-la. • La ville de Nyon, dit le » même auteur, est dans une situation fort agréable; elle a de jeli** ■ promenade» , et jouit d'une très-belle vue sur le 'lac. Elle e»l en » général très-bien bâtie. Le bailli fait sa résidence dans un cbaleitt » ancien , mais vaste , sur use émioence qui domine le grand ebeaun » et le lac, •

rait â son autorité; étant de plus condamnés à réparer les dommages avenus par les agressions des citoyens depuis la guerre avec le comte de Genevois; que de plus, ils bâtiraient pour amende , des balles au Mollard , desquelles l'évêque recevrait les deux tiers, et 1rs citoyens l'autre, pour les réparations des portes de la ville. (Spon, t. 1 , pag. 6i-45s.) Ce Ait a cette époque seulement, dit M. Lévrier, que Tévéque, qui était sorti depuis i3o7 , rentra dans Genève , et reprit possession de son siège. 11 fut reçu, ajoute-t-il, avec beaucoup de pompe et de cérémonie. (fé/d., t. 1 , n. 194.) Le roi des Romains, Henri VU, allant en Italie, l'an i3io, pour y recevoir la couronne impériale, fut amené par le comte clé Savoie à Genève , nù il fit une entrée solennelle, le mardi après la Saint- Michel ( 6 octobre ). L'évoque l'accompagna ensuite dans la Lombardie, et obtint de lui , par un diplôme donné au camp devant Brescia, le droit de lever un denier sur chaque coupe de blé , et deux sur chaque sommée de vin qui sortirait de la ville. Il ne jouit pas long-temps de cette concession, étant mort sur la fin de l'an .3.1. (Spon, Md.)

Pierre dk Fai'cigmy, prévôt de la cathédrale de Genève, fut élu, non pas le jeudi après Pâques (19 avril) de l'an i3.3 , comme Spon le marque , mais au commencement de cette année , pour remplir le siège de celte église. Ce qui le prouve, c'est que le jour des noues, ou le 7 de mars, Guillaume, comte de Genève , lui fit hommage de son comté avec tous les châteaux et droits qui en dépendaient , tant ceux dont il était en jouissance que ceux dont il était privé par des usurpations. (Spon, tora. II, n. xxxni.) Le comte de Savoie ne fut pas si prompt à s'acquitter du même devoir envers le prélat. Il se tint , à ce sujet , plusieurs conférepees entre les députes de Tévéque et ceux du comte , qui, â la fin , par acte du a décembre i3ig , promit de lui faire hommage, et serment de fidélité quand U en serait requis. (Spon , ibtd. , n. xxxil.p

Le comte de Génevois, dans un besoin d'argent , fut obligé d'emprunter de Tévéque une somme de cinq cents livres, pour laquelle il lui engagea le château du Boorg-du-Fourg , situé au-dessus de Genève. La prudence demandait que le prélat ne confiât la garde de cette place qu'à une personne dont rattachement et la fidélité lui lussent assurés. 11 fit le contraire, et en nomma châtelain Gui de Fil lins, homme dévoué au comte de Savoie. Edouard et Aimon , tous deux fils de ce prince , Guichard, sire de Beaujolais, et Hugues de Fillins, d intelligence avec le châtelain et quelques habitants de la ville, s étant introduits, le 10 août i3ao, dans le château, le rasèrent après avoir pillé ce qui appartenait â Tévéque et au comte de Génevois. La faction savoyarde , se trouvant , par la, mahresse de 1a ville, s'empara du commandement civil et militaire , et maltraita les partisans de Tévéque , qui , ne se croyant pas lui-même en sûreté dans la ville , se sauva dans son château de Thiez. U envoya de- U des députés pour négocier avec les rebelles; les trouvant sourds â ses mandements et sommations, il jeta l'interdit sur la ville. Les factieux s'en moquèrent, et contraignirent les ecclésiastiques de continuer la célébration du service divin. Enfin, le lundi après la décolation de saint Jean-Baptiste ( 1". septembre), il en vint jusqu'à déclarer mimmément excommuniés, quatre des chefs de la révolte. Guillaume III, comte de Génevois, mourut dans ces entrefaites, laissant de son mariage avec Agnès de Savoie, un fils, qui suit.

AMÉDÉE III, fils de Guillaume III, et son successeur, eut également comme lui , â se délendre contre la maison de Savoie. Un incendie qui, le 19 mars i3ai , consuma une p.rtie de Genève, le priva des ressources qu'il pouvait espérer de cette ville , où il avait beaucoup de partisans. La mort d' Vmédée V, comte de Savoie , arrivée le 16 octobre .323, en Je délivrant d'un prince redoutable a sa maison , n'améliora

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE GENÈVE

ambition comme de ses états, n'était nullement disposé à rendre au comte de Génevois ce que son père avait usurpé sur lui. Il paraît , néanmoins, qu'il se montra plus équitable envers Tévéque Pierre de Paucigm , puisqu'au ooinmcncement de son règne on voit ce prélat de retour à Genève.

Le comte de Génevois s'êtant ligué avec le baron de Faucigni et d'autres seigneurs, contre Edouard, on en vint, l'an i3a4t â 00 combat livré au pied du Mont-du-Mortier, où r suivant Guichenon, les confédérés furent entièrement défaits. M. Lévrier n'en convient pas , et regarde comme douteuse l'issue de cette journée ; mais ce qui ne Test pas , c'est la victoire que remporta sur Edouard, Tannée suivante, dans la

f naine de .>a.iit-.|eai e secours de ses a

le-V

lauphin de Viennois, avec

du nombre desquels était le comte

Saint- Jean-

lliés,

de Génevois.

Edouard étant mort le 4 novembre t3ao, . Aimon , son frère, qui le remplaça , se montra plus équitable que lui envers le comte de Génevois. On ne voit , en effet , aucune querelle survenue entre ces deux voisins; ce qui fait également l'éloge de l'un et de l'autre. Amédée assista , le 1". mai de Tan i33o, au mariage d'Aimon avec Yolande de Montferrat, célébré dans le château de Casselle. L'an i334 , il tint sur les fonts de baptême le fils atné de ce comte, et lui donna son nom. U épousa , la même année , Mathilde , fille de Robert VU, dit U Grand, comte d'Auvergne et de Boulogne.

Le comte Aimon étant â l'extrémité , donna , par son testament, dresse le 11 juin t343, au comte de Génevois une dernière preuve de son affection, de son estime et de sa confiance, en le nommant tuteur de ses enfants, conjointement avec Louis de Savoie ; après quoi il mourut le »4 du mois.

L'évêque Pierre de Faucigni était descendu , dente , au tombeau , et Alamaud de Saint-Joire lui avait été donné pour successeur.

Amédée VI, comte de Savoie, ayant institué, Tan i36a. Tordre militaire du Collier pour quinze chevaliers, dont il se déclara le chef, fil l'honneur au comte Je Génevois de le mettre après lui en téle de ceux qui devaient composer cette compagnie tirée des maisons les plus distinguées de la Savoie.

pour l

comme sur plusieurs autres. Pour les faire agréer plus facilement aux Génevois, il y avait fait joindre une autre bulle de l'empereur , en date du i juin , pair laquelle il érigeait dans Genève une université, dont il avait eu soin de se faire nommer conservateur , afin d'augmenter le nombre de ses créatures par la distribution des places dont il pourrait disposer. Mais ses artifices ne furent pas assez subtils pour en imposer aux Génevois. Dès que les lettres du vicariat furent oubliées â Genève , on vit éclater une réclamation universelle ; et l'empereur , passant par Genève , â son retour d'Avignon , d'où ces lettres avaient été expédiées , déclara , sur le vu des chartes et privilèges qui lui furent présentés, que son intention n'avait pas été d y donner atteinte. L'évêque Alamaud était alors infirme, et mourut la même année i366.

guère !

Edouard , fils de ce dernier, et héritier <Je son lettres impériales qu'il avait obtenues. Ce

Guillaume pe Maecossai, successeur d'Alamand dans le siège de Genèse, voyant que le comte de Savoie insistait auprès de l'empereur pour faire valoir â Genève ses lettres d« vicariat impérial, travailla, de son côté , avec ardeur pour les faire révoquer. Mais l'empereur, par ses lettres du 3o décembre 1367, datées d'Hertingffeit, s'étant référé â U réponse verbale qu'il avait faite aux Génevois, le prélat eut recours au pape Urbain V, et â Grégoire XI , son successeur , pour contraindre le comte de Savoie â renoncer formellement au bénéfice des

dernier

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

annonça, d'une manière si positive au comte, la résolution où il était de soutenir l'évêque , que ce seigneur, jugeant que l'affaire allait devenir plus sérieuse qu'il n'avait compté, promit au pape de s'en rapporter a sa décision. Grégoire, par sa bulle du ai mai i3^i , datée d'Avignon . ordonna au comte de remettre entre ses mains, ou en celles de l'évêque, les patentes du vicariat qu'il avait surprises , et dont il abusait , quoiqu'elles eussent elé révoquées, pour inquiéter réélise de Genève, et qu'il se dessaisirait de tous les droits qu il avait usurpés dans cette ville. Le comte se soumit , et, par une déclaration solennelle, donnée i Thonon , le aS juin i3ji , il remit et restitua à l'évêque et a son église tous les droits de pur el mixte empire, qu'il avait envahis et qu'il faisait exercer depuis 1HG7. (Spon, t. H, n M . xt,, xti, xlii; et M. Lévrier, 1. 1 , p. 340-041.)

Amedée III , comte de Genevois , n'avait point pris de part & cette querelle. Il était mort également ami du comte de Savoie et de l'évêque de Genève , l'an i3t>j, laissant de son mariage cinq fils qui lui succédèrent l'un après l'autre : Aimon , Amédce, Jean, Pierre, et Robert. Ces cinq enfants mâles , qui semblaient devoir prolonger au loin la suite des descendants d'Amédée 111 , furent , par une fatalité singulière . comme on le verra , les derniers de leur maison. Amedée 111 eut de plus quatre filles : Marie , alliée, 1». à Jean de Châlons, seigneur d'Arlai ; a", à Humbrrt , sire de Thoire ; Jeanne , mariée a Raymond IV, comte d'Orange ; Blanche , alliée h Hugues de Châlons; Catherine, femme d'Amé de Savoie, prince d'Achaïe ; et Yolande, femme d'Aymeri IX, vicomte de Narbonne.

AIMON IV, fils aîné d'Amédée III, et son successeur au comté de Genevois , fut de la compagnie d'Amédée VI , comte de Savoie, dit le Comte Verd, dans le voyage qu'il fit en Grèce. Il n'en revint point, et mourut sans laisser d'enfants, et peut-être même sans avoir été marié.

AMÉDÉE IV, comte de Genevois, après Aimon, son frère , épousa Jeanne de Frolois , dont il n'eut point d'enfants , et mourut le 14 janvier .368.

JEAN , qui succéda h son frère Amedée , ne lui survécut que jusqu'en l'an 1370 , et mourut sans avoir été marié.

PIERRE, qui remplaça Jean, son frère, dans le comté de Genevois, suivit ses traces et celles de ses deux autres frères el prédécesseurs, en se ménageant également entre le de Savoie et l'évêque de Genève. Témoin de leurs querel rapport à l'autorité presque absolue que le premier voulait exercer dans cette ville , il prit le parti , dans l'impuissance où il était de les accorder, de les laisser agir, sans prêter à l'un ni à l'autre le secours de ses armes. L evêcjue , à la fin , l'emporta, comme on l'a dit, par l'autorité du pape Grégoire XL

comte es par

L'évêque Guillaume, après avoir rétabli son autorité dans Genève, pourvut à la sûreté de cette ville, en réparant ses murs et ses remparts, qu'il munit de vingt-deux tours. Il était occupe de ces travaux lorsque la mort l'enleva, le 1". janvier 1*77.

Pierre Fabri , suivant nn ancien manuscrit cité par Spon, fut donné pour successeur, dans le siège de Genève, a Guillaume de Marcossai. Mais son épiscopat fut très-court ; car , en 1378, on le voit remplacé par

Jean de Murol, ou db Morellis, que le pape Cl ment VII appela auprès de lui , en i385 , aprè» l'avoir fait. 1 cardinal

Adémar Fabri, religieux dominicain, d'une famille dis-! tinguér a Genève , fut nommé, vraisemblablement, par Clé-

élevaient au cardinalat. Le pape Clément V|I (Robert de Genevois) était le cinquième fils du comte Amedée HI. On préjuge facilement que le comte Pierre, son frère, ne fut pas des derniers à se déclarer pour lui contre Urbain VI , qui lui disputait la thiare.

L'évêque Adémar se concilia l'estime et l'attachement des Génevois par un acte qu'il fit dresser, en 1387, pour confirmer leurs franchises et libertés. Ce ne sont point ici de nouvelles concessions de sa part, mais ce «ont, comme porte la préface de cet acte

, certaines coutumes par lesquelles , «««..ii et furet de ladite cité

et jà deoont font accoutumes de user par l'espace de a long-tems qu'il n'est mémoire du contrait e. Les principaux articles de cet écrit, qui est sorti de la presse des 1S07, sont, que les procès qui seront intentés devant le vidomne , ne seront point traites par écrit ni en latin, mais verbalement, 'et en langage maternel , qui , dans l'acte , a le nom de roman , ou romain; que les procès criminels ne seront jugés que par les syndics élus par les bourgeois i que personne ne sera appliqué à la question que par ses juges ; que personne ne pourra vendre du vin, s'il n'est citoyen, bourgeois ou chanoine; que la garde de la ville, depuis le soleil couché jusqu'au soleil levé, sera entièrement aux citoyens (1), et que l'évêque , ni autre en son nom , ne pourra exercer aucune juridiction a ces heures , mais seulement les citoyens qui auront alors toute juridiction , pur et mixte empire; que les citoyens, bourgeois, et jurés de la ville, pourront créer, toutes les années, quatre syndics ou procureurs de la ville , a qui seront donnés pleins pouvoirs pour les affaires de la communauté. (Spon , t. 1 , pp. 70-71.) • Cependant les comtes de Savoie, pour eap-

• tiver la bienveillance du peuple el prendre nied insensible- » ment dans la ville , s'adressaient tantôt à l'évêque , tantôt » aux syndics , et quelquefois a tous les deux ensemble , pour » demander permission de séjourner dans Genève , avec leur » conseil, un certain nombre de jours limités, et au bout de » ce tems-la , ils demandaient prolongation pour quelques a autres jours, et en donnaient ordinairement des déclarations a (portant) qu'ils ne prétendaient pas tirer ces permissions » a aucune conséquence , ni préjudicier en rien a la juridic- » tion et liberté de la ville. Quelquefois aussi ils demandaient a territoire dans la ville, pour rendre justice a leurs sujet) » qui s'y rencontreraient pendant leur séjour. On voit dans m les archives une douzaine de tels actes, depuis l'an i3qo a jusqu'à l'an i5i3. l e comte (Amédée VU) fit, de plus, un » acte authentique, daté du 2(3 avril i3q,i , par lequel il dé- ■ clare que , pour l'exercice de juridiction qu'ont fait et fe- » ront Louis de Cossonai et son conseil résidant a Genève,

• jusqu'au 1". septembre suivant, par la libérale concession a de l'évêque et de la ville, il n'entend, ni ne peut déroger

• aucunement à leur juridictiou, ni que pour cet exercice il » lui soit acquis aucun droit ». (itoa. , pp. 71-72.)

Gi'illaunb DE LoHNAi remplaça l'évêque Ademar Fabri , mort cette année, ou sur la fin de la précédente. Pendant son épiscopat, mourut , sans bisser aucun enfant, Pierre, comte de Genevois, peu de jours après son testament, fait le 34 mars i3q,4. Par cet acte, il institua, pour son héritier, Ilumbcrt

(1) « 11 n»u» paraît attes vraUeinblable , dit M- Lévrier, que c'ett » à ce partage alternatif de juridiction entre la nuit et le jour qu'il » faut rappo.lcr l'origine et l'allusion de la deviie Pvst lemeirms tut, » qui accompagne le* armes de la ville de Génère. On en a donne , » aioute-t-il , diverses interprétation» pin» ou moins forcées, et la • plupart inintelligible». Quelque» proteilanli, amateur» ■ leux, diienl que jadi* elle portait ces mot» : Po*l .

» laeem ; et que, depuis la réforraation, on l'a changée en ceuwi : « /Vf/ ttaelros lux. De* sceaux authentique* détinrent cette fan*

croyaient alors en droit de disposer de l'cvéché de celui qu'ils » était la mime qu'elle est aujourd'hui. » ( Tome 1 , page 3S9. )

n de son côté, des prétentions que le respect pour le chef de l'église universelle, suspendit jusqu'à sa mort , arrivée le 16 septembre i3j)4- Mais, après cet événement, le prélat voulut se meure en possession du comte de Génevois, par droit de confiscation , attrndu que ni Pierre , ni son frère, qui l'avaient précédé , n'avaient rempli le premier devoir de là vassalité envers l'église de Genève , en lui faisant hommage et le serment de fidélité pour ce 6ef qu'ils tenaient d'elle. Le comte de Savoie, d'autre part, soutenait que le comté de Génevois, dont il tenait déjà une partie entre ses mains, devait lui revenir en entier comme descendant de ceu« qui l'avaient anciennement possédé. Dans le cours de cette contestation, mourut, en i4oo, Humberl de Villars , sans laisser d'enfants miles. Odon de Villars, son oncle, qu'il avait nommé son héritier par son testament , et que le comte avait , de plus , substitué à Humbert , en cas que celui-ci le précédât au tombeau, et qu'il mourût, comme il arriva, sans postérité masculine, voulut d'abord se mettre en devoir de lui succéder. Mais, après de plus mûres réflexions , la crainte de se compromettre avec le comte de Savoie, fit qu'il prit le parti de traiter aimablement avec ce prince. En conséquence, par acte passé entre eux, le 5 août 1401 , a Paris, en présence du prince Jean , fils du roi Charles VI , Odon céda tous ses droits sur le comté de Genevois, au comte de Savoie, qui lui transporta, en échange, Château - Neuf avec toutes ses dépendance, sitoées dans le Val-Homei , et de plus , lui paya , en deniers comptans, la somme de 45, 000 francs d'or (a). Restait a satisfaire l'église de Genève , par rapport au même objet. Le comte Amëdée en vint à bout , au moyen d'une transaction qu'il fit , le i« r . octobre i4o5 , avec l'évoque et son chapitre , ' par laquelle il reconnut teoir d'eux, en mouvance, le comte de Genevois , et promit de s'acquitter fidèlement des devoirs de vassal a leur égard. (Spon, tom. Il, n°. xlvii.) C'est ainsi que ce fief tomba dans la maison de Savoie, pour n'en plus sortir.

L'évéque Guillaume de Lornai étant mort Tan t4o8, le chapitre de la cathédrale lui donna pour successeur Jean Bert h a sol , l'un de ses membres et des plus savants hommes dr son siècle. Le nouveau prélat , a son installation , qui se fit le 10 janvier i4°9, jura, sur l'autel de Saint- Pierre , à l'exemple de ses prédécesseurs, de maintenir et observer les anciennes libertés et coutumes de l'église et de la cité. (Spon, t. Il, n*. XL vu t.) Le comte de Savoie, se fondant sur sa qualité dr vicaire de l'empire, voulut exiger de lui un pareil serment pour le temporel de l'évéché. Mais l'empereur Sigismond , instruit de cette exaction, déclara, par un rescril du jo uoveabre i4ia, adressé au comte lui-même, qu'a lui seul, comme chef de l'empire, appartenait le droit d'investir l'évêque de Genève des régales de son église. (Spon, ibid. n". XUX. ) Le comte Amédée se soumit, et, par une déclarai on du

(«H^l non «n seconde* noces, comme porte l'édition des Benédic

erei noces , Jean de Bourgogn

cne , duc

un»- Elle aiait «*pou*é, en premierei de Monlogu.

(ai Il> liaient d'or Go, et chacun du poids de 73 grains un septième ^'nsi 45,ooo peaaient 7 1 4 marc» a once* a gros et ao grains quatr Mptteno; e i , a raison de 8a8 livre» ta tous le marc , prodniseot de 5 actuelle 5e,i,ÔS7 Uvroa *ou 10 '

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE GENEVE

de VUlar»,- «on neveu, fils de Marie de Génevois , sa sœur ag août 1414 , il reconnut qu'il aînée, a la charge, par celui-ci, d'instituer, à son tour, eu cas de prédécès, Odon de Villars, son oncle. Marguerite de Joinville , veuve du comte Pierre , épousa , en troisièmes noces (1), Ferri de Lorraine, a qui elle apporta te comté de Vaudemont. Robert de Génevois, placé alors sur le saint siège fous le nom, comme on l'a dit, de Clément VII, ne se vil pas impunément privé de la succession de Pierre, son frère. 11 voulut se mettre en possession du Génevois. L'évoque de Genève et le comte de Savoie, formaient, sur cette

de l'évêque la permission lie résider a Genève avec son conseil , et d'y exercer la juridiction sur ses propres sujets (et non sur d'autres) qui se rencontreraient en cette ville. Le prélat s'étanl rendu a Aixla-Chapelle , y assista , le 8 novembre suivant, au couronne-

au concile de

ment de l'empereur, qu'il accompagna Constance , et de là en Espagne.

Martin V, nouveau pape, revenant de Constance, où son élection s'était faite le 11 novembre 1417, arriva, le ti juin

Jean de Pilrre-Cise, ou de Roche-Taillée , pour remplir le siège de Genève. Le nouveau prélat eut à se défendre contre les artifices du duc de Savoie , qui , dans un mémoire présenté au pape, demandait la moitié du domaine, par indivis, de Genève, en échange des droits qu'il avait en celte ville, et de quelques places qu'il possédait aux environs. L'affaire , poussée vivement par 1rs instances du duc , échoua par la prudence et la fermeté de Jean de Pierre-Cise , appuyé de tous les ordres de la ville qu'il avait assemblés plusieurs fois à ce sujet. Ce vigoureux pasteur fut enlevé à l'église de Genève , le 3 février 1 42a , par les Anglais , qui dominaient alors en France, pour être placé sur le siège de Rouen ; il passa ensuite a Besançon, et parvint au cardinalat. Jr\n de Courte-Cuisse, confesseur du roi Charles VI , dépouillé de l'évéché de Paris par les Anglais, devint évéque de Genève, par élection, le aa octobre i4aa. Mais au bout d'un an, iljul remplacé par

Jeak de Brockier , chanoine de Genève , à qui son mérite avait déjà procuré, successivement, l'évéché de Viviers, l'archevêché d'Arles, la place de chancelier de l'église romaine, et le cardinalat. C'était lui aussi, qui, l'an 1417, avait présidé au concile de Constance , pendant la vacance du saint siège. 11 ne parut point de son vivant a Genève ; mais , après sa mort, arrivée le 16 février i4*6, il y fut transporté de Home , et inhumé dans la chapelle des Machabées, où il avait fondé une communauté de treize prêtres. François de MlBS , neveu de Jean de Brognier, fut son successeur à l'évéché de Genève, et devint ensuite cardinal. L'an i4»B, le a3 juin, i l'exemple de ses prédécesseurs, il fit le serment solennel de maintenir les libertés , franchises et coutumes de sa cité. Pendant son épiscopat , il fut témoin de quelques événements singuliers, qui l'affectèrent diversement. L'an i4''°» I e « eu consuma sa cathédrale , au rétablissement de laquelle le duc de Savoie contribua par une générosité dont U n'est pas facile d'expliquer le molif. Ce prince n'en demeura point la. Pour donner un nouveau lustre au chapitre de celte église, il obtint du pape Martin V. que nul ne pourrait y être admis quM ne fûl noble d'extraction ou docteur en théologie.

L'an 1434, ce prélat vit le duc Amédée se métamorphoser en ermite pour en mener la vie , avec six compagnons , dans I* prieuré de Ripaille, près de Thonon, sans abdiquer ses étals. Il vit ce même duc, en i44°» élevé au souverain pontificat , et en reçut diverses marques de bienveillance pour lut et pour son église, (f©/. Amédée VI 11, duc de Sattue.) Le duc Louis, fils de ce pontife, loin d'attenter aux droits de l'église de Genève , eut la déférence pour le même prélat , de lui écrire pour avoir la permission de s'établir en cette ville, pour quelque lems, avec sa cour et son conseil. François de Mies finit ses jours au mois de mars 1444. Après sa mort, le pape Félix V, ce même Amédée VIII , ci-devant duc de Savoie, retint, pour lui, l'évéché de Genève, qu'il fit administrer avec le soin qu'on pouvait attendre de lui. Sa résidence était à Lausanne. Il écrivit de là aux syndics et habitants de Genève, pour leur demander du secours contre les Fribourgeois, qui inquiétaient cette ville par leurs incursions. Ou lui fit passer t

au commencement de l'an i44&* un corps de troupes dont il remercia les Genevois , comme d'une assistance volontaire , par son rescril du 16 février de la même année.

Félix n'était point reconnu pour légitime pape eo plusieurs états catholiques, et surtout en France, où l'on tenait pour Nicolas V. On assembla , l'an 1 44 e ) « un concile à Lausanne, pour terminer ce schisme. Félix y ayant donné son abdication, le 9 avril , la paix fut par là rendue a l'église. Il paraît qu'il retourna ensuite â Ripaille, où il mourut, le i". janvier i t 5i. (M. Lévrier, t. II, p. 34.)

Pierre de Sa voie, petit-fils du duc Amcdée VIII ( Félix V) , fut élu, a l'âge de huit ans, pour lui succéder dans l'évéwié de Genève, et eut pour vicaire-général, au temporel et au spirituel , Thomas de Sur . archevêque de Tarentaisr. De son tenu , le nombre des conseillers qui composaient le sénat avec les syndics, fut porlé de doute à vingt -cinq , tel qu'il est encore aujourd'hui. L'évoque Pierre de Savoie mourut le ai octobre 1450, a l ige de

Jean-Louis de Savoie , frère puîné de Pierre de Savoie , fut son successeur dans l'évéché de Genève. Il était déjà pourvu de l'évéché de Maurienne et de l'archevêché de Tarcnlaise , outre quatre à cinq abbayes qu'on avait accumulées sur sa téte. Celait son père qui avait décidé de sa vocation, qui n'était nullement conforme à son caractère. H n'avait que des inclinations martiales et nulles des vertus ecclésiastiques. On lui donna pour administrateur-général , Philippe de Compois, et ensuite Antoine de Malvenda. Guidé par leurs conseils, il soutint avec fermeté les droits de son église, et ne souffrit pas que ceux mime de sa maison y donnassent atteinte. Janus, son frère, ayant voulu prendre le titre de comte de Genève, il l'obligea de le quitter et de s'en tenir a celui de Génevois, que son père lui avait donné. On ne peut néanmoins l'excuser de s'élre concerté avec Charles, duc de Bourgogne, et le comte de Romont , pour faire enlever l'hilibert , son neveu , duc de Savoie, avec Yolande , sa mère , afin de rendre Charles maître du pays. Il est vrai que le coup n'ayant réussi qu'en partie , par l'évasion de Philibert , ce prélat se hâta de faire sa paix avec le roi Louis XI, frère d xolande, en lui remettant les châteaux de Cbambéri et de Montmeillan , dont il s'était emparé. {Voyei Philibert, duc de Satoie.) MM. de Sainte-Marthe placent sa mort au 11 juillet t4«a.

Le chapitre et les citoyens de Genève ne pouvant s'accorder pour l'élection d'un nouvel évéque, le pape Sixte IV nomma, d'autorité , le cardinal Dominique de la Rovère , son parent ; mais celui-ci , rencontrant de l'opposition dans les deux partis, céda sa nomination a Jean de Compois, chancelier de Savoie. Celui-ci eut, pour concurrent, Urbain deChivron; et tous Jeux, par arrangement fait entre eux, après avoir disputé quelque tenu le terrain , se démirent . l'an »4H4i en faveur de François DE SavoIS,, frère des deux évéques précédents, Pierre et Jean- Louis de Savoie; ce qui fut agréé du chapitre et de la ville de Genève. Ce prélat , de mœurs très-peu réglées fut néanmoins jaloux du maintien , des droits et libertés de son église et de la ville. 1-e sénat Je Chambéri y ayant donné atteinte par un de ses arrêts , il le fit casser et révoquer par le duc Charles, le 14 décembre 1489. (Citadin, p. 377.) rrançois de Savoie termina ses jours le 3 septembre i4ya, ef, selon d'autres, au mou d* mai de l'année suivante. F.n mourant, il laissa un fils naturel, Jean-François, que nous verrons au nombre de •es successeurs.

Le chapitre de la cathédrale de Genève, avant donné a François de Savoie, pour successeur, Charles de Seissel, le pape refusa des provisions, et, à la recommandation de la duche-se régnante, nomma , pour remplir le siège de Genève, Antoine, or Champion, évéque de Mondovi, et chancelier de Savoie. Ces deux compétiteurs ayant pris les armes avec pour se mettre eo possession , il y eut euU*

eux , au pont de Chanci , un combat ou Champion , vainqueur, obligea Seissel de lui céder la crosse, aprîs quoi il entra triomphant a Genève, comme dans une ville qu'il aurait prise d'assaut La conduite qu'il tint dans l'épiscopat . couvrit l'irrégularité de son entrée. Frappé des désordres qui régnaient dan le clergé de son diocèse, il tint, l'an s 40^ • un synode pour le réformer. Il résulta, des opérations de cette assemblée, un recueil des ordonnances des évéques précédents de Genève, revues et corrigées, qui fut imprimé la même année. (Spoa, t. I, p. 100.) Ce prélat mourut le 19 juillet 1495.

Philippe de Savoie, fils de Philippe, comte de Bresse, fut donné, dans le mois de juillet 149&1 P»«" •« crédit de soa père, a l'âge de cinq a six ans, pour successeur i Pévéque Antoine de Champion. Le pane Alexandre VI , en confirmant son élection, lui donua pour administrateur, Amé de Monifaucon, évéque de Lausanne. Le jeune Philippe ne persévéra pas dam l'état ecclésiastique. Ayant quitté celte profession pour embrasser celle des armes , il fut pourvu du comté de Genevois, après quoi il suivit le roi Louis XII en Italie , et combattu pour lui en 1609, a la journée d'Agnadel. Lorsque Charles- Quint fut élevé à l'empire , il passa au service de ce prince. Mais le roi François 1". l'ayant attiré en France, lui donna, le aa novembre i5a8, le duché de Nemours, dont il prit le titre. Il fut du nombre des grands qui accompagnèrent ce monarque dans l'entrevue qu'il eut avec le pape Clément VII, à Marseille. Mais il y mourut avant qu'elle fut terminée, le a5 novembre iS33. Son corps fut porté dans l'église d'Annecr, pour y être inhumé. Il avait épousé, le aa novembre i5a», ChabLottb, fille de Louis d'Orléans, I". du nom, duc de Longueville (morte à Dijon le 8 septembre 1S49 ) , dont il eut Jacques, son successeur au duché de Nemours, ei Jeanne, ma née , en 1 555 , a N irolas de Lorraine , comi c de Vaudemont ; alliance dont sortit Philippe Emmanuel de Lorraine, duc Je Mercœur, gouverneur de Bretagne, mort en 160a (Anselme, t. 111, p 5ta.) La branche de Savoie-Nemours finit dans la personne de Charles-Amédée , tué en duel , le '60 juillet t65a, â Paris. 11 était le petit-fils du duc Philippe.

Charles de Seissel, dont nous avons vu la nomination faite, en i4qo, par le chapitre de Genève, rejet ée par le pape Innocent VIII, succéda, le aa février i5 10 , par la résignation de Philippe de Savoie, dans l'évéché de Genève, que cepnnce avait en quelque sorte abandonné depuis plusieurs années , sans cesser d'en percevoir les revenus. Mais , avant d'aller plus loin , il est à propos de rapporter certains faits antérieurs à cette époque. .

Le doc Philibert avait un frère, nommé Kene, qui «a* acquis un grand empire sur son esprit. Philibert ayant obtenu d'Aimon de Monttaucon , administrateur de l'évéché de Genève , la permission d'y venir séjourner avec son conseil , y arriva , pour la première fois , le 5 mars i49« , accom|«gné de René. Celui-ci , ayant demandé aux chefs du sénat de Genève communication de leurs archives, essuya un refus dont il fut extrêmement piqué. Il s'en prit à Pierre Lévrier , citoyen noble, seigneur de Flonmond , sénateur et conseiller- d'élal , qu d bt emprisonner, par un ordre surpris au duc , dans le château de l'île du Rhône. Le duc , sur les plaintes que les sy ndics lui pur lèrent de celle alternai inoui , fil relâcher le prisonnier. Mais le sénat ayant fait punir de mort on savoyard, faux m»niiaycur, irrita de nouveau René par cette exécution , qui se fit sous ses yeux. Celui-ci, pour se venger, accusa un gentilhomme genevois , nommé d Êyria . d'avoir corrompu le méderin du duc, pour l'empoisonner. Le médecin , appliqué à la torture, ayant avoué . ouoiqu'innocent , le crime qu'on lui imputait , fut nu» i mort. Le même sort menaçait d'Kyria qu'on venait d arrêter, s'il n'eût pa» eu l'adresse de s'évader. Philibert , instruit par la duchesse et par d'autres personnes, ouvrit enfin les yeux sur allrocUe. 11 chassa W de ses étais , et bt confisquer

DES ÉVÈQUES ET PRINCES DE GENEVE

ses terres par arrêt du sénat de Chambéri. La cour de France, où il se retira , ie dédommagea t par diverses faveurs , des disgrâces que ses perfidies lui avaient attirées. Charles Ut ayant surcédé , Tan 1 5o4 , au duc Philibert , ne tarda point à se brouiller avec Genève. Ayant A se venger des incursions faites par les Valesans »ur ses terres , il demanda du secours aux Genevois. On lui envoya deux mille hommes. Hais il lui fallait encore du canon. Sur la nouvelle demande qu'il en fit , la ville, qui n'en avait que six pièces, les refusa, disant qu'elle en avait besoin pour sa propre sûreté. Ce refus , dont Pierre Lévrier, chef alors de la république , était l'auteur, irrita le duc , qui chercha dès-lors à perdre ce magistrat. A son instigation, tes grands vicaires font mettre en prison Lévrier. Mais sur les représentations des Fribourgeois, avec lesquels Genève était en alliance , il est délivré.

L'évèque Charles de Seissel étant mort le i3 avril i5i3 , le chapitre lui donna , pour successeur , Amé de Gingio , l'un de ses membres. Mais fe courrier de cette compagnie , envoyé a Borne pour demander la confirmation de l'élection , ayant été prévenu par celui du duc de Savoie , le pape l>on X nomma Jean-François »e Savoie , fils naturel de l'évèque Franc/ us, dont on a parlé ci-dessus, et cette nomination prévalut, feu de tems après , le président de Villeneuve , ambassadeur de France auprès de la diète des ligues suisses , passant par Genève, y fut arrêté et enlevé de force, le 39 novembre, a la demande des cantons de Berne et de Fribourg, mécontents de ce ministre. Conduit en Suisse , il y subit la question ; après quoi il fut relâché par accommodement.

Les Genevois, se voyant trahis par leur évoque , et menacés par le duc, prennent le parti de s'allier par un traité de com- Lourgeoîsie avec le canton de Fribourg. L'alliance est conclue au commencement de l'an i5i<). Le duc, cependant , rassemblait des troupes pour se rendre maître, par foire , de Genève. 11 y arrive le 1S avril i5ig , suivi d'une armée de dix mille liomraesde pied sans compter la cavalerie, fait occuper par ses troupes tous les postes de la ville , et s'établit lui-même à l'bôtel-de-ville. fribourg députe i ce prince pour lui notifier son alliance avec Genève. Il reçoit avec hauteur le député. Mais, apprenant qu'un corps d'environ sept mille fribourgeois «« cotre dans le pays de Vaud , il commence a négocier. Le résultat des pourparlers fut que Genève renoncerait a l'alliance de Fribourg , et que le duc retirerait ses troupes. Ce prince ne reconça cependant pas à ses desseins sur Genève, et attendait une occasion plus favorable pour les mettre A exécution

L'évèque de Genève , entièrement livré au duc de Savoie , s'était laissé engager par ce prince a lui céder tous ses droits sur la ville de Genève. Mais le pape, sur les représentations du conclave , avait refusé de ratifier le traité. Le peuple de Genève, excité par un clerc nommé Pécolat, n'y était pas moins «ppoié. L'évoque, pour se venger, accuse férolal d'avoir voulu I empoisonner. Celui-ci, mis en prison et appliqué plusieurs •ois i la question , se coii|>e la langue pour n'être point forcé

La mort',' en i5aa , délivra Genève de son évoque Jean- François de Savoie, que les débauches avaient presque entièrement consumé. Ce tut dans son abbaye de Pignrrol qu'elle l'enleva. Pie bue de la Baume , de la maison des comtes de Montrevet , qu'il avait nommé son coadjuteur l'année précédente , lui succéda.' Il ne manquait au nouveau prélat que de la vigueur , pour réparer le mal que son prédécesseur avait fait ; car il était bien intentionné. Le duc ayant nommé, l'an i5a3 , un vidomne , nommé Rougemont , à la place de celui qui venait de mourir, le conseil épiscopal cita cet officier pour venir prêter le serment accoutumé entre les mains de l'évèque. Le duc s'y opposa , disant que c'était a lui a le recevoir. I.e prélat se défendit avec peu de chaleur. Mais Lévrier s'éleva fortement contre cette innovation , et releva le courage de l'évèque, en lui remontrant la honte qu'il y aurait pour lui do sacrifier les droit* de son église , en pareille occasion. Le duc fut obligé de céder. Mais la mort de Lévrier fut dès lors résolue. Le ta mars i5a4 » ** magistrat , en l'absence de l'évèque , est enlevé par ordre du duc et conduit au château de Bonne , dans le Faucigni , où , le lendemain , dimanche de la Passion, le grand-prévôt de l'hôtel du duc lui fait trancher la télé. Il subit ce supplice avec une grandeur d'âme qui fera éternellement l'admiration de la postérité. Le duc , n'ayant plus un adversaire si redoutable à Genève, crut pouvoir y exercer désormais impunément sa tyrannie. Elle fut telle que plusieurs citoyens , ayant pris la fuile, se rendirent en Suisse, ou, de l'aveu de leurs compatriotes , ils conclurent, le ao février i5aS , un traité de coin bourgeoisie entre les villes de Berne, de Fribourg et de Genève. Ce fut alors qu'a l'imitation des deux premières, on établit dans la dernière, deux nouveaux conseils, celui des soixante et celui des deux cents, en laissant subsister celui des vingt-cinq; et , par la , il y eut à Genève trois conseils, dont le dernier, supérieur en autorité comme en nombre, s'appela le grand-conseil.

L'évèque, voyant les troubles qui agitaient Genève, s'était retiré dans son abbaye de Saint-Claude , en Franche-Comté , d'où il entretenait des correspondances secrètes avec le duc de Savoie. Pendant son absence , les nouvelles opinions. s'introduisirent, sans obtacle, a Genève, et y firent de grands progrès. Le prélat y étant revenu le 1". juillet i533, fut reçu avec le» honneurs dus à son rang. Après une messe du Saint-Esprit et une procession solennelle, 1) assista a un conseil-général, où. il exhorta le peuple à la paix , a l'union , et a la persévérance dans la religion de ses pères , sans se laisser séduire par la doctrine des novateurs. Mais , au grand étonnement et au grand regret de ses ouailles, et maigre leurs représentations , on le vit partir , le 14 du même mois, pour ne plus revenir. Dèslors le parti des prétendus réformateurs ayant le champ libre, prit un ascendant si considérable , qu'il entraîna tous ceux qui composaient le grand-conseil. Ce tribunal, par un jugement du 37 aodl i5iî, procrivit la religion catholique dans la ville, avec ordre à tous les citoyens , de professer la nouvelle religion, qu'on appi la réformée ou protestante. Le chapitre de la cathé-

psr les tourments de se déclarer coupable. Le cierge et le orale se retira alors a Anneci , ou il réside encore actueiie— twiiple prennent hautement sa défense, et forcent l'évèque de i ment. A l'égard de Fierre de la Baume, après avoir été nommé ■oi rendre sa liberté. Berlhelier, autse Génevois, non moins [cardinal en «5 «y, il fut élevé, l'an iS,a, sur le siège de Be- •fie patriote que Pécolat, et plus ferme encore, devint un sançou, après là mort de l'archevêque Antoine de Vergi. dont »ou»el objet de la haine de l évêiiueet du duc. Arrête comme il était coadjuteur depuis s .139. Le siège épiscopal de Genève •Milieux par ordre de l'évèque , il fut décapité , par jugement n'a point ete supprime , mai* sèulemeul transféré i Anneci , où du prévôt rpuropal , après avoir montré dans sa prison et de- 1 il subsiste jusqu a nos jours. W ™. WD i u 6 e »'* plus grande magnanimité. Ce fut vers ce tenu il ie forma , dans Genève , deux partis , dont l'un , favorable

N. B. Parmi les évêques de Genève, on n'a point mis Diogène, qui assista, l'an 38i , au concile d'Aquilee, parce qu'il est douteux s'il fut évèquc de Genève ou de Gênes. On en a supprime plusieurs autres mentionnés dans les anciens

*> duc, fut nommé les Mamelues\ et l'autre, défenseur de j> liberté, s'appela les Eidgmts , d'où l'on fait dériver le nom or Huguemt , donné depuis A tous les Protestanls de France. Après la faction des Mainelucs, il s'en éleva une autre hors des mur s , qui fil bien du mal aux bourgeois : on la nomma la «nlrèrie dts gentilsbommes de la Ouller t

catalogues , par la raison que ces catalogues n'ont point para J munis d'une assez grande authenticité.

CHRONOLOGIE HISTORIQUE

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