‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 301 sur 582 · CHRONOLOGIE HISTORIQUE DES COMTES DE MAURIENNE OU DE SAVOIR · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE HISTORIQUE DES COMTES DE MAURIENNE OU DE SAVOIR

les princes delà maison de Saxe, el immédiatement après eux. 11 faut néanmoins avouer que les preuves de celte descendance, données par les généalogistes , n'emportent pas une pleine conviction. C'est a M. le chevalier de Haiigonc, conseiller-d'état du roi de Sardaigne , qu'il était réservé de lever tous les doute» a cet égard, dans une dissertation qui n'a point encore été publiée , et dont il nous a permis la lecture. Guidés par cet écrit lumineux, nous allons faire connaître le véritable auteur de la maison de Savoie.

BÉRALD , ou BEROLD, comte oe Maurjekwb.

Bérald, on Bérold, que d'autres appellent aussi Berthold, saxon de naissance, nommé vice-roi du royaume d'Arles par Ifroi Rodolfe III, et créé vicaire de l'empire par l'empereur Henri II, doit être regarde comme la souche de la maison de Savoie. L'origine et les qualités que nous lui donnons sont attestées par lui-même dans la charte , par laquelle il prend sous sa ^arde el protection le monastère deTaloire près d'Anneci. C'est ainsi que débute cet acte daté du mois de juillet 1020, et imprimé par D. Martenne dans le premier tome de ses anecdotes ( p. t4»)« Beratdus de Suxmua pro-rtx Arelaiensis prorege potentùsuno Haduifo et ai augusia majestaU imperiï crtutus Vicarius. En admettant la sincérité de cette pièce, que l'éditeur donne pour authentique, et contre laquelle on n'a point encore élevé Je doute bien fondé, toutes les difficultés formées jusqu'à présent sur l'origine de la maison de Savoie , deviennent faciles a résoudre. Bérold, ou Berthold , était le second fils de Lothaire III , mar grave de la Marche septentrionale de la Saxe ou de l'Ostphalie, et de Gudile, issue de l'illustre maison conradine , alliée a celles de Bavière et des derniers rois de Bourgogne. ( Ditmarus rtstittUus, nage 4i3 ; Anna/, saxon. , page 446. ) Il avait pour frère atné Werinhaire, el pour frère cadet Brunon, qui, ayant succédé à Dilmar, son parent, dans l'évêché de Mersbourg, finit ses jours en io36. Cela est certifié par la chronique allemande de Walbeck, dont était aussi comte Loihaire, père de ces enfants* {Voyez, les pp. n6, 100 et iot de cette chronique imprimée a tielmstadt avec les notes de M. Dingelstadt et les additions de M. A bel. ) Werinhaire s'élant fait une affaire irèsfkheuse pour avoir enlevé Regnilde, dame de Bichlingen, a dessein de l'épouser, fut poursuivi juridiquement par 1 empereur Henri II , qui voulait le condamner à perdre la vie, parce eue ce rapt était le second dont il était coupable. Mais sa mort , arrivée l'an 1017, arrêta la procédure. (Ditmar, Chron. , n. 4°' } Annal, saxon. , pp. 43 i-43a. ) Berthold ne parait point dans les (foires de Werinhaire, quoique ses autres parents y aient £guré, parce qu'il était alors et depuis long-lems dans les Gaules; car la vice- royauté du royaume d'Arles lui avait été conférée par lettres de Rodolfe III, données à Ai*, eu Provence, dès le 5 des ides de mai de l'an 1000. On le voit présent, sous le nom de Bérald , avec la qualité de comte, à une donation que ce roi fit a l'abbaye de Saint-Maurice , la vingt-quatrième année de son règne; ce qui revient a l'an 1017. Il porte le même titre dans l'acte d'une autre donation faite par le même Rodolfe, la vingt-sixième année de son règne, à un seigneur de se* états, nommé Amison. (Pingon, Guichenon.) C'est par une erreur manifeste que des modernes voudraient l'identifier avec Gérold , comte de Génevois , dont Wippon , dans la vie de Conrad le Salique, dit que ce prince , étant venu en Bourgogne, le subjugua ainsi que l'archevêque de Lyon. (Wippo, in nia Conradi, p. 47". ) Bérald, sur la fin de ses jours , s'elanl retiré a l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, y mourut l'an «<»7, laissant un fils, qui suit. ( Albert. Fahric. , Origùi. saxon, t Slmma tVitiktndi, page 126. )

HUMBERT I, dit AUX BLANCHES MAINS.

1017. Humbert, ou Ufert, comme il est nommé dans «jueicjues actes, souscrivit avec Bérald, son père, la charte

donnée par celui-ci en faveur de l'abbaye de Taloire (1), l es signatures portent Bcroldtis , tlumbertus JUius. Dans quelques actes qu'on a de Humbert , il se qualifie simplement comte, sans signer son département. Mais son tombeau , qu'on voit devant le portail de l'église de Saint-Jean de Maurienne, peut servir a prouver qu'il était comte de ce pays. ( Saint-Marc , Abr. chron. , lome 11. ) C'est le même que Wippon qualifie comte en Bourgogne, cl qui amena du Milanez, l'an io34, suivant cet historien, des troupes à l'empereur Conrad le Salique contre le comte de Champagne. Conrad , devenu victorieux, reconnut les services de Humbe.l par le don qu'il lui fit du Chablais , du Valais, et de la terre de Saint-Maurice. (Pingon, Guichenon.) 11 mourut, selon ce dernier, suivi par Saint- Marc, l'an 1048. On lui donne pour femme Amcille, ou Hanchille , dont il eut quatre fils, Amédée, son successeur , Burchard, Ai mon et Odon. D. Hergett le fait aussi père d'une fille qui épousa, selon lui. Kanzelin, comte de Zéringen , le même qui est appelé Canlold par M. Schœpflin. (Saint-Marc-)

AMÉDÉE , 00 AME I , dit LA QUEUE.

lolfi. Amédée I , fils et successeur de Humbert, se dit quelquefois, dans ses diplômes, comte de Maurienne, mais jamais comte de Savoie. La raison du surnom de la Queue qui lui fut donné, n'est point connue, et celle qu'en apportent les modernes n'est appuyée que sur une fable. Amédee finit ses jours , suivant l'opinion la plus probable, vers l'an 107a, et fut inhumé, comme il l'avait ordonné, dans le tombeau de son père. D' Adélaïde , son épouse , qu'on a mal a propos confondue avec Adélaïde, dernière marquise de Suie ( comme le prouve M. de Saint-Marc , tome III , depuis la page 61a jusqu'à 63ç)) , il laissa Humbert , qui suit, et N...., femme d'Ulric i, sire de lî.iugé. La veuve d' Amédée se remaria avec l'anti-césar Rodolfe. ( Voyez les ducs d 'Alsace et de Suahe. )

Guichenon donne ici, pour successeur d' Amédée dans le comté, Olton ou Odon, quatrième fils, à ce qu'il prétend , d'Humbert I, qu'il fait mourir vers 1060. Il met après lui Amédée H, fils du même Otton et Adélaïde, dernière marquise de Suze. Mais M. de Saint-Marc combat ce sentiment par de si bonnes raisons, que rions avons cru devoir le retrancher, l'un et l'autre, de la liste des comtes de Savoie.

HUMBERT II, dit LE RENFORCÉ.

1073 ou environ. Humbert II succède 1 son père Amédée. La grandeur et l'épaisseur de sa taille lui firent donner le surnom de Renforce. Aimeric , seigneur de Briançon et gouverneur de la Tarentaise, vexant en toutes manières ses sujets , Humbert, par ordre de l'empereur Henri IV, marcha contre lui et le dépouilla de son gouvernement , qu'il unit au sien. L'an 1077, ce mt'me empereur étant obligé de prendre sa route par la Savoie, pour se rendre en Italie, Humltert ne consentit à lui accorder le passage qu'au moyen de la rrssion que Henri lui fit de cinq évechés voisins de ses terres. ( Lambert Srhafnah.} Si l'on en croit Paradin, Pingon et Guichenon , le comte de Savoie fut du nombre des seigneurs qui partirent ,

(1) Ercarl et Muratori prétendent que le monastère de Taloire oe fut fondé qu'au ontième siècle, par Ermcngarde , femme de Rodolfe III , d'où ils arguent de faux la charte de ce prince. Mais nous avons la preuve que Taloire existait , sou* le titre de prieuré, l'an 87g, puisque cette année il fut uni a l'abbaye de Tournas par le roi liosoo , suivant sou diplôme, publié par Chifflet, dans son Histoire de Tournas ( page a3a ).

Oo veut encore inférer de la charte que nous défendons, une preuve de supposition . en ce que Bérold y est qualifié pro-rex , inconnu , dit-on, alors, comme s'U n'appartenait pas à la L

i5a CHRONOLOGIE l'an 1096, pour la croisade avec le prince Hugues le Grand , [ frère dû roi Philippe I. 11 est vrai qu'il avait formé le dessein d'aller à cette expédition ; mais ce qui prouve qu'il ne l'exécuta pas, c'est qu'en i«>y7, il donna une charte datée d'Ienne, en I Turinge ; et qu'en toijtf, il était occupé, en Piémont, à recueillir la succession d Adélaïde, sa parente , marquise de Suze. L'empereur Henri IV seconda ses prétentions contre ceux qui lui disputaient cet héritage , en l'investissant de la plus grande partie des Marches de Suie et de Turin; et ce fut alors qu'il prit le titre de marquis en Italie. C'est ainsi que, dès son origine, la maison de Savoie a toujours su mettre à profit les occasions de s'agrandir. Humbert mourut , selon le nécrologe de Saint-Jean de Maurirnne, le iq octobre 1 10M. De son mariage avec GvisLK, ou Gisèle, fille de Guillaume le Grand, comte de Bourgogne, il laissa Amédéc, qui suit; Humbert, mort sans enfants; ftenaud, moine et prévôt de Saint-Maurice , rn Valais; et deux filles, dont l'aînée , Adélaïde, épousa le roi Louis le Gros , puis Mathieu de Montmorenci ; et Agnès , la seconde, fut mariée à Archambaud VI, sire de Bourbon, liuisle , après la mort d'Humbert , épousa , en secondes noces, suivant Guichenon , Usinier, marquis de Montserrat.

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