THOMAS
1188. Thomas, né, le ao mars U77, an château de Charbonnières, en Savoie, d'Humbert III et de Gertrude de Flandre, succéda à son père, sous la tutelle de Boniface II, marquis de Montferrat, son beau-frère. L'an iaot, il se joignit aux croisés qui passaient par ses étals , et alla faire avec eux le siège de Zara , et ensuite celui de Constantinople. C'est ce qu'assurent plusieurs historiens. Mais il est difficile , comme l'observe Guichenon , que Thomas ait fait ce voyage, et beaucoup plus encore qu'il se soit trouvé à la prise de Constantinople , puisqu'il est prouvé par des chartes que, lors de ce dernier événement et du couronnement de l'empereur Baudouin, Thomas était dans ses étals. (Guichenon, Hitt de Savoie, tom. I , pag. a-jti.) Le parti qu'il prit dans les troubles de l'empire , en se déclarant pour Philippe, roi de Germanie, lui fut avantageux. Ce prince lui donna, par lettres datées de Bile, l'an iac 7 , Quiers, Tesloiie
DES COMTES DE SAVOIE
en Piémont , et Wodon an pays de Vaud. ( /ircfuWs de Turin. ) Ayant témoigné depuis le même attachement pour Frédéric II, il reçut de ce prince, en ioaG, le titre de vicaire de l'empire en Lombard ie. Le p^pc Honoré III t voyant arriver, l'an iâ3t, dans l'Italie, l'empereur Frédéric II, son ennemi, souleva les Milanais et les Vercil lois contre lui. Frédéric, de son côté, rail dans ses intérêts le comte de Savoie, les marquis de Montfrrrat et de Saluces , les Astesans et ceux du Quierasqoe. Cette ligue, plus formidable et plus heureuse que celle du pontife, eut des succès rapides , dont un des principaux fut la conquête de la ville de Teslone, qu'elle démolit, et avec les débris de laquelle on bâtit celle de Moncalier. De leur coté, les Milanais s'emparèrent de Coni , de la Veldesturc et de Saint-Dalmace. Ils comptaient porter leurs conquêtes plus loin , lorsqu'ils furent rencontres par le comte Je Savoie, qui leur livra une bataille, où ils furent complètement défaits. Leur général, Humbert Osimo , périt dans l'action. (Sigon. de rtgno Ital. , liv. 17. ) Mais l'intérêt détacha ensuite, de l'alliance du comte de Savoie, le marquis de Montfrrrat, qui, voyant la ville de Turin disposée a se soulever, profila de 1 occasion pour s'y établir. Le comte Thomas, étant accouru pour recouvrer cette capitale, dé6t , sur sa route, un corps d' Astesans qui venaient au secours des rebelles ; après quoi , il forma le blocus de Turin. Mais, n'étant pas en force pour assiéger la place, il retourna en Savoie pour y lever de nouvelles troupes. Déjà il commençait a rentrer en Piémont , lorsqu'une maladie l'obligea de s'arrêter lui environs d'Aoaste. S étant fait transporter en cette ville, il y mourut le 20 janvier ia33, suivant Guichenon. D'Albane dit en ia3a, parce qu'il commence l'année à Piques. Thomas, non moins recommandable par sa piété que par sa valeur et sa rare prudence , fut le père de ses sujets, le prolecteur de ses voisins, et la terreur de ses ennemis. Il avait épousé, 1*. BÉanix, fille de Guillaume I , comte de Génevois, dont il n'eut
Giiot d'eufants , suivant Guichenon, et qui le fit père, selon uralori, de Léonore, femme d'Aszon VI, marquis d'Est, et premier seigneur perpétuel de Ferrare; a». M a kg débite de Fàucigni, héritière de sa maison (morte en ia33), qui lui donna neuf fils el six Glles, dont les principaux sont, Amédée, qui suit; Thomas', époux de' Jeanne, comtesse de Flandre, et lige des comtes de Piémont ; Pierre et Philippe , tous deux successivement comtes de Savoie; Boniface, qui, après s'être consacré a Dieu dans la grande Chartreuse , devint archevêque de Cantorbéri; Marguerite, laquelle épousa, par contrat du 1". juin iai8, Hartman, fils d'Ulric, comte de Kiboure;
trix, mariée en taao, à Raymond Bérenger IV, comte de Provence; Alix, abbesse de Saint-Pierre de Lyon; Agathe, aLbrise du même lieu après sa sœur; Léonore, femme d'Azton VI , marquis d'Est ; et Avoie , femme de Baudouin de fiivière , comte de Devonshire.
AMÉDÉE IIL
ta 33. AxÉdke III, né à Montméliao en 1197» succéda au comte Thomas, son père, el témoigna le même sèle que lui pour les intérêts de I empereur Frédéric II. La ville de Turin avait tout sujet de redouter la vengeance d'Amédée. Mais Hugues, son évêque, en prévint les effets en persuadant aux rebelles de lui faire leurs soumissions, et de lui prêter serment de fidélité. Amédée, bientôt après, se vit attaqué par les Valaisans, que l'rvêque de Sion avait excités a faire irruption dans le Val 4'Aouste. Les dégâts qu'ils y firent ne restèrent pas impunis. Le comte de Savoie, soutenu par ses gendres, les marquis de Saluces et de Mont ferrât , passa rapidement les monts, fondit impétueusement sur les Valaisans, qu'il mit en fuite après les atoir battus, et, les poursuivant avec célérité, pénétra dans le Valais, dont il se rendit maître; ce qui ajouta une nouvelle Province a ses états. Ce fut a peu près dans le même tenu que fc roi d'Angleterre , Henri Ul , son neveu , lui accorda, pour
lui et ses descendants , nne pension de deux cents mires d'argent a prendre sur les revenus de la couronne.
L'empereur Frédéric II étant parti du fond de l'Allemagne pour se venger d'une révolte des Milanais , arriva, l'an ia3cî , a Turin , où le comte Amédée lui fit une des plus magnifiques réceptions. L'empereur en fut si flatté , que , par reconnaissance , il érigea le pays de Chablais et d'Aousle en duché* Frédéric ne se borna point à celte faveur. L'an i»4' t il nomma le comte de Savoie vicaire de l'empire en Lombardie et en Piémont. Amédée «oyait, avec une douleur sincère , la rupture scandaleuse qui avait éclaté entre l'empereur et le saint siège. Dans le dessein de réconcilier ces deux premières puissances de l'univers, il va d'abord, l'an ia45 , trouver le pape Innocent IV à Cluni, et tâche, dans plusieurs conférences qu ils ont ens cm» ble, de l'amener â des voies d'accommodement. Mais l'invincible aversion d'Innocent pout Frédéric rend ce voyage inutile. Le comte , sans se rebuter, se rend â Crémone auprès de l'empereur, espérant le trouver moins intraitable : peine également infructueuse. Innocent faisait cependant lever des troupes en France pour les faire passer en Italie , sous la conduite du car* dinal Ubaldini, au secours de Milan et d'autres villes révoltées contre l'empereur. Mais Amédée, â qui le pape fil demander le passage de ces troupes par ses états, usa d'abord de tergiversations, pour ne pas se compromettre avec Frédéric; et ensuite, pressé par le pape, il le refusa nettement, dans la crainte que arrivée de celle milice n'empêchât l'empereur de se rendre au
concile de Lyon , où l'on devait s'occuper des moyens de renie, lit et .
Ire la paix à l'église. (Math., Paris, Vu Henric. III et A pot. Pétri de Vtnds^ïvt. a.)
Tranquille dans ses élau, Amédée ne s'occupa plus que de ce qui les concernait, et de fondations pieuses. Ce prince finit ses jours, le a4 juin ia.53, au château de Montmelian, i l'âgé de cinquante-six ans. Il avait épousé, du vivant de son père, en premières noces, Marguerite (et non Anne), fille dç Béatrix, daunhine de Viennois, et de Hugues de Coligni, dont il eut deux filles : Béatrix , mariée , 1*. à Mainfroi III , marquis de Saluces; a*, à Mainfroi, roi de Naplrs et de Sicile ; et Mar-
Suerite, épouse de Boniface III , marquis de Montserrat. Améée épousa, en secondes noces, l'an ia44 » CÉCILE de Bave , qui le fit père de Boniface. qui suit; de Béatrix, appelée Coralesson dans son enfance , alliée à Pierre de Châlons ; d'Agnès , femme d'Humbert, comte de Génevois, fille de Guillaume 1 , et d'une autre fille.
BONIFACE , dit ROLAND.
ia53. Boniface , né le 1". décembre ia44» devint le successeur de son père Amédée , sous la lot elle de sa mère, et la régence de Thomas, comte de Maurienne, son oncle. Peu de tems après, Thomas le conduisit en Flandre au secours de la comtesse Marguerite 11, sa belle-sœur. Boniface s'étanl déclaré pour Mainfroi , son beau-frère, contre Charles d'Anjou, qui lui disputait le royaume de Sicile , attira les armes de ce dernier en son pays. Charles , assisté de Guillaume V, marquis de Monferrat, se rendit maître de Turin en 126a, et de plusieurs autres places. Mais Boni (ace étant venu a sa rencontre, le défit près de Rivoli, la même année, et mit ensuite le siège devant Turin; Cette entreprise lui réussit mal : les habitants d\Asti vinrent au secours des assiégés, battirent le comte de Savoie, et le firent prisonnier. Ce fut â Turin, chez ses propres sujets, auxquels il avait droit de commander, que cet infortuné prince fut enfermé sans recevoir d'eux aucune marque de commisération. Il n'eût même tenu qu'à eux de lui rendre la liberté. Mais le désir de se rendre indépendants et de s'ériger en république , rendit les habitants sourds a toutes les sollicitations qui leur furent faites, pour leur inspirer des sentiments plus équitables. Le chagrin que causa au comte Boniface sa déplorable situation, abrégea considérablement ses jours, qu'il termina, l'an ia63, sans
i54 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
avoir prit d'alliance. Sa force prodigieuse et sa valeur lui firent «nom de Roland.
PIERRE, dit LE PETIT CHARLEMAGNE.
1263. PiERHE, comte de Bwnont, septième fils du comte Thomas, né, l'an 120/?, au château de Suze, en Piémont, succéda, malgré les oppositions des enfants de Thomas, son frère aîné, à son neveu Boniface, parce que la représentation n'avait point encore lieu alors en Savoie. 11 était déjà célèbre par ses exploits. Henri III, roi d'Angleterre, ayant épouse Léonore de Provence, Pierre , oncle de cette princesse , fit le voyage d'Angleterre, où il fut accueilli avec distinction par le monarque , dont il reçut, peu de tenu après, les seigneuries de Richement, d'Esse», et d'autres terres, outre un hôtel qu'il lui fit bâtir a Westminster. Henri 111 ne borna point là ses saveurs. Il nomma Pierre son premier ministre , le créa chevalier , et lui confia la garde des places les plus importantes du royaume. (Pingon, Hùtt. Sabaud., liv. 9.) Pierre, s'apercevant que le haut degré de fortune où il était parvenu dans un pays étranger , y faisait des jaloux et pouvait exciter du trouble , demanda prudemment son congé, et l'obtint à force de sollicitations. Mais au moment où il allait s'embarquer, le roi te fil rappeler , et le contraignit d'accepter le gouvernement de Douvres (Math. Paris, ibid.)
Henri III , quelque tems après, ayant formé le projet d'envahir le Poitou , envoya Pierre de Savoie pour se concerter avec les partisans qu'il s'y élail faits , et hâter cette révolution. Mais ayant été découvert , il se trouva trop heureux de pouvoir s évader. Etant retourné en Angleterre , il assista au parlement qui se tint à Londres en 12+8. L'amour de la patrie le rappela, en ia55j après une longue absence , en Savoie. Pendant le séjour qu il y fit, il visita l'abbaye de Saint- Maurice, enChablais, dont l'abbé , nommé Kodolfe , lui fit présent de l'anneau de Saint-Maurice, précieuse relique avec laquelle tous les souverains de Savoie, depuis cette époque, ont toujours pris possession de leurs états. Pendant le séjour que Pierre fit en sa patrie, il entra en guerre ( on ne sait pour quel sojet ) avec Albert de laTour-du-Pin , en Dauphiné. Mais des amis communs s'etant rendus médiateurs , terminèrent la querelle à l'avantage de Pierre, qui reçut, en dédommagement, le château de Palaviers , au diocèse de Vienne. La trêve conclue entre la France et l'An-
gleterre étant près d'expirer, l'ierre fut rappelé, l'an , par Henri 111, à (.ondées, d'où il fut envoyé, Vannée suivante, à Paris pour être un des plénipotentiaires dans le traité de paix
qui se négociait entre les deux couronnes. Les articles préliminaires ayant été arrêlés au mois de juin, Pierre revint en rendre compte à Henri III. Ce fut l'année qui suivit son retour qu'bbles, fils unique d'ilumberl, comte de t.enevois, s'élant retiré à Londres pour se soustraire aux persécutions de Guillaume , son oncle , qui lui avait ravi son héritage , transmit ses droits à Pierre par son testament du 12 mai i^5j|. Pierre fil bien valoir celte donation lorsqu'il eut succédé au comte ISoniface. A peine fut-il en possession de la Savoie, qu'il se mit en devoir de punir la ville de Turin des outrages qu elle avait faits à son prédécesseur. Elant venu l'assiéger, il s'en rendit maître sans beaucoup de difficulté. Les rebelles avaient lieu de s'attendre à un traitement rigoureux ; mVis Pierre eut la générosité de leur pardonner. Un nouveau voyage qu'il (il en Angleterre, lui valut la surcession vacante d'Herman , comte de kibourg.
3ue son neveu Richard de Cornouaille lui donna en qu;ilile 'empereur, pour tout ce qui relevait de l'empire. Eberhard de Habsbourg, comte de 1-aulfcubourg, qui se qualifiait aussi comte de Kibourg, disputa au comte Pierre le don que l'empereur lui avait fait. La guerre s'élanl élevée entre eux, Pierre remporta sur lui deux victoires érlalaules, qui déterminèrent, ea