DES DUCS
ondes, tout prétexte de brouiller l'état. Il ne laissa pas néanmoins d'avoir beaucoup de traverses a essuyer au commencement de son règne. Ce fui pour y Élire allusion qu'il prit, pour ta devise, un soit il naisv.nl sur une tempête, avec ces mois : Sontamen inde minus. L'an i4&>« le a5 lévrier, Charlotte, reine de Chypre, et veuve de Louis de Savoie, nuit au mois d'août x+8a t confirme, dans l'église de Saint-Pierre de Home, la donation qu'elle avait faite de son royaume , en i4^*t au duc de Savoie. ( Voyez Charlotte à 1 article de Jurants III, roi de Chypre.) L'est sur ce fondement que les ducs de Savoie ont pris le titre de rois de Chypre, quoique U donation de Charlotte n'aii jamais eu son effet. L'an i +^7, le duc Charles , après avoir réduit le comte de Brtsse, son oncle, qui voulait se rendre le maître en Piémont, tombe sur le marquis de Saluées, qui l'avait attaque, et lui enlève ses états avec une rapidité surprenante. Dans sa détresse , le marquis de Saluées ay-int eié trouver le roi Charles VIII , lui demande , comme vassal , sa protection pour son pays, qu'il qualifie de fief mouvant du Dauphinë. Par la médiation «lu monarque , il obtient une trêve d'un an , pendant Laquelle des commissaires, nommés par le roi et par le duc, s'assemblent à Pont-Beau-Voi»in pour discuter la mouvance de Saluées. Tandis que les conférences se tiennent , le roi s'avance jusqu'à Lyon , pour être à portée de seconder les vues de ses députés. Le duc s'empresse d'aller le saluer, et au premier abord , le roi lui dit : Mon cousin, mon ami, je suis enchante de tous voir à Lyon : car si vous eussiez tarde de venir, je m 'étais proposé tf aller vous voir moi-même, en très-uombrtuse compagnie , dans vos états , où il est vraisemblable au 'une telle visite n 'edt pu vous causer du dommage. A quoi le duc répondit , sans se déconcerter : Monseigneur , tout mon regret, à votre arrivée dans mes états, serait de ne pouvoir vous y faire l'accueil que mérite un
aussi grand prince que vous. Du reste , soil ici , soit ailleurs , je
serai toujours prêt à vous prier de disposer de moi et de tout ce qui m 'appartient, comme de tout ce qui peut dépendre de vos sujets. (Guichenon , IliU. de la maison de Savoie, tom. I, pag. 579.)
La trêve accordée au marquis de Saluées étant expirée, le duc Charles emporta la capitale ; ce nui mortifia le roi de France. Préférant néanmoins aux actes d hostilités les voies pacifiques, le monarque invita le duc à venir en France pour terminer aimablement leurs contestations. Le duc se rendit à Tours, où l'affaire de l'hommage de Salures fut long-tcms agitée et discutée; mais elle se trouva si obscure, qu'on en remit la décision à l'année suivante. Le duc Charles mourut avant ce terme a Pigncrol , le i3 mars i^l» dans la vingt et unième année de son âge. Il avait épousé, Van 1+85, Blanche, fille de Guillaume, marquis de Monlferrat (morte lc3i mars i5og), dont il eut Charles, oui suit; et Yolande-Louise, femme de Philibert de Savoie. Charles I joignit à la valeur la bonne mine, la prudence , la sagesse , l'affabilité cl l'amour des lettres.
CHARLES IL
1409. Cuahles-Jeas-Amedée , né le 24 j"'" »4^°\ *uccede au duc Charles I , son père , sous la régence de Blanche , sa mère, à qui cet emploi fut vivement disputé par les comtes Je Genevois et de Bresse. Le marquis de Saluées , qui s'élail retiré en France, profila de celle minorité pour rentrer dans sm états. Le roi Charles VIII , avant formé le plan de la conquête du royaume de N a pies , fit demander a la duchesse de Savoie le passage libre de l'armée française sur ses terres. Blanche ne se contenta point de l'accorder ; elle donna ordre à tous les gouverneurs de ses places de recevoir ce monarque avec tous les honneurs dus a la sublimité de son rang. Elle fit plus; lorsqu'il fut arrivé à Turin , elle lui mena le jeune duc, a peine âgé ac»i» ans ;'et , pour lui prouver combien elle était dans ses intérêts, elle lui prêta des sommes considérables avec tous ses joyaux, et lui fu présent d'un cheval que Commines appelle le meilleur du monde , sur lequel il combattit avec tant d'avantage
DE SAVOIE. id et de valeur à la célèbre bataille de Fornonc. Charles, a son retour de Naples, fut encore reçu, en Piémont, par la récente, nui alla, suivie des principaux seigneurs de sa cour, au-devant de lui a quelques lieues de Turin. Blanche, après le départ de ce prince, continua de rester à Turin, où elle passa l'hiver. Au printems suivant, s'étant transportée a Moncalicr avec son fils , elle eut le malheur de le perdre par un accident funeste; l'enfant tomba de son lit , et mourut sur la place, le 16 avril i4^t dans la huitième année de son âge.
PHILIPPE II, dit SANS TERRE.
i^i fi. Philippe II , comte de Brerse, cinquième fils de Louis, duc de Savoie, et d'Anne de Chypre, né à Chambéri, le 5 février li'àS, succéda, comme plu» proche héritier, au duc Charles 11, son petit-neveu. Ce fut lui-mérne qui se donna le surnom de Sans Terre, parce qu'il fut plusieurs années sans avoir d'apanage ; et lorsqu'il eut obtenu le comté de Bresse , il conserva le même surnom , après que les Suisses lui eurent enlevé ce comté. U avait donné, sous les règnes précédents, comme on l'a vu , des preuves de son caractère inquiet et violent. L'Age et l'expérience l'ayant réformé , il devint un nouvel homme, et mit dans sa conduite autant de modération et de sagesse qu'il avait fait paraître auparavant de fougue ei d'impétuosité. Il servit utilement le roi Charles VIII dans ses gurrres d'Italie. Ce prince l'honora des charges de grand-chambellan et de grandmaître de sa maison. Philippe ne jouit que dix huit mois de son duché, étant mort le 7 novembre i4'J7- H avait épousé, t 9 . le G janvier 147a (n. st.), Marguerite, fille de Charles de Bourbon , duc d'Auvergne , morte en 1 4^3 , après avoir donné à son époux, Philibert, qui suit; et Louise, femme de Charles de Valois, comte d'Angouléme , père du roi François I ; a*, l'an i4>s5, Claudine de Bho&se de Bretagne (morte le i3 octo-
ire 1 S 1 3) , dont il eut six enfants. Les principaux sont : Charles, depuis duc de Savoie; Philippe, évèque de Genève, puis duc de Nemours , chef de la branche de Savoie-Nemours ; et Philibert , femme de Julien de Médicis , frère du pape Léon X. Il eut aussi un (ils naturel, René, comlc de Villars, qui fut légitimé, et mourut , en i5a5, des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Pavic, en défendant la liberté et la vie de François I.
PHILIBERT II, dit LE BEAU.
i4ç»7- Philibert II , né au Pont d'Ain , le 10 avril i^Ro, succéda au duc Philippe, son père. Il avait été élevé a la cour de France, et avait accompagné, de même que le duc, son nère, Charles VIII , a la conquête de Naples. 11 fut employé, l'an i497» par l'empereur Maximilien, son beau-père, dans la guerre contre les Florentins, où il acquit la réputation d'un excellent capitaine. L'année suivante , il reçut à Turin des lettres du roi Louis XII, qui, dans le dessein de recouvrer lu duché de Milan , lui demanda son secours et le passage sur ses terres. Philibert, attaché sincèrement a la France, acquiesça facilement à la demande du monarque, sous la promesse qu'il lui fil de payer les vivres qu'il fournirait a l'armée française. C'est ce qui fut traité eulre le comte de la Chambre, agissant au nom du ïluc, et le cardinal d'Amboise, ministre de Irancc. Il fut de plus convenu que Louis ferait , à Philibert , une pension de vingt-deux mille livres, et une de dix mille à Hené, son frère naturel ; que si le roi passait en personne les Alpes, le duc accorderait retraite aux Français dans ses places, avec permission , à ses sujets , de le suivre dans cette expédition ; que , dans le cas où Philibert accompagnerait le monarque, il recevrait de lui trente mille écus par mois , a la charge de fournir six cents combattants a cheval ; nue le duché de Milan conquis, le roi y donnerait à Philibert des terres, à la concurrence de vingt mille ducats de revenu , et au bâtard René de Savoie d'antres terres , produisant quatre mille ducats de rente. Ces conditions
iCa CHRONOLOGIE
ac«.e >if es et ratifiées, Louis se mil en marche à la tête d'une formidable armée. A. son arrivée a Turin , il y fut splcuJiJement reçu par le duc, qui l'accompagna dans son expédition, où la compagnie, commandée par Philibert, se signala par des actions de valeur, qui étonnèrent mfme les ennemis. Maître «lu Milanez, Louis assigna, sur ce duché, k Philibert, une pension de vingt mille cens, à laquelle îl ne manquait, pour être stable, que d'ode assise sur une possession plus assurée. De retour dans ses états, il y maintint la paix tnalgrv les troubles qui agitaient ses voisins. Son règne ne (ut que de sept ans. Une pleurésie le conduisit au tombeau le 10 septembre 1S04, dans la même chambre où il était ne. Le surnom de Beau qu'on lui donna, parle assez en faveur de sa ligure. On eût pu également lui donner ceux de Libéral et de Courageux. Son zèle pour la religion fut sincère et vif, sans être outré. Il {il tous ses efforts pour ramener les Vaudois au sein de l'église; mais il n'employa contre eux ni la violence , ni la persécution. Ce prince avait épousé, i*. le ta mai 1^, Yolanuk-Loi'ISH Dt. Savoie, sa cousine , fille, du duc Charles 1 , morte la même année ; a°. le ab' septembre i5oi, MARGUERITE d'Aitiwcbe, fille de l'empereur Maxiniilien I , cl veuve de Jran , fils de Ferdinand le Calhtii(f U f, roi d'Espagne. Ces deux mariagrs furent stériles. Ce fut la duchesse Marguerite qui fit construire, après la mort de Philibert , son époux, la belle église de Iliou, près de Bourg en- Bresse , où reposent , sous de magnifiques mausolées , le corps de Marguerite de Bourbon , femme de Philippe 11 , celui du duc Plnl ibert II , et enfin celui de Marguerite, sa femme, qu'on y transporta de Maliues, où elle et a il morte, gouvernante des Pays-Bas, le 3o novembre i5io , Jgéc de cinquante ans. Cette princesse avait composé divers ouvrages en vers et en prose. On sait l'épitaphc badine qu'elle s'était laite, en 1^7, 'lorsqii allant épouser, en Espagne, l'infant Jran, fils de Ferdinand et d'Isabelle , le vaisseau sur lequel elle était montée, était près de faire naufrage.
Ci-gil Margot, la gente Jemoijelle , Qu eut Jeux maris, et ù mourut pucclle.
CHARLES III , dit LE BON.
i5o4- Charles III, né le ia octobre 1*86, succéda au duc Philibert, son frère. Jusqu'en i5i6, il fut attaché sincèrement a la France, et rendit en Italie d'importants services aux rois Louis XII et François I, neveu du duc. Mais ayant fait ériger, par le pape Léon X, deux évéchés, l'un à Chamb: ri , l'autre a Bourg- en-Bresse, comme cela se faisait au préjudice des diocèses de Lyon , de Grenoble et de Mâcon , François I s'opposa aux bulles d'érection, et obligea le pape, à les révoquer, Charles flotta, depuis ce lems, entre la France el l'Espagne, cl favorisa, suivant que ses intérêts l'exigeaient , tantôt l'une, tantôt l'autre puissance. L'an i54i, obligé, par le traité de Querasque , de renoncer à ses prétentions sur le Moiitferrat, en faveur du duc de M inloue , il reçoit soixantequinze lieux de cette souveraineté pour le rachat d'une somme annuelle de cent cinquante mille étns dont ce duc lui était redevable. (V„y. U, dues de Mantoue.) L'an i">3j, il entreprend de faire abolir, par les ligues suisses as 5 emblées à S.dcure, le droit de bourgeoisie que les Génevois avaient obtenu de Fribourg. Ceux-ci, informés de ce dessin, se révoltent, chissent Pierre de la Baume , leur évoque , et embrassent , pour la plupart , le Luthéranisme. Le roi de France les appuie , et met le dur hors dVtat de les réduire. L'année suivante, sur le refus que le duc fait de livrer le passage par ses états aux troupes de France pour entrer en Italie, l'amiral Chabot se rend maître de la Bresse, de. la Savoie et de presque lout le Piémont. M.ii*, dans la m-me année, sur la nouvelle que 1 empereur venait au secours du duc de Savoie, le roi de France abandonne ses conquêtes en Piémont , ne gardant que Turin, Fo M ano cl Coni. Les Génevois, enhardis par les pertes
«lu duc de Savoie, achèvent de détruire parmi en» la religion catholique, renversent les croix el les images, chassent les
f>rélres et les religieux, el s'érigent en république. L'an iSit-, es Bernois, à l'exemple de la France, deilarcut la guerre au duc de Savoie, dans le m»is de janvier, entrent dans le p:vs de Vaud. chassent l'evèque de Lausanne , se rendent maîtres de tout ce pays, du Gex, du Genevois, du Chablais jusqu'à la rivière de Brame, et établissent partout les nouvelles opinions. Le l'i avril de la tnéinc année, un héraut du roi Je France somme la % s lie de Turin , que le duc avait recouvrée depuis peu , de se rendre , et sur-le-champ il est obéi Ce fut alors que les quatre fauluiurgs de Turin furent détruits, et ru mi^mc lems, les restes d'un amphithéâtre qui durait depuis le siècle d'Auguste. Le duc , retiré a Verceil, implore le secours de l'empereur Charles-Quint, qui lui envoie Je s troupes sous les ordres d'Antoine de Lèves. Mais l'arrivée des Impériaux dans le Piémont ne servit qu'a augmenter la désolation dans ce pays. L'empereur s'étaut rendu en personne auprès du duc , ils concertent ensemble une descente en Provence. Ils passent le Var en triomphe, le a5 juillet , et le repassent dans le plus grand desordre, vers la mi-septembre suivante, après avoir perdu sans fruit la meilleure partie de leurs troupes dans celte expédition. On dit alors que le duc de Savoie mangeait t\n faisans à son entrée en Provence , et qu'à peine trouvait-il des raves et des choux en s'en retournant. Ce prince, durant le reste de son règne, eut la douleur de voir ses états également en proie a ses alliés et à ses ennemis. Enfin , il mourut accablé dV chagrin, le 16 septembre iô5i, à Verceil. Il avait épousé, l'an ijai , Beatkix, fille d'Emmanuel, roi de Portugal , et belle-soeur de ( harles-Quint , morte le 8 janvier iij.i-S, dont il ne laissa qu'Einruanucl-Philiberl , qui suit , Je neuf enfants qu'elle lui avait donnés.