BON 1F A CE IL
119a. Bonifacc, frère puîné de Conrad, et non pas son aîné , comme le prétend Sehasl. Paoli , lui succéda au marquisat de Monl ferrât, qu'il gouvernait pendant ton absence, et à la seigneurie de Tyr. U était alors en guerre depuis un an, avec les Aslesans qu il avail défaits le 19 juin a lui , dans une bataille donnée près de Montiglio. Les prisonniers qu'il ut > au nombre de deux mille, en cette occasion, languirent J»«" les fers pendant trois ans , et n'en sortirent qu'en payant u« e forte rançon. Cette guerre . interrompue par des trêves ou »*«
rançon. Uette guerre . interrompue par paix mal observées, ne fut totalement terminée qu'en i*> h - Bonifacc fui un des seigneurs d'Italie, qui témoignèrent le p'" 4 d'attachement a l'empereur Henri VL 11 ne servit pa» un ut-
DES MARQUIS DE MONTFERHAT
erjt. Ce prince , l'an i tt|3, par son diplôme dn 4 décembre, 1 lui Gt don de la ville d'Alexandrie de la Faille, qui est nommée dan» cet acte Césarée, pour effacer, s'il était possible, le souvenir de l'échec que l'empereur Frédéric, son père, avait reçu devant cette place , avant qu'elle fût achevée de bâtir. (Ilénvenuto di San -Giorgio, pag. 3oo.) L'an 1201, après la mort de Thibaut III, comte de Champagne, ayant clé choisi
rr chef d'une nouvelle croisade , il se rendit avec le comte Flandre , et quatre autres seigneurs à Venise , pour demander à la république qu'elle les aidit de sa marine à conduire les années chrétiennes en Syrie , parce que les mouvements qui se faisaient a Constantinople et dans l'Asie, ne leur permettaient pas de prendre une autre route que celle de la mer Adriatique. Le doge Henri Dandolo, avec lequel ils traitèrent , t'engagea de leur fournir des vaisseaux pour le transport de quatre a cinq mille hommes d'armes et de vingt mille fantassins , avec des vivres pour neuf mois , moyennant un prix convenu. Bon i face , après la conclusion du traité, passa pour se concerter avec les principaux seigneurs Il les trouva rassemblés a Soissons, où il reçut la croix des mains de I évoque diocésain et de Foulque de Neuilli, prédicateur de cette expédition. De la étant allé a la cour de Philippe de Suabc, roi de Germanie , il revint en Italie pour mettre ordre aux affaires de son état. L'année iaoa,' il vint joindre 4 Venise l'année qu'il devait commander. Mais le doge ayant engagé les autres chefs a faire le siège de Zara, en lîabnatie, il s'opposa a leur délibération , et refusa de prendre part a celte expédition. Le scrupule d'employer, contre des chrétiens , des forces destinées à combattre les Infidèles, fortifié par la défense du pape, fut ce qui le retint. Mais lorsqu'il vil les croisés revenir triomphants, il changea de façon de penser, et ne fa pas de difficulté de les mener a Constantinopie pour rétablir l'empereur Isaac , détrôné par Alexis, son frère, t e n'est pas ici le lieu de faire le détail Je cette seconde «pédition. Il Joit nous sufiire de toucher les principaux événements auxquels eut part le marquis de Monlferrat. La prise de Corfuu fut la première conquête que firent les croises en sortant de la mer Adriatique. Mais pendant le séjour qu'ils firent en cette lie , la division se mil parmi eux. Plusieurs lient d'aller a Constantinople , par le même motif qui empêché le marquis d'aller devant Zara. Mais Boniface, délivré de ses scrupules , travailla a en guérir les autres , et y réussit de manière , qu'a un petit nombre près , qui fit voile pour la Palestine, ils ne firent plus difficultés de le suivre. Les croisés menaient avec eux le jeune Alexis , fils de l'empereur Isaac, qui était venu implorer leur assistance a Venise. Ëoniface , allié de ce prince , par le mariage que Conrad , son frère, avait contracté avec rhéodora, fille «i'isaac, lui tenait lieu de mentor. Son oncle, le tyran Alexis, ayant pris la fuite, le 18 juillet tao3, comme les croisés se disposaient a donner l'assaut a Constantinople , le marquis eut la satisfaction de voir, ce même jour, Isaac et son fils, rétablis sur le trône. Mais les querelles qni s'élevèrent bientôt entre les croisés et les Grecs , replongèrent celte ville dans la contusion , et précipitèrent la perte de ces deux princes. Un nouveau tyran s'etant élevé è la faveur des troubles, étrangla le fils, tandis que le père expirait dans son lit. Constantinople , assiégée de nouveau par les croisés, est prise d'assaut le ta avril iao4- Le marquis s était emparé du palais de Bucolénn , y trouva deux grandes princesses, Agnès, sœur du roi Philippe Auguste, et l'impératrice Marguerite, lante de Béla IV, roi de Hongrie, et veuve d'isaac , qu'il traita , l'une et l'autre , avec les nondus à leur rang, et dont il épousa la seconde. Son et sa religion parurent aussi dans la défense qu'il fit an soldat , en lui permettant le pillage , d'attenter a la vie des citoyens , a l'honneur des femmes , et aux trésors des églises : défense, a la vérité, qui fut mal observée, comme le témoigne la lettre du pape, écrite au marquis pour *e
plaindre du pillage des églises, et des violences faites aux lemines par les croisés. Il fit aussi preuve d'équité, en ordonnant que tout le butin serait apporté dans trois églises, pour être partagé entre les Vénitiens el les Français. Douze électeurs, tirés par moitié de ces deux nations, s'élant ensuite mis en devoir de procéder a l'élection d'un empereur latin, le plus grand nombre penchait pour le marquis de Monlferrat; mais le doge Dandolo, craignant pour sa république l'agrandissement d'un prince dont les états avoisinaient les siens , fit donner la préférence au comte de Flandre. Le marquis, après le couronnement du nouvel empereur, fut investi par lui du domaine de l'île de Crète, ou Candie , et de tous les pays situés au- delà du Bosphore , comme on en était convenu avant l'élection. Mais , peu content de ce lot , il obtint, en échange des terres d'Asie, le district de Thessalonique , qui fut érigé en royaume. Les Vénitiens lui payèrent, de plus, mille marcs d'argent pour l'île de Candie qu'il leur céda. Mais à peine fut-il en possession de son royaume , qu'il se le vit enlever par l'empereur Baudouin avec lequel il s'était brouillé. Irrité de celte perte , il alla, par représailles , faire le dégât jusqu'aux portes de Constantinople. Il eût poussé sa vengeance plus loin, sans l'intervent ion du doge de Venise et des comtes de Saint- Pol et de Blois, qui ménagèrent sa réconciliation avec l'empereur. Son royaume lui ayant été rendu , il employa ses soins a l'affermir et à l'étendre par ses conquêtes. II assiégea Corinthe, où régnait le ci-devant empereur Alexis, et s en étant rendu maître , il envoya ce prince et son fils sur un vaisseau de Porto- Vénéré, a Gênes, où Guillaume, son fils, vint prendre ces deux illustres prisonniers pour les amener à Monlferrat. Mais pendant son absence , la ville de Thessalonique s'etant révoltée, l'an iao5, contre la reine, sa femme, reçoit un seigneur bulgare , nommé Exismcno, a qui elle défère la souveraineté. La reine, assiégée dans le château où elle s'était retirée, s'y défend en héroïne. Son époux , s'étant mis en marche pour venir à son secours, apprend sur la roule qu'elle a forcé l'ennemi a lever le siège. L'an 1 207, Agnès , sa fille, épouse, le 4 février, dans Sainte-Sophie, l'empereur Henri, frère et successeur de Baudouin. Bontface termina ses jours la même année. Sa mort est racontée diversement. Benvenuto dit qu'elle fut occasionée par une flèche empoisonnée, dont il fut blessé au siège de Salahe, ville de l'Asie mineure , nue le sultan d'iconium avait enlevée aux Grecs. Du Cangc dit au contraire que , revenant de Constantinople avec peu de gens, il tomba dans dans un parti de bulgares, qui lui coupèrent la tête, el l'envoyèrent au roi leur maître. Il avait été marié deux fois. De sa première épouse, Eléonoub, fille d'Humbert 111, comte de Savoie, il laissa Guillaume, qui lui succéda au marquisat de Montferrat , et Agnès , dont on vient de marquer le sort. L'impératrice Margolkite , sa seconde femme , veuve de l'empereur Isaac l'Ange , le fit père de Démétrius , qui eut en partage le royaume de Tbessatonique.
GUILLAUME IV
1207. Guillaume, fils aîné de Boniface et son successeur au marquisat de Monlferrat, épousa, l'an tau, BERTHB , fille de Boniface, marquis de Gravesanc , qui lui apporta en dot le lieu dit Monlcbarcherio , et une partie de Cortemiglia. Guillaume n'attendit pas la mort de son père , pour se distinguer par ses exploits militaires. Dès l'an 1191, il avait accompagne l'empereur Henri VI dans son expédition de Sicile. L'an 1194, il fit le siège de Gaëte, avec Marquard, sénéchal de l'empereur, et Albert d'Olevano, podestat de Gênes. La plate ne fit pas une longue résistance. 11 eut aussi part au siège de Naples , qui saivit et fut commencé le a3 août de la même année. Après la prise de cette ville, qui ne tarda pas a se rendre, il fui envoyé par l'empereur contre Salerne, celle de toutes les villes rebelles qui avait le plus irrité ce monarque
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
pour avoir livré sa femme à Tancrède. Le siège Ait poussé" si vivement et avec tant d'habileté , que la place fut réduite en peu de lems. Raoul deUicelo, qui écrivait en Angleterre, fait une peinture horrible du traitement que Guillaume fit subir à celte malheureuse ville, après s'en être rendu maître, la plupart des habitants, selon lui , furent massacrés, d'autres mis à la question, d'autres bannis, sans parler des femmes qui furent violées impunément. Toutes les fortifications, a joule t-il, furent détruites; en un mot Sale me, cette ville si belle et si opulente , perdit alors sa splendeur , qu'elle n'a jamais pu recouvrer. Mais il est bon de remarquer que les écrivains d'Italie gardent un profond silence sur ces horreurs, qu'ils n'auraient pas oubliées, s'il n'y avait pas d'exagération dans le récit de l'historien anglais.
L'an 1307, après la mort de son père, Guillaume passe en Thessalie avec un corps de troupes, pour affermir Démétrius, son frère, dans ce royaume, et assiste a son couronnement. Après avoir mis les affaires de ce prince en bon éiat, il revint dans son marquisat pour mettre ordre aux siennes. Les villes d'Italie , jalouses les unes des autres , se faisaient alors ta guerre entre elles. Les Milanais s'étaient ligués avec Thomas , comte de Savoie , contre les Pavesans , le marquis de Montferral prit parti pour ces derniers. 11 s'en trouva mal ; les Milanais , supérieurs en forces , détruisirent, l'an 121S, son château de Casal-Saint-Euvaise , a la prière des VerceilloiSj que cette place incommodait. L'an 1217, Pierre de Courtenai
aller
de l'empire
passant par l'Italie pour
grec à nome, Guillaume l'accompagna, et fut présent a la cérémonie qui se fit , le 9 avril , dans l'église de Saint-Laurent, hors des murs. Avant que de prendre congé de ce prince, il en obtint la confirmation du royaume de Thessalonique pour Démétrius, son frère , avec la succession éventuelle pour lui-même. Cette faveur, depuis ratifiée par Robert de Courtenai, successeur de Pierre a l'empire, n empêcha pas Théodore l'Ange, prince d'Epire, d'enlever, l'an 1322, et non 1219, ce royaume a Démétrius, tandis qu'il était a Ruine. L'an 1224, le marquis, avec le secours du pape, lève une armée pour rétablir son frère. Mais l'argent lui manquant, il va trouver en Sicile l'empereur Frédéric 11 , dont il obtient sept mille marcs d'argent, pour lesquels il lui engage, par acte passé, le 24 mars. àCatane, la moitié de ses terres. Avec cette somme, il fait ses préparatifs ; mais comme il est prêt a se mettre en roule , il est retenu par une maladie pendant laquelle ses troupes se dissipèrent. Obligé , après son rétablissement , de faire de nouvelles levées , il se rendit, après les avoir complétées , a Blindes , où les approches de l'hiver lui firent suspendre son embarquement jusqu'au mois de mars de l'année suivante. Ce fut alors qu'ayant mis à la voile avec Démétrius , son frère, et son fils Bonilace , il fit route vers le pays qu'il voulait reconquérir. A ses troupes, l'empereur Robert et plusieurs princes latins d'Orient , sollicités par le pape , joignirent, lorsqu'ils fut arrivé en Thessalie, des secours assez considérables. Les avantages qu'il remporta d'abord , étonnèrent l'usurpateur. Mais sa mort, survenue au mois de septembre de la même année, fit évanouir cette expédition. Benvenuto prétend qu'il fut empoisonné. De son mariage , il laissa le fils dont on vient de parler; Alix, première femme de Henri I , roi de Chypre , morte en iai3; et Déatrix, femme d'André, dauphin de Viennois. Berthe , femme de Guillaume , lui survécut au moins jusqu'à l'an ia33, comme on le voit par la donation qu'elle fit cette année, le 2^ mars, de l'hôpital de Saint-Jacques , a l'église de Sainte-Marie de Montcenis. (Benvenuto di San Giorgio, col. 38a.)
BONIFACE III , dit LE GÉANT.
1225. Boni face , fils et sucresseur de Guillaume, était fille de Richard, comte de Glocesler, frère du roi d'Angleu-n*. d'une si haute taille, qu'il passait du cou et de la tête les (Devenu veuf au mou d'août 1271 , il se rendit en Espag'*»
hommes les plus grands ; c'est la raison du surnom de Géant qui lui fut donné. Après la mort de son père, qu'il avait accompagné, comme on l'a dit, en Thessalie, il ramena en Italie son armée, que la dysenterie avait diminuée de plus de moitié. Les officiers de l'empereur Frédéric II , qui avaient régi le Monlferral, durant son abseoce et celle desonnèie, lui remirent le gouvernement a son retour, et se retiterent. Démétrius, son oncle, était cependant resté en Thessalie : nuis Théodore l'Ange le contraignit bientôt de vider le pays et d'aller rejoindre son neveu. Ces revers ne lui firent pas néanmoins perdre l'envie ni l'espérance de recouvrer son royaume. L'an 1227, l'empereur Frédéric 11, tenant sa courà Pavie, Démétrius vint le trouver pour le prier de l'aider dans la nouvelle expédition qu'il projetait de fai re en Grèce. Frédéric lui promit des troupes. Mais comme il faisait ses préparatifs, la mort le surprit 1 an 1227, ne lui ayant laissé que le lems de faire saa testament, par lequel il instituait 1 empereur son héritier. Boniface. autant brouillé , l'an ia3i , avec Thomas, comte dt Savoie , lui déclara la guerre , et se rendit maître de Turin , qui fut repris, l'an ia34, par Amédée, fils et successeur de Thomas. L'an 123g, le 4 septembre , Guillaume Isambart, ei maître Guillaume des Vignes , juges de ht cour impériale, tous deux nonces de l'empereur, remirent , au marquis Boniface , dans son château de Clavasio , lieu de sa résidence, la lettres de ce prince , par lesquelles il renonçait , tant à b succession de Démétrius , qu'aux droits que pouvait exercer Conrad , son fils , sur le marquisat de Monlferral , du chef d'Yolande, son aïeule maternelle, fille de. Conrad, roi de Jérusalem. Ces lettres, scellées en or. et rapportées par Benrenuto (col. 385 , 386) , sont datées de Piznghitone, le 3i août de cette année. Frédéric étant mort l'an 1 aSo , le marnim Boniface fut un de ceux qui se déclarèrent le plus luuicme <a en faveur du roi Conrad , son fils , que plusieurs villes de Lombardie refusèrent de reconnaître pour leur souverain. Les Alexandrins, profitant des troubles, se jetèrent sur le Mootferrat , dont ils enlevèrent plusieurs châteaux et ravagèreut Ici campagnes. Boniface , pour les réprimer , fit alliance , au mon de décembre ia5a, avec les Pavesans, et remporta sur eu» divers avantages. Dans le même lems , ils furent mis au ban de l'empire avec le marquis de Lanaa , qu'ils avaient choisi pour leur capitaine. Menacés de voir fondre sur eux toutes les forte»
de l'Allemagne, ils consentirent à rendre au marquis de Monlferral les places qu'ils lui avaient prises. Boniface , au mois Je mai de l'année suivante , reçut de Conrad une nouvelle investiture de ses états. 11 n'en jouit pas long -lems depuis, «tint mort l'an 1264. Son corps fut inhumé dans l'église de Sainte- Marie de Loccedio. De Margukiute , son épouse , Elle i'Amédée 111, comte de Savoie, il taissa un fils, qui soil, orne d'Albert le Grand, duc de BrunswicL
et Adélaïde, GUILLAUME V,
LE GRAND si LONGUE-ÉPÉB.
ia54. Guillaume, à qui sa valeur et ses exploits firent donner le surnom de Grande succéda au marquis Boniface, son père, dans le Monlferral, qu'il étendit par l'acquisition de Verceil et d'autres terres. Lan 1264, le 14 mai, il fi'» avec les agents de Charles d'Anjou , comte de Provence , et depuis roi de Sicile, un traité d'alliance, portant que le* ennemis de l'un en Lombardie seraient réputés les ennemis it l'autre , et qu'ils se prêteraient un secours mutuel pour défendre leurs domaines en ce pays- la. Il faut remarquer que Charles possédait en Piémont les villes d'Albe et de Quierssque, avec les terres de Cuneo, de Savillan et de Montevico , et que de plus il s'était rendu maître de Turin, en 1262, avec U secours de Guillaume. {Voy. Boniface , comte dt Smoù.) Guillaume avait épousé, par contrat du 28 mars 12S7, Isaieili,
DES MARQUIS DE MONTFERRAT
où il reçut la main de Béatrix , 611e d'Alfonse l'Astrologue , roi de Castille. 11 conclut, dans le même teins, par traité du 18 octobre, le mariage «Je Marguerite, qu'il avait eu d'Isabelle, arec L'infant don Juan, (ils de ce même Alfonse. Ce monarque prenait alors le titre d'empereur, et, en cette qualité, il établit ton vicaire en Italie , par lettres du 20 novembre suivant , le marquis, son gendre, avec les pouvoirs les plus étendus. Mais ce litre s'évanouit, l'an 1273, par l'élection de Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains. Cette année, le marquis de Monlferrat conclut une ligue avec les Génois , les Aslesans et les l'avesans, pour arrêter les progrès du roi de Sicile, qui leur faisait la guerre dans la vue de subjuguer toute la J-ombardie. 1-e |jajx! Grégoire X, instruit de cette confédération , fulmiue, à la sollic itation de Charles, une sentence d'excommunication contre le marquis et ses alliés ; comme si c'eût été un crime a îles princes et a des villes libres de se liguer ensemble pour s'opposer aux projets ambitieux d'un monarque étranger, qui cherchait à les opprimer. Cet abus visible de la puissance spirituelle ne produisit aucun effet. Le marquis ayant reçu des troupes du roi de Castille. son beau-père, vint assiéger, avec ses confédérés, la ville d'Alexandrie, qui s'était donnée au roi de Sicile, et la contraignit, par capitulation, de secouer le joug de ce prince pour se joindre a lui. Il attaqua , avec le mime succès, la plupart des autres villes du Piémont, qui appartenaient a Charles, et leur imposa la même condition. L'an 1378, les Milanais, battus par Cassoné délia Torré, chef des Torr tan i , qu'ils avaient chassés de leur ville, élisent, le 16 août , pour leur capitaine , le marquis de Monlferral , auquel ils décernent dix mille livres d'appointements pour chacune des cinq années que devait durer son commandement. Le
marquis , au commencement de septembre suivant , les mène dans le Lodigian , dont la capitale servait de retraite aux Tor
ni , fait le dégât dans le pays , et s'empare sans peine de quelques châteaux mal forliGés. Mais, apprenant que les Crémonois, les Parmesans, les Modénois, et ceux de Reggio , venaient an secours des Torriani , il prit le parti de s'en retourner a Milan. En rentrant dans cette ville, il la trouva divisée en deux partis, dont l'un voulait que l'on continuai la guerre, et l'autre désirait la paix. Le premier ayant prévalu, Guillaume refusa de ramener les Milanais en campagne, à monts qu'on ne lui donnât pouvoir de faire la paix comme la guerre , suivant qu'il le jugerait convenable. Ayant gagne ce point , il part, et va faire de nouvelles incursions dans le Lodigian. Cassoné et Raymond délia Torré, archevêque d'Aquilée , rendirent la pareille aux Milanais , et prirent «r eux différentes places. Le marquis , en vieux renard , dit Muraturi , ne se trouvant pas en forces vis-a-vis de ces deux chefs, eut recours a la ruse. 11 s'abouche secrètement avec eux , et vient à bout de les amener a un traité de paix , dont les conditions , arrêtées au mois de mars 1279, portaient que les prisonniers seraient rendus de part et d'autre , que les places enlevées aux Milanais seraient mises entre les mains de personnes neutres, et que les Torriani rentreraient en possession de leurs biens allodiaux. Croyant qu'on agissait avec eux de bonne foi , ceux-ci se hâtèrent de remplir leurs engagements. Mais le marquis , ayant obtenu ce qu'il souhaitait , et surtout la délivrance des prisonniers milanais , se moqua des Torriani , et ne tint compte des promesses qu'il leur avait faites. Ils se plaignirent hautement de cette perfidie dans un manifeste qu'ils envoyèrent au pape Nicolas 111 , au roi de France, et a d'autres princes, ils adressèrent leurs plaintes au marquis lui-même , dont la réponse fut qu'il avait bien le pouvoir de donner des paroles , mais que c'était aux M ilanais s les exécuter. La guerre recommence, et Godeftroi dclla Torré la fait avec succès. L'an 1281 , le marquis s'étanl acheminé avec sa femme Beat ri x , pour aller voir le roi de Castille , son beau-père , est arrêté et fait prisonnier en Savoie , par lo comte Hnltppe 1 , son oncle malcruel. Les conditions que ce prince
lui imposa pour sa délivrance, furent de renoncer a ses prétentions sur Turin et les autres places du Piémont , et de s'obliger , en donnant des otages, k lui payer six mille besants. Remis en libellé, il continue sa route. Ayant perdu sa femme eu fespagne, il revient en Italie sur deux galères génoises, amenant avec lui cinq cents cavaliers espagnols et cent arbalétriers qu'il avait obtenus de son beau-père, avec une bonne somme d'argent. C'était avec ces secours qu'il se flattait de réduire toute l'Italie sous ses lois. Le i5 mai de la même année, bataille sanglante des Milanais, contre les Torriani, sur les bords de 1 Adda. Le brave Cassoné y périt, avec un grand nombre des siens , sans parler de huit cents prisonniers que les Milinais firent sur leurs ennemis. L'archevêque Raymond délia Torré, consterné de cet échec, prit le parti de s'en retourner dans son église d'Aquilée. Les Lodieians , craignant alors d'être écrasés par les Milanais, demandèrent la paix à l'archevêque Alton , qui l'accorda sans peine , a condition qu'ils renonceraient a la défense des Torriani. Le marquis s enorgueillit de ses succès , et de capitaine qu'il était, il voulut trancher du souverain à Milan. Ayant gagné les principaux citoyens, il obtint la permission de s'y donner un vicaire et d'y nommer un podestat. Le prélat dissimula celle entreprise ; mais il travailla sous main â la faire échouer. Sa partie fut si
bien formée, que, le 27 décembre 128a , proGlant de l'absence du marquis, que ses affaires avaient appelé a Verceil, il se rendit maître du palais public, d'où il chassa le vicaire du marquis; après quoi il ni signifier 1 celui-ci qu'il n'eût plus a remettre les pieds à Milan, Ayant ainsi recouvré son autorité dans celle ville, il n'oublia rien pour s'y maintenir. Il conclut des ligues avec ses voisins; il écrivit même a l'empereur pour lui demander du secours contre le marquis; il s accommoda avec les Torriani , auxquels il rendit leurs biens allodiaux, â condition qu'ils se retireraient a Ravcnne pour y fixer leur séjour : condition qu'ils remplirent mal , étant sortis de Ravenne après y êlrc restés quelque tems , pour aller s'établir à Aquiléc.
Lan 1284, le marquis donne en mariage sa fille Yolande a l'empereur grec Anuronic Paléologue, avec son royaume de. Thessalonique pour dot; ce qui prouve que jusqu'alors les marquis de Monlferral avaient conservé quelques domaines en ce pays-la. Le gendre, en retour, donna plusieurs milliers de florins â son beau-père , et s'obligea de lui entretenir, par an , cinq cents cavaliers en Lombardie. Les Grecs, suivant leur usage, changèrent le nom de la nouvelle impératrice en celui d'Irène. Le marquis, avec l'argent qu'il avait reçu d'Andronic, ourdit de nouvelles trames pour son agrandissement. S'élant fait , par ce moyen , un parti dans Toiïone, il y entre un jour inopinément au lever de l'aurore, fait main -basse sur ceux des citoyens qui veulent le repousser , tue les uns , dépouille les autres, et les emmène prisonniers. Du nombre de ceux-ci lut l'évêque Melchior , qui s'était toujours opposé aux tentatives du marquis sur cette ville qui était sa patrie. On lui mit pour condition de sa délivrance , qu'il irait , sous bonne garde , inviter 1rs châtelains des différentes places du Tortoncz, a s« rendre. Mais, n'ayant pu y réussir, il fut massacré comme il s'en retournait ; attentat que le marquis désavoua comme ayant été commis à son insu. Mais peu de personnes ajoutèrent foi à ses protestât ions.
Lan 1289, la guerre éclate enire le marquis et la ville de Pavie, l'une de celles qui s'étaient liguées conlrc lui avec Milan. Mais étant venu à bout d'attirer â lui la plupart des nobles pavesans , au moment de livrer bataille , il change les dispositions de la ville â son égard , de manière qu'y étant entré paci6quement , il en est clu capitaine pour dix ans. L'an 1290, pour se venger d'une incursion que les Milanais avaient faite dans le Novarrez , il entre sur leur territoire par représailles, et y fait le degît. Toutes les villes liguées contre lui se mettent alors en mouvement. Obligé de se retirer, il
tourne ses armes contre U ville <TAiti , qui lui avait donné de» sujets de mécontentement. Les Astesans, pour n'être point écrasé», curent recours à la ligue des Milanais; ils s'adressèrent aussi a Amédéc, comte de Savoie , et reçurent des secours avec lesquels ils se mirent en état de se défendre cl même d'attaquer. Ayant pris par traliison la place de Vignal au Montferrat, ils y firent un butin considérable, dont la principale pièce était le pavillon du marquis. Celait une machine si grande , qu'à peine dix paires de bœufs suffirent pour remporter. Maîtres de cette place au moyen de l'or avec lequel ils avaient corrompu la fidélité des habitants , ils employèrent le même expédient pour s'assurer de la personne même du marquis. Les Alexandrins furent ceux qui leur parurent les plus propres a faire ce coup, lb traitèrent secrètement avec eux, et à l'appât de trente-cinq mille florins d'or, qu'ils leur promirent , ceux-ci s'engagèrent a leur livrer le marquis. Mais iL
avaient affaire à un homme qui ne s'endormait pas. Le secret ayant transpiré , il vole sur les lieux avec un corps de troupes, à dessein de punir les conjurés. Sa diligence ne servit , néanmoins , qu'à accélérer l'effet du complot. Le S septembre 1290, comme il était occupé à faire ses recherches, il s'élève toutà- coup une sédition dans la ville. Les bourgeois , supérieurs en forces , se saisissent du marquis et de ses gens , qu ils laissèrent aller ensuite , après l'avoir enfermé , sous bonne garde, dans une cage de fer. Ce fut dans cette affreuse prison , où il avait passé quinze mois, qu'il termina ses jours, le 6 février, selon Muralori ; le 1 3, suivant Benvenulo di S. Giorgio de l'an 1293. Telle fut la catastrophe de la tragédie que joua sur le théâtre d'Italie, Guillaume V, marquis de Montferrat. S'il eut de grandes qualités , on ne peut nter, dit Muralori, qu'il eut encore de plus grands vices : heureux , ajoute -t-il , s il sut employer le tems que Dieu lui laissa pour faire une sincère pénitence. Les Alexandrins , craignant que sa mort ne fût une feinte , lui versèrent sur le dos , pour s'en assurer, du lard et du plomb fondus, aprè* quoi ils rendirent le corps, qui fut inhumé à l'abbaye de Loccedio. Outre les enfants que nous avons nommés, Guillaume laissa de Béatrix, sa seconde femme, un bis, qui suit ; et Alasie, femme dePonccllo, fils d'Orso-Ursino , patrice romain.