‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de NotreSeigneur, par le moyen d'une table chronologiqueChapitre 536 sur 582 · DES ROIS DE NAPLES DT DE SICILE · texte numérisé non relu

DES ROIS DE NAPLES DT DE SICILE

PHILIPPE III

1S98. Philippe III, le seul fils que Philippe II hissa en mourant , recueillit ses vastes états sans opposition. Ceux de Naples et de Sicile furent constamment prives de sa présence ainsi qu'ils l'avaient été de celle de son père. Avant que la mort de ce dernier fût divulguée en Sicile , on vit paraître , le 18 septembre, dans le détroit , une flotte turque » commandée par le fameux renégat Sinan Bassa, natif de cette île , et dont le premier nom était Cicala. La frayeur qu'il inspira fut dissipée par un esclave qu'il envoya au duc de Macheda, nouveau vice-roi , pour lui déclarer que n'ayant point dessein de commettre aucune hostilité dans la Sicile, il demandait seulement qu'on lui accordât la satisfaction d'embrasser ta mère et ses frères, offrant pour otage son (ils. La crainte de la vengeance qu'occasionerail un refus lui fit obtenir du vice-roi cette complaisance. En retenant l'otage, on envoya la mère et les deux frères de Cicala au milieu de la Sotte turque. Rien ne fut plus touchant, suivant M. de Tliou , liv. 10, que l'entrevue de Cicala et de sa famille. On répandit beaucoup de larmes d part et d'autre : celles de la mère étaient causées par ta joie de revoir son fils et par la douleur que lui causait son apostasie Enfin , après les plus tendres cmhrasscments , le Bassa renvoya sa mère et ses frères en Sicile , comblés de présents, et fit voile pour " laissa courage.

L affaire de la monarchie sicilienne semblait assoupie , lorsqu'en 1606, le cardinal Baroniui, par une basse complaisance pour le pape Paul V , la réveilla en faisant insérer, dans le onzième tome de ses annales, une dissertation où il attaquait ce tribunal. Elle ne fit point honneur a son érudition , et néanmoins elle détermina la cour d'Espagne à tout mettre en oeuvre dans le conclave suivant , pour empêcher qu'on élevât ce docte prélat sur le siège pontifical.

Les immunités du clergé se soutinrent néanmoins dans les deux Siciles, et contribuèrent à grossir ce corps au point que sa multiplication affaiblit considérablement les forces de ces royaumes. Dans le nombre des laïques il ne se trouvait plus assez d'hommes pour fournir aux besoins publics , à la culture des terres, à l'entretien du commerce, aux levées que l'Espagne faisait faire pour l'entretien et l'augmentation de ses armées dans les guerres qu'elle eut a soutenir contre la France , et surtout en Italie. La cour de Madrid tirait cependant de ces deux royaumes des richesses immenses en surchargeant les peuples d'impôts, en quoi elle était parfaitement secondée par les vice-rois , gens presque tous intéressés et uniquement occupés a enrichir leurs familles. L'indolent Philippe lit termina •a carrière le 3i mars i6ai , a Tige de quarante-trois ans. ( Voy. les rois d'Espagne.)

PHILIPPE IV

cause. Le vice-roi , duc d'Arcos , obligé de fournir aux frais de la guerre que l'Espagne avait alors en Italie avec la France, s'etant avisé de mettre un impôt sur les fruits , qui faisaient presque la seule nourriture du peuple en été, causa par là une émeute , à la tète de laquelle se mit un pécheur , nommé Thomas

Aniello, dit communément Masaniello. Ce fut un panier de figues qui l'occasiona. Un paysan auquel il appartenait , refu- "nt de payer les droits au receveur de l'impôt , le peuple se uleva en faveur du premier, et força le duc d'Arcos de pilier un édit qui supprimait la gabelle du fruit : sa fureur ne

l'Afrique. Ce malheureux persista dans son apostasie, et un fils qui hérita de sa puissance et de son

i6ai. PniuPPlIV, fils et successeur de Philippe III , fut proclamé roi des deux Siciles a l'âge de seize ans , le 4 nui 1621. A l'exempte de son père et de son aïeul , il gouverna ses états du fond de l'Espagne, sans jamais les honorer de sa présence.

Les finances , administrées par des Génois et d'autres étrangers , devenaient de jour en jour onéreuses au peuple par les raudes et les extorsions qu'on exerçait à son égard. Sa patience , à la fin poussée à bout , lui échappa, l'an i*>47 * * l'occasion d'un impôt sur le blé et d'une diminution faite sur le poids du pain. La crainte de mourir de faim ayant mis en fureur le peuple de Païenne, on court a l'hôtel du préteur pour y mettre le feu. La fuite le sauva de l'incendie ; mais la sédition se répandit bientôt dans toute l'étendue de l'île. Même agi Ut ion des esprits dans le royaume de Naples, produite par une pareille

saut soûl

blier un édit qui supprimait la gabelf

fut pas apaisée par la. Il demanda l'abolition de tous les autres impôts et le rétablissement des privilèges accordés par Charles- Quint. Une réponse vague qu'on lui ht ne servit qu'à l'irriter. Les séditieux , s'étant répandus dans les différents quartiers de Naples, exhalèrent leur haine invétérée contre les nobles, en massacrèrent quelques-uns, brûlèrent les maisons des autres, mirent à prix la vie de ceux qui échappèrent à leur rage , et jurèrent la perte de tous les gentilshommes. Masaniello , couvert de ses haillons, monté sur un échafaud comme sur un théâtre, l'épéeen main, au lieu d'un sceptre , et entouré d'un peuple entier, était l'âme qui faisait agir celte multitude effrénée ; d'un coup d'oeil il réglait la destinée de ses compatriotes, et indiquait où il fallait porter le fer ou le feu. Dans de si fâcheuses conjonctures, le vice-roi, conseillé par le cardinal-archevêque, fut obligé de signer un traité qui supprimait toutes les «belles ou impôts dont on avait surchargé le peuple depuis Charles- Quint, rt défendait d'en établir de nouveaux. Masaniello, étourdi de ses succès , perdit le sens , et s'ait ira , par ses procédés violents , la haine de ses partisans , qui , s'étant soulevés contre lui, le massacrèrent , le 16 juillet 1647, dans l'église des Carmes, après avoir été pendant six jours l'idole du peuple.

pour ses Réné. il avait

Sa mort ne rendit pas le calme à la ville. Le 5 octobre suivant , un fournisseur , nommé Janvier Anneso, excita une nouvelle révolte, d'autant plus dangereuse qu'elle n'avait point d'autre motif que l'amour de l'indépendance. Don Juan d'Autriche, fils naturel du roi d'Espagne, envoyé pour la réprimer, avec une flotte considérable , donne ordre au peuple de lui consigner ses armes ; et , sur le refus qu'il essuie , il foudroie les différents quartiers de la ville avec l'artillerie des châteaux. Les rebelles ayant tiré des arsenaux toute l'artillerie qu'ils y trouvèrent, répondent à ces attaques avec un succès qui oblige la Botte espagnole à s'éloigner. Fiers de cet avantage , ils se portent aux plus grands excès, abattent les bannières du roi , foulent aux pieds ses portraits , et , le 17 octobre, la ville de Naples s'étant arrosé le titre de république , publie un manifeste où elle expose les motifs qui l'ont portée à se soustraire à l'obéissance des rois d'Espagne.

Honri H , duc de Guise , se trouvait alors à Rome affaires domestiques. Issu d'Yolande, fille du roi quelque apparence de droit à la couronne de Naples. Apprenant les troubles qui régnent en ce royaume, il conçoit l'espérance et forme le dessein de s'en rendre maître. Le cardinal Mazarin , principal ministre de la cour de France , auquel il fait part de ses vues, ne lui répond que faiblement, parce qu'il ne lui connaissait pas autant d'habileté qu'il avait de valeur, pour les réaliser. Ne voulant pas néanmoins lui manquer absolument, il s'engage à lui fournir une flotte. Anneso , à qui dans le même tems le duc offrit sa personne et ses biens , accepta ses offres, de concert arec les Napolitains. Le duc, sans attendre la flotte qui devait partir de Provence, s'embarque au purt d'Ostie , sur des felouques napolitaines, et arrive le iS novembre à Naples, où il entra au milieu des acclamations du peuple. Dans l'acte du serment de fidélité qu'il prêta au Dôme ( l'église cathédrale), il prit la qualité de général des armes et de défenseur du royaume de Naples el de sa liberté. Il fit frapper en même tems des pièces d'argent et de cuivre au coin de la république, et se fit élire pour sept ans duc de Naples. Revêtu dé sa nouvelle dignité , qui dépouillait Anneso de tout son pouvoir , il

que la haine du peuple avait forcés

marcha contre les barons , de se réunir aux Espagnols

L'armée navale de France , commandée par le duc de Richelieu , parut en6o a la vue de Naples ; mais après avoir ca nonné celle d'Espagne , elle reprit la route de Provence, parc qu'elle n'avait point ordre de seconder les desseins du duc de Guise , mais seulement d'occuper les Espagnols par la révolte de Naples. Ce duc , en effet , s'était montré peu digne du secours de la France , par les discours indiscrets qui lui échappaient fréquemment sur la maison régnante et sur le ministre ainsi que par la hauteur avec laquelle il traitait les Français nui Pavaient accompagné. Plusieurs d'entre ceux-ci l'ayant abandonné, se joignirent aux révoltés. La conduite du viceroi , duc d'Arc oj , ne contentait pas mieux ceux qui étaient restés fidèles a La cour d'Espagne. Don Juan d'Autriche , «'apercevant qu'il se rendait odieux au peuple, se chargea, de son aveu même , du soin des affaires. Le comte d'Ognate , ambassadeur de la cour de Madrid a Rome, ayant été nomme pour succéder au duc d'Arcos dans la vice-royauté, arriva le i". mars a Naples. Au lieu d'attaquer les quartiers des rebelles, comme il se l était d'abord proposé , il continua les négociations qui étaient entamées pour la paix , et vint a bout de la rétablir à Naples , sans effusion de sang , le lundi-saint , 6 avril de l'an 164H. Cet événement renversa les projets du duc de Guise, et l'obligea de prendre la fuite; mais on le poursuivit avec tant de diligence, qu'il fut arrêté a Gaëte. et de la transporté en Espagne, où il resta prisonnier l'espace de quatre ans.

Tandis que ces choses se passaient en -deçà du détroit, la Sicile éprouvait de semblables convulsions. A Païenne, l'an

1647 , le préteur, a raison d'une disette qu'on éprouvait, ayant (ait hausser le prix du bled et diminuer le poids du pain , mit

par la toute la' ville en combustion. La populace en fureur court a son hôtel, le iq mai, pour y mettre le feu. La fuite lui ayant sauvé la vie , Tes séditieux allèrent aux prisons , d'où ils tirèrent, pour les remettre en liberté, plus de sept cents

, pour

personnes , dont la plupart avaient mérité la mort ; après quoi étant entres dans l'hôtel des Fermes, ils brûlèrent les livres des impôts publics. ( Bisaciconi, de gH Accidenti di Palermo , p. 4b. ) Plusieurs nobles étant montés à cheval , s'efforcèrent de calmer les esprits ; ils avaient a leur tête le marquis de Geraci, de la maison de Vintimille , fort estime du peuple. Dès qu'il parut , on s'écria : Vùe U marquis de Geraci, notre seigneur { Sa réponse fut : Vive le roi d'Espagne! Etant ensuite allé trouver le vice-roi, marquis de los Vélès, il loi persuada de déposer le préteur , et d'abolir les impôts établis sur les vivres. Cette démarche produisit quelques instants de tranquillité. Mais un tireur d'or, nommé Joseph d'Alesi, remit en mouvement les esprits , en excitant le peuple de Païenne a demander l'augmentation de ses privilèges aux dépens des Espagnols. Le corps des corroyeurs, qui avait grand crédit dans la ville, se déclara aussitôt pour lui. Il avait pour émule, Pierre Pertuso, qu'on avait élu au sort capitaine - général. D'Alesi s'étant brouillé avec lui en oublie, ordonna qu'on lui coupât la tête, et il fut obéi sur-le-champ. S'étant transporté ensuite a l'arsenal, il en tira toutes les armes qui s'y trouvèrent et les remit entre les mains du peuple. Les Espagnols, effrayés , sortirent de la ville avec si peu «Tordre , que les rebelles les ayant pris, en massacrèrent un assez grand nombre. D'Alesi, en sa qualité de capitaine-général , se conduisit avec beaucoup de circonspection. 11 retint dans le devoir ceux des rebelles qui voulaient s'en écarter , et sévit contre ceux qui abusaient de son nom pour exercer des actes de violence. Le vice-roi lui ayant fait faire des propositions de paix, il les accepta, et s'employa a le réconcilier avec la ville de Païenne, 11 obtint A elle que le marquis de los Vélès pourrait revenir au château de la Mer avec la garde espagnole. Alors il déclara qu'il «e démettait de la charge de capitaine-général. Mais a peine

eut-on chanté le Te Drum en action de grâces de la paix rendue è la ville , que des brouillons commencèrent à se plaindre que d'Alesi n'avait pas fait les conditions de la paix aussi avantageuses qu'on pouvait l'espérer , et l'accusèrent de s'entendre avec les Espagnols ; ceux-ci , de leur côté, publiaient qu'il était d'intelligence avec les Français. Pour comble de malheur, ayant condamné aux galères un pécheur, il eut contre lui le coq» de cet ordre, qui était nombreux et puissant a Païenne. Tout le monde étant indisposé contre cet homme, qui, peu de tenu auparavant, était l'idole du public, on demanda sa téle. Tandis qu on le poursuit dans sa fuite, on rencontre son frère qui s'était marié la veille , et a l'instant on le décapite , en attendant qu'on fasse subir a l'autre le même supplice. Joseph d'Alesi est enfin découvert dans un aqueduc où il était cacbé. Sans forme de procès on l'exécute avec son secrétaire et douze autres personnes , le aa août de la mime année 1647. L'histoire lui rend la justice de dire que, de tous les chefs d'émeutes populaires, il en est peu qui aient montré autant de modération et d'équité que lui.

Le vice-roi ne rentra dans Païenne qu'après ces exécutions. A près avoir fait démolir la maison d'Alesi , il publie une amnistie générale, dont il excepte néanmoins douze personnes sans les nommer. Cette exception lui Laissa la liberté de faire emprisonner qui bon lui semblait. On murmura lorsqu'il commença d'en faire usage , et le peuple tira même des maint des archers un homme qu'ils menaient en prison. Le marquis de los Vélès ne tarda pas a s'apercevoir que les voies de rigueur n'étaient pas propres a ramener la paix : p qu'on avait arrêtés furent élargis , et l'on 1 tenu de se plaindre.

Cependant on commençait a regretter Joseph d'Alesi; le fanatisme alla même jusqu'à lui attribuer des miracles. Un charbonnier eut la folie dé vouloir l'imiter, en excitant une nouvelle dissension. Il fut anêté sans avoir presque fait de partisans, et étranglé sur-le-champ. Le marquis de los Vélès approchait alors du terme de ses jours, qui arriva le 3 novembre 1647. I-e cardinal Trivulce fut envoyé d'Espagne pour lui succéder dans la vice-royauté. La ville de Palerme était dès-lors en proie a de nouvelles discordes. Le cardinal parut à la vue de celle ville, le 17 novembre, et y entra contre l'avis de personnes graves qui lui représentaient Le danger auquel il s'exposait. Ce coup de hardiesse lui réussit. Sa présence imposa aux séditieux, dont il envoya les plus fougueux aux galères, sans que personne osât s'y opposer.

Une nouvelle conjuration cependant couvait a Païenne. Elle était sur le point d éclore , lorsqu'elle vint è la connaissance du vice-roi. Un prêtre, nomme Placide Sirlet, en était l'auteur, et son plan était de tuer le vice-roi, de s'emparer du trésor public et de piller les maisons des nobles. L'indiscrétion de l'un des conjures dévoila le mystère. Le vice -roi les ayant fait arrêter, leur procès fut instruit promptement , et le dernier supplice fut la peine de leur crime. A Girgenti, l'avarice de l'évêque, qui refusait de vendre son blé , dans la vue d'en

faire hausser le prix , souleva contre lui le peuple , qui , étant entré dans son logis, pilla ses meubles, enleva son argenterie, et tua quelques prêtres qui taisaient de la résistance. Le reste de la Sicile n'était pas plus tranquille, et le doc de Guise atteste, dans ses mémoires, que toutes les villes de celte île étaient disposées a suivre l'exemple du royaume de Naples.

Le cardinal vice-roi fut rappelé, l'an 1648, et fut remplacé par don Juan d'Autriche , dont la fermeté contint les esprits inquiets pendant les trois années que dura sa vice-royauté.

Le roi Philippe IV termina ses jours le 17 septembre i665. ( Voy. les mis a 'Espagne. )

CHARLES IL

166S. Charmes, fils de Philippe IV, devint son successeur a l'âge de quatre ans , sous la régence de Marie- Anne d'Au-

DES ROIS DE NAPLES ET DE SICILE, (riche , sa mère , dans le royaume de Sicile comme dans ses autres étals. Depuis les grandes contestations des maisons de France et d'Aragon , les Siciliens , et surtout les Messinois , ne furent jamais si malheureux que sous ce règne. L'inquiétude de Messine et la dureté des vice — rois en furent les causes. La cour de Madrid , pour récompenser la fidélité que la ville de Messine avait montrée dans les troubles de Naplcs et de Palerme, avait ordonné, le 3i mai i66i, que toutes les soies de Sicile n'en sortiraient que par le port de Messine. Cette ordonnance n'était que la confirmation d'un privilège accordé a cette ville, l'an iSgi , par le roi Philippe II. Le vice-roi , d'après l'avis de son consed , ne jugeant pas à propos, par la crainte des troubles qu'elle pourrait ooasioner , de la publier, les Messinois se soulevèrent, et l'intimidèrent au

point qu'ils l'obligèrent d'envoyer ordre au tribunal du patrimoine royal de l'enregistrer et de la faire exécuter. Palerme et les autres villes se plaignirent hautement du tort que cette faveur exclusive leur causait, et en obtinrent de la régente la suspension. Messine était partagée alors en deux factions, les Merlis et les Malvenu). L intérêt commun les réunit pour la défense de leur privilège. La conduite des vice-rois qu'on leur envoya ne calma pas leur mécontentement. Enfin, l'an 1674 , les Messinois en vinrent a une révolte ouverte. Pour la soutenir , ils implorèrent le secours de la France , qui leur envoya une escadre sous les ordres du marquis de Valavoire et du commandeur de Valbelie. L'Espagne en fit partir une autre de son côté , qui bloqua le port de Messine , et empêcha les vivres d'y entrer. Les horreurs de la famine commençaient à s'y faire sentir, lorsqu'elle vit arriver de Toulon le duc de Vi vou ne avec une nouvelle escadre, qui dégagea le port et fit entrer des vivres dans la place. Les magistrats, pour témoigner leur reconnaissance au roi de France, lui prêtèrent serment de fidélité, le 28 avril 1678, en présence du duc et du marquis de Valavoire, du commandeur de Valbelie et de tous les officiers français. Les princes d'Italie craignirent alors que Louis XIV n'envahit leurs états en vertu des anciennes prétentions de la France sur l'Italie. Ce monarque, pour les rassurer, publie, le 11 octobre 1675, un manifeste où il déclare que sa majesté « n'a reçu les Messinois, quand ils se sont » donnés à elle , que pour les rendre en quelque sorte a eux- » mêmes, aussi bien que les autres villes de Sicile qui vou-

* dront suivre leur exemple ; que son dessein n'a pas été » de les faire vivre sous ses lois , qui leur sembleraient tou-

• jours étrangères , en les unissant a sa couronne ; mais , qu'a » l'exemple de ses prédécesseurs , qui ont donné deux fois des » rois à Naples et à la Sicile dans deux branches de la maison » royale de France , son intention est encore de donner a cette

• Ile un souverain oui tire son origine du même sang ; qu'elle

• lut remettra tous les droits qui sont acquis a la France sur

* ce royaun

• a dé ji déi

* le prince prendra les mœurs , les coutumes et les lois de son » état , et qu'il rétablira chez les Siciliens un trône que leurs

* ancêtres ont vu avec douleur transporté en Aragon et en » Castille ; que de tous les intérêts que le roi a pu prendre » jusqu'à présent a la Sicile , sa majesté se réservait seule- » ment relui de raffermir de plus en plus la puissance de ce » royaume, le bonheur et la félicité des peuples, par la » liaison et la protection toujours assurées de la France. » (Burigni, Hist. de Sicile, t. Il, pp. 4'3-4'4) Ce manifeste fut lrès-â^rc ; alite aox Messinois. Mais la ville de Païenne, loin de les imiter, fil paraître, le 18 mars 1676, une sanglante invective contre les excès que les Français avaient autrefois commis en Sicile, et finissait en déclarant que les Palermitains mourraient , plutôt que de manquer a la fidélité qu'ils devaient a Charles il.

Le roi d'Espagne, ne se trouvant pas en étal de réduire, avec forces, les Messinois, et craignant qu'Us n'entrai-

nassent le reste de Me dans leur révolte, eut recours aux Hollandais, qui envoyèrent, dans la merde Sicile, une flotte commandée par l'amiral Ruiter. Arrivé à Mdazzo au mois de décembre 1675, Huiler alla croiser entre le cap de Molina et celui d'Armi , pour empêcher qu'il n'entrât ni vivres ni provisions dans Messine. De la étant allé chercher les Français , il aperçoit, le 7 janvier 1676, leur flotte, commandée par n, les deux armées en vinrent a une

s droits qui sont acquis et tous ceux que le consentement des peuples et pourrait déférer a l'avenir a sa majesté ; qu

du Quesne. Le lendemai ,

bataille, qui fut si terrible, que Ruiter avoua qu'il ne s'était jamais trouvé a aucune action où les ennemis fussent arrivés en meilleur ordre et où l'action eût été plus vive. De part et d'autre on s'altribua la victoire ; ce qui montre qu'elle fut incertaine. Ce qui ne l'est pas, c'est que la flotte des alliés , après le combat , tenant toujours fermée l'entrée du port , ce fut une nécessité pour celle de la France de faire le tour de Me pour faire entrer a Messine des vivres dont elle avait grand besoin ; ce qui ne s'effectua que le ai janvier. Ruiter, s étant retiré a Mclazzo , y attendait , en faisant radouber ses vaisseaux, que le tems de six mois qu'il avait promis de servir les Espagnols fût écoulé pour retourner en Hollande. Mais s'étant mis en route, une escadre hollandaise qu'il rencontra, lui remit des lettres du prince d'Orange , où H lui était ordonné, de la part des états, de rester encore six mois en Sicile. Le duc de Vtyonne , nouvellement créé maréchal , fut averti que le marquis de Villcfranchc faisait le siège d'Agouste , secondé par Ruiter, qui s'était chargé d'empêcher la flotte française «ren approcher. Alors il donne ordre a du Quesne d'aller attaquer la flotte ennemie. L'ayant atteinte a trois lieues d'Agouste , du Quesne engagea , le aa avril , avec elle un combat où Ruiter reçut un coup do canon oui lui emporta la moitié du pied gauche, lui brisa la jambe droite, et rayant fait tomber Je ta hauteur de plus d'une toise, lui fit a la tête une autre blessure

Elus dangereuse qu'elle ne parut d'abord. La suite de cette ataille fut la levée du siège d'Agouste : Ruiter n'y survécut que sept ou huit jours, étant mort à Syracuse, le 19 ou le 3o avril. Le a juin suivant , les alliés en viennent a une nouvelle bataille avec la Hotte française, entre le mâle de Palerme et le fort de Castellamare. la perle des premiers fut très-grande ; douze de leurs vaisseaux y périrent avec six galères de trois à quatre mille hommes , parmi lesquels se trouvèrent l'amiral don Diego d'Ibarra et de Gaen , vice-amiral hollandais , qui avait remplacé Ruiter. Les Français, après celle victoire , prirent Merrilli, Taormine , le fort de Scalette et quelques autres places aux environs de Messine.

Le maréchal de Vivonne revint en France l'an 1677 , et eut pour successeur, dans la vice-royauté de Sicile, le maréchal de la Feuillade , nommé par Louis XIV. Le cardinal Porto-Carrero, archevêque de Tolède , fut revêtu du même emploi par le roi d'Espagne. Les Hollandais s'étaient retirés chez eux , apr^s avoir perdu une grande partie de leur armée , soit en diverses actions , soit par la dysenterie. Les Français , que leur retraite mettait à l'aise, n'en devinrent que plus insolents. Les jeunes d'entre eux, qui étaient venus avec le duc de Vivonne, s'émancipaient a corrompre les femmes et les Glles des meilleures maisons, et faisaient gloire, publiquement, de leurs triomphes. La jalousie des Siciliens, irritée par cette licence effrénée, hnngea entièrement leurs dispositions envers les Français. Luiant ils les avaient désirés, autant ils souhaitaient d'en être délivrés. Ils formèrent contre eux des conspirations. Le duc de Vivonne avait aussi personnellement indisposé les Siciliens , en exigeant d'eux qu'ils se chargeassent de l'entretien des vaisseaux, dans le tems qu'ils avaient peine a suffire a leurs propres besoins. Les Espagnols fomentaient sourdement cette mésintelligence. Le roi de France, s'apercevant qu'à la paix il serait obligé d'évacuer la Sicile, crut devoir prévenir ce terme. 11 y était d'autant plus porté , qu'obligé d'entretenir une nombreuse garnison en Sicile , il voyait que la dépense excédait le profit, et qu'enfin, ses troupes lui étaient nécessaires ailleurs.

3C6 CltRONOLOGll D'après des ordres secrets , le maréchal de la Fcuillade prit ses mesures pour ramener de Sicile les Français , sans éclat. Feignant donc le dessein de faire quelque enl reprise sur les Espagnols , il se mit en situation de reprendre Taormine , dont Us s'étaient emparés , et échoua , comme il l'avait prévu , dans sa tentative. Le 8 avril 1678, ayant rassemblé lous les Français répandus en Sicile, comme pour une nouvelle entreprise , il se remit en mer , et dis qu'il lut hors de la portée du canon , il envoya dire aux sénateurs de Messine qu'ayant oublié de leur communiquer une affaire importante, il les priait de venir le trouver pour en être instruits. S'étant rendus à son bord , ib apprirent de lui qu'il avait ordre de retourner en France. Cette nouvelle les consterna, par la crainte qu'ils avaient du ressentiment de l'Espagne. Sur leurs remontrances, les Siciliens qui avaient le plus signalé leur zèle pour la France, obtinrent la permission de venir s'embarquer avec lui : on fait état de près de dix raiUe qui prirent ce parti; il s'en présenta bien d'autres, mais Us vaisseaux des Français n'en pouvaient tenir davantage.

Ce que la ville de Messine avait lieu d'apréhender arriva. La cour de Madrid la vovant réduite à rentrer sous son obéissance , lui fit sentir l'indignation que sa révolte lui avait causée. Le comte de Saint-Istcvan étant arrivé à Messine, le 5 janvier 1 679 , déclara les intentions du roi sur la punition que ses habitants méritaient. Le sénat fut supprimé , et remplacé par un autre tribunal d'un ordre inférieur. Il fut enjoint de porter au palais toutes les armes a feu , sous peine d'une grosse amende pour les nobles, et de la vie pour les roturiers. L'hôtcl-de-villc fut démoli, et la cloche qui avait servi à sonner le tocsin , mise en pièces. On abattit les maisons des sénateurs qui avaient passé en France, et leurs biens furent con6squés. Dans les informations qu'on fit contre les citoyens les plus coupables, il Y en eut d'exilés, d'autres condamnés aux galères, et quelques uns pendus.

Le comte de Saint-lstevan ayant été rappelé, l'an 1687, eut pour successeur dans la vice -royauté, le duc d'Aranda. Pendant son administration , la Sicile fut agitée par un grand tremblement de terre, qui commença, le 9 janvier 1695, par une légère secousse, et recommença deux jours après, avec une telle commotion , qu'il renversa en grande partie les édifices de près de soixante villes et bourgs , avec perte d'environ soixante mille Smrs.

Le roi Charles II n'ayant point d'enfants, transmit par son testament fait le a octobre 1700, tous ses états à Philippe, duc d'Anjou , second fils du dauphin de France , et mourut le premier novembre de la même année. Le dite de Véraguaz, vice-roi de Sicile , fit proclamer roi Philippe V dans son gouvernement. Gualtieri , nonce du pape en France , fit des protestations au nom de sa sainteté, contre ce testament en ce qui concernait les royaumes de Naples et de Sicile, prétendant qu'ils étaient dévolus au saint siège par la mort de Charles H, comme éUnt décédé sans enfants , attendu qu'aucun successeur ne pouvait en prendre possession , sans en avoir obtenu une nouvelle investiture. L'empereur, qui de son côté revendiquait toute la succession du roi d'Espagne, fit de semblables protestations, pour s'opposera l'investiture demandée par Philippe. Tandis qu'une congrégation est assemblée pour donner là-dessus •on avis, le duc d'Ùzéda , ambassadeur d' Espagne a Rome, reçoit , le ao juin 1701 , un exprès de Madrid. D'après les dépêches que ce courner lui remet, il fait avertir le connétable Colonne, qu'il ait à se préparer pour présenter, le 28 juin, la liaquenée au pape , et lui payer le tnbut annuel Le pape , dans une audience qu'il donne à ce sujet, déclare que l'investiture devant précéder le tribut , il juge à propos oc remettre cette cérémonie à un autre tems. L'agent d'Espagne, cependant, prend ses mesures pour exécuter au jour accoutumé ce qui lui était commandé. Le pape entendant les vêpres , il pénètre secrètement dans la chambre féodale, et fait entrer, en même tems daus une vaste cour, où il n'y avait point de gardes, la

haquenée attachée derrière une charctte et couverte d'une housse aux armes du pape. A la fin de l'office , il la présente au saint père, avec la céflule ordinaire, au nom du roi Philippe. La bêle était si maigre, qu'a peine pouvait-elle se soutenir. On l'avait ainsi choisie pour qu'on ne pût pas soupçonner que c'était celle qu'on voulait présenter. Elle est chassée dans la rue après que l'agent s'est retiré, laissant sur la table la cëdulc. L'ambassadeur de l'empereur ne manqua pas de faire ses protestations contre l'action du ministre d'Espagne.

L'an 1708 , le royaume de Naples est enlevé a Philippe par l'empereur. Les autres parties de la monarhie espagnole coururent risque de lui échapper, jusqu'en 1713. Parle quatrième article de la paix d'Utrechl, Philippe V céda en toute propriété et souveraineté à ViCTOH-AmtoEE , duc de Savoie, le royaume de Sicile avec ses dépendances, pour lui et ses descendants miles. Le nouveau roi s'étant rendu a Palerme, avec la reine son épouse, y fit son entiée publique, le 21 décembre 17 13 ; et l'un et l'autre furent couronnés le 24 du même mois.

Victor- Amédée avait fait espérer qu'il ferait sa principale résidence en Sicile. Cependant il en partit le 5 septembre 17 > 4? pour retourner dans ses anciens étals cl y fixer sa demeure , laissant pour vice-roi de Sicile, le comte Maffei. Le don gratuit établi pour le joyeux avènement du roi, fut refusé, l'an 1716, au mois d'août , par le comte Modica , sous prétexte qu'il n'en avait jamais payé aux rois d'Espagne. Les Messinois prirent les armes pour sa défense au nombre de plus de douze mille. CiiMi a six mille hommes envoyés contre eux par le vice-roi, les firent rentrer dans le devoir.

Victor-Amédéc , en montant sur le trône de Sicile , se vit obligé de soutenir un procès avec la cour de Rome, entamé sous le règne précédent. Ce fut au sujet de la manarrhic dt Sicile , qui consiste dans un privilège de légation héréditaire, accordé , l'an 1098 , par le pape Urbain 11 , à Roger I , comte de Sicile. Les souverains de cette Ile en avaient joui sans opposition jusqu'au règne de Philippe 11, roi d'Espagne, et au pontificat de Pie V. Ce pape, comme on l'a dit ci-devant, avait déployé toute l'éucrgte de son sèle pour abolir ce tribunal , et n'y avait pas réussi. Clément XI , rempli des mêmes préjugés que Pie V , saisit l'occasion suivante pour les faire valoir. En 171 1 , l'évéque de Lipari ayant donné des poit chiches à vendre i un greoctier, les magistrats préposes pour la taxe des denrées , exigèrent celle qui avait été mise sur ces pois, sans savoir qu'ils appartenaient a l'évéque ; reconnaissait ensuite leur méprise, les préposés lui firent des excuses, qui ne purent les garantir d'une excommunication , qu'il leur fit intimer. Alors s'étant pourvus au tribunal de la monarchie, ils obtinrent l'absolution ad caitteiam. L'évéque étant aussitôt part? pour Rome , mit facilement dans ses intérêts La congrégation de l'Immunité, dont il émana, le 16 janvier 171a , une lettre circulaire adressée a tous les évèques de Sicile, pour laquelle il était dit, qu'au pape seul était réservée l'autorité de donner l'absolution ad cauielam- Trois évéques siciliens s'était avisés de publier cette lettre, sans demander le pareaiis, le vice-roi, d'après line consultation des principaux ministre! 1 approuvée par le roi Philippe V, manda , par un billet, a ce» évéques, qu'ils eusssnlà révoquer la publication de la lettre, et à l'envoyer au juge royal. Sur leur refus d'obtempérer, il la déclara , par un ordre du aa mars 17 13 , nulle et de nul effet , comme blessant les droits publics. L'évéque de Catane alors signala son fanatisme, en renouvelant contre le baron deFicbcrazai une sentence d'excommunication, dont il avait été absous ad cauielam , par le tribunal de la monarchie, ce qui attira au prélat un ordre de sortir du royaume. 11 fallut bien qu'il obéit ; mais en partant , il publia une sentence d'interdit contre son diocèse. Deux autres prélats, l'archevêque de Messine et l'év&ji^ d'Agrigenle ayant imité l'exemple de révéque de Catane, subirent la même peine. Clément XI prit alors leur défense par une bulle qui fut affichée a Rome le 17 juin.

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