DES ROIS DE NAPLES
■ on petit bâtiment
qu'elle en fut partie
avec Nicolas Caraccioli, florentin, »on homme de ton lia nec, et alla débarquer dans la Marcmtne de Sienne. I.e roi de Hongrie, cependant, continuant sa marche , entra , le 17 janvier, dans Averse , où la noblesse napolitaine se rendit pour lui présenter ses resperis. Les princes de la maison royale se trouvèrent alors dans un grand embarras , incertains s'ils devaient prendre la fuite ou paraître devant ce monarque. Mais ils furent rassurés par un dut-conduit qui leur fut accordé , pourvu qu'ils n'eussent pas trempé dans le meurtre du roi André. Croyant après cela n'avoir plus rien a craindre , Charles, duc de Duras, avec ses deux frères , Louis et Robert , Philippe et Robert de Tarente, frères de Louis , se rendirent auprès du monarque hongrois, et furent tous bien accueillis par ce prince qui les retint a dîner. Après le repas, ayant mis ses gens sous les armes, il monte a cheval pour se rendre a Naples; mais avant de partir, dans le dessein de voir la galerie d'où le corps de son frère fut jeté dans le jardin après avoir été étranglé , il se rend sur la place, et se tournant vers le duc de Duras, il l'accuse de ce forfait, dont il le convainc par des lettres qu'il montra; et, quoi que celui-ci dit pour s'excuser et pour implorer miséricorde, les Hongrois étant tombés sur lui, le renversèrent mort a coups de sabre et le laissèrent dans ce même jardin. Les autres princes de la maison royale furent pris et enfermés dans le château d'Averse, puis envoyés en Hongrie, où ils restèrent long-tems prisonniers: punition barbare que plusieurs condamnèrent, et comme exercée sans observer aucune forme judiciaire, et parce que ce même Charles de Duras, outre qu'il était le plus estimé et le plus valeureux de tous ces princes, était regardé comme innocent. Cette opinion ne fut pas néanmoins universelle; car il y eut des gens qui jiistiGèreut la mort du duc ainsi que l'emprisonnement des autres princes.
Le roi fit ensuite son entrée i Naples , armé de toutes pièces, ais sans vouloir accepter le dais qu'on lui avait préparé. Son neveu présomptif, l'enfant Charles lui ayant été présenté, il lui fit des caresses e» le créa duc de Calabre; après quoi il l'envoya, avec les autres prisonniers , en Hongrie, pour y être élevé. 11 ne lui restait plus pour combler ses désirs, qu a obtenir de la cour pontificale la couronne et l'investiture du royaume de Naples. Mais Clément VI se montra bien opposé a la demande
Îui lui en fut faite , allégant que le crime imputé i la reine eanne n'était nullement prouvé, avec d'autres raisons détaillées dans Rainaldi. Le roi de Hongrie ne réussit pas mieux dans la tentative qu'il fit pour avoir l'investiture de la Sicile. Même refus de la part du pape.
La peste, cependant, ayant pénétré dans le pays de Naples , faisait de grands progrès dans l'armée hongroise. Le roi , la voyant dépérir journellement , crut devoir, après l'avoir licenciée, pourvoir a sa propre sûreté en reprenant la route de Hongrie au bout d'un séjour d'environ quatre mois dan* le pays de Naples. En partant , il nomma pour son vice-roi Conrad Lupo, auquel il subordonna d'autres officiers pour gouverner et défendre le pays. Mais a peine se fut-il embarqué i Bar le t te , que la noblesse napolitaine commença a regretter la reine Jeanne sous le gouvernement de laquelle régnait l'abondance et les plaisirs. Celle princesse étant arrivée en Provence, y fut vue de mauvais œil par la noblesse , sur un soupçon qui s'éleva qu'elle voulait vendre aux Français ce comté. La maison de Baux lui fut ta plus opposée, et la retint comme prisonnière pour observer toutes ses démarches. Son époux , le prince de Tarente, n'ayant pu obtenir la permission (l'entrera Horence, s'était embarqué a Pise , d'où n'osant mettre le pied en Provence, il s'était rendu , par une voie détournée , auprès du pape dans la ville d'Avignon. La reine Jeanne étant venue l'y joindre, après avoir été remise en liberté parles soins de Clément VI, ne tarda pas a mettre dans ses intérêts la cour pontificale où elle plaida elle-même sa cause en plein consistoire. Son mariage y ayant été validé par une dépense qui lui fut accordée , efie
vers le royaume de Naples pour en .
le recouvrement. Mais l'argent lui manquant pour cette entreprise, elle se trouva dans u nécessité de vendre au pape la ville d'Avignon avec son ressort pour la somme de trente mille florins d'or , somme trop modique , dit Muratori (t) , pour être regardée comme le prix d'une si belle acquisition, et qui doit passer plutôt pour un don suggéré par la reconnaissance. Mais comme Avignon était un fief impérial faisant partie de l'ancien royaume if Arles, l'aliénation, pour être solide, ne pouvait s'en faire sans le consentement du chef de l'empire. C'est ce que Clément VI n'eut pas de peine i obtenir de Charles IV, dont il disposait comme de sa créature. Charles approuva la cession d'Avignon et de son territoire dans toute l'étendue que le pape pouvait désirer. Léibnitx , dans son rode du Droit des Gens ( tom. I , n. q3 ) , a mis au jour l'acte de cette vente, mais avec une erreur considérable de date ; car an lieu de l'an «048 , elle y est datée de l'an i3J8. Le pape, après cette acquisition , ne fit pas de difficulté d'accorder a Louis de Tarente le titre de roi.
Jeanne . cependant , et son époux , avec le peu d'argent qu'ils avaient reçu du pape, n'étaient pas en état d'entreprendre l'expédition qu'ils méditaient. Pour faire ressource, ils allèrent mendier l'assistance de leurs amis et de leurs sujets. Ce qu'ils purent recueillir leur servit a fréter, pour leur service , dix galères génoises; et sur ce que Nicolas Acciaioli , qu'ils avaient envoyé devant eux , leur manda qu'il avait bien disposé les barons napolitains en leur faveur, et pris a sa solde le duc Gantier, avec douze cents cavaliers qu'il commandait, ils s'embarquèrent, sans perdre de teins, sur les galères génoises, et arrivèrent, sur la fin d'août, a Naples, où us furent reçus avec de grands honneurs. Mais il restait à prendre les chileaux de la place qui étaient occupés par les Hongrois. Pour les en déloger, il fallut en former le siège. C'est a quoi le roi et la reine réussirent , non sans de grands efforts , avec l'aide des Napolitains, au commencement de l'année suivante. Le roi même, dans le cours de cette expédition , vint a bout d'emporter Nocera, défendue par une vaillante garnison. Dominique Gravina , historien partial du roi de Hongrie , raconte divers événements, qui rendirent mémorable cette guerre dont l'issue fut la conquête de la plus grande partie du royaume de Naples, en sorte qu'il ne restait plus aux Hongrois que Manfréîionia, le Mont-Sainl-Ange, Orlone, Guiglionèse, et quelques château- en Calabre , avec celui de Noux, dont la garnison fit une si vigoureuse défense , que les Napolitains ne purent se rendre maîtres de la place. Ce fut la perfidie du duc Garnier qui fit manquer le coup. Cet homme sans foi , qui n'avait pour loi que son intérêt , était passé au service du roi de Hongrie , et s étant joint secrètement au vice— roi Conrad Lupo, fit échouer tous les desseins du roi Louis de Tarente. Les forces de l'armée hongroise s'accrurent encore par l'arrivée d'Etienne, vaivode de Transylvanie , qui vint la renforcer avec un corps de trois cents gentilshommes de son pays. Les Hongrois, avec ce secours, rangèrent sous leur obéissance Baroli , Trani , Bitonte , Giovenazzo , Molfelta et d'autres
"Is remportèrent, fut se
places. Mais le plus grand avantage qu'ils la soumission d'Averse, dont les habitants 1
(1) C'est en suivant cet écrivain que nous réduisons le prix de la ventes trente raille florins. Cependant la reine assure , dans le contrat, avoir louché quatre-vingt mille florins; «1 en effet, on trouve une quittance faite de cette somme en faveur de Nicolas Acciaioli , dans l« compte qu'il rend de l'emploi qu'il " avait fait pour les besoins de l'état. ( Papoo, Kùl. de Prortnce, tome III , page 183 ) Quoi qu'il eq soit , la vente ou cession que fit Jeanne , était illégale , t*. parre qu'étant encore mineure , a la vérité, elle avait promit avec serment Je ne faire aucune aliénation ; a*, parce que le romté de Provence éuil grevé d'un* ndwUUiUoo faite en faveur de Marie , sa saur cadette.
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tairemenl 1 enx. Fière de ce» succès , l'année hongroise s'avança »w Naples. Un bruit faux s'étant répandu qu'il s'était élevé dan» crue armée une grande querelle entre le» Hongrois et le» Allemand», le» Napolitains, trompe» par la , sortirent de leur» murs en foule pour livrer bataille a l'ennemi. Ce fut en vain que le roi Louis de Tarente voulut le» arrêter. On en vint aux mains le 6 juin t34q. Le» barons napolitain», a, la tête de leurs bandes, commencèrent l'attaque avec un grand courage ; mais il» furent si bien reçus par l'ennemi, qu'en peu de lem» une déroute universelle fut le prix de leur témérité. Parmi les prisonnier» qui furent fait», on compte Robert de Saint- Se vérin, Raimond de Baux, le comte d'Armagnac avec une grande partie de» principaux noble» de Naples. Aprè» celte victoire , les Hongrois s'étant avancés jusqu'aux portes de la ville , obligèrent les habitants de payer vingt mille florins pour racheter leurs vendanges. ( Muratori, Annali , t. VIII , p. a63. ) Tel était l'état des affaires de Naple* , tandis qu'en d'autres lieux de ce royaume la guerre continuait avec des succès variés.
Le parti du roi de Hongrie, après la déroute des Napolitain», semblait avoir pris le dessus, îorsqu'en i^5o la fortune toutà-coup lui tourna le dos par l'infidélité de» Allemands, commande» par le duc Garnier. Ce fut dans Averse qu'il» commencèrent à se soulever à l'occasion de leur paie qui ne s'acquittait pas. Le vaivode Etienne , général de l'armce hongroise , pour les apaiser, prit le parti de leur livrer les prisonniers napolitains , pour être remboursés de leurs arrérage» par le prix du rachat. Gravina raconte que ce» barbare» employèrent divers tourment» pour le» contraindre i leur payer cent mille florins d'or , ou même le double , selon Villani. Mais cela ne suffisant pas encore pour compléter le paiement qu'ils repétaient, on découvrit la résolution qu'ils avaient prise de taire priiounier le vaivode lui-même, ce que celui-ci ayant appris, il pattit dans une nuit avec tous les Hongrois , pour se retirer a Manfrédonla. Alors le» Allemands qui étaient restés maîtres d'Averse et d'autres places, conclurent une trêve avec le roi Louis de Tarente et les Napolitains, moyennant une somme de cent mille florins qu'ils reçurent. Pareille somme leur fut promise, s'ils voulaient céder au même roi Louis, Averse, Capoue et d'autres places. Mais i la fin , ceux-ci manquant de vivres pour leur subsistance, se retirèrent d'Averse, et déposèrent celte ville entre les main» du cardinal de Cercano. Louis de Tarente l'ayant ensuite recouvrée, donna ses soins pour en augmenter les fortifications. Ses affaires semblaient se relever, lorsque le roi de Hongrie vint débarquer avec une armée qu'il amenait avec lui au port de Manfrédonia. Ce prince ayant rassemblé toutes se» forces a Baroli , il se trouva qu'elles montaient i vingt-deux mille cavaliers, tant hongrois qu'allemands, et quatre mille fantassins lombards. Avec ces forces, il fit rapidement la conquête de Bari, de Bitonte, de Baroli, de Canôse, de Melfi, de Matalone, de Trani et d'autres lieux. Toute la Terre de Labour, a l'exception d'Averse et de Naples, suivit le même aort. Mais le siège d'Averse l'occupa plus long tems qu'il ne pensait. Après avoir épuisé ses fortes devant cette place , il fut obligé d'en venir a un traité, par lequel les assiégé» voulurent bien , sous certaines conditions , se soumettre à lui.
dément VI, cependant, n'épargnait aucun soin pour rétablir la tranquillité dans le royaume de Naples. Deux cardinaux qu'il employa pour l'exécution de ce dessein , trouvèrent peu d'opposition dans le roi de Hongrie , empressé comme il Tétait de retourner dans ses étals. La reine Jeanne et son époux n'avaient pas moins d'intérêt i désirer de voir la fin d'une guerre qu'ils n'étaient plus en état de soutenir. On fit donc convenir les deux puissances belligérantes de a'en rapporter, pour leur différent, a la décision du pape, avec obligation , pour Tune et l'autre, de s'éloigner en l'attendant, du royaume de Naple», ( article que Jeanne n'observa pas ) ; que si cette princesse était
déclarée coupable de la mort d'André , son époux , elle perdrait le royaume , qui serait adjugé au roi de elle était jugée innocente , elle
au coulraire elle était jugée innocente , elle rentrerait en possession de cette monarchie , a la charge de payer au roi de Hongrie, trois cent mille florins d'or (trois million» de notre monnaie ) , pour le» frai» de la guerre. I.e jugement de la cour pontificale , rendu au commencement de mai t35a, fut tel que les gens sages l'avaient prévu , c'est-à-dire favorable à la reine de Naples. Le roi de Hongrie eut non- seulement la docilité de t'y soumettre , mais encore la générosité de faire remise à sa rivale des troi» cent mille florin» énoncé» dans leur convention. H fit, de plu», élargir les prince» du sang de Nantes, qu'il avait envoyés prisonniers en Hongrie ; ce qui ne fut exécuté que le as septembre suivant. « Jeanne et Louis furent cou-
• ronnés le 37 mai , jour de la Pentecôte , avec la plus grande 1 magnificence ; mais pour empêcher que le titre de roi dont
• Louis allait être décoré, ne devint une source de démêle* » entre lui et les héritiers de Jeanne , si elle le devançait au
• tombeau , le pape , avant qu'on procédât à la cérémonie du
• couronnement, statua que ce prince, en recevant la cou- » ronne , n'acquerrait aucun droit , et que Tordre de la suc- » cession , réglé dans la concession faite par le saint siège à
• Charles premier, n'en serait point interrompu. Les deux
• époux, au comble de leur joie, voulurent laisser chacun un
• monument de leur reconnaissance, en mémoire de cet heu-
■ rcux événement. Jeanne fonda une église en l'honneur de
• la vierge ; Louis institua Tordre de la chevalerie du Saint- » Esprit, au droit désir, nommé par les historiens de Naples,
• l'Ordre du nœud. 1-e* chevaliers devaient être au nombre de
• troi* cents ; ils jeûnaient tous les jeudis ; » engageaient a une » fidélité constante envers le roi, à faire la guerre aux ennemi». » de la religion , lorsqu'ils en seraient requis par le pape, et » à visiter le saint sépulcre. Il» portaient «ur leur habit un » rayon de lumière en broderie , et au-dessus un noeud lié en » forme d'un double lac-d'amour , avec cette devise , Se Dieu » plutl. lorsqu'un chevalier s'était distingué par quelque ac-
■ lion de bravoure dans une bataille , s'il avait tué , par
• exemple , ou pris le général ennemi , enlevé ou renversé la » bannière, il déliait le noeud jusqu'à ce qu'il eût fait le voyage
■ de Palestine ; alors, il le renouait , et prenait pour devise : » Il a plu à Dieu. » (Papon.)
Les princes Robert et Philippe de Tarente , du nombre de ceux que le roi de Hongrie avait transportés dans ses états , étant revenus, en vertu du traité dont on vient de parler, furent comblés de faveurs par le roi Louis , leur frère , et par la reine; mais la préférence dont ils jouissaient a la cour ne manqua point d'exciter la jalousie de Louis de Duras , qui , se voyant négligé, résolut de s'en venger. S'étant mis à la tète des mécontents, dont la négligence du gouvernement augmentait chaque jour le nombre , il arbora l étendard de la révolte, et ravagea impunément les plus belles provinces du royaume. Robert , son frère , partagea son mécontentement , et voulut s'ossocier à sa vengeance. S'étant rendu en Provence , il y forma une ligue avec le seigneur de la Garde, de la maison d'Adhémar , et ayant réuni leurs forces , ils surprirent , pendant la nuit du 5 février i355, le château de Bourse , célèbre alors par l'avantage de sa situation et par le rang considérable que ses seigneurs tenaient à la cour de Naples. Ayant rendu la place, par capitulation, au mois d'août suivant, il passa au service de (a France, et fut tué, le 19 septembre i35b, a la bataille de Poitiers.
La reine Jeanne perdit , sans le regretter, le a5 mai i36a , veille de l'Ascension , Louis, son époux, âge de quarante-deux
; - du reste il n'avait dans le carac-
il craignait les
pusillanime dans se montrait favopar leur»
DES ROIS
» talents on leurs vertus ; roui avait-il soin de les éloigner pour » se livrer sans réserve aux jeunes seigneurs les plus débauchés : » il aimait l'argent , négligeait la justice , et se faisait un jeu de • manquer a sa parole , se glorifiant de ce défaut comme d une » qualité estimable. Quoiqu'il dût son élévation à la reine, soit m caprice, soit mépris, il eut peu d'égards pour elle; il laniaU » traitait même, et la majesté du tronc n'empêchait pas qu'il « ne se mêlât a leurs disputes de ces vifs débats, qu'on ne » Jevrait pas même trouver dans la populace. Louis ne man- » nuait point de courage ; mais il se vantait si fréquemment et » si hors de propos des belles actions qu'il prétendait avoir » faites dans là guerre et dans la paix, que quand elles auraient » été aussi glorieuses qu'il le disait , il en diminuait l'éclat par » la vanité qu'il y attachait » ( Papon. J II avait eu de son mariage deux princesses, mortes avant lui en bas âge. Mais il laissa deux filles naturelles; Esclarmondc, mariée a Louis de Capoue, de la maison de Hauteville, très-ancienne dans le royaume , et Clémence, femme d' Antoine de la Mendolée.
Dès que la mort de ce prince fut annoncée en France , le roi Jean pensa à donner, pour nouvel époux, à la icinc, Philippe , son quatrième fils, alors duc de Touraine, puis duc de Bourgogne, surnommé le Hardi. 11 s'adressa, pour négocier cette alliance , au >ape Urbain V. Mais Jeanne désirait un homme pour partager son it avec lui, et nullement pour l'associer à sa puissance. Craignant, ar cette raison , de se donner un maître en épousant un fils e France, elle jeta les yeux sur Jacques d'Aragon, roi titulaire de Majorque , comte de Roussillon et de Cerdagne , dont il n'avait également que le titre. Son père avait été tué, l'an 1^49, en combattant pour reconquérir l'île de Majorque, dont Pierre IV, roi d'Aragon, Pavait dépouillé. Jacques, ayant été pris dans cette bataille, fut envoyé prisonnier à Barcelonne, *où il resta prisonnier l'espace de près de treize ans. Ayant eu le bonheur de s'échapper de sa prison le 26 mai i3fo, il était sans patrie et sans fortune , lorsque U reine lui offrit sa main , le 1+ décembre de la même année. Les conditions qu'elle lui imposa furent celles ;d'une souveraine a son sujet. Réduit au titre de roi de Majorque, il ne pouvait prendre celui de roi de Naplei, ni recevoir l'hommage -lige des barons, non plus que le serment de fiJélité des autres ; toute administration du royaume lui était interdite; et pour dernière clause, il était exclus de la succession au royaume , dans le cas où la reine et les enfants qui naîtraient de leur mariage le précéderaient au tombeau. La situation où se trouvait Jacques d'Aragon lui fit accepter ces humiliantes conditions. Le mariage, conclu le 14 décembre i36a , se fit l'an i363 , environ un an après la mort de Louis de Tarente.
Jacques s'ennuya bientôt de l'infériorité de rang et de l'état de subordination où le retenait la reine , son épouse. S'étant émancipé a prendre, en différents actes, le titre de roi de Naples, il indisposa par la contre lui non-seulement les princes du sang, mais le pape lui-même. Irrité de ces oppositions, il se retire a la cour de Pierre le Cruel, roi de Castille. Mais Pierre ayant été rais à mort, l'an i368, par Henri de Transtamare , son frère naturel , Jacques tomba au pouvoir de ce dernier, qui lui rendit, l'année suivante, la liberté, moyennant une somme de soixante mille ducats d'or, que la reine, son épouse , paya pour sa rançon. ( Mural.) De retour à Naples, l'inquiétude et l'activité de son génie l'en firent sortir une seconde fois pour courir de nouveaux hasards. S'étant assuré de la protection des rois de France et de Caslille , il passa les Alpes, et avre un corps d'armée qu'il rassembla, il entreprit la conquête du Roussillon et de la Cerdagne. Ses armes y brenl des progrès; mais ayant pénétré jusqu'en Aragon, il y éprouva des revers qui lui firent perdre ' 11 mourut en ce pays l'an 137S sa vie le jouet de la fortune.
Veuve pour la troisième fois, Jeanne, a l'âge de cinquante ans, convola a de quatrièmes noces, l'an i3 7 b, et prit pour
DE NAPLES. 379 époux , le 25 mars, Otton de Brunswick , fils atné de tlenri de (nèce, duc de Brunsv/ick-Grubenhagen. (G tantale Nopotit.) Otton s'était distingué en Lombardic, par la valeur et la prudence avec lesquelles il avait défendu les intérêts des enfants de Jean II , marquis de Monlfei rat , dont la tutelle lui avait été confiée par leur père en mourant Mais la prudence et la valeur n'étaient alors qu'un faible appui pour un trône aussi chancelant que celui de Naples. Borné au titre et aux droits de prince de Tarente , sans avoir aucune part au gouvernement , Otton passa, l'an 13^8, dans le Mont ferrât, pour y exercer la régence dont il était pourvu , pendant la minorité du marquis Otton. ( V. son article aux marquis de MotUferrat.) Bientôt après son départ, la reine se trouva dans le plus cruel embarras. Barthélemi PrU
?;nano, né son sujet, venait d'être élevé sur le saint siège sous c nom d'Urbain VI. Les ambassadeurs qu'elle envoya pour U complimenter, au lieu d'un gracieux accueil qu'Us avaient lieu
c fruit de ses premiers succès, après avoir été presque toute
d'espérer, furent reçus avec la plus grande hauteur, jus que le nouveau pape osa menacer leur souveraine de l'envoyer uler dans un cloître. Choquée de celte brutalité, Jeanne se mit à la tête du plus grand nombre des cardinaux , qui , mécontents également des procédés d'Urbain a leur égara, lui opposèrent un autre pape dans la personne de Robert de Genève , qui prit le nom de Clément VII. Urbain, pour se venger de celte princesse, lui donna pour rival Charles de Duras, fils de Louis de Duras, qu'elle avait fait mourir en prison l'an i36a f pour crime de rébellion. Charles, qu'elle avait adopté pour son fila, avant son dernier mariage, et désavoué ensuite, en nommant pour son héritier universel, par son testament du ai
i'uin i38o, Louis, duc d'Anjou, frère de Charles V, roi de tance , était alors au service de Louis , roi de Hongrie , ennemi capital de Jeanne. Excité par Urbain et encourage nar ce monarque , il leva une armée , et se mit en route pour allée envahir le trône de Naples. En passant à Rome, il y fut couronné par le pontife , qui l'avait appelé. De la , s'étant acheminé vers Naples, il y fit son entrée le ib juillet i38i. La reine, â son approche, s'était renfermée, avec toute sa cour, dans le Château- Neuf, où Charles ne tarda pas à l'assiéger. Otion de Brunswick, alors de retour â Tarente, accourut avec ses troupes au secours de la reine, son épouse; mais, dans une bataille qu'il engagea , il eut le malheur d'être fait prisonnier. La reine ayant vu , de ses fenêtres , la déroute de son armée , qui fut la suite de la prise du chef, écrit a Charles pour lui dire qu'elle se remet en son pouvoir, le priant dVp.irgnrr ceux que la crainte ou l'attachement avait rassemblés auprès d'elle. \jt vainqueur, accompagné de sa garde, s'étant rendu auprès de son illustre captive, lui prodigue les protestations de respect et d'attachement. Ce ne fut pas la seule visite qu'il lui rendit ; et dans celles qui suivirent , il la pressa de confirmer son adoption, afin de s assurer par là le trône de Naples. Jeanne se refusant toujours â ses sollicitations, il se détermine a la reléguer au château de Muro, dans la Basilicate. Elle n'y vécut pas long» tems. Charles , apprenant que le duc d'Anjou est en route pour venir la délivrer, la fit étrangler, selon les uns, étouffer entre deux matelas, suivant les autres, le 32 mai i38a, dans la cinquante-septième année de son âge. Telle fut la fin déplorable de Jeanne , dont les historiens ont parlé bien diversement. Mais s'il est difficile de la disculper, d'avoir an ronoivé à la mort de son premier mari , on doit convenir, le judicieux Muratori , que son gouvernement fut d'ailleurs très • sage ; qu'elle ne mit dans les places que des personnes c apables de les remplir; qu'elle fut affable, généreuse, et plus ée a récompenser le mérite qu i punir les délits.