SECONDE ASSERTION
La chronologie des Grecs pour les patriarches post-diluviens ne saurait être admise sans quelques corrections.
i°. Parce qu'elle nous donne d'abord deux cent trente ans de trop avec un CaVnan , qui ne se trouve ni dans l'hébreu, ni dans le samaritain , ni même dans les anciens exemplaires des septante , vus et cités par Jules Africain, et par Eusèbe.
De plus, Philon et Joseph , qui savaient bien le nombre, le nom et la suite de leurs patriarches , disent toujours constamment- qu'Arphaxad engendra Salé, sans jamais faire mention de ce Caïnan , qu'on appelle le second , parce que parmi les patriarches anté-diluviens il s'en trouve un de ce même nom.
Et si ce second Caïnan se trouve dans la généalogie de Jésus-Christ donnée par saint Laïc, ch.. 3, il y a de fortes raisons de croire , comme nous l'avons déjà dit , qu'il y a été ajouté par quelque copiste qui , ayant vu ce nom dans les septante , aura cru qu'il avait été oublié dans le texte de saint Luc , et l'aura écrit à la marge de son exemplaire , d'où il aura pu aisément passer dans le texte par l'ignorance d'un autre copiste , qui aura cru que ce nom ne se trouvait a la marge que parce qu il avait été omis dans le texte, où il l'aura mis de son chef, sans autre examen. Et par-là on voit comment cette erreur a pu passer dans différents exemplaires et venir jusqu'à nous. Sur quoi on peut consulter les tuteurs qui ont traité de celte matière. , et en particulier le
P. Alexandre , dans son histoire ecclésiastique du [second âge* du monde.
2?. Outre cette première faute, par rapport au nom et aux années du second Caïman, il s'en est glissée encore une autre dans le texte grec , par rapport à l'âge de Nachor, à qui il donne cent soixante-dix-neuf ausquan'J il engendra Tharé, tandis que les auteurs nommés ci-dessus, et plusieurs autres avec eux, ne lui en donnent que soixante-dix neuf, conformément au texte samaritain. Et il paraît même qu'il est plus conforme au cours naturel , que Tharé, fds deNachorr ayant engendre à soixante-dix ans, son père ait engendré à soixante-dix-neuf, plutôt qu'à cent soixante-dix-neuf , d'autant plus qu'Abraham, qui n'était que son petit-fils, se trouvait, en quelque sorte, trop vieux pour avoir un fils à cent ans ; et qu'étant mort à cent soixante-quinze ans, plein de jours et dans un âge très-avancé, comme l'Ecriture nous le dit, il se trouverait que son grand'père aurait pourtant été en état d'avoir des enfants à un âge plus avancé de quatre ans , que celui où Abraham , son petit-fils , mourut de vieillesse , ce qui n'est guères vraisemblable ; parce qu'encore qu'il soit vrai que la vie des hommes allât pour lors en diminuant, il n'est pourtant pas aisé de se persuader que cette diminution fut si considérable eu si peu de tems.
Mais sans appuyer davantage sur cette raison , ni en chercher d'autres que celles, que nous avons rapportées, il nous paraît visible que la leçon du texte grec donne cent ans de trop à Nachor, lesquels étant ajoutés aux cent trente du faux Caïman , font une erreur de deux cent trente ans dans la chronologie des LXX. Et si on en retranche ce nombre d'années , comme nous croyons qu'on le doit faire , cette chronologie pour les patriarches post-diluviens , sera entièrement conforme à celle du texte samaritain, dont il nous reste à parler*