DES PATRIARCHES ANTÉ -DILUVIENS
Comme la chronologie de ces patriarches , selon le teiit
CHRONOLOGIQUES. 3n
hébreu, ne diffère de celle du texte samaritain, que sur l'âge auquel Jared; Mat h osa la et Lamech ont engendré; noos avions d'abord cru qu'il suffisait de marquer en quoi consiste cette différence , et de dire en général, que le texte grec porte, que les six premiers patriarches, en ôtant Jared, avaient chacun cent ans de plus que ne leur en donne l'hébreu , quand ils engendrèrent, et qu'il donne cent quatrevingt-huit ans à Lamech , à qui l'hébreu n'en donne que cent quatre-vingt-deux..
Mais comme on peut être bien aise de voir tout cela en détail, et que cela sera aussi plus clair, voici ces trois chronologies, suivant les trois textes, en marquant dans la première colonne de chacun, l'âge qu avait le patriarche quand il engendra, et dans la seconde, letemsqu'ila vécu après avoir engendré.
Hébreu.
Adam. • • • i3o 800*
Seth. < io5 807
£nos 90 Mi S
Caïnan .••••••»; 70 840
Malaléel 65 83o
Jared. . ....... 162 800
Hènoch. ....... 65 3oo
Mathusala. 187 78a
Lamech . ...... 18a SojS
Noé . . . . 5oo 45o
Somme . • • i556
Samaritain.
Àdam. . . . . . . • • i3o 8od
Seth . . . io5 807
£nos 90 8i5
Caïnan . • . • 70 840
Malaléel. ; 65 83o
Jared. • 6a 785
Henoch 65 3oo
Mathusala. 67 653
Lamech. . • 53 600
Noé • . 5oo 45o
Somme . • . 1207 4
Çrcç des LXX.
Adam. . ♦ * ^3o je-a
Setb. •»»••••• lo5 707
Enos J90 71S
Caïaan, 170 74a
Malaleel ...♦•«. iC ô 7 3a
Jared . . • ♦ p . • » 16a 600
Henoch. 1 65 aoo g$î<
Mathusala. 187 782 p
Lamech 188 66S'iia*.
JXoé. 5oo 45u
Somme* • # dit? 2
Noé étant entré dans l'arche à l'âge de six cents ans, 0 pç faut qu'ajouter cent ans à chacune des trois sommes cidessus , pour avoir l'année du monde où commença le déluge , selon chacun de ces trois texte* ; et cette année est l'an i656, selon l'hébreu ; i3q7 , selqn le samaritain; ef 2262, selon le te*|e grec dçs tXX,, comme nçus l'avons dit ailleurs. r V»C* ^â«
Et comme le déluge commença le dix-septième jour du second mois de Tan (300 Je (a yie. de Noé ( Gçn« Vil, v. 11), et qu'il fiait le vingt-seplieme. jour 4u seçopd mais de 1 an 601 de Noé, jour auquel il sortit de l'arche (fl>id. VIII, v. 14, iS, 16) , où il avait demeuré un *n ej dix jçurs, selon l'hébreu tt notre VuJgate, <|pt le, fpnt entrer dès le diiseptièm» jour du second mois de la 600e. année de sa vie, comme nous avons dit ; au lieu qu'il n'y a demeuré qu'une année juste , suivant le texte greç , qui ne l'y fait entrer
3ue le vingt -septième jour (et non pas le dix-septième) u secono) mpis de sa 6qo% anqée. }lajs quoiqu'il en soit de ces deux différentes leçpnç, toujours est-il pien certain que le déluge a commençé lç secôn^ mois de l'an 600 de Noé et fini au secpno) mojs de sa tjq^f. année Les trois textes s'accqrdent sur ce point, et ne giflèrent que sur l'année du mq^e à laquelle il faut rapporter le déluge; et commis , selon l'hébreu, que nous suivons avec notre Vulgate , l'année Çpo de Noé , concourt a*et5 Tan t656 de la création; c'est à cette njême année que ppus plaçons le déluge , et que npus. faisons, fyiif le premier âge tju monde, c'est-à-dire, au second mois de l'an i656.
P. S. En Usant ee que M» de h Molette a écrit sur U
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chronologie des deux premiers âges du monde ^ noiis avbnS Vu qu'il rapportait la naissance d'Abraham à l'an 391 du déluge. Ce qu'il y a de singulier, c'est que pour autoriser cette date, il dit ( tom. 2 , pag. 206) : « Nou$ avons montré » que le déluge a fini, selon l'hébreu, l'an du monde 1657.
* Retranchons, continuc-t-il, ce nombre i657 de io,4&\ qnl » est Tan du monde où Abraham est né, selon le même texte; » il nous restera après cette opération 391 , ce qui exprime la » vraie différence des deux nombres , et ce qui nous donne eii
* même tems l'année précise du déluge qu'est né le père des » croyants. »
Vodà ce qu'il dit : Mais, i6. il est clair que retranchant 1657 de 194$, il ne reste que 291 et non pas 3g i , et il ne parait pas que ce soit ici une faute d'impression , puisque dans la! même page 4 et seulement quatre lignes plus bas, l'auteur répète encore que « la naissance d'Abraham , selon l'hébreu , 3» concourt avec l'an du déluge 3qi. » Ou si l'on veut que ce Soit une faute d'impression * il faut convenir qu'il est assez surprenant que la même faute se trouvant deux fois dans un si petit espace, et en chiffres très— lisibles , on ne s'en soit pas aperçu, et qu'on ne l'ait pas corrigée au moins dans i'errata , où cette faute n'est point marquée.
Mais, 20. quand même on corrigerait cette faute, et qu'ait lieu de 391 , on lirait 291 , l'auteur ne serait pas encore \ fondé à dire, comme il fait, que c'est là , selon l'hébreu , la1 Véritable année de la naissance d'Abraham, puisque depuis celle d'Arphaxad, jusqu'à la soixante-dixième de Tharé, on à d'abord deux cent quatre-vingt-dix ans suivant la table chronologique de l'auteur même , à quoi ajoutant les deux ans écoulés depuis le déluge jusqu'à la naissance d'Arphaxad que Sem engendra la centième année de son âge , et bienniù post-diluvium. ( Gen. XI, v\ 10. ) Cela fait 292 ans , et non pas seulement 29 t.
Ainsi nous accordons bien à l'auteur qu'Abraham est né l'an du monde 1948; mais nous nions, i°. que retranchant 16^7 de 2948, il reste 391, et quand au lieu de 391 , on remettrait 291, comme la justesse du calcul l'exige, nous nierions encore que cette date, pour la naissance d'Abraham depuis le déluge 4 fut la véritable. Et cela , par la raison que le déluge étant arrivé Tan i656 de la création ; si on y ajoute les 291 de Fauteur, cela ne ferait que 1947, au lieu qu'il reconnaît * et nous le reconnaîtrons avec lui , que suivant l« I; 4°
texte hébreu, la naissance d'Abraham concourt avec l'an dtf inonde 1948 , qui est l'an 292, et non pas 291 , et encore moins 3^1 du déluge.
Et quand il y aurait quelque changement h faire à cette date de 29a , ce ne serait sûrement pas en la diminuant d'une année quil devrait se faire, mais plutôt en l'augmentant d'une année, et comptant 293, au lieu de 292, parce que Técriture nous disant que Sem engendra Arphaxad deux ans après le déluge , on pourrait prétendre que pela signifie deux ans pleins et entiers après la fin du déluge* Et comme il ne finit qu'en 16S7 de la création, on pourrait conclure de là,
3u'Arphaxad naquit en 1649 ^u monde, puisqu'il fut engenré deux ans après le déluge , hiennio post-àiluvium. Ajoutant donc à 1659, les 290 qu'il y a depuis la naissance d'Arphaxad, jusqu'à la soixante-dixième de Tharé , on a Tan du monde 1949 , d'oùôtant les i656 que l'on comptait au tems du déluge , il resterait 293 pour l'année de la naissance d'Abraham depuis le déluge , suivant le texte hébreu.
Mais rien n'oblige à mettre la naissance d' A rphaxad à l'an 1659 de la création, parce que le déluge ayant fini, selon le» texte hébreu, au second mois de 1657, il suffi! qu'Arphaxad soit né à la fin de i658, pour pouvoir dire avec vérité
3u'il est né deux ans après le déluge , surtout dans le langage e l'écriture* suivant lequel une chose est souvent dite être arrivée après deux jours, ou deux années ( ou tout autre nombre) quoiqu'elle soit arrivée ou le second jour, ou la seconde année, comme quand Jésus-Christ dit, au rapport des Juifs, post ires dies resurgam. (Math. 27 , v*. 63.) Ou bien ; oportet fiHum hominis.... Occidi , et post très dies resurgere. (Marc. 8, v'* 3i.) Cela ne signifie pas qu'il ne soit ressuscité qu'après trois jours pleins et entiers ; mais qu'il devait ressusciter le troisième jour depuis sa mort. De même, quand l'écriture dit que Sera engendra Arphaxad deux ans après le déluge , on est fondé a croire que cela signifie simplement qu'il l'engendra la seconde année du déluge*
Il reste donc cju' Arphaxad naquit l'an ib58 de la création, et comme de là jusqu à la soixante-dixième de Tharé , il y s 290 ans , et 292 depuis le déluge ; c'est donc à cette dernière année que, suivant lê sens le plus littéral de récriture, nous mettons la naissance d'Abraham, puisqu'elle dit , que Tharé
Aran ; ce qui paraît dire , assez clairement, qu'il était l'aîné
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de ses deux frères; d'autant plus que ceux qui lui ôtent le droit d'aînesse , et le font naître soixante ans plus tard , ne se fondent que sur ce qu'il est dit (Oen. XI, v*. 32), que Tharé vécut deux cent cina ans, ce qui nous paraît être une faute réelle dans le texte hébreu; soit parce que le samaritain ne donne à Tharé que cent soixante-quinze ans de vie, soit pour les autres raisons que nous avons données dans notre petite dissertation sur la chronologie des deux premiers âges du monde.
Ainsi, pour ce qui est de la naissance d'Abraham, nous nous en tenons à ce <jue nous avons dit; savoir, qu'il est né l'an 1948 de la création, et 292 du déluge, suivant le texte hébreu.
Au reste , si nous avons relevé la faute qui se trouve dans cet endroit de la chronologie de M. du Content de la Molette, de quelque façon quelle s'y soit glissée, ce n'est sûrement pas dans un esprit de censure et de critique ; mais seulement pour prévenir l'erreur où pourrait tomber un lecteur peu attentif, ten lisant cet endroit d'un livre qui est entre les mains de tout le monde , ou qui du moins mérite bien d'y être , et qui ne nous a pas peu servi dans ce que nous avons écrit sur cette même matière.
Remarque sur un endroit du Mercure de France , ppur le mots
d'août 1775, pag. 68.
Texte. « Je pense que quand les sept vaches maigres » eurent dévoré les sept vaches grasses, et que l'Egypte » éprouva la disette, si Pharaon, ou le Pharaon, avait eu » le sens commun, il aurait permis à son peuple d'aller ache- » ter du blé à Babylone et à Damas; et s'il avait eu un cœur, » il aurait ouvert ses greniers gratis, sauf à se faire rembour- » ser au bout de sept ans , que devait durer la famine. Mais » forcer ses sujets à lui vendre leurs terres , leurs bestiaux , » leurs marmites, leur liberté, leurs personnes, me paraît » l'action la plus folle, la plus impraticable , la plus tyran* » nique ».
Remarques. On fait ici deux reproches à Pharaon , ou plutôt à son ministre; le premier, de n'avoir pas eu le sens commun ; le second , de n'avoir pas eu un cœur.
Nous examinerons dans la suite le second de ces reproches ; mais comment douter que le premier ne soit bien
5?6 REM\RQVE$
fonde, après la preuve invincible qu'en donne l'auteur de l'apologue. «Si Pharaon, dit - il , ou le Pharaon (c'est » Joseph qu'on n'a pas osé nommer) , avait eu le sens corn* » mun , il aurait permis à son peuple d'aller acheter du blé » à Babylone et à Damas ».
Mais, i°. où l'auteur a-t-il trouvé qu'il n'ait pas été permis aux Egyptiens d'aller se pourvoir de blé par tout où ils en pourraient trouver?
a0. Où a-t-il pris encore, qu'à Babylone et à Damas oq n'éprouva pas la même famine, ou que l'abondance y fut si grande en ces années-là, que leurs greniers pourraient fournir mâme aux étrangers ?
Jusqu'à ce que le faiseur d'apologues nous ait produit l'arrêt de défense, ou quelqu'acte équivalent sur le premier jle ces deux articles» et quelque titre un peu valable sur le second , il ne doit pas trouver mauvais qu'on ne l'en croie pas sur sa simple parole.
Le second reproche est encore plus grave que le premier] mais est-il mieux fondé ?
En parlant de Pharaon ou du Pharaon, le critique ajoute . tout de suite : « S'il avait eu un cœur , il aurait ouvert ses greniers gratis »
Ce petit mot de gratis vient au secours du censeur , qui, sans cela, aurait été un peu emharassé, car les greniers furent ouverts aussitôt que le besoin se fit sentir.
Mais pourquoi les ouvrir gratis , dès qu'on était en état de payer, comme on le fut au moins pendant les cinq premières années de la famine ? On voit bien que l'auteur n'y met rien du sien, et il est aisé , comme on dit communément , d'être libéral du bien d'autrui. Mais comme il a bien senti que ce gratis était un peu trop sec , il ajoute : « .sauf à se faire rembourser au bout de sept ans, etc. »v sauf donc aussi à Pharaon, pendant tout ce teins- là, de soutenir la dignité royale, payer ses officiers, ses soldats, et faire toute autre dépense nécessaire sans rien tirer de ses sujets. Cela n'cst-il pas bien aisé à un roi ?
« Mais , continue le censeur, forcer ses sujets à lui vendre » leurs terres, leurs bestiaux, leurs marmites, leur liberté, >» leurs personnes , me paraît l'action la plus folle , la plus » impraticable (elle a pourtant été pratiquée), la plus tyv ra unique ».
JMe nous laissons pas éblouir par une vaine déclamation;
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et d'abord, est-ce donc la même chose Je dire qu'un roi a forcé ses sujets à lui vendre ses terres , etc. , ou que ses sujets, par le malheur et la circonstance des tems, ont été forcés de vendre leurs terres au roi ? On sent la différence qu'il y a entre ces deux façons de s'énoncer; mais il fallait bien rendre odieux Pharaon, ou son ministre, et plutôt tous les deux, de même qu'il a fallu le mot de marmites , dont il ne fut jamais question, pour égayer un peu le discours aux dépens de qui il appartient.
De plus, dans le texte rapporté plus haut, on confond mal-à- propos des choses qui ont besoin d'être distinguées; car la vente des terres ne fut pas faite la même année que l'échange des bestiaux. Ce fut Joseph qui, la sixième année de la famine, proposa cet échange aux Egyptiens, qui Pacceptèrent volontiers ; et on peut bien avoir un cœur , et proposer de prendre en paiement du bétail pour de Pargmt, surtout de la part d'un ministre sage et éclairé, qu'on ne peut soupçonner d'agir pour une autre fin que pour le bien du roi et de ses sujets.
Pour ce qui est de la vente des terres et des personnes 9 ce furent les Egyptiens eux-mêmes qui en firent la proposition à Joseph , la dernière anuée de la famine; et cette proposition fut bien modifiée et adoucie dans la suite, puisqu'au lieu des terres et des personnes que Joseph avait acquises à son maître , on ne retint que le cinquième du produit des terres, et qu'ils possédaient le reste en toute propriété, et les cultivaient pour leur propre compte. Ainsi, la vente des terres, des personnes et de la liberté, qu'on fait sonner si haut , se réduit à la redevance annuelle de ce cinquième de leurs fruits : en voici la preuve.
Après cela , dit le texte sacré ( Génès. chap. XLvïI, v*. a3 et suiv. ) Joseph dit au peuple : « vous voyez que vous êtes » a Pharaon, vous et toutes vos terres. Je m'en vais donc • vous donner de quoi semer , et vous sèmerez vos champs , » afin que vous puissiez recueillir des grains. Vous en don— » nerez la cinquième partie au roi , et je vous abandonne les i» quatre autres pour semer les terres et nourrir vos familles » et vos enfants. Ils lui repondirent : notre salut est entra » vos mains. Regardez-nous seulement d'un œil favorable , » et nous servirons le roi avec joie. »
Est-ce donc là un peuple aussi dépouillé de ses terres et de sa liberté personnelle, (juon veut le faire entendre? Du
3l8 REMARQUES CHRONOLOGIQUES,
moins la reconnaissance que témoignent les Egyptiens de la grâce qu'on leur accorde , et la promesse qu'ils font de servir leur roi avec joie , ne s'accorde guères avec ridée que M. *** veut donner de l'action de Joseph , qui n'a fait qu assujétir plus particulièrement les sujets à leur prince , et assurer un revenu fixe au trône : on ne peut que plaindre ceux à qui cette action paraît la plus folle f la plus impraticable et la plus iymnigue. Et on avoue franchement qu'on aimerait beaucoup mieux avoir le cœur et le sens commun du Pharaon , que de celui*qui trouve qu'il a manqué de l'un et l'autre.