‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monuments, avant l'ere chretienne (volume 2)Chapitre 69 sur 93 · DEPUIS LA CRÉATION JUSQU'AU DÉLUGE INCLUSIYEMEÎÎT · texte numérisé non relu

DEPUIS LA CRÉATION JUSQU'AU DÉLUGE INCLUSIYEMEÎÎT

( Année avant Jésus-Christ 49^3. )

A.U commencement, Dieu créa le ciel et la terre (i). V Ecriture 9 par ce peu de paroles , donne la solution du lien de* plus difficiles problêmes qui aient exercé la sagacité des phi* losophes. La matière a-t-elle été tirée du néant , existe- t-eile

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(i) Les opinions ont beaucoup varié sur la figure de la terre. Il y a eu des philosophes et des pères de l'église qui ont prétendu quo la terre n'était qu'une superficie plate , d'une étendue immense * dont le dessous n'était point habité. Les moindres notions astronomiques suffisent pour dévoiler l'absurdité de cette opinion, qu'on attribue a Héraclite , et qui a été soutenue par Lactance et saint Augustin. Anaximandre 9 dit-on, crut la terre de figure cylindrique, c'est-à-dire semblable à une colonne ronde. Leucippe voulait qu'elle eût la forme d'un tambour. Démocri te la prétendait plate et creuse, dans le milieu, comme un bassin. La figure sphérique, et parfaitement ronde, est celle qu'on lui attribue le plus communément depuis la découverte du Nouveau-Monde. Il n'en est pas, en effet , qui s'accorde mieux avec la plupart des phénomènes céle*tes et avec l'expérience du plus grand nombre des voyageurs.

La détermination de son circuit a donné de l'exercice à beaucoup

3ûO ABRÈGE CHRONOLOGIQtJÉ

de toute éternité? Question dont l'obscurité ne peut être* dissipée que par la lumière de la révélation (r). Mais en créant le monde , Dieu ne lui donna pas d'abord sa perfection. Les élémens confondus à leur naissance ne formaient qu'un affreux chaos.

La terre nue et informe en sortant des mains du Créateur était plongée dans les eaux agitées par un vent impétueux $ que la vulgate appelle le souffle de Dieu pour marquer sa véhémence. Les choses restèrent en cet état l'espace de douze heures, après quoi Dieu créa la lumière , aûn de séparer lé

de savants , tant anciens que modernes. Les uns, par des observa-2 tions astronomiques, les autres, par des opérations géométriques, se sont efforcés d'arriver au même terme. Mais ces différents moyens n'ont pas produit le même résultat. Celui sur lequel on fait le plus de fonds aujourd'hui , donne, à la circonférence d'un grand cercle de la terre, 9.000 lieues, de a, ado toises environ chacune. En conséquence de la figure sphérique attribuée à la terre * on la nomme globe terrestre. Il y a cependant lieu de douter si elle forme un globe parfait. 11 résulte, même des opérations de messieurs de l'académie, qu'elle est plutôt un sphéroïde applati parles pôles. Maison n'estime pas que la différence qu'ils donnent soit assez grande pour rien changer au système de géographie. ( Note du manuscrit. )

La distance de l'équateur au pôle boréal est évaluée maintenant (1819) à 5, i3o,74o toises, ou 1000 myriamètres. La terre est un sphéroïde aplati aux pôles. L'axe de ce sphéroïde et le diamètre dé 1 équateur sont dans le rapport de 3o5 à S06. ( Note des Editeurs.)

(1) « Quand dans le silence des préjuges, dit un philosophe mo- » derne, je compare lesdifférentssystèmesde religion , qui partagent' » le monde, je trouve que celui de la révélation est le plus simple et

* le plus raisonnable, et qu'il ne lui manque, pour réunir fous les » suffrages, que d'avoir été proposé Je dernier. Je suppose, td » effet, qu'aujourd'hui que nos prétendus philosophes ont épuisé

* leurs bicarrés systèmes de forces, de chances, de fatalité, de né- » cessité 9 d'atômes, de monde animé, de matière vivante, enfin » de matérialisme de toute espèce; s'il s'en élevait un parmi nous; » qui , se proposant d'éclairer le monde, annonçât l'être des êtres;

* le dispensateur de toutes choses, et qui s'écri&t aux hommes : Dieu » d/t, et tout fut fait. Quelle universelle admiration n'exciterait^ » il pas , et avec quel applaudissement unanime n'accueillerait-oif » pas un système si grand , si consolant, si sublime, si propre à

* élever l'âme ef à donner une bâse à la vertu, uli système si frap-

* pant, si lumineux, si simple; un système offrant moins de choses"

* incompréhensibles à l'esprit humain qu'où n'en donne d'absuid«?

* daus les autre* ! »

DE L}HI$TOIRE SAINTE, 3a I

jour de la nuit (1). Tel fut l'ouvrage du premier jour, qui fut de vingt-quatre heures comme les suivants. Car de supposer que les ténèbres qui précédèrent la création de la lumière eurent une durée indéfinie, c'est se jouer de l'Ecriture, et prêter à Moïse un langage trompeur, en lui faisant prendre dans un sens évidemment forcé ce jour qu'il dk composé ue soir et de matin : Factumque est vesper et mane àics tutus ( id est primus ).

Le deuxième jour , Dieu fit au milieu des eaux une étendue (rhakia en hébreu, qui veut dire expatisum ou exteiisum ) our séparer les eaux d'en haut des eaux d'en bas ; par où on entend ,. suivant l'interprétation la plus vraisemblable, qu'il dégagea l'air des particules terrestres dont il était rempli , et le rendit capable de soutenir les nuées et les vapeurs aqueuses qui formèrent les eaux supérieures.

Le troisième jour , Dieu fit sortir la terre du milieu des eaux , qu'il rassembla dans un grand réservoir nommé la

(1) Que Dieu ait créé la lumière avant le soleil et les étoiles, cela n'a rien de contraire, suivant plusieurs philosophes modernes, à la saine physique. Il existe encore actuellement une lumière, disent-ils, qui semble faire le tour du ciel en forme de ceinture , et qui n'émane , suivant toutes les apparences, d aucun astre. C'est la voie lactée. M. Cassini et d'autres habiles astronomes, ont à la vérité cru que c'était un amas d'étoiles que leur petitesse, jointe à leur grand éloignement de la terre, ne permettait pas de distinguer. Mais le célèbre abbé de la Caille assure, qu'avec quelque attention qu'il ait considéré cette lumière, à l'aide d'une lunette d'aprochede quatorze pieds, il n'y a jamais pu découvrir aucune étoile. ( Mcm. deVAcad. dei Se. de Paris , an 17 55, p. 195.) M. l'abbé Mann conjecture, d'après M. HalLey, l'un des plus grands astronomes qu'il y ait eu, que cette voie n'est autre chose qu un grand amas d'une lumière primordiale, ou un assemblage d'un fluide électrique en bien plus grande quantité qu'ailleurs. C est la même matière , dit-il , dont ont été formés le soleil et les étoiles, et l'on pourrait dire que la matière de la voie lactée est comme l'excédent de celle qui fut employée pour la formation des astres. Mais cette opinion parait détruite par la découverte que M. Herschell prétend avoir nouvellement faite d'un grand nombre d'étoiles très-distinctes dans la voie lactée, à l'aide d'un télescope de vin^t-quatre pieds. Il ne s'en suit pas, néanmoins, de là que toute lumière émaue des astres, puisque sans leur influence il existe réellement dans l'univers une matière électrique, dont les parties assemblées peuvent produire une lumière capable d'éclairer la terre ; et c'est ainsi que nous concevons la création de la lumière avant la création des astres./

mer. Ensuite il créa les herbes , les plantes et les arbres avec les fruits et les semences propres à leurs différentes espèces.

Le quatrième jour, Dieu créa le soleil , la lune et tous les autres astres , parmi lesquels sont comprises les planètes qui, bien qu'opaques par elles-mêmes, comme la terre, qui est de leur nombre , sont néanmoins lumineuses par la lumière du soleil, qu'elles réfléchissent. C'est en ce sens que Moïse appelle la lune , comparée au soleil, le moindre luminaire, parce qu'elle renvoyé sur la terre la lumière qu'elle reçoit de cet a*tre.

Le cinquième jour, Dieu créa les poissons et tous les animaux qui vivent dans l'eau. H créa aussi les oiseaux du même limon dont il avait formé les poissons.

Le sixième jour il fit les animaux, tant ceux qui marchent que ceux qui rampent sur la terre. Ensuite il dit , faisons l'homme à noire image et à notre ressemblance, et qu 'il domine sur les poissons de la mer , sur les oiseaux du ciel, sur les bêtes, sur les reptiles et sur toute la terre. Dieu donc forma l'homme de la poussière de la terre ; il répandit sur son visage un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant et animé. Il fut créé pur et sans tache dans le corps et dans l'âme, sans cette pente vers le mal, qu'on appelle concupiscence, et sans aucun empêchement pour le bien , soit du côté de l'entendement, soit du côté de la volonté, comme il convenait à une créature sortie immédiatement des mains de la divinité. Adam fut le nom que le seigneur lui imposa. Ce nom veut dire en hébreu terre rouge , pour marquer à l'homme qu'il avait été tiré de la terre.

Adam fut placé dans Eden, ou dans le paradis terrestre, situé dans la terre de Chus, nommée aujourd'hui le Chusistan, à laquelle on donne aussi le nom d'Ethiopie orientale pour la distinguer de l'Ethiopie méridionale, voisine de l'Egypte. C'était un jardin délicieux planté de toutes sortes d'arbres excellents, et arrosé d'un fleuve, qui se divisait en quatre canaux. Parmi ces arbres , les deux plus remarquables et uniques, chacun dans son espèce, étaient l'arbre de vie, dont les fruits devaient servir à conserver a l'homme la vie , la santé, la vigueur; et l'arbre de la science (expérimentale) du bien et du mal. Dieu défendit à l'homme de manger du fruit de ce dernier, le menaçant de la mort , s'il violait cette défense.

Adam avait reçu de Dieu même avec l'intelligence et la vie le don de la parole, c'est-à-dire, non- seulement la

de l'histoire saikte; 323

faculté d'articuler des sons , mais aussi le langage dont il se servit pour exprimer ses pensées , et les communiquer aux autres. Car ceux qui pensent que les langues, même la primitive, sont absolument d'institution humaine, et qu'elles doivent leur origine à certaines conventions arbitraires que les hommes ont faites de donner certains noms aux choses, n'ont jamais considéré avec attention ce qu'ils avancent. En effet , il faut déjà parler et être entendu pour convenir de quelques points arbitraires. Il faut que le son formé par un nomme soit joint dans l'esprit d'un autre à certaine idée; il faut en un mot que le commerce soit établi par la parole y pour attribuer des significations nouvelles à des mots nouveaux. Sins cela les nommes seraient, tous muets les uns à l'égard des autres, et n'auraient de communs que les cris généraux qui marquent les passions et les mouvements violents , et non les expressions qui servent à unir les hommes par un commerce réciproque de pensées. L'expérience doit nous convaincre de cette vérité. 11 suffit d'être né sourd pour être muet toute sa vie , et plusieurs sourds de naissance n'établiront jamais un autre langage que celui des gestes et des signes pour se faire entendre. Ce fut donc un bienfait particulier que la parole, dont le premier homme et ses descendants devaient à Dieu une reconnaissance particulière. (Duguet.) (i ).

Le premier usage , à ce qu'il paraît , qu'Adam fit de ce don , fut à l'égard des bêtes. Dieu les lui amena toutes, afm que comme leur maître , il leur imposât des noms ; et le nom, dit l'écriture, qu'il donna à chacune d'elles , est celui quelle porte encore aujourd'hui. Tel est le sens de la Vulgate; et s'il était conforme à l'original (chose dont on dispute), il n'y aurait nul doute que la langue primitive ne fut l'hébreu* Au reste , dans le nombre de ces bêtes que Dieu fit comparaître devant Adam , il ne paraît pas qu'on doive mettre les poissons , mais seulement les animaux terrestres.

(i) Jean-Jacques Rousseau, après avoir balance les sentiments divers sur l'origine des langues, finit par dire qu'il est porte' à les regarder comme un présent de la Divinité. La chose est certaine par l'autorité de l'Ecriture Sainte, à laquelle ce philosophe ne croyait pas. D'autres, néanmoins, qui font profession d'y croire, s'épuisent en raisonnements pour montrer que toutes les langues, même la primitive, sont d'institution humaine, sans s'embarrasser de ta contradiction qui se trouve entre leur assertion et le récit de Moïse.

3*4 ABRÉGÉ CHROKOLÔCIQUE

Il manquait à l'homme une compagne pour l'entretenir et coopérer avec lui a U propagation de son espèce. Dieu lui envoya donc un profond sommeil pendant lequel il tira une de ses côtes dont il forma la femme. Adam à son réveil la nomma Eve , parce qu'elle devait être , comme le porte son nom , la mère de tous les vivants , ainsi se termina le sixième jour.

Dieu se reposa (c'est-à-dire, cessa d'agir) le septième jour qu'il bénit et sa ne ti 6a (i). C'est pour cette raison que ce jour fut appelé sabat % et qu'il a toujours été sanctifié à la fin de chaque semaine par le peuple de Dieu , jusqu'à ce qu'à ce que l'église chrétienne lui ait substitué le dimanche ou premier jour de la semaine, en mémoire de la résurrection du Sauveur. Mais on demande en quelle saison Dieu créa-t-il le monde ? Est-ce au printems ? Est-ce en automne ? Car les chronologistes sont partagés entre ces deux saisons. H nous paraît certain que ce fut dans la dernière , puisque tous les fruits étaient alors en maturité.

Avant la formation de l'homme., pieu avait créé des sub~ stances purement spirituelles ; ce sont les anges. Mais une partie de ces intelligences s'étant révoltée contre le créateur lut précipitée dans les enfers. Le démon ( c'est le nom commun aux mauvais anges ) , ne vit pas sans jalousie le bonheur de l'homme. Pour l'en faire décheoir, il se déguise sous la forme du serpent, et par ses discours séduisants, il engage Ëve à manger du fruit défendu. Adam à qui elle •en présente ensuite , par une lâche complaisance , imite sa ^prévarication ; leurs yeux s'ouvrent à l'instant ; ils reconnaissent, par la révolte de leurs sens, qu'ils sont nuds , ils en rougissent , et leur premier soin est d'entrelacer des feuilles de figuier ( 2. ) pour se couvrir. Dieu se promenant après

(1) Dire, avec des philosophes modernes, que les jours que Dieu employa pour la création, ne doivent pas s'entendre de jours naturels, mais signifient des milliers d'années qu'on ne peut déterminer, c'est se jouer de TEcriture-Sainte et prêter à Moïse un langage inintelligible dans un récit qu'il fait pour l'instruction du peuple. Ne vaudrait— il pas mieux , en effet, qu'il eût supprimé l'histoire de 'la création du monde, que de réduire à un nombre de six jours» composés chacun du soir et du matin , l'espace de tems où elle se fit, si» dans le vrai, soixante-dix milliers d'années suffisent à peine, comme on le suppose , pour cette opération ?

(a) Peut-ètce jie bananier, espèce de figuier qui n'a point de

DE l'histoire SAINTE. 325

raidi, sous une figure sensible, dans le paradis terrestre, appelle Adam; il se cache, et forcé de répondre, il veut excuser sa faute en la rejetant sur sa femme. Celle-ci à son, tour accuse le serpent de l'avoir séduite. Dieu maudit le serpent , le condamne à ramper sur son ventre et à manger de la terre tous les jours de sa vie, lui déclare qu'il mettra des inimitiés entre lui et la femme , entre la postérité de l'un et celle de l'autre, et lui prédit que le fils de la femme, dont il tâchera de mordre le talon , lui écrasera la tête. Tout ce langage est figuré, et ne peut se prendre à la lettre. Il n'y a point d'interprète qui dans la prédiction ne reconnaisse une prophétie des plus expresses et des plus claires de la venue du Messie , libérateur du genre humain. Mais comme la malice du démon n'excuse pas ceux qu'il a séduits , Dieu condamna aussi l'homme et la femme avec leur postérité , qu'ils rendirent coupable comme eux (i), à mener sur la terre une vie misérable, qu'une mort inévitable devait terminer, après quoi il les chassa du paradis. Lors qu'ils furent sortis de ce lieu de délices, le seigneur mit, pour en garder l'entrée un chérubin, armé d'un glaive étincelant, comme la flamme, afin que ni Adam ni aucun homme n'y put rentrer dans la suite.

H y a beaucoup d'apparence que ce délicieux séjour une fois abandonné devint bientôt semblable aux pays qui l'environnaient et qu'il se ressentit de la malédiction dont Dieu frappa la terre , à cause de la désobéissance d'Adam.

4962. Naissance de CaVn. Eve lui donna ce nom en le mettant au monde , et dit : J'ai possédé un homme par la grâce du Seigneur,

4961. Naissance d'Abel. Ce mot est prophétique, et veut dire affliction. Abel se fait pasteur de brebis ; Caûi s'adonne

branches, et dont les feuilles, descendant de la cime , ont une longueur de quatre à cinq pieds sur une largeur proportionnée.

(1) C'est ce qu'on appelle le pèche' originel, que tout homme apporte en naissant, et qui est la source de toutes les misères auxquelles il est sujet. « Mystère le plus incompréhensible de tous, et » sans lequel , cependant , nous sommes incompréhensibles à nous— » mêmes. Le nœud de notre condition prend ses détours et ses plis » dans cet abîme, de sorte que l'homme est plus inconcevable sans » ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homme. » ( Pensées de Pascal. )

5^6 ABKÉGÉ CHBOSOt.OGIQUE

à l'agriculture. Ils offrent l'un et l'autre des sacrifices atf Seigneur. Caïn lui présente des fruits de la terre, et A bel les premiers nés de son troupeau avec leur graisse. Dieu rejet te les sacrifices de Caïn à cause de ses mauvaises disposions; mais il accepte ceux d'Abel, parce qu'ils étaient offerts par la foi du Messie à venir. (Voilà donc les sacrifices, et par conséquent le culte extérieur établi dès le commencement du monde, non par une invention humaine, mais par la révélation divine. Car c'était à Dieu à manifester aux nommes la manière dont il voulait être extérieurement honoré; la raison par elle-même est insuffisante, comme chacun le sent en soi , pour faire ce discernement. Il est même vraisemblable que Dieu marqua dps-lors les espèces d'animaux qu'il voulait lui être immolés ; et de là, la distinction des animaux purs, et des animaux impurs. Dieu fit enfin connaître aux hommes , que ces sacrifices incapables par eux-mêmes de l'honorer et de l'apaiser, n'étaient que les types et les figures de la véritable victime, qui dans la suite, devait lui être offerte pour les péchés de tout le monde). Furieux de la préférence que Dieu acccordait à son frère, Caïn emmena Abel dans la campagne et le tua. Ainsi finit , à l'âge de cent vingt-huit ans , 1 an 4#33 (i) , ce premier juste , par où l'on vit dès-lors qu'on ne l'est pas impunément, et qu'en voulant vivre dans la niété, il faut s'attendre à la persécution. La voix du sang a Abel s'élève jusqu'au ciel , et demande vengeance à grands cris. Dieu reproche à Caïn l'énonnité de son crime , le maudit , et le condamne à mener une vie errante et vagabonde. Caïn dit au Seigneur (suivant l'hébreu), que la peine qu'il lui impose est au-dessus de ses forces, qu'il ne pourra la supporter, et qu'il s'attend à être mis à mort par le premier qui le rencontrera. Dieu le rassure contre cette crainte, en lui imprimant un signe effrayant , pour empêcher les hommes d'attenter à sa vie, ou plutôt en faisant devant lui un miracle, pour lui persuader que ses jours sont en sûreté. (Hébreu.) 1 aïn se retire à l'orient d'Ederç.

(i) L'an ia8du monde, suivant le calcul de Whiston, dans sa Théorie de la Terre, et les auteurs de l'Histoire universelle, le nombre des hommes devait monter à quatre mille. Stackhouse le porte jusqu'à cent mille. La première supputation est beaucoup plus vraisemblable que la seconde.

DE l'histoire sainte; 3:>7

4334. Naissance de Scth ( ce nom veut dire substitué. ) Adam son père le reçut comme un présent du ciel, prévoyant qu'il remplacerait, par sa piété, le religieux Abel (1). Adam, à la naissance de Seth, élait âgé de cent trente ans.

4729. Naissance d' Enos, fils de Seth et héritier de sa vertu , son père étant âgé de cent cinq ans. L'Ecriture dit que ce fut lui qui commença d'invoquer le nom du Seigneur , c'est-à-dire, à lui rendre un culte public, accompagné de certaines cérémonies. Le nom d'enfant de Dieu fut donné de son tems à la famille de Seth , pour la distinguer de la postérité de Gain, et des autres habitants de la terre, qui lurent appelés les enfants des hommes. Les premiers persévérèrent dans la piété, tant qu'ils ne se mêlèrent point avec les seconds, et ces deux races formèrent, l'une la cité de Dieu , et l'autre la cité du Démon.

463g. Naissance de Caïnan , fils d'Enos , âgé pour lors de quatre-vingt-dix ans.

4569. Naissance de Malaléel , fils de Caïnan , âgé de soixante et dix ans.

4^o4« Naissance de Jared , fils de Malaléel , âgé de soixante-cinq ans,

4342. Naissance d'Henoch , fils de Jared , âgé de cent soixante-deux ans. L'Ecriture dit de lui qu'il marcha en la présence du Seigneur, et lui fut agréable par sa foi. Après avoir été trois cent soixante-cinq ans sur la terre , Dieu l'enleva ( l'an 3978 avant Jésus-Christ) en l'exemptant de la mort , et il ne parut plus, ayant été transféré dans un lieu inconnu, d'où il doit revenir vers la fin des siècles, pour s'opposer à l'Antéchrist, et faire rentrer les nations dans la voie de la pénitence et de la justice.

4277. Naissance de Mathusala 7 fils d'Henoch , âgé d* soixante-cinq ans.

(1) L'Ecriture ne spécifie point d autres enfants d'Adam que les trois fils /qu'on vient de nommer, sans faire mention d'aucune fille née de lui ; mais elle nous apprend , en général, qu'après avoir engendré Seth. il eut des fils et des filles : Gcauityue filios et fil/as. ( Genès. Y, w. 11. )

4090. Naissance de Lamech, iils de Malhusala, étant âgé de cent quatre-vingt-sept ans.

3908. Naissance de Noé , fils de Lamech, Tan 182 de l'âge de son père. Son nom signifie repos ou soulagenunf. Lamech, en effet , dit en le voyant naître : Cet enfant nous consolera des travaux- que nous souffrons à cause de la malédiction dont Dieu a frappé la terre.

Après avoir donné la suite des descendants de Set h , il est à propos d'y joindre celle des descendants de Caïn; l'Ecriture ne touche que fort rapidement ceux-ci, sans marquer ni le tems de leur naissance , ni celui de leur mort.

Caïn fut père d'Henoch, dont il donna le nom à une ville qu'il bâtit après la naissance de ce fils, dans un lieu que l'historien Josephe appèle Nais; preuve que le genre humain était déjà fort multiplié dès-lors; preuve en môme tems que Caïn ne mena pas une vie errante jusqu'à la (in de ses jours. Quelques-uns lui attribuent l'invention de l'arc; il est certain que cette arme est la plus ancienne de toutes. L'usage en a été connu de toutes les nations policées, et tous les peuples sauvages qu'on a découverts jusqu'à présent, s'en servent. Les femmes mêmes chez les Tyriens, descendants des Phéniciens, qui doivent leur origine aux Cananéens , portaient ordinairement un carquois et un arc: Virginihus Tyriis mos est gestare Phare tram. ( Virgil. iEneid., liv. 1, v. 24°»)

Irad naquit d'Henoch, et donna le jour à Maviaël , dont le fils Mathusaël fut père de Lamech. Celui-ci eut deux femmes en même tems, Ada et Sella, premier exemple de la polygamie. Ada lui donna deux fils, Jabel qui fut le père des pasteurs et de ceux qui habitent dans les tentes, et Juoal, qui fut l'inventeur des instruments de musique, et apprit aux hommes à en jouer. Sella fut mère d'un fils et d'une fille; le fils, Tubal-Caïn, devint un habile ouvrier dans tout ce qui concerne les ouvrages en fer, en cuivre, en argent, etc. C'est évidemment, dit dom Calmet, le Vulcain de la fable. Leur nom et leur métier conviennent parfaitement. La fille, appelée Nœma, inventa la manière de filer et de faire les toiles, et les étoffes de laine. C'est, à ce qu'il paraît, la Minerve des Grecs, qu'on nommait aussi Nemanoun, suivant ÏMutarque {de Iside et Osiride. ) Moïse ne conduit pas plus loin la race de Caïn. Elle fut très-méchante, et corrompit

celle de Seth par les alliances qu'elle fit avec elle. De te mélange il sortit des monstres dans l'ordre de la nature et dans 1 ordre de la religion. Ce sont, dit l'Ecriture (suivant la Vulgate), ces géants fameux par leur taille et par le débordement de leurs mœurs : hommes sans frein , ils abusèrent de leur force pour opprimer le faible , et pour le rendre complice des abominations dont ils donnaient l'exemple. L'hébreu, néainoins, et les Septante semblent dire qu'avant ces sortes alliances , il existait des géants.

4o33. Adam meurt à l'âge de neuf cent trente ans. Dans le cours d'une si longue vie , il eut la douleur de voir combien un seul crime est fécond, et jusqu'où peut aller la dépravation du cœur humain. Ce spectacle lui devint salutaire en produisant dans son cœur des vifs sentiments de pénitence , qui lui méritèrent le pardon. C'est ainsi que Dieu, par l'exemple du premier auteur de nos malheurs, a voulu nous apprendre à ne jamais désespérer de sa miséricorde

3934. Mort de Seth à l'âge de neuf cents ans. La dépravation de ses petits-fils empoisonna ses dernières années, et le fit descendre avec amertume dans le tombeau.

38^4- Mort d'Enos, fils de Seth, à l'âge de neuf cent cinq ans. Ce fut un des derniers justes de l'ancien monde»

372g. Mort de Caïnan, Gis d'Enos, à l'âge de neuf cent dix ans.

3674. Mort de Malaléel, fils de Caïnan, à l'âge de huit cent quatre-vingt quinze ans.

354^. Mort de Jared, fils de Malaléel, a l'âge. de neuf cent soixante-deux ans.

L'impiété fait sans cesse de nouveaux progrès, et plus contagieuse que la peste, elle infecte toute la masse du genre humain. A la vue de cette corruption générale, Dieu se repent (ou semble se repentir) d'avoir fait l'homme, et jure de le détruire de dessus la terre. IL n'excepte de cet anathème que Noé avec sa famille, la seule où le vrai culte s'était maintenu ; tout le reste est proscrit , et destiné à périr sous les eaux d'un déluge universel. Dieu prévient Noé de ce désastre , et lui ordonne de construire une arche de bois de cyprès capable de le contenir avec les siens ^ 1. , 4*

330 ABRÉGÉ CHaONOLDC.IQLE

et des paires d'animaux mâles et femelles de chaque espèce* Il lui trace lui-même fe plan et les dimensions de cet édifice qui occupa Noé l'espace de cent vingt ans. Pendant tout ce tems le saint patriarche ne cessa d'exhorter les hommes à détourner par un retour sincère à Dieu les malheurs dont ils étaient menacés. Mais il parlait à des endurcis qui se moquaient de ses discours et qui taxaient de folie son travail. Les incrédules modernes n'ont pas une idée plus avantageuse de l'entreprise du saint patriarche, ou plutôt de la description que Moïse a tracée de son ouvrage. Pour dissiper leur vaines objections, il suffit de donner une explication simple et littérale du texte sacré qu'ils osent attaquer. La voici en abrégé : La figure de l'arche était à peu près celle d'un très- grand coffre ou d'une vaste maison, n'ayant, a la manière des Orientaux, le toit élevé qu'autant qu'il fallait pour l'écoulement des eaux de la pluie. Noé pratiqua dans l'arche, non pas une seule fenêtre de la hauteur d'une coudée, comme porte la Vulgate, mais des fenêtres, ou des jours autant sans doute qu il en fallait pour donner de l'air au* différents* étages et les éclairer. (Hébreu.) J /arche était longue, dit Moïse, de trois cents coudées, large de cinquante, et haute de trente» En évaluant la coudée à vingt pouces et demi de notre mesure, ces dimensions nous donnant cinq cent douze pieds et demi de longueur, quatrevingt-cinq pieds, cinq pouces de largeur et cinquante-un pieds trois pouces de hauteur. Divisée en trois étages, sans compter la carène, qui servait de réservoir d'eau pour la. provision des hommes et des bêtes, elle devait renfermer dans le premier, les quadrupèdes, dans le second, les volatiles et les reptiles, et dans le troisième, loger non seulement Noé avec sa famille, mais toutes les semences, les instruments de labourage, et tous les aliments nécessaires à la subsistance des hommes et des animaux. Le nombre des espaces qui rampent sur la terre ou qni s'élèvent dans l'air, n'est pas aussi grand qu'on se l'imagine communément. Il est prouvé que celle des quadrupèdes ne va guère au-delà de cent trente ; que celle des oiseaux est à peu près dans le même nombre, et que les reptiles qui vivent hors de l'eau, peuvent se réduire à trente espèces ou environ. Parmi les premières on n'en connaît que six plus grosses que le cheval, peu l'égalent, et le plus grand nombre est au-dessous de la brebis. Des oiseaux il n en est guère qui passent le cygne en grosseur, et presque tous lui sont fort infc*

DE l'histoire SAINTE. 33 1

rieurs à cet égard. 11 résulte de là qu'il y avait dans Tarche quatre fois au inoins plus d'espace qu'il n'en fallait pour héberger tous les animaux qui devaient y entrer, et renfermer tous les aliments destinés à les nourrir dans le cours d'un an. Ou reste, il est bien probable que tous ces animaux ne prenant aucun exercice passèrent la plus grande partie de ce tems dans une espèce de léthargie ou d'assoupissement, et que, par conséquent, ils consommèrent fort peu d'aliments.

34o8. Naissance de Sem, fils aîné de Noé. 3407. Naissance de Cham, second fils de Noé. 34°6« Naissance de Japhet, troisième fils de Noé.

Quelques chronologistes et commentateurs de la Genèse , font Japhet l'aîné des enfants de Noé fondés principalement sur la version des Septante, laquelle au v*. 21 du chapitre X, porte : luÇ>tè rou ftùÇovoç, Sem fratre Juphtt ma/oris. Mais i°. le samaritain, l'hébreu, fa paraphrase chaldaïque , et la version syriaque s'accordent dans cet endroit à donner la primogenilure à Sem; 20. l'ont peut dire avec Flaminius INobilius que le t5 pit£ët$t des Septante est un hébraïsme. (Voy. les nouveaux éclairrisscments sur le Penl. samar. pp. 224-228.

33 1 3. Mort de Lamech, fils de Mathusala, à l'âge de sept cent soixante- dix-sept ans.

33o3. Mort de Mathusala, fils d'Henoch, à l'âge de neuf cent soixante-neuf ans.

33o8. L'année 600 révolue de la vie de Noé , le dix-septième jour du deuxième mois de l'année qui commençait alors au mois d'octobre , Noé entre dans l'arche avec sa femme , ses trois fils et leurs femmes, huit personnes en tout. Les animaux que Dieu destinait à peupler un nouveau monde , viennent d'eux-mêmes à lui par couple, et il les place f un mâle et une femelle de chaque espèce des animaux impurs , et sept de chacune des animaux purs (quatre mâles et trois femelles), dans l'arche que Dieu ferme au dehors après que tout y est entré. Aussitôt les cataractes du ciel sont ouvertes (1); les eaux qui en sortent se précipitent

(1) Les anciens croyaient qu'il y avait en haut des réservoirs

33^» AimÉOÉ eunONOIOGIQUE

.sur le glpbe., Celles qui étaient renfermées dans les entra tHe de la terre, rompent en même tems leurs digues, s'élancent sur la surface, et surmontent les plus hautes montagnes de la hauteur de quinze coudées, (i) JJe cette manière tout ce qui se trouva hors de l'arche, hommes et animaux terrestres, fut englouti par le déluge. Il ne faut pas néanmoins s'imaginer que ce châtiment temporel fut suivi pour tous les hommes de la damnation éternelle. Saint Pierre (i. c. 3 w. 19. 20.) nous assure du contraire, en disant qu'après sa mort Jésus-Christ alla prêcher (c'est-à-dire,

d'eau, et que la terre étant toute plate . il y avait à l'extrémité un abime d'eaux. Moïse, ne voulant enseigner la physique ni la cosmographie , parle selon le système reçu et l'assujétit au langage comxnun. De là viennent les termes de cataractes du ciel qui s'ouvrent et d'abimes qui couvrent d'eau toute la terre.

(1) On objecte que l'arche étant élevée de quinze coudées audes&rs des plus hautes montagnes, et par conséquent, dit-on, audessus de la moyenne région de l'air, Noé et sa famille n'auraient p\i y subsister faute de chaleur et de respiration. Mais on ne fait pas attention qu'à mesure que les eaux se haussaient, l'air s'élevait dans# la rneme proportion ; d'où il résulte que la moyenne région de l'air se trouva, pendant le déluge, bien au-dessus- de l'espace quelle occupe présentement.

Quelques modernes prétendent que la mer a pris la place de la terre après le déluge, et que notre continent est le lit que (a mer occupait avant cet événement. Mais le Tigre et l'Euphrate, qui arrosaient le séjour d Adam , couleut encore dans l'Asie. On trouve, dans les anciens géographes, des vestige* du Phison et du Gihon; et quand il n'en resterait point de traces dans l'histoire, bien de* révolutions suffiraient pour expliquer comment ces deux derniers fleuves ont disparu. Dire qu'avant le déluge il existait , dans les terres changées en mer, un pays appelé Assyrie, et des fleuves nommés l'Euphrate, le Tigre, etc. , qu'après le déluge on donna ces mêmes noms à une nouvelle terre et à de nouveaux fleuves, ce n'e.»t pas, à ce qu'il semble, donner une réponse satisfaisante. Car Moïse, parlant de ces fleuves, dit positivement que ce sont les mêmes qui subsistaient encore de son tems. Le Phison , dit-il , est ce même fleuve qui entoure tout le pays d1 ' Hcvilath , où l'or est produit. Nomen uni Phison; ipse es/ gui circuit omnem terrant Hevilalhy itùi nascitur aurum. Il décrit et il indique de même les régions arrosées par le Gihon, le Tigre, et il dit toujours : c'est le même fleuve; ipse est qui circuit , ipse est qui çadit. ( Genès. , c. 2. ) Celte note est de M. l'abbé Uoyer {Journal de Monsieur ', tome IV, page 200). "Nous sommes cependant bien éloignés de prétendre que toutes les parties du continent soient lès mêmes qu'avant le déluge.

de l'histoire sainte. 33$

annoncer leur délivrance) aux esprits qui étaient en prison ; qui autrejois avaient été incrédules, lorsqu'au tems de Noé, ils s 'attendaient à la patience et à la bonté de Dieu , • pendant qu'on préparait l'arche. La pluie cesse au bout de quarante jours; mais l'inondation subsiste encore cent dix jours dans le même état; après quoi les eaux commencèrent à baisser. Le dix-septième jour du septième mois (6 mai, suivant tlsserius), l'arche flottante fut portée, suivant la Vulgate, sur le sommet des montagnes d'Ararat en Arménie, (i) où elle s'arrêta, et le premier jour du dixième mois (vers le 19 juillet), les cimes des montagnes commencèrent à se montrer.

Noé ayant encore attendu quarante jours fait sortir le corbeau de f arche. Sept jours après il donna l'essor à la colombe, fjui n'ayant pu trouver où mettre son pied, revint le mé*me jour. Au bout de sept autres jours, il la fait encore partir, et elle revint apportant dans son bec un rameau d'olivier. Ayant encore attendu sept jours , il la fait partir une troisième fois, et elle ne revint plus, ce qui annonce que les eaux se sont retirées, et que la surface de la terre est à découvert.

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