D'ABRAHAM
3307. Le premier jour du premier mois (23 octobre), Noé ayant levé le couvercle de l'arche, regarde la terre et s'aperçoit que la surface en est sechée. Le vingt-septième jour du deuxième mois (18 décembre), Noé, par l'ordre du Seigneur,
(1) Le mot hébreu Ararat ne peut convenir aux montagnes d'Arménie. Car il est dit, ailleurs, que tes hommes vinrent du pays d'Orient au pays de Senuaar; or 1* Arménie, loin d'être -à l'orient de Sennaar , est au sud-ouest. Cette haute montagne où s'arrêta l'arche, est donc la Paropamise , entre la Perse et le Mogol, qui , étant d'une hauteur effroyable et extrêmement inculte, il ne faut pas s'étonner que l'arche se soit arrêtée sur son sommet, et que les premiers hommes se soient hâlés de quitter un tel pays. C'était là qu'était cette forteresse Clornos, que prit Alexandre. Josephedit, à la vérité , que c'était sur les montagnes d'Arménie que l'arche s'ar-
sort île l'arche avec sa famille et tous les animaux. Dieu dit a Noé et à ses enfants, au sortir de l'arche: que tous les animaux soient saisis de crainte en votre présence , au Y/s tremblent en vous voyant^ tant 1rs animaux terrestres que les oiseaux du tiel. ( i ) (Gènes, ch. IX , v*. 2.) Alors, il dresse un autel sur lequel il offre un sacrifice au Seigneur en actions de grâces. Dieu promet de ne plus noyer la terne par un second déluge, et donne pour gage de sa parole Tare - en - ciel, non que ce signe n'existe point auparavant, mais parce qu'il doit durer autant que le monde (a). Dieu permet à l'homme de se nourrir de tout ce qui est vivant et animé; mais il lui défend de manger la chair mêlée avec le sang, afin de lui inspirer plus d'norreur pour l'homicide.
On ne peut douter que notre globe n'ait éprouvé une révolution prodigieuse pendant les cent cinquante jours qu'il fut inondé par le déluge. Danscette commotion terrible qui agita l'air au point de rompre les cataractes du ciel , la terre,
Îar contre -coup dut être ébranlée jusqu'aux fondements. >ans cette irruption des eaux renfermées dans les abîmes souterrains, les terres durent s'ébouler, les masses de pierre se rompre , les montagnes se partager , et de nouvelles mon-
rèta ; mais Josephe ne savait rien en géographie que sa Judée et sa Galilée. Voyez ce qu'il vous conte, qu'elle)' était eocore. Un savant allemand a trouve', par les hauteurs, que la montagne Noire, d'où sort le Danube, est de je ne sais combien plus haute que celle d'Arménie, qu'on s'est avisé de nommer Ararat. ( Longuerue.)
(1) Il reste encore des vestiges de la crainte de l'homme, qui fut imprimée dès le commencement , par le créateur, aux bèteslei plus féroces. Nimirum , dit Pline l'Ancien ( I. 4 » <*•• 4; > ntte na~ luta rerum , hœc potentia cjus swissima ferarum maximasque numouam vidisse quod debeant timere , et statim intell igere car sit timendum. Il faut néanmoins avouer que cette crainte, par uoe providence spéciale, fut bien plus forte dans les animaux, immédiatement après le déluge, qu'elle ne l'est présentement. Sans cela le genre humain, étant en si petit nombre , et n'ayant encore aucune arme pour attaquer et se défendre, aurait couru risque de devenir la proie des hétes carnassières.
(a) Peut-être qu'avant la pluie, qui forma le déluge, il n'avait jamais plu sur la terre , et qu'une abondante rosée y tenait lieu de pluie pour l'humecter. Dans celte supposition, qui n'a rien de contraire à l'Ecriture , l*arr-en-ciel n'aurait point encore paru. Car tout physicien conviendra que la pluie du déluge ne pouvait pro- Jaire ce phénomène.
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nés durent se former (les terres entraînées par les eaux. Par une suite nécessaire du même événement, les eaux après le déluge ont dû se retirer dans les lieux les plus enfoncés, jusqu'au point où les pieds des grandes masses éboulées se sont affermis l'un contre l'autre.. Les eaux , en gagnant le pied des terrains les plus inclinas ont été changées de place en plusieurs endroits , et ont laissé dans leur ancien séjour , dont nous habitons aujourd'hui une grande partie, les plantes marines, les poissons , les lits profonds de coquillages et de sable , que nous y trouvons avec tant de surprise; en plusieurs endroits ces poissons, ces plantes, ces coquillages se sont pétrifiés avec le tems , par l'insinuation des eaux de pluie , du sable et du limon. Car de recourir à l'hypotbèse d'un déplacement graduel des eaux successivement répandues sur toute la surface de notre globe , dans la longue durée des siècles, c'est ce qui est démenti par la nature elle-même, qui nous montre par-tout les effets surprenants d'une tourmente universelle, arrivée iout-à coup dans les dehors du • globe, d'une dislocation subite, d'un éboulement affreux des parties friables. Gardons - nous , toutefois , d'outrer les choses dans cette matière , en rapportant au déluge , avec certains philosophes, la naissance des montagnes et l'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur, principe de la variété des saisons ; comme si avant cet événement notre globe eût été une plaine universelle , et la température de l'air un primeras perpétuel. Qui ne voit en effet que les montagnes sont un des ornements de la terre , dont elles diversifient U surface et distinguent les différentes contrées ! que sans elles , nous n'aurions ni sources d'eau, ni fleuves , ni fontaines : que leurs sommets fournissent les simples les plus salutaires , les
Î>â tu rages les plus délicats: que les plantes les plus délicieuses , es arbres les plus utiles ne se plaisent que sur les côteaux qu'elles forment en commençant à s'élever ; enfin les montagnes de la lune , plus hautes que celles de la terre , sontelles aussi l'effet d'un déluge ? à l'égard de l'inclinaison de 4'écliptique, si avant le déluge son plan se confondit avec celui de l'équateur , d'où vient que dans les autres planètes ces deux plans se croisent aussi , et sont inclinés l'un sur l'autre en différents degrés? l'antiquité payenne a conservé quelque souvenir du déluge. On a confondu le patriarche Noé avec Deucalion , avec Saturne , avec Xisuthrus : on a mêlé l'histoire de Sem avec celle de Pluton, celle de Japhet avec l'histoire de Neptune , et celle de Chara avec celle de Jupiter.
33o6. Naissance d'Arphaxad , fils de Seni.
Noé ayant planté la vigne boit du<vin sans en connaître la force et s'enivre. Cham son fils l'ayant aperçu nud dans sa tente, s'en moque, et va le dire à ses frères; mais ceux-ci prenant un manteau et marchant à reculons, en couvrent leur père, pour cacher sa nudité, de manière qu'ils n'en virent rien eux mêmes. Noé revenu de son ivresse, maudit Chanaan (i), fils de Cham, ou plutôt, suivant Phébreu, prédit que cette postérité sera maudite à cause de sa méchanceté. Il bénit au contraire Sem et Japhet, c'est-à-dire qu'il annonce (car tous les verbes sont exprimés au futur dans le texte original) les bénédictions que Dieu versera sur les descendants de ces deux patriarches. (Bullet.)
3171 . Arphaxad engendre Salé (et non pasCaïnan) à l'âge de cent trente-cinq ans. Les exemplaires de la version des Septante, qui sont parvenus jusqu'à nous, mettent entre Ar- , phaxad et Salé, Caïrian, qu'ils donnent pour fils de ce dernier et qu'ils font engendrer et mourir au même âge que Cainan, fds d'Ënos. Mais il faut remarquer, avec Louis Cappel, qu'Eusèbe et Jule Africain, quoique tous deux attachés à la version des Septante, ne font point mention de ce second Caïnan. Il est vrai que celui-ci se rencontre dans l'évangile de saint Luc, parmi les ancêtres de Jésus-Christ, au même rang que dans les Septante ; mais il y a tout lieu de croire que c'est une interpolation dans l'un et l'autre texte. (Voy. les nouv. éclairciss. sur le Peutateuque samar. , p. 161.)
3o4i« Salé engendre Heber à l'âge. de cent trente ans.
2t)58. Noé meurt âgé de neuf cents cinquante ans. On croit qu'il n'eut point d'enfants depuis le déluge; s'il en avait eu, Moïse n'aurait pas manqué de le marquer, et il ne nous dirait pas que de Sem , Cham et Japhet sont descendus tous les peuples du monde (2).
(1) Ce Chanaan était frère de Mitzraïm , ou Metzraïm, leincmt que Menés, auteur des Egyptiens, le même qu'Isiris ou Ourô>et frère aussi de Chna, que les étrangers appelèrent Phénix , 'duquel sortirent les Phéniciens.
(2) Au teins du déluge, suivant le calcul le plus modéré de ceux qui supputent la multiplication de l'espèce humaine par la durée de la vie des patriarches, la population devait monter à cent
DE l'histoire SAIÎSTE.
2907. Heber à l'âge de cent trente-quatre ans , engendre Phaleg.
Tous les hommes, depuis le déluge, vivaient rassemblés dans les plaines de Sennaar, entre Te Tigre et l'Euphrate, et dans les régions voisines; ce qui est également attesté, comme Pobserve Josephc , par les historiens prophanes et
Î>ar les livres sacrés. Mais comme la nécessité de subsister es obligeait de s'écarter souvent les uns des autres, la crainte de se disperser sans retour dans ces courses fréquentes, leur fit prendre des précautions pour prévenir ce malheur. Dans cette vue, ils entreprirent de bâtir avec des briques cuites an soleil et liées entre elles avec un bitume , une ville , et d'y élever une tour extrêmement haute, afin qu'étant aperçue de loin, elle leur servit de signal et de point de réunion. Mais cette entreprise n'entrait point dans les desseins de la Providence , qui jugeait la dispersion des hommes nécessaire pour repeupler l'univers. Le genre humain ne parlait alors cju'une langue. L'Être-Suprême rompit ce lien qui unissait si étroitement les hommes. Il mit dans leur langage une telle confusion, que ne s'entendant plus les uns les autres, ils abandonnèrent l'ouvrage, et se répandirent par toute la terre , chacun selon sa famille et sa langue. Sem demeura en Orient, et de lui sont sortis tous les orientaux, depuis les monts Amanus et Taurus, et depuis l'Euphrate jusqu'à la grande mer des Indes. De Cham sont venus les Philistins , les Egyptiens et les anciens peuples d'Afrique. Japhet tourna vers l'Occident , ce fut le père de tous les peuples de l'Europe et de l'Asie septentrionale (1). Tel fut
milliards, au lieu qu'elle ne monte aujourd'hui qu'à un milliard. Mais comment cent milliards d'hommes pouvaient-ils habiter sur notre globe, et y trouver leur subsistance? On répond, 1°. que la mer, dans l'ancien monde, embrassait beaucoup moins d'espace qu'elle n'en occupe aujourd'hui, la plus grande partie des eaux étant alors renfermée dans les entrailles de la terre et formant ce grand abime qui fut rompu au déluge ; a° que la terre était incomparablement plus fertile avant que les eaux , qui la couvrirent et la bouleversèrent l'espace d'une année, ne l'eussent dénaturée , en altérant les principes de sa fécondité. Nous abandonnons cette réponse au jugement du lecteur.
(1) L'Ecriture ( Gènes. X , v. 5. ) , en parlant des descendants de Japhet, dit, suivant le texte hébreu : A ceux-ci furent assurées les îles des Gentils dans leurs terres % chacun selon son langage et ses
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le partage que firent entre eux les enfants de Noé , non par aucune convention, mais par une secrète impulsion de la Providence, qui voulait que toutes les parties de notre globe fussent habitées. Ce ne fut qu'à pas lents et comme par degrés qu'ils s'éloignèrent du centre de leur dispersion. A mesure que la population s'accrut , les familles se pressant les unes et les autres , reculèrent leurs limites pour se mettre à l'aise , et s'avancèrent de proche en proche jusque vers les extrémités de la terre, sans s'apercevoir de la différence des climats. Les guerres qui s'élevèrent entre elles, obligèrent plusieurs à passer dans les îles, pour y chercher une retraite; et enfin , après une longue suite de générations , toute la surface de la terre se trouva couverte d'habitants.
2868. Mort d'Arphaxad, âgé de quatre cent trentehuit ans.
•2808. Mort de Sem à l'âge de six cents ans.
2777. Phaleg à lâge de cent trente ans, engendre Reu ou ftagau.
2738. Mort de Salé à l'âge de quatre cent trente-trois ans.
2668. Mort de Phaleg à l'âge de deux cent trente-neuf ans.
2645. îlëu engendre Sarug à l'âge de cent trente-deux ans.
2607. Mort d'Heher, âgé de quatre cent quatie ans
201 5. Sarug, âgé décent trente ans, engendre Nachor.
2436. Nachor engendre Tharé à l'âge de soixante et dixneuf ans.
2367. Mort de Nachor à l'âge de cent quarante-huit ans.
2366. Tharé vécut soixante et dix ans , et engendra (successivement; Abfam^ Nachor et A ran, (Gènes. XI, v. 2H.) Tel est , suivant iVÏoïse , l'ordre de la naissance de ces trois
familles dans leurs nations. « Ici l'Europe, dit M. l'abbé Mann, e>t expressément qualifiée comme n'élant qu'un assemblage d'îles, ce qui serait littéralement vrai , si alors la mer Caspienne, la mer Noire, la Baltique et la mer Blanche communiquaient ensemble.» C'est le sentiment pour lequel panche cet habile homme , et qu'il étaye d'une foule d'autorités et de raisonnements qui te rendent . pour le moins très— probable. ( Voy. sa Bisser, ou son Mèm. sur ce sujet dans Us Me m. de VAcad% Imper, de Bruxelles , tome H, pp. 307-400» )
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enfants. Ce n'est point à raison de sa dignité , et comme père des croyants, ainsi que le prétendent quelques commentateurs , qu'Abram est nommé le premier ♦ mais parce qu'il élait vraiment l'aîné. La date de Page auquel engendra Tharé > sons cela serait inutile. Etait-ce, èn effet , 1 époque de la naissance d'un autre de ces enfants,, que de celui dont les Juifs descendent , qu'il était important de marquer en cet endroit? Tharé demeurait avec sa famille , à Ur de Chaldée, ville cju'Ammien Marcellin place entre Nisibe et le Tigre f et était adonné au culte des idoles.
2356. Naissance de Saraï nlle de Tharé , et d'une autre femme que la mère d' Abram , dont elle devint l'épouse.
2298. Dieu apparaît dans la personne d'un ange qui le re-> présentait 9 à Abram, et lui ordonne de quitter la ville d'Uc en Chaldée, sa patrie, pour aller s'établir dans la terre qu'il lui montrera. « Je vous rendrai père , lui dit-il, d'un grand » peuple, et je vous comblerai de bénédictions: je rendrai » votre nom célèbre, et toutes les nations de la terre seront » bénies Jans vous. » Àbram par sa naissance était engagé dans le culte idolâtre des Chaldéens* qui était celui du feu. On prétend que ce fut ici le premier moment de sa conversion. Mais il y a plus d'apparence qu'il connaissait déjà le vrai Dieu. Quoi qu'il en soit, il obéit sans hésiter ; et ayant pris Tharé son père , Saraï sa femme avec Lot fils de son frère Aran, il arrive, après avoir passé l'Euphrale, dans une ville de Mésopotamie, nommée Harran ou Charran, qu'on croit être la même que Chârres, fameuse par la défaite des Romains sous la conduite de Crassus.