DES HUIS DE PON'J
Je Ziiie , sur la frontière de Pont et de la Cappadoce. Triarius marche sur ce* traces, et lui livre bataille auprès Je J)usa , où le roi de Pont triomphe. Mais sa victoire est arrêtée par une nouvelle blessure qu'il reçoit à la cuisse. Les Romains n'en sont pas moins chassés de loot le royaume Je Poni. Mais l'attention de l'armée de Milhridale tournée toute entière vers son roi , laisse aux ennemis le teins de se sauver. Lucullus , ayant perdu sept mille homme* dans cette bataille, dont vingt-quatre tribuns et cent-cinquante centurions, veut marcher de nouveau contre Milhridale et Tigrane. La mésintelligence se met dans ses troupes, elles refusent l'obéissance ; le Pont est pour quelque tenu en repos du cdlé des Romain*.
66. Pompée , successeur de Lucull us, après avoir distribué sa flotte en différents endroits, pour garder toute la mer qui est entre la Phénicic et le Bosphore, marcha, par terre, contre Milhridale, qui avait encore trente mille hommes Je pied, et deux ou trois mille chevaux, le tient assiégé dans son camp pendant qnarante-cinq ou cinquante jours, et l'y réduit à la plus extrême disette. Le roi de Pont, après avoir tait tuer toutes les personnes inutiles, ou malade», se sauve, pendant une nuit, avec l'élite de ton année. Pomper le poursuit, l'atteint pré* de l'Euphrale, campe auprès de lui aux environs du mont Stella, et lente de* 1 envelopper; mais ses vieux officiers le déterminent a combattre sans attendre le Jour. Pompée les mène à l'ennemi , qui n'ose les attendre. Les Komains font un grand carnage ; plus de dix mille de leurs ennemis restent sur la place. Tont le camp est pris. Milhridale s'était ouvert un passage au travers de l'armée romaine, Cépée a la main, avec huit cents hommes, qui bientôt se débandent et se dissipent. Il se trouve seul avec se* gens, et Uypsicratia, l'une de ses épouses, qu'on appela depuis Hypsicrale, pour donner à son nom une terminaison masculine. Cette femme, d'un courage mâle et d'une audace guerrière , ne quitta jamais sou mari, et ne se lassa .point de le servir Jans sa fuite, pansant elle-même son cheval, jusqu'à ce qu'ils arrivèrent enfin à S i noria , forteresse où étaient l'or, l'argent et les plus précieux meubles Je son époux. Le roi de Pout ne voit plus de ressources a ws affaires que du cdlé de Tigrane, son gendre. Celui-ci elait en guerre avec son propre fils, et le soupçonnant d'intelligence avec Milhridale , il fait mettre en prison les ambassadeurs du roi de Pont ; bien loin d'accorder le secours qu'ils venaient implorer pour leur maître, il promet cent talent* à celui qui pourra se saisir de son beau-père , ou le tuer.
65. Pompée , cependant , marchait à la poursuite de Mithridate, qui, dès le printems de celle année, avait dirigé se* pas ver* le Bosphore-Cimmérien, qu'il avait donné en appanage à Macharès, l'un de ses fils. Le jeune prince, vivement pressé par les Romains, avait fait sa paix avec eux. Prévoyant bien que son père ne serait pas content de sa conduite, quoique conforme, néanmoins, i la nécessité des affaires , il avait pris la fuite pour éviter sa présence. Pompée abandonne Mithridate dans le Bosphore, retourne dans le Pont et la Cappadoce , et soumet presque toutes les villesou places fortes qui étaient encore soumises au roi. Stralonice , l'une des femmes de ce prince , remet au proconsul Sytnphorien un chlteau du Bosphore , avec les trésor» qui y étaient cachés, lui demandant, pour récompense, que si son Gis Xi phares, tombait entre te* main*, il voulut bien le lui rendre. Milhridale, instruit de ce qui s'était passé, tue Xipharès, sous les yeux de sa mère. Came, ou la Ville- Neuve, était la plus forte de toute* le* place* du Pont; Pompée la prend aussi, avec tout ce que le roi y avait enfermé de précieux. On y trouva, entre autres choses, des mémoires secrets, dressé* par Mithridate lui-même, qui faisaient bien connaître le caractère de ce prince. Dans l'un de ce* mémoire*, il marquait les personnes qu'il avait empoisonnées, entre autres, son fil* Ariarathe, et Alcée de Sardes; ce dernier, parce qu'il avait remporté sur lui le prix de la course des chevaux. Un y trouva aussi ses me moire* de médecine; car Mithridate decin , qu'on josrrd'htu
64. Le roi de Pont, sent le besoin de la paix, et la désire; mais Pompée refuse toutes les ouvertures que le prince lui fait faire sur ce sujet. Mithridate, loin de perdre courage ,
et, dan* ces mémoire*, le contre-poison appelle le Mithridate, et qu'où emploie
forme le projet plus hardi que prudent , d'aller, comme Annibal, attaquer le* Romains dans l'Italie mime- Un grand nombre de Scythes s'était joint a lui, et avait grossi son armée; il espérait, qu'a son approche, des peuples de Gaule s'uniraient à lui ; que sa présence rallumerait le feu de la révolte parmi les esclaves d'Italie et de Sicile; que les pirates reprendraient bientôt l'empire de la mer, que les peuple* seraient ravis de se tirer de l'oppression des magistrats et des généraux romains, etc. Mais pour exécuter ce projet , il avait cinq cents lieues a faire. La seule idée d'une si rude et dangereuse marche, jette une telle frayeur dans son armée , que pour rompre son dessein , elle conspire contre lui et élut son fils Pharnace, roi de Pont. C'était lui qui avait excité cette révolte parmi le* soldats. Mithridate, abandonné de tout le monde, et de son 61s raéxne, qui ne veut pas seulement lui permettre de se sauver où il pourrait, se retire dans son appartement à Panticapée, donne du poison a ses femmes, a ses concubines et à celles de ses filles qui étaient aupn^s de lui, en prend lui-même, et a recours à son épée pour en accélérer l'effet. Le coup qu'il se donne n'est pas suffisant , il prie un soldat gaulois de l'achever.
63. Cet événement est de la fin de l'an 63 avant J.-C. Dion dit que ce fut son propre fils qui le lua. Il avait régné soixante ans, et était dans la soixante-neuvième année de son âge. Ciceron fait l'éloge Je ce prince, en disant , qu'a près Alexandre, c'était le plus grand des rois. Il est certain que Rome n'en u'a jamais eu de pareils en léïe, et qu'il avait Je très-grandes qualités; une vaste étendue d'esprit, une supériorité de génie capable des plus hautes entreprises ; une fermeté d'Sine inébranlable, une industrie et une hardiesse inépuisables en ressources. Tant qu'il eut affaire a des généraux sans mérite et sans expérience, il remporta de grandes victoires. Mais il ne se munira pas un grand général dans les guerres contre Sylla , l.ucullus et Pompée. Quoiqu'il en soit, son nom ne peut être qu'en horreur, lorsqu'on voit les meurtres et les parricides sans nombre dont il souilla son règne. Pharnace, son Gis , soumit aux Romains sa personne et ses états. Pompée ordonna des funérailles royales pour le père, qui fut enterré avec les rois de Pont, ses ancêtres, a Sioope. Le général romain prend possession, pour la république, de toute* les places de Mithridate, et Je toutes les richesses qui y étaient. Il accorda a Pharnace le royaume du Bosphore, qui s'étendait alors dans toute la Chersoncsc-Taurique, et dans la Sarmalie- Asiatique ; à quoi il ajoute le titre d'ami et d'allié du peuple romain. Les peuple* et les ville* qui avaient été affectionnés à la république , sont déclarés libres et autonomes ; le reste du pays est réduit en provinces.
Les autres fils de Mithridate, Artapherne, Darius, Xercès et Osathre ; se* deux filles, Mithridata et Nyssa, fiancées peu de tems auparavant, l'une, au roi d'Egypte; l'autre, au roi de Chypre, et sa sosur Cléopatre, sout emmenée* à Rome pour orner le triomphe du consul.
61. Pharnace III n'est pas plutôt instruit nue le* Romains étaient sortis de l'Asie, qu'il entreprend de recouvrer au moins une portion des province* qui avaient appartenu a son père. 11 commence par assiéger Pbanagorie, capitale du Bosphore de Thrace , que Pompée avait déclarée libre , parce qu'elle avait la première secoué le joug de Mithridate. Les Phanagorieo* sont obligé* de se rendre à discrétion.
49. La guerre étant allumée entre César et Pompée , l'haruace profile de La conjoncture, traverse La Colchide , entre dans le Pont , inspecte une partie de l'Asie , bat les généraux romains , et s'empare de tout le royaume qu'avait occupé son père.
César envoie Cn. Domilios Calvinus en Asie , avec ordre de faire la guerre a Pharnace. Ce prince abandonne la Canpadoce, et se relire en Arménie. Dornitius l'y poursuit, et le joint près de Nicopolis. Le rai défait les Romains dans une bataille rangée, et le» oblige de se retirer en Cappadoce. Pharnace confie le gouvernement du Bosphore a Asandre, et se met a la poursuite de Domilius. I.a fiilhynie et la Cappadoce se soumettent d'abord 1 lui ; mais la petite Arménie lui offre use si vigoureuse résistance, qu il est obligé de renoncer a cette partie de son entreprise. Asandre se révolte , dans l'espérance d'obtenir des Romains le royaume du Bosphore , pour prix de son infidélité. César, après la prise d'Alexandrie , s'avance lui-même vers l'Arménie. Pharnace fait semblant de vouloir se soumettre aux conditions de pain
que lut propose le vainqueur de Pharsale, mais ne cherche dan* le vrai qu'à en éluder l'exécution par des délai* affectés. César s'apercevant du jeu, attaque Pharnace auprès de la ville de ZëU, « taille en p.éces U plus grande partie de son année ; le roi lui-même ne se sauve qu'a la faveur du tems , que les Romains perdent à piller le camp. Cette victoire rend César maître de tout le Pont; et comme il l'obtient sa os peine . et pTesqo 'aussitôt qu'il se fût montré , elle lut donna lieu de dire : Venî , ntU, wa; je suis veau , j'ai vu, j'ai vaincu. Après avoir nommé Mithndale le Pereaménien roi du Bosphore , à la place de Pharnace , César s embarque poor l'Italie, laissant a Domilius le soin de continuer la guerre contre Pharnace, s'il osait reparaître en compagne.
Domilius assiège Pharnace dons Sinope. Le roi remet la place aux Romains, à condition qu'il lui serait permis de se retirer avec ceux qui l'accompagnaient dans le Bosphore. Le Romain fait tuer tous les chevaux du roi , sous ce prétexte qu'ils n'étaient pas compris dans le sauf conduit demandé et accordé. Pharnace reçoit un renfort de Scythes et de Sarmales , arec lequel il entreprend de recouvrer le royaume du Bosphore. Il rencontre Asandre entre Théodosie et Panlicapée (47). On en vient à un engagement, où les troupes de Pharnace sont mises en déroute. Il est tué lui-même après dix-sept ans de règne, a compter depuis la mort de son père , ou quinze seulement depuis qu'il se fût emparé du royaume de Pont. Antoine, maître dé l'Orient, qui lui était échu en partage après la mort de Jules César (44) » dispose île la partie du Pont, voisine de la Bilhynie, eo faveur de Darius, fils de Pharnace, et donne l'autre partie qui confinait la Capadoce a Polémon.
43. Polémom 1 (1), qui fut te successeur de Pharnace, étaii fils de Zéonn , un des plus fameux orateurs de Laodicec. Antoine le jugea digne du trône de Pont, a cause de ses exploits et des services qu'il lui avait rendus pendant la guerre civile; mais il ne lui conféra la dignité de roi que sous la condition de payer un tribut. C'est depuis Pulemuu que la partie du Pont , qui confine la Cappadoce , a été appelée Poatus Poiemoniactu. Polémon , sensible a l'amitié d'Antoine, l'accompagne dans son expédition contre les Parihes (36), et ayant été fait prisonnier dans 1a malheureuse bataille où fut vaincu et périt Statnmus , il paie sa rançon au moyen de laquelle il est renvoyé. Quelque tems après, il est chargé, par Arlavasde, roi des Mèdes, allie des Parlhes, d'aller négocier un traité de paix avec les Romains (33). Polémon s'acquite de sa commission avec tant de succès, qu'Antoine ajoute a ses autres états U petite Arménie.
Dans la guerre entre Antoine et Auguste, Polémon se déclare pour le premier son ami et son bienfaiteur; ce qui o'erapéena point Auguste de le recevoir en grâce après la bataille d'Actium (3i); et même quelques années après, tous le consulat d'Auguste, Polémon fut confirmé sur son irûne (ab) , et mis au nombre des amis et alliés du peuple romain.
17. Polémon est envoyé par Agrippa contre Scribonius, qui , après la mort d' Asandre , avait usurpé le royaume de Pont et Dynamis, sa veuve. Polémon subjugue la Colchide, et défait Scribooius. Agrippa lui donne pour récompense , avre l'agrément d'Auguste , le royaume du Bosphore et la veuve cPAsandre (i4); celui-ci eUnt mort sans enfants, avait légué ses états à Dynamis, sa femme. Celte princesse devait avoir alors environ cinquante ans , puisqu'elle avait épousé Asandre l'an 40 , après la mort de son père Pharnace.
ir. Polémon, roi du Pont, de l'Arménie-Mineure et du Bosphore, épouse en secondes noces Pythodori», fille de Pylhodorus, citoyen de la ville de Traites, homme riche d'environ qoo mille livres de notre monnaie, et ami de Pom-
(1) Les auteur* anglais de l'Histoire universelle , et d'autres historien» modernes, placent uo roi , qu'il* nomment Dariiu, on qu'il* laissent anonyme , entre Pharnace et Polémon , sans dire un mot de Pythodori*. Nous avoa» cru devoir suivre Straboo. oui mérite d'autant plu* de confiance sur l'histoire de Pont . qu'il était d'une famille uoiuiilérablc de ce pays-là , tout près des faits , ayant
pée. Polemoo étend encore les bornes de ses étals et soumet la Colchide ; mais son ambition lui devient fatale. Un corps d'Aspungitains ou Apurgians, nation barbare à qui il faisait ta guerre , l'enveloppe et le tue auprès de Sindios. Sa femme Pythodori* , qui régna avec lut an moins trois ans , lui avait donné drux fils ; savoir Polémon , qui fui rot de Pont après la mort de sa mère ; Zenon , qui régna dans la suite sur la grande Arménie ; et une fille qui épousa Colys , roi de Thrace. ( Voja Bosphore.)
Pythodoris, devenue veuve du roi de Pont, donna quelque part à son fils aîné, dam le gouvernement du royaume, mais conserva toujours pour elle La souveraine autorité. Quelque tems après la mort de son mari , elle se remaria à Archelau* , roi de Cappadoce , dont il paraît qu'elle n'eut point d'enfants. A l'occasion de ce mariage elle sortit du Pont , et vécut en Cappadoce jusqu'à la mort de son second époux , arrivée vers 1 année 17 depuis J. C , sans cesser de gouverner de loin son royaume de Pont.
C'est vers l'année 38 dep. J.-C , qu'on doit placer la mort de celte reine, Agée de soixante-trois à soixante-huit ans ; car c'est sous le consulat de M. Aquilius Julianus, et de P. Nonius Asprenas, que Caligula mit Polémon 11 sur le trône de son père ; et il n'y a nulle apparence que la sage reine Pythodori* ait jamais voulu abdiquer la royauté entre les mains d'un homme aussi peu fait pour régner que l'était Polémon H.
Polémon II vécut presque vingt ans en personne privée, et jusqu'au décès de sa mère, sans ambition et sans impatience. Alors il oblinl de Caligula et du sénat la couronne de Pont, avec celle du Bosphore. Quelque tems après, an commencement de l'empire de Claude , et sous son secoml consulat, 42 dep. J.-C. , le royaume de Bosphore est Air à Polémon , qui reçoit en échange une partie de la Cilirie . ce oui fait que l'historien Josephe lui donne le titre de roi de Cilicie.
Ce prince devint amoureux de Bérénice , fille d' Agrippa 1 1 , roi des Juifs, cl embrassa la religion judaïque , pourrépousrr, et profiter des grands biens dont celle princesse était héritière (tio dep. J.-C.) Bérénice , en épousant Polémon, qui n'était plus jeune, avait aussi ses vues particulières. Elle voulait , en se donnant un mari , étouffer des bruits affreux que ses libertés avec son frère avaient fait naître. Mais l'emportement de sa passion ne lui permettant pas de rester ong- tems avec son époux, elle le quitte et retourne à la cour de son père. Polémon renonce pour lors à sa nouvelle religion , et continue de régner seul. Son règne dans le 1 l'ont ne dura que vingt-quatre ou vingt -si sans (65 dep. J.-C) Il abandonna par éloignemeni et incapacité poor les affaires, le trûne avant sa mort , et le remit a Néron, se conleotani de la partie de la Cilicie qui lui avait été donnée en échange du Bosphore. Dès-lors le Pont fut divisé en plusieurs parties annexées aux provinces de Bilhynie, de Galatie et de Cappadoce. La partie désignée par le nom de Poatus Poiemowacus , conserva seule I honneur d'être une province romaine particulière. Un certain Anicet, esclave, puis affranchi de Polémon , prit les armes pour secouer le joug des Romains, et s'attribuer la souveraineté du Pont. Il fut obligé de fuir devant Verdius Geminus, envoyé contre lui par Vespasien. L'usurpateur se retira sous ta protection dr Sédoque , roi des Lauens , qui , vaincu par les piésenls ei les menaces , le livre aux Romains avec tous ceux de sa suite. Depuis ce tems, le Pont demeura province romaine jusqu'à David et Alexis Coin nèoe (a). Celui-ci même y forma un nouvel empire , connu daos la suite sous le nom de Trébisonde , que sa famille posséda plus de deux cent cinquante ans, c'esl-à-dire jusqu'au tems dr Mahomet II, qui fît captif le dernier des Comnènes, avec toute sa parenté. Trébisonde et tout le Pont, assujétis aux Turcs, sont demeurés dans l'esclavage.
vécu tons Ausnltcct écrit l'an 19 de J. C , terni auquel vivait et régnait Pythodori*. Ce que dit Slrsbon te tronvc d'ailleur* confirmé par Oiodore de Sicile , autenr contemporain.
(9j Vojei, dan» l'Art de vérifier le* Date* depuis J. C , la Chronologie des empereur* d'Orient, année iac>4» article de Théodore Lascaris. ( Nttt i*i Mittiuï. )
CHRONOI.OG1K HISTORIQUE