GUERRE DE LIBYE
Hannon , l'un des suffîtes, donne lieu par l'imprudence de sa conduite a -une guerre plus dangereuse que celle qui venait d'être terminée. Canhage, épuisée d'argent , ne peut ni récompenser ni payer les mercénaires. Ces gens s'awem blent au nombre de vingt mille, s'avancent vers Tunis et campent devant cette ville. Giscon t celui des généraux carthaginois qui était le plus agréable aux révoltés, est ne veulent se prêti
envoyé auprès d'i
iter k aucun
accommodement, pillent l'argent que cè généra) avait apporté avec lui , et le mettent dans les fers avec tous de sa suite. Bientôt toutes les villes d'Afrique, à de deux, Utique et Hippacra, se joignent aux par ressentiment de l'extrême dureté avec laquelle e les avait traitées dans la guerre précédente. Les
DE LA REPUBLIQUE DE CARTHAGE. s
Carthaginois funl de grands préparatifs pour mettre ces mercenaires a la raison. Mathos et Spendius, chefs de la : rébellion, ayant sept nulle hommes sous leur commandement , assiègent tout" la foi* Utique et Hippacra, en | lenant toujours Carthage comme bloquée. Haunon les at- | taque , et après un combat opiniâtre, se rend maître de | leur camp par le moyen de ses éléphants. Les mercenaires ' perdent beaucoup de monde. Le général carthaginois man- ! iiue, par ses imprudences, les avantages qu'il pouvait tirer île sa victoire. Carthage lui substitue Amilcar. Celui-ci défait les rebelles, leur tue six mille homme* et en fait deux mille prisonniers. Plusieurs villes se soumettent aux Carthaginois , ou sont reconquises par leurs armes. Naravase , jeune seigneur numide , qui commandait un corps décent chevaux dans l'armée ennemie , vient trouver Amilcar qui le reçoit bien et lui donne sa propre fille en mariage. Deux mille Numides, à l'exemple de ce jeune seigneur, se joignent a Amilcar. Avec ce renfort , le général cartha ginois se trouve en état de livrer bataille a Spendius et a Autarite. L'action est sanglante. La victoire, long-tems suspendue , se déclare pour les Carthaginois. Dix mille mercenaires restent sur le champ de bataille , quatre mille sont faits prisonniers. Le* chefs des rebelles font lapider tous les Carthaginois qui sont tombés entre leurs I mains. Giscon , qui était du nombre et sept cents Carlhai ginois avec lui , sont mis a mort , après plusieurs traitements indignes et cruels, par ordre de Spendius. Utique et Hippacra se déclarent pour le* mercenaires. Cinq cent» < 3 r i h j g 1 1 1 < j i* qui y étaient en garnison sont massacres. Iliéron , roi de Syracuse , assiste Carthage qui en avait grand besoin. Le* mercenaires , malgré leur infortune , tenaient encore la campagne avec cinquante mille nomme» effectifs, et s'étaient avancés jusqu'au pied de* murs de la capitale. Aonibal, donné pour collègue à Amilcar, avait ion quartier sur la route de Carthage , et Amilcar teuait le sien du coté opposé. Celui-ci remportait presque journellement Quelque avantage sur le* ennemis. A fa fin, il les surprend et les enferme datts Prion , de manière au il ne leur est pas possible d'en sortir. La famine se met dans leur armée; ils commencent a se manger le* un* le* autres. Trois de leurs généraux, Spendius, Autarite, Zarxas, ayant obtenu un sauf conduit , vont trouver Amilcar pour négocier la paix. Le général carthaginois fait arrêter les négociateurs. Les rebelles, irrités de cette perfidie , prennent les arme*. Amilcar , qui le* enveloppait de toutes parts , fait avancer ses éléphants. Plus de quatre mille mercenaires sont écrasés ou égorgés. Après cette grande victoire, les généraux carthaginois font rentrer dans le devoir plusieurs villes révoltées. Amilcar investit Tunis, où Mathos s'était retiré. Ses troupes étant campées, il fait mettre en croix Spendius et les autres captifs de Prion , à la vue des assiège». Mathos , observant qu'Annibal ne se tenait pas à beaucoup près aussi bien sur ses gardes que son collègue , sort de ses retranchements , surprend Annibal , tue un grand nombre de Carthaginois , en fait plusieurs prisonniers, et entr autres , Aonibal lui-même. Aussitôt Spendius est détaché de la croix , Annibal y est mis a sa place, et autour de lui trente des principaux prisonniers Carthaginois. La république renvoie Hannon avec toute la jeunesse île Carihage, en état de porter le* arme*. Trente sénateurs députés auprès des deux généraux, les conjurent, au nom delà patrie , de sacrifier leur jalousie et leurs ressentiments particuliers au bien commun. Hannon et Amilcar deviennent amis. Le second se trouvant en état d'agir offensivement, attaque les ennemis- partout où il le* rencontre et les défait. Enfin on en vient a un engagement général. Dès le premier choc les mercenaires prennent la fuite et sont presque tous tués. Les villes révoltées , a l'exception d'Utiqoe et d'Ilippacra, ouvrent leurs portes aux Carthaginois. Amilcar assiège ces deux places , et s'en rend bientôt maître. Mathos est pris; il sert d'ornement au triomphe du vainqueur, et ensuite est conduit au lieu de l'exécution , où il termine par une mort ignominieuse et cruelle une vie souillée de* plus noires trahisons et des plus exécrables barbarie* (a38). Ainsi finit cette guerre que les Grecs appelèrent inexpiable , a cause des fureurs auxquelles elle donna lieu de part et d'autre. Elle avait duré un peu plu* de trois
(i ) Ce que les auteur* eu rapportent «si tiré des TnaineaU de DKxtore de Sicile , dont la plupirt ne méritent pu la mène confiance que le corps même de Inistoire , surtout lorsque , comme
ans et durait encore lorsque les mercenaires de Sardaignc se déclarèrent contre le* Carthaginois. Les Romains , manquant aux maximes de la justice tt de l'honneur, avaient protégé ces rebelles. Carthage, épuisée par toutes les pertes qu'elle avait laites , est obligée, par un nouveau traite , de céder la Sardaignc aux Romains, et d'augmenter le tribut qu'elle payait , de doute cent* talent* (3Î7) pour les frais d'un armement qoe Rome n'avait fait dans la vérité que pour ses propres intérêts. Cette conduite et bien d'autres sujets de mécontentement , inspirent à Amilcar le projet de se rendre maître de l'Espagne, espérant que le succès de cette expédition fournirait à sa patrie des troupe* a opposer a l'avidité insatiable des Romains. Carthage entre dans ses vues, et lui confie le commandement d'une armée destinée à l'exécution de ses desseins. Le général carthaginois, accompagné de son fil» Annibal , âgé pour lors de neuf ans , commence ses opérations par des excursions dans le pays, et établit son quartier à Gadès (aujourd'hui Cadix). L'histoire ne nous a point conservé le détail de ses actions glorieuses pendant les neuf années qu'il fit la guerre eu Espagne (1), et ne parle que de laabalaille qui lui coûta ta vie (aay). Elle se donna dans la partie de la l-usitanie habitée par les Vetiones ou Vectortes. Mais les historiens s'accordent à représenter ce général comme l'on de* grands hommes de guerre qu'ait eu Carihage.
338. ASDRI' bal IV , après la morC d' Amilcar est élu I par toute l'armée pour remplacer son beau- père. Le sénat approuve cette élection, d'autant plus volontiers, qu'As drubal occupait déjà, par le choix de Carthage, la place importante d'amiral. Les Romains prennent ombrage des progrès que les Carthaginois faisaient en Espagne. Asdrubal qui avait le* mêmes vues que son prédécesseur, mais qui ne pouvait encore les découvrir, consent i un traité (a»") qui bornait d'une part ses conquêtes, et les étendait d'une autre. Sa prudence, plutôt que ses armes , lui subjugue toute cette partie de l'Espagne comprise entre l'Océan et l'Ebre. Un gaulois , dont le maître avait été mis a mort par ordre du général carthaginois, l'assassine lorsqu'il était sur le point de pousser plus loi oses victoires (aai).
Ans 1 bal IV, ou lb Grand, fils d' Amilcar VI, beau - frère d'Asdrubal IV et frère d'Asdrubal V , est chargé par le crédit de la faction bar ci ne de continuer la guerre d'Espagne. Il n'avait pas encore vingt-cinq ans ,
3uoiqu'il eut déjà servi dans trois campagnes sous Asrubal. Sa ressemblance avec son père et se* qualités personnelles préviennent en sa faveur et le font chérir de toute l'armée. Le jeune général marche d'abord contre les Olcades , peuple dont le pay» était peu éloigné de l'Ebre. Il se rend maître de leur capitale nommée Allhaea (aao) , et va passer son quartier d'hiver dans la nouvelle Cari hagr (aujourd'hui Carthagène). La générosité avec laquelle il abandonne le butin aux soldats et son exactitude i payer leur solde , l'assurent du dévouement de se* troupes. La campagne suivante s'ouvre par le siège de Satamanque, qui résiste peu (219). Il defiit ensuite les Espagnols ci subjugue le pay* des Carnctani , l'une des plus puissantes nations de l'Espagne , dont l'armée était forte de plus de cent mille hommes. Après ces victoires qui soumettaient aux Carthaginois toute l'Espagne jusqu'à l'Ebre , Annibal fait le siège de Sagonte, alliée des Romains. Le siège dure sept mois. Le courage et la valeur des Sagontaius opposent 4 Annibal une résistance digne de lui. Une défense vraiment héroïque ne le* empêche pa* néanmoins de subir le joug du général carthaginois. Tous les habitants de Sagonte périssent par l'épée de l'ennemi ou par leurs propres mains. Après avoir fait consumer dan* les flammes une grande partie de leur* riihesses , Annibal n'applique rien de ce qui en reste à ton profit, mais s'en sert uniquement , soit pour réveiller l'ardeur et l'espérance du soldat , soit pour achever de se concilier le* principaux de Cartilage. Les Romains envoient à Carthagène des ambassadeurs à Annibal , pour se plaindre de l'infraction du dernier traité par lequel il était convenu que les Carthaginois n'entreprendraient rien au-delà de l'Ebre. Les ambassadeurs n'ayant pas reçu une réponse favorable du général cartha-
ici , cet fragment* oe t'accordent point avec ce qui est dit dans le corp» de l'outraje de Diodorc.
Mo
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
ginois, passent à Carthage pour savoué par la république. Elle r au nom Je la république Carthaginois.
SECONDE GUEHRE PUNIQUE.
318. Ainsi commence La seconde guerre punique. Scipion passe en Espagne et tâche sainement Je détacher les Espagnols Jes interdis Je Cartilage. Annibal avait déjà pourvu à la sûreté de l'Espagne, et même a celle Je l'Afrique, en y portant un nombre suffisant Je bonnes troupes. Ces dispositions faites, il part de Carthagéiie le iS juin et traverse lui mémerEbre, avec une année de quatre-vingt- dis mille fantassins , de douze mille chevaux , et d'un bon nombre d éléphants. Tous les peuples situés entre l'Etre et les Pyrénées se soumriirut a lui Je gré ou Je force. Le ■ 4 octobre, il gagne les borJs Ju hhune, un peu audessus d'Avignon. Cinq jours entiers ne sont que suffisants a faire passer toute son armée , et surtout ses éléphants , au-delà du neuve. Le 18 <]u mime mois, il campa a l'autre horJ. 1..' ao , cinq cents Numides , détachés pour aller reconnaître l'ennemi , rencoutrent un Jétachement romain, qui leur présente la bataille. Le Jésavantagc a' Annibal Jans ce combat ne l'empêche pas Je poursuivre , le ti , sa route, et J'aniver au piej Jes Alpes , le 3i , malgré toutes les difficultés que lui opposaient la nature lle-méme et les peuples qui habitaient ces hautes montagnes, et le 9 novembre, étant parvenu au sommet , il y prend Jeux jours Je repos. Après une marche pénible qui avait Juré plus de cinq mois , l'armée carthaginoise entre, enGn, dans les plaines fertiles d'Insubrie. Turin refuse son alliance. Annibal , campe devant la place , l'emporte en trois jours , et fait passer au fil de l'epee tous ceux qui lui opposent la moindre résistance. Les Gaulois d'alentour, effrayes de cette expédition se rendent euxm'mei a discrétion. Le général carthaginois marche ensuite aux Komains qui avaient déjà passé le Pd, les délait ;>r.-s du Tésiu, les poursuit jusqu'à la Trebie, petite lia virre qui se jette dans le Pd, taille eo pièces, ou fait prisonniers tous ceux qu'il peut joindre, Scipion lui-même est blessé. Semprnnius, son collègue, ambitieux et téme< taire, veut ronlre l'avis de Scipion , bazarder une batailh la saison de la brume, au solstice d'hyver, un jour
de neige, vers la fin du mois de décembre, et donne imprudemment dans un piège que le Carthaginois lui avait dresse. Cette imprudence le conduit à un engagement général , qni se termine a l'avantage des Carthaginois ei couche sur le champ de bataille, ou met dans h'S fcrs toute l'armée romaine, à l'exception de dix mille hommes qui gagnent Plaisance. Pendant que les Carthaginois remportaient ces avantages sur terre , leur armée navale rava-
r't les cotes de l'Italie, s'emparait des tics de Liiiari et rrlle de Vulcanie, mais elle ne put prendre Lilybée ,
00 elle perdit même un nombre assez considérable d hum mes et Je galères.
Annibal, dans ses quartiers d'hiver, s'occupe à gagner l'affertiou des Gaulois et des alliés de Rome, et renvoie sans rançon tous ceux d'entre eux qui étaient devenus ses prisonniers. Dès les premiers Jours du prinlems , a la fin du mois de février (217), il franchit l'Apeanin pour exciter a la révolte , ou soumettre les peuples de l'Elrurie. Le mauvais tenu l'oblige a revenir sur se* pas. Sempronius l'attaque sous les mues de Plaisance. Le combat est * peu près egaL Néanmoins Annibal retourne vers les Alpes , et te retire chez les Gaulois de Ijgurie qui s'étaient ligues avec lui contre les Romains. Son séjour et xelui de son armée sur leurs terres, étant incommodes a ces barbares, ils dressent des embûches aux Carthaginois. Annibal se contente de Us éviter, et décampe de chez eu , des la fin Je mars.
Bakhok V, qui corn mandait en Espagne , perd une bataille auprès de Cista , contre Cn. Cornélius Scipion, frère rjfl consul. Dix mille Carthaginois perdent la vie ou la liberté dans celte action. Le commandant lui-même est Ju nombre des prisonniers. Tout le gros bagage qu'Annibal
1 <i avait laissé en partant pour l'Italie, tombe au pouvoir du vainqueur qui réduit tout es les villes de la cote d'Em-
jusqua rit
*iSdhcbm V, frère
sorte les Carthaginois de ces perles, eo chargeant, défaisant et tuant les matelots ou mariniers, qui , après la victoire, n'observaient plus ni ordre ni discipline.
Annibal , aaiii de la Ligurte , traverse des marais le long Je l'An**) , qu'on estimait impraticables , brûle et ravage les villes et les terres romaines, et arrive, dans le mou d'avril, auptès U' Arrêt iura, où était campée l'armée consulaire. Son armée, avant passé quatre jours et trois nuits dans l'eau , avait beaucoup souffert ; une grosse fluxion l'avait privé lui-même d'un œil. Servilius venait au secours de Flaminius. Annibal, néanmoins, s'avance, prend la roule de Rome , ayant Cortone à sa gauche et le lac de Trasimène à sa droite, et se poste dans un vallon spacieux bordé dans sa longueur de deux chaînes de montagnes qui lui servaient d'entrée. Flaminius, excellent orateur , mais pauvre capitaine , le suit et s'engage dans le défilé , avant de l'avoir reconnu. Mais a peine son armée est-elle entrée , le lendemain i5 juillet, dans le vallon, qu'assaillie de toute part, il ne lui est pas m'mc possible de se mettre en ordre de bataille, Le consul est tué des premiers par un lusubrien. Les Ho mains commencent à Lâcher pied. Quinze raille d'entre eux tombent morts; six mille se renJent le tenJemain k discrétion. Cette victoire ne coûte que quinze cent* hommes aux Carthagi-
MaHEUML, peu de jours après, par ordre d' Annibal, marche avec toute la cavalerie et un corps de fantassins, à la rencontre du patricien Centenius, envoyé en Etrune, par le consul Servilius, au secours de sou collègue. Les deux armées en viennent aux mains. Les Carthaginois sont encore vainqueurs. Deux mille Romains perdent la vie dans celle action et six mille subissent la captivité.
Annibal, qui dans les combats avait pris une grande quantité d'armes, lait armer ses soldats à la manière des1 Romains, et entre ensuite dans la Campanie qu'il ravage. Il met inutilement en oeuvre toute sorte de stratagèmes pour engager le prudent Fabius dans une action. Les Carthaginois veulent sortir de la Campante qui ne pouvait plus fournir a la subsistance de leur armée; mais Fabius s'était saisi de tous le* défilés par où ils étaient entrés dans les plaines de Capoue. Annibal imagine de prendre deux mille des plus fort* Unis qui se trouvaient dans le butin. Il fait attacher à leurs cornes des fagots de sarment et d'autres bois secs et menu*. Au milieu de la nuit pendant que les troupes légères gagnaient les hauteurs et se répandaient avec grand bruit de coté et d'autre, des pionnier* poussent les boeufs jusqu'au sommet d'une montagne siluee entre le camp des Carthaginois et le deGlé , et mettent le feu aux fagots attache* aux cornes des animaux. Les boeufs, d'abord effrayés et ensuite brûlés jusqu'au vif par ces feux allumés sur leurs lélea, deviennent furieux, se dispersent dan* le* boi* et répandent le feu partout où ils passent. Les Romains oe comprennent rien à cet flammes qui s'approchent d'i et menacent de les envelopper. Tous quittent leurs ou pour s'enfuir ou pour braver le danger. Les passages demeurent libres aux Carthaginois. Ils sortent de la Carn panie, a la fin du mois de septembre , gagnent avec pein>* le* frontières du Samnium et campent a Gerion dans la fouille. Minucius, qui commandait à la place de Fabius, rappelé a Rome, attaque les fourrageurs carthaginois et remporte quelques légers avantages sur Annibal. Celui-ci en est dédommagé par la défaite entière de Minucius, dont toute l'armée allait être taillée en pièces, saus le retour de Fabius.
Les affaires des Carthaginois n'allaient pas aussi bien en Espagne et en Afrique. Cn. Scipion y triomphoit des allié» de Carthage. Les llergètes perdaient Athénàgie , leur ca pitase. Les Ausilains défendaient la leur située sur les bord* Je l'Eure, et un siège de trente jours n'avait pu les réduire. Mais douce mille Espagnols , venus à leur secour perdu la vie dans une embuscade dressée par les ou
AaniCAR VU, qui côtoyait le rivage de l'Ebre, avec une flatte de quarante - cinq vaisseaux de ligne et de dis galères, quoique soutenu par la jonction d'Asdrubal, ne pouvait résister aux Romains-, uuu, après une action sanglante, l'avaient défait et lui avaient enlevé trente-cioq galères. Servilius, avec une escadre de cent vingt voiles, donnait la chasse a la flotte des Carthaginois en Sardaigne ,
Dfc LA RhPUBl 'QUE Dfc. CARTHAGE.
l'empêchait de venir joindre Annibal, et était arrivé heureusement au port de Lylibée, après avoir mis à contribution i chemin faisant , la petite îlîs de Cercine, sur La cdir d'Afrique et celle de Cossyrus , peu éloignée de Carthage. Cependant Scipion tire parti de «a dernière victoire, assiège, prend et rase Honosca, ravage tout le pays autour de Carthage , pille 111e d'Ivica, sans pouvoir subjuguer la capitale , et néanmoins traite avec les habitants cl ceux des aulres Iles Baléares.
Cent vingt canton» espagnols se soumettent soi Romains. Asdrubal se retire en Lusitanie, dans cette partie de l'Espagne qui est bornée par l'océan ; mais lorsqu'il portait du secours à Mandonius, l'un des chefs des llergètes, les princes Cellibériens, fidèles alliés de Rome, lui tuent quinze mille hommes, et en font quatre mille prisonniers.
La disette de vivres commençait à menacer Annibal d'un terrible embarras; heureusement pour lui que rabius, ayant fini sa dictature, est rappelé a Rome, et C. Teremius Varro avec L. .Amilius Paulus succèdent aux deux consuls Cn. Servilius Geminus et M. Aililius Regulus, qui avaient imite eu tout point la conduite prudente du dictateur, en évitant toujours le combat. Les deux nouveaux consuls étaient d'ailleurs peu d'accord entre eux. Vairon avait l'autorité prépondérante sur son collègue , et une témérité encore plus grande. Arrivé dans son camp, un de ses détachements bat an corps de Carthaginois, et en tue pris de deux mille hommes. Cet avantage ne laisse plus au consul lieu de douter qu'il ne doive attaquer l'ennemi. Annibal marche a sa rencontre avec sa cavalerie. Les deux armées se trouvent en présence auprès de Cannes (at6)t village et château de la rouille, situe sur l'Aufide le S septembre. Annibal ayant commencé l'attaque, est d'abord vigoureusement repoussé; inaisle tenu trop obscur ne lui permet pas de ramener ses gens a la charge. Le lendemain, les deux armées se disposent à une action générale. L'armée romaine, composée de quatrevingt mille hommes d'infanterie et de six mille chevaux, s'avance dans les plaines de l'Aufide , contre l'avis de Paul Emile, qui aurait voulu un lieu plus favorable à l'inlanlerie. Annibal passe la rivière, et range ses troupes, consistant en dix mille chevaux et quarante mille fantavsins, à peu de dislance de l'armée romaine ; mais il a la précaution de lui mettre le vent sud-est au ner, et même avant l'action, cinq cents Numides passent par son ordre dans le camp des Romains, sans boucliers et les armes bas, à l'exception de leurs épées qu'ils tenaient cachées sous leurs cottes de mailles. Ix'j Romains les reçoivent comme déserteurs, et les placent à la queue de l'armée. A ces dispositions, Annibal avait flfare ajouté le soin rationné de faire passer la charrue sur le terrain sabloneux qui environnait son camp. Tous ces arrangements faits de part et d'autre , on donne Je signal de la bataille ; elle s'engage aussilAt. Le vent sou (Ban t avec force , poussait la poussière aux yeux des Romains , qui avaient peine a distinguer l'ennemi. La cavalerie gauloise et espagnole fondait sur eux avec une impétuosité qui tenait de ta fureur, et l'infanterie romaine se trouve loul-à-cuup enveloppée par la cavalerie et l'infanterie ennemie. Les Humains sont mis en désordre après avoir fait des prodiges de valeur. Cependant les Numides transfuges qui s'étaient tenus tranquilles jusqu'alors , se fournissent de boucliers sur le champ Je bataille, et font usage de leurs épées. Quarante mille Romains demeurent sur la place , et trois mille sont faits prisonniers. Servi li us. consul de l'année précédente, Minutius, maître de la cavalerie sons Fabius, le consul Paul Emile et deux mille sept cents personnages distingués, se trouvent parmi les morts. La perte d'An ni bal ne monta qu'a quatre mille Gaulois, quinze cents Africains ou Espagnols, et deux cents chevaux. Varron, cause de cette terrible défaite, se sauve à Venouse avec soixante-dix cavaliers. Tout le pays d'alentour se soumet a Annibal. Ce grand capitaine ne se trouvant point en état , faute de monde suffisant , de mu nitions , de machines , etc. , de faire le siège de Rome , s'avance jusqu'à Capoue, qui lui ouvre ses portes par le crédit de la faction populaire, maîtresse absolue de la ville. Pendant ce tems-U, l'une des Hottes carthaginoises ravageait les cotes maritimes des étais d'Hiéron , roi de Syracuse , et Carthalon traitait a Uome du rachat de sept a huit mille prisonniers , faits a la journée de Cannes. Les pères conscrits refusent de payer la somme modérée qu'Annibal demandait pour leur rançon ; ils ne voulaient pas que des soldats romains pussent espérer de redevenir citoyens, après avoir été prisonniers de guerre. Cette espérance aurait peutêtre fait tort a leur valeur.
Annibal ayant fait son entrée dans Capoue, députe Magon à Carthage , pour y annoncer les heureux succès de ses armes , et demander de nouveaux secours pour la continuation de la guerre. Pendant l'absence de celui-ci , il fait d'inutiles tentatives sur Naples et sur Noie. La famine force Nucerie a se rendre; elle est abandonnée au pillage, et après cela réduite en cendres. Acerres , désertée par ses propres habitants, éprouve le même sort. Casilinie assiégée, repousse d'abord les assiégea ni, et en tue une bonne partie. Aunibal laisse un corps de troupes devant la place, et va attaquer Pétilie , ville des Brutiens. Le général , a qui la faction barcine avait fait accorder, par Carthage, un secours Je vingt mille hommes et de quatre mille chevaux, n'en ttçnit , parla jalousie de Hannoo, que douze mille fantassins cl Jeux mille cinq cents chevaux. Celle faction nuisit encore plus aux affaires d'Italie que les délices de Capoue, <iui avaient sans doute beaucoup énervé le caractère martial des Carthaginois. Néanmoins Annibal reprend, an retour du prinlezns, le siège de Casilinie (ai5), et la réduit par famine a la nécessité de se soumettre.
Asdrubal , en Espagne , subjugue les Carpésiens qui s'étaient révoltés. 11 a ordre de se rendre en Italie pour soutenir Annibal. Imilcon vient le joindre avec une bonne armée et un renfort de vaisseaux. Avani de sortir de l'Espagne, Asdrubal est défait par les Romains, qui lui tuent vingt-cinq mille hommes, et en font dix mille prisonniers. Alors tous les Espagnols, qui avaient long- teins balancé entre Rome et Carthage, se déclarent pour les vainqueurs.
Imilcon 11 , en Italie , se porte devant Pétilie , et en pousse le siège' avec une vigueur extrême. Elle se défend, pendant quelques mois, avec une ardeur incroyable; la faim oblige les assiégés de se rendre. Ils sont tous massacrés, k la réserve de huit cents qui, se faisant jour l'épée à la main , gagnent le camp des Romains. Consentis , Locrea, Crotone, et plusieurs aulres villes de la grande Grèce, se rendent aux Carthaginois. Le dictateur Junius, qui entreprend de s'opposer a ces progrès, est défait par Annibal l.*a Carthaginois se préparent a envahir la îsardaigne. Philippe, roi de Macédoine et fort voisin de l'Italie, croit devoir préférer l'alliance des Carthaginois A celle des Romains. Il fait une ligue offensive et défensive avec les premiers. Polybe nous en a conservé une copie, qui est un précieux monument de l'antiquité. Les ambassadeurs macédoniens et carthaginois, chargés de porter le traité a Philippe, tombent entre les mains de l'ennemi, et sont envoyés à IU>me prisonniers. Vers ce même tenu, Gracchus défait les Campaniens, alliés des Carthaginois, aux environs de Cumes. Anuibal arrive trop tard a leur secours; il ravage tout le pays voisin, et met le siège devant cette ville (ai4). Le consul l'oblige bientôt a l'abandonner, lui tue quatorze cents hommes, et en fait quarante prisonniers. Hannon venait d'être défait en Lucanie par Titus Sempr. Longus, avec perte de quatre mille hommes, et les Brutiens avaient ouvert leurs portes aux Romains- Asdrubal, surnommé Calvus, envoyé en Sardaïgne , avait été accueilli par une violente tempête, qui l'avait obligé dte relâcher dans l'un des ports des îles Baléares. Trois principaux seigneurs macédoniens avaient conclu un traité avec les Carthaginois; mais la 'saison n'avait pas permis à Philippe de faire quelque diversion en leur faveur. Fabius, en conséquence, ayant facilement passé le Vulturne avec son collègue , s empare de Combulterie , de Trébula et d'Austicula (ai 3). Marcellus fait non-seulement lever le siège de Noie, mais encore a un mille de la livre bataille aux Carthaginois , leur tue cent I hommes et quatre élephans, en prend deux, fait seize cents ! prisonniers , et se rend maître de dix - neuf drapeaux. Le | lendemain de cette action, un coqis d'environ treize cents cavaliers , tant Espagnols que Numides , tous soldais vétérans, passe dans le camp des Romains. Fabius s'avance vers Capoue, mettant, chemin faisant, tout a feu et à sang.
Dans ce même tems , Manlius, avec une arm<*e forte de vingt mille fantassins et de douze cents chevaux , défait Hioslus, fils d'Harsicora, général des Sardes, lui tue trente mille hommes dans une action que ce jeune homme a la témérité de risquer, et fait treize cents prisonniers. Après cette défaite, Asdrubal ne peut plus se soutenir en Sardaigne. Le général romain l'engage lui-même dans un combat , où tes Carthaginois, après s être comportés pendant plus de quatre heures avec une bravoure sans égale , sont néanmoins dispersés de façon à ne pouvoir plus se rallier. Douze mille Sardes et trois mille Carthaginois y perdent la vie; sept cents
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
prisonniers et dix-neuf drapeaux tombent au pouvoir du vainqueur. Magon , proche parent d'Annibat , Hannoii, autre noble carthaginois, et Asdrubal lui-même, sont du nombre des captifs. Hioslus étant mort sur le champ de bataille , Harsicora , son pire , se tue de désespoir. Les Sardes se rendent', des la première sommation du romain victorieux. Toutes les Tilles et les forteresse* carthaginoises se soumettent a Manlius. Les Carthaginois ne sont pas plus heureux sur mer. Le préteur T. Olacilius défait leur (lotie en Afrique, et les Locriens ouvrent leurs portes aux Romains. Anmbal fait d'inutiles efforts, après cela, pour défendre Capoue, pour proléger Noie, pour s'emparer de Pu noies. Partout les Romains le rrpousseiil. Le proconsul T. Gracchus, i la léle d'un nombreux détachement , défait Hannon auprès de Bénévent; niais Hannon prend sa revanche en Lucanie, où il disperse et passe au fil de l'epée quelques troupes, envoyées par Gracchus pour ravager le pays. Cependant , Fabius et Marcellus continuaient le siège de Casiliuie, qui a la lin demande a capilulrr. Marcellus fait massacrer un grand nombre de ses habitants, et envoie près lue tous les autres prisonniers à Rome, quoiqu'un des articles de la capitulalion portât qu'ils pouvaient se retirer à Capoue. Apres celle pi [«édition , les Romains pillent, brûlent ou subjuguent tout le pays des environs , et recueillent un butin immense. Marcellus part pour la Sicile. Annibal s'avance vers Tarenie, où le propréteur Valérius avait jelé un corps de troupes. Quelques jeunes larenlins, d'une naissance distinguée, dont les principaux étaient Nicon et Philomine, forment le projet de massacrer les Romains établis dans leur ville , et de livrer la place aux Carthaginois (an). Annibal entre dans ce complot , qui est si bien conduit qu'il se rend maître delà ville à la fin du mois de juillet. Les Romains sont abandonnés à la fureur des Carthaginois. Livius, surpris dans un moment d'ivresse, peut à peine se sauver dans la citadelle. Les Tarentins la bloquent par mer el par terre. Annibal y laisse des troupes, et se relire dans le camp qu'il avait choisi sur le Galèsc. Pendant ce tenu-la, Hannon, qui par ordre du général carthaginois avait entrepris d'avilaillcr Capoue , est défait par les Romains. Six mille Carthaginois perdent la vie dans celte défaite , et sepl mille la liberté. Une immense quantité de vivres el de Lutin tombent au pouvoir des vainqueurs. Annibal néanmoins se rend maître des villes de Métapont et d'Héraclée , voisines de Tarenie. Hannon el Magon sont reçus dans Togurium par la trahison de quelques habitants. Les coosuls se préparent a faire le siège de Capoue. Le proconsul Til. Scmpr. Gracchus est massacré par la trahison de Flavius Jjicanus, avant de quitter la Lucanie. Cependant le* troupes romaines s'approchent de la place sur la fin de l'élé, ou au commencement de l'automne. Un corps de cavalerie commandé par Magon* passe au fil de l'épéc treize cents soldats romains , fait grand nombre de prisonniers, et recouvre quant ilé de butin. Annibal va droit a Capoue, et attaque les Romains. M. C. Pénula, naturellement hardi, à la vile d'un corps de seize mille hommes , risque un engagement avec les Carthaginois : il y est lue lui-même après un combat de deux heures. A peine un millier de ses soldats peut-il se sauver du carnage. Malgré cet échec, les deux consuls, Fulvius et Claudius Pulchcr, forment le blocus de Capoue.
Annibal s'avance jusqu'à Herdonie, ou les Romains élaient campés. Fulvius donne dans une embuscade que lui avait dressée le général carthaginois. Le consul est entouré de tous cotés, et de dix-huit mille hommes qu'il commandait , il n'en échappe a l'épée que deux cents qui l'accompagnent dans sa fuite. Olacuius néanmoins ravageait les eûtes île l'Afrique, sans Que les Carthaginois pussent l'en empêcher. Magon et Asdrubal , fils d^milcar, aidés de Massiniaaa e| d Indibilis, dans l'Espagne, harcèlent à la vérité les Romains, et remportent pareillement la victoire dans un combat opiniâtre, où le consul perd aussi la vie avec un grand nombre Je ses légionnaires ; mais L. Marcius. jeune chevalier romain , après avoir ramassé les débris de l'armée des deux consuls , {ait payer bien cher aux Carthaginois leur victoire. Eo vingt-quaire heures de Irms, il force deux de leurs campa, leur tue trente -sept mille hommes et en fait dix-huit cents prisonniers, s'il en faut croire les historiens romains , qui presque toujours exagèrent les avantages de leur nation. Quoi qu'il en soit , les consuls el le préleur Claudius continuaient le siège de Capoue avec la dernière vigueur (ai i). Annibal , pour secourir cette place importante, abandonne le blocus de Tarente pour se rendre devant Capoue. Les Romains rendent ses efforts inutiles. Il forme le
dessein de surprendre Home; mais il manque son coup , soit par la diligence du courrier que Fulvius Ceniiinanus avait dépêché a Home, soit , selon d'autres, a cause d'une tempête qui, en retardant sa marche, donne aux Romains le tenu de se mettre sur leurs gardes; pour lor», Annibal s'avance en toute diligence vers Rhège, et fait la guerre aux Lucaniens. Les Cj pou ans se regardant comme abandonnés par les Carthaginois, se rendent aux Romains, qui les traitent avec une énorme cruauté. Le proconsul P. Corn. Scipion , Igé d'environ vingt-quatre ans , n'avait pas moins de succès en Espigne , dont tous les peuples , instruits de tant de défaites des Carthaginois, avaient plus d'envie que jamais de s'unir aux Romains. Le parti artificieux et puissant de Hannon dans Carlhagc, empêche qu'Annibal ne reçoive les renforts qu'on lui avait promis, et dont il avait besoin. Les affaires des Carthaginois tombent nécessairement en décadence dans l'Italie et dans la Sicile. l>es Romains prennent Salapie, el sont néanmoins défaits sur mer par les Tarentins. Scipion , en Espagne, dédommage en un seul jour les Romains de cet échec par la prise de Carthàgène (210), qui était comme le magasin général des Carthaginois dans ce pays-li. Celle prise est de la fin de l'été de celle année!
Marcellus , dans le Samnium , prend d'assaut Maronee et Mêlée, passe au fil de l'épée, ou fait prisonniers trois mille Carthaginois, et remporte un riche butin. Le préteur Cn. Fulvius Centumatus , auprès d'HcrJonée , n'est pas aussi heureux. Annibal lui livre bataille, Crntumalus y perd la vie avec treize mille hommes. Herdonéc est réduite en cendres , et plusieurs nobles , convaincus d'avoir entretenu des intelligences secrètes avec Fulvius , sont mis & mort. Le reste de la campagne se passe en divers combats enlre Marcellus et Annibal , dont les perles cl les avantages furent contrebalancés. Le plus important et le plus sanglant, fut le second qu'Annibal livra an consul. Les Romains y perdent trois mille hommes, mais I en tuent huit raille aux Carthaginois. Cet avantage des Romains leur procure la soumission des Hirpiniens , des Lucaniens, des Volccntes et des Brutiens, qui, dès-lors, abandonnent Annibal. (209) Un accident imprévu rend Fabius maître de Tarenie , sans presqu'aucunc effusion de sang, après le milieu de l'été. Le commandant de la garnison était éperd ûment amoureux d'une fille, sœur d'un soldat servant dans l'armée romaine. Ce soldat , instruit du pouvoir que sa sceur avait sur l'esprit du commandant , passe , par ordre de Fabius , dans la ville comme déserteur , et engage le commandant , par le moyen de sa maîtresse, à recevoir le» Romains dans la place. Le consul y fait un butin immense. Le seul nombre des esclaves rails prisonniers montait a trois mille. Tout ce qui s'v trouve de Brutiens et de Carthaginois, est passé au fil dé I énée ; plusieurs n'évitent ce traitement cruel et honteux qu en se donnant eux-mêmes la mort , ou en se ballant en désespérés. F.n Espagne, près de Bcrlula, P. Scipion, vers le milieu de l'automne , combat aussi heureusement contre Asdrubal, qui perd, dans une seule action, huit mille hommes tués, dix mille faits prisonniers et un corps de deux mille chevaux. La conduite du jeune proconsul , généreuse et pleine d'humanité, attire dans le parti romain la plupart des princes espagnols.
ao8. L'année suivante, Annibal, informé que les Romains se disposaient il investir, par terre, la ville de Lucres, marche a leur rencontre, les allire dans une embuscade , leur tue deux mille hommes et fait prisonniers ou disperse le reste. Le vaillant Marcellus fut du nombre des morts. Après cette victoire, Annibal dégage, sans beaucoup de peine, Magon, qui était serré de près dans Lucres , et oblige les Romains de lever le siège , en abandonnant leurs machines et leur attirail militaire. Vers ce même tems, Valérius, amiral romain, attaque une escadre carthaginoise de quatre-vingt-trois galères, à la hauteur de Capoue, et prend dix -huit vaisseaux. Les Carthaginois, infidèles eux-mêmes au traité fait avec Philippe, roi de Macédoine, n'en pouvaient lirer aucun secours. Il les abandonne , cn effet , et se dispose à faire , sans eux , sa paix avec Rome. Asdrubal, frère d'Annibat , ayant été obligé de quitter son camp de Bcrlula, passe assez facilement les Pyrénées, et obtient des Gaulois la permission de traverser leur pays, et même d'y faire des recrues. Arrivé heureusement devant Plaisance , il entreprend le siège de cette place, donne occasion aux Romains de rassembler leurs forces' et de le repousser; mais
DE LA REPUBLIQUE DE CARTHAGK
il perd, par son imprudence, l'amitié des Gaulois et les avantages qu'il en aurait pu tirer , et ruine les affaire* des Carthaginois en Italie. C Hoslilius Tubulus, défait les Carthaginois dans le pays des Salentins, et en lue jusqu'à quatre mille. Annibal , pour n'être pas enveloppe Jarn ce desastre, se retire chez les Brûlions, d'où ayant rappel* toutes ses garnisons, il marche vers la Lucanie. Claudius arrive a Gruraentum avant le Carthaginois avec quarante mille fantassins et deux mille c<nq cents chevaux , et campe a cinq cents pas de l'ennemi. On en vient i une action. Annibal y perd huit mille hommes et sept cents prisonniers. Elle ne coûïe que deux cents hommes aux Romains. Claudius , informé par une lettre interceptée qu'Asdrubal, après la levée du siège de Plaisance, prenait la route d'Ombric , s clive au dessus des lois romaines , qui défendaient aux généraux de quitter leur province , et passe, a la tête d'un détachement de sept mille hommes d'élite, dans celle de Livius, son collègue, qu'il joint dans une marche forcée de six jours. Aussitôt les deux consuls forcent Asdrubal au combat , sur les bords du Mélaure (aujourd'hui leMétauro). Le Carthaginois dispute long- tenu la victoire, avec un courage digne du fils d'A— mil car et du frère d'An ni bal. Enfin elle se déclare pour les Romains. Asdrubal , ne voulant pas survivre à tant de milliers de braves gens, qui avaient quitté leur patrie pour le suivre, se précipite au milieu d'une cohorte romaine, et y reçoit le coup de la mort. I.iviu» , content et las d'avoir déjà tué cinquante-cinq mille Carthaginois, ne veut pas permettre qu'on poursuive un gros d'ennemis qui fuient; il est bon , dit-il , qu'il en reste quelques-uns, pour porter aux Carthaginois la nouvelle de leur défaite. Annibal , défait lui-même en Lucanie, s'était retiré i Canisium. C'est-là où il apprend la nouvelle de la mort de son frère. On pouvait se souvenir qu'il avait traité avec décence, et même avec une affection respectueuse , les corps de Gracchus et de Marcellus. Mais Claudius ne sait pas profiter de ces leçons de générosité. Il fait jeter la telle d' Asdrubal pardessus les retranchement du général carthaginois, et ternit, par cette férocité barbare, une journée dont toute la gloire lui était due. Annibal , plongé dans la plus profonde affliction pu la perte de celui qu'il regardait comme toute son espérance et tout son bonheur , se retire dans l'extrémité du pays des Brutiens , où il a beaucoup de peine a subsiste/, mais où il paraissait encore redoutable a ses
Les affaires des Carthaginois eo Espagne , n'étaient pas dans un état plus florissant, nannon et Magon y commandaient , a la vérité , une armée considérable dans la Cellibérie. Elle était soutenue, a quelque distance d'elle, d'un corps de neuf mille Celtibénens. Syllanus , néanmoins , suprend ce corps , composé en grande partie de nouvelles levées , en passe bon nombre au fil de l'épée , •t disperse les autres. Ilannon et Magon arrivent a leur secours vers la fin de l'action et sont pareillement mis en fuite. Ilannon est fait prisonnier. Après cette défaite des Carthaginois , Scipion médite la conquête de l'Es pagnL- entière. L. Scipion , son frère , avec un corps de mille fantassins et de mille chevaux , prend la ville d'Oriugis, dans la Bélique. Le proconsul M. Valerius Lavions qui commandait en Sicile, fait de grands ravagea sur les cdles d'Afrique , et défait une escadre cartlia^ noise de soixante-dix galères , en s'en retournant i Lilybée (307). Dix - sept de ce* galères sont prises par les Romains, quatre coulées a fond , et le reste dispersé. L'année suivante, la Lucanie se soumet aux Romains,
ao6. Maçon III et Asdrubal VI, l'un, fils d'Amilcar et l'autre de Giscon , parlent , dès le printems , de Gadès ou Cadix, avec uue armée de cinquante, ou, selon d'autres, de soixante-dix mille fantassins et de quatre mille cinq cents chevaux. Ils se portent a Silpia , peu distante de l'armée romaine. Scipion , aidé par divers princes espagnols , se trouve en élat d'opposer aux Carthaginois quarante-cinq mille hommes. Magon et Massinissa chargent les Romains ; mais ils sont défaits et poursuivis jusqu'à leur camp ; une violente t empile met fin i l'action. Asdrubal abandonne son camp et se retire avec précipitation vers l'Océan, les légionnaires le poursuivent et lui tuent tout son monde ; a l'exception de sept mille hommes , qui , ensuite , désertent , et qu'il abandonne luimême pour se sauver a Gadès. Magon, abandonné aussi des troupes africaines , vient bientôt se joindre a lui. Mais Massinissa, roi de Numidic,
les Romains. Scipion réussit , maigre les intrigues d'Asdrubal , a déterminer Siphax , roi des Massésyliens a faire alliance avec Rome. Ijst Romains soumettent plusieurs tilles importantes d'Espagne i leur obéissance. Scipion commet A Laelius la conquête de Gadès. Mais Magon oblige Ltclius de renoncer à son dessein. Peu après, Massinissa trompe Asdrubal , et Gadès se rend au général romain , sur la fin de l'automne. Magon , avant de quitter cette ville, contraint tous les citoyens de lui apporter leur or et tout leur argent, pille leurs temples, fait battre d verges et mettre en croix leurs sufïèle*, députés auprès d lui poor justifier leur conduite, et part pour l'Italie. Ayant débarqué son monde sur la cote des Liguriens, il enlève, t>ar surprise , la ville de Gênes , s'empare du port et de la ville de Savone, et se forme une armée nombreuse, par l'accession d'un puissant corps de Gaulois et de Liguriens. Vers re même terris, Cn. Oclavius, qui comman dait cn Sardaiçne, prend, a la hauteur de celte (le quatre-vingt vaisseaux de transport. La peste fait , celle année, de grands ravages dans le pays des Brutiens, parro les Carthaginois et les Romains. Annibal, cependant, luttait contre la disette. Durant celle inaction, le général carthaginois fait graver ses exploits en lettres grecques cl puniques sur une colonne qui se voyait encore du tems da Polvbe, auprès de Lacinium.
»o5. Edernn, Indibilis et Mardonius. petits rois d'Espagne, suscitent, dans ce pays, une révolte, afin de se rendre, ainsi que leurs allies, indépendans de Rome et de Carthage. l>s généraux romains éteignent ses premières étincelles de guerre. En Afrique , Larlius fait une descente a Hinpone, et pille tout le territoire d'alentour. Carthage, allarmée, met tout en œuvre pour gagner Siphax et les autres princes africains. Philippe de Macédoine reçoit deux cents talens pour opérer une diversion , soit en Italie, soit en Sicile. Un renfort d'hommes, de chevaux , d'eléphans , de vaisseaux et d'argent est dépêché vers Magon , afin qu'il puisse s'ap|trocher de Rome et joindre Annibal. I.telius met a la voile pour la Sicile ; Magon reçoit a Savone le secours des Carthaginois. 11 se fortifie de l'alliance secrète des Gaulois et de l'amitié ouverte des Liguriens. Il éprouve néanmoins le même sort qu'avait eu Asdrubal en Espagne. Scipion s'empare de Locres par la trahison de quelques ouvriers qui avaient travaille dans nne citadelle carthaginoise. L'ayant pourvue de garnison , il transfère le siège de la guerre en Afrique. Siphax , devenn amoureux de Sophonisbe, fille d'Asdrubal , l'épouse , renonce i l'alliance des Romains et fait une ligue offensive et défensive avec les Carthaginois. Carthage, qui depuis cinquante ans n'avait point vu d'armée romaine en Afrique , est consternée de l'arrivée de Scipion.
ao4. Haiwon VI, jenne carthaginois, fils d'Amilcar, est nommé pour s'opposer avec cinq cents chevaux aux débarquement de Scipion a Utique. Après une courte action , ce jeune homme et presque tous les siens périssent sur le champ de bataille. Scipion ravage tout le pays jusqu'aux portes de Carthage, se rend maître d'une ville située aux environs, abandonne la filace au pillage et fait huit mille citoyens prisonniers. Hannon, avec un corps de quatre mille hommes de cavalerie , se poste dans une ville appelée Salera a quinze milles du camp des Romains. Scipion , joint à Massinissa, le déloge de ce poste, après lui avoir tué ou pris trois mille hommes , et fait le siège d'Ulique au commencement de l'automne. L'arrivée d'Asdrubal, fils de Giscon , oblige le général romain de suspendre le siège qui avait déjà duré quarante jours ; il va prendre ses quartiers d'hiver en lieu sur. Annibal , après quelque succès en Italie, est défait par Simpronius, et se retire a Croione. Magon est empêché par Cethegus de se joindre au général carthaginois. Les Brutiens se dëclarenkkla plupart contre les Carthaginois, et massacrent quelques-unes de leurs garnisons. Au commencement de mars, Scipion marche a la rencontre d'Asdrubal et de Siphax (ao3), qui s'appro chaient d'Ulique avec une armée de quatre - vingt mille fantassins et de treize mille chevaux. Il surprend, vers le milieu du mois d'avril , l'ennemi dans le tems que celuici se disposait à assiéger les Romains dans leur camp , lui livre bataille dans la plaine appelée les Grands -Champs, et s'empare , dans un même jour du camp du général Cartltaginois et de celui do prince de Numidie. Deux mille fantassins, cinq cents chevaux et les deux généraux sont
CHRONOLOGIE HISTORIQUE
e qui échappe d'une fi nombreuse armée, a l'épée ■ fers de» Romain*. Asdrubal el Siphax ramassent débris , et avec un renfort de Celtiberiens Ibrmcm une nouvelle année de irente mille hommes , a la téle de laquelle ils marchent de nouveau contre les Romains. Les Carthaginois sont défaits une seconde fois, le ai avril,' et jelius fait Siphax prisonnier. Après cette victoire , Sci pion s'empare de plusieurs villes. A son approche , la garnison de Tunis abandonne la place. Rebuté de la longueur du siège ou plutôt du blocus d'il tique , il va tenter avec aussi peu de succès le siège d'Hippooe. Alors il fait brûler ses machines , ravage quelques provinces voisines , et fait alliance avec d'autres. Les Carthaginois rappellent Annibal en Afrique. Carthage demande la pais au général romain, qui lui accorde une trêve pendant laquelle elle envoie des députés s Rome. Cependant Magon , qui avait pénétré dans l'Insubrie, y est défait par M. Cornélius et P. Quinlilius Varus dans une action où il perd cinq raille hommes et vingt étendards, mais où il tue deux mille trois cents Romains et la meilleure partie de la douzième légion; après quoi il tait une belle retraite dans le pays des Ingauni. II y reçoit ordre de retournera Carthage, et meurt en chemin. Les ambassadeurs carthaginois sont assez mal reçus a Rome ; mais leurs généraux avaient déjà viole la trêve , et commis des actions contraires a tout droit des gens. Annibal quitte l'Italie, revient à Leptii , en Afrique , se fortifie le plus qu'il peut par l'alliance de quelques princes voisins , soumet de gré ou de force plusieurs forteresses, et notamment la ville considérable de Nacé. De là, il s'avance jusqu'à Zama, a cinq journées de Carthage. Les plus grands généraux que la terre eût vu naître, Scipion et Annibal , entrent en conférence (aoa) la paix et ne peuvent se concilier. Chacun d'eux se
, vers le Scipion lui
même admire la bonne conduite d'Annibal. La victoire , néaomoins, se déclare pour les Romains, qui s'emparent même dn camp des Carthaginois. Elle coûte la vie à plus
sur J
nu
Scipi
paix et ne peuvei isnose a une bataille qui se donne l jilieu d'octobre, dans le* plaines de iiéror arlmirc la bonne ronJuilc d'Aï
rie vingt mille de ceux-ci , et la liberté a huit mille. Les Romains n'y perdent que quatre a cinq mille hommes Après celle délaite , Annibal se retire à Adrumète , où i apprend bientôt que Vermina, fils de Sipbax, qui venait a son secours , a été battu le a novembre, et a perdu jus qu'a quinte mille hommes lues et trois mille faits prison nier». Carthage rappelle Annibal et fait la paix au mois dr janvier suivant (aoi) avec les Romains, aux conditions humiliantes, prescrites par les vainqueurs. Scipion conduit en triomphe Siphax, qui meurt quelque tenu après
ooo. Massinisa, a l'instigation des Romains, s'empare d'une partie des états de Carthage, sous prétexte qu'ils avaient autrefois appartenus à sa maison. Les Carthaginois sont obligés, par l inique médiation de Rome, dr les céder à ce prince et même de taire une paix honteuse avec lui Carthage, quoique réduite a un état de faiblesse et d'épuisèment , commence i faire fleurir son commerce , et l'étendre de tous cdlés avec les seules ressources dr l'industrie. Annibal, qui conservait toujours son crédit dan» sa patrie, réforme quelques abus qui s'étaient introduit» dans l'administration des finances et de la justice. Il se lait bientôt des ennemis, qui, joints a, la faction de Hannon. entreprennent de le perdre. Les Romains, qui le regardaiem toujours comme un ennemi dangereux , entrent dans ce dessein. Annibal, qui en est informé, se relire en Syrie, auprès d'Antiochus (19S). De là, il fait d'inutiles efforts pour brouiller ses compatriotes avec les Romains. Anliochus, qui se préparait à faire la guerre à la république, godie le conseil que lui donne Annibal, d'attaquer les Romains chez eux-mêmes, el ne peut cependant se déterminer à le suivre. Une «jpnférence de Villius et de Scipion avec le général carthaginois , rend celui ci suspect au roi de Syrie. Annibal se justifie; mais l'envie des ministres empêche le prince de faire usage des bons conseils du Carthaginois. Annibal rentre cependant en faveur aprta les défaites des Syriens en Europe. Il se charge de la conduite d'une flotte destinée à empêcher les Romains de pénétrer en Asie. Apollonius, l'un des amiraux d'Anliochus, prend la fuite avec toute son escadre , dès le commencement du combat , ce qui oblige Annibal de faire retraite. Le roi , après une nombreuse soile de malheurs ( Voytz Syrie. ), envoie au des Romains demander à tout pris la fin de la
et la paix (i8jj). Le vainqueur vindicatif impose pour première condition de livrer Annibal, ce quAntioclius ne peut refuser. Le Carthaginois se retire à-propos dans file de Crète , et de là , chez Prusias , roi de Bithynie , où il rend des serrice» importants à ce prince contre Enmènes, roi de Pergaroe. (furet Bithynie.) Les Romains s'offensent de la protection que Prusias accorde à leur implacable ennemi. 1. Q. Flaminius s'en plaint au nom de la république. Le roi de Bithynie . pour se concilier l'amitié des Romains , entreprend de le livrer à ses ennemis. Le général carthaginois, ne voyant pas de moyen d'échapper, recours au poison (t83). Ainsi périt ce grand homme, l'âge de soixante-quatre ans , après avoir été pendant
amer
la terreur des
Il en fut certa
demeuré le vainqueur si sa propre pairie eûl élé plus éqoicOt moins deferé à ses envieux.
table envers lui et Massini
du pays usurpé sur les Carthagi
nois, avait encore envahi une province enlevée à Cartilage, par son père Gala. Les Romains ne jugrnt pas d'abord 4 propos de se décider contre le roi de Numidie. Ensuite ils
propos 1
procurent un accommodement (18a) par lequel reste en possession de son usurpation , et rcnilei ires quelques otages que Rome avait retenus jusqu'alors. Le roi , qui portait encore ses vues plus loin . tache de I brouiller Tes Carthaginois avec Rome. L'intelligence de» roi de Macédoine lui en fournit | l'occasion. Le* Romains la Calon , choisi pour être l'arbitre des différends entre le I prince de Numidie et les Carthaginois (t-S) , est toujours de l'avis qu'il le croit le plus utile à sa patrie. 11 opine pour la destruction de Carthage.
Trois faction» puissantes déchiraient les Carthaginois. ] Massinissa profite de la circonstance , et fait une irruption dans la province deTysca, où il preud cinquante ou | soixante dix places et cMleaux. I-es Carthaginois , maigre leurs procèdes rampants, n'obtiennent de la république aucune consolation ( iB'i ). Ils se mettent en devoir de repousser la force par la force. Massinissa les défait et 1rs réduit à demander la paix ; mais il refuse de la leur accorder. Rome envoie des députés en Afrique ( 1S1 ) , sous '■ prétexte de paciGer les différends élevés entre le roi de il Numidie et les Carthaginois; et dans le vrai, pour exa- ! miner les fortes de Carthage. Au retour des député* (1S1) , ' on délibère si la république déclarera la guerre aux Car- j lhaginois. L'avis de Calon , dont l'effet avait été suspendu par le crédit de Scipion Nasica , prévaut.