CHAPITRE VIII
Pouvoir des pontifes de letmntker ou d'ajouter toute rintercaUithn, et cycles de JVio»
Bientôt les pontifes acquirent un plus grand droit; comme le pouvoir qu'on leur avait accordé d'intercaler un jour de plus ne suffisait pas pour empêcher le concours des nooes de toute l'année avec des jours de marché, le séoal se servit vraisemblablement de ce motif
croître leur autorité; et sous prétexte de leur procurer un autre moyen de prévenir cet inconvénient , on leur permit d'ajouter ou de supprimer, quand ils le jugeraient nécessaire , l'iatercalation toute entière ; et ce ne fut plus d'un seul jour, mais de tout un mois, qu'ils purent prolonger l'année ou la raccourcir.
Macrobe, après avoir eipliqué le droit accordé aux pontifes , d'intercaler un jour, ajoute (t) qu'il fut un tenu qu'à cause de la superstition , toute l'intercalaiion fut omise ;
?|ue quelquefois les prêtres l'accordaient aussi ou la reusaient par faveur, suivant qu'ils voulaient plaire ou nuire aux fermiers de* droits de la république , et augmenter ou diminuer la perception de leurs droits et les années de leurs baux.
Censorin dit (a) qu'après qu'on eut laissé le soin des faste» aux pontife* , la plupart , ou par haine des magistrats pour abréger leur magistrature, ou par laveur et pour la prolonger, et pour procurer du gain ou occasionner Je la perte aux fermiers des revenus publics , intercalèrent plus ou moins , suivant leur caprice , portèrent encore plus de trouble et de désordre dans le calendrier qu'ils auraient du corriger.
On trouve dans Suétone (3) que quand César songea a réformer le calendrier , le vice qu'il avait, était causé depuis long-tenu par la faute des pontifes , et par la liberté qu'ils [avaient prise d'intercaler , suivant leur volonté; et qu'il arrivait de la que ni le tenu de la moisson ne tombait dans les mois d'été, ni le teins de la
(8) Ijfiut , IU, II, cep. 7 : Non plaeere nomen, pericidosmn libertali eaae.
(i) Necrti., IU. I, Sttunal., cap. i4 : Venin» fuit tempuj , cùm propter nipcrsiiliootm intcrralatio oranii omis» est. Non-
■uinquam vert per graliara aacerdotuni , qui publicanis proferri tcI imminui consufto anai dies volebanl , modo anclio , modo relraclio dierum proeeniebat.
(a) Dédit matai. , cap. ao; Quod J< llclum ut corrigerelur, ponliucibus datum est negotium , corunupic arbilrio intercalandi ratio permit» est ; ied horutn plerique ob odium vel gratiam , qufr qui* magUlratu citîiu atiiret, dinliùave fungerelur , «ut publici redemplorea ci anni maguiludme inlucro damnove estent, plus mintuveei libidine intercalando , rem sibi ad corrigendum maodataiD , ullro dcprs.arunL
(3) S*tt«n. in Cm s art , pmg 34 : Convenus hinc ad ordînandum reipub. tlalum , fuir» rorreail . jam pridem tiliis pontificura per intercalandi licenliam adeo turbalos , ut ncque meuium feri» autali , neque Yinderuiarum aulumao compclcreat
(4) Salin. , cap. i ,p. 4 : Quod cum ùulio Romani ptobaismt , conlempljliane parilis numrri ncglectum , brevi perdiderunt , translata in sacerdotes intercalandi potutate : qui plerumque gratificanlei ratioaibu> publicanorum , pro libidine Mil subira hrba ni tempora . vel angebaot. Cùm bec sic forent coastilula , moduaque intercalaudi inierdùm cumulalior , inlerdùm fierel imminutior , vel omowo djjgîigi^l^jm proslerircluT; nonnunquara scridebat ut
automne ; dans Solin (4) , que les Romains ayant nemeot réglé leurs intercalai ions sur le modèle des Grecs, en perdirent bientôt tout l'avantage par le pouvoir arbitraire d'intercaler, qu'ils donnèrent aux pontifes, lesquels , pour servir des publicains ou leur causer du préjudice , supprimaient des intercalalions ou en ajoutaient ; et que les intercalalions étant tantôt plus rares, tantôt plus fréquentes , et quelquefois omises pendant plusieurs année* , il arrivait que les mois d'hiver venaient en été et même en automne; dans Ammicn Marcellin , que l'incertitude dans laquelle étaient les anciens Romains sur l'ordre des tenu, devint encore plus grande, lorsque le pouvoir d'intercaler avant été déféré aux pontifes , ils raccourcirent ou prolongèrent leurs aonées , uniquement dans le dessein de rendre service à quelque fermier public et a quelque plaideur; et c'est avec juste raison que Gcéron (6) a imputé aux pontifes tout le dérangement et le désordre qu'avaient éprouvé les sages institutions de Numa pour réduire l'année romaine a une règle certaine.
En effet, on se départit dès- lors des cycles de Numa; il n'était pas possible de ramener l'année a un point fixe, par la force d'une opération constante et uniforme; il ne pouvait point y avotr de règle : et il dépendait des seuls pontifes d'augmenter ou de diminuer la durée et le cours Je chaque année et de le rapprocher ou de l'écarter encore plus de son principe.
Ce droit qui paraît si extraordinaire , si abusif, fut , dan* son origine, une maxime et un ressort du gouvernement; c'était un moyen de calmer et d'encourager le peuple , en prolongeant les années qui lui étaient heureuse* , et en abrégeant celles qui lui paraissaient funestes : c'était un frein dans la main du sénat et des pontifes, pour contenir les magistrats et les fermiers publics , et les tenir dans la dépendance de ce premier corps de la république. Ainsi , lorsque Tannée sera marquée par quelque calamité, ou qu'elle aura des magistrats séditieux et entreprenants, nous supposerons, avec juste raison, que 1rs pontifes l'ont abrégée , et qu'au contraire ils ont prolonge les années heureuses et tranquilles ; et c'est sur ce principe que nous arrangerons, dans notre table chronologique , les intercalalions, si ce n'est dans les derniers tems Je la république, que les moeurs étaient corrompues et tous les priocipes détruits, la faculté d'intercaler, fut seulement réglée par l'esprit de parti et par l'intérêt personnel , et n'eut plus aucun rapport avec les maximes du gouvernement et avec le bien de l'étal.
Ainsi , ce droit fondé sur des principes de l'administration civile et de l'intérêt public , est très-ancien , et les pontifes en jouissaient dans le premier siècle de la république. On trouve , dans Denys d'ilalicaroasse , que l'an de Kome a6i , les consuls entrèrent en charge aux calendes de septembre (7), et que ces calendes arrivèrent apri-s l'équinoxc d'automne (87 , ainsi , le premier jour de septembre romain , tomba celte année au plutôt au ao, septembre julien: et le mois d'août romain répondit au mois de septembre julien , et concourut avec l'équinoxc. On trouve encore dans le même historien (y), que l'an de
378 , les
furent
le mois d'août,
mentes, qui fuerunt transacti hieme , modo in (Htivum , modo in auturanalc leropiis încidrrenl.
(5) Ammic». Nanti.. IU. XXVI, cap. 1 : Hn nondùm extentii fuiiùs regnia, diu igoor»»èrc Homani; perque sacula mulla abscuris diflirulUlibu implicali , tune roagu eorum profond» caligine fluctuahant. cura io aarcrdotea polestatem transtuliasent interc-alandi , qui likenler gralificantes publicauoram vcl litigaoliiint commodia, ad arbitriiim suum subtraliebant tempora , vel augebant.
(6) Ciccro , êt LtjU. , lit. Il , cap. la : Quod lempua . ut aacrificiorum libamenta acrvenlur, ferluique putlorum, quas dicta in Icaje root , diligcoler babenda ratio iolefralaodi «I : quud instilutura peritc à Numl , poalcriorum pontificum négligeait* duaolutura
La retraite du peuple
(7) Halicmnus. , IU. VI, p. 378 : Hi IjitUalum inuaent kalendis aeplenibria , cato, ad patres de plebtt reditu reluleruot. sur le Mont-Sacre était donc Aé\% faite.
(8) U , IU. VII , p. 417 '■ Plebi enim a patriciia secesaerat poU equiooetiura auturanalc. Le» calendes de «e pie mbre , postérieures k la retraite du peuple, furent donc po>lcrieurcs aussi a l'cquiuoao d'automne.
(9) U., lii.IX.p. So3 tium , sextili miuse , d entas.
... anno cirta autivum »ol»tiinieruot riri rei mililaris
DE LA CHRONOLOGIE ROMAINE
et que ce mois était vers le solstice d'été ; de sorte que le mois d'août romain , qui l'an a6i avançait jusqu'à I é-
3u i note s'est trouvé, dix-sept ans après, reculé de plus de eus mois et rapproché do solstice. Ce dérangement dans quelque système que l'on suive, ne peut être expliqué que par des inlercalalions omises et supprimées. Si on vent que les Romains ayent alors procédé par la méthode régulière des cycles, l'année aura été remise au nicrne point d'où elle était partie , et le mois d'août romain n'aura ni avancé ni reculé; si en abandonnant les cycles on admet une progression quelconque de l'année romaine sur l'année julienne » le mois d'août romain, loin de reculer vers le solstice , aura encore plus avancé , et se trouvera bien audelâ de l'équinoxe ; mais si l'on pose que les pontifes ont omis des inlercalalions, le mois d'août aura reculé, et après s'Être trouvé, l'an 36 1 vers l'équinoxe. il aura pu concourir, l'an 378, avec le solstice. Aiosi, il est évident que la liberté d'ajouter ou de supprimer des inter câblions était déjà en usage à cette époque.
Nous croyons que cette liberté fut accordée aux pontifes vers Tan de Rome »54- H y eut à Rome, l'an aS3 et l'an a54 deux conjurations consécutives pour rétablir les Tarquins (10). Gagnés par l'argent et les promesses des rois, le bas peuple et les esclaves désiraient la royauté ; et le sénat dut sentir combien il était important de laisser aux pontifes te droit le plus absolu de troubler le calendrier pour fmptVher que la mémoire des rois ne fut honorée devant une grande foule de peuple ; bientôt s'élevèrent les démêlés entre le sé— t et les tribuns, et le consul Cassius aspira au pouvoir suprême : le sénat maintint et affermit dans les pontifes un droit qui , établi pour prévenir les mouvemens du peuple, pouvait servir contre les magistrats. Enfin, on' ne peut différer, comme quelques auteurs l'ont cru , l'époque où les pontifes commencèrent à user de cette liberté, jusqu'aux derniers tenu de la république ; le peuple , qui , dès l'an 449» ava'1 '** f**'e* qu'il avait reçus comme un présent d'un grand prix et qui était instruit de la forme du calendrier et du cours de son année , aurait-il permis que les pontifes se fussent arrogé le droit Je la déranger , de la prolonger ou de la raccourcir , s'ils n'en avaient pas été
l'année
d.ffe-
1 de l'histoire, dans lesquels civile a reçu l'intcrcalation ,