‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 492 sur 532 · DE LUUSTOIHE ROMA1KE · texte numérisé non relu

DE LUUSTOIHE ROMA1KE

si fort prodigué les affranchissements ," qu'une Mute tribu ne 'suffisait plus pour contenir ce grand nombre de gens tirés de l'esclavage. L'édit consulaire leur permit de se faire inscrite , a leur choix, dans quelqu'une des quatre tribus q ' partageaient la ville.

Ainsi, la prudence et l'exemple de Scaurus, soutinrent encore un reste de bonnes moeurs et de boa ordre dans Rome. La fermeté du consul était bien secondée par le zèle des censeurs Lucios Métellus Calvus, et Cnéus Doxnitius Ahénobarbus. Le premier n'était pas le Dabnatique (t), mais celui qui avait été consul quatre ans auparavant; le second éuit respectable a-la-fois par le consulat et par le triomphe. Aussi, leur courage fut inébranlable lorsqu'il fallut purger le sénat de ses mauvais sujets. Ils en effacèrent trente-deux de la liste ; chose sans exemple , que dans cet illustre corps, il se trouvât un si grand nombre de sujets dignes de censure (a). Parmi eux ae trouvait Licioius Géta, quoique récemment sorti' du consulat (3). Il proscrivirent les jeux de hasard et les concerts de musique (4). Ils dressèrent de nouveaux baux pour les fonds de terre qui appartenaient au public (5).

Alors mourut Quintui Métellus Macédoniens , dont un grand nombre d'écrivains ont célébré, 1 l'envi, le bonheur «■ Depuis le premier jour de sa vie jusqu'à sa mort », dit Valère Maxime (6) , « Quintua Métellus fut le plus heureux ■ homme du monde. La Fortune le fit sortir de fa plu* » illustre origine, et naître dans une ville maîtresse Je m l'univers. Elle orna son Ime des plus rares qualités , et • lui donna une force qui éuit i l'épreuve des plus grandi

lui fit présent d'une femme qui se distingua par sa sagesse et par sa fécondité. Elle le rendit un consul

• illustre, un général invincible , un triomphateur éclatant.

• Elle fit en sorte qu'il vit , en même terni , trois de ses fils ■ qui avaient été consuls ; uu desquels , après un beau

• triomphe, avait encore été censeur, et un quatrième, qui avait été préteur. Elle lui fit enfin trouver des partis avantageux pour ses trois filles, et tenir leurs enfants entre ses bras. La joie qu'il eut de se voir naître une postérité nombreuse, de la voir s'élever heureusement, et entrer dans le inonde avec distinction ; tant de mariages , tant de dignités, tant de commandements, tant de faveurs enfin, dont la Fortune le combla, ne furent troublés par aucune mort, par aucun gémissement , par aucun sujet de tristesse. Tournez les yeux vers le ciel, à peine y trou ver es- vous un état aussi heureux, puisque nous voyons les plus grands poêles donner aux dieux de la douleur et des larmes. La mort de Métellus fut aussi fortunée que sa vie. Il expira doucement dans une grande vieillesse entre les bras de ses chers enfants , et fut porté au bûcher sur les épaules de ses fils et de ses gendre*. » Les quatre fils , sont le Baléarique , qui avait été censeur ;

le Dalmatique, celui qui était actuellement consul , et celui qui était préteur, et qui fut consul l'an de Rome 641, comme on le verra ci-après. Leur père éprouva cependant quelques disgrâces , comme l'observe Pline (7) , qui.en parle ainsi :

« Quintui Métellus , a été compté comme son père, parmi le petit nombre des hommes heureux. Après avoir été décoré des plus grands honneurs , et particulièrement du Litre de Macédonique , il fut porté au bûcher de ses funérailles par set quatre il ls , dont un était préteur, trois avaient obtenu le consulat, deux avaient triomphé, et un avait été censeur; tandis que tant de pères parviennent si difficilement a élever a l'un 00 l'autre de ces postes un seul de leurs enfants. Cependant à l'époque même la plus florissante de ses grandeurs , comme il revenait un jour de la campagne, vers l'heure de midi, dans un moment où il ' n'y avait personne dans la place publique ni aur le » Capitole , il fut arrêté par Caîus Attinius Labéon , surnommé Marérion, pour lors tribun du peuple, et qu'il avait eiclu du sénat, en vertu du droit que lui donnait sa charge de censeur. Cet ennemi le traîna donc vers la roche Tarpéienne, pour l'en précipiter, a la vue d'une

nombreuse cohorte qui lui donnait le nom de père , et qui volait en vain a son secours , ne pouvant arriver pour une occasion si pressante, que trop tard , et comme pour ses obsèques: lui-même n'était point en droit de résister, m d'opposer violence a violence envers la personne sacrée d'un tribun : il allait dnne périr pour avoir fait une action vertueuse et rempli ses devoir» de censeur, lorsqu'un autre tribun, que Von avait eu bien de la peine a trouver, intercéda è lems , et le rappela ainsi des portes de la mort. Mais, dès ce moment, il se trouva réduit a vivre •enir des secours d'autrai ; car ce même homme, qu'il jadis condamné, prononça alors la confiscation de

• loua aea biens, par forme de consécration, non content

• du traitement brutal dont il avait usé en sa personne; car . il lui avait serré la gorge , d'une telle force, que le sang

• lui en était sorti par les oreilles. Comptons aussi parmi

• les malheurs de Métellus, d'avoir été l'ennemi du second

• Scipion l'Africain. Lui-même sut bien ae le reprocher,

■ et dire, dans sa famille , quand Scipion fut mort ; allez

• mes enfants, célèbres ses funérailles; vous ne verrez ja- > mais le convoi d'un plus grand citoyen. Quand il parlait

• de la sorte è ses fils, il avait déjà le surnom de Macëdo- . nique; ils avaient dejè eux-mêmes, les titres, l'un de

• Baléarique , et I autre de Diadémate. Mais tous ces hon-

• ncurs accumulés ne peuvent nous mettre en droit d'ap-

• peler heureux, un homme a qui il est arrivé le revers

■ injurieux dont nous parlons, et qui s'est vu exposé à

Comme t« dit Pigkiu» , t. 3, p. 07 , «t sprei lui

(1) Comi Aotlin ; nai

97, «tap

le Signai..

m nom tuivoni ici I opinion (a) Rallia, Hùt-roro., 1. 9. p. i3g.

(3) Tite-Live , Efittmê , timti 6a.

(4) Cwiiodorc.

(5) Hipt. rom. , par Citron, t. i3, p. S77.

(6) Livre 7 ; chap. 1 , 1.

et

• périr par le liche attentat d'un ennemi privé, et non par

• les mains d'un adversaire digne de lui, tel .que Scipion

• l'Africain. Quelles victoires ne seraient effacées par une

• telle flétrissure ! ces honneurs , ces chars de triomphe

• où. s'était vu monter Métellus, les voila disparus par ce

■ seul affront que lui fait la fortune. On traîne un censeur » au milieu de la ville; et a'est è ce seul surcroît d'indi- » gnité qu'il doit le délai qui le sauve : on le traîne au

• Capitole, où lui-même éuit monté en triomphe, chargé

• des dépouilles ennemies, et suivi d'une foule de captifs

■ ou'il ne traitait pas avec cette dureté. L'atrocité : de

• I insulte devient encore plus considérable par le bonheur > dont elle penu le frustrer, puisqu'il s'en fallut peu pour

• lors que cette mort anticipée ne l'empéehat d'être porté

• sur le bûcher par aea enfans honorés du triomphe , et de

• triompher, pour ainsi dire , lui-même dans la pompe

• de ses funérailles. Il n'y a donc point de bonheur , si

• solide qu'il paraisse , dont le cours ne soit interrompu par quelque accident de"la vie. Au reste, ajoute Pline avec beaucoup de raison , quand je considère que personne n'a puni l'attentat de Caïus Attinius, malgré la

• famille si nombreuse île l'opprimé , je ne sais quel motrve-

• ment je dois plutôt suivre, ou mon admiration pour le

• respect qu'en ce teins on avait pour les bis , ou mon in-

• dignalion et ma douleur pour I impunité d'une telle vio-

• lence. »

Ce fait , déji rapporté sommairement sous sa date l'an de Rome 634 , parait ai extraordinaire , que nous devons l'appuyer encore sur l'autorité de Tile-Live (8) , oui assure que le concours des autre* tribuns du peuple fut nécessaire pour empêcher Métellus d'être précipite de la roche Tarpéienne , et sur celle de Cicéron (9) ; ce dernier nous donne le détail de la cérémonie qn' Attinius employa pour donner la forme de consécration a la confiscation des biens de Métellus , afin que ses collègues ne pussent détruire ou infirmer sa vengeance. Il en résulte que ces confiscations par forme de consécration se fêtaient à son 4e trompe , et par l'entremise d'un feu qu'on allumait: car- le feu, chez les anciens, entrait d'ordinaire dans toutettes consécrations (10).

Au reste , il faut observer que lorsque cet événement eut lieu , l'an de Rome 6a4 , sous le consulat d'Appius Claudius et de Marcus Perpétua (11), aucun dea enfaaU de Métellus n'éuit encore parvenu au consulat.

Velléius Palerculus (ta) né s'exprime pas avec moins de force sur le bonheur de Métellus , auquel il ne met aucune restriction. «Que l'on parcoure, dit- il, toutes les ru-

(7) VII, 45 «an* l'élit de Fraaiiua, 44 du» les incienau

(8) Kpiiomê , litfi 5o.

(9) Pn domo smé «V Pootijicti

(10) Traduction française d* Pline, t. 3, p. i53.

(11) Idtm, p. 16a.

(ta) Livre 1, chap. 11.

A 11 H KG t CHRONOLOGIQUE

■ lions, tous tes âges, toutes les conditions humaines, A « peine trouvera - 1 - on un seul homme que l'on puisse

• comparer i Méiellus pour le bonheur. Si on le considère

• comme personne publique, on te verra décoré du triora-

• phe et Je* plus hautes dignités; on le verra jouir, pcn- 3 dant une longue vie, du premier rang entre les citoyens, « et soutenir des querelles vives par rapport aux affaires

■ pobliques, uns âne ta réputation en ait souffert d'at

m teinte.' Comme particulier, jamais pire de famille ne

■ tut plus heureux. Il eut quatre fits qu'il vit tous par- • venir a un Age mûr , et qu'il eut la consolation , en

■ mourant , de laisser tous eo vie et comblés d'honneurs. » Son lit funèbre fut porté par ses quatre fils , dont l'un

censeur ,

r le nt

avait trois tilles, qui loi donnèrent des petits-fils que deux devinrent coni

et le

, dignité qu'il obtint . la mourir, s'écrie l'historien , ou . de la vie? .

Rollin ajoute (l) que les gendres de Méiellus, car il avait trois filles, qui toutes, mariées honorablement, lu , partagèrent son bonheur , puisconsuls dans la suite ; mais aussi cet (a) observe , d'après Pline , que la fureur du tribun Atlinius , pensa le faire périr , et qu'il fut du second Scipion l'Africain ; et il ajoute que éprouva un chagrin cuisant , lorsqu'on lui donna cesseur Quiotus Fompéius, soo ennemi. La pet i ressentiment qu'il témoigna en celle occasion, prouve que m félicité na point été uns nuage, cl que sa vertu n'a point été uns tache.

Pline dit, dans un pasuge différent de celui ci-dessus cité, que Méiellus laissa six enfants, onze petit-fils, el vingt -sept tant belles - filles que gendres, et autres personnes qui l'appelaient leur père (3). On voit qu'il lui donne ici deux fils de plus que dsns lé pasuge précédent ; mais il compte uns doute les maris de ses filles , appelées Cécilia; l'une fut mère de Servilius Iaanricus, et 1 autre de Scipion (4). Aurélius Victor ne lui donne que quatre fils (5) , et s'exprime ainsi plus correctement. Saint Augustin n'est pu exact (6), lorsqu'il lui suppose cinq fils; mais il a raison de dire que le bonheur de cet homme de bien justifie la providence, contre ceux qui se plaisent à croire que le vice seul rend évidemment faux.

La mort de Méiellus laissait vacante la place de prince du sénat, qui fut donnée par les censeurs au consul /Cnulius Scaurus M. C'était conserver jusqu'à la mort une grand» autorité sur les affaires, a celui de tous les sénateurs qui paraissait le mieux connaître l'administration.

Afin que la gloire du consulat de Scaurus fût rnmplète, il lui fallait une victoire qui fut suivie du triomphe. Ce double avantage ne manqua pas a son bonheur. Les deux consuls de celle année tirèrent au sort leurs départements. La Sardaigne, où il fallut apaiser de nouveaux troubles, échut a Marna Cstcilius Méiellus. 11 fil voile pour son fie , de laquelle il ne revint que deux ans après. La Gaule fut le partage de Scaurus (8). Il est assez difficile de déterminer au juste quels furent les peuples de la Gaule celtique , chez lesquels ce consul porta la guerre, et qu'il soumit au joug des Romains. Un historien (g) dit qu'il dompta les Liguriens et les (10) Ganlisques, et qu'il triompha d'eux. Sigonios, ne connaissant pas ce dernier peuple , n'a placé que les Liguriens dans ses Fastes triomphaux (n); ayais les Fastes Capitolins donnent le nom de Kart) es aux peuples soumis par Scaurus. Ces Kames sont souvent nommés par Strabon (la) , qui les été long-tems les ennemis haCiiuels

ce qui ksi

des Romains (i3). Ou retrouve leur nom dans celui de la Carniole , a peu près sur le mime emplacement. Ils occupaient cette contrée de la Gaule transpadaoe, oui confine avec les Alpes , depuis le grand Saint-Bernard jusqu'au mont Adula, aujourcThui Saint- Go thard. C'est la partie orientale du Frioul , une petite portion de l'Istrie , el le comté de Goritr. Les villes d'Aquilée , de Grado et de Trieste, appartiennent a cette province (14). Il était naturel que la Ualmatie avant été soumise par Métellus , l'année précédente, Scaurus ait voulu cooquérir la Garnie, qui joignait la Gaule trauspadane a la Dalmalie , et c'est sans aucune apparence que l'on a été chercher les Gantisquea dans cette partie de la Gaule transalpine, qu'on a depuis nommée le Béarn (i5> Cicéron dit, i la vérité , que Scaurus fut chargé d'administrer la province (16), c'est-àdire la Provence et le Languedoc ; mais la Gaule transalpine et la ciulpine formaient un seul gouvernement , et Strabon (17) nous apprend qu'il s'occupa d'un ouvrage important dans la ciulpine. De tout tems, les chemins, depuis Rome jusqu'au pied des Alpes, avaient été impraticables dans la saison des pluies. Cependant , depuis que la partie méridionale de la Gaule transalpine avait cit réduite en province , il était devenu nécessaire de faire sans cesse traverser des troupes romaines de l'une à l'aoïre région, avec des difficultés inconcevables. Autrefois, Annibal l'avait éprouvé, lorsque voulant passer des rives dg Pô jusqu'en Etrurie , il avait pensé périr , lui el son

armée , par les dangers et les fatigues qu'il (itt) essuya sur la route. 11 avait même perdu on oeil durant la marche. Ce qui causait la difficulté des chemins , c'élaient les inondai ion» de la Trébie et des autres rivières qui , débordées , remplissaient les environs de marécages, que la cavalerie memr ne pouvait franchir sana péril. Les gens de pied avaient

Elus de peine encore a se tirer de ce terrain humide et ingeux , qui harassait et re Lardait les voyageurs. Scaurus employa donc la fin de son année consulaire (iq) à dessécher la plaine, en feunt creuser des canaux navigables depuis Placentia jusqu'à Parma (10). Ce fut ainsi qu il donna uo écoulement aux marais qui couvraient la Gaule cispadane , et qui provenaient de la surabondance des eaux du Pd que grossissaient outre mesure la Trébie , qui se réunit i ce fleuve vers Placentia , et plusieurs autres rivières oui s'y jettent au-dessus de cette ville.

C'est par la docilité de ses légionnaires que Scaurus parvint è exécuter ces utiles travaux. Jamais général ne seuil donné plus d'empire sur les troupes, que Scaurus en avait pris sur les siennes. On raconte des prodiges de cette obéissance parfaite que le consul sut exiger de ses soldats. 11 avait placé son camp près d'un verger rempli d'arbres. Cependant les Romains gardèrent une discipline si exacte , qu'en quittant le camp pas uo n'avait porté la main sur un seul fruit (ai).

Jamais les armes romaines n'avaient pénétré si loin du coté où Scaurus avait combattu ; mais Scaurus, en soumet tant les Carnes au pouvoir de la république, eut le malheur de perdre aon fils a celle expédition (aa) d'une manière doublement fâcheuse. H l'avait laissé 1 la garde d'un poste important dans les montagnes du coté de Trente. Ce jeune homme s'étanl mal acquitté de sa commission , son père lui envoya défendre de jamais reparaître devant lui , et le réduisit par celle menace è un tel excès de désespoir , qu'il m donna la mort (a3).

Scaurus triompha sur la fin de l'année des Liguriens e| les Cames. Il fit a celle occasion frapper une médaille , où l'on voit d'un côté la victoire dans un char k quatre chevaux , tenant de la main droite une couronne , et au M. Aimil. M.

l'inscription

Au revers

(«) Histoire romause, t 9, p.

(a) Utm, p. «46.

(3) Livre VII , chip. i3.

(4) Note du Inducteur français lor ce

(5) Dt rin't illujiriimi , chap 61.

(6) la cité de Dira , livre a , chap a3.

(7) Histoire romaine , par Rollin, t. 9, p. i44

(8) Histoire romaine, par Catron , I. i3 , p. 578.

(9) Sntua Aurélius Victor, dt ririt iUurtrittt, c. 7a.

(10) PciaUf Ire aa lien des GaatUqun bat-il lire les Tauriuiu dont Appien {de Btliit Ilfyricit, ch. 16 } , et Strabon (livrai, eo divers «adroits ) , parlent en même tenu qae '

(11) CW/' Slgmti/ apera , t. 1 , p. an.

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