‹ L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des inscriptions, des chroniques et autres anciens monumens, avant l'ère chrétienneChapitre 91 sur 532 · SUR LA DURÉE DES DEUX PREMIERS AGES DU MONDE · texte numérisé non relu

SUR LA DURÉE DES DEUX PREMIERS AGES DU MONDE

DONT L'UN COMMENCE A LA CRÉATION ET FINIT AU DÉLUGE; ET L'AUTRE COMMENCE AD DÉLUGE ET SE TERMINE A LA NAISSANCE D'ABRAHAM.

On «ait que depuis Adam jusqu'à Noé , en les prenant tout deux inclusivement, il y a dix générations, ou dix patriarche*, qu'on nomme antè-<IUu*<Uns\ et que depuis Sem,nls de Noé, jusqu'à Abraham, il y a aussi dix générations, ou patriarches, post-diluviens , y compris pareillement le* deux extrêmes, et retranchant le second Caïnan , qui n'ett ni dan* l'hébreu , ni dans notre vulgate, du moins dan* la Genèse; car il se

trouve au chapitre troisième de saint lue , par Teneur sans doute, ou l'inattention de quelque copiste.

Pour savoir au juste combien chacun de ces patriarches a vécu , et par conséquent la durée tant du premier , que du second âgo du monde, le secours des auteurs prophann nous manquant absolument, il n'y a que trois sources d'où nous puissions tirer celte connaissance: la première est le

REMARQUES CHRONOLOGIQUES

texte hébreu ; la seconde, le texte «mari lai n, et U troisième, le texte grec des septante , et comme aucun de ces trois textes , tels que nous les avons a présent , ne s'accorde pas avec les deux autres, nous allons examiner auquel des trois il nous semble qu'on doit donner la préférence , en commençant , comme l'ordre des lems le demande , par le premier âge , ou la première époque , qui s'étend depuis la création, jusqu'à la fin du déluge.

Selon /'hébreu.

Selon le tamarilain.

PREMIER AGE, ou PREMIÈRE ÉPOQUE.

Selon l'hébreu , i656; selon le samaritain , i3o7 : selon le grec d'Ezzo, aa6a ans.

On voit par la, que l'excès du texte grec sur l'hébreu est de six cent six ans, et de neuf cent cinquante - cinq sur le samaritain, et que celui-ci n'est surpassé par l'hébreu, que de trois cent quarante-neuf ans; et qu'ainsi les deux premiers textes s'accordent beaucoup mieux ensemble , que ni l'un ni l'autre ne s'accorde avec celui d'Ezzo ; ce qui , dans le choix que nous avons à faire, est une des raisons is fait d'abord donner l'exclusion au texte grec, on va voir.

Les deux premiers textes, le juif et le samaritain doivent avoir la préférence sur le texte grec.

i». Par la raison qu'on vient dédire, qu'ils s'accordent bien mieux ensemble, qu'avec l'Ezzo , et que de plus, dans les points même où ils diffèrent l'un de l'autre, il est si aisé de les accorder, ou du moins de les rapprocher ,

on le verra bientôt , q .'on peut dire que chac... d'eux offre le même résultat pour la durée de ce premier âge , et qu'ainsi , quand on ne regarderait qu'au nombre, ils doivent l'emporter sur le texte grec , puisque c'est une double autorité contre une seule.

a'. Parce que es deux premiers textes étant d'une bien plus haute antiquité que le grec, et tous deux écrits dans la même langue, quoiqu'en caractères différents, ils doivent passer aussi pour plus authentiques et par conséquent être iiréférésau grec d'Ezzo, dont b chronologie , pour ce prcmfâge du monde , est visiblement défectueuse.

3^. C'est que , suivant une règle très-judicieuse donnée et suivie par saint Augustin sur le point dont il s'agit ici , quand des exemplaires de l'Ecriture sainte diffèrent sur '-ues points, il faut donner la préférence i ceux qui sont dans la langue primitive et originale, a moins que des « très-fortes ne s'y opposent : Recti fiai nutlo modo

aJiifiàd in utrimque eodiciLus inveniatur.... et lingua potiits credatur uadi est in obam per interpréter fecta trantlatio, lib. iS de Q'vt'L liei, cap. a3. Donc la chronologie du texte hébreu, pour ne parler a présent que de celui-là, doit avoir ici la préférence sur celle d'Ezzo, •i'aulant plus que ces interprètes ayant fait leur version sur le texte hébreu , il se trouve qu'elle n'en est qu'une copie ; or , on sait combien un texte original dans la langue primitive, mérite plus de respect et de créance qu'une simple copie faite en une langue' étrangère.

Ajoutons que notre Vulgate, qui a été déclarée authentique par le concile de Trente, se trouvant conforme en tout au texte hébreu sur le point dont il s'agit , il paraît que le plus sur et le meilleur, est de s'y tenir attaché , et d'abandonner la chronologie d'Ezzo sur le premier âge du

premiers textes, de l'hébreu ou do --i? c'est ce que

Mais auquel de* , faut-il

ASSEHTI05.

Le texte hébreu doit être préféré au samaritain. Avant de prouver celte assertion, il est à propos de dire en quoi ces deux textes, tels que nous les avons à présent , différent entr'eux.

La différence de l'un à l'autre ne tombe que sur l'âge qu'avaient trois des patriarches anté-dil uviens quand ib engendrèrent , et ces trois sont : Jared, Malhusala et Lamech, dont l'âge que chacun avait quand il engendra, est marqué dans la petite table suivante :

Jar<îd « 1 i Sa ans. Jared, à 6a ans.

Malhusala, à ... 167 Mathusab, à . . . 67 l*n«eh, à 18a Lamech, à 53

Cela supposé :

La preuve de notre assertion est qu'il y a certainement 1 faute dans le texte samaritain (tel qu il existe i présent ) par rapport aux deux premiers de ces trois patriarches; puisque saint Jérôme nous dit positivement, qu il avait trouvé danv les livres des Samaritains, comme dans ceux des Hébreux, que Malhusala avait engendré à cent quatre-vingt-sept ans! et Lamech, à cent quatre-vingt-deut. In Hebruùs cl Samurilanonan libris ità scriptum rrperi : et vixit Maihiauia rentum octoginta-septem annù, et genuit Lamerh.... et fuenint omatf dies Mathusaiu anni nongtali-sexatutta-notem et mortuus est, et vixit Lamech eeiitum octoginta-duotus annis, et genuit AW |[ie™|* «M- Hcbraic in Gencsim, loui. Il, ccl. 5ia |

Quand il n'y aurait que ces deux fautes, qui se sont visi blement glissées <bns les exemplaires samaritain», depuis I teins de saint Jérôme, c'en serait assez pour nous décider en faveur du texte hébreu, sur ce point particulier de la chro uologic des patriarches anté-diiuvicnx.

Mais de plus, par rapport à l'âge „ù JarCl| engendra, n est-on pas Tonde à croire que c est une troisième faute dans le texte samaritaiti actuel, de ne lui donner nue soixante-deux ans, au lieu que l'hébreu lui eu donne cent soixante-deux ? Cetie faute a pu être commise d'autant plus aisément par le premier copiste , que dans la langue samarilaine originale, qui est la même que l'hébraïque, le mot qui signifie cent est très court, n'étant compose que de irois lettres, et que par conséquent il a pu aisément échappe, dans une première copie, sur laquelle les autres auraient éle Urées avec la même faute.

Comme saint Jérôme ne dit rien de Jared , on pourrait croire que ce silence vient de ce qu il n'y avait pour lo.v aucune différence enlre le texte samaritain et le texte hébreu et que tous deux portaient également cent soixante-dcui ans ce qui prouverait l'intégrité du texte samaritain sur b chro nol -gie auto diluvienne du teins de saint Jérôme, puisqu'il 'accorderait alors sur ce point avec le texte hcbieu, et qu'ii serait visible que les trois fautes qui s'y trouvent à présent s'y sont glissées depuis le quatrième siècle.

Mais il est plus vraisemblable, que si le saint docteur ne dit rien de Jared, c'est que cela ne servait de rien dessein , qui était de montrer que Malhusala , qui neuf cent soixante- neuf ans, était mnrl avant que le drlue commençât, ce qu'il prouvait sur les exemplaires hébreux et samaritains : au lieu que, suivant le texte grec, il n'aurait eu que neuf cents cinquante-cinq ans au lems du del auquel, par conséquent , il aurait survécu de quatorze ce qui est formellement opposé à l'Ecriiure sainie, qui nous apprend qu'il n'y eut dans l'arche que Koé et sa f. mnie avec ses trois fils, et leurs trois femmes, et que tous I. '

autres hommes périrent dans ce terrible événement , cette erreur dans la chronologie anlé-dduviei.ne du tcxl grec, est une raison particulière de la rejeter; de menu que les trois fautes dont on a parlé, nous font abandonner le calcul samaritain tel qu'il existe i présent , pour nous attacher irrévocablement à la chronologie du texte hébreu et de notre version de b Vulgate, pour les patriarches anté- . diluviens, ce qui est le premier des deux points que nous avons entrepris d'examiner.

Venons à présent à U seconde époque.

SECOND AGE DU MONDE, ov DEUXIÈME ÉPOQUE.

Cette époque comprend , comme la première , dix patriarches, qui tous se sont succédés les uns aux autres immédiatement après le déluge qui finit, suivant le texte hébreu nue nous suivons, au commencement de l'année tl>57 de la création du monde.

Voici le nom de ces patriarches depuis Sem jusqu'à Abraham, avec l'âge que rhacuu avait quand il engendra le 1 vant , selon les trois textes différents.

HEMAHQUfcS CHHONOCOGIYUES.

Sem , à . . .

Arphaxad, à.

Salé, 1 . . .

Hébcr, a . .

Phaleg, i. .

Réu, a. . . .

Sarug , à. . .

Nachor, a • .

Tharé,*. • .

Abraham. . .

ioo

Arphaxad.

Salé . . .

Héber . .

Phaleg . . Béa . . .

Sarug . .

Nachor. .

Tharé . .

ion

Le grtt.

Arphaxad . .

Caïiian. . . .

Sale

Heber . . . .

Phaleg. . . .

Héu

Sarug

Nachor. . . .

Tharé

Abraham. . .

En jetant l'oeil sur ces trois sommes, 3<jo , 1040 rt 1370 , on voit que chacune des deux dernières surpasse de beaucoup !a première, qui est celle du teste hébreu tel que nous l'avons à présent , et qu'a suivi notre vulgate ( Genèse XI , v. ro i*l suiv.). au lieu que la somme du leste grec ne surpasse celle lu samaritain que de deux cent trente ans , qui mfme w trouveront réduits a cent, si on retranche, comme nous croyons le devoir faire , le Caînan des Grecs avec ses cent trente ans , de sorte que toute la différence du grec et du samaritain ne sera plus que dé cent ans, qui auront pu aisément être ajoutés au Nachor des Grecs, par l'inattention des copiste*. Voici maintenant ce que nous pensons de ces trois chronologies dans Peut où nous les avons , du moins dans le plus grand nombre des exemplaires.

FIIEM1EB.E ASSERTION.

Le texte hébreu nous paraît beaucoup moins correct que les deux autres.

i*. En ce que les six premiers descendants de Scm chacun y ont cent ans juste de inoins que dans le samaritain et danv le grec ; ce qui fait, comme on l'a déjà dit sur un cas semblable , deux autorités contre une seule qui semble par conséquent devoir céder aux deux autres.

a". Fn ce que, suivant celte chronologie, la dispersion des enfants de Noé, qui se fit du lems de l'halcg, serait arrivée vers l'an 103 depuis le déluge , et qu'il n'est guère» vraisemblable que la postérité de ce patriarche eût nu s'accroître en si peu de teins , jusqu'au point que l'Ecrit un sainte nous le représente. Au lieu que suivant les deux autres textes , cette dispersion étant arrivée au moins trois cents ans plus lard . c'esl-a-dire vers l'an 4°a- Depuis le déluge , il n'est plus si surprenant que dès-lors 1rs habitants de la terre fussent en si grand nombre, qu'un même pays ne pùl 1rs contenir, et quïls fussent obligés de se séparer pour aller s'établir dans des contrées plus spacieuses.

3°. Il parait un peu surprenant que Sem n'ayant engendré qu'a cent ans , son fils Arphaxad soit dit tout de suile avoir engendré à Irente-cinrj ans; cl qu'au contraire Tharé n'engendre qu'à soixante-dix ans , tandis que son père Nachoi a engendré a vingt neuf. Il semble que ce n'est guéres là la marche ordinaire de la nature, cl qu'elle met plus d'uniformité dans ses opérations. Aussi cette uniformité est-elle plus sensible dans les deux autres textes , où l'on ne fait pat tomber Tige de deux patriarches consécutifs décent a trentecinq ans; puis remonter celui de deux autres aussi consécutif, de vingt-neuf an* à soixante-dix , comme on fait dans le texte hébreu. Et comme les deux autres s'accordent parfaitement sur Tige de tous les patriarches de celle second)' époque ( car il parait que c'est une faute dans le grec , de donner cent soixante-dix neuf ans à Nachor, au lieu de soixante-dix-neuf que lui donne le. samaritain ); c'est ce qui nous confirme dans l'idée où nous sommes, que la chronologie de l'hébreu pour les patriarches pont-dituviems est altérée et fautive, et qu'ainsi elle doit t\rt abandonnée.

Mais a laquelle des deux autres Uut-il donner la préférence ? C'est ce qu'on va voir.

flou ne saurait «Ire i». Parce qu'elle

des Grecs

les.

aelqu

recli.

d?abo deux cent trente ans de trop avec iin Caînan , qui ne se trouve ni dans l'hébreu

des Septante , vus et cites par Jules Africain , et par Eusèbe.

De plus, Philon et Joseph , qui savaient bien le nombre, le nom et la suile de leurs patriarches , disent toujours constamment qu'Arphaxad engendra Salé, uns jamais faire mention de ce Caînan , qu'on appelle le second, pJice que parmi 1rs patriarches anic-diluviens il s'en trouve un de ce même nom.

Et si ce second Caînan se trouve dans la généalogie de Jésus-Christ donnée par saint Eue , ch. 3 , il v a de fortes raisons de croire, comme nous l'avons déjà dit , qu'il y a été ajoute par quelque copiste qui , ayant vu ce nom dans les septante , aura cru qu'il avait été oublié dans le texte de saint Luc, et l'aura écrit a la marge de son exemplaire , d'où il aura pu aisément passer dans le texte par l'ignorance d'un autre copiste, qui aura cru que ce nom ne se trouvait à la marge que parce qu'il avait été omis dans le texte , où il l'aura mis do son chef, sans autre examen. El par-la on voit comment celle erreur a pu passer dans différents exemplaires et venir jusqu'à nous. Sur quoi on peut coutuller les auteurs qui ont traité de celte matière, et en particulier le P. Alexandre , daus son histoire ecclésiastique du second Ige du monde.

2". Outre cette première faute , par rapport au nom et aux années du second Caînan, il s'en est glissée encore une autre dans le lexte grec , par rapport a lige de Nachor, à qui il donne cent soixante-dix neuf ansquan-i il engendra Tharé, tandis que 1rs auteurs nommes ci-dessus, et plusieurs autres avec eux , ne lui en donnent que soixante dix neuf, conformément au teste samaritain. Et il paraît même qu'il es! plus conforme au cours naturel , que Tharé, fils de Kachor, ayant engendre a soixaalc-dix ans, sou père ait engendre a «oixanle-dix-neuf , plutôt qu'à cent soixante dix-neuf , d'autant plus qu' Abrahajn, qui n'était que son petit fil», se trou «ail , en quelque sorte, trop vieux pour avoir un Gli a rent ans; el qu'étant mort à cenl soixante-quin/r ans, plein «V murs et dans un âge très-avancé, comme l'Ecriture nous

le dit . il se que son grand'pèrc aurait pourtant été

en état d'avoir des enfants à uo Age plus avance de quatre ans, que relui où Abraham, son nelii-fils, mourut de vieillesse , ce qui n'est guèrrs vraisemblable ; parce qu'encore qu'il soit vrai que la vie des hommes allât pour lors en ditni uuanl,il n'est pourtant pas aisé de se persuader que celle diminution fut si considérable en si peu de leuts.

Mais sans appuyer davantage sur celte raison, ni en cher cher d'autres que celles que nous avons rapportées , il nom paraît visible que la leçon du teste grec donne cenl ans de trop a Nachor, lesquels clan! ajoutes aux cent trente du faux Caînan, fout une erreur de deux cent trente ans dans la chronologie des LXX. Et si on en retranche ce norobie d'années, comme nous croyons qu'on le dort faire, celte chronologie pour les patriarches ftost-diluvieits , sera entièrement conforme a celle du texte samaritain, dont il reste à parler.

TtlOIStEsiE ASSERTION.

La chronologie du texte samaritain pour le do monde, nous paraît devoir être préférée aux deux

i". Parce qu'elle esl exemple de deux fautes que noua venons de remarquer dans celle des LXX , el qui lui donnent deux cents trente ans de trop, «-I qu'elle est pareillement exempte des faute* du lexte hébreu, qui, ôlanl cent ans a chacun des six patriarches qui suivent Sem , et cinquante ans à Nachor, affaiblit de six cenu cinquante ans la

ie dans le

hronologic de celle seconde époque a*. Parce que ce n'es! qu'en suivant le texte samaritain qu'on peut lever la difficulté qui se trouve dans récriture , par rapport à l'ig" qu'avait Thare quand il mourut. Le leste hébreu, et celui des LXX , aussi bien que notre vulgate , lr font mourir a deux cents cinq ans, ce nui parait contraire a ce qui est dit ailleurs; «avoir, 1". que Thare engendra Abraham a l'âge de soixante-dix ans (Genèse XI, v. a6); et qu'étant venu avec sa famille a llaran, il y mourut (/&û/, v. 3i et 3a); a». Il est dit positivement qu'Abraham avait ' il sortit de llaran. (Genèse XII, rl de son père cent qiiaraulepuisque les soixante - dix qu'il aham , avec les soixante- qui nie il sortit de Haran, après avoir 1 son père . font le nombre hjxte

soixînle

v.4.)Et ( Act. 7, v cinq ans qua avait quand il engendra qu'avait Abraham quand

quinze ans quami 11 sortit ue 1 comme il 11 en sortit qu'après v. 4 ) , son père n'avait don quand il mourut , puisque lej

REMARQUES CHRONOLOGIQUES

avons rapportée <le saint Augustin , qui «notaires écrits dans la laitue originale qui n'en sout que des traductions dans

de cent quarante-cinq ans pour tout le tenu de la vie de Tharé; ci c'est précisément l'âge que lui donne le seul teste samaritain , qui rn cela s'accorde parfaitement avec les trois passages Je l'Ecriture qu'on vieut de citer. Au lieu que pour trouver qu'il mourut i deux cent cinq ans, on est obligé de dire qu'il n'engendra Abraham qu'à l'âge de cent trente ans ; et qu'ainsi , non - seulement Abraham ne fut pas l'aîné de ses enfants,, quoique l'Ecriture le nomme toujours le premier, mais il faut dire encore qu'il ne vint au monde que soixante ans après son aine , puisque Tharé commença d'engendrer a soixante-dix ans. lous ces sens forces qu il faut donner â l'Ecriture sainte pour trouver deux cent cinq ans de vie à Hure , sont pour nous une nouvelle raison de préférer le Irxle samaritain au texte hébreu, par rapport à la chronologie des patriarches post-diluoitns.

Et il est bon de remarquer ici, qu'en donnant la préférence a la chronologie samaritaine , on ne s'écarte point de la règle que nous avons rapportée «le est de préférer les et primitive, à ceux qui une autre langue. Nous n'abandounons point celte régie , puisque l'ancien et vrai samaritain ne diffère de l'hébreu, comme on l'a déjà dit , que dans les caractères , dont les vrais et les plus anciens de la langue samaritaine ont clé conserves dans le texte samaritain ; au lieu que les Juifs des deux Iribus ayant reste long-tenu en Chaldée , et sciant familiarisés avec l'écriture du pays, Esdras, après leur retour a Jérusalem, transcrivit le» livres saints en caractères chaléens , qui, outre qu'ils étaient déjà connus des Juifs, sont ussi beaucoup plus nets et plus agréables à la vue que les caractères samaritain*. Mais dans tout le reste, le peiilateuque samaritain et le pentatcuque hébreu, sont entièrement semblables, sauf les variantes cl les fautes de copistes qui peuvent se trouver dans l'un et dans l'autre , comme il fen trouve dans le» autres livres de l'Ecriture sainte. On n'abandonne donc pas la règle donnée par saint Augustin , en donnant la préférence au texte samaritain sur le texte hébreu , puisque le premier n'est pas une traduction , mais une copie de l'autre, et que lous les deux sont écrits dans la même langue qui est celle dans laquelle Moïse écrivit le pentaleuquc. Et il n'est pas besoin de dire , que si l'une de res deux copies , l'hébreu et le samaritain , ou la version des I.XX élait exactement conforme au texte original sorti de la main de ce saint législateur, et qu'on sût quel est celui des trois textes que nous avons, où se trouve cette exacte conformité, il ne reslrrait qu'a s'attacher inviolablcmcnl à celui la, prcferableineiit aux deux autres. Mais comme on n'est pas sur qu'il y en ait un des trois entièrement conforme a l'original , et que quand il y en aurait un , on ne sait pas lequel des trois a cet heureux avantage, il est permis de s'attacher à celui qu'on croit lé plus vrai, et c est ce qui nous fait piéférer la chronologie du texte hébreu-samaritain i celle du pur hébreu pour Ta seconde époque, et à celle des LXX, tant pour le premier que pour le second âge du monde ; quoique d'ailleurs, comme il a déjà été dit , il soit aisé de ramener celte dernière a celle du samaritain , puisqu'il ne faut pour cela qu'en retrancher le fauxCaïnau et les cent ans qu'on y donne de trop a Nachor, qui sont deux fautes visibles , et pour lors, le grec s accordant enl avec le samaritain , ce serait nne double autorité ci seule , et on aurait moins de peine à ne pas suivre le pur hébreu pour le second âge, comme on l'a suivi pour le premier; car, i dire vrai, on en doit sentir quelqu'une dé ne le pas suivre également sur ces deux âges, puisque sur l'un et sur l'autre, il est parfaitement conforme a notre version de la vulgale, qui, comme on l'a dit , a été déclarée authentique par le concile de Trente; ouoiqu'a la vérité on puisse quelquefois en abandonner b chronologie sans manquer au respect qui lui est dû, et c'est de quoi l'église elle-même nous donne un exemple bien sensible , en nous taisant annoncer dans sou martyrologe la naissance du Sauveur , suivant une chronologie toute différente de celle des trois texte* dont nou< parlons.

Un avantage qui n'est pas a mépriser dans la chronologie que nous suivons ici depuis le déluge, c'est que le faisant remonter au moins de cinq cent quatre-vingt-dix ans plus haut que ne le fait le texie hébreu pour le second âge , elle nous met bien plus au large pour placer les époques et les histoires profanes, quoique d'ailleurs elles soient si remplies Je fables , que quand on ne pourrait pas les accorder avec la chronologie de la Bible , ce ne serait qu'une nouvelle preuve de leur fausseté, ce qui , par conséquent , ne pour-

rait donner

atteinte à la vérité de nos livre*

d'Abraham , qui finit la seconde époque , en commeoce une troisième qui est importante lans la chronologie sacrée, nous ne devons pas 6nir ce petit écrit , sans dire ce que nous pensons de l'année où ce saint patriarche est né , ce qui nous donnera en meme-tems celle de sa vocation , puisqu on sait qu'il fut appelé du Seigneur, à I a&e de soixante— t^uLuzc ans. (Genèse XII. v. 40

Note particuUin sur Va

Pour

u juste l'année du monde et celle du déluge, en laquelle Abraham est né suivant les trois calculs que nous avons donné ci-devant. (§. II.) Il est bien clair que des trois 390, 1040, 1270. Il faut retrancher de chacune l'âge qu'avait Sem â ce lems du déjuge, puisque le second âge dont il s'agit dans ces trois labiés chronologiques, commence â ce triste événement.

Or, Sem avait, pour lors, quatre-vingt-dix-huit ans, ou cent moins deux ans, pstisque l'Ecriture nous dit qu'il engendra Arphaxad deux ans après le déluge , et qu'il élait pour lors âge de cent ans. Sem trot centum anaorum, quandu genuit Arphaxad , biennio poît diluoium. ( Gen. XI , v. to. )

Arphaxad est donc né l'an 1GS8 de la création, puisque le léluge a commencé en i65ti et fini au commencement de de ib57- Ce qui fait qu'on pourrait reculer la naissance d'Arphaxad d'une année et la mettre en iC5n, puisque ces mois biennio post diiurium peuvent signifier deux ans pleins et entiers après la fin du déluge ; mais nous la laissons à l'an itôtf, parce qu'en le faisant naître à la fin de celte année, ce qui restait de tb57, avec toute l'année îlot*, peut bien être compté pour deux années et répondre au bitanio post ium de la Genèse.

Or, suivant la table chronologique du texte hébreu (§. 11.)

tirée de l'Ecriture sainte , il se trouve que depuis la d'Arphaxad jusqu'à la soixante dixième de Tharé , il y a 390 juste : i quoi ajoutant les deux ans écoules depuis le déluge jusqu'à la naissance d'Arphaxad , on a 39a ans, pour la seconde époque, qui, joints aux «C5G de la première, font en tout 194» ans écoulés, depuis la première année d'Adam jusqu'à la soixante-dixième de Thare, à laquelle le texie hébreu

la naissance d' \hraham, puisque l'Ecriture nous dit positivement, que Tharé, avant vécu soixante-dix ans , engendra Abram , Nachor et Arân : eixiVque Thare sepluagenfa amis et genuU Abram, tiar.hor tl Aran. Gen. XI. v. a(j. et que le sens propre et naturel de ce passage est que Tharé engendra Abram, à l'âge de soixantedix ans.

Ainsi , suivant le texte hébreu ,

Abraham est né l'an du monde 1948.

Et l'an du déluge au2.

Et cette année 29a, depuis la fin du déluge, est constante par Joseph qui dit en termes formels, que « Nachor en- * gendra Tharé, père d'Abraham, qui se trouva ainsi le ■ dixième depuis Noé, et naquit deux cent quatre-vingt - » douze ans après le déluge : car Tharé avait soixante- dix » ans lorsqu'il tut Abraham. - (Liv. I des Anliq. chap. G.) Voilà qui est clair, et pour l'âge où Tharé engendra Abraham, et pour l'année du déluge où Abraham vint au monde. Et comme on sait, par l'Ecriture , qu'il fut appelé du Seigneur â l'âge de soixante-quinze ans , sa vocation tombe donc , selon l'hébreu ,

En l'an du monde aoa3.

El l'an du déluge 36;.

Pourquoi donc , peut-on demander ici , dans les tables chronologiques de Valable , de Vitré, de Sary et d'autres , la naissance d'Abraham se irouve-t-ellc constamment marquée à l'année aoofJ , quoique lous ces auteurs prétendent suivre le texte hébreu pour le second âge du monde , toul comme pour le premier ?

C'est que pour trouver que Tharé a vécu deux cent cinq ans, comme il est dit , Gen. XI. v. 3i , et qu'Abraham a rlé appelé du Seigneur a soixante-quinze ans, qui élait la dernière année de la vie de son père, ils sont obligés de dire, comme nous l'avons déjà remarqué, que Tharé avait cent trente ans quand il engendra Abraham , qui , avec les soixante-quinze qu'il vécul encore avec son fils, font réellement deux cent cinq^ ans. Mais par là ils ajoutent soixante ans , aux soixante-dix que l'Ecriture donne à Tharé , quand il engendra Abram, Nachor et Aran; au lieu qu'il était, pour le moins, aussi simple d'Ater ces soixante ans aux deux

REMARQUES CHRONOLOGIQUES

cent cinq «le 'l'hué, et de ne lui laisser que les soixante- dix qu'il avait quand il engendra, avec les soixante-quinze qu'il vécut jusqu à la vocation de son fils, ce qui fait en tout justemenl les cent quarante-cinq ans de vie, que lui donne le texte samaritain , dont l'autorité semblait devoir être préférée en cette occasion , par la raison qu'elle s'accorde mieux avec ce que dit l'Ecriture , que Thare était âgé de soixanledix ans, quand il engendra Abram, Nachor et Aran , et qu'il peut aisément s'être glissé une faute de copiste dans le texte hébreu, en donnant à Tharé deux cent cinq ans de vie, au lieu de cent quarante-cinq.

Mais d'ailleurs, en donnant cent trente ans a Tharé quand il engendra Abraham, au lieu des soixante-dix que l'Ecriture paraît lui donner, les auteurs des chronologies relatées ci-devant , ont eu raison de placer la naissance d'Abraham à l'an du monde aoo8 , puisque les soixante ans qu'ils donnent de plus a Tharé quand il engendra Abraham, étant ajoutés aux 1948 que 1« texte hébreu donne pour les deux premiers âges du monde, font justement 3008, et que , par conséquent , la vocation de ce saint patriarche doit être macée à l'an 3o83 , selon ces mêmes auteurs ; au lieu qu'a s'en tenir littéralement au texte héhreu qui ne fait aucune mention de ces soixante ans de surplus, ou doit la mritrc comme nous avons fait à l'an aosJ de la création , et 36; du déluge.

Voila qui est bon pour le calcul de 1 hébreu ; mais comme nous ne le suivons pas pour le second Age du monde , voyons ce que porte le samaritain pour cette seconde époque , rar il n 1 y a point de difficulté pour la première , que nous reconnaissons avec l'hébreu être de i656 ans. •

La somme du calcul samaritain donnée ci-dessus (§. II.), est de 1040 ans, d'où retranchant les 100 moins 3 ans, ou les 98, que Sem avait au tems du déluge, il ne reste que 94a qui est l'année depuis le déluge en laquelle Abraham est né, et ajoutant ces 94a ans aux i65C du premier âge, l'année de sa naissance est la aSgS*. de la création. Ainsi , suivant le texte samaritain que nous adoptons pour le second âge du monde,

Abraham est né l'an de la création a5g8

Et l'an du déluge 94a.

Or , nous avons vu que suivant le texte hébreu il est né l'an du monde 1948. Ce terme est donc trop court de GSo, puisque 1948, plus 65o, font 3698.

Et quand on mettrait sa naissance soixante ans plus tard, avec (et chronulogisirs dont nous avons parlé, c'est-à-dire,

a l'an 3008 de la création , ce serait toujours 590 ans déplus que suivant le texte hébreu , qui , d'un autre côté , ne donnant que 293 ans depuis le déluge , est aussi trop faible de

6S0 ans , puisque et 39a font q4a qui est née du déluge en laquelle nous avons vu qu'Abraham était tié. Four ce qui est de l'année de sa vocation , il n'y a qu'un seul et même sentiment là-dessus, puisque l'Ecriture nous dit positivement que ce fut en la soixante-quinzième année de son âge. (Gen-Xl. V. 4.)

Ainsi , ajoutant de même 7S a 2598 , on a l'an du monde a6;3 , et ajoutant de même 75 à 94», on a l'an du déluge

Et c'est à ce dernier calcul que nous nous en tenons comme plus conforme à l'Ecriture sainte , et par conséquent a la vérité.

Il serait assez inutile de rien dire ici de plus que ce que nous avons dit du calcul grec des LXX; ■". parce que nous rejetons totalement ce calcul pour le-premier âge du monde, de mime que pour le second , si on j laisse le second Caïnan avec ses cent trente ans , et les cent qu'on donne de trop a Nachor, ce qui fait une erreur de deux cent trente; a", parce que si on retranche cet excès , le calcul grec est entièrement le même pour le second âge qoe le texte samaritain , et qu'en ce cas lâ il faut absolument raisonner de même pour l'un et pour l'autre.

Nous remarquerons seulement ici , que les cent an* que le texte grec donne de plus à six des patriarches du premier âge avant qu'ils engendrassent, paraissent venir de l'ignorance de celui qui cupiale premier l'exemplaire des L-XX , tiré de la bibliothèque du roi l'hiladelphr.Cc premier copiste, vraisemblablement étranger i la nation juive , surpris du grand nombre d'années qu'on donnait à la vie de ces patriarches , s'imagina peut-être que ces années n'etaieut qu'autant de mois nu environ; et comme en comptant ainsi, l'âge de cent trente ans que l'écriture donne à Adam quand il en-> gémira Caïn , était visiblement trop court pour pouvoir engendrer, il lui donna cent ans de plus qu il retrancha des

années qu'il vécut après avoir engendré , et mit deux cent Imite, au lieu de cent trente, mais sans diminuer de la somme totale de la vie d'Adam : de sorte qu'au lieu que l'écriture dit qu'Adam avait cent trente ans quand il engendra Caïn , et qu'il en vécut encore huit cents après l'avoir engendre, le copiste mit deux cent trente avant , et seulementsrpt cents après, ce qui fait toujours la même sommr de neuf cents ans pour la vie d'Adam, et il fit la même chose pour les cinq autres plriarches suivants jusqu'à llenoch inclusivement , sans rien ajouter à Jared qui le précède , parce - lemplaire grec lui donnant coat soixante-deux ans , j'il pouvait avoir engendré à cet âge, même en comptant que Vannée ne valait qu'un mois ; et c'est pour la même raison qu'il n'ajouta rien à l'âge des trois derniers patriarches , savoir Mathusala , Lamech et Noé , parce que l'âge où il voyait dans son exemplaire que chacun d'eux avait engendré était encore plus grand que celui qu'avait Jared quand il engendra.

C'est le sentiment de saint Augustin et de bien d'autres, sur la cause de la différence qu'il y a entre le texte grec des LXX et celui de notre vulgale , qui sur ce point de chronologie est en tout conforme à l'hébreu, comme on l'a déjà dit .

Quant à l'addition des six ans que le grec donne de plus que l'hébreu à Lantech, ce peut bien être une faute de pure inadvertance de quelque copiste postérieur , au lieu qu'on ne peut guères douter que l'addition de cent ans à chacun des cinq premiers patriaches et au septième n'ait été faite de dessein prémédité.

Quoi qu'il en soit de l'erreur de ces six cents ans et de la cause qui l'a produite, voici un petit précis de ce que nous venons de dire.

ÏIÉCAPITCLATIOS.

Il s'agit ici de la chronologie des deux premiers âges , ou premières époques du monde.

Le premier âge s'étend depuis la création , jusqu'au commencement du déluge , sous dix patriaches qui sont Adam . Selh , Ënos , Caïnan , Malalécl , Jared , llenoch , Mathusala , Lamech , Noé. Pour le tems de la vie de chacun d'eux , soit avant, soit après avoir engendré , et pour toute la durer de ce premier âge , nous suivons en tout le texte hébreu , auquel notre vulgatc est parfaitement conforme; et cclhdurée est de i6Sb ans.

Le second âge comprend aussi dix patriarches , dont nou* avons donné les noms et l'âge où chacun d'eux a engendre le misant (S 11), depuis Sem jusqu'à la naissance d'Abraham.

Et pour Ta durée de ce second âge , nous adoptons en tout le texte samaritain qui lui donne g4a ans, ce qui tait pour ces deux âges a5y8 ans , et .donne en même tem» l'aoaee de la naissance d'Abraham , comme on voit ici.

Durée du premier âge |656.

Durée du second Age 943.

Somme g>,,8.

KAI&SAXCE d'ABUAIIAM.

Abraham étant né dans la dernière année de ce second âge , sa naissance doit donc être placée en l'an du monde 2698 , et non pas 3008 , comme portent les tables chronologiques de ceux qui suivent le texte hébreu , tant pour le second âge que pour le premier , ce qui fait une différence de cinq cent quatre-vingt-dix ans, i l'avantage du calcul que nous suivons : et c'en serait une de six cent cinquante, si on retranchait de 3008 , les soixante années que I hébreu donne à Tharé de plus que le samaritain.

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