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de Kainaut, avait ëlë le premier. Elle avait ensuite e'pouse' Guillaume IV, comte de Nevers , puis Mathieu d'Alsace , comte de Boulogne, et enfin Mathieu III , comte de Beaumont-sur-Oise. Ce dernier mari n'e'tant pas assez puissant pour soutenir les pre'tentions d'Ele'onore , elle fit cession , comme ou l'a dit , au roi Philippe Auguste de ses droits sur le Vermandois et l'Amiénois, se contentant du comle'de Valois , dont elle se mit en possession sans e'prouver do contradiction. Mathieu prit alors le titre de comte de Valois j mais iJ ne le garda pas long-tems. Comme Ele'onore^ sa femme, n'avait point d'enfants, le roi Philippe Auguste , après avoir obtenu le Vermandois et l'Amie'nois , voulut s'assurer aussi le Valois. Dans cette vue , au printems de 1 185, il passa avec Ele'onore et son e'poux un accord par lequtrl il fut dit, enti''autres choses, que le comte de Beaumont ne prendrait plus la qualité' de seigneur de Valois ; que ce titre serait réserve' à la comtesse son e'pouse ; qu'Ele'ouore ce'dait au roi dès-lors la proprie'te' du comte' de Valois , à condition qu'elle en jouirait durant sa vie , et qu'elle en pourrait aliéner quelques perlions en œuvres pies jusqu'à !a concurrence d'une certaine somme j qu'elle conserverait de plus l'usufruit de la ville de Saint-Quentin avec certains droits dans le Vermandois. Mais il ne suffisait pas à Philippe Auguste, pour s'assurer la proprie'te' le'gilime du Valois , de s'être accommode' avec Elèonorej il savait, par une enquête qu'il avait fait faire en i 184 , que la maison de Saint-Simon qui subsistait, descendait eu ligne droite et masculine d'Eudes l'Insensé', fils d'Herbert IV, qui l'avait injustement prive' du comté de Valois , dont il devait hériter du chef d'Hildebrante , sa mère. Pour se tranquilliser et mettre son acquisition à l'abri de toute atteinte, ce prince traita avec Jean de Saint-Simon , chef de sa maison, et obtint de lui, moyennant la cession qu'il lui fit de certaines terres , une renonciation eu forme à ses pre'lcntions sur le comte' de Valois. ( Carlier, T. III, pag. 585.) Ele'onore mourut le 14 juin l'2\/^, dans un âge fort avance', et fut inliunie'e , non dans l'e'glise de l'abbaye du Parcaux-Dames , qu'elle avait fondée , comme des modernes l'avancent , mais à celle de Long-Pont , auprès du comte Raoul, son frère , où leur cpitaphe se lisait dans le cloître , du teins de don Martenne , qui la rapporte en ces tenues :
Fralri jnncla sornr Coniili Comi tissa Radulfo
JNObiiis Ek-oiior hic luinnlnia jucct.
Qui, ciim cluruerint altis nauil]Lu!>, altà
Vicciunt tDonim nobiliiate },'enns.
Sed quidiionor, (jiiid opes, quicl deniqite gloria mundi ?
£ccc brcvis paritcr claudil utruuit^uc liipis.
DES COMTES PUIS DCCS DE VALOIS. 2o5
In spéculum, lector, tibi sit, pro lemel et ipsis Sors tua te nioveat fundere vola prtcuiii.
( Martcniie , Voy. lit. T. II , p. 9.)
Cette dame joignait à beaucoup de pieté' , de l'esprit et des connaissances. Elle parlait avec pureté' sa langue , et aimait particulièrement la poe'sie. Bergeron la met en parallèle avec Jeanne !'«, comtesse de Provence, qui commença à tirer noire poe'sie du chaos , en prote'geant les troupes de trouba'dours et de clianteres Mais Ele'onore pre'fe'rait les sujets de religion aux matières profanes. Le romande Sainte-Geneviève, que les amateurs recueillirent avec tant d'applaudisscmeni , fut compose à sa demande j et c'est d'elle qu'il est dit au commencement ;
La Dame de Valois me prie De mettre en boa romau la vie D'une Sainte que mouit elle clame.
Le comte Matltieu , son e'poux , lui surve'cut. II vivait encore au terns de la bataille de Bouvines, et ayant paru à cette ce'lèbre journe'e parmi les seigneurs français, il y fit preuve d'un courage he'roïque. Rigord et Albe'ric le mettent au nombre des plus vaillants hommes de son siècle. Le roi Philippe Auguste l'avait fait grand-chambrier de France. Après la mort d'Ële'oiiore, et dans le mois de juillet de la même année, le roi Philippe Auguste , en vertu de la donation qu'Ele'onore lui avait faite, envoya G ue'rin , son chancelier, nouvellement e'vèque de Senlis , pour prendre possession du Valois , qu'il reunit, ainsi que le Vermandois et l'Amie'nois , à 'a couronne.
COMTES DE VALOIS
L'an 1240, le roi saint Louis accorda le Valois à la reine Blanche , sa mère , pour en jouir sa vie durant. Cette seigneurie comprenait alors les domaines de Crépi, de la Ferte'-Milon , de Yilliers-Cottcrets avec sa forêt, de Viviers et de Pierrefouds avec ses dépendances. La charte de concession, qui est conservée aux archives de Valois , porte , cntr'autres choses , que Blanche aura la liberté d'aliéner en œuvres pies ou autrement, la somme de huit cents livres parisis , afin de la dédommager de la portion de sou douaire , qui avait été donnée en apanage au prince
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Robert , comle d'Artois. Blanche posse'da le Valois l'espace de treize ans, jusqu'à sa mort,arrive'e le premier dcceuibre I252. Ce fut l'e'poque d'une nouvelle re'union du Valois à la couronne.
L'an 1268 ( V. S. ) Jeats Tristan , comte de N^vers, quatrième fils de saint Louis , fut investi du comte de Valois , par lettres date'es du mois de mars, pour en jouir comme avait fait la reine Blanche , mais à charge de re'version à la couronne, faute d'hoirs mâles issus de lui. Le cas arriva quinze mois après , Tristan étarit mort sans enfants, le 5 août 1270 , devant'Tunis. ( Voj. Yolande, comtesse de IS'evers. )
L'an i285(N. S. ) , le roi Philippe le Hardi rassembla les quatre châtellenies de Cre'pi , de la Ferte'-Milon , de Pierrefonds , de Be'tisi-Verberie , avec leurs domaines, en un corps sous le titre de comte de Valois , dont il fît l'apanage de Charles , pon deuxième fils , par lettres date'es du mercredi avant là micarème ( 28 février) de l'an 1284. (V. S.) La condition du retour de ces fiefs à la couronne , les mfdes descendant de lui venant à manquer , n'est pas oubliée dans ces lettres. Le jeune prince avait alors quatorze ans, étant né à la mi-carème ( 12 mars ) de l'an 1270 ( V. S. ). Le pape Martin IV , irrité contre Pierre d'Aragon, avait donné , l'an i283, les états de ce prince au roi de France , pour en investir celui qu'il voudrait de ses fils. Le choix du monarque tombe sur Charles , qui iest déclaré solennellement roi d'Aragon et de Valence , et comte de Barcelone, au commencement de l'an 1284. L'année suivante , il accompagna le roi , son père , dans son expédition de Roussillon. Le mauvais succès qu'elle eut, et l'impuissance où l'on se trouva en France d'en tenter une nouvelle , déterminèrent enfin Charles à transporter ses droits sur l'Aragon à Charles le Boiteux , roi de Sicile. Nangis met ce transport en i2go ; mais Charles prend encore le titre de roi d'Aragon et de Valence , dans un acte de 1292 , par lequel il nomme Eustache de Conflans, gouverneur de Navarre , pour recevoir eu son nom les hommages des grands et des villes d'Aragon , de Valence et du comté de Barcelone , et leur garantir la conservation de leurs privilèges. ( Invent, des chartes ^ T. XIV , p. 522. ) On trouve d'autres lettres de 1293 , où ce même Charles prend encore le titre de roi d'Aragon. ( Ibid. p. 323. ) Mais rien ne décide mieux cette difficulté que l'acte par lequel les ambassadeurs du roi Philippe le Bel et ceux du comte de Valois , au nom de leurs maîtres, renoncent purement et simplement , entre les mains du pape , aux droits que ces deux princes pouvaient avoir sur les royaumes d'Aragon et de Valence , ainsi que sur le comté de Barcelone , pourvu que le roi d'Aragon exécute fidèlemçut le traité de paix
fait avec eux et le roi de Sicile. Cet acte, de même que le traite' dont il fait mention, est de l'an lagS. ( l'résor des chart. , Aragon , layette J, n° 19. ) Le comte de Valois ne fut point alors re'duit à son apanage. Marguerite, fille de Charles le Boiteux, en lui donnant sa main, le 16 août 1290, lui avait apporté les comte's d'Anjou et du Maine , qui furent e'rige's ea pairie , l'an 1297 , par le roi Philippe le Bel. L'an 1296, e'tant aile' commander en Guienne contre les Anglais , qui e'taient rentrés dans cette province , et en avaient reconquis une grande partie, il commença par faire pendre , sur un simple soupçon d'infidélité , cinquante Gascons à la vue de la Réole. Ce spectacle répandit la terreur dans la ville : on s'y défendit faiblement. Elle fut reprise avec quelques autres places , et le comte de Valois se sut gré de sa sévérité. Mais à peine eut-il quitté la province , que toutes ces places rappelèrent les Anglais. Charles passe, l'an 1297, en Italie , à la prière du pape , qui, Vayaui fait général de ses troupes , l'envoie en Toscane pour dissiper les factions qui mettaient ce pays en combustion. Les progrès qu'il y fit ne furent que médiocres. Rappelé par le pape , il passa en Sicile , où d'abord il répandit la terreur. Mais Frédéric d'Aragon ayant trouve moyen de ruiner l'armée française sans combattre , obligea Charles à s'en retourner après avoir fait avec lui un traité, qui laissait au premier la jouissance de la Sicile sa vie durant.
L'an 129g, le roi Philippe le Bel ayant recommencé la guerre contre la Flandre, Charles, son oncle, entra, dans ce pays à la tête de l'armée française. Le succès de ses armes fut tel , qu'en deux campagnes il obligea le comte de Flandre , Gui de Dampierre , à se remettre lui et ses états à la discrétion du roi de France. Charles amena le comte avec ses deux fils en triomphe à Paris , et les fit présenter au roi par le comte de Savoie. Mais il eut le désagrément de voir le traité d'accommodement qu'il avait fait avec Gui de Dampierre, désavoué par Je monarque, qui , loin d'y avoir égard, envoya le comte de Flandre en prison.
L'an i5o2, au mois de juin, Charles part avec Catherine DE CouRTENAi , sa deuxième épouse , accompagné de cinq cents chevaliers , pour aller au secours du pape Boniface et de Charles II, roi de Sicile. Il est reçu par le premier dans la ville d'Anagni avec les honneurs dûs à sa naissance , reconnu pour empereur d'Orient , avec la concession d'une décime extraordinaire sur tous les biens ecclésiastiques de France , d'Angleterre , d'Italie , de Sicile , de Sardaigne , de Corse , de la principauté d'Achaïe , du duché d'Athènes et des îles voisines ; crée défenseur de i'égligc et pacificateur de la Toscane. Ea vertu de
2c6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
ce dernier titre, il se rend an mois d'octobre à Florence, pour mettre la paix entre les citoyens de cette ville , divise's eu deux factions , sous les noms de Blancs et de Noirs. Après y avoir se'journe' avec peu de succès jusqu'à la fin de février de l'année suivante, il va joindre à Rome le roi Charles , qui Vy attendait pour remmener à Naples , afin de commencer la guerre contre Ferdinand d'Aragon. Ce dernier abandonne les conquêtes qu'il avait faites en Fouille et en Calabre , au seul bruit de l'arrive'e du comte , qui le poursuit en Sicile avec une arme'e navale de deux cents vaisseaux. Ayant mis ses troupes à terre, il emporte quelques pîaces de cette île, et demeure maître de la campagne. Mais les maladies et la famine s'clant mises dans son armée , il est oblige' d'accepter la paix qui lui est offerte par Ferdinand , quoique de'savantageuse à sa gloire et à la réputatioa de ses armes. Il était de retour à Sens le 24 mars i5o4 (N. S.) , comme le prouve un traité de mariage qu'il y conclut ce jourlà avec Fiobert II, duc de Bourgogne, entre Philippe, fils aîné de ce dernier, et Jeanne , fille du comte : traité qui n'eut point lieu par la mort de la jeune princesse. S'étant rendu , l'an i5o5 , à Lyon , il assista, le 14 novembre, au couronnement du pape Clément V. Dans la cavalcade qui se fit à cette cérémonie , il fut un des princes qui servirent d'écuyers au pape. On sait l'accident funeste qui convertit cette fête en un jour de deuil. Le même mur qui en tombant écrasa le duc de Bretagne , le frère du pape, avec plusieurs gentilshommes , blessa dangereusement le comte de Valois. ( ^^oj". Clément V. ) Charles apaisa , par sa prudence, l'an i5i5, le soulèvement d'une partie de la noblesse contre le nouveau roi Louis Hutiu, son neveu j ce fut en la rétablissant, au nom du monarque , dans les mêmes prérogatives dont elle jouissait sous le règne de saint Louis, qu'il parvint à la faire renli-er dans le devoir. Enguerand , sire de Marigni , surintendant des finances, que l'on regardait comme l'auteur des exactions et de l'altération des monnaies , qui s'étaient faites sous le règne précédent , fut la victime de cet accommodement. Charles se porta d'autant plus volontiers à sacrifier ce ministre au ressentiment du public , qu'il était irrité personnellement contre lui, pour une parole insolente qu'Enguerand lui avait dite, en plein conseil, dans un emportement décolère. Enguerand fut arrêté , on lui fit son procès, et sans vouloir l'entendre dans sa défense, sans même lui avoir communiqué les chefs d'accusation allégués contre lui , on le condamna, malgré sa qualité de gentilhomme et de chevalier, à être pendu. Le roi , que Charles , son oncle , avait forcé d'acquiescer à ce jugement irrégulier, ne tarda pas à s'en repentir. Il fit détacher le corps d'Enguerand des fouicUcs de Montfaucon , que ce mi-
nislre avait lui-même érigées , re'habilita sa me'moire , et laissa par son testament dix mille livres à ses enfants , pour la grande infortune qui leur adf/'nt de la condemnation de leur ffère. L'an 1524 , cliarge' du commandement de l'arme'e que le roi Charles le Bel envoyait en Guienne , le comie de Valois soumit, en moins d'une campagne, toutes les places de cette province , à l'exception de Bordeaux, de Saint-Sever-Cap , et de Bajonne , obligea les Anglais à demander une trêve, et revint triomphant à Paris , vers le commencement d'octobre. Ce fut sa dernière espe'dition : il tomba , l'année suivante, dans une maladie de langueur qui le conduisit la môme année au tombeiu , le 16 décembre, suivant le registre Noster du parlement. Dans les derniers moments de sa vie, le supplice d'Enguerand lui revint dans l'esprit, et fut le sien propre par les justes et cuisants remords qu'il lui causa. Pour les calmer, il chargea un de ses officiers d'aller par les rues , une bourse à la main, criant à chaque pauvre, en lui faisant l'aumône : Priez pour monsieur Enguerand et pour Charles de J^alois. Ainsi mourut ce prince, fils de roi, oncle de trois rois , gendre de roi , père de roi , élu roi d'Aragon , et tige d'une postérité de treize rois consécutifs , qui ont gouverné la France pendant deux cent soixante ans. Son corps fut inhumé aux Jacobins de Paris, et son cceur aux Cordeliers. Il avait épousé i" , comme on l'a dit, Marguerite d'Anjou , morte le 3i décembre J2Q9 , et enterrée aux Jacobins de Paris; 2°, l'an i5oi, ( V. S. ), Catherine , fille et héritière de Philippe de Courtenai, empereur titulaire de Constantinoplc , décédée le 2 janvier i3uS (N. S.) ; 3°, dans le mois de juin suivant, Mahaut , fille de Gui de Châtillon , comte de Saint-Pol, morte le 5 octobre i558. Du premier lit il laissa Philippe , qui suit ; Charles , comte d'Alençon; Isabelle, femme de Jean III, duc de Bretagne; Jeanne, mariée à Guillaume le Bon , comte de Hainaut et de Hollande, après la mort duquel elle se fit religieuse à Fontenelles ; Marguerite , alliée à Gui de Châtillon J"" , comte de Blois. Du second lit vinrent Jean, comte de Chartres, mort jeune ; Catherine , mariée, le 5o juillet i5i.^, à Philippe de Sicile, prince de Tarente , morte à Naples en octobre 1546; Jeanne, femme du fameux Robert d'Artois, comte de Beaumontle-Roger, morle le 9 juillet i563; Isabelle , abbesse de Fontevraut, décédée le 1 1 novembre id49- -^^ troisième ht sortirent, entr'autres enfants , Isabelle, mariée le aS janvier iD^y ( N. S. ), à Pierre 1*='', duc de Bourbon; et Blanche, femme de l'empereur Charles IV.
i325. Philippe Ic" , fils aîné de Charles de Valois , né ^ l'an 1295^ comte de Chartres , et non d'Alenron , succéda à son
père dans le comte de Valois. Il prit pour armes l'e'cu semé de ÏVance à la bordure de gueules , tel que son père le portait. Le roi Charles le Bel e'taut mort le premier février iSsS, sans enfants mâles, mais laissant la reine Jeanne enceinte , Philippe, comme l'hc'ritier pre'somptif de la couronne , fut de'clare' re'gent du royaume jusqu'au tems oii les couches de la reine auraient, fait connaître le sexe de l'enfant qu'elle portait dans son sein. Jeanne au bout de deux mois accoucha d'une fille : Philippe ' alors, par le suffrage de la nation, fut e'ievè sur le trône. En vain Edouard III, roi d'Angleterre , le revendiqua-t-il, comme neveu, par sa mère Isabelle, du roi de'funt , dont Philippe n'e'tait que le cousin ; en vain alle'gua-t-il que la loi qui exclut du trône les femmes en France , ne le regardait pas. Sa prétention fut rejetée, parce que la proximité dont il se prévalait ne lui venait que d'une femme, laquelle par son sexe n'avait aucun droit à la chose. Edouard dissimula le chagrin que ce refus lui causa, se réservant à le faire éclater dans une conjoncture plus favorable. Il ne larda pas beaucoup à la trouver. Et telle est l'origine des guerres tant civiles qu'étrangères qui désolèrent la France pendant près de deux siècles. Philippe commença de régner le 2 avril , et fut couronné, le 29 mai suivant (jour de la Trinité) , à Reims, par l'archevêque Guillaume de Trie. Ce prince garda le Valois étant sur le trône, et s'en faisait rendre tous les ans un compte particulier. ( T'oj. Philippe de Valois, roi de Fi aiice. )
i544' Phti-ippe II, cinquième ( et non quatrième fils ) du roi Philippe de Valois, né à Vincennes, le premier juillet i55G , reçut en apanage , par lettres datées de Maubuisson , le 16 avril i344j '^ comté de Valois avec le duché d'Orléans, pour les tenir en pairies, et obtint dans la suite quantité d'autres domaines , tant de la reine sa mère , dont il était spécialement chéri , que du roi son père. Ce monarque, l'an i55o , étant au lit de la mort, renouvela ses dispositions. Le jeune Philippe combattit, en i55G, à la funeste journée de Poitiers , et fut, l'an i36o, un des otages donnés aux Anglais pour assurer la rançon du roi Jean. L'an i566, le roi Charles V, considérant que l'opulence excessive du duc son oncle, tournait au détriment de l'état, s'occupa sérieusement des moyens de la réformer. Le duc , sur la première proposition qu'il lui fit, d'après l'avis de son conseil, de se démettre d'une partie de ses domaines, se montra fort éloigné d'y acquiescer; mais, vaincu ensuite par les représentations de ses parents et de ses amis , il consentit à remettre tous ses apanages et autres biens au roi son neveu, pour lui en faire telle part qu'il jugerait à propos. En conséquence onlit^ ea
plein conseil à Paris , dans le mois de janvier 1066 (V. S. ) , un trailc' par lequel , après avoir reçu sa démission totale , le roi lui accorda, outre le duché' d'Orléans et le comte' de Valois , les châteaux et chàtellenies de Lorris, Moutargis, Bois-Commun, Yevre, avec les autres lieux et terres plus prochaines ,jusques à la perfection de six mille livrées de terre. ( Rec. de l'abbé de Camps ^ vol. 2, p. 585. ) Le duc Philippe fit un nouveau sacrifice en autorisant, par acte du 27 iaiivier 1567 (Y. S. ) , sa femme Blanche , fille posthume du roi Charles le Bel , qu'il avait e'pouse'e l'an i345(N. S. ) , à céder à la couronne les châteaux et chàtellenies de CouloumierT , de Cre'ci et de Creve- ■cœur , avec les droits et actions qu'elle pouvait avoir sur le Bigorre , et généralement tout ce qui pouvait lui appartenir , tant du côté et ligne du roj- Charles, son pcre , comme par la rtière d^iceliij' roj- Charles ; ce qu'elle exécuta par acte du 5 juillet i'>7c. ( Rec. de Vabhé de Camps , T. III , p. 137. ) Philippe mourut sans enfants le'gitimcs , le premier septembre de l'an i375. Sa femme conserva le Valois jusqu'à sa mort, arrive'e le 8 février 1592 ( N. i). ).
1592. Louis I"^'' d'Orléans - Valois, deuxième fils du rot Charles V , né à Paris le samedi i5 mars de l'an 1372 (N. S.), reçut en naissant le titre de comte de Valois ; mais il n'entr.i «n jouissance de ce comte' qu'après la mort de Blanche de France. Le roi Charles VI, son frère, par lettres datées de Lille eu Flandre , au mois de novembre i386 , lui donna en apanage le duché' de Touraine , qu'il e'changea avec lui , en 1 392 , pour celui d'Orlcans. Louis e'pousa , le 27 janvier iSgo ( N. S. ) , à Melun, VAI'E^TI^E , fille de Jean Galèas Viscon'.i I-i- , duc de Milan, et d'Elisabeth de France. La princesse lui apporta en dot la ville d'Asti, avec cent mille florins d'or, suivant le Corio. Par le contrat de mariage , il fut stipule' qu'au défaut de la poste'rite mâle des Visconti , Valentine et ses enfants succéderaient au duché' de Milan. Ce contrat , dix ans après le mariage , fut confirme' par le pape, le siège impérial étant vacant. C'était en effet à l'empereur qu'appartenait cette confirmation; mais les papes prétendaient que l'autorité impériale leur était dévolue pendant la vacance de l'empire. On verra les gîierres qu'occasionna la clause dontonvient déparier, sous les rois Charles VIIÏ, Louis XII, et François I"''. Le comte-duc Louis acheta , de Gui de Chàlillon, le comté de Blois. L'an \\oo, il acquit de Marie de Couci , par contrat du i5 novembre , la sirerie de Couci avec ses dépendances. Quatre ans après, il acheta la part que cette dame avait au comté de Soissons. L'an 1406 , le roi Charles VI , par ses lettres du mois de juillet, éleva le comté de Valois à U
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dignité de duclié-pairie. Louis par là se vit possesseur de deuî duchés j liiais le titre de duc d'Orléans est celui soui lequel il est le p!us connu. Ce prince avait cependant en tête une maison qu'il eût e'te' de son intérêt de ménager , et qu'il crut , pour s'>n malheur, inconsidéré comme il était, pouvoir braver impunément. Nous voulons parler de celle de Bourgogne. Ce fut l'an 1401 ? q'ie commencèrent à éclater leurs funestes divisions. La jalousie les enfanta , le prétexte du bien public les entretint, la dissimulation les suspendit pour un terns , la fureur les porta enfin aux derniers exccs. Le duc d'Orléans , pendant la maladie du roi, son frère, s'était fait donner, l'an 1402, l'administration des finances , et au moyen de cette partie , bientôt il parvint au gouvernement absolu de l'état. Les impositions exorbitantes qu'il établit , la dureté avec laquelle on les leva, l'abus qu'en firent ses créatures, excitèrent un murmure universel. Philippe le Hardi, duc de Bourgogne , prit le parti du peuple , et servit sa propre ambition en feignant de vouloir le tirer de l'oppression. Rival déclaré du duc d'Orléans , il réussit à le supplanter. Louis , furieux de se voir dépossédé de l'administration du royaume, s'en prend à tout ce qui regarde directement ou indirectement le duc de BourgogiiC. Celui-ci est à son tour dépouillé par la reine Isabeau , qui , voyant la facilité qu'il y avait de régner, se fit remettre toute l'autorité , pour assurer, disait-elle , à son fils aîné la royauté^ au cas que (■on cpoux vint à manquer.
Philippe le Hardi mourut l'an i4o4» laissant Jean , son fils,, liérilier de ses vastes états et de son ambition. Le duc d'Orléans gouvernait sous le nom de la reine, avec laquelle il vivait dans lin commerce plus que suspect. Contraint de céder une part dans l'administration au nouveau duc de Bourgogne , devenu beau-père du dauphin , qui avait épousé sa fille, il augmenta leur rivalité , en lui cédant de son crédit. Jean-sans-Peur ( c'est ainsi qu'on nomma le Bourguignon ) se servit de son autorité pour se faire riiomuic du peuple , en s'opposant aux nouvelles taxes que la guerre future avec les Aii;^lais donnait occasion ou prétexte de mettre sur le peuple. Cette apparence de zèle pour le bien public en imposa facilement au peuple : Jean devint sou idole. Le duc d'Orléans , pour se maintenir , resserra les nœuds qui l'attachaient à la reine. Voyant le duc de Bourgogne maitre dans Paris, ils se concertent pour faire enlever le dauphin et l'amener à Melun , oîi ils s'étaient retirés. Les mesures étaient mal prises. Le duc do Bourgogne joint l'héritier du tronc à Juvisi , et le ramène dans la capitale. Tout se dispose à une guerre civile. Le duc d'Orléans, ayant ramassé des troupes, s'avance à leur tète vers Paris. Sou rival l'attend , prêt à lui
livrer bataille. Les princes alors se conslituent médiateurs. On tMMitdes conlerences à Vinccnnes. T. a paix y est conclue , le 17 octobre i/joS, à condition que ie duc de Bourgogne aura une part dans le gouvernement. La suite de cet accommodement fut nuisible aux Anglais. On recommença contre eux les boslilite's en Guicnne et en Picardie. La campagne des deux côle's s'ouvrit beureusement et finit mal. Le duc d'Orléans e'cbona devant Blaye au mois d'octobre 1406 , et le duc de Bourgogne ne re'ussit pas mieux devant Calais. L'inimitié' des deux princes n'était qu'assoupie j des soupçons réciproques la reveillèrent. Occupés sans cesse à se décrier m-iituelienient j, ils partagent la cour en deux factions. Celle du duc d'Orléans prend pour devise deux bàlons noueux en sautoir, et celle du Bourguignon prend deux rabots pour la sienne. On voit encore des me'daiilcs où ces devises se rencontrent. Le duc de Berri s'entremet pour les re'concilier. A sa persuasion , ils communient ensemble le dimanciie 20 novembre 1407 , après s'être juré bon amour et fraternité. Rien n'était moins sincère de la part du duc de" Bourgogne que cette réconciliation. Trois jours après , ie duc d'Orléans est assassiné , par son ordre , sur les buit beures du soir, devant l'hôtel de Rieux , en allant , de cbez la reine , logée à la rue Barbette, trouver ie roi à l'iiôtel de Saint-Pol. Le corps de l'infortuné prince fut déposé dans l'église des Blancs -Manteaux , d'où il fut ensuite transjjorté dans celle des Céleslins , pour y être inbumé. Telle fut la fin déplorable de Louis , duc d'Orléans et de Valois , à l'ago de trente-six ans. La nature l'avait orné de toutes les plus belles qualités du corps et de l'esprit. L'ambition et plus encore la débauche corrompirent en lui les dons de la nature. Il laissa de son mariage Tharlcs, qui suit j Pliilippe , comte de Vertus, mort en 1420 , à l'âge de vingt-quaire ans; et Marguerite, mariée à Ricliard de Bretagne. Il eut de plus d'\ olande d'Enghicn , femme d'Aubert le Flamenc, seigneur de Cani , le fameux Jean , comte de Dunois , tige des ducs de Longueville. La duchesse Valentine eut un si grand regret de la mort de son époux , que pour tout soûlas , dit Brantôme , et confort en gémissement , elle prit une chantepleure ou arrosoir jwiir sa devise, sur le haut de laquelle estait un S , en signe , ainsi qu'on dit , que seule souvent se souciait et soupirait. Jii autour de ladite chantepleure esloienl escrits ces mots :
Piien ne m'est plus , Plus neiu'cst rien.
• On voit encore , ajoute-t-il , cette devise dans l'église des- Cordeliers , à Blois , dans sa chapelle.
:2I2 CHRONOtOGlE HISTORIQUE
1407- Charles d'Orléans-Valois , ne le 26 mai i5gT , succe'da, sous la garde-noble de Valcnline , sa mère , à Louis, sou père, dans le Valois ainsi que dans ses autres domaines, et porta , comme lui , le titre de duc d'OrIc'ans, prëfe'rabicment à ses autres titres. La même année qu'il recueillit cette succession, la duchesse sa mère rendit foi et hommage pour lui et ses frères au roi Charles VI , de toutes les ferres qu'ils tenaient dans sa mouvance , et de la pairie dont il les avait de'core's. Ce sont , comme l'obsenre M. d'Aguesseau, deux, hommages difFe'rents , parce que « la pairie, dit-il, renferme un ve'ritable office per- » sonnel et rc'el en même tenis ; ainsi un des serments ou des )) hommages s'applique à la réalité', c'est-à-dire à la terre qui » est la matière de la pairie , et l'autre à la personnalité' , c'est- » à-dire à l'ofllce personnel , qui est comme la forme , si l'on V pout parler ainsi , et le caractère le plus e'minent de la pairie.» Charles fit diverses poursuites avec la duchesse sa mère , mais toutes inutiles , pour tirer vengeance de la mort de son père. La duchesse en mourut de chagrin, le 4 de'cembre 1408, dans son chàleau de Blois. Contraint de plier sous un ennemi qui remportait des victoires dans les Pays-Bas, tandis qu'on instruisait son procès à Paris, Charles acquiesça, ne pouvant mieux faire, au pardon que ce meurtrier se fit accorder solennellement, le 9 mars i4^9 » dans l'église de Chartres. En morale et en politique, l'ouvrage de la ne'cessite' ne dure qu'autant que les conjonctures qui Font produit. Les partisans du duc d'Orle'ans , toujours dispose's à le venger , manquaient d'un chef pour les re'unir. Bernard , comte d'Armagnac , se mit à leur tête , l'an «4'o , après avoir marie Bonne , sa fille , à ce prince. Ce fut alors que commencèrent les grandes hostilite's. En vain on s'efl'orca de les arrêter par trois traités successifs j elles se renouvelèrent toujours avec plus de fureur. On ne retracera point ici les scènes horribles que donnèrent les Armagnacs et les Bourguignons : c'est ainsi qu'on nommait les deux factions. Le duc d'Orléans ne vit point la fin de la tragédie qui se jouait en son nom. L'an i4t5 , ayant été fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, il fut conduit en Angleterre , où il resta l'espace de vingt-cinq ans , sous la garde d'un messager d'état, tenant d'ailleurs une cour nombreuse et brillante. Il y eût fini vraisemblablement ses jours, si Philippe le Bon, duc de Bourgogne, cç fils de Jean-sans-Peur , si différent de son père, n'eût travaillé lui-même à sa délivrance. L'an i44^ » Philippe, apprenant que la rançon du duc d'Orléans avait été fixée à trente mille écus d'or , lui fit passer une partie de cette somme , au moyen de quoi il recouvra sa liberté. Par ce trait frappant de générosité, fut clcinle riuiuiitié dçs deux maisons. On sait dans quels termes
DES DUCS DE TALOIS. 2l5
îe duc d'Orléans prenait plaisir de te'nioigner sa reconnaissance au duc de Bourgogne. Par ma joj , bi'nitv frère et bîaux cousin, lui disait-il souvent, je vous dois aimer par-fi^ssus tous autres princes , et ma belle cousine , votre fe'vme ; car si vous et elle ne fussiez, je fusse demeuré à toujours au dftn^er de mes adversaires et nay trouvé meilleur amy que vous. ( Monstrelel. )
Charles , de retour en France au mois de novembre, tourna ses pensées vers la conquête du dncbë de Milan , qui lui appartenait du chef de sa mère. Mais l'enlreprise ne re'ussit pas, et il ne put avoir que le comte' d'Asti. L'an 1442 , mécontent de n'avoir aucune part au gouvernement, il forma une ligne avec Jes princes qui s'assemblèrent à Nevers , et y publièrent un manifeste pour demander la re'formafion de l'e'fat. Le roi , par sa sagesse, éteignit promptement ce parti, en faisant espérer au duc dOrle'ans, et à ses partisans, toute la salisfaclion qu'ils pouvaient le'gitimement de'sirer. Il assista , l'an 1464 , à la première assemble'e des états tenus à Tours. A cette occasion il fit des remontrances au roi Louis XI , qui les reçut avec indignation, le traitant de brouillon et d'ennemi de l'e'tat. Charles, pique' de cet outrage , quitta la cour et se retira à Amboise , où il mourut le 4 janvier 1466 (N. S.). Ce prince fut regretté, et méritait de l'être. 11 se regardait comme le père de ses vassaux , et les ménageait au point que , dans sa captivité, il n'osa les surcharger pour hâter sa délivrance. Les historiens du tems Tapportent des traits édifiants de sa piété. Tous les vendredis , suivant Monstrelet , il servait douze pauvres à table, mangeait avec eux , et leur lavait les pieds après le repas. Ses aumônes étaient abondantes et secrètes. Ce prince était d'ailleurs homme de lettres , et cultiva la poésie française avec succès , comme le prouvent les chansons , rondeaux et autres petites pièces qu'on a de lui, et qu'on préfère à celles de Villon, qui vivait dans le même tems. Il avait été marié trois fois : 1° , le 29 juin 1406 , avec Is^bh:lle , sa cousine germaine , fille du roi Charles VI, et veuve de Richard II, roi d'Angleterre, morte à Blois , le i5 septembre i4"9» «t enterrée dans une chapelle de l'abbaye de Saint-Laumer , d'oii elle fut transférée, en 1624, aux Célestins de Paris : de ce mariage sortit Jeanne, femme de Jean II , comte d'Alençon : 2" Charles se remaria , l'an 1410, à Bonne, fille de Bernard VII, comte d'Armagnac et connétable de France , morte, en i4'5 , sans enfants : 3" l'an 1440 ,, il épousa Mauie, fille d'Adolphe, duc de Clèves , dont il eut un fils , qui suit , et deux filles ; Marie, femme de Jean de Foix, comte d'Etampes et vicomte de Narbonne; et Anne, abbesse de Fonlevraut. La mère de ces enfants se remaria à Jean ; sire
2î4 CIIRONOIOGIE HISTORIQUE
<îe Rabodanges, capitaine de Gravelines , et mourut à Cliauni en Picardie, l'au i4^7- Son corps fut porte' à Blois, pour y être inhume', dans l'église des Cordcliers. Celui de Charles, son premier époux, reposait aussi dans l'église de Saint-Sauveur de la même ville. I/an i5o4 ("V. S. ) , le comte de Dunois, grandchambellan de France , les fit transporter l'un et l'autre , le 2i Fe'vrier, aux Ce'lestins de Paris.
1466. Louis II d'Orléans- Valois , ne' à Blois le 27 juin 1/^69., succéda, sous la garde-noble de sa mère, au duc Charles , sou père , dans les duche's de Valois et d'Orle'ans , ainsi que dans les autres domaines de sa maison. Sa jeunesse fut bouillante et orageuse. Indocile envers les maîtres qui voulaient lui former l'esprit et le cœur, il ne montra d'inclination et d'ardeur que pour les exercices du corps , convenables à sa naissance , et bientôt il y excella. La princesse Jeanne , fille du roi Louis XI , lui avait e'te' destine'e pour cponsc presque en venant au monde. Lorsqu'elle fut nubile ,, le roi pressa le mariage qui n'e'tait nullement du goiit du duc d'Orle'ans. Mais il fallut obéir à un monarque absolu auquel on ne re'sistait pas impune'ment. Les deux e'poux reçurent la be'ne'diction nuptiale, le 8 septembre 1476, des mains de l'e'vêque d'Orléans. L'éloignementdu duc pour cette alliance était si grand, qu'il ne put le dissimuler au moment de la cérémonie. Interrogé par le prélat s'il consentait d'épouser Jeanne de France : Hélas ! répondit-il, monseigneur d'Orléans , mon ami , queferai-je' Je ne saurais résister : faimeiois mieux être viort que de Jaillir à le faire ; car vous . connaissez à qui foi affaire. Il ni est force , et il n^j' a remède. Après la mort de Louis XI , le duc d'Orléans prétendit, comme premier prince du sang , manier les rênes de l'état pendant l'espèce de minorité du roi Charles VIII. Le duc de Bourbon formait la même prétenlion. Mais la dame de Beaujeu, sœur du jeune monarque, l'emporta. Pour consoler Louis de celte préférence , elle lui fit donner, le g octobre 1485, des lettres de gouverneur de Paris, de l'Ile de France, de Brie, de Champagne, etc. , avec d'amples pouvoirs. Mais Louis trouvait trop de disproportion entre ces gouvernements particuliers et celui de tout le royaume , pour se contenter d'un pareil dédommagement. François 1[ , duc de Bretagne, instruit de son méconleutement (i) , lui écrit pour l'engager à venir
(t) Wassebonrg ( Ant. Belg. fo]. 63o) <îonne une aulrc caii<e de celte retraite précipitée du duc d'OrU'ans. « Uavaritaçje, dit-il , nous trouvons, et l'av ■}i ouy rrciter h mon pèro se disant prést-iu , qu'environ ce lenis un jour le duc » d'Oik-ans estant à l'aris jouait à la paiilnie à Ncsic ou entre les deux halles
DES DUCS DE VALOIS. 2l5
le trouver. Louis se rend à Nantes où e'tait le duc , accompagné do Rcne', duc d'AIençou , et du comte de Dunois. La re'gente , à qui le séjour de Louis en JSrclagne faisait ombrage , le fait sommer de se rendre aux c'taîs assemble's à Tours au mois de janvier
1484 ( N. S. ). Le jo mai suivant, ce prince assista au sacre de Charles VIII , ot!i il représenta le duc de Bourgogne. Après la cérémonie il revint a Paris avec la cour. Mais le roi étant parti sur la fin de septembre pour Ttlontargis , Louis reste dans la capitale , dont il s'étudie à mettre les habitants dans ses intérêts, tandis que le comte de Dunois négocie pour lui avec le duc de Bretagne. Cependant la dame deBeaujeu, qui éclairait ses démarches, prenait des mesures pour le faire arrêter. Elle ramène le roi le 5 février
1485 , à Paris- Le duc d'Orléans instruit du dessein formé contre lui, prend la fuite et se retire à Verneail, dans le Perche, auprès de P\ené, duc d'Alençon. Peu de tems après il y reçoit un secours de deux cent cinquante lances, et de quelques archers, qui lui est envoyé par le duc de Bretagne , conformément au traité conclu , le 25 novembre 1484» avec le comte de Dunois. Mais , trop faible avec ce renfort pour résister aux forces du roi, il prend le parti de se rendre à Evreux , où la cour était pour lors, et de se réconcilier avec elle. De là il accompagne le monarque à Rouen , où il assiste au lit de justice , que Cliarles tint en son échiquier, le 27 avril 1485. Pendant ce séjour , Louis s'abouche avec le duc de Bourbon ; ils s'unissent d'intérêt , et forment ensemble un plan de conspiration contre le gouvernement. La cour ayant repris ensuite ia route de Paris , Louis s'écliappe et se retire à Blois. Dans la crainte qu'il ne se rende maître d'Orléans , chcf-iieu de son apanage , la dame de Beaujeu y vient elle-même pour maintenir les habitants dans la fidélité qu'ils doivent au roi. Louis éclate alors , et s'empare de Beaugonci. Mais les troupes du roi étant venues presque aussitôt l'y assiéger, il fait son accommodement avec la cour. Tranquille et soumis en apparence pendant l'espace d'environ dix-huit mois.
« ( car je n'ay retenu le lien "^ , ea la pn-sciice de plu>ienr.s Sei£;nenrs et Dames, » oii esioit iNJadame de Beaujeu , et l'ut i|uesiion il'nii coup de paiilme qui fut » (leiuandé aux assistaiis , duquel Madame de Beaujeu jugea coniie le duc: d'Or- » li'aiis, dont il se despita, et, en cholcre , dit qu'elle avait meniv , avec » quelque parole mal soimante, dont la Dame fort courroucée , s'e'criaà ftlon- ■>■> sieur de Lorraine estant présent et jouant : tLi , cousin, me laissez-vous ainsy 5) injurier? Et alors ledict duc de Lorraine bailla un grand soufflet audict duc » d'Orléans; sur quoi les f rinces assisians se levere.i ci les se'parereui. Et dès- 3î lirs ledict duc d'Orléans prit grosse haine contre ledict duc de Lorraine , et 3) Udicle Dame contre ledict duc d'Orléans. ... Or dès-!ors Madame de Beau- » jeu avoit ordoriné qu'il lût prias au corps, de quoi adverti se relira en di» » li.-ieucc eu Bretagne ».
!ll6 CHRONOLOGIE HïSTOr.TQUE
il fut deprescpje tous les voyages du roi. Mais sur la fin de i48G, le monarque s'e'tant rendu à Tours, Louis se retire à Blois , et de là part , le u janvier 14*^7 » pour la Bretagne , où il arrive le 19 au soir. On ne répclera pas ici ce qui a ete' dit ici sur le roi Charles VIII , de la guerre qui fut la suite de cette retraite , et de l'emprisonneinent du duc d'Orle'ans, par où la guerre se termina. Remis en liberté' , Louis fut envoyé' , l'an i4|74 ♦ pf^ur commander la llolle française ({ui croisait dans h mer de Gènes. Il remporta sur Fre'de'ric , frère du roi de Naples , divers avantages qui l'obliçèrent à s'en retourner. Wais attaque' ensuite de la fièvre quarte, Louis futconlraint d'abandonner la flotte, et revint joindre le roi dons Asli , où ce monarque lui même était malade. Cette ville e'tait du domaine de Louis. La sanle' du roi s'e'tant rétablie , il part d'Asti , le 6 octobre, pour traverscir l'Italie, laissant au duc d'Orléans, dont la lièvre continuait, le soin de défendre la place. Louis , s'imaginant que le tems était venu de faire revivre ses droits sur le duché de Milan , ea prend alors le titre. L'an i4<)5, ayant reçu de nouvelles troupes que le duc de Bourbon envoyait en Italie, il s'en sert pour faire le siège de Novare , dont il se rend maître en peu de tems. Mais Ludovic Sforce, étant venu l'y assiéger, réduit en peu de tems la ])lace aux abois , faute de vivres. Le roi Charles VIII e'tait cependant en route pour retourner en France. Vainqueur à la jou-née de Fornoue , et recevant de nouvelles troupes de Suisse , il était en état de marcher à la délivrance de Novare, et de livrer un nouveau combat. Mais au lieu de prendre ce parti, voulant se rendre en Fiance , il aima mieux, signer , le 18 juillet, un mauvais traité de paix avec les Vénitiens et le duc de Milan; au moyen de quoi la garnison de Novare eut la liberté de se retirer Le roi Charles étant mort le 7 avril 1498» le duc d'Orléans lui succède sous le nom de Louis XII , et réunit le Valois , ainsi que ses autres domaines, à la couronne. Après avoir gardé l'espace de dix mois le duché de Valois, Louis le cède en apanage à François , comte d'Angoulèine , sou plus proche parent , par lettres données au château du Verger, dans le mois de février 1499 ( N. S. ) , et enregistrées au parlement le 26 avril suivant. Elles portent que le prince apanage tiendra le duché de Valois à foi et hommage du roi et de la couronne de France , pour en jouir lui et ses hoirs màlcs , avec pouvoir de conférer les ofllces et bénéfices qui en dépendent. François alors quitte le titre de comte dWngoulème , pour prendre celui de duc de Valois , qu'il conserva jusqu'au tems où. il monta sur le trône. On ne changea rien aux armes du jeune prince : il continua de porter l'écu d'\ngoulème, qui est celui d'Orléans ou Valois moderne , au Lambcl de trois pièces, char-
DES COMTES ET DUCS DE VALOIS, 1\f
gées chacune d'un croissant d'azur. Le château de Villicrs- Cotlerets est sou ouvrage. Ce prince, après son ave'nement à la couronne , conserva le domaine et la seigneurie du duché' de Valois , jusqu'au 28 décembre i5i6 (M. l'abbe' Carlier , Htst. de Valois , T. II, p. 544-) P^^r ses lettres du i8 février i5i5, il nonnna gouverneiTr du Valois et de l'ile de France Charles de Bourbon, duc de Vendôme , qui en jouit jusqu'à la fin de l'an i5i9, et eut pour successeur François de Bourbon, son. frère , comte de Sainl-Pol. [Ibid.)
Le 28 de'cembre i5i6, le roi transmit, par une de'claralion , à Jeanne d'Orléans, sa tante, comtesse de Taillebourq, le titre et les revenus du duché' de Valois. Elle e'tait fille de Jean , comte d'Angoulême , et femme de Charles de Bothisi, comte de Taillebourg. Sa jouissance de ce duché' ne fut pas longue. « Je M trouve, dit M. l'abbe' Carîier, un titre du mois de juillet i5i7, » qui suppose que le roi avait repris le titre et le gouvernement » du duché' de Valois. » ( Ibid. , p. 546. )
L'an 1 55o , le roi , par lettres datc'es du 4 mars iSaq ( V. S. ), donna le duché' de Valois à Marie de Luxembourg , en e'chane^e des châtellenies de Lille et de Gravelines , et d'autres terres situe'cs en Flandre, à faculté de rachat, et à condition que la justice ordinaire serait rendue au nom du roi , que les sceaux, le ' tabellionage et les greffes seraient tenus et cxerce's comme dans les domaines rojaux , que les charges cependant seraient à la nomination de celte dame. Elle e'tait veuve alors de François, comte de Vendôme , mort en i495« Marie étant' morte le premier avril i546 ( V. S, ) , le duché' de Valois rentra dans la main du roi.
Le roi Charles IX, par lettres patentes du r4 mai 1662 , fit don à la reine Catherine de Médicis , sa mère , à titre de douaire, du duché de \'alois, du Bourbonnais, du comté de Meaux, et de quelques autres terres.
Le roi Heni-i III , à la demande de Catherine de Médicis, sa mère, transporta, par lettres données à Fontainebleau, le 18 juillet 1682 , le duché de Valois avec les comtés de Senlis , de <. lermont en Beauvaisis et d'Etampes , à Marguerite , reine de jNavarre , sa sœur , en échange des comtés de Querci et de Gaure, et de quelques terres de l'Agénois , qu'elle avait reçues le 18 mars 1678.
Le roi Louis XIII, pour ramener Gaston, son frère, qui, XII. 28
J2l8 CHR. HiSr. DES COMTES ET DUCS DE VALOIS.
par mécontentement, s'etant retire à Joinville , se disposait h passer chez l'e'tranger , ajouta, par lettres patentes du mois de janvier i65o,à son apanage le duché de Valois, pour être tenu eu pairie par lui et par ses descendants mâles le'gitimes. Ce fut à sa demande que ce monarque , par son e'dit du mois de janvier i658, cre'a un sie'ge pre'sidial et une chancellerie pre'sidiale dans la ville de Cre'pi, capitale du Valois. Gaston fonda, l'an 1644» dans cette même ville, im couvent de capucins. Ce prince e'iant mort à Blois , le 2 fe'vrier 166a, sans laisser de posle'rite' masculine de ses deux mariages , ses apanages retournèrent à la couroimc. Ils furent donne's, l'anne'e suivante , par lettres patentes du 10 mars, à Philippe, frère unique du roi Louis XIV. Elles portent que les apanages en question seront posse'dc's par le prince et ses hoirs mâles seulement j que Je roi se rc'serve les foi et hpmmages-liges , droits de ressort et de souveraineté , la garde des e'glises cathédrales et autres fondations royales et privilégiées , comme aussi la connaissance des cas royaux, et de ceux dont les officiers roj^aux ont coutume de connaître par prévention. Le a du mois d'avril suivant , le roi, par une déclaration donnée à Paris, accorda à Philippe, son frère , le privilège de nommer à tous les bénéfices royaux de ses apanages , excepte les évêchés. La postérité de ce prince est demeurée en jouissance de ces apanages jusqu'à l'époque de la révolution.
DES
SIRES, ou BARONS, DE COUCI.
Vjouci, en latin Codiciocus , Cociacum , Coceium , et Cocceium, est un nom commun à une ville et un village du Laonnais, distants l'un de l'autre d'un quart de lieue, entre Soissons, Laon et Noyon. La ville , située sur une montagne , e'tait autrefois de'fendue par un château , dont il reste une tour remarquable par sa hauteur qui est de cent soixante-douze pieds , et sa circonférence qui en a trois cent cinq. Elle était entourée, à quelque distance, d'une forte muraille beaucoup moins haute, qui avait dix-huit pieds d'épaisseur. On sent bien qu'avant l'invention de la poudre , il devait être impossible de forcer et la muraille et la tour , qui se protégeaient réciproquement. Le cardinal Mazarin fit sauter la muraille en i652, et la tour a été fendue du haut en bas par le grand tremblement de terre du 18 septembre 1692. Mais elle ne subsiste pas moins comme un monument extraordinaire de l'industrie humaine et de la magnificence des anciens sires de Couci. Cette terre a toujours été' regardée comme une des plusancierines et des principales baronnies du royaume. « Item est vrai , dit un ancien monument , M qu'entre les autres la baronie de Coucy , qui est composée de » trois châtellenies, Coucy, la Fère et Marie, est une des plus j> anciennes et plus notables baronies du royaume; item que » ladicte baronie de Coucy est tenue en foy et hommage du rov » nostre sire et de sa couronne , et si noblement , que le sein gneur et baron n'est tenu faire foy et hommage sinon à la j) personne du roy proprement ». (Du Chesne, Histoire de la M. de Guines , p. 672.)
La seigneurie de Couci était originairement une de ces pairies du royaume qui , comme les grands duchés et comtés , ne devaient cette prérogative éminentc qji'à leur mouvance immédiate du trône. Les sires de Couci n'ont porté généralement que le titre de baron , qui fut synonyme de pair jusque bien après laiut Louis. Il s'établit ensuite entre la baronnie et la pairie , une
220 CHIlONOIOGIE HISTORIQUE
distinction qui finit par priver peu à peu de la dignité de pair les Couci-Guines , issus des autres par femmes , et leurs successeurs dans la baronnie de Couci.
. Le village de Couci , plus ancien que la ville , avait e'te' donne' par Clovis à l'église de Reims. Herbert II , comte de Vermandois , ayant obtenu du roi Raoul et du pape Jean X l'archcvêclie' de Reims pour Hugues , son fils , âgé seulement de cinq ans , prit en main l'administration de tous les revenus de cette église, et demeura aussi possesseur de la terre de Couci. Après sa mort , elle tomba entre les mains de Bernard , seigneur de Scnlis , son parent. Hugues le Grand , comte de Paris , et Thibaut le Tricheur , comte de Blois , la posse'dèrent depuis en commun , mais fort peu de tems ; Artaud , compe'tileur de Hugues , fils d'Herbert , pour le sie'ge de Reims , les ayant contraints de la lui remettre en 949. Thibaut rentra , l'anue'e suivante, dans la ville et le château de Couci , au moyen des intelligences qu'il avait pratique'es avec la garnison. Celui-ci trans- But à Eudes , son fils , la sirerie de Couci avec le comte' de Blois, à la charge d'un surcens (1) de soixante sous envers l'e'glise de Reims, suivant le traite' qu'il avait fait avec l'archevêque Odolric. Ce droit fut transporte depuis par ce prélat à l'abbaye de 6aint-Remi , qui en a été' servie jusque vers la fin du quinzième siècle , comme divers actes le justifient. Mais la terre
(i) Ce cens n'cmportair, aucuns mouvance k'odale ou autre envers l'abbaye de Sainl-Remi. Ce ne fut que re'cjnivalent d'une indemnité permanente accordce h l'église de Reims comme prix delà cession qu'elle faisait, et par conséquent scnibldble à ces ancict>nes redevances qu'on payait aux é;^li«es sous la seconde ra'e , pour celles de leurs luires que nos rois lionnaient à titre de précaires aux laïques pour les te;iir immédiitemeiit d'eux etde leur couronne, de même que les autres fiefs immédiats. Cela est prouve' particulièrement pour Couci, par une foule d'actes et de faits qui constatent son imme'diateté effective dans tous les lems postérieurs à l'accord de 965 , et surtout par une charte de 1 1 16, npporiée dans l'hisloirc de la Maison de Guines par du Chesne (p. 3?.4) sous l'an 1118 (il fallait mettre ti 16. ) On y voit que , quoique les prédécesseurs d'Knguerand , alo'ssire de Couci , eussent toujours payé le cens, ce Seigneur l'avait toujours refusé, mais qu'après de longs et ruineux débats il promettait de le payer. C'eût été le cas , sans doute , de parler aussi d'une mouvance quelconque de la terre de Couci . \\ raison du cens envers l'abbaye de Saint-Remi si elle avait seulement fonde- la moindre prétention à cet égard. Mais il n'y a pas un seul mot qui tende à le faire croire. Ainsi toutes les conveni'nces coriimc toutes les preuves de fait, démontrent que la terre de Couci ne cessa pointd'ètre immédiate par l'accord de gG5 , et qu'en cessanlde faire partie d'une baronnie ecclésiastique, elle devint aussitôt une baronnie laïque , distincte , séparée , et parfaitement égale endignités et en prérogatives h toutes les autres baronnies immédiates du royaume, quoique son étendue et sa puissance ne fussent pai comparables à ce les des grands duclit's et comtes.
DES SIRES, OU BARONS, DE COUCl. 331
de Couci ne passa pas aux descendants d'Eudes. Divers chevaliers , presque tous inconnus, s'en emparèrent^ et en jouirent successivement jusqu'après le milieu du onzième siècle , qu'elle tomba dans une maison ancienne qui la conserva pendant deux siècles , et s'illustra par des actions éclatantes , les unes bonnes , les autres mauvaises , les unes vraies , les autres en partie fabuleuses.
ENGUERAND I".
Enguerand I"", surnomme' de la Fère, parce qu'il faisait apparemment son principal se'jour en ce lieu , seigneur de Boves d'où sa maison tirait son nom , e'tait, en io85 , comte d'Amiens, dont il devint possesseur après Gui et Yves, qui avaient succède au B. H. Simon depuis sa retraite à l'abbaye de Saint- Claude. Il jouissait en 1086 de la sirerie de Couci , qu'il tenait de Dreux, son père , que les anciens monuments surnomment indifféremment de Boves et de Couci. Dreux était fils de Hugues', peutêtre gendre d'Albéric , sire de Couci , et fondateur en i 076 de l'abbaye de Nogent, voisine de ce lieu. Celui-ci s'étaut présenté , le 5 décembre de l'an 1069 , avec Mutliilde sa mère, Adèle sa femme , et quelques-uns des plus distingués de ses vassaux, cuin aliqiiot optimatibits suis , à Helinand , évèque de Laon ,. obtint de lui l'affranchissement de l'église (paroissiale) de Nogent-sous-Couci , le prélat se réservant le droit de conférer curam aniwarwn. [Cart. deVAbb. de Nos;ent , fol. ig, r°. ) Albéric , l'an 107 1 , fut un des seigneurs qui souscrivirent avec plusieurs prélats le diplôme du roi Philippe 1" , par lequel ce pi-ince , à la prière de l'évèque Helinand , confirma à l'église de Laon la jouissance de ce que les rois ses prédécesseurs lui avaient accordé aux villages de Vaux et de Saint-Marcel , ainsi que les droits d'étalage sur le marché de Laon. {Archiv- de l'Eglise de Laon. ) Albéric était apparemment né de Léon ou Lion , sire de Couci , à qui un ancien roman donne neuf pieds de hauteur , et qui fut tué par Pvenaud ou Réginaire , évèque de Liège , à la bataille donnée, le i5 novembre 1037, près de Bar-Ie-Duc, par Gothelon , duc de Lorraine I*"" , contre Eudes II , comte de Champagne, qui disputait à l'empereur Conrad II le royaume de Bourgogne :
Lion , qui de Coiichy tcnoit tout le terrai ,
Qui fu de neuf pis gran , un bras eut trop mortal.
Ces Lolierains dctranche liestcs, jambes et musltals,
L'Evescfue Réginaire noblement soy demaine ,
De sa iiiache assena Lion le Capitaine.
Revenons à Enguerand. Ade , sa femme', fille de Le'tard de Rouci , lui apporta en dot la terre de JVlarle et vraisemhUblernent aussi celle de la Fère ; du moins est-il certain qu'elle lui appartenait du côte' de sa fenime. L'an ioqS , il renouvela, en faveur del'abbaje (]c Nogent-sous-Couci, les donations faites par Albe'ric, et y p» ajouta de nouvelles, sans avoir recours à d'autre suzerain qu'au roi pour faire autoriser ce jeu de fief. 11 en obtint, comme Albe'ric , la confirmation par un diplôme de Philippe I*"", (Du Plessis , Hi<:toire de Couci , pr. p. i5i . ) Ade , par sa conduite licencieuse , donna de violents soupçons de sa fidélité' à son cpoux. l's allèrent si loin , qu'Enguerand refusa de reconnaître pour son fils Thomas qu'elle mit au monde , et pensa à le dëshe'riter. Ade e'iant morte , Enguerand prit une seconde alliance avec Sibylle , fille de Roger , comte de Château-Porcien , et femme de Godefroi , comte de Namur , qui c'tait encore vivant. Sibylle était pour lors au château de Tour en Porcien , où elle s'e'tait retire'e, tandis que Godefroi e'tait à la guerre. Ennuye'e de la longue absence de son mari , elle consentit à l'offre qu'Enguerand lui fit de lui en tenir lieu , et passa dans les bras de ce seigneur, qui la retint pour e'pouse , et s'empara du comte' de Château-Porcien, dont son père l'avait fait he'ritière au pre'judice de ses enfants du premier lit. Ceci arriva sur la fin du onzième siècle. Le comte de Namur, à son retour, ayant vainement re'clame' sa femme , de'clara la guerre au sire de Couci. Elle se fit avec fureur de part et d'autre , jusque là , dit Guibert de logent , auteur contemporain . que , des deux côte's , quiconque avait le malheur d'être pris e'tait ou pendu , ou prive' de la vue , ou mutilé par les pieds. Mais Enguerand se défendit avec tant de valeur, que son rival fut obligé d'abandonner la partie et de laisser sa femme entre les bras du ravisseur. Le sire de Couci n'avait plus à craindre que les foudres de l'église. Pour les parer , il engagea l'évêque de Laon , son cousin , nommé comme lui , à l'absoudre de son crime et à réhabiliter son mariage.
L'an 1 1 13 , Enguerand s'oppose à la charte de commune que le roi Louis le Gros avait accordée aux habitants d'Amiens du consentement de Godefroi, leur évèque. On en vint aux armes. Les bourgeois , appuyés de Thomas , fils d'Enguerand , brouillé alors avec son père , furent d'abord vainqueurs j mais le père et le filss'étant réconciliés, unirent leurs forces contre les Amiénois , qu'ils maltraitèrent cruellement. Le roi Louis le Gros étant venu au secours de la ville d'Amiens au commencement de l'ar» ï 1 15 j tenta inutilement l'assaut de la citadelle , qui tenait pour Enguerand ; il convertit alors le siège en blocus, après quoi il partit , appelé ailleurs par des affaires plus pressantes. Enguerand mourut , dans un âge avancé, vers le milieu ou la fin de
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l'année suivante , laissant d'Ade, sa première femme , Thomas , qui suit; et de Sibylle, la seconde, une fille qui épousa ua nomme Gui , à qui Sibylle , dont il était l'amant, fit accorder par son époux la garde de la terre de Couci. Tout ce que nous venons de rapporter est presque entièrement tiré de Guibért de ]Vogerjt,qui n'épargne à Enguerand aucune des épithètes odieuses. Suger au contraire le qualifie d'homme vénérable et rempli d'honneur , vir venerabilis et honorificus egregiè.