THOMAS DE MARLE
1116. Thomas, fils d'Enguerand et son successeur en la baronnie de Couci , jouissait, depuis la mort d'Ade , sa mère , de la sci gneuric de Marie, dont le su rnom lui resta. Il était fameux dès lors par un grand nombre d'actions , pour la plupart atroces et plus dignes d'un brigand que d'un véritable chevalier. Ses premières armes, qu'il fit à la Terre-Sainte, "ù il se rendit à la suite de Hugues le Grand , frère du roi Philippe I*', furent celle» qui lui firent le plus d'honneur. Il était de retour de cette expédition l'aa 1100 ou I loi au plus tard. Ce fut vers ce tems qu'il perdit Idf, sa femme, fille de Baudouin II, comte de Hainaut, de laquelle il était , suivant Ruteau, le deuxième mari. ( Elle avait épousé, dit-il , en premières noces Gui , seigneur de Chièvres. ) Maitrc du château de Montaigu dans le Laonnois , par un second mariage qu'il contracta bientôt après avec la fille du comte Roger , Thomas s'en fit une place d'armes , d'où il faisait mainbasse impunément sur le menu peuple et sur toute la noblesse du voisinage. Ses violences déterminèrent plusieurs chevaliers à former contre lui une ligue , à la tête de laquelle se mit Engue— nud, son père, qui le haïssait mortellement, à cause de ses déportements , et parce qu'il ne le regardait pas, ainsi qu'on l'a dit, comme son fils. L'an 1104 ou environ , ils vinrent l'assiéger dans le château de Montaigu. Thomas , ne se trouvant pas assez fort pour tenir tête à tant de braves gens , sort la nuit de la place , et vient implorer le secours de Louis le Gros , roi désigné des Français , qui gouvernait déjà par lui-même. Louis , à l'instigation de ses courtisans, que Thomas avait gagnés par ses présents , se prêle à ses désirs , et lui amène sept cents hommes de cheval. A la vue de l'héritier de la couronne , les assiégeants sont déconcertés j et après lui avoir fait d'inutiles remontrances sur le droit de représailles qu'ils exerçaient , ils prennent le parti de la soumission , et lèvent le siège. Thomas peu de tems après fat privé de la possession du château de Montaigu parla nécessité oii la raison de parenté le mit de se séparer de celle qui le lui avait apporté ea do tj mais il fut dédomiraagé dç celte perte
2^4 tHRONOLOGIE HISTORIQUE
par une troisième alliance qu'il contracta avec Melisende, fille et he'rilière de Gui , seigneur de Creci et de Nogent. 11 continua ses brigandages dans ces deux places.
L'an II 12, les assassins deGaudrij eVêque de Laon , se voyant poursuivis par le roi Louis le Gros, eurent recours à Thomas , qui leur ouvrit un asile dans ses châteaux. L'année suivante, il porta du secours, comme on l'a dit, aux habitants d'Amiens révolte's contre son père; et s'étant ensuite re'concilié avec lui , il tourna ses armes contre eux. Le mal qu'il leur fit re'pondit à la férocité de son caractère. Mais, ayant été blessé dangereuseinent au mois de novembre i 1 14 » dans une surprise , par Guermond , vidame de l'évêqùe d'Amiens, il fut obligé d'abandonner la partie et d'aller se faire panser au château de Marie. Cet accident ne fut pas le seul qu'il essuya ; les évêques de la métropole de Reims et de deux autres provinces , assemblés le 6 décembre do la même année à Beauvais, le frappèrent d'anathème , et le déclarèrent en même tems dégradé de l'ordre de la chevalerie et privé dé tous ses honneurs , comme infâme, scélérat, et ennemi du nom chrétien. Ils firent plus , ils engagèrent le roi Louis le Gros à venir à l'appui de leurs censures. Le roi, dans le carême suivant, prit Nogent et Créci, qu'il fit raser.
Thomas, devenu, l'an iii6, sire de Couci et de Boves^ et comte d'Amiens par (a mort de son père , se crut en état de braver son souverain ; mais il se trompa. Louis le Gros , dont Jes troupes tenaient bloquée depuis deux ans la citadelle d'Amiens, étant venu l'attaquer en personne sur la fin de cette année ou au commencement de la suivante, l'emporta d'assaut, la fit démolir, et rendit à la maison de Vermandois , dans la personne d'Adélaïde, veuve de Hugues le Grand, son oncle, le comté d'Amiens , auquel celle de Couci avait néanmoins aussi des droits par une suite de la succession du B. H. Simon. Thomas, atterré par ce coup de vigueur, et craignant de se voir entièrement dépouillé , vint se jeter aux pieds du monarque, acheta son pardon par de grandes sommes , et promit de réparer Jes torts qu'il avait faits aux ecclésiastiques. Mais la suite de sa vie fit voir que ces soumissions n'étaient que l'elfet de la nécessité. Le comté d'Amiens étant tombé par mariage à Charles de Danemarck , il lui déclara la guerre pour le recouvrer , et se joignit à Guillaume d'Ypres , compétiteur de Charles , pour lui faire manquer le comté de Flandre, que la protection du roi lui fit obtenir la même année. Repoussé et battu par Charles , il cessa à la fin de l'inquiéter. Mais , après la mort de ce prince , Guillaume Clitoii lui ayant succédé , il prit le parti des concurrcuts de ce dernier, uniquement parce que sa promotion était