CHARLES II , DIT LE NOBLE
1587. Charles , dit t.e Noble , fils aîné de Charles le Mauvais , né, l'an i56i , à Evreux , employé, comme on l'a vu par le roi Charles V pour dépouiller son père de ses domaines de France, ne participa que pour un tems à sa punition. Le i-oi Charles VI ( et non point Charles V, comme le dit M. Villaret ) lui accorda la jouissance des terres confisquées en Normandie et en Languedoc , pour les tenir sous le titre de garda de par Monseigneur le Roi de France , des terres que souloît tenir audit Roj'aurne , tant en Languedoil comme en Langue'^ doc , nolredit Seigneur et père ( Charles V ). L'an iSHyiN. S.) Charles d'Evreux , ayant appris en Castille , où il était à la cour du roi Jean son beau- frère , la mort de son père, se rendit à Pampelune pour faire les funérailles de ce prince e! prendre possession du royaume dont il était héritier. Il relira , la même année , des mains du roi d'Angleterre la ville de Clierbour"^ en payant la somme de vingtrcinq mille livres, pour laquelle son père l'avait engagée à ce monarque : mais la main-mise de ses autres domaines de France tenait toujours. Enfin, l'an 1404, ne voyant aucune disposition dans le ministère de France à s'en dessaisir , il se rendit à Paris , et , par l'entremise des reines douairières, il transigea de tous ses droits avec le roi Charles VI par un traité du 9 juia de cette année, dont l'original ,
48o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
copie par les frèies de Sainle-BIartlie , existe au tre'sor des chartes. Par ce traite', Charles III , roi de Navarre , cède et transporte à Charles VI, roi de France , et à ses hoirs , les cointe's de Champagne , Brie et Evreux , avee les seigneuries d'-Vvranches , Pont-Audemer , Passi, Nonancourt , Bcaumont-!e-Roger, Bretcuil, Orbcc , Carentan , Valognes , Mortaiu , Nogeiit-le-Roi , Ji'lantes , Meulent ; et Charles VI lui cède et assure pour lui et ses descendants douze mille livre'es de terres sur les seigneuries de Beaiifort en Champagne, Soulaines, Nogeat-sur-Seine, Pont , Bar-sur-Seine, Saint- Florentin , Coulommiers en Brie, Nemours, etc. , à tenir en duche'-pairie sous le titre de Nemours.
Charles le Noble mourut subitement, le 8 septembre 1420 , à Olile en Navarre , où son corps resta comme en de'pôt jusqu'en i52Q, qu'd lut transporte' à Pampelune et enterre' le 10 mars de cette anne'e , dans l'eghsc de Sainte-Marie la Re'ale. Ce prince nie'rita le titre de Noble par son caractère ge'ne'reux et libéral. Il futadore' de se?[sujets, et n'eut d'ennemi que Léonore, son e'pouse, fille de Henri II, roi de Caslille. Celte princesse, qu'il avait e'pouse'e un dimanche, 9.7 mai 1^75, s'e'taiit brouillc'e avec lui , se retira en Caslille , où elle ne ve'cut pas mieux avec le roi Henri III , son neveu. Une se'dition , qu'elle y excita parmi les grands , obligea ce prince à venir l'assie'ger au château de Roa et à la renvoyer au roi son mari, qui la reçut et la traita humainement , oubliant le passe'. Elle finit ses jours à Pampelune le 5 mars i4'6> ^t y fut inhume'e dans l'église de Sainte -Marie la Re'ale. Outre les fruits de son mariage , Charles fut jière de trois enfants naturels, dont l'aine' , nomme Lancelot , fut e'vêque de Pampelune et patriarche d'Alexandrie ; Gcofroi , le second, fut comte de Certes et maréchal de Navarre, et mourut le 8 janvier 1420; Jeanne, le troisième de ces enfants , e'pous=> , i" Inigo Cortès de Zuniga , maréchal de Castille, de qui sortirent les comtes de Nieraj 2* Louis de Beaumont, premier du nom , comte de Leriu. ( Voyez les rois de Na\'arre.)
L'an 1569, le roi Charles IX donna le comte' d'Evreux à François , son frère , duc d'Alençon , après la mort duquel , arrive'e le lo juin i584 , il fut réuni à la couronne. Il en fut de'tache' l'an 1649., et donne' , avec d'autres domaines , par le roi Louis XIU à Frède'ric-Mnurice , duc de Bouillon , en échange de la prinoi»paute' de Sedan. Mais ce monarque étant mort avant la consommation du traité , ce fut Louis XIV qui lui donna la dernière main , et le fit exécuter par ses lettres de ratification du mois d'avril i65i. Frédéric - Maurice ne jouit pas long - tems des
DES COMTES d'ÉVREUX. 4^1
fruits de cet échange ; car un an après il mourut > le g août, à Pontoise. ( Voyez les ducs de Bouillon. )
Godefroi-Maurice , fils aîné de Fre'de'ric-Maurice et son successeur dans le comte' d'Evreux comme dans le duché de Bouillon , jeta, vers l'an 1686, les fondements du magnifique château de Navarre, sur la rive droite de l'Iton , à une demi-lieue sud -ouest d'Evreux. Cet e'difice fut ainsi appelé du l'om d'ua château que Jeanne , fille de Louis Hulin, héritière du royaume de Navarre, et femme de Philippe le Sage, comte d'Evreux, avait fait construire près de cette ville. Cet ancien cliàteau ne subsiste plus. 11 faudrait un livre pour décrire toutes les beautés du nouveau , et cela d'ailleurs n'entre point dans le plan de cet •uvrage.
DES
jLiE Vendomois, Pagus T'^indocinensis , appelé par corruption Pagus f^indusnîsus' , dans un des capilnlaircs de Charles le Cliauve , lire son nom de son chef-lieu, qui n't-lail qu'un petit château , casieUinn Pindoclrawi , du tems de GreVoire de Tours, le plus ancien auteur qui en ait parle. ( L. IX. c. 20. ) Les limites du Vendôniois sont le Perche au nord, le Blaisois à l'orient, la Touraine au midi , et le Maine ou Mayenne à l'occidont. Il est compris aujourd'hui dans le diocèse de Biois, et faisait partie auparavant de celui de Chartres, dont les e'vêques e'taient même autrefois suzerains du château de Vendôme , comme on le voit par une letrre de Fulbert , e'vAque de Chartres, e'crite après l'aa 1007 à un homme qu'il qualifie noble , et dont il ne marque le nom que par la lettre R : Id^cvc à vohls exigo, lui dit-il , secui'-
totem de med viid et mcwhris et terra qiiam habeo de
anxilio vestro contra omties homines , salvâ fidelitnte Roberti ( Régis } , de rece/'lu J^indocini caslri ad meuin usiun et rneorum fidelium qui vobis assecurabunt ilhil. (EoTupiet, T. X, p. 447-) Les comtes d'Anjou , qui possédaient le Vendomois jusqu'à Hugues Capet , étaient donc vassaux des e'vêques de Chartn s pour le château de Vendôme. Du reste celui à qui Fulbert éciit nous paraît être un vicomte ou un châtelain de Vendôme.
Le Vendômois, pour le spirituel, a de tout tems e'te' partagé entre deux diocèses ; la partie qu'on a dep'iis nommée le bas Vendômois, a toujours e'ie comprise dans le diocèse du Mansj celle qu'on appelle le haut Vendômois appartenait au diocèse de Chartres avant l'érection faite en i6c)7 de l'eVèche' de Blois , auquel elle a e'te depuis attribuée.
BOUCHARD I"
BoucHAiin I"", -dit i.E ViEi'x, fils puîné' de Foulques le Bon, comte d'Anjou çt de Gerbcr^c , sa femme, suivant D. Bouquet ,
(T. X, p. 35o , n.) recul clc son père en partage les terres de Vendôme, de Montoire , de Lavardin, et d'autres , qtù formèrent depuis le coîntc' de Vendôme. Ce fut un des plus zelc's partisans de Hugues Capet , duc et ensuite roi de France, avec lequel il avait e'té élevé. Sa probité' , ses talents et ses services, lui me'ntèrcnt l'estime et la confiance de ce prince, qui le mit à la tète de son conseil. Aymon , comte de Corbeil , c'tant venu à mourir, le monarque fit épouser Elisabf.th , sa veuve, à Bouchard j et en conside'ration de ce niaria.qe , il lui donna le cliàteau de Melun , et le fit comte (i) de Paris. Dom Mabillon ajoute qu'il lui confe'ra de plus la cliarpe de grand-se'ne'cbal , que le roi Lolhaire avait cre'ee en faveur de Gcofroi Grisegonelle, cojnte d'Anjou et frère de Bonchard. Tant d'honneurs et de richesses accumule'es sur sa tète ne lui corrompirent point le cœur : il n'usa de son pouvoir et de son cre'dit que pour faire du bien. Voyant l'abbaye de Saiut- Maur-des-Fosse's toni];{'e dans le relâchement, il la demanda en commende au roi, dans le dessein d'y mettre la reforme. L'ayant obtenue, il y fit venir saint Rlayeul , abbe' de Ciuni, avec un nombre de ses religieux , qui remplirent parfaitement les inlentior^s du comte. Saint Maveul , après avoir re'tabli le bon ordre à Saint-Mau^r , prit congé de sa colonie qu'il y laissa , et retourna à Cluni. Entre les bien^; (pie donna Bouchard à Saint- Manr, il faut compter la terre de Nenilli-sur-Marne. L'acte de celle donation est du xm* des calendes de mai 99B , et souscrit par Bouchard , Elisabeth sa femme , et Renaud leur fils. ( Dubois, Hist. FjCcL de Paris , T. I , p, Gii . ) Le roi Robert, fils et successeur de Hugues Capet, liëri'a des sen'.iments de son père envers le comte Bouchard. Eudes le Cliampenois , depuis comte de Blois, jaloux de la faveur de ce dernier, entra sur ses terres à main armée l'an 999, et lui enleva le château de R'jlun par la^ trahi-
(1) On a dit ci-devant, M'iirticle do Uniques Capet , que ceprinre, h son avJnenient a la couronne , y réunît le comté de Paris. Ceia ne contredit pas ce que nous avançons ici d'après i auteur de la vie du comte Boucliard ( fipiuJ du Chesne, Ilrsl. franc, T. V , p. i iG. ), que Hugues Capet, lui ayant fait épouser Elisabeth, le créa comie de Melun et comte de P.iris , après lui avoir déjà donné le comté de Corbeil : lu quo coputœ ihaiamo dédit Hugo Rcx sibè paeli comiticasiruni Blilidaiium , attjite jai/i dicUim Corhoilum comilaUiiuqiKs Parislacœ iiibis , tcdilcique regalis cornes efficilur. riemarqatz ces mots, regrtlis cornes , qui ne peuvent lomlicr qi^e sur les comtés de Paris et de Meiun, ou l'on ne voit plus que des viconi'cs depuis Tluj^ues Capet, au lieu qua jusqu'au douzième siècle on a des comtes de Corbeil, dont le doniaiitc ne (u5 pas un don de HuLjues Cipet , mais le douaire qu'Elisabelli avait îipporté ?i Eouciiard de son premier mariage. Ces termes regi-lis cornes ne sit^nilJent done proprement qu'an vicomte qui exerçait comme lieutenant l'autorité du roi dans. U Parisis,
son de Gauthier, gouverneur de la place , et de sa femme , qn'îï avait corrompus par argent. ( L'abbé Vclli dit que le dessein d'Eiides , en s'emparant de Melun , e'tait de se me'nager une communication entre ses e'ta's de Blois et de Champagne. Mais alors Eudes n'était pas encore comte de Blois ) Bouchard, peu de tems après, reprit Melun avec le secours du roi et du duc de IVorniandic Eudes, qui s'y était enfermé, trouva moyen de s'évader; mais Gauthier et sa femme furent pris et pendus comme traîtres. On en vint ensuite à une bataille , où le comte de Champaj^ne fut entièrement défait. Bouchard, étant parvenu à un âge fort avancé , quitta la cour, et se relira dans l'abbaye de Saint- Maur-des-Fossé^ , où il mourut l'an loi?. , suivant D. Mabillon , âgé de quatre-vingts ans. La petite chronique de Saint-Denis met sa mort en l'an 1007, et le nécrologe de l'abbaye de Vendôme en mar(]ue le jour au 26 février. II eut de sou mariage deux fils , Bdiichard , vicomte de Melun , mort sans liçnée avant son pète, et Renaud, qui suit; avec un,i fille, Elisabeth, dite aussi Adèle , femme de Foulques Nerra , comte d'Anjou. Quelques uns lui donnent pour troisième fils Gervais , qui fut évoque du Mans ; mais il est certain que Gervais était de la maison des seigneurs du château du Loir, et non de celle des comtes de Vendôme.